NDA 1 : une partie de ce chapitre constitue sans doute ce que j'ai eu de plus délicat à écrire depuis que je me suis lancé dans cette FanFic. C'est pourquoi, je fais une deuxième NDA à la fin pour m'expliquer.


Si la potion odorante pour Regulus ne lui posa pas de problème, Severus dut néanmoins faire face à quelques contre-temps avant de commencer à traquer les Maraudeurs. Quand il apprit à Tom qu'il avait fait des emplettes sur le Chemin des Embrumes, le journal lui fit une suggestion inattendue. L'expérience prouvait que les petites brutes ne renonceraient sans doute pas après une défaite. Pire, ils risquaient de devenir plus acharnés, pour prendre leur revanche. Dans ces conditions, pourquoi ne pas changer d'approche ? Il disposait désormais des ingrédients nécessaires pour brasser différents breuvages intéressants, dont la Felix Felicis. S'il buvait une dose de la potion de chance, tant qu'elle ferait effet, il pourrait réussir tout ce qu'il entreprendrait, ce qui impliquait vaincre le gang de Potter et conquérir Lily.

L'idée s'avéra très tentante. Il brûlait d'envie de terrasser ses ennemis, mais, quelque part, l'usage de la force lui semblait un aveu d'échec. En agissant ainsi, il s'abaissait au niveau du gang des gryffondors, au lieu d'utiliser ses qualités de serpentard. Par contre prendre le dessus à l'aide d'un philtre habilement concocté dans son laboratoire correspondait plus à son tempérament. Il hésita pendant deux jours, jouant avec cette hypothèse, et discutant longuement avec le carnet, avant d'y renoncer. Il fallait six mois pour obtenir la Felix Felicis, il ne supporterait pas d'attendre aussi longtemps.

Il décida cependant d'en commencer les préparatifs après les examens de juin. Cela pourrait toujours s'avérer utile de disposer d'une dose de potion de chance, le cas échéant. Il pouvait remercier le journal, qui le poussait à penser sur le moyen terme et à faire en sorte de disposer d'une solution de secours, au cas où son plan principal échouerait. Il effectua également quelques menus prélèvements dans les philtres médicaux qu'il brassait pour Slughorn. À l'avenir, il transporterait constamment sur lui de la Pimentine, une solution de régénération sanguine et un baume anti-hématomes. Il comptait livrer un combat difficile, il importait qu'il puisse se soigner seul et vite, le cas échéant.

Le dernier samedi d'avril, il sortit discrètement de la salle commune, peu avant le couvre-feu. Il avait dormi une bonne partie de l'après-midi, profitant du calme offert par la sortie des élèves à Pré-au-Lard. Il se sentait en forme et d'humeur à en découdre. Il passa une heure à arpenter les couloirs, désillusionné juste assez pour ne pas trop entamer son énergie, sans détecter quoi que ce soit. Il commençait à se dire qu'il ne réussirait sans doute pas à sa première tentative, quand des senteurs familières lui chatouillèrent les narines.

Il se laissa guider par son sortilège d'Odorus, tout en restant sur ses gardes. Les effluves qu'il détectait lui semblaient perturbées comme brouillées, et elles se mélangeaient avec d'autres moins connues. Il se figea d'un coup quand il entendit une voix aux sonorités détestables. Sirius Black paraissait en verve ce soir : « Allez, viens quoi ! Juste cinq minutes ! »

- S'il vous plaît, monsieur Black, lâchez-moi. Il faut que je rentre. L'heure du couvre-feu est passée.

- Monsieur Black, c'est mon père, Lord Orion Black. Moi, c'est Sirius. Et arrête de me vouvoyer, j'ai juste un an de plus que toi.

- S'il te plaît, Sirius, laisse-moi partir

- Tu dirais pas ça, si c'était mon frère. Je vous ai vu au village tout à l'heure. Tu devrais pas traîner avec un serpentard. S'il te faut un Black, je me porte volontaire !

Severus s'était suffisamment rapproché pour observer ce qui se passait. Le Maraudeur se tenait face à Victoire, près d'une torche. Il l'avait attrapée par les avants-bras et il profitait de la lueur pour la dévisager avec un intérêt presque avide. Au bout de quelques instants, il reprit la parole.

