On n'y croyait plus… deux ans plus tard, voici la suite de Diplomagie 101.

Pour celles et ceux que les explications intéressent, je vous résume rapidement les deux dernières années. J'ai été submergée de travail, puis j'ai impulsivement décidé de reprendre mes études. Je suis actuellement en master, et je cumule un job en parallèle. Et si tout cela n'était pas suffisant, je n'avais plus aucune inspiration pour cette histoire. J'ai fini par complètement détruire le plan que j'avais prévu pour les derniers chapitres, et je l'ai complètement réécrit, ce qui m'a fait réécrire ce chapitre à plusieurs reprises (étant donné qu'il était bien avancé avant que je ne décide que je n'étais pas satisfaite avec la tournure que les choses avaient prise). Une fois le nouveau plan en place, il a fallu que je trouve du temps pour écrire ce chapitre, ce qui ne s'est pas avéré facile… mais le voici !

Je n'en suis pas 100% satisfaite, j'estime que c'est avant tout un chapitre de transition, mais il est nécessaire à la suite, alors j'espère qu'il vous plaira tout de même. Je n'ai pas de bêta et je l'ai relu une dizaine de fois, donc j'espère qu'il n'y a pas trop de fautes qui s'y sont glissées.

Bonne lecture à tous-tes !

xxx

Chapitre 14 – Théorie polimagique 247 : guerres sorcières.

Ginny, Ron et Blaise couraient – ils couraient aussi vite que leurs jambes le leur permettaient, traversant la forêt gigantesque à toute allure. Il fallait qu'ils transplanent, mais ils ne savaient pas où se rendre – après tout, ils n'avaient pas eu accès aux informations essentielles pour déjouer la mission qui se déroulerait en Pologne.

Lorsqu'ils furent à une distance du camp qu'ils estimaient respectables, ils s'assirent au pied d'un arbre pour souffler. Malgré l'heure tardive – ou matinale, selon l'opinion – il fallait à tout prix qu'ils contactent Harry. Ginny dégaina son téléphone portable et composa le seul numéro qu'elle connaissait par cœur. Elle hésita un instant avant d'appuyer sur le bouton d'appel.

- Qu'est-ce que tu attends ? lui asséna Zabini.

- J'ai peut-être une idée de ce qu'on pourrait faire, murmura-t-elle, plutôt pour elle-même que pour son interlocuteur.

- Qui est ? la pressa Ron.

- On n'est peut-être pas obligés de savoir où doit se dérouler la mission pour la déjouer. Je repensais à quelque chose que m'a dit Hermione l'autre fois, au sujet de la Pologne…

- Tu écoutes Hermione quand elle blablate des faits obscurs sur tout et n'importe quoi ? s'étonna Ron.

Ginny le fusilla du regard.

- Je comprends mieux pourquoi vous n'êtes plus ensemble, pouffa Zabini.

Il se reprit en voyant le regard que lui jeta Ginny.

- Bon alors Weaslette, et ton idée alors ?

- Je disais, donc, reprit Ginny d'un air agacé, qu'Hermione m'avait expliqué que la Pologne est un des rares pays d'Europe, avec l'Irlande, où les communautés sorcières sont très rares et très disparates, en raison notamment de la forte présence religieuse qui s'y trouve. Ce qui voudrait dire que si nous arrivons à contacter le centre du monde magique polonais, il serait très simple pour eux de faire de la prévention rapidement auprès de toutes les familles sorcières du pays ! Ce n'est pas infaillible, évidemment, mais faute d'avoir eu accès aux plans de l'armée, je ne vois rien de mieux…

- C'est très bien, répondit Ron d'une voix sourde. Appelle Harry, ajouta-t-il plus fort.

Ginny se décida donc et appuya sur le bouton d'appel de son portable. Elle attendit quelques sonneries avant d'obtenir une réponse.

- Allô ? lui répondit une voix endormie.

- Harry, je dois faire vite. On vient de s'échapper du camp, et ils seront rapidement sur nos traces. Réunis tes meilleurs Aurors et rejoins-nous à Cracovie. Il faut qu'on intervienne avant que n'ait lieu l'enlèvement le plus crucial de leur plan, embraya Ginny, qui était encore à bout de souffle malgré son entraînement de sportive endurcie.

