LA GAZETTE DU SORCIER "édition spéciale.
Le tristement célèbre Henry Fawley, qui avait enlevé la petite Lily Potter il y a dix-huit ans vient d'être condamné par le Magenmagot à la prison à perpétuité pour ses crimes (enlèvement de mineur, séquestration, effacement de mémoire...). Les débats ont été houleux. Si les époux Potter se sont montrés dignes, Lily Potter a choisi de défendre son « père » qui l'avait enlevé et injustement privé de sa famille. Notre contre-rendu page cinq.
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"Ellora ? Je vais sur le chemin de traverse pour fait des achats tu veux venir ?"
"Non, Astoria. Merci pour la proposition. Bonne balade."
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"Salut Max. "
"Scorpius, je suis content de t'entendre. Des nouvelles ?"
"Elle reste dans sa chambre pour le moment. Je ne l'ai pas vu depuis l'annonce."
"Il faut qu'elle sorte, elle va nous faire une dépression."
"Je vais essayer, mais je ne promets rien. Je te tiens au courant."
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"Ellie, s'il te plait bouge."
"Non. C'est de ta faute. Si tu ne m'avais pas rencontré, je serais tranquillement avec mon père. Laisse-moi."
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"Scorpius ? Tu ne travailles pas ? J'espérais parler à Ellie, elle est là ? Avec Victoire on souhaite vous inviter pour un repas, quand vous serez dispo."
"C'est un peu compliqué Teddy. Tu peux passer ?"
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"Ellie, réveille-toi."
"Laisse-moi Teddy."
"Il faut que tu te bouges. Tu as pris tes potions ?"
"Non. Laisse-moi tranquille. Je ne veux voir personne."
"Tu couves peut-être quelque chose."
"Je vais être méchante. Lâche-moi."
"D'accord... Je reviendrais te voir, prends soin de toi."
"C'est ça."
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"Albus, comment va ta mère ?"
"Comme Ellora j'ai l'impression. Elles ont été très choquées toutes les deux. Ma mère, elle... c'est compliqué. Je sais qu'Ellie lui a envoyé une lettre..."
"Ah oui ? Je ne savais pas."
"Elle avait besoin de soutien maternel je pense. Mais maman... elle n'a pas répondu. Je pense qu'elle est triste parce qu'elle a parlé pendant le procès pour le défendre."
"C'est normal ! Comment elle peut lui en vouloir !"
"Je sais Scorp, je n'y suis pour rien."
"Pardon, je suis un peu tendu."
"Elle ne veut pas nous voir c'est ça ?"
"Non pas vous, nous tous. Elle ne veut voir personne, elle est juste... Vidée."
"Donc pas la peine que je te demande si vous viendrez au Terrier la semaine prochaine. Hermione voulait absolument la rencontrer, elle l'a trouvé très forte pendant le procès."
"Un peu trop. Elle a tout lâché. Elle est complètement amorphe, je suis très inquiet, mes parents aussi."
"Je vais tenir James informé, il m'a demandé des nouvelles. Ecoute, c'est une Potter, il faut la laisser revenir. Elle va juste prendre quelques jours. Elle ne veut pas vous infliger ça donc elle garde sa peine pour elle."
"Mais je suis là moi."
"Je sais. Mais c'est comme moi au départ, je n'avais pas envie qu'on m'aide, je voulais juste sombrer," continua Albus dans une voix étranglée.
"Mais je t'ai aidé."
"Quand je l'ai décidé. Parce que j'ai fait un pas vers toi quand j'ai compris que tu ne lâcherais pas l'affaire. Donc continues d'aller la voir, mais ne la brusque pas. Laisse-la venir à toi. Ou à un autre, elle va finir par se confier à quelqu'un, mais il faut lui laisser du temps."
"Pourquoi tu as toujours été le plus censé de nous deux ?"
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"Alors ?"
"Non maman, elle refuse de me parler. Mais elle a mangé un peu."
"Je suis très inquiète."
"Moi aussi. Al m'a dit de lui laisser du temps."
"Si dans deux jours elle ne sort pas j'appelle un médicomage."
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De Max à Ellora.
