J'essaie de rester plus ou moins régulière dans la publication, mais c'est vrai que j'ai pas des masses de temps pour traduire en ce moment... Soyez patients ? ^^
Bonne année 2020, et bonne lecture !
Jeux de mains, jeux de vilains
La potion ne marche pas. En tout cas, elle ne semble pas marcher. Harry pense que peut-être Malefoy était couvert de malédictions et que du coup le sortilège de pureté ne savait pas à laquelle s'attaquer en premier, mais il se dit qu'il vaut mieux ne pas émettre cette hypothèse à voix haute. Il risque de se retrouver à masser le crâne de Malefoy pour le reste de sa vie s'il ne fait pas gaffe. Le bon côté, c'est que la petite dose de maléfice qu'il a extraite de Malefoy ne semble pas s'être transférée à lui suite à son attitude inconsidérée. Son sexe ne se retrouve pas couvert de bubons, et il ne se met pas non plus à bander à chaque fois qu'il voit, au pif, Greg Goyle. Mais c'est le seul point positif que Harry arrive à trouver à la situation.
Il n'a pas envie de craquer sur Malefoy. Il a encore moins envie que Zabini sache qu'il craque sur Malefoy. La seule chose de pire que Zabini au courant qu'il craque sur Malefoy, ça serait si Malefoy était au courant.
Zabini sait qu'il craque sur Malefoy. Harry sait que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il le lui dise. Il va d'abord jouer un peu avec Harry, comme un chat avec une souris, pour tirer le maximum de plaisir de la situation. Harry ne pense même pas que ce soit personnel – Zabini semble agir comme ça avec tous les Serpentard – mais ça n'améliore pas les choses pour autant.
Malefoy s'est remis à l'ignorer de nouveau, ce qui est une bonne chose, suppose Harry, même si c'est aussi extrêmement pénible. Malefoy devrait travailler sur la façon dont il ignore, pense Harry pendant le cours de Métamorphose du mardi tandis qu'il essaie de se concentrer sur son travail pendant que le regard de Malefoy fore des trous dans son dos. Quand on ignore quelqu'un, on devrait, eh bien, l'ignorer. Pas passer son temps à la fixer quand vous pensez que l'autre personne ne regarde pas. Est-ce que ça va être comme ça jusqu'à la fin de l'éternité ? Harry se le demande. Ils essaient une méthode pour se débarrasser du sort, c'est gênant et bizarre, ça échoue, et c'est encore plus gênant et bizarre qu'avant. Reprendre du début et recommencer. Sauf que maintenant, le cycle comprend aussi des phases de branlette furtive.
Et ça, c'est sans mentionner les conversations embarrassantes qu'ils passent leur temps à avoir. Ce que Malefoy a dit sur la Marque des Ténèbres continue à tourner dans la tête de Harry, ainsi que des souvenirs de son dos, de la courbe de sa nuque tandis qu'il demande à Harry s'il veut admirer son « impressionnante érection » d'une façon dont Harry n'arrive pas à être certain que c'était bien une blague.
Il essaie de ne pas se taper la tête sur son bureau de frustration. Cette année était censée être pour étudier, passer ses examens et pouvoir enfin devenir un Auror pour de bon. Se faire de nouveau des nœuds au cerveau à cause de Malefoy jusqu'à ce qu'il soit incapable de se concentrer sur quoi que ce soit d'autre n'était pas au programme.
Mais Harry découvre qu'il peut se concentrer sur d'autres choses le lendemain. Il peut se concentrer sur Blaise Zabini et à quel point cet enfoiré mérite de se prendre un déluge de calamités.
Il comprend que quelque chose s'est passé pendant le cours d'Études des Moldus dès qu'il les voit dans la Grande Salle pour le déjeuner. Il est assis avec Ron et Hermione après un cours de Défense particulièrement ardu. L'Auror Robards les a fait s'entraîner sur la défense pratique – mais il leur a interdit d'utiliser les sorts les plus évidents pour les encourager à improviser quand ils sont coincés. C'est la première fois que Harry s'est défendu en transformant une nuée de plumes en théière, et ensuite, il a changé le sol sous les pieds de Robard en crème anglaise. Dans l'ensemble, il trouve qu'il s'en est plutôt bien sorti. Cette matinée lui a presque donné de l'appétit, mais il s'arrête de mâcher, la bouche pleine d'un sandwich au fromage quand Pansy et Millicent rentrent dans la Grande Salle d'un pas décidé, en levant les yeux au ciel si fort que c'est un miracle que leurs globes oculaires restent en place.