- Je fais vite, répondit Harry, nettement plus réveillé. Envoie-moi votre localisation une fois que vous serez en lieu sûr.

Ginny acquiesça sans un mot avant de raccrocher.

- Pourquoi Cracovie ? lui demanda Zabini, intrigué.

- C'est là que se trouve le Prezydencki Pałac Magii, dit-elle dans un polonais maladroit. Palais présidentiel de la magie, s'empressa-t-elle d'ajouter face aux mines déconfites de son frère et de son acolyte.

- Tu parles polonais maintenant ? s'enquit Ron.

- Je fréquente beaucoup Hermione, surtout. Et je l'écoute, contrairement à toi, répondit-elle en levant un sourcil en sa direction.

Son frère s'apprêta à rétorquer, mais Zabini ne lui en laissa pas le temps.

- Vous vous chamaillerez plus tard. On doit transplaner.

- Est-ce que ce n'est pas trop risqué, sur une telle distance ? demanda Ginny, visiblement inquiète.

- C'est un risque à prendre, répondit Zabini. A moins que tu n'aies une autre solution à nous proposer.

Le regard qu'elle lui lança en guise de réponse était parlant – de toute évidence, ils n'avaient pas le choix. Ginny soupira et joignit ses mains à celles de son frère et de Zabini. Elle ferma les yeux, priant Merlin pour qu'ils ne se désartibulent pas, et les fit transplaner à des centaines de kilomètres au Nord, dans un pays qui leur était inconnu, une contrée où de nouvelles aventures les attendaient.

Au grand soulagement de Ginny, ils arrivèrent sans une égratignure. La nuit recouvrait toujours le ciel de son manteau noir, et ils ne furent aperçus par personne. Ginny prit une inspiration, et constata rapidement qu'ils étaient tous dans le désarroi le plus total. On ne les laisserait pas entrer dans le palais présidentiel si tôt, et ils avaient besoin de se reposer.

- Qui a de l'argent sur lui ? demanda Ginny.

Zabini leva la main, comme s'il s'était trouvé face à un professeur. Fatigués et désorientés suite à leur nuit mouvementée, décontenancés par ce geste, les trois acolytes furent rapidement secoués par un fou rire, qui retentit dans les rues vides de la ville.

- Il devrait y avoir un hôtel dans le coin, finit par dire Ginny quand elle cessa d'être secouée de spasmes. Je propose qu'on dorme un peu avant de retrouver Harry et les Aurors.

Ses compagnons acquiescèrent, et ils se mirent en route pour trouver un hôtel qui accepterait de les recevoir si tardivement. Ayant transplané dans le centre-ville, il ne fut pas difficile pour eux d'en trouver un – et, grâce à Merlin, il leur restait deux chambres de disponibles. Ils s'y installèrent – Ginny dans l'une, Zabini et Ron dans l'autre, et s'endormirent dès que leurs têtes touchèrent les oreillers.

Ginny fut brusquement réveillée quelques heures plus tard par la sonnerie de son téléphone. Elle vit le nom de Harry s'afficher sur le cadran et s'empressa de répondre.

- Ginny, soupira-t-il de soulagement. Tout va bien ? Tu ne m'as jamais envoyé ta localisation, et tu n'as pas répondu à mes premiers appels, je te croyais morte, la sermonna-t-il.

- Je vais bien, Harry. Je suis désolée de t'avoir inquiété, je… nous avons trouvé un hôtel et on était tellement fatigués… on s'est juste endormis, dit-elle, sa voix éteinte par le sommeil qui l'habitait encore. Je t'envoie l'adresse tout de suite par texto, ajouta-t-elle.

Elle l'entendit acquiescer et elle raccrocha. Neuf appels manqués… le pauvre, elle l'avait vraiment inquiété. Elle s'empressa de lui envoyer l'adresse et l'hôtel et entreprit de se préparer. Elle transfigura son uniforme en quelque chose d'un peu plus convenable – un jean kaki et un t-shirt. Pour la couleur, il faudrait repasser, mais elle n'était pas assez douée en métamorphose pour oser aller plus loin. Elle enfila son manteau et quitta la chambre.

