Chapitre 13 Retrouvailles au Chaudron Baveur

Le lendemain soir, Harry se prépara à aller au Chaudron Baveur. Pour plus de sécurité, il s'y rendit en Poudre de Cheminette. Lorsqu'il arriva, il constata que le pub était presque vide, comme toutes les fois où l'AD se réunissait. Apparemment, Hannah s'arrangeait toujours pour faire partir les derniers clients et leur laisser à eux seuls la grande salle à manger.

Bien sûr, Tom, le patron, n'y voyait aucun inconvénient : sa jeune employée lui assurait près de trente clients sérieux et consommant pas mal de Whisky Pur Feu, de Bièraubeurre et autres breuvages magiques, mais surtout, la présence du célèbre Harry Potter. Les clients se plaignaient d'être remerciés si tôt dans la soirée, mais en général, l'arrivée seule de Harry suffisait à les faire changer d'avis. Cette année ne dérogea pas à la règle et très vite, le groupe de sorciers qui restaient terminèrent leurs boissons. Harry époussetait sa cape lorsque Hannah fondit sur lui et Ginny.

« Bonsoir vous deux ! les accueillit-elle avec un grand sourire. Nous allons bientôt pouvoir commencer. Je dois juste terminer avec ces sorciers espagnols et après le pub est à nous. Vous êtes les derniers à être arrivés, les autres attendent sur le Chemin de Traverse. Il paraît que George vient de lancer un nouveau produit et a proposé d'en faire la démonstration pour occuper Zacharias Smith.

— Ils sont tous là ? s'enquit Ginny.

— Il n'en manque aucun, assura Hannah. Je vous laisse vous installer, je prends la note des espagnols et je cours chercher les autres. »

Harry s'installa à la plus grande table, avec Ginny. Hannah s'approcha du groupe d'étrangers et récupéra les cinq Gallions et sept Mornilles qu'ils lui devaient. Elle déposa l'argent dans la caisse sur le comptoir, puis alla dans la cour arrière. Harry ne put manquer le regard intrigué des clients et il leur répondit par un sourire aimable. Quelques secondes plus tard, un brouhaha provint du fond de la salle.

« Mais que vois-je ! s'exclama une voix. Un patient de Ste-Mangouste au Chaudron Baveur ! Hannah, tu sais ce qui peut t'en coûter si on apprend qu'il est ici ?

— Ron, tu sais très bien que Harry est sorti il y a quatre jours ! réprimanda Hermione.

— La mémoire doit me faire défaut », concéda ironiquement le rouquin.

Harry n'eut pas le temps de répondre à son ami que déjà, tous les membres de l'AD vinrent lui souhaiter la bienvenue.

Le premier à venir le saluer était Dean, qu'il n'avait plus vu depuis l'attaque des Vampires. Il était accompagné de Parvati, rayonnante, dont le ventre ne faisait que grossir. Apparemment, le terme n'était plus très loin et la jeune femme s'inquiétait de voir Dean si souvent loin de leur foyer. Ginny tenta de la rassurer tandis que Ron rappelait que Dean ne courait pas grand danger : c'était Harry l'aimant à ennuis.

Juste derrière eux se tenaient Seamus et Lavande. La jeune femme était en fauteuil roulant, et Harry savait que cela avait très peu de chance de changer. Elle avait été sévèrement blessée durant la Bataille de Poudlard par Greyback. Son rétablissement, même partiel, était un pur miracle à en croire Seamus qui était resté avec elle tout le long de sa convalescence. À présent, Lavande préparait son entrée au Département des Mystères, tandis que Seamus mettait au point un nouveau procédé pour renforcer la structure des chaudrons.

Zacharias Smith, qui paraissait toujours aussi égocentrique que l'année précédente, arriva alors. Apparemment, son match contre l'Allemagne et sa saison dans l'équipe des Faucons de Falmouth, lui avait fait croire qu'il était le meilleur joueur anglais depuis l'invention du sport. Harry en eut très vite assez d'entendre « Super Zac » expliquer pourquoi c'était lui qui avait fait gagner l'Angleterre, alors qu'il n'avait pas marqué un seul but.

Zacharias avait été le seul membre de l'AD à ne recevoir aucune distinction du Ministère – il avait été parmi les premiers à fuir le château – mais pour une raison qui était inconnue à Harry, il se débrouillait toujours pour être au courant des réunions de l'AD.

Harry avait pensé le radier, mais Hermione s'y était opposée : ils avaient tous choisi d'en être membre, c'était donc à eux de choisir s'ils voulaient en partir. Ni Harry, ni Ron n'avaient été d'accord – ni aucun membre de l'AD – mais personne n'avait trouvé le temps de demander à Zacharias s'il voulait partir, et personne ne s'étonnait de le voir toujours aussi seul lors des réunions.

Puis ce fut au tour d'Anthony Goldstein, dont le sourire avait été récemment récompensé par Sorcière Hebdo. Son incroyable vivacité au poste d'Attrapeur au club des Flaquemare et son physique de sportif y étaient sans doute pour quelque chose. Il était la doublure officielle d'Alicia dans l'équipe d'Angleterre. Harry l'avait une fois défié lors d'un match entre les anciens membres de l'AD, perdant ainsi son premier match sans interventions extérieures.