Bonjour princesse. Scorpius m'a passé un coup de cheminette. C'est un garçon très intéressant, tu l'as bien choisi. Il va falloir que tu me racontes ça en rentrant. Bon, je me doute que c'est dur mais tu sais que si j'avais été prêt de toi je t'aurai lancé un bon sort de chauve-furie pour te bouger. Ne restes pas seule, tu sais bien que ce n'est pas ce qu'il te faut. Alors oui, tu es triste et c'est dur. Mais tu es Ellora Fawley, Potter ou je ne sais plus ! On s'en fiche de savoir ça. Tu es forte, alors bouge-toi. Il y a ton beau blond qui t'attend patiemment.
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De Max à Ellora.
Tu sais que j'ai raison, ce n'est pas bon pour toi de rester comme ça. Ton père a fait de mauvaises choses et il a été puni, ça ne veut pas dire que tu ne le verras plus jamais. Tu n'as pas à te sentir coupable. N'oublie pas ce qu'il t'a fait. Il t'a lancé des sorts. Alors bouge de ce lit. On a tous besoin de toi.
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De Max à Ellora.
S'il te plait répond moi.
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"Mr Malefoy, excusez-moi."
J'essuyais rageusement mes larmes en gardant mon regard fixé sur le magnifique parc de la propriété. J'étais sortie quelques instants, à peine coiffée, les yeux gonflés de mes pleurs passés. Je me sentais diminuée. J'avais perdu le cours du temps, de ma vie. J'étais si perdue. Il était tôt et je n'avais pas pensé tomber sur Draco qui travaillait souvent dehors, à l'abris des regards, dans le son de la nature.
"Je sais qu'il a fait des choses horribles. Mais, vous voyez, quoi qu'il ait fait, il reste mon père. Et je l'aime. Mais en même temps je suis en colère... Je suis si perdue..."
"Ellora... Scorpius vous a-t-il raconté mon histoire ?"
Je me tournai, intriguée, vers Draco Malefoy qui me fixait d'un air grave.
"Mon père était un Mangemort. Il a servi le seigneur des ténèbres pendant des années. Avant qu'il ne disparaisse et après son retour. Il a fait des choses qui lui ont déplu alors le seigneur des ténèbres m'a engagé. Je porte encore la marque des ténèbres et c'est pour moi la plus grosse erreur de ma vie. J'étais terrifié, trop jeune, influençable et cela m'a traumatisé. C'est mon père qui m'y a entraîné, parce que je pouvais sauver l'avenir des Malefoy, parce qu'il croyait qu'il y avait une différence entre les nés-sorciers et les autres. Mon père est décédé maintenant, je lui en ai voulu pendant longtemps, mais quoi qu'il se soit passé ça reste mon père. Je sais qu'il tout fait pour protéger ma mère et me protéger. Alors vous avez le droit d'être triste. Il vous a élevé pendant dix-huit ans, il s'est attaché et il a sans doute regretté ce qu'il a fait."
"Oui c'est ce qu'il a dit au procès."
Je retins un sanglot.
"Je ne le reverrais plus jamais."
"Bien sûr que si. Quand vous serez prête, vous irez le voir en prison et vous discuterez de cela en-dehors d'un tribunal."
"Pour le moment je préfère ne rien faire. Il m'a privé de ma famille pendant dix-huit ans."
"Certes. Mais vous êtes heureuse maintenant, non ? Vous avez monté un musée, vous êtes épanouie et jamais il ne vous a fait du mal. Vous n'avez jamais eu à porter l'héritage de votre famille du fait de votre nom, vous avez réussi toute seule, ce que peu peuvent arguer."
"C'est sûr... C'est juste difficile."
"Après le procès de mon père nous ne nous sommes pas parlé pendant des mois. Il restait avec ma mère, qui l'a toujours soutenu. J'étais entre les deux, je ne voulais pas faire de peine à ma mère mais je ne voulais pas, je ne pouvais pas lui pardonner. C'était sa faute après tout. Mais ça restait mon père."
"Et puis, vous avez rencontré Astoria c'est ça ? L'amour vous a sauvé," murmurais-je avec hargne en arrachant de l'herbe.
"Oui. Plus ou moins," rit-il en gardant son regard fixé sur le parc. "Elle a été là à un moment où j'en ai eu besoin. Parce que je ne savais plus qui j'étais. Elle m'a fait comprendre que peu importe mon nom, ma famille, ce qui comptait c'était qui j'étais au fond de moi. Un peu kitsch n'est-ce pas ? Je n'ai jamais cru le professeur Dumbledore, qui nous parlait d'amour et tout ça. Pour moi ce n'était pas possible, je devais suivre mes parents. Astoria m'a montré une autre voie. Elle m'a appris le pardon, elle m'a appris à savoir qui j'étais réellement."
