L'air de novembre était déjà glacial. Assez froid, en tous cas, pour faire frissonner Yumi. Les courants d'air venus de l'extérieur la fouettaient, rafraîchis par la Seine ; ils lui mordaient la peau aussi, et ses orteils nus lui disaient que le béton du sol était glacé. Mais il n'était pas question de s'enfuir, ou de céder, ou même de demander. Elle ne broncherait pas – il ne le tolérerait pas.

Ulrich marchait juste derrière elle, d'un pas lent, mesuré, mais il ne disait pas un mot. Il matait en silence, tandis qu'elle se rendait où il lui avait dit d'aller. Obéissante. Malgré la température, elle se sentait fumante, presque fiévreuse ; cette situation, c'était du délire ! Les pensées se cognaient dans son crâne. C'était n'importe quoi ! que pensait Ulrich en la voyant ainsi ? est-ce qu'il appréciait, est-ce qu'il flippait ? que dirait-on si on les surprenait ici ? et en bas, qu'est-ce qui l'attendait ? peut-être n'avait-il pas seulement songé à préparer quoi que ce soit… elle se demandait aussi – surtout – si sa culotte lui rentrait dans les fesses, si elle couvrait encore le pli courbé tout en haut de la jambe. Elle devait lutter pour ne pas y toucher, ne pas tenter de la remettre en place ; de toute façon, tirer dessus risquait de découvrir le haut de la raie, ce qui n'était jamais très élégant… Elle dut retenir un rire nerveux derrière ses dents.

— Yumi, les bras le long du corps, rappela le jeune homme laconique dans son dos.

La jeune femme se rendit compte qu'elle avait inconsciemment commencé à relever ses bras vers sa poitrine, pour se protéger du froid – ou se couvrir. Ulrich ne pouvait pas la voir, pas de ce côté-là, mais son ordre était clair : elle obéit immédiatement. Elle scrutait les ombres, comme si des gens s'y tapissaient, violant sa pudeur ou prêts à le faire malgré eux, tandis que son cerveau essayait d'amener un peu de rationalité dans ses angoisses ridicules. Elle était impuissante à leur tenir la bride, elle arrivait tout juste à ne pas s'arrêter et à obtempérer.

Elle atteignit le seuil d'une ancienne salle de… en fait, difficile de savoir si c'était une salle. Essentiellement, c'était une cage d'escalier, ouvrant sur deux bureaux désaffectés et un placard à balais, mais elle était assez spacieuse pour être meublée d'une commode en bois pourris couverte de feuilles, encombrée de pièces de métal et de bidons de graisse pour mécaniciens. La rampe rouillée était tordue en de multiples endroits, accompagnant sa descente dans la nuit souterraine, et l'escalier était jonché de débris de plâtre provenus du plafond et des murs ravagés par l'humidité. Derrière elle, une lampe torche s'alluma, surélevée afin d'éclairer non seulement les marches sur lesquelles Ulrich poserait ses chaussures, mais aussi celles – dans la mesure du possible – où elle poserait ses pieds. Il ne dit rien, mais elle ressentit qu'il faisait l'effort de placer la torche de façon à ce qu'elle puisse y voir clairement. Étrangement, Yumi en éprouva une certaine contrariété.

Heureusement, en bas des escaliers, Ulrich cessa de se comporter comme si elle était faite en sucre.

— Bon, Yumi, tu connais le chemin. Il va falloir que tu continues toute seule. Il faut que j'aille déposer un truc dans la salle d'assemblage. Attends-moi dans la pièce à genoux et penchée, nue et… le dos tourné à la porte. Je ne devrais pas tarder.

Et juste comme ça, il bifurqua dans un couloir sur sa droite, et la lumière du téléphone disparut totalement. Le contraste donna pendant quelques secondes à Yumi le sentiment d'être plongée dans le noir. En fait, aussi près des escaliers, la pénombre était encore assez faible pour distinguer la forme des murs clairs. Une fois ses yeux acclimatés à la faible luminosité qui venait de son dos et des occasionnels soupiraux qui longeaient la périphérie du bâtiment, elle trouva aisé de progresser – ce qui ne la dispensait pas de tâter le terrain avec la plante des pieds avant de prendre appui. L'écho des pas d'Ulrich avait disparu, seuls restaient les bruits de goutte d'eau s'écrasant dans des flaques ou sur les gravats mouillés.