Il était avec Lisa Turpin, sa petite-amie depuis le Bal de Noël lors du Tournoi des Trois Sorciers. Lisa avait vaillamment combattu lors de la Bataille de Poudlard, mais avait décidé de suivre la même voie que Seamus dans l'enchantement des métaux. Lisa avait été la première membre non-originelle de l'AD, acceptée dans les réunions, Hermione ne voyant pas pourquoi les conjoints des membres ne pourraient pas se joindre aux festivités. Personne n'avait rien trouvé à redire, d'autant plus que la plupart se trouvait dans ce cas de figure.

Arriva alors Padma, accompagnée Kevin Entwhistle, un garçon de taille moyenne aux cheveux blond cendré. Ils étaient tous deux de la même promotion de Serdaigle et s'étaient mis ensemble durant l'année des Ténèbres. Par la suite, leur relation s'était renforcée dans leur travail au Service des usages abusifs de la Magie. Kevin était quelqu'un de très timide, qui ne parlait pratiquement jamais, mais Hermione avait entendu beaucoup de bien de lui au sein du Département de la Justice Magique.

Michael Corner et Cho Chang furent les suivant, saluant Harry bien plus chaleureusement. Michael était également à la Brigade de Police Magique, où Harry l'avait croisé lors de sa formation sur une affaire traitant vraisemblablement avec la Magie Noire.

Sa relation avec Cho était devenue plus cordiale depuis la chute de Voldemort, mais il était évident qu'il n'y avait plus rien entre eux. La jeune femme avait suivi l'appel du Quidditch, mais n'avait pas trouvé de club voulant d'elle. Déçue, elle s'était alors lancée dans la fabrication de balais et avait été employée quelques années plus tard par la Société de Balais de Course Nimbus.

Ernie Macmillan vint alors serrer la main de Harry d'une façon très formelle. Il venait d'être accepté à la Brigade de Police Magique, après avoir échoué une première fois à l'examen physique. Il portait sur son visage une longue entaille le long de la joue, marque des récents affrontements auxquels il avait donc survécu.

Son passage dans ce service avait affiné sa silhouette, devenant bien plus attirant qu'auparavant aux dires de Ginny. Il était bras-dessus bras-dessous avec Susan Bones, qui était au Service de régulation de transplanage. La première chose que révéla la jeune femme à Harry et Ginny, fut l'heureuse nouvelle d'être également enceinte – « c'est une invasion ! » s'exclama Ron –, ce que l'AD se pressa de féliciter en chœur.

Justin Flinch-Fletchley, qui était Oubliator depuis plus de trois ans, et Mandy Brocklehurst, Législatrice-mage au Bureau international des lois magiques, furent les suivants. Harry n'eut pas le temps de demander à Justin s'il avait été mobilisé sur l'attaque des Vampires que Terry et Sue Boot arrivèrent.

Harry avait croisé Terry au Ministère plusieurs fois et avait cru comprendre qu'il était Certificator au Bureau des brevets saugrenus. Il semblait se réjouir parfaitement de son travail, qui était beaucoup plus sérieux que ne le laissaient croire les blagues de couloir au Ministère. Quant à Sue, elle était Contrôleuse à l'Office des Portoloins et avoua avoir eu une charge de travail incommensurable ces dernières semaines.

Puis arriva Katie Bell, qui jouait comme Poursuiveuse chez les Tornades de Tutshill en plus de l'équipe d'Angleterre. Elle était devenue très amie avec Cho, dont le club favori était toujours les Tornades. Elle avait de nombreux fans dans la gent masculine, mais Ginny assurait que c'était en pure perte : apparemment, Katie sortait avec le capitaine de son équipe – un certain Bishop Burk – depuis plusieurs mois et leur relation semblait très sérieuse.

Ce fut ensuite le tout jeune diplômé Dennis Crivey qui les rejoignit. Il n'avait toujours pas d'emploi mais avait laissé entendre vouloir se lancer dans la photographie, en hommage à son frère aîné.

Très peu de temps après, arriva Alicia Spinnet, qui évoluait aussi dans les Harpies de Holyhead, suivie de Lee. Alicia fit part à Ginny que le coach des Harpies attendait son retour de pied, tandis que Lee félicitait Harry pour le sport inventé récemment : « le saute-Vampire ». Toujours aussi joyeux et complice avec George, il était devenu journaliste sportif à La Gazette du Sorcier et écrivait parfois des articles dans Quel balai choisir ? Il était très respecté dans son milieu, malgré ses idées avant-gardistes.

Enfin, ce fut au tour de Luna, qui venait tout juste de rentrer d'Afrique. Le fameux Rolf n'était pas avec elle et Ginny la pressa de savoir quand ils le rencontreraient enfin.

« Tu peux aller le voir à son bureau, lui avait répondu la jeune femme blonde, même si avec cette histoire de Vampires il est assez préoccupé. »

Neville faillit faire tomber Harry de sa chaise et George lui brûla le bout de ses manches avec la nouvelle version des Feuxfous Fuseboum. Angelina éteignit l'incendie avant qu'il ne se propage plus loin. Ron et Hermione terminèrent la longue série des salutations.

Lorsque tout le monde fut installé, Hannah arriva avec les boissons et donna un verre à chacun des membres de l'AD. Neville officialisa à son tour une merveilleuse nouvelle en l'attrapant par la taille, manquant de renverser plusieurs chopes de Bièraubeurre. Hannah fut la seule à ne pas rire.

« Tu n'imagines pas combien coûte chacune de nos soirées ! Si je puise dans la réserve de Tom, je vais me faire stupéfixer !