Greg les suit avec un air satisfait et Zabini lui tape dans le dos en ricanant. Harry détourne le regard au moment où Malefoy entre juste derrière eux, la tête tournée vers Nott avec qui il parle à voix basse. Il n'essaie pas d'ignorer Malefoy, mais il n'a pas besoin d'essayer ; son corps semble déterminé à le faire pour lui. Il n'arrive pas à aller jusqu'à leur table, alors ce n'est que plus tard, après le dîner, qu'il apprend ce que Greg a fait – et comment ça semble avoir transformé Zabini en psychopathe.
Pansy est celle qui semble le plus outrée. Elle est si outrée, pour tout dire, que dès que Harry rentre dans la salle commune, elle l'appelle.
— Potter sera d'accord avec moi sur le fait que c'est dégoûtant, dit-elle en fronçant son nez retroussé. Greg n'a pas plus de sens moral qu'un chat de gouttière, et tu ne vaux pas beaucoup mieux. Potter est peut-être un amoureux des Moldus, mais au moins il ne regarde pas de photos de Moldus nus en public.
— Non, probablement pas en public, répond Zabini d'une voix neutre.
Il croise les jambes et se renfonce dans son fauteuil.
— Mais en privé, je suis sûr que c'est un sacré pervers.
— Heu, quoi ? demande Harry.
Pansy est si outrée qu'elle semble oublier que Harry lui répugne et elle se décale pour lui faire de la place sur le canapé.
— On avait cours sur les trucs bizarres que les Moldus utilisent pour compenser leur manque de magie, dit Pansy alors qu'il s'assoit. Ils ont une sorte de… boîte, plus ou moins, à qui tu peux poser des questions et elle te fournit des images et des informations. On a été dans un café qui en était rempli. C'est relativement bien foutu, je suppose. Sauf que…
— Je m'en suis servi pour trouver des images d'une nana à poil avec des nichons magnifiques, dit Greg.
Il fit craquer les articulations de ses doigts avec un sourire narquois.
— Pansy fait juste la gueule parce qu'il y a des Moldues qui ont un de plus belles loches qu'elle.
Le silence qui s'ensuit est dangereux.
— Tu as de très beaux seins, Pansy, se hâte de dire Zabini. N'écoute pas Greg.
Il jette rapidement un Protego alors que Pansy lui lance un sort qui, s'il l'avait atteint, lui aurait fait cracher des grenouilles.
— Je ne crois pas que le professeur Smith ait été impressionné par les nichons de cette meuf, cela dit, ajoute Greg. On s'est fait virer du café parce qu'on regardait des trucs cochons, et il m'a dit que si je recommençais, il me virerait de son cours jusqu'à la fin de l'année.
Il hausse les épaules, toujours avec le même sourire narquois.
— Mais j'ai d'autres options. Le monde des nichons ne m'est pas fermé juste parce qu'un Moldu l'a décidé.
— Berk ! C'est dégueulasse ! explose Pansy. Viens, Bullers, laissons ces pervers à leurs fantasmes. Ils ne verront jamais une vraie femme, à moins de faire un peu le ménage dans leurs cervelles, décrète-t-elle en partant.
Elle rejette ses cheveux en arrière en partant d'une démarche fière. Greg secoue la tête.
— Loches pas terribles. Mais jolies jambes, ajoute-t-il avec approbation une fois qu'elle est partie.
Assis sombrement à côté de lui, Nott renifle. Zabini a un grand sourire, il se penche en avant, les coudes posés sur les genoux.
— Tu as déjà utilisé internet, Potter ? demande-t-il. Il a fallu une éternité pour que l'image apparaisse pour de bon. J'ai cru que ça allait s'arrêter de charger aux épaules, ça aurait été terriblement décevant. Je me demande pourquoi les Moldus s'embêtent avec ça. Ton zob doit tomber d'ennui avant que tu arrives à ce qui est intéressant.