Elle arriva à une salle que la bande appelait "la salle des cafés." C'était une pièce carrée, petite et chaude. Elle avait un bureau en métal, une vieille chaise, et des étagères fixées au mur. Un radiateur portatif avait été posé dans un coin. Ulrich avait clairement nettoyé la salle en avance : tout était dépoussiéré et la petite lucarne avait été entrebâillée pour aérer. Sur le bureau, du savon liquide, deux serviettes de douche, une petite bouteille grise et une boîte de préservatifs... extra-larges. Et une boîte à outils. Un boîte à outils noire.

Yumi frissonna.

Elle se rendit compte que plusieurs secondes s'étaient écoulées et enleva sa culotte, la posa sur la table, tomba à genoux – aïe – ses rotules se cognèrent douloureusement contre le carrelage ! Elle s'étendit, posant ses coudes sur le sol devant le bureau. Elle avait les fesses en l'air. Quand Ulrich rentrerait, quand il ouvrirait la porte – elle entendrait ses pas dans le couloir... – il ouvrirait la porte et verrait son corps.

Qu'est-ce qu'il penserait ? Est-ce qu'elle était belle, comme ça ? Elle avait tellement honte ! Agenouillée, par terre, les fesses en l'air – et son sexe, sa chatte, il la verrait. Sa chatte moche et bizarre qu'elle détestait. Ça le dégoûterait. Il trouverait sûrement Yumi ridicule… mais si elle bougeait – non, il lui avait demandé de l'attendre dans cette position. C'est qu'il voulait. Et elle avait envie de… elle avait envie de lui faire plaisir. De lui. Elle avait envie qu'il revienne parce que cette attente était infernale !

Sûrement qu'il savait très bien qu'elle avait la frousse et que ça le faisait tripper.

Yumi crut entendre un bruit de pas au loin et elle se tendit, faisant le dos rond, fermant les yeux – devait-elle fermer les yeux ? – mais elle se força à se redresser. À cambrer le dos. À fixer le carrelage. Il y eut de longues minutes de calme. Elle avait sans doute imaginé le bruit de pas... Il y avait beaucoup de bruits inexplicables à l'usine. Peut-être que quelque chose était tombé. Elle en était déjà à flipper comme une gamine.

Puis il y eut de véritables bruits de pas, juste de l'autre côté de la porte, et le coeur de Yumi eut à peine le temps de s'affoler que la poignée tourna. Son esprit se vida et tout son corps se tendit.

Il referma la porte sans dire mot. Dans le silence elle sentait sa présence. Sa main qui quittait la porte. Le froissement de son jean. Des sons qu'elle percevait à peine. Elle ne respirait plus. Essayait d'écouter. Que pensait-il ? Comment la trouvait-il ? Est-ce qu'il pouvait seulement dire quelque chose, la rassurer ?

Et puis Ulrich fut contre elle, agenouillé – Yumi sentit la texture de son jean contre sa peau. La braguette de son pantalon chatouilla les plis sensibles de son sexe et… oh ! Il posa sa main – froide ! – entre ses omoplates. Il appuya, doucement, pour qu'elle se détende. Caressa son épaule, dont il connaissait chaque muscle. Se pencha contre elle. Son torse apposé, un instant, contre son dos. Les mèches de ses cheveux, peut-être les épis plus longs qui retombaient d'habitude sur son front, chatouillèrent son cou.

— Recule, lui murmura-t-il à l'oreille avant de se redresser.

Elle fit difficilement glisser ses genoux contre le carrelage, les joues rouges. Il prit ses hanches entre ses mains pour la guider. Le creux de ses paumes autour des os de son bassin.

— Encore.

Il la souleva et elle cambra le dos, levant les fesses contre son jean, sa ceinture – la boucle froide de sa ceinture contre son…! Il la caressa à cet endroit, suivant les courbes de son corps. Elle serra les poings. Son esprit partait dans tous les sens. Elle n'arrivait plus à penser. Que devait-elle faire, qu'allait-il faire...

Et puis il se leva, comme ça, marcha autour d'elle. Elle pouvait voir ses pieds et ses chevilles et le bas de son jean mais pas plus haut. Lui, il la voyait, il voyait comment ses seins pendaient, c'était moche. Le bureau. Il s'arrêta devant le bureau. Elle l'entendit se frotter les mains. Quand il revint contre ses fesses, il poussa un doigt en elle.