— Ça ne me rendra la tâche que plus facile », plaisanta-t-il.

Hannah sourit à son tour avant d'embrasser rapidement Neville et de reprendre son service. Harry attendit qu'elle eût fini et se fût installée, avant de se lever. Le silence s'empara de la table, chacun regardant Harry dans l'attente.

« Tout d'abord, merci à tous d'être venus, commença-t-il. Je sais que nous avons dû déplacer la date prévue, mais des évènements indépendants de ma volonté…

— C'est quand même toi qui as sauté sur ce Vampire, intervint Dean. Fallait s'attendre à ce qu'il ne soit pas content. »

Un éclat de rire parcourut l'assemblée et Harry ne put réprimer un sourire. Il attendit que tous fussent calmés avant de reprendre.

« D'accord, j'y suis pour quelque chose, concéda-t-il. Mais je ne suis pas le seul responsable ! Nous sommes donc tous réunis… Neuf ans déjà depuis notre virée au Ministère. Seuls quelques-uns d'entre vous y ont participé, mais c'était avant tout une action de l'Armée de Dumbledore. Et ce fut notre première victoire ! ajouta-t-il après un temps d'hésitation.

« Vous savez tous ce qui s'est passé et je pense que ce n'est pas la peine de le répéter une nouvelle fois cette année. Car aujourd'hui, nous sommes sous la menace. La menace du Royaume des Vampires, dont le sceptre a été volé par les Mangemorts encore en liberté. Il est peu probable qu'ils le leurs rendent, il nous faut donc lutter contre eux. C'est pourquoi je demande à chacun d'entre vous de se montrer prudent. Je connais vos capacités au combat – vous les avez déjà prouvées – mais il serait inutile de risquer sa vie pour…

— C'est toi qui parles ! coupa Zacharias. Alors que tu viens juste de sortir de Ste-Mangouste ?

— Vous n'êtes pas tous Aurors », répliqua Harry qui résista à l'irrépressible envie d'envoyer son poing dans le visage de Zacharias. « Et crois-moi quand je dis que ça n'a rien à voir avec ce qu'on faisait à Poudlard. Il est de notre devoir de vous protéger contre ce genre de menace. Nous connaissons les risques.

« Ce que je veux, c'est que nous puissions nous retrouver tous ensemble l'année prochaine, et celle d'après et dans dix ans ! Il serait trop bête de mourir pour avoir affronté un Vampire alors qu'une autre solution se présentait.

— C'est pourtant ce que tu as fait, fit remarquer Zacharias.

— Je l'ai fait parce que Ron était en danger, répliqua Harry. Et il est à son tour intervenu lorsque je me suis retrouvé en danger. Vous n'aurez pas toujours quelqu'un pour assurer vos arrières. Je ne vous dis pas de fuir, je vous dis d'agir avec intelligence : n'affrontez les Vampires que si c'est absolument nécessaire. Je suis un Gryffondor, mais j'ai appris au cours de ma vie que courage ne veut pas dire stupidité.

« Le courage, c'est savoir faire ce qui est juste au bon moment. »

Harry s'arrêta, laissant ses mots s'imprégner dans la mémoire de ses amis. Quelques secondes plus tard, il afficha un large sourire sur son visage et déclara :

« Mais nous sommes ici pour faire la fête avant tout ! Ne décevons pas Hannah ! »

Toute la table explosa de rire et Harry se rassit. Le reste de la soirée fut plongée dans la joie et la bonne humeur, chacun parlant des dernières nouvelles.

« Alors Luna, commença Harry. Tu as trouvé des Ronflaks Cornus ?

— Non, répondit-elle, visiblement déçue. Il semblerait que l'espèce soit en voie d'extinction, son observation devient de plus en plus difficile », expliqua-t-elle tandis qu'Hermione levait les yeux au plafond. « Cependant, mon voyage en Afrique a été très intéressant. Rolf m'a accompagné cette fois-ci, pour ma protection. Nous avons passé des moments extraordinaires…

— Les fiançailles sont pour quand ? s'enquit Ron, un brin railleur.

— Vraiment extraordinaires. Nous avons pu observer plusieurs Nundus dans leur habitat naturel. Il y avait une mère avec ses petits. Nous avons vu aussi un troupeau d'Éruptifs pendant leur saison des amours – c'était vraiment triste de les voir s'entretuer.

« Je n'ai pas encore pu vérifier sur les clichés, mais il est probable que nous ayons aperçu un Tébo, c'est un sanglier de couleur cendre pouvant se rendre invisible. Nous avons pu écouter également le chant d'un Focifère, mais Rolf a fini par lui lancer un sortilège de Mutisme à cause de son chant qui peut rendre fou. On a pu observer un Runespoor avec ses trois têtes, ce qui est plutôt rare.

« Cependant, Rolf a été mordu par la tête de droite, qui est venimeuse. Par chance, un guérisseur local avait un antidote. Mais cela n'a pas empêché Rolf d'être vert pendant toute une semaine. Nous avons terminé notre voyage en Égypte, où nous avons pu contempler des dizaines et des dizaines de Phénix… »

Luna se perdit dans ses souvenirs, laissant Harry et Ginny – qui étaient les seuls à avoir écouté son récit jusqu'au bout – interdits quelques secondes. Reprenant ses esprits, Harry se tourna vers le milieu de la table où les joueurs de Quidditch, Cho et Terry, parlaient de balais. Ginny s'inséra dans la conversation, qui était suivie par une grande partie de la table.