Lorsqu'elle descendit dans le lobby, elle constata que Zabini et Ron l'y attendaient déjà.

- Ça va la marmotte ? demanda Zabini d'un air narquois.

Elle se contenta de lui répondre d'un geste grossier de la main.

- Harry devrait nous rejoindre bientôt, indiqua-t-elle. Avec des renforts.

Elle ne crut pas si bien dire. A peine quelques minutes plus tard, une dizaine de sorciers et de sorcières pénétrèrent l'enceinte de l'hôtel, tous vêtus de costumes et de tailleurs moldus. Ginny soupira de soulagement – ils s'étaient faits discrets, ce qu'elle ne put qu'apprécier au vu des circonstances qui les réunissaient. Par conséquent, elle se retient de sauter dans les bras de Harry, ne lui adressant qu'un regard timide, qu'il lui rendit aussitôt.

- Bonjour, leur dit l'un des Aurors en s'approchant.

- Guilbert ! s'exclama Ron, qui l'avait aussitôt reconnu. Comment ça va mon vieux ?

Le Guilbert en question s'éclaircit la gorge, comme interloqué par tant de familiarité. Ron lui jeta un regard curieux mais ne dit rien de plus.

- Vous avez fait un boulot remarquable, continua-t-il comme s'il n'avait pas été interrompu. Mais, continua-t-il en se tournant vers Ginny et Zabini, vous devriez rentrer en Angleterre. Votre place n'est plus ici, vous n'êtes pas des Aurors.

- C'est hors de question, rétorqua Ginny. Nous sommes là depuis le début, nous avons fait le repérage, nous nous sommes infiltrés, nous méritons de poursuivre la mission. Après tout, Wilkins ne nous a pas demandé de rentrer, et si le chef des Aurors nous laisse faire, je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous laissiez faire aussi.

Guilbert parut pris de court par ce refus. Il n'ajouta rien de plus et rejoignit le groupe avec lequel il était venu. Ce fut alors au tour de Harry de les rejoindre. Il serra discrètement Ginny dans ses bras, semblant soucieux de ne pas perdre de son autorité auprès de ses collègues, avant de prendre la parole.

- Quelles sont les informations ? demanda-t-il.

- On n'en sait pas plus que tu ne le sais déjà, à vrai dire, répondit Ron. Ginny a suggéré qu'on se rende au palais présidentiel de la magie pour… enfin, bafouilla-t-il, je la laisse t'expliquer.

- Pour informer toutes les communautés sorcières du pays d'être vigilantes, commenta Ginny. Je pense qu'il n'y a pas d'autre solution qui s'offre à nous pour le moment, étant donné que nous ne savons pas dans quel village ou dans quelle ville aura lieu l'enlèvement. Et puis, la Pologne est un pays religieux, très chrétien… les moldus résolument anti-sorciers pourraient se trouver n'importe où, et nous n'avons pas le temps de traverser le pays pour rechercher ceux qui orchestreront l'enlèvement, dit-elle d'une voix sûre.

Elle crut voir un éclair de jalousie passer dans le regard de son frère, mais n'y prêta pas attention. Il lui envoyait beaucoup de ces regards depuis qu'ils étaient partis en mission, et elle n'avait pas le temps de s'y attarder – son ego pouvait bien attendre qu'ils aient sauvé le monde moldu.

Harry sembla réfléchir quelques instants.

- En effet, finit-il par dire, ça me semble être une bonne idée. Nous devrions nous y rendre immédiatement.

Joignant le geste à la parole, il leur indiqua de le suivre, et ils se mêlèrent aux sorciers et sorcières avec lesquels Harry était venu. Ils sortirent de l'hôtel, et Ginny vit Harry se pencher vers une sorcière blonde, afin de lui dire quelque chose. Elle acquiesça en réponse et prit les devants. Voyant l'air interloqué de Ginny, le sorcier qui se tenait à ses côtés prit l'initiative de lui expliquer.

- Zofia est polonaise, indiqua-t-il dans un fort accent italien. Elle saura nous mener au Cracovie sorcier, et ainsi au palais présidentiel.