- Allez quoi ! Tu verras, on va se marrer.

En même temps, il entreprit de reculer vers une tapisserie, en entraînant l'étudiante avec lui. Severus évalua rapidement la situation. Le gryffondor voulait certainement amener la jeune fille dans une alcôve. S'il y parvenait, il deviendrait impossible de l'approcher sans se faire remarquer. D'un autre côté la lumière de la torche rendrait son camouflage inefficace s'il s'avançait trop. S'il renforçait l'enchantement, il risquait de s'épuiser. Enfin, Victoire se trouvant au milieu, elle faisait écran entre lui et le Maraudeur. Impossible de lancer un sortilège. Il devait prendre une décision, et vite.

Il se rendit visible et s'avança, baguette à la main.

- Je ne sais pas si tu es devenu sourd, ou si tu as perdu tes derniers neurones, Black, mais tu n'as pas l'air de comprendre ce qu'elle te demande. Elle t'a dit de la laisser.

Le bellâtre leva la tête. « Ah, Servilus ! C'est ton jour de chance, je vais te laisser filer. Comme tu vois, je suis un peu occupé. » Il bafouillait légèrement, et semblait peiner à garder son équilibre, mais ne lâchait pas Victoire pour autant. Le serpentard réalisa la nature de l'odeur bizarre qu'il sentait depuis un moment : l'alcool. De toute évidence, il n'était pas le seul à savoir se procurer du whisky pur-feu au village. Il ne s'agissait peut-être pas d'une bonne nouvelle, car la boisson semblait altérer le comportement du gryffondor, le rendait nettement moins prévisible. Il avait compté sur l'effet de surprise ou sur la volonté d'en découdre de Black pour qu'il laisse s'échapper l'étudiante, mais ça n'avait pas marché. Il allait devoir pousser plus loin la provocation.

- C'est vrai que d'habitude je t'obéis avec enthousiasme, n'est-ce pas... ? Malheureusement, je vais devoir décliner ta généreuse proposition. Je ne peux pas faire ça à Regulus.

Il vit avec satisfaction son interlocuteur se rembrunir.

- Je t'ai dit de ne pas t'approcher de Reg. Tu vas …

- Ah, mais, qu'est-ce que tu veux, on s'est découvert des affinités communes. Ça nous arrive d'étudier ensemble, désormais. Je crois que ça l'a impressionné que Slughorn m'invite à son club.

- Espèce de sale petit menteur, tu ne fais que …

- Je n'aime pas qu'on m'insulte Black. Oublie Victoire et attrape ta baguette, qu'on s'explique. À moins que tu n'aies peur de m'affronter tout seul ? En même temps, ça ne m'étonnerait pas. Fort avec les faibles, comme un vrai Gryffondor. J'ai cru comprendre que tu traites Kreatur comme …

Le Maraudeur propulsa brusquement l'étudiante vers Severus, qu'elle manqua percuter. Le serpentard eut juste le temps de voir son adversaire disparaître dans la pénombre, une expression étrange sur le visage. Dans l'air flottaient ces paroles bizarres. « On en a pas fini. »

Il voulut s'élancer, mais Victoire s'accrochait à lui en balbutiant des remerciements incohérents. Il se dégagea sans ménagement, mais perdit quelques instants précieux et se retrouva réduit à scruter vainement les ténèbres. Furieux, il se tourna vers la Poufsouffle.

- Si tu ne m'avais pas gêné, il n'aurait pas pu s'enfuir ! Et d'abord, qu'est-ce que tu faisais là ?

- En revenant de Pré-au-Lard, je suis restée discuter avec Regulus. Quand on a réalisé que le couvre-feu approchait, on s'est dépêchés de rentrer, et je me suis perdue. J'ai cherché mon chemin, jusqu'à ce que je tombe sur Sirius. Merci Severus. Sans toi …

Pendant qu'elle débitait des inepties, il réfléchissait à toute allure. En temps normal, Black serait parti rameuter le reste de sa bande pour qu'ils lui tombent tous dessus. Il lança un Odorus discrètement, mais ne détecta rien. L'alcool avait modifié le comportement du Gryffondor. Pourquoi avait-il pris cet air bizarre en partant. De toute évidence, il avait une idée derrière la tête. Le Serpentard repensa aux derniers mots prononcés. « On en a pas fini. » Et si ça concernait plutôt l'étudiante ? Dans ce cas, ça signifiait qu'il disposait d'un appât.