Harry n'a jamais utilisé internet. Il est au courant que ça existe, vaguement, mais ça fait trop longtemps qu'il n'a pas vécu dans le monde moldu de façon permanente. Dudley avait un ordinateur, mais bon, Dudley avait des tas de choses que Harry n'était pas autorisé à toucher. Il se dit avec malaise qu'il s'y connait sans doute malgré tout mieux niveau internet que niveau photos cochonnes, qu'elles soient moldues ou non. Est-ce que les sorciers ont quelque chose d'approchant ? C'est probablement une question idiote : s'il arrive à l'imaginer, ça doit exister. Mais s'il y a quelque chose qu'il commence à bien connaître, ce sont les humeurs de Malefoy. Pour l'instant, il est blotti dans un coin, comme si cette conversation lui causait une douleur physique, et :
— Est-ce qu'on est obligés de continuer à parler de ça ? demande-t-il d'une voix traînante, un pli amer sur la bouche. Tu commences à devenir chiant, Blaise.
Cela n'a pas l'air de vexer Zabini. Il se contente de sourire et joue avec un fin bracelet en or autour de son poignet.
— Désolé, Drago. Je sais que les filles à poil ce n'est pas ton domaine d'expertise.
Harry cligne des yeux. Est-ce que Zabini vient de dire ça à voix haute ? En public ? Mais ça n'a pas l'air d'énormément perturber Malefoy. Il lève les yeux au ciel avec presque autant de talent que Pansy.
— J'ai du respect pour les femmes, déclare-t-il d'une voix glaciale.
— C'est comme ça qu'on appelle ça, maintenant ? demande Zabini d'une voix légère, pas du tout perturbé par le regard noir de Malefoy.
Il agite la main l'air de dire que ce n'est rien.
— Enfin, je me disais que ça pourrait être un projet sympa.
— Qu'est-ce qui ferait un projet sympa ? demande Harry et Malefoy gémit.
— Ne l'encourage pas, Potter, dit Malefoy qui oublie qu'il l'ignore. Tu n'as pas encore appris ça ?
— Le porno moldu, répond Zabini, sautant du coq à l'âne.
Harry cligne des yeux et essaie de ne pas se trémousser de malaise.
— On doit écrire un essai sur quelque chose de moldu, explique Nott. J'ai choisi les armes, ajoute-t-il.
Harry trouve ça un peu perturbant mais ça n'a pas l'air d'inquiéter les autres. Peut-être qu'il prévoit d'utiliser les armes sur Zabini, se dit Harry, et ça le console un peu.
— Ça fait une éternité qu'on n'a pas eu une vraie soirée mecs au dortoir, dit Zabini qui passe ses bras derrière sa tête et s'étire. Ça va te plaire, ajoute-t-il en s'adressant à Harry.
Malefoy gémit à nouveau.
— Tu peux me faire une faveur, Potter ? demande-t-il d'une voix suppliante.
Il n'attend pas la réponse :
— Tu pourrais mourir là maintenant ? Juste un peu ? Je t'en serai infiniment reconnaissant.
— Non ! répond Harry.
Cette conversation lui fait mal au crâne, il n'y a aucun fil logique à suivre. Où veut en venir Zabini ?
— Parfait, c'est décidé alors, décrète Zabini. Je suis très heureux que vous soyez tous les deux d'accord pour venir à ma Grande Nuit du Porno Moldu. Débrouillez-vous pour être libres demain soir.
Les pièces du puzzle s'assemblent enfin et forment… la photo d'une femme à poil, avec de gros seins.
Malefoy se traîne sur ses pieds.
— Veuillez m'excuser, dit-il d'une voix cinglante. Je vais juste aller me couper les veines dans la chambre pour me préparer. Je ferai de mon mieux pour ne pas tout tacher.
Il s'en va à grand pas, les mains fourrées dans les poches, et marmonne dans sa barbe. Zabini le regarde partir avec un certain intérêt.