"Un très bon investisseur ?"
"Oui et aussi quelqu'un qui pouvait aimer, si on me montrait comment faire. Juste Draco. Avant j'étais Malefoy, moi-même je me définissais par mon nom, aujourd'hui c'est différent, je suis réellement moi et c'est ça que j'ai voulu transmettre à mon fils."
"C'est une jolie histoire."
"N'est-ce pas ? Mais il m'a fallu vingt ans pour le comprendre. Alors laissez-le temps au temps."
"Surtout que tu as la chance d'avoir rencontré un homme magnifique, talentueux et tellement intelligent," railla une voix derrière nous qui me fit sourire hargneusement.
"Oh oui tu as raison Scorpius," dis-je en me relevant, je suis heureuse de vous avoir rencontré Mr Malefoy."
Draco rigola doucement en voyant la mine déconfite de Scorpius.
"Ne vous inquiétez pas Ellora, vous êtes la bienvenue ici tant que vous voulez."
Draco se leva souplement pour nous laisser avec Scorpius qui me fixait d'un air boudeur.
"Ça va bien se passer," me dit ce dernier en s'installant avec moi.
"On verra," coupais-je en souriant, "je ne voulais pas me laisser abattre. Je suis désolée... Je sais que ça n'a pas été simple ces derniers jours c'est juste que..."
"T'inquiète. Parlons d'autre chose."
La grimace de douleur qui passa sur le visage de Scorpius me fit comprendre que tout n'était pas bien, et que ça l'avait profondément meurtri.
"Non j'y tiens," continuais-je en prenant ses mains dans les miennes, "tout ça n'est pas de ta faute. Je n'oublie pas qu'il m'a lancé une oubliette voire deux. Et que les effets secondaires étaient presque invalidants. En me rencontrant, tu m'as sauvé la vie."
Il ne répondit rien et je le laissai à ses interrogations pour changer de sujet, il fallait juste qu'il le sache. C'était loin d'être sa faute, mais celle de mon père qui m'avait enlevé et m'avait jeté des sorts pour me cacher pendant tout ce temps.
"Je voulais te parler de quelque chose," dis-je en tournant un regard d'espoir vers lui, "j'ai reçu une demande d'investissement, est-ce que tu peux me dire ce que tu en penses ?"
"Donne, je vais voir ce que je peux faire."
"Merci, tu es génial."
"Comment était ta vie sans moi ?"
"Ennuyeuse. Mais plus calme."
Il m'embrassa rapidement et le feu qui m'avait quitté pendant ses quelques jours repris son cours. Je ne devais pas, je ne pouvais pas me laisser abattre. J'étais Ellie. Peu importe mon nom, j'allais rester qui j'étais.
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Harry
"Molly, vous devez venir. Je ne l'ai jamais vue comme ça."
Harry sorti de la cheminette et grimaça en voyant le salon. Ginny avait tout dévasté. Sa magie avait explosé à la suite du procès. Il l'avait senti, elle s'était énormément tendue, avait pris sur elle et avait fini par tout lâcher. Elle avait beaucoup pleuré, puis sa rage avait éclaté. Dix-huit ans de peur, de haine, de colère. Et le tempérament de feu de sa femme avait fini par l'emporter. Maintenant, elle était apathique, fermée, et personne (surtout pas lui) ne pouvait lui parler. Il se sentait si dépassé.
Il l'aimait, mais ça n'avait pas été suffisant. Elle avait été blessée, heurtée. Elle voyait sa fille, grandie, mais si loin, si belle, mais si différente d'elle. Elle s'en voulait, elle lui en voulait, à Lily, à Harry. Elle en voulait à tout le monde et surtout à elle de ne pas avoir été capable de protéger sa princesse.
"Je le hais."
Ça avait été ses seuls mots. Elle vouait une haine terrible à cet homme qui l'avait privé de sa fille. Et pour une fois, Harry n'avait pas été capable de la soutenir dans cette épreuve. Parce qu'il ne pouvait plus. Il avait soutenu sa femme pendant dix-huit ans, il avait mené les recherches de front, il avait poursuivi sa carrière, s'était occupé des enfants, ils avaient tenté de maintenir leur couple au milieu de tout cela. Ils avaient tenu, grâce à l'amour, mais aussi grâce au temps. Parce qu'aucun d'eux n'était responsable. Mais ils n'avaient pas géré cela de la même façon, ce qui avait considérablement réduit leurs liens. Chacun vivait son deuil de son côté, sans rien dire à l'autre.