Il attrapa Victoire par le bras. « Tu ne peux pas rester ici, je vais te ramener à ta salle commune. On va prendre l'escalier le plus proche. » Il veilla à prononcer ces paroles avec un peu plus de force que nécessaire, au cas où des oreilles indiscrètes de Maraudeur se trouveraient à proximité. Il prit soin également d'emprunter le chemin le plus évident, tout en tapotant son nez avec sa baguette, mais ne détecta rien.

Peut-être le bellâtre préférait-il s'en prendre à une élève seule ? Il pointa une direction. « Prends ce couloir, puis le deuxième à droite et tu arriveras dans votre corridor. »

- Severus, je ne sais pas comment te dire …

Il ne se fatigua pas à l'écouter et s'éloigna. Dès qu'il eut tourné un angle, il se désillusionna hâtivement, avant de retourner précipitamment sur ses pas. Il suivit l'étudiante, attentif au moindre bruit tout en lançant régulièrement un Odorus, mais en vain.

Quand il discerna les tonneaux qui cachaient l'entrée sur le territoire des blaireaux, il comprit qu'il avait échoué. Si ça se trouvait, Black avait même réalisé pourquoi il rodait dans les couloirs. S'il avertissait les autres Maraudeurs, le Serpentard perdrait l'avantage de la surprise et toute sa stratégie tomberait à l'eau. Écœuré, il laissa ses émotions passer ses boucliers d'occlumencie et poussa un grognement de frustration.

« Lumos ! » L'exclamation lui fit lever les yeux. À quelques pas de lui, Victoire brandissait sa baguette, dont la clarté neutralisa sans peine son malheureux sort de camouflage. Les yeux de l'étudiante s'écarquillèrent. « Severus ! »

Il tourna les talons sans même prendre la peine de répondre, exaspéré. Il venait d'enchaîner les erreurs : il avait mal évalué tant les réactions que les intentions de Black, il s'était mal désillusionné et avait révélé bruyamment sa présence. Résultat une étudiante de troisième année avait réussi à le repérer. Une Pouffsoufle, qui plus est ! Il valait mieux qu'il jette l'éponge pour cette nuit. Avec sa chance actuelle, il risquait de tomber sur un professeur effectuant sa ronde.

Il regagna son dortoir et tâcha de s'endormir. Trop énervé, il dût pratiquer longuement ses exercices d'occlumencie, avant de retrouver un semblant de calme. Il finit par s'assoupir, mais se réveilla plusieurs fois en sursaut et ne parvint pas vraiment à se reposer. Il se leva tôt et de fort méchante humeur. Après un repas sommaire, il fila à son laboratoire, espérant que brasser lui permettrait de se détendre. En fin d'après-midi, voyant que ça ne servait à rien il décida d'aller s'entraîner. L'exercice physique lui permettrait au moins de se défouler.

Cependant, un petit passage préalable par ses quartiers s'imposait. La veille, trop frustré, il n'avait rien raconté à Tom et il entendait y remédier. Comme il traversait la salle commune, deux silhouettes vinrent se placer devant lui.

- Rogue, il faut qu'on parle.

Regulus et Viviane se tenaient côte à côte, l'air extrêmement sérieux.

« Je vous écoute. » Mine de rien, il posa sa main droite sur son poignet gauche. L'attitude idéale pour attraper rapidement sa baguette le cas échéant. Il ne se faisait pas trop de souci, ses interlocuteurs paraissaient plus mécontents, qu'agressifs. Néanmoins, ça ne coûtait rien de se montrer prudent.

La serpentarde jeta un œil autour d'elle. « Ici ? » Apparemment, ils voulaient un entretien à l'abri de toute oreille indiscrète.

Autant saisir l'occasion et prendre l'initiative. « Suivez-moi. » Il emprunta les couloirs à vive allure, avant de s'arrêter devant une porte. Elle donnait sur une pièce découverte pendant les vacances de Noël. Trop exiguë pour qu'il s'y entraîne, elle ferait parfaitement l'affaire pour une conversation privée.