« …et il semblerait que ce soit officiel, affirma Anthony.

— Qu'est-ce qui est officiel ? s'intrigua Harry.

— Les Canons de Chudley ont fait le recrutement de l'année, révéla le Poursuiveur. Il semblerait qu'ils se soient enfin décidés à gagner cette année.

— Ça m'étonnerait, objecta Ginny. On gagne tous nos matchs contre eux, avec plus de deux cent points d'avance avant d'attraper le Vif.

— Ne te méprends pas, intervint Alicia. Gwenog a eu le même tuyau qu'Anthony. Les Canons auraient un nouveau Président, très riche, et celui-ci aurait viré tous les joueurs actuels.

— Chose qu'il a faite sans avertir notre service, précisa Terry. Je persiste à croire que ce n'est qu'une rumeur sans fondement. Un Président de club doit obligatoirement faire part du licenciement de chacun de ses joueurs.

— Terry a raison, opina Katie. Bishop a entendu parler seulement du licenciement des Poursuiveurs, pas de toute l'équipe…

— Ce qui conforterait nos lois, coupa Terry. Vous savez aussi bien que moi qu'il est interdit depuis l'année dernière de licencier toute une équipe !

— Et ce projet de loi a permis de sauver plusieurs joueurs, convint Zacharias. Mais d'un côté, si Caddock avait voulu dissoudre toute son équipe, ça expliquerait pourquoi il n'en a pas parlé au Ministère. C'est ce que moi j'aurais fait. »

Il bomba inutilement le torse et Harry eut une nouvelle fois l'envie violente de lui casser le nez. Et, apparemment, il n'était pas le seul : Ginny semblait vouloir lui arracher les yeux avec les dents. Cependant, tout le monde laissa passer, ne voulant pas perdre du temps à discuter. Personne ne voulait contredire « Super Zac ».

« Je suis d'accord avec Anthony, concéda alors Cho. Nous avons reçu une commande de quatorze balais pour les Canons il y a trois semaines. Quatorze Nimbus 2400 ! Autrement dit, plusieurs milliers de Gallions.

— Cela ne veut rien dire, fit remarquer Harry. Il peut vouloir changer les balais de son équipe.

— Harry, se lamenta Ginny, je sais que tu as été un grand Attrapeur du temps de Poudlard. Mais là, on parle de la Coupe de la Ligue !

« Je t'ai déjà dit que chaque joueur a un balai réglé sur-mesure. C'est comme une baguette : un balai, c'est pour la vie. Changer les balais de toute une équipe est extrêmement rare et demande de longues semaines de préparation pour les adapter aux joueurs. J'imagine que vous avez reçu la liste ?

— Même pas ! s'indigna Cho. Caddock a seulement commandé les balais. Il a demandé à ce qu'on les lui mette de côté. Le patron est certain que Caddock veut faire les réglages lui-même pour ne pas avoir à annoncer la liste.

— Il y a des noms qui circulent cependant, complota Alicia. Et plus particulièrement celui d'Antoine Duvide…

— L'Attrapeur français ? s'étonna Harry.

— Lui-même. Il paraît que Caddock l'a eu à prix de gobelin !

— Olivier a été contacté, dévoila Anthony. Mais il a refusé. Pour lui, c'est les Flaquemares ou les Flaquemares !

— Oui, Gwenog aussi a été contactée, confia Alicia. Mais quand elle a appris qu'elle devrait jouer avec des hommes, elle a mis le feu à la lettre et a envoyé les cendres aux Canons.

— Il semblerait que le capitaine de l'équipe d'Espagne ait lui aussi été contacté, avoua Katie. Après tout, Dela Fabregas a été le meilleur Poursuiveur de la dernière Coupe du Monde, et il y est pour beaucoup dans le parcours de son équipe.

— Nous n'avons reçu aucune information des Départements étrangers, informa Terry. Par contre, il semblerait que Quigley veuille se séparer des Chauve-Souris de Ballycastle.

— Il est quand même un peu vieux pour entrer dans une équipe de premier ordre, rappela Zacharias. Ça doit faire près de quinze ans qu'il joue !

— Il n'empêche qu'il reste un des meilleurs batteurs du tournoi et n'hésite pas à prendre des risques, lui ! » rétorqua Ginny.

Zacharias fut momentanément incapable de répondre. Il regarda Ginny avec surprise, comme s'il ne comprenait pas sa réaction. Harry se tourna vers Cho.

« Alors comme ça, Nimbus sort un nouveau modèle. Tu peux nous donner des informations intéressantes là-dessus ou c'est encore top secret ?

— Il devrait être mis en vente dans les prochains jours », confia Cho.

Puis elle partit dans des explications techniques sur son balai, dévoilant ses compétences, ses caractéristiques, après leur avoir fait promettre de ne rien dire. Anthony sembla très intéressé, tout comme les autres joueurs, de connaître la nouvelle arme de leur adversaire. Harry se sentit très vite perdre pied lorsqu'ils passèrent à des questions beaucoup plus techniques, sur les sortilèges appliqués et les réglages possibles. Ginny buvait chacune des paroles et Harry crut voir dans ses yeux une lueur d'envie.