Elle s'écria.

Son autre main vint caresser son dos et ses côtes, rassurante, tandis qu'il faisait glisser son doigt dans cet endroit intime.

— Relax… lui dit-il. Je vais y aller doucement, promis.

Et Yumi fit de son mieux pour se détendre, se laissa aller contre lui et ferma les yeux, parce que c'était Ulrich. Ça irait. Tout irait bien. Il continua à passer sa main contre ses épaules, son cou, ses côtes, le bas de son dos, légèrement, frôlant sa peau. Deux doigts entrèrent en elle et elle frémit, se détendant davantage, posant sa tête contre ses poings et courbant ses orteilles. Il suivait la forme de son sexe, appuyait quelque part en elle, sur la partie antérieure, un endroit qui la faisait frémir.

Et puis d'un coup, sa main droite passa au-dessus de ses seins et il força Yumi à se relever, à se plaquer contre lui, contre sa poitrine nue. La boucle froide de sa ceinture posée contre le bas de son dos. La visage contre son cou. Il passa les deux doigts qui avaient glissé en elle sur ses lèvres, appuyant doucement pour qu'elle ouvre sa bouche, qu'elle suce son majeur et puis son annulaire. Ça avait un goût étrange, le goût de son sexe, et Yumi rougit.

— Tu… commença-t-il. Tu aimes ?
— Je sais pas, répondit-elle avant de se demander si c'était la bonne réponse.

Il retira sa main. Elle sentit, confusément, que quelque chose n'allait pas et chercha à se retourner – mais il la maintint en place d'une main et elle se laissa faire.

— Qu'est-ce que tu as envie de faire, Yumi ? lui demanda-t-il. La voix calme. Elle chercha quoi dire. Quelque chose n'allait pas. Ou peut-être que si ?
— J'ai envie de continuer, chuchota-t-elle tout bas. Il chuchota aussi.
— Retourne-toi.

Ce fut en fait assez gênant de se désengager de leur position et il se retrouvèrent debout et – pour la première fois depuis le début, elle rencontra ses yeux, ses yeux bruns, les mêmes que dans la vie de tous les jours, en cours, dans la cour, dans la rue, chez elle. Elle se sentit paniquer. Il la prit par la taille, caressa sa joue avant d'emmêler sa main dans les cheveux et ils s'embrassèrent. Yumi se laissa faire. Elle se demanda comment elle avait pu se laisser doigter par un garçon avant même de l'embrasser, comme une pute. Elle faisait tout à l'envers. Il était encore en jean et elle était toute nue. Qu'est-ce que les autres diraient s'ils la voyaient ? Et en même temps c'était exactement le genre de trucs dont elle avait envie depuis des années et –

— Tu bades, observa Ulrich, un petit sourire aux lèvres.
— Et toi ? répliqua-t-elle, désemparée.
— Moi ? J'ai tout préparé.
— Euh… ça veut dire quoi ça ?
— Que j'ai noté un plan pour le cas où tu flippes.

Yumi l'imagina s'appliquer à noter vingt-sept plans dans un petit carnet, tard le soir, avec son écriture cursive impeccable, une expression studieuse et concentrée, à la lueur de son portable. Elle ricana.

— Et c'est quoi, ton plan top secret ? demanda-t-elle, malicieuse.

En une seconde une main fut à sa gorge et serra, serra sur les côtés elle eut si mal – mal à respirer – elle leva ses mains pour se libérer mais il la bloqua. Il serra plus fort sur les côtés de son cou. Plus fort. Elle paniqua. Il la regarda avec ses yeux marrons, les sourcils froncés, ses yeux marrons, elle commença à voir trouble. Des points noirs qui picotaient ses yeux. Le monde devint flou, le monde entier sauf son regard.

Il la relâcha et elle tomba à terre, toussant, de l'air froid dans ses poumons, une mains la rattrapa, elle se tendit mais il caressa ses cheveux doucement et puis il caressa sa joue. Yumi était secouée. Elle ne savait pas qu'Ulrich était capable de l'étrangler. Il avait serré sa gorge jusqu'à ce qu'elle perde presque conscience. Elle inspira douloureusement. Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux.

— Pense à moi, et seulement à moi.