Ginny se contenta d'acquiescer et de suivre la marche. Elle trouvait étrange ce nouveau positionnement – elle avait pris l'habitude, ces derniers jours, d'être à la tête du mouvement, et elle y avait pris goût. Désormais, elle n'était que suiveuse, un mot qui résonnait étrangement avec poursuiveuse, le titre de sa position dans l'équipe de Quidditch qui l'employait.

Quelques minutes et un passage dans un tunnel plus tard, ils arrivèrent à destination. Il était temps pour eux de sauver les mondes moldu et sorcier du plan sordide qui les attendaient. Ginny se retourna pour voir où se trouvait son frère. Elle ne le repéra pas immédiatement – mais elle vit, au loin, fermant la marche, Guilbert esquisser un sourire narquois.

xxx

- Non, je ne me souviens de rien, s'agaça Granger pour la énième fois.

Drago et elle étaient retournés dans la ville où il l'avait trouvée, espérant ainsi éveiller ses souvenirs. Soupirant de lassitude, Drago recommença.

- Là, c'est l'hôtel où je t'ai trouvée. Là-bas, c'est le centre médical où ils ont dû te soigner de manière rudimentaire avant que je ne n'intervienne, ici, c'est la sortie Sud. Tu es sûre que ça ne t'évoque rien ?

Granger lui jeta un regard noir. Il ne put que la comprendre en cet instant – il était inlassable, il le savait, mais il était essentiel qu'elle recouvre sa mémoire.

- Arrête de me traiter comme un bébé, lui cracha-t-elle. Tu vois bien que tes méthodes idiotes ne fonctionnent pas, alors ce n'est pas la peine de s'acharner.

Drago soupira. Depuis qu'ils avaient acheté sa baguette, Granger et lui ne cessaient de se disputer. Il avait trouvé satisfaisant, au début, de l'ignorer – après tout, c'était elle qui avait choisi que leur nuit ne comptait pas. Mais s'il était inlassable, Granger savait l'être encore plus, le taraudant continuellement jusqu'à ce qu'il accepte de lui adresser la parole – ce qu'il avait fait, sous le coup de l'agacement, en hurlant. Depuis, il n'était question que de hurlements entre eux.

- Je vais me balader, finit par dire Granger. Tes méthodes à 3 mornilles ne fonctionnent pas, et j'ai besoin d'air.

- Je t'accompagne, rétorqua-t-il d'un air autoritaire.

Il ne lui laissait pas le choix. Elle ne serait pas seule, qu'elle le veuille ou non. Il avait passé trop de temps à la rechercher pour la perdre maintenant. Granger lui adressa un regard glacial pour seule réponse, mais ne protesta pas – sans doute savait-elle que c'était vain.

Ils traversèrent les rues colorées de la ville pendant de longues minutes. Drago voyait le regard de la jeune femme longer les bâtiments, essayant de scruter au-delà des murs, dans l'espoir de se rappeler de quelque chose, de n'importe quoi.

- Il faudrait qu'on sorte de la ville, finit-elle par dire.

En voyant l'air interloqué que lui jeta Drago, elle poursuivit.

- Si j'en crois ta version de l'histoire, ici j'étais Alice, la moldue. Si mes souvenirs reviennent, je ne pense pas que ce seront les souvenirs dont on a besoin. Je doute que le campement soit dans la ville, et j'étais très blessée en arrivant ici – il est donc forcément en-dehors, mais sans être trop éloigné. Ce qui signifie que nous devons sortir et voir les alentours… peut-être que là, je commencerai à me souvenir.

Drago dut admettre que c'était cohérent. Ils décidèrent d'un commun accord de prendre la sortie Sud, et quittèrent progressivement la route pour rejoindre un sentir de terre battue. Il ne faisait pas excessivement chaud – on était en décembre, après tout – mais Drago pouvait sentir le soleil taper sur son visage, et il se mit rapidement à transpirer. Granger, quant à elle, n'avait pas l'air incommodée. Elle marchait devant, les yeux rivés sur le chemin un instant, sur sa droite le suivant, sur sa gauche celui d'après. Elle prit une pause pour s'accroupir et toucher le sol, ce que Drago trouva curieux mais ne commenta pas.