En entrant, il tira sa baguette. « Regulus va sûrement poser des sortilèges pour s'assurer qu'on ne nous importune pas, mais j'en connais également quelques-uns de bien utiles. » Il veilla surtout à verrouiller l'entrée, et en profita pour vérifier qu'il ne détectait pas Potter ou Black.

Une fois sa besogne accomplie, il se tourna vers ses deux compagnons. « Alors ? »

- Victoire nous a raconté ce qui est arrivé hier soir.

« Et ? » Il se tenait sur la défensive, suspicieux. Le troisième année allait-il lui reprocher son attitude agressive vis-à-vis du Gryffondor ? Jusqu'ici, il s'était toujours montré indifférent aux agissements de son frère, mais peut-être y avait-il des limites qui…

- Merci.

Le jeune aristocrate lui tendait la main. Après un instant d'hésitation, Severus la lui serra. Il eut un mouvement de recul quand il vit Viviane se diriger vers lui, les bras ouverts. Il réalisa qu'elle voulait l'embrasser et non l'agresser, mais cela ne le rasséréna pas.

- Une poignée de main suffira amplement, merci.

- Comme tu voudras. Victoire nous a expliquée comment tu l'avais secourue et protégée. Tu as poussé le tact jusqu'à te cacher pour veiller sur elle. On apprécie et on ne l'oubliera pas.

Peu à l'aise avec toutes ces effusions, il se prépara à prendre congé, quand la quatrième année reprit la parole. « On va aussi avoir besoin de ton aide. Il faut donner une leçon à Black, pour qu'il comprenne que ma sœur est hors limite. »

Surpris, il se tourna vers Regulus.

- Tu es d'accord avec ça ? Des représailles envers ton frère ?

- On ne touche pas à Victoire. De toute façon, il ne se gêne pas pour dire à mes parents qu'il considère Potter comme sa vraie famille.

Apparemment, si les Maraudeurs s'en prenaient à un sang-mêlé comme lui pendant des années, ça ne valait pas la peine qu'on y prenne attention, mais si une sang-pur se faisait un peu malmener, il fallait tout de suite employer les grands moyens. Il ouvrit la bouche pour leur dire ce qu'il pensait de leur susceptibilité à géométrie variable, quand une pensée lui traversa l'esprit.

- Comme tu l'as mentionné, ton frère et Potter sont très proches. Dois-je vous rappeler qu'avec leurs deux complices, ils forment une bande qui fait la loi à Poudlard ? Oubliez votre idée. Enfin, sauf si vous comptez faire la guerre aux Maraudeurs.

- Et pourquoi tu crois qu'on t'en parle ? Tu les affrontes depuis des années. S'il y a une personne qui sait comment se battre avec eux, c'est toi.

Une conversation de septembre lui revint à l'esprit. « Avery et Mulciber sont deux. Tu connais quelqu'un prêt à (…) se battre à tes côtés ? » À l'époque, il n'avait rien trouvé à répondre, et il avait dû s'adapter. Il tenait peut-être l'occasion de changer les choses. Si, plutôt que de chercher un moyen d'affronter les membres du gang séparément, il pouvait envisager une bataille rangée le rapport de force deviendrait nettement plus équilibré, même à trois contre quatre,

Cependant, avant de tirer des plans sur la comète, il fallait qu'il évalue ses alliés potentiels.

- Retrouvez-moi, d'ici une heure, dans la salle commune.

Quand il les rejoignit, il leur fit signe de le suivre, sans un mot. Une attitude assez familière que les serpentards présents dans la pièce ne manqueraient pas de remarquer. Autant profiter de l'occasion pour afficher leur proximité et grimper encore un peu dans l'échelle sociale.

Il les conduisit dans sa salle d'entraînement personnel, où il leur expliqua :

- Comme vous l'avez dit, je me bats contre Potter et les autres depuis bien longtemps. De ce fait, je sais ce qu'ils valent. Par contre, j'ignore votre niveau. On va faire quelques petits combats pour que je me fasse une idée.

Un quart d'heure plus tard, il constatait froidement :

- Vous êtes d'une lenteur catastrophique. Je viens de vous désarmer dix fois, sans que vous puissiez rien faire. D'accord Regulus connaît un tas de maléfices et Viviane lance des attaques puissantes, mais si vous perdez votre baguette dès le début du combat, ça ne vous servira pas à grand-chose. Dans ces conditions, face à la bande de brutes, c'est perdu d'avance. Ou alors, il faudra qu'on soit plus nombreux. On pourrait demander à Victoire de …

« Non ! » Ses deux interlocuteurs étaient catégoriques.