Il passa un doigt sous son menton et releva son visage. À nouveau à genoux, mais cette fois devant Ulrich debout. Son corps si familier. Sauf là, en-bas, où son jean s'était soulevé. Yumi rougit malgré elle. Il l'avait étranglée et il était excité. Et elle était nue, devant lui. Il défit sa ceinture d'un coup de main rapide, la balança négligemment sur le bureau. Il caressait toujours sa tête, ses cheveux, et elle vit qu'il souriait encore. Ça le faisait marrer qu'elle ait peur, le connard. Il l'avait étranglée.

D'un main, il se défit son jean.

— Vas-y, aide-moi, murmura-t-il.

Elle se baissa aussitôt à terre pour l'aider à retirer le pantalon, le tirant en dessous de ses chevilles, et puis elle se releva, reposa ses fesses contre ses talons. Il avait un boxer noir. Elle répondit timidement à son sourire. Elle pouvait très bien s'imaginer ce qui allait suivre – elle se demanda comment elle allait faire, si elle devait se servir de ses mains – que devait-elle faire avec ses mains ? Elle ne put s'empêcher de frôler son sexe du bout de ses doigts à travers le boxer, se demandant si elle avait le droit, si c'était autorisé. Elle leva les yeux, il acquiesça, elle s'enhardit et caressa tout avec la paume de sa main, appuyant contre le bout rond.

Il amena ses mains vers la bande élastique de son boxer et elle le retira, son coeur battant à tout rompre. C'était la deuxième fois qu'elle voyait son sexe. La première fois qu'il guida sa bouche vers lui et oh mon dieu il fallait vraiment qu'elle fasse gaffe à ne pas le toucher avec ses dents et elle allait mal s'y prendre et puis, et puis, et puis ! elle le prit dans sa bouche, hésitante. C'était tout doux, et avec un goût salé. Super salé. Pas sexy du tout. Est-ce qu'elle devait vraiment sucer comme une sucette ?

— Fais des mouvements de va-et-vient, lui expliqua-t-il.

J'étais au courant, voulut-elle lui répondre, mais évidemment elle ne pouvait pas parler. Il poussa doucement sa tête contre lui, puis tira sur ses cheveux pour la faire revenir en arrière, la guidant dans un rythme simple. De plus en plus rapide. Elle eut vite mal à la mâchoire. Clairement ce n'était pas le top. Et pourtant, et pourtant, il soupira et cela la fit mouiller de savoir qu'il y prenait du plaisir. Elle laissa glisser ses mains entre ses jambes, se balada derrière son sexe et il frissonna. Elle caressa le bas de son ventre, ses hanches, traça le contour de ses muscles, et puis oublia tout de ses mains parce qu'elle devait tenir le rythme, parce qu'il tapait contre le haut de sa gorge et qu'elle étouffait. Surtout ne pas s'étrangler, rester calme. Il se retira et alors seulement elle put respirer, sentir son odeur, avant que son sexe ne glisse de nouveau entre ses lèvres.

— Hey Yumi, lui dit-il, immobile, nonchalant. Je vais jouir. Et je veux que tu avales.

Elle rougit. À partir de cet instant, il y alla vite et fort, et elle – une main derrière la tête pour qu'elle ne tombe pas en arrière – elle fit de son mieux pour l'accueillir dans sa gorge. Il jouit au bord de ses lèvres, et elle dut le sucer pour qu'aucune goutte amère ne tombe, lécher le long de son sexe. Du sperme coula sur son menton et elle l'essuya du dos de la main, gênée, avant de capter le regard d'Ulrich. Elle lécha le dos de sa main, ses doigts, pour lui faire plaisir. Il la releva.

— T'es belle quand tu m'obéis, la taquina-t-il, et puis il l'embrassa.

Elle eut chaud, elle avait chaud, en bas.

— Tu as… t'as aimé ? lui demanda-t-elle à voix basse, un peu embarrassée. Il la força à rencontrer ses yeux.
— Oui.

Et puis il la quitta, lui tourna le dos, posa une main sur la boîte à outil noire. Yumi inspira. Qu'y avait-il dedans ? Avant de l'ouvrir, il ramena sa ceinture contre la boîte, et puis… trois paires menottes que la bande avait trouvé une fois à l'usine – s'ils savaient... – deux écharpes, et deux barrettes.