Il se détourna légèrement de la conversation et regarda les autres membres de l'AD. Neville et Luna étaient en pleine discussion, parlant vraisemblablement de plantes dont Harry n'avait jamais su, ni ne voulait savoir, l'existence. Il avait à peine remarqué que les membres s'étaient levés de leurs sièges et s'étaient réorganisés en plusieurs groupes de conversation.

Certains suivaient d'une oreille distraite les mots qui s'échangeaient. Harry se tourna vers George, Angelina, Lee, Seamus et Hannah, qui semblaient comploter seuls dans leur coin. Il se leva et alla les rejoindre. Visiblement, ils parlaient du nouveau produit des Sorciers Facétieux.

« Tu es sûr que c'est sans risque ? interrogea Lee.

— As-tu déjà eu à douter de mes produits ? rétorqua George. Pas en huit ans d'existence ! Nous n'avons fait qu'améliorer le concept.

— Tu as quand même failli mettre le feu à la robe de Harry, rappela Hannah.

— Ah ça, c'était voulu.

— Tu as voulu me mettre le feu ! s'exclama Harry, faussement indigné.

— Il paraît que c'est la seule façon d'éradiquer l'odeur de l'ail, lança George. Ne m'en veut pas, mais tu empestes encore à dix mètres à la ronde ! »

Un léger éclat de rire parcourut les six sorciers avant qu'ils ne reprennent leur sérieux. Angelina se tourna vers Lee.

« C'est absolument sans danger, certifia-t-elle. Le seul risque est lors de la mise à feu, mais un sorcier de treize ans sait utiliser un Incendio correctement. Le risque de se brûler est vraiment minime. Et une fois qu'ils sont amorcés, ils ne causent que des dégâts aux objets inflammables.

« Donc oui, si tu mets ta tête dedans, tu vas te brûler. Mais nous pouvons les approcher sans risques, contrairement aux équivalents Moldus. De plus, Seamus nous a fourni un nouveau métal pour l'emballage, qui garantit à la fois résistance et sécurité.

— C'est vrai ? s'excita Lee.

— En fait, je me suis inspiré des Moldus, expliqua Seamus. Cela fait plusieurs siècles qu'ils ont créé un alliage qui s'appelle l'acier, à base de fer. Il a l'avantage d'être bien plus résistant à l'usure et à l'effort. Cependant, il est plus lourd, se corrode plus facilement et il est difficile à mouler. C'est là où nous intervenons.

« Grâce à la magie, on a recouvert l'acier d'un sortilège anticorrosif, puis on lui a appliqué un sortilège d'allègement. On a dû faire plusieurs essais pour trouver le bon dosage afin de garder les propriétés originales et pouvoir le produire nous-mêmes.

— Et comment vous avez fait pour vous passer de fonte ? s'enquit Harry.

— L'acier est très résistant, mais il est aussi sensible à la magie que tous les autres métaux, dévoila Seamus. Nous lui avons fait subir les mêmes tests que l'on fait habituellement et on a pu lui donner toutes les formes qu'on souhaitait.

— En gros, avec la magie, vous avez pu supprimer ses inconvénients, résuma Hannah.

— Malheureusement pas tous, soupira Angelina. Nous avons constaté que l'acier n'avait pas les mêmes propriétés que le fer. Tout d'abord il rompt lors d'un effort trop important, au lieu de se tordre. Ensuite il ne fond pas à la même température. Nous avons donc dû changer quelque peu la composition de nos Feuxfous Fuseboum.

— Vous avez pu utiliser l'acier dans tous vos produits ? demanda Lee.

— Dans les cas où ce n'était pas possible, nous sommes restés au fer.

— Mais grâce à Seamus, enchaîna George, nous pensons pouvoir améliorer d'autres produits. L'acier nous revient bien moins cher que le fer, on peut donc en produire plus pour le même prix. De plus, ses propriétés peuvent être intéressantes pour d'autres produits, préexistants ou à venir. Mais une chose est sûre : la sécurité est bien meilleure avec l'acier qu'avec le fer.

— Les Moldus sont très en avance sur le travail des métaux, révéla Seamus. Ils ont plus de problèmes techniques que nous et ont dû trouver des méthodes pour contourner ces problèmes, mais ils ont une quantité de métaux différents, et principalement des alliages, très intéressants que nous pouvons tenter de reproduire.

— Les gobelins vous aident-ils ? s'intrigua Harry.

— Pas le moins du monde, confia Seamus. Ils ont sans doute déjà acquis toutes ces techniques, et nous les soupçonnons même d'avoir livré certains de leurs secrets aux Moldus. Mais en observant leurs méthodes, nous n'aurons aucun mal à combler le retard.

— Et pour les autres commerces ? s'enquit Hannah.

— Nous pourrions, par exemple, refaire toutes les plomberies anciennes qui ne respectent pas toujours les normes de sécurité. Nous pouvons construire des bâtiments plus solides. Créer de nouveaux produits, renforcer nos balais. Par exemple, avoir des tables en acier, ou une chaise, revient moins cher qu'avec du bois. Il suffit juste d'appliquer un Sortilège de Coussinage pour améliorer le confort… »

Harry s'éloigna lentement de la conversation. Il avait rarement vu Seamus aussi passionné par un sujet. Mais l'avenir des métaux n'était pas ce qui l'inquiétait le plus, tant que les balais et les baguettes restaient faits de bois. Après tout, il avait vécu dix ans dans un milieu où l'acier et le plastique étaient rois. Avec l'ouverture du Ministère vers le monde des Moldus, ce n'était plus qu'une question de temps avant que ces produits n'envahissent les sorciers. Harry laissa vagabonder son esprit lorsqu'Hermione lança d'une voix forte :

« C'est inacceptable ! »

Tout le monde sursauta et tourna la tête vers elle. Harry découvrit qu'elle parlait avec les autres membres du Ministère et, vu leurs mines graves, le sujet n'était pas très difficile à trouver. Un silence gênant gagna la table pendant quelques secondes.