- Elle ne voudra jamais qu'on se batte à cause d'elle. On a déjà eu du mal à la convaincre de nous raconter l'histoire d'hier soir, alors qu'on voyait bien qu'elle était bouleversée.

- Et puis ma sœur est trop jeune pour qu'on la mêle à ça, c'est encore une enfant.

Severus se garda bien de remarquer que Regulus et la Poufsouffle se trouvaient tous les deux en troisième année. Son Tom intérieur lui faisait remarquer tout l'intérêt qu'il y avait à ne faire participer que des serpentards. Dans le cas où on en arrivait à une bataille rangée avec les gryffondors, la maison vert et argent se sentirait nettement plus concernée si cela impliquait des sang-purs, issus de ses rangs. Avec un peu de chance, cela dégénérerait en affrontement généralisé, une situation beaucoup moins favorable aux Maraudeurs.

- Dans ce cas, il va vous falloir sacrément progresser. Et pour cela, il n'y a pas de mystère, la clé, c'est l'entraînement. Au moins deux fois par semaine.

- Mais on a déjà Quiddich !

- À vous de savoir ce que vous voulez. Avec une bonne préparation, on les combattra avant l'été. C'est vous qui voyez.

Il ne leur fallut pas longtemps pour accepter. Il leur communiqua le mot de passe qui donnait accès à la salle. Prudent, il avait passé l'heure précédente à modifier les défenses du lieu, cachant les runes et installant un dispositif qui garderait la trace de toutes les entrées. Il ne doutait pas vraiment de la bonne foi des deux sangs-purs, mais il restait sur ses gardes.

Ses nouveaux alliés le surprirent. Au fond de lui, il ne s'attendait pas à ce qu'ils tiennent très longtemps. Pour lui les rejetons de l'aristocratie manquaient de détermination, une qualité essentielle dans un duel. Afin d'éviter les déconvenues en plein milieu d'un combat, il décida de leur mener la vie dure. Lors de chaque exercice, durant chaque affrontement, il se mit à commenter leurs prestations sans prendre de gants. Il alternait propos acerbes sarcasmes et moqueries, cherchant leur point sensible.

Regulus encaissa stoïquement toutes les invectives, se concentrant sans sourciller sur la tâche en cours. Viviane, elle lui répondait du tac-au-tac, dévoilant au fil des jours une ténacité et un sens de la répartie insoupçonnés.

Cela n'empêchait pas Severus de trouver leurs progrès bien trop lents. Il commençait à douter qu'ils atteignent le niveau nécessaire pour une bataille avant l'été. Néanmoins, il s'aperçut qu'il appréciait la nouvelle situation et tout particulièrement dans ses prises de bec avec la quatrième année. Il y trouvait quelque chose de libérateur. Pas besoin de courber l'échine et d'encaisser silencieusement les rebuffades comme cela arrivait encore dans la salle commune. Il ne se sentait pas obligé non plus de faire tout le temps des efforts et des compromis comme avec Lily. Enfin, il avait le sentiment d'échanger d'égal à égal. Il adorait Tom et n'imaginait pas la vie sans lui, mais le journal faisait preuve d'une telle pertinence dans ses avis, que ça lui donnait parfois des complexes. Face à la serpentarde, il pouvait se lâcher, elle faisait de même et à la fin de l'entraînement, ils oubliaient tout.

Regulus constituait un autre cas de figure. Il avait laissé entendre qu'il devait son comportement à l'éducation dispensée par ses parents. Severus s'étonna intérieurement de la différence d'attitude avec Sirius, mais il garda ses réflexions pour lui. S'il devinait sans peine l'existence de tensions au sein de la famille Black, il ne voyait pas l'intérêt d'aborder un sujet si délicat.

Ces quelques satisfactions l'aidaient un peu à surmonter sa frustration. Il avait patrouillé à plusieurs reprises à la recherche des Maraudeurs, mais sans succès. Aucune trace des petites brutes, à peine quelques odeurs fugaces. Le temps passait, et il commençait à s'impatienter. Ses incertitudes concernant Lily revenaient le hanter. Et si elle finissait par choisir Potter ?