Ulrich se retourna avec l'écharpe la plus fine. Elle vit que son sexe avait changé, il n'était plus aussi dur qu'avant, et c'était la première fois qu'elle le voyait comme ça. Il capta son regard, inspira. Et puis il vint vers elle, replaça tendrement ses cheveux derrière ses oreilles, et attacha l'écharpe autour de sa tête, sur ses yeux. Le monde disparut.

Elle entendait tous les sons à peine perceptibles de leur corps, leurs souffles. Elle sentait les vagues de chaleur émises par le radiateur portatif, l'air froid exhalé par la lucarne. Il s'éloigna, revint vers elle, posa deux mains sur ses seins et joua avec elle, laissant glisser ses ongles sur sa peau sensible avant de la pincer.

— Je vais te poser des questions, lui dit-il, et je veux que tu me répondes par "oui, Ulrich," ou "non, Ulrich."

Yumi se mordit l'intérieur de la joue, stressée.

— Ok, souffla-t-elle, se forçant à se détendre et se répétant que tout allait bien se passer.

Il la gifla.

Yumi était habituée à se prendre des coups mais le choc rendit la douleur cent fois pire. Avec ses yeux bandés, elle n'avait rien vu venir et ne savait pas s'il allait la frapper à nouveau, et surtout, pourquoi ? Qu'avait-elle fait de mal ?

Il posa une main contre sa gorge.

Oui, Ulrich et Non, Ulrich, lui rappela-t-il doucement. Tu t'en souviendras ?

Elle prit une inspiration tremblante.

— Oui, Ulrich.

La main contre sa gorge s'envola et elle fut seule au centre de la pièce. Elle l'entendit farfouiller dans la boîte à outils et s'imagina qu'il était dos à elle. Elle pensa à son cou, ses épaules et ses bras, ce corps qu'elle connaissait si bien à force de s'entraîner contre lui. Cela lui arrivait encore de le mettre au tapis durant leurs affrontements mais là, elle se sentait complètement vulnérable. Il l'avait étranglée. Elle ne s'était pas défendue.

— Hé, Yumi… l'appela-t-il pour qu'elle se recentre sur lui. T'aimes ça, être soumise ?

Le rouge lui monta aux joues. Sa voix mourut au fond de sa gorge. Il cessa de bouger.

— O-Oui, Ulrich, se força-t-elle à répondre.

Il vint vers elle, fit courir ses lèvres contre son cou, derrière son oreille, sur ses joues, le long de sa gorge.

— Tu aimes… avaler du sperme ?

Elle leva une main vers ses hanches.

— Oui, Ulrich.

Sa peau douce et chaude.

— Répète la phrase entière, lui ordonna-t-il avant de mordiller sa peau sensible.

Elle ne s'était jamais sentie aussi nue. Elle avait envie de mourir de honte et de se fondre avec le carrelage – non, de devenir le carrelage. Et pourtant elle voulait lui faire plaisir, elle avait envie de ça. Elle sentait son souffle contre sa peau, elle savait qu'il attendait une réponse.

— Oui Ulrich, j'aime avaler du sperme, chuchota-t-elle.
— Et t'aimes te faire doigter...?
— O-Oui Ulrich, j'aime me faire doigter.

Il la quitta. Retourna vers le bureau et prit quelque chose entre ses mains. Yumi se tendit. Il frôla le bout de ses seins de sa paume tendue. Puis une barrette se referma sur un de ses tétons et Yumi gémit. Un pic de douleur la traversa, son sein sembla brûler alors que tout son corps était de glace – elle recula mais Ulrich la retint – puis une autre barrette pinça son deuxième sein.

— Est-ce que tu peux supporter la douleur, pour moi ? lui demanda-t-il gentiment. Il frôla les barrettes de sa main et la douleur mordit à nouveau sa peau, mais – tout ça, c'était pour lui, il en avait envie. Yumi inspira, expira.
— Oui Ulrich.

Elle sentit alors un bout de tissu contre son ventre. Il joua avec le tissu, chatouillant sa peau, et puis l'auréole de ses seins, autour des barrettes, et puis ses clavicules – ce n'était pas la seconde écharpe, non, c'était… sa culotte ?

— Ouvre la bouche, murmura-t-il à son oreille.