- Tu ne trouves pas qu'il fait chaud ? finit-il par dire.

Elle fronça les sourcils.

- Chaud ? Mais voyons, Drago, on est en décembre. Non, je n'ai pas chaud.

- C'est étrange, quand même, tu ne trouves pas ? rétorqua-t-il.

Elle fit volteface pour lui répondre, et se prit les pieds dans un caillou. Drago n'eut pas le temps d'intervenir qu'elle s'étala de tout son long, sa tête percutant un rocher au bord du sentier. Inquiet, Drago s'agenouilla et passa une main dans ses cheveux.

- Granger, ça va ? demanda-t-il, inquiet de ne pas la voir réagir.

Elle resta immobile – elle semblait être inconsciente.

- Granger, dit-il plus fort. Granger, réveille-toi, je t'en prie.

Sa voix avait pris un ton suppliant. Il continua de lui caresser les cheveux mécaniquement, sans savoir quoi faire. Ils restèrent positionnés ainsi quelques instants, quand Drago sentit enfin la tête de Granger se relever doucement.

- Malefoy, l'appela-t-elle, sa voix éteinte. Malefoy…

- Oui, Granger ?

Elle prit une minute supplémentaire pour se relever en position assise. Drago avait retiré sa main aussi rapidement que possible de la chevelure de la jeune femme, mais restait tout de même agenouillé auprès d'elle, inquiet de son état.

Soudain, elle lui jeta un regard franc, accompagné d'un sourire éclatant.

- Je me souviens… je crois. C'est par ici, dit-elle en se relevant soudainement, son doigt pointant au Sud.

- Dis-moi tout, l'encouragea-t-il.

- C'est encore flou, mais… j'étais dans une pièce intemporelle, paralysée. Un jeune homme est venu me sauver, c'est lui qui m'a donné les papiers d'identité que j'avais, ceux d'Alice. Alors j'ai couru, j'ai couru, et puis je suis tombée, et c'est là que je me suis blessée. Je pense que ça ne doit pas être trop loin, peut-être à un kilomètre d'ici.

Drago sentit son cœur gonfler. Ils s'approchaient du but – enfin. Il voulut la prendre dans ses bras, mais se retint de justesse.

- On devrait aller faire du repérage, ajouta-t-elle. Se lancer un sortilège de désillusion et faire le tour du campement, pour voir quels types de défenses ils ont pu mettre en place.

Décidant qu'il était mieux qu'ils soient dissimulés à partir de cet instant, ils se lancèrent mutuellement un sortilège de désillusionnement. Ce n'était pas aussi efficace qu'une cape d'invisibilité, mais c'était amplement suffisant pour qu'ils puissent observer les lieux de plus près.

Ils marchèrent en silence. Ils longèrent le sentier pendant de longues minutes, qui se transformèrent rapidement en heures.

- Je ne comprends pas, finit par dire Drago. On aurait dû le voir depuis un moment.

Ils n'avaient pas pris la peine de renouveler leurs sorts de désillusionnement. Granger semblait perdue dans ses pensées. Elle marmonna quelque chose, et Drago ne put en entendre que des bribes.

- Non… non… mais bien sûr… alors forcément… oui, ça doit être ça… serait-ce possible ? C'est grand… je ne sais pas… mais je crois que si.

- Accepterais-tu de partager, Granger ? s'enquit enfin Drago, agacé.

- Je pense, commença-t-elle, je pense que le camp est dissimulé par des sortilèges de protection. Il ne l'était pas quand je me suis échappée, mais ils ont dû renforcer les défenses depuis, j'imagine. Ça ne sert à rien de chercher… il faut que je me présente, à visage découvert, pour qu'ils me capturent de nouveau.

Elle avait prononcé cette dernière phrase sur un ton plus doux, comme si elle était désireuse que Drago ne l'entende pas. Il sut immédiatement pourquoi – il était hors de question qu'elle retourne dans ce trou à rats, et elle savait pertinemment qu'il voudrait l'en empêcher.

- Ma parole, tu es complètement tarée Granger. Je ne donne pas cher de ta vie si tu fais ça. Et puis comment je fais pour te trouver après ? Puisque le campement nous est invisible ? rétorqua-t-il, une note de colère dans la voix.