« Et moi je te dis que c'est ce qui va se passer si on ne trouve pas le sceptre dans les plus brefs délais, reprit Dean. Ospicus est allé voir Shacklebolt hier après-midi et lui a demandé que les Aurors puissent avoir accès aux dossiers sur les Vampires et les loups-garous.

— Mais c'est contraire à nos lois ! s'indigna Hermione. Il doit faire une demande auprès du Magenmagot ! Il ne peut pas…

— Hermione, intervint Susan, Ospicus ne fera jamais de demande au Magenmagot à ce sujet. Il sait que s'il doit le faire, tu y assisteras forcément. Et sincèrement, tu lui donneras l'autorisation de fouiller dans les dossiers ?

— S'il me le demande en suivant la procédure, je ne vois aucune raison de le lui refuser, affirma la Juge-mage. Je suis aussi impliquée que vous dans ce qui se passe !

— Hermione, tu n'y étais pas, déclara Justin. Je comprends parfaitement Ospicus. J'ai fait partie de l'équipe d'Oubliators envoyée à Plymouth. C'était l'horreur !

— Ne m'en parle pas, renchérit Ernie.

— On a dû retrouver plusieurs milliers de personnes, détailla l'Oubliator. Expliquer comment leurs amis, ou un membre de leur famille, avait trouvé la mort dans une fusillade. Nous avons dû récupérer les corps à la police pour cacher la vérité…

« Le service n'avait pas eu autant de travail depuis Tu-Sais-Qui ! Je comprends parfaitement qu'Ospicus veuille y mettre un terme dans les plus brefs délais. Moi aussi d'ailleurs ! Hors de question que je revive ça.

— Je sais parfaitement ce qui se passe ! s'emporta Hermione. Dois-je te rappeler que mon mari doit risquer sa vie à chaque fois qu'il franchit le pas de notre porte ?!

— Hermione, calme-toi, tenta d'apaiser Ron. Si je pouvais éviter d'être pris à partie, ça m'arrangerait bien.

— Tu ne crois pas que moi aussi j'ai envie que ça se termine bientôt ! protesta-t-elle.

— Je… je ne voulais pas…, bégaya Ron.

— Non, tu ne voulais pas ! Mais tu l'as fait ! le rembarra Hermione

— Hermione, calme-toi ! imposa Harry. Nous sommes ici pour nous amuser, pas pour nous envoyer paître ! Tu n'es pas la seule dans ton cas ! »

Hermione lança un regard noir à Harry, puis se renferma sur elle-même, les bras croisés sur sa poitrine.

« Hermione a raison, tenta Mandy. Ospicus doit passer par la procédure pour obtenir ce qu'il veut. Nous sommes presque au bord de la guerre civile, mais ça ne veut pas dire qu'il faille enfreindre nos lois.

— Le réseau de Cheminette et l'Office des Portoloins sont saturés par des familles qui fuient leur domicile dès qu'elles pensent voir un Vampire, expliqua Sue. Depuis l'attaque des Vampires, c'est la panique partout.

— Certaines nous appellent pour demander de poser des sortilèges d'antitransplanage, ou nous signaler un sortilège défectueux, renchérit Susan. Je redoute la prochaine pleine lune… Sans compter que nous avons été incapables de suivre les Vampires dans leurs déplacements.

— Comment ça ? s'étonna Lavande. Je croyais que le Département des Transports Magiques pouvait surveiller tous les transplanages.

— Seulement dans les zones surveillées, précisa Michael. Et à part quelques lieux Moldus stratégiques, c'est essentiellement des lieux magiques restreints : le Ministère, Ste-Mangouste, le Chemin de Traverse…

— Exactement, approuva Susan. On n'a même pas de couverture pour Poudlard ou Pré-au-Lard. Le Département de la Justice Magique nous a demandé de surveiller certains lieux précis pour la chasse aux Mangemorts, mais là non plus rien, aucun signe des Vampires.

— C'est quand même bizarre que vous ne les trouviez pas, s'étonna Padma.

— Certains transplanent, avoua Ernie, mais ils se perdent dans la masse de la foule affolée. Et si on réussit à en repérer un, le temps qu'on arrive, il a déjà disparu sans laisser de trace. On n'a pas encore compris comment ils pouvaient se déplacer si vite.

— Grâce à la faculté de Dépersonnification, répondit simplement Luna.

— La Déperso-quoi ? s'interloqua Kevin.

— La Dépersonnification, répéta Luna.

— Ça n'a jamais été prouvé, répliqua Hermione.

— Tu sais ce que s'est ? » s'étonna Ron.

Visiblement, tout le monde avait cru qu'il s'agissait d'une nouvelle théorie farfelue de Luna. Mais le fait qu'Hermione ne la réfute pas comme à son habitude, mais semblait y prêter beaucoup d'attention, fit changer d'avis toute l'assemblée.