Elle dut accepter le bout de tissu, et ça avait goût de sexe, et, et elle était sûre qu'elle avait l'air ridicule, la culotte était trop grande – il ne voulait plus qu'elle parle ? Elle ne pouvait rien voir. Quelle était l'expression sur son visage ? Est-ce qu'il allait…? elle devait avoir l'air ridicule !

Un énorme vacarme la fit sursauter – toute la boîte à outils et les objets sur la table étaient tombés par terre ! Qu'est-ce qui se passait ? Est-ce que quelqu'un était rentré ? Yumi fit un pas en arrière et puis un autre, mais Ulrich attrapa sa main et l'attira à lui, la fit tourner. Il la souleva et l'assit à un bout du bureau, ses fesses contre le métal glacé.

Il l'aida à s'entendre sur le bureau, la fit glisser jusqu'à l'extrémité du meuble. Yumi se laissa faire, désorientée par son bâillon et par le silence. Sa tête se posa au bord du bureau et il passa une des serviettes éponges sous son cou pour que le métal ne lui fasse pas mal. Puis il prit un de ses bras, massa sa main quelques instants, et lia son poignet au pied du bureau avant d'attacher le second. Yumi se sentit basculer dans le vide et se retrouva forcée à cambrer son dos, à replier les jambes pour garder l'équilibre – et puis il attrapa ses hanches, la stabilisa.

Une de ses mains resta posée sur son bas ventre. Un doigt vint tracer une ellipse autour de son sexe. Yumi frémit. Il pouvait tout voir, maintenant. Son visage bâillonné, les pinces colorées sur ses petits seins et puis sa chatte. Son corps attaché. Elle sentit un deuxième doigt contre sa peau, et puis – il les posa sur le haut de sa cuisse. Les deux doigts étaient mouillés. Son sexe, sa chatte était trempée. Yumi sentit des larmes de frustrations perler derrière son bandeau. C'était tellement, tellement embarrassant ! Que pensait-il de l'apparence, de la texture, de l'odeur de ce qu'elle avait en bas ? Il ne disait rien, et elle ne pouvait pas le voir, elle ne pouvait rien dire !

Et puis il se mit à la caresser. Ses ongles tracèrent des figures abstraites sur l'intérieur de ses cuisses. Un doigt décrivit des cercles juste au-dessus de son sexe, de son clito, frôlant à peine sa peau hypersensible. Un autre traîna le long de sa fente comme une langue de feu. Puis il appuya le plat d'un doigt sur son clito et le massa. Yumi cria. Des vagues de plaisir et de douleurs frémirent en elle. De la chaleur dans ses orteils, entre ses cuisses, des petites étincelles crépitaient dans tout son corps et puis...

Tout s'arrêta. Les doigts d'Ulrich disparurent. Yumi trembla.

Que se passait-il ?

Ne voulait-il pas d'elle ?

— Tu kiffes.

Yumi hésita. Sa chatte avait besoin de – elle avait besoin de – n'arrivait pas à réfléchir. Il lui avait ordonné de répondre par "oui Ulrich" ou "non Ulrich." Mais il ne lui posait pas de question. Et il l'avait bâillonnée. Que devait-elle faire ?

D'un coup il tordit une des barrettes autour de son sein, ravivant la douleur. Elle s'écria, cherchant à lui échapper sans pouvoir bouger le haut de son corps. Deux doigts revinrent caresser son clitoris, lançant arc électriques dans son bas-ventre.

— T'aimes ça, te faire niquer…

Elle gémit, sentant confusément que c'est ce qu'il fallait faire, et il repassa ses doigts contre son sexe, faisant monter le plaisir, le désir ardent. Et puis il replia ses jambes contre sa poitrine – ses genoux entrèrent en contact avec les barrettes, ses seins douloureux – et elle sentit la boucle froide de sa ceinture traîner sur ses fesses, le long de son sexe, froid contre sa peau brûlante. Du liquide coula entre ses jambes, sur le bureau.

— 'faut vraiment que t'apprennes à montrer quand tu kiffes, déclara-t-il d'une voix presque amusée.

La ceinture claqua contre ses fesses et Yumi glapit.

— J'aime ça, quand tu cries... lui expliqua doucement Ulrich.

Il passa un doigt autour de son clito, jouant avec. Le plaisir remonta en elle comme de la lave. Puis il laissa traîner la boucle de la ceinture dans les plis de sa peau, et elle écarta inconsciemment les jambes pour maximiser le contact – elle était en surchauffe, elle partait dans les vapes, dans le –

— … alors fais-le pour moi.