- C'est le seul moyen… tu ne comprends pas ? Ils doivent être désespérés de me retrouver… si je me présente à eux, ils sauteront sur l'occasion pour m'enfermer de nouveau. Et depuis l'intérieur, je pourrai abattre les défenses et te faire entrer, énonça-t-elle avec une rapidité déconcertante, son cerveau de Miss-je-sais-tout tournant à toute allure.

- Ils te priveront de baguette à ton entrée. Et là, comment comptes-tu sortir de la pièce intemporelle ? Tout ce que tu vas y gagner c'est la perte de ta vie, et là nous serons tous dans la bouse de dragon.

Drago sentait sa voix monter d'un cran à chaque mot qu'il prononçait. Il savait qu'il exprimait des pensées rationnelles, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que ses motivations étaient quant à elles purement égoïstes. Il ne voulait pas la perdre – et il n'était même plus question du procès qui les attendait dans quelques jours.

- Tu devrais juste prévenir Potter et lui donner l'emplacement approximatif du camp tel que tu t'en souviens. Ce n'est pas la peine de risquer ta vie, ajouta-t-il plus doucement.

- Tu ne comprends pas, Malefoy. Si des Aurors débarquent à l'improviste, sans savoir où le camp se trouve exactement, alors les personnes qui l'occupent auront le temps de plier bagages et de se tirer – et là, nous aurons définitivement perdu leur trace. Je suis désolée, mais c'est la seule solution.

- Si c'est la seule solution, alors, je t'en prie, rassure-moi. Explique-moi comment tu comptes t'en sortir une fois à l'intérieur, la supplia-t-il.

- C'est simple, répondit-elle en souriant. Tu te souviens de ce que Mme Harmonier nous a dit ? Ma magie est instable – et c'est là la faille unique des pièces intemporelles ! Elles sont sensibles à la présence magique de quiconque s'y trouve, et qui dit magie instable dit environnement instable. Je peux la faire s'effondrer avec ma seule présence. Quant à toi, tu devras rester près de moi, bien évidemment, mais en étant désillusionné… comme ça, tu sauras exactement où je suis enfermée, et tu pourras partir à l'assaut dès que j'aurai démoli leurs défenses.

- Et comment comptes-tu faire tout ça une fois qu'ils t'auront pris ta baguette, Miss-je-sais-tout ? répliqua-t-il, un sourire narquois déformant ses traits d'aristocrate.

- Qui te dit qu'ils doivent savoir que j'ai une baguette ? Après tout, ils ont toujours la mienne – l'originelle, je veux dire. Si j'erre autour du camp, la tête ensanglantée, ils se diront que je suis juste désorientée, ils ne se demanderont pas si j'ai pu récupérer une baguette. Il suffit que je joue le jeu.

- Et tu comptes faire quoi de la baguette que tu as actuellement alors ?

Granger sembla être prise au dépourvu un instant, mais c'était la sous-estimer que de croire qu'elle ne trouverait pas de réponse rapidement. Elle tendit sa baguette à Drago et amassa ses cheveux touffus, les réunit en un épais chignon sur le sommet de son crâne, qu'elle attacha avec l'élastique qu'elle avait toujours sur son poignet droit.

- Ma baguette, Malefoy, demanda-t-elle en tendant la main.

Il la lui rendit et elle la dissimula aisément dans le chignon.

- Qu'est-ce que tu en penses ?

- Que tu es bel et bien la sorcière la plus intelligente de ta génération, répondit-il avec un sourire sincère.

Elle s'empourpra avant de se mettre dos à lui.

- Tu pourrais refaire ma blessure maintenant ? Je pense qu'une illusion fera l'affaire.

Drago se concentra et fit de son mieux pour recréer l'épais trou de sang coagulé qui avait auparavant orné le crâne de son avocate. Il fut satisfait du résultat – ce n'était pas parfait, mais l'illusion n'avait pas besoin de l'être pour être convaincante. Il se lança ensuite un sortilège de désillusion – il fit part, par ce geste, de son approbation quant au plan concocté par Granger. Il y avait de nombreuses failles, et les potentiels échecs fleurissaient dans son esprit, mais il fallait qu'il lui fasse confiance – il savait, au fond de lui, qu'elle saurait les mener au bout des choses.