Et là, Harry ne pouvait plus. Il ne pouvait plus supporter de voir sa femme si affectée par le retour de leur fille alors qu'il était si heureux. Il comprenait qu'elle soit triste et en colère, mais il n'arrivait pas à le comprendre vraiment. Il ne comprenait pas que le lien "mère-fille" avait été brisé à tout jamais, il ne comprenait pas la haine que sa femme ressentait contre elle et contre Fawley, il ne comprenait pas que Ginny devait faire son deuil de Lily Potter, parce que lui, il l'avait déjà fait. Mais sans elle.
Ginny venait juste de comprendre tout ce qu'elle avait manqué avec sa fille, tout ce qu'elle n'aurait jamais et les difficultés qu'elle allait avoir à renouer des liens. Rien ne serait simple, les relations seraient tendues, compliquées. Et Ginny en avait marre. De tout ça. Elle avait vécu une guerre. Pendant des années, elle avait eu peur pour Harry, elle avait craint pour sa vie, pour sa famille. Et aujourd'hui encore elle devait être tourmentée ! Alors ça suffisait. Elle ne pouvait plus le supporter. Elle aurait voulu la paix, la tranquillité. Une vie de famille normale, qu'elle n'aurait plus à cause de cet homme. Il avait ruiné sa vie. Et ça, Harry ne pouvait pas comprendre. C'était des sentiments égoïstes, mais si justes, si profonds. Ginny se sentait coupable, mais ne pouvait pas faire face poru le moment. Elle n'y arrivait tout simplement pas. Elle voulait tout laisser tomber, tout abandonner. A quoi bon ? Tout allait être si difficile... Elle n'avait pas la capacité d'Harry à être si gentil, elle avait l'impression que jamais Lily ne l'aimerait. Elle allait la détester. Et Ginny se détestait de penser cela. Elle savait qu'elle devait faire des efforts, mais elle n'en avait pas le courage. Alors elle laissait tomber, rien qu'une fois. Après s'être battue toute sa vie, elle n'en pouvait juste plus... Elle voulait que tout s'arrête.
Alors il avait appelé Molly, la matriarche. Celle qui savait parler à sa femme mieux que personne. Parce qu'il ne pouvait pas comprendre ça. Il devait lui laisser du temps. Parce qu'elle avait besoin de se remettre de la perte de sa fille, une nouvelle fois...
Lui était si heureux de voir sa fille. Bien sûr, ça lui avait fait un pincement au cœur de voir qu'elle aimait son père, qu'elle avait été si heureuse et qu'elle l'avait défendu. Tout chez elle montrait qu'elle l'aimait et qu'elle aurait préféré ne rien savoir. Alors, elle avait pris position : au centre. Et ça n'avait pas plu à Ginny, qui s'en voulait en même temps de lui en vouloir pour ça. Tout était si confus pour tout le monde.
Les Weasley avaient été là tout au long du procès. Ils les avaient soutenu dans cette difficile épreuve. Si beaucoup ne jugeaient pas Lily, comprenant qu'elle puisse toujours aimer son père, Molly et Ron avaient été derrière Ginny, parce qu'ils avaient vu à quel point cette histoire avait été difficile pour elle. A quel point elle été brisée. Eux seuls avaient compris le temps qu'il lui faudrait pour renouer les liens. Ils ne connaissaient pas Ellie encore, alors ils avaient soutenu du mieux qu'ils pouvaient la benjamine. Parce que ça allait être compliqué et eux seuls avaient pu comprendre cela et la soutenir. Mais ça n'avait pas été suffisant.
Harry pensait qu'après le procès tout serait plus simple. Mais non. Ginny en voulait à Lily, elle aurait voulu ne jamais savoir ce qu'il s'était passé pour sa fille et s'en voulait énormément de penser cela.
Ginny enchaînait les insomnies depuis l'annonce, depuis la découverte, ce qui n'avait pas arrangé les choses.
"Harry, où est-elle ?"
Molly et Ron entrèrent dans la maison et se dirigèrent vers la chambre d'un air inquiet. La famille était là. Soupirant, Harry prit la poudre de cheminette pour retrouver Hermione, laissant les rouquins s'occuper de sa femme. Parce qu'il ne pouvait plus. Parce que Ginny était brisée. Et qu'elle devait se relever seule. Et que, lui, il n'avait plus la force de l'aider.
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