« C'est une théorie que les sorciers qui ont étudié les Vampires ont mise au point il y a plusieurs siècles, dévoila Hermione. Il s'agit de la faculté de disparaître, tel de la fumée, et pouvoir traverser toutes les matières, puis de réapparaître plus loin.

— Cela permettrait aux Vampires de passer au travers de toutes les surfaces et ainsi pénétrer dans les maisons protégées par des sortilèges d'antitransplanage, rajouta Luna. Ils pourraient aussi se déplacer sous la terre grâce à ça, et ainsi apparaître derrière leurs victimes.

« C'est moins rapide que le transplanage, qui est instantané, mais ça reste le moyen de déplacement le plus rapide connu pour une créature. De plus, elle n'est pas limitée par la distance ou le temps.

— Certains Vampires se sont fondus dans le sol, se rappela Dean.

— Il y a eu plusieurs observations, convint Hermione, mais nous n'avons jamais réussi à reproduire cette capacité ni à capturer un Vampire pour l'étudier. Les recherches ont été abandonnées il y a des décennies.

— La Dépersonication existe donc bien ? voulut s'assurer Ron.

— Dépersonnification, rectifia Hermione. Oui, elle existe, avoua-t-elle. Du moins seulement selon des témoignages oculaires. Et ce n'est pas suffisant pour affirmer qu'il s'agisse d'une réalité.

« C'est comme pour les OVNI, chez les Moldus. Des milliers assurent avoir vu des lumières dans le ciel en pensant qu'il s'agissait d'extraterrestres – des êtres vivants venant d'autres planètes – alors que le plus souvent, nous en sommes les responsables.

— Il paraîtrait que, si un sorcier pouvait réussir à acquérir cette technique, il pourrait transplaner n'importe où, même dans l'enceinte de Poudlard », déclara Luna.

Un long silence fit suite à la révélation de Luna. Chacun se regardait avec un air inquiet, comme si les Vampires pouvaient apparaître d'un coup. Harry s'imagina se transformer en fumée et passer au travers des longues murailles du château.

« Les Vampires ne peuvent pas transplaner ? s'enquit Dean.

— Non, répondit Hermione. Pour une raison totalement inconnue, il semblerait que nous perdons la faculté de transplaner une fois mort. Et comme pour devenir un Vampire, il faut d'abord mourir… Cependant, ils peuvent utiliser la magie requise pour un transplanage, c'est pour cela que le Service de régulation de transplanage peut les détecter lorsqu'ils de « dépersonnifient ».

— Mais alors, ils peuvent entrer n'importe où ! s'affola Zacharias.

— Nous ne savons pas comment ils font, mais il existe des moyens d'empêcher les Vampires de passer, rassura Hermione. L'ail suffit généralement, mais si les Vampires sont trop nombreux, il vaut mieux utiliser la lumière du Soleil.

« C'est pour cela que des sortilèges reproduisant cette lumière, ou la catalysant dans un bouclier de protection, peuvent repousser les Vampires. Poudlard en est pourvu, ainsi que le Ministère. »

Un nouveau silence fit place une fois qu'Hermione eut terminé. Celui-ci se fit plus pesant et une gêne gagna les membres de l'AD. Harry décida de partir sur d'autres pentes moins glissantes et se tourna vers Michael et Ernie.

« Et comment ça se passe chez nos homologues de la Police Magique ?

— Si on oublie le massacre de Southampton ? La Brigade de Police Magique est appelée plusieurs dizaines de fois par jour pour des actes de vandalisme dans tout le pays, confia Michael. Sans parler des fausses alertes qu'on nous envoie au milieu du reste. Nous avons dû dériver notre courrier à la poste de Pré-au-Lard pour ne pas être envahis.

— Et le pire, lança Ernie, c'est que nous devons aussi nous occuper de toutes les autres infractions non liées aux Vampires. Plusieurs délits ont été commis au milieu des autres. Nous avons déjà arrêté tellement de monde que nous devrons bientôt envoyer nos suspects directement à Azkaban sans attendre le jugement.

— Mais vous ne pouvez pas ! explosa Hermione.

— Et tu n'es pas la première à le signaler, calma Ernie. Jackfull a déjà dû affronter plusieurs démissions des membres du service pour s'opposer à cette idée.

— Ils ont eu raison, persista Hermione.

— Hermione, tu ne comprends pas, intervint posément Michael. Nos cellules de pré-détention sont déjà pleines à craquer. Nous ne pouvons plus accepter de criminels ! Or, nous ne pouvons pas arrêter d'agir sous prétexte qu'il n'y a plus de place !

— Pourquoi ne pas demander aux Aurors de vous prêter nos cellules ? proposa Dean. Les nôtres sont pratiquement toujours vides.

— On l'a déjà fait ! affirma Ernie. Et votre Directeur nous a envoyés voir ailleurs !

— J'irai lui parler, déclara Ron. Je suis sûr que nous pouvons le faire changer d'avis.

— Tu connais Ospicus, Ron, argua Mandy. Si on lui propose d'envoyer directement les gens à Azkaban, il ne dira pas non. Il est devenu totalement parano depuis la semaine dernière.

— Qu'en est-il du Département des Mystères ? demanda Harry.

— Tous les Langues-de-plomb ont été réaffectés à la Salle des Archives, pour tenter de trouver une trace là-dessus, leur appris Parvati.