Il la vit s'éloigner et maintint son regard fermement posé sur elle. L'angoisse lui saisit les boyaux mais il resta en position. Quand il estima la distance entre eux appropriée, il commença à la suivre. Ils marchèrent ainsi pendant encore une heure, quand soudain, il la vit disparaître derrière un arbre. Il paniqua un instant, avant de comprendre que c'était là qu'était positionné le camp. Il se rapprocha un peu avant de prendre place et de s'asseoir contre un arbre quelque peu éloigné.

xxx

Hermione sentit deux bras fermes s'emparer d'elle et la tirer vers l'avant. Elle vit devant elle se dresser le camp dont elle se souvenait vaguement – elle avait eu raison, ils s'étaient dissimulés derrière un champ de protection magique.

- Tu crois que c'est elle ? entendit-elle la voix à sa droite prononcer.

- Mais oui, tu ne la reconnais pas ?

- C'est curieux, tout de même, qu'elle soit de retour ici, tu ne crois pas ?

L'inquiétude prit place dans l'estomac d'Hermione. Elle ne dit rien, et resta coite. Elle devait jouer le jeu de la blessée, quoiqu'il arrive – c'était sa seule chance.

Elle sentit le garde à sa droite incliner sa tête à l'avant.

- Regarde, elle est blessée ! Elle doit être désorientée, c'est bien notre chance ça, s'exclama-t-il.

- C'est un peu facile, je trouve… Ça sent le piège à plein nez, rétorqua son collègue.

Hermione tenta de rester impassible face à ces paroles, mais avait du mal. Elle ressentit à ce moment-là une grande admiration pour Malefoy, qui savait rester impassible en toutes circonstances – elle ne savait pas comment il faisait.

- Et alors ? Même si c'est un piège, elle va faire quoi, sans baguette ? On n'a qu'à l'amener à l'chef qui se chargera de l'exécuter, de toute façon. Elle ne sera pas un problème pendant bien longtemps.

A l'entente de ses paroles, Hermione sut qu'elle ne pouvait pas rester immobile et silencieuse. Elle devait continuer de jouer son rôle, mais il fallait aussi qu'elle soit crédible.

- Lâchez-moi ! hurla-t-elle en se débattant. Qui voudrait m'exécuter ? Je suis juste une serveuse, vous vous êtes trompés de personne !

- Tu as raison, dit alors le garde sceptique, elle a l'air complètement désorientée. C'est l'chef qui va se réjouir de sa capture.

Ils se mirent à la traîner, et Hermione fit mine de continuer de se débattre. Elle sentit son corps se tortiller, mais ils ne la lâchèrent pas. Elle les vit l'emmener vers une petite bâtisse en pierre – elle sut alors qu'elle allait de nouveau se trouver dans la pièce intemporelle. Elle pria silencieusement Merlin pour qu'ils ne la ligotent pas magiquement comme ça avait été le cas la première fois.

Elle n'eut cependant pas cette chance. A peine fut-elle jetée dans la pièce que l'un des gardes (le sceptique, elle en était certaine) lui jeta un sort d'immobilisation. Elle voulut jurer, mais sa bouche ne pouvait pas bouger. Ils refermèrent la porte, la laissant dans le noir complet.

Le cerveau d'Hermione se mit à tourner à toute allure. Il fallait qu'elle trouve une solution impérativement – ils devaient préparer son exécution, et elle n'avait pas accès à sa baguette dans l'immédiat. Elle ne devait surtout pas se laisser faire, elle devait trouver un moyen d'agir. Elle essaya de calmer sa respiration et se mit à compter ses inspirations. Le temps lui était compté et elle n'avait qu'une seule option – projeter suffisamment de son instabilité magique pour déstabiliser la pièce et la mener à sa propre destruction. Elle ne pouvait pas accéder à sa baguette… il lui faudrait donc trouver un autre moyen. Elle réfléchit quelques instants, avant de se rappeler de ce qu'avait dit son professeur en Fondements de la magie… « La baguette n'est que le vaisseau de votre magie. Il lui permet de s'exprimer, il vous permet de la canaliser, mais il ne contient pas la magie, il n'en est ni le vecteur d'origine ni la finalité propre. Si vous êtes un jour privé de baguette, vous ne pourrez peut-être pas lancer un sort, mais vous pourrez tout de même éveiller la magie qui est en vous. C'est à ça que sert votre énergie magique. »