— Tu viendras avec moi demain après-midi pour rassembler le stock, Greg ? demande-t-il.
Greg grogne son accord.
— Je suis désolé, mais… tu blagues, hein ? demande Harry. C'est juste pour vérifier.
Zabini porte une main à son cœur et écarquille les yeux.
— Je suis blessé que tu penses cela, Potter. Blessé.
Harry se triture les méninges pour trouver une excuse qui lui permette de manquer la soirée et, à son grand soulagement, il en trouve une.
— On fête l'anniversaire d'Hermione demain soir, dit-il. Désolé de manquer ton, heu, événement.
Zabini a un sourire paresseux.
— C'est une soirée au dortoir, Potter, on ne va nulle part. On t'attendra avant de commencer, ne t'inquiète pas.
Ne t'inquiète pas ?
Harry se jure qu'il passera toute la nuit en-dehors du dortoir s'il le faut parce que ce n'est pas possible de rentrer si Blaise Zabini l'attend, prêt à lui fourrer dans les mains une sélection de photos de Moldues nues tandis que le vrai Malefoy le fusille du regard depuis son lit et que le Malefoy de ses souvenirs répète en boucle « érection impressionnante ».
La fête d'anniversaire d'Hermione est en fait un dîner qui commence à six heures et demi. À neuf heures, ils ont déjà fini de manger et sont passés au café, et Ron a commencé à bailler de façon ostentatoire et suggère qu'Hermione pourrait rentrer au château à pied avec lui. Il se prépare clairement à…
Harry ne veut pas penser à ce quoi il se prépare. Il adore Ron, vraiment, mais l'imaginer tout nu en train de faire passionnément l'amour à Hermione lui donne un peu envie de gerber. Cela dit, c'est presque plus acceptable que l'idée d'assister à « la Grande Nuit du Porno » de Zabini, alors il essaie de faire durer la conversation jusqu'à ce que Ron lui jette un regard mauvais – Ron ! Un regard mauvais ! – si bien que Harry abandonne de mauvaise grâce et leur souhaite une bonne nuit.
Bien sûr, ce n'est pas parce que Ron et Hermione sont partis que lui est obligé d'en faire de même. Luna et Neville sont toujours là, et il apprécie leur compagnie, et…
— On rentre ensemble, Harry ? demande Luna en passant son bras sous le sien. Je sais qu'il n'est pas tard, mais la semaine a été longue. Neville ? Tu rentres aussi ?
Neville hoche la tête et avant que Harry puisse protester – il a envie de faire la fête toute la nuit ! Sérieusement ! – ils se sont levés, ont payé l'addition, ont extirpé Harry de son habituelle foule d'admirateurs et entament le chemin qui les ramènera de Pré-au-Lard au château.
Mais être de retour au château ne veut pas dire qu'il est obligé de retourner à son dortoir, n'est-ce pas ? Bon, Luna est peut-être une lâcheuse, mais c'est sûr que Neville va l'inviter à prendre un verre dans la salle commune de Gryffondor.
— Je vais me coucher tôt, dit Neville franchement dès qu'ils sont dans le hall d'entrée. Je sais qu'on est samedi soir, mais je dois me lever à l'aurore pour récolter des plantes rares avec Pomona et je veux être en forme pour ça.
Harry jette un regard suppliant à Luna au cas où elle ait changé d'avis, mais elle lui sourit d'un air rêveur.
— Tu as l'air d'avoir hâte de retrouver tes camarades de dortoir. Bonne nuit, Harry.
Très bien, se dit Harry. Ce n'est pas parce qu'il est Rémi-Sans-Amis qu'il est obligé de retourner au dortoir de Serpentard. Il pourrait… dormir dans la tour d'Astronomie à la place. Ou traîner dans le hall d'entrée jusqu'à la fin de sa vie.
— Qu'est-ce que tu fiches à bouder dans le hall d'entrée ? demande Pansy.
Elle porte une robe pleine de fanfreluches et s'apprête visiblement à sortir ; Millicent est juste derrière elle, avec également un nombre alarmant de fanfreluches.
— Tu n'as pas d'amis ?
Elles sont rapidement suivies par tout un troupeau de filles qui sont aussi sur le point de sortir.