Cela l'exaspérait de ne pas pouvoir affronter Black et sa bande, à cause de la faiblesse de Regulus et Viviane. Quelques sortilèges puissants lui auraient sans doute permis d'égaliser les chances des deux groupes, mais Tom refusait obstinément de l'aider. S'il le poussait à étudier les théories de la magie noire les plus ténébreuses, le journal lui rappelait sans cesse qu'il risquait l'expulsion au cas où on le surprendrait à les mettre en pratique.

Au bout du compte, il décida de se débrouiller seul. Il exhuma ses notes sur la magie ménagère appliquée à la cuisine, et se focalisa sur la découpe de viande. L'analyse par arithmancie s'avéra insuffisante pour déterminer comment l'utiliser contre un humain, aussi reprit-il le chemin de la bibliothèque pour fouiller la section restreinte. Il progressait lentement, car il devait repartir son temps libre entre les premières révisions pour les examens, ses recherches pour Slughorn, ses potions odorantes et l'entraînement avec ses deux nouveaux alliés.

Fin mai, alors qu'il se débattait avec des calculs particulièrement complexes, il entendit la chaise en face de lui s'affaisser sous le poids d'un intrus. « Encore en train de préparer un mauvais coup Servilus ? »

- Tu tombes bien Black, j'étudie un rituel qui nécessite un sacrifice humain. Il faut un sujet sans cervelle, ni jugeote. Tu conviendrais tout à fait.

Bizarrement, le Maraudeur se contenta de ricaner. Severus posa discrètement sa main sur son poignet gauche, prêt à dégainer ou à dresser un bouclier. Le gryffondor semblait être venu seul, mais Potter pouvait très bien l'avoir accompagné sous sa cape d'invisibilité. Il espérait qu'ils ne s'avéreraient pas assez stupides pour venir se battre dans un lieu surveillé par un adulte. Il ne tenait pas à ce que la bibliothécaire les expulse.

- Je suis là parce qu'on a un compte à régler.

- Quand tu veux. Après tout, ce n'est pas moi qui ai fui la dernière fois.

- J'ai pas peur de t'affronter. La preuve je viens te proposer un duel. Juste toi et moi en face-à-face, et on ne s'arrête que quand l'un des deux demande grâce. En somme les règles habituelles d'un combat singulier, mais je parie qu'un minable comme toi ignore de quoi il s'agit.

- C'est marrant comme monsieur sait faire étalage de sa culture de sang-pur, quand ça l'arrange.

- Change pas de sujet, Servilus. Demain soir à minuit, pour qu'on soit pas dérangés. Tu vois le saule cogneur dans le parc ?

- Tu crois vraiment que je vais m'approcher d'un truc aussi dangereux ?

- Il y a un nœud à la base du tronc. Actionne-le à distznce avec ta baguette et l'arbre se calmera. Entre ses racines, tu trouveras un passage. Je t'attendrai à l'autre bout.

- Et puis quoi encore ? Sous prétexte que monseigneur, daigne me consacrer un peu de son temps précieux, je devrais accourir ventre à terre ? Je ne suis pas à ta disposition !

- Tu devrais plutôt me remercier de la chance que je te donne. On va pouvoir s'expliquer, comme tu le souhaitais. C'est l'occasion de prouver ce que tu vaux. À moins qu'on aie raison de penser que tu n'es qu'un petit serpentard graisseux. Et avec le béguin pour Evans, j'oubliais. Qu'est-ce que ça nous fait marrer de vous voir ensemble. Tu la suis partout, comme un toutou en la dévorant des yeux. C'est d'un ridicule…

La chaise de Severus se renversa avec un fracas qui raisonna au-delà des rayonnages. Il se moquait du tapage, tout comme il se moquait de l'arrivée d'une madame Pince furieuse. Il ne voyait que le gryffondor, pas du tout inquiet de la baguette qui le menaçait.

Au contraire, il affichait un air narquois. « Garde ça pour demain soir, Servilus. »

La bibliothécaire les mit dehors, l'un après l'autre, avec interdiction de revenir de la semaine, mais peu lui importait. Le sang lui battant aux tempes, le serpentard se précipita dans son dortoir et attrapa le journal.