« Je ne vous dis pas la quantité de travail que cela demande. Je parle de plusieurs centaines de milliers de dossiers, de copies de journaux, de livres et de souvenirs à analyser. Sans parler que nous avons dû voir s'il n'y avait pas de prophétie sur le sujet.

— Et alors ? demanda Ron.

— Rien pour le moment, informa une Lavande dépitée.

— On t'a déjà mise dessus ? s'étonna Harry.

— J'étais déjà affectée à la Salle des Archives avant le début de la crise, pour parfaire mes connaissances en prophéties.

— Je doute qu'on trouve quelque chose, avoua Parvati. Les prophéties portent très rarement sur les créatures magiques. Mais nous ne devons rien laisser au hasard.

— Ces Vampires sont une vraie plaie pour le commerce, déclara Hannah. Nous avons perdu plus de la moitié de notre clientèle habituelle.

— Pareil chez nous, révéla George. Même nos commandes par courrier ont diminué.

— Les stades sont presque vides désormais, se lamenta Katie. Nous devons jouer seulement devant des locaux, nos supporters ne se déplacent plus. »

Le silence retomba sur la table. Tout le monde se regarda sans oser parler. Harry réalisa lentement que tous ses amis étaient impliqués de près ou de loin à cette affaire. Il avait bien fait de leur demander la prudence.

Seuls Luna et Neville semblaient épargnés. Neville avait cependant un air grave, mais Luna avait le même regard rêveur et lointain qu'à son habitude. Il fallait dire qu'avec tous ses voyages, il était peu probable qu'elle ait entendu quoi que ce soit, pensa Harry. Luna avait l'habitude de se couper totalement de la civilisation durant ses voyages à l'étranger, ne se tenant informé de ce qu'il se passait qu'à son retour, lors d'une sortie entre filles avec Ginny.

Cependant, en tant que magiezoologue et ancienne Attachée de Reconnaissance et Analyse des Créatures Magiques – elle était techniquement toujours employée du Ministère de la Magie, mais ne s'y rendait plus et finançait ses voyages d'études par le biais d'associations –, elle allait sans doute être affectée à l'affaire, l'Unité des Briscards étant sur le qui-vive.

« Bon, il se fait tard ! décréta Hannah. Je dois bientôt fermer. Finissez vos verres et rentrez chez vous. »

Harry termina sa Bièraubeurre puis se leva lentement. Il alla saluer tous ses amis, les remerciant d'être venus, puis entra dans la Cheminée à la suite de Ginny.

Il arriva chez lui quelques secondes plus tard. Il retira sa cape, qu'il posa négligemment sur le dossier d'une chaise et alla vers sa chambre. Ginny se changeait déjà. Ils firent leur toilette sans échanger un mot puis se mirent sous leurs draps. Ginny tournait le dos à Harry tandis que ce dernier éteignait la lampe de chevet. Il se retourna et commença à lui caresser le dos.

« Tu crois qu'on y arrivera ? demanda alors Ginny, d'une voix préoccupée.

— À quoi ?

— À gagner cette guerre ?

— Ce n'est pas vraiment une guerre, confia Harry. Disons que c'est une affaire qui a mal tourné. »

Ginny se tourna vers lui, son visage éclairé par la lumière de la ville. Ses yeux exprimaient une inquiétude que Harry ne lui avait que rarement vue. Il lui caressa les joues, jouant avec les mèches de cheveux qui les recouvraient.

« Dis-moi la vérité, exigea-t-elle.

— Je te dis la vérité. Les Mangemorts nous ont joué un sale tour et nous avons été incapables d'agir à temps. Maintenant, on doit faire face et résister à la tempête.

— Gagnera-t-on ? »

Harry ne répondit pas tout de suite. Il observa sa femme, ses yeux magnifiques qui ne demandaient qu'une chose : la vérité.

« Je n'en sais rien, confessa finalement Harry.

— Je ne veux pas que tu y retournes », avoua Ginny en se serrant contre lui, son visage enfoui dans ses bras. « Je veux que tu restes, je veux que tu sois auprès de moi pour la naissance de notre enfant.

— Je serai là Ginny », assura Harry en caressant les cheveux roux. « Je te promets que je serai là.

— Promets-moi de rester.

— Je ne peux pas, il faut que j'y retourne. Moore compte sur moi ! Je suis Harry Potter ! »

Ginny releva la tête, plongeant son regard dans le sien. Il n'y avait pas de larmes sur son visage, mais Harry savait qu'elle ne voulait que ça. Ils restèrent immobiles à échanger des regards, avant que Ginny ne repose sa tête sur le torse de Harry, regardant par la fenêtre.

« Je sais qui tu es. Mais ça ne veut pas dire que tu doives à chaque fois sauver le monde. »

Harry ne sut quoi répondre. Ginny s'écarta de lui, se retourna et s'endormit lentement. Harry contempla la fenêtre de sa chambre, réfléchissant à ce que venait de lui dire Ginny.

N'en faisait-il pas un peu trop ? N'était-ce pas à cause de son histoire qu'il se forçait à sauver le monde alors que d'autres pouvaient le faire aussi bien ? Mais pouvait-il laisser quelqu'un d'autre le faire ? Accepterait-il d'être simple spectateur alors qu'il pouvait agir ? Pas en tant que Harry Potter, le Survivant, mais en tant que le simple Auror Potter, tout jeune diplômé de l'Académie d'Apprentissage des Aurors. La réponse était évidente.

Bien sûr que non.