La ceinture laissa un éclair de douleur sur ses fesses. Yumi mordit dans la culotte dans sa bouche. Elle replia ses jambes et courba les pieds pour essayer de se protéger, mais cela ne servit à rien et le prochain coup lui fit d'autant plus mal que tout son corps était tendu.

— Crie encore, lui dit-il avant de la frapper à nouveau.

Yumi gémit quand la main d'Ulrich revint vers sa peau. Ses doigts allèrent vite, appuyant contre sa peau et elle se souleva pour que ça aille plus vite, plus fort. Tous ses muscles étaient tendus, tout son corps tremblait, elle avait chaud et froid. Son clito irradiait toutes les nerfs de son corps comme un petit soleil. Yumi n'arrivait plus à respirer. Elle.

Reçut les coups en gémissant, s'ouvrit pour ses doigts, frémit. Cria.

Ulrich l'étrangla et la prit. Tout alla vite. La force de ses coups de reins la fit glisser en arrière et la serviette sous ses cheveux tomba à terre, sa tête partit dans le vide, seulement retenue par la main d'Ulrich autour de sa gorge. Le sang afflua vers ses tempes. Tout cessa d'exister, le monde se résuma à sa main et à sa bite. Et puis il jouit. Il se retira. Elle se sentit abandonnée. Quelque chose coula autour de son sexe.

La culotte mouillée fut retirée de sa bouche et Yumi inspira une bouffée d'air glacé. Une main chaude vint soutenir sa tête tandis qu'une autre défaisait son bandeau, et puis elle vit. Ulrich.

Il lui sourit.

Yumi cligna des yeux, paniquée. Trop de sensations l'assaillaient à la fois. Ses yeux piquaient. Son cou était courbaturé. Sa peau était hypersensible, elle se sentait collante. Elle avait froid mais sa chatte était toujours chaude. Une main, sans bandeau, se posa contre une de ses seins endoloris.

— Non, non ! s'écria-t-elle, se débattant malgré ses bras liés, essayant d'échapper à sa main.

Sa main s'immobilisa. Il la fixa, interdit et – elle chercha à se souvenir de leur safeword, mais elle était fatiguée, si fatiguée qu'elle mit plusieurs secondes.

— Rouge !

Yumi réalisa que tout son corps tremblait.

— Hé, tout doux… murmura Ulrich. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Des larmes montèrent à ses yeux et elle déglutit, fuyant son regard.

— J'en peux plus…
— On arrête tout, lui promit-il. Il faut juste enlever les barrettes et te détacher. Ça va aller ?

Elle acquiesça, la gorge nouée. Il retira tout doucement les pinces. L'afflux soudain de sang dans ses tétons raviva la douleur endormie des barrettes et elle grimaça, se retenant de pleurer. Puis il prit un coin d'une serviette éponge et passa tout doucement du savon sur ses seins, conscient de leur sensibilité. Il les caressa doucement pour vérifier que tout allait bien, puis il la détacha et l'aida à se relever, massant ses bras qui engourdis. Yumi avait le tournis. Elle le laissa envelopper une grande serviette de bain autour de son corps, trop fatiguée pour bouger, et puis il se retourna et –

— Non…
— Yumi…?
— Pars pas, supplia-t-elle, reniflant. Pars pas.

Il y eut une seconde de silence qui blessa profondément Yumi. Puis il se hissa sur la table à côté d'elle. Il l'attira contre lui. Elle sentit ses bras autour de son corps. Il posa sa tête sur la sienne.

— Je suis là.

Elle ferma les yeux et se recroquevilla contre lui. Tout paraissait loin. Mais son corps était sensible à la texture de la serviette, la table froide, sa peau, ses cheveux. Elle était dans ses bras et elle avait déjà peur qu'il la lâche.

— Essaie de boire un peu d'eau, lui dit-t-il. Une bouteille apparut à côté d'elle.

Yumi n'avait pas la force de lever le bras et ne bougea pas.

— Yumi ? Il approcha l'eau de sa bouche.

Elle avala quelques gorgées puis secoua la tête. Quelques gouttes tombèrent sur la serviette éponge. Elle avait le vertige dans le coeur, comme si elle allait tomber de très haut.