— Viens avec nous, dit l'une d'entre elle en pouffant de rire, poussée par ses amies.
— Heu, désolé, j'ai déjà quelque chose de prévu, dit Harry.
Et à son grand désarroi, les filles n'ont pas l'air de le croire et la seule façon qu'il trouve de s'en débarrasser c'est de descendre les escaliers, comme s'il rejoignait sa salle commune, et ensuite, de rentrer pour de bon dans la salle commune car elles l'ont suivi dans l'escaliers et il ne peut pas juste s'appuyer au mur et les ignorer pour le reste de ses jours. Il doit penser à sa dignité.
Évidemment, ce serait trop demander que Zabini ne soit pas à l'intérieur, en train de l'attendre.
— Potter ! s'écrie-t-il. On t'attendait !
Et il tire délicatement – mais fermement – Harry par le bras pour l'entraîner dans le couloir et puis le pousser dans leur dortoir.
La porte se referme derrière lui avec une sorte de fatalité. Dans les points positifs, dès qu'il est à l'intérieur, Nott – qui a l'air à peu près aussi enjoué que Harry lui-même – lui fourre un verre d'alcool fort dans les mains. Dans les points négatifs – eh bien, il y a tout le reste.
Tout le reste commence avec Malefoy qui est étendu sur son lit avec l'air de souffrir beaucoup, redressé sur ses coudes, les premiers boutons de sa chemise ouverte et ses manches roulées. Il jette un regard à Harry quand il rentre et fait mine de descendre ses manches pour couvrir la Marque des Ténèbres mais il s'interrompt et tourne la tête vers le mur qu'il fixe avec un grand intérêt.
Tout le reste termine aussi avec Malefoy, pour être honnête. Mais entre les deux, il y a Zabini qui… qui semble déterminé à détruire la santé mentale de Harry.
— J'ai chopé une revue porno pour pédés juste pour toi, Drago, dit Zabini en la lançant à Malefoy, qui l'attrape – probablement parce que c'est mieux d'attraper une revue porno que de se la prendre en pleine face. Je suis sympa, hein ?
Il n'attend pas de réponse, il est trop occupé à farfouiller dans sa sacoche et à sortir des magazines. Nott prend le sien et disparaît derrière les rideaux de son baldaquin, ce qui met Harry mal à l'aise mais n'a pas l'air de surprendre les autres.
Quand Harry parvient à détacher son regard d'abord de Zabini puis des rideaux, c'est pour voir Malefoy qui feuillette paresseusement sa revue. Il s'interrompt et fait la moue devant une double page qui semble ne contenir à peu près que des sexes en érection, d'après ce que Harry en aperçoit.
— Un peu médiocre au niveau contenu intellectuel, dit Malefoy qui tourne la page pour révéler un autre sexe en érection, d'une couleur différente. Pas grand-chose à écrire là-dessus pour ton projet, Blaise. Je pense que tu vas te planter.
Sa voix est pleine d'ennui, mais Harry a l'impression que c'est une façade. Enfin, c'est dur à dire vu que ses oreilles bourdonnent et que son cœur tambourine. Il prend une gorgée de sa boisson et parvient à n'en faire dégouliner que la moitié sur son menton.
— Je me suis dit que tu risquais de penser ça, répond Zabini, très satisfait.
Il fouille à nouveau dans le sac plastique. Il ne relève pas la tête quand il dit, très fermement :
— Si tu comptes te branler, Greg, fais-le dans un coin. La dernière fois, j'ai vu ta bite d'un peut-être trop près et je me réveille toujours en faisant des cauchemars. J'aimerais éviter que tu me gâches le sexe pour toujours.
Greg rit mais son visage est rouge tandis qu'il parcourt le magazine.
— Heu… dit-il, et puis il hausse les épaules. Je vais aller me branler ailleurs, alors, ducon.
Il tient le magazine devant son entrejambe et se faufile hors de la chambre, probablement pour passer dans la salle de bain.
— Je parie que c'est loin d'être aussi classe dans le dortoir des Gryffondor, dit Malefoy en feuilletant le magazine devant lui avec répulsion. Hein, Potter ?