- Tom, j'ai besoin d'une malédiction bien vicieuse. Je sais que tu trouves ça risqué, mais je te promets que je vais m'en servir loin des profs.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Demain soir, je me bats en duel avec Sirius Black. Je sais que je vais le battre, mais ça ne suffit pas. Il faut qu'il comprenne à qui il a affaire.

- Si on te surprenait en train de …

- Ça se passera à minuit, au bout d'un passage, dans le parc. Aucun adulte ne nous trouvera.

- Ah. Et tu comptes y aller ?

- Évidemment ! Pourquoi ?

- Laisse-moi récapituler. Il existe dans cette école un gang de petites brutes qui, depuis des années te tend des embuscades, pendant lesquelles ils n'hésitent pas à t'attaquer à plusieurs. Un de leurs membres vient brusquement te proposer de venir seul le retrouver la nuit, dans un endroit isolé, et tu ne trouves pas ça suspect ?

- … Tu crois que c'est un piège ?

- Je pense que tu devrais au moins envisager la possibilité qu'au bout de ce passage, tu te trouves face à quatre baguettes.

Il se sentit stupide. Furieux, à cause des commentaires de Black sur Lily, il avait failli foncer sans réfléchir. Il pouvait remercier le journal. Il s'imaginait facilement tomber dans le traquenard. À Noël, les Maraudeurs avaient déclaré avoir plein d'idées le concernant. En pleine nuit, dans cet espace perdu, personne ne l'aurait entendu crier. Un doute cependant le taraudait.

- Tu as sans doute raison, Tom. Sûrement même. Mais on ne peut pas totalement exclure que Black dise la vérité. D'accord, c'est peu probable, mais imagine que pour une fois, il veuille vraiment un duel dans les règles. Dans ce cas, je rate une occasion inespérée.

- Tu marques un point. Tu te souviens de nos discussions, sur l'utilité d'un plan B, d'une solution de secours ? C'est le moment de les mettre en pratique.

- Comment ça ?

- N'oublie pas l'atout que tu as gardé dans ta manche. Les Maraudeurs ignorent que tu disposes de deux alliés prêts à t'épauler.


NDA 2 : c'est le passage avec Sirius et Victoire qui m'a posé le plus de problème. Je sais que certains fans voient les Maraudeurs comme une bande de gentils farceurs, mais pas moi. C'est un gang de petites brutes, dont j'ai donné l'analyse au chapitre 7 : deux suiveurs dominés par deux sang-purs.
Sirius Black choisira le camp de Dumbledore, dans la guerre contre Voldemort, mais il reste un fils d'aristocrate gâté par la nature. Je peux expliquer une partie de son comportement par son environnement familial très brutal, déplorable, mais je ne l'excuse pas. Je le crois donc tout à fait capable de boire trop et de croire après que si Victoire dit poliment non, en fait ça veut dire oui.
Au moins, on peut essayer de comprendre son attitude à cause du contexte violent de son enfance. James Potter lui a été pourri gâté par ses parents. Sur ce point il me fait vraiment penser à Draco Malfoy: un sang-pur, choyé, adoré et qui croit que le monde doit se plier à sa volonté.

Il faut aussi que je précise une chose sur Severus : s'il avait trouvé Victoire aux prises avec un autre élève, il ne s'en serait pas mêlé. Il n'est intervenu que pour s'en prendre à un Maraudeur. Il peut faire des choses bien parce qu'il y trouve son intérêt, mais ce n'est pas quelqu'un de bien, c'est quelqu'un de complexe. C'est ce qui le rend intéressant :-)

J'ai aussi cru comprendre que l'attitude de Lily dans le chapitre précédent a surpris certains d'entre vous. Je rappelle que dans L'ordre du phénix, lors du pire souvenir de Severus, on voit clairement qu'elle ne détestait pas James Potter autant qu'elle l'affirmait. D'un autre côté, J K Rowling raonte dans une interview que si Severus n'avait pas basculé du côté des Mangemorts, Lily aurait pu développer des sentiments amoureux à son égard. Cette jeune fille est pleine de contradictions, c'est pour ça qu'Alice la trouve compliquée.

En attendant dans le prochain chapitre, Severus va aller fouiner la nuit du coté du Saule Cogneur. Mais pas tout seul ...