— Yumi, ça va…?

Elle n'arrivait pas à parler. Quelques larmes coulèrent le long de ses joues. Elle ne savait pas pourquoi elle pleurait. Son esprit était vide.

— Hé… il resserra ses bras autour d'elle. Tout va bien… tout va bien. Je suis là.

Il y avait de la fatigue dans sa voix à lui aussi. Elle se demanda comment ils en étaient arrivés là.

— Pourquoi on a fait ça ? lui demanda-t-elle. Il commença à caresser ses bras, ses poignets, à travers la serviette éponge.

— … parce qu'on avait envie d'essayer…
— C'était sale !

Sa voix jaillit de sa gorge sans que Yumi ne le veuille. Le cri arraché à sa poitrine, les mots volés au secret de son corps.

Ulrich inspira.

— Pas plus qu'un missionnaire dans le noir, non ?
— … mais si, insista-t-elle, fiévreuse, c'est bizarre, c'est pas normal…
— Moi j'ai bien aimé… est-ce que… t'as aimé aussi ?

Elle s'était offerte à ses mains, elle se voyait seule le lendemain. Tout faisait froid. C'était la honte pour une femme de se faire traiter comme une chienne, comment elle avait pu faire... Ça ? Et ça… ! Et se faire étrangler, aussi. Il avait tout vu c'était sale. Comment il avait pu aimer la taper. Les mecs ça aime tout. Ulrich l'embrassa, Yumi eut chaud. Elle lui répondit à voix basse.

— Alors c'est tout ce qui compte, dit-il.
— T'es sûr ?
— Oui.

Elle avait trop aimé quand il l'avait étranglée. Et la gifle aussi. Ça avait tout fait disparaître dans sa tête. Alors que là, toutes ses pensées revenaient à la fois et c'était beaucoup trop. Quand il l'avait giflée, le choc avait nettoyé son esprit ses émotions et sa vie. Un instant tout était le néant. Putain elle avait aimeé.

Une main quitta sa serviette pour aller caresser la jambe d'Ulrich, de sa cuisse à son genoux, autour de son genoux. Putain elle avait aimeé.

— Qu'est-ce que t'as aimé ? lui demanda-t-elle. Il passa une main dans ses cheveux, gêné.
— J'ai bien aimé… le moment où je t'ai… où je t'ai étranglée, avoua-t-il.
— Pourquoi ?
— Parce que tu m'as laissé faire. C'était super dangereux et tu m'as quand même laissé faire.
— Ça m'a fait peur, murmura-t-elle. C'est vraiment là où j'ai compris que tu y allais à fond. Et que tu avais vraiment envie de moi.

C'est à ce moment là qu'elle avait vraiment eu envie de lui, qu'elle avait eu envie de se donner à fond.

— Et toi, qu'est-ce que t'as aimé ?
— Quand tu m'as posé des questions, répondit-elle, baissant le regard.
— Et... quand je t'ai demandé de crier ?

Elle n'était pas sûre d'avoir aimé. Tellement de choses s'étaient déjà passées à ce stade là. Crier, en plus de tout, c'était beaucoup. Yumi n'aimait pas crier.

— Ça allait… si vraiment j'avais pas voulu… j'aurai tapé deux fois ta jambe comme on avait dit, non ?

Ulrich prit sa main, dessina des cercles sur sa paume avec son pouce. Il s'était taillé les ongles. Ronds et propres. Elle les fixa bêtement.

— T'as joui ?
— Je ne sais pas, répondit lentement Yumi.

Sur internet, ils disaient que jouir, c'était des vagues de plaisir et de chaleur dans tout le corps, c'était avoir tous ls nerfs en feu, c'était trembler de la tête aux pieds. Yumi ne savait pas si le plaisir qu'elle avait ressenti c'était un orgasme. Si elle avait joui elle en serait sûre non ? Elle saurait non ? alors pourquoi elle ne savait pas ?

— J'ai pas trop aimé… commença-t-elle après plusieurs minutes de silence. Ulrich se tendit.
— Yumi ?
— … les barrettes... ça faisait trop mal…
— On le refera plus, lui promit-elle.

Et puis, il amena sa main à ses lèvres et y déposa des petits bisous, et ça chatouillait, et elle tira sa main. Elle lui sourit. Il lui sourit aussi.

— On va recommencer ?
— Oui.