Hermione inspira longuement. Il fallait qu'elle éveille l'instabilité qui était en elle. Il fallait qu'elle remonte aux origines de cette instabilité… il fallait qu'elle repense à cette journée. Elle sentit ses intérieurs flancher, mais elle ne se défila pas. Elle plongea dans les tréfonds de son cerveau, là où étaient stockées des années de traumatisme refoulé, et elle en tira des images qui étaient si insupportables qu'elle n'avait pas eu le cœur de les évoquer depuis des années. Elle revit Bellatrix Lestrange, penchée au-dessus d'elle, son couteau déformant sa peau pour y creuser le mot « Sang-de-Bourbe ». Elle revit le visage horrifié de Malefoy, le chandelier accroché au plafond, les murs sordides du manoir, elle sentit le sang couler le long de sa peau. Elle sentit de nouveau son âme quitter peu à peu son corps, son esprit se dissocier pour l'observer de loin… Elle comprit alors qu'elle avait vécu la séparation entre son entité physique et son entité magique.

Elle rouvrit les yeux brusquement. Les murs autour d'elle avaient commencé à trembler. La magie qui maintenait la pièce unie se désagrégeait rapidement, tout comme sa propre magie s'était désagrégée. La force des ondes qu'elle propageait était si puissante que le sortilège d'immobilisation se défit. Hermione se releva et sortit sa baguette de son chignon. Il ne lui restait que quelques instants avant que tout le camp ne se rameute pour voir ce qui se déroulait. Elle sortit de la pièce juste avant que l'un des murs ne s'effondre complètement et commença à lancer des Stupefix aussi rapidement que sa baguette ne le lui permettait. Elle traversa le camp en courant – il semblait que peu de personnes encore avaient saisi ce qui était en train de se passer, lui laissant l'avantage de les réduire au silence avant qu'ils ne puissent alerter les autres, qui semblaient être restés dans leurs tentes.

Une fois arrivée aux abords du camp, Hermione passa un bras à travers la barrière magique et fit un signe à Malefoy, espérant qu'il la verrait. Elle fut étonnée de constater que les gardes n'étaient plus à leur poste, mais elle ne s'attarda pas sur cette pensée. Il ne lui restait plus beaucoup de temps.

Soudain, elle sentit une main saisir la sienne. Elle tira, et fut ravie de voir Malefoy apparaître. Elle n'eut pas le temps de lui expliquer ce qui s'était passé qu'il prit la parole.

- Granger, dit-il d'une voix blanche.

Elle le vit pâlir et se retourna. Dressée face à eux se tenait Dolores Ombrage.

xxx

- Est-ce que je peux vous parler, seul à seuls ? demanda Guilbert à l'intention de Blaise, les Weasley et Potter.

Ils étaient presque arrivés au palais présidentiel. Ils s'étaient réunis tous les quatre à l'extrémité arrière du cortège pour échanger des idées stratégiques, quand Guilbert les avait rejoints.

- Pourquoi, Guilbert ? On est bientôt arrivés ? dit Potter.

- Je pense qu'il y a un espion parmi les Aurors… mais je ne sais pas s'il est des nôtres ou de ceux d'Aurorépa, leur confia Guilbert.

Blaise vit Potter froncer les sourcils.

- Bien, nous t'écoutons, répondit le Survivant.

- Pas ici, dit Guilbert.

Il leur fit signe de les suivre dans une ruelle à proximité. Blaise n'aimait pas ça, mais en voyant les trois Gryffondors avancer docilement, il sut qu'il n'avait pas le choix, et leur emboîta le pas. La ruelle était grisâtre et puait – il était certain que personne ne viendrait les chercher ici.

Et c'est probablement ce que s'était dit Guilbert – car, à peine fut-ils tous réunis qu'il les immobilisa.