Harry ne sait pas quoi faire de lui-même. Il est assis au bout de son lit et prend une autre grande gorgée. Peut-être que s'il ingurgite suffisamment d'alcool il pourra accomplir une sorte d'auto-Oubliettes. Ça n'a pas besoin d'être une perte de mémoire totale ; il faut juste qu'il oublie la mine critique de Malefoy tandis qu'il balaie des yeux un gigantesque pénis circoncis qu'il ne trouve visiblement pas assez bien pour lui.
— Ce n'est pas terrible pour une Grande Nuit, dit Malefoy en refermant le magazine.
Il le renvoie à Zabini qui le passe à Harry. Celui-ci le prend machinalement, et puis il ne sait pas quoi en faire. Il est à peu près sûr que s'il l'examine de plus près, ça ne lui donnera pas une érection, juste des complexes.
Par contre, s'il continue à regarder Malefoy, l'érection ne sera pas un problème. En dépit de son air ennuyé, son visage rosit d'une façon qui attaque sérieusement la tranquillité d'esprit de Harry.
— C'est assez nul le porno moldu, dit Zabini en s'asseyant sur le bord du lit de Malefoy. Bouge.
Malefoy bouge et Zabini s'installe, jambes croisées à côté de lui et pose le livre de poche qu'il tient à la main sur la couverture.
— Ce n'est pas comme si tu devais être fier de ta collection, dit Malefoy en fronçant le nez. Une vieille enveloppe dégueulasse pleine de photos qu'il faut désinfecter avant de toucher.
Il frisonne.
— À moins que tu comptes ta Pensine ridicule dans le tas ?
— La data-branle n'est pas ridicule, dit Zabini.
Harry essaie de respirer sa boisson et trouve ça difficile.
— C'était quoi ça ? demande Malefoy poliment.
— Oh, je suis juste en train de mourir étouffé, ne vous en faites pas pour moi, parvient à articuler Harry une fois qu'il a plus d'air que de whisky dans les poumons.
— Si tu es sage, je te laisserai l'utiliser, dit Zabini en s'adressant à lui au grand affolement de Harry. Il y a un souvenir de cette barmaid au Trois balais qui se penche, tu peux voir jusqu'à son…
Il s'interrompt, perdu dans ses pensées, et puis ses lèvres esquissent un sourire.
— Mais je doute que tu serais intéressé. Je n'ai pas de souvenir de Drago en train de se pencher. J'essaie d'effacer ce genre de choses de mon esprit.
Malefoy bouge avec une rapidité surprenante : une bourrade ferme et Zabini tombe du lit et se retrouve au sol, les quatre fers en l'air.
— Aïe ! se plaint-il.
— C'était mérité, répond Malefoy en haussant les épaules. La « data-branle » de Blaise, explique-t-il à Harry, le menton posé sur ses bras croisés, est une collection de souvenirs pathétiques rassemblés par lui et les autres qui font les gros dégueulasses avec les pauvres filles qui ont eu le malheur de croiser leur chemin.
— Ce n'est pas pathétique, c'est noble, rétorque Zabini depuis le sol. Je pourrais molester ces beautés. À la place, je me contente d'admirer.
Malefoy renifle.
— Bref, c'est quoi ça ? demande-t-il en ramassant le livre qui se trouve à côté de lui.
Le sortilège de silence de Nott craque dans un pop et la pièce résonne soudain de ses soupirs et grognements et des ressorts du lit qui grincent.
— Plus vite ! Plus fort ! l'encourage Zabini. Allez, allez !
— Putain de… dit Nott, et sa phrase est coupée alors qu'il remet le sort en place.
Harry sent ses joues devenir de plus en plus rouge.
— Je l'ai piqué à Pans' qui l'avait piqué à Bullers, répond Zabini à Malefoy comme s'il ne venait pas juste d'encourager Theodore Nott à se branler plus vite et plus fort. Tu sais que ça fait un moment qu'elle lit des romans moldus, pour appuyer ses recherches ou je ne sais quoi ?
Il a un peu la voix de quelqu'un qui explique à un Guérisseur, avec une infinie tristesse, que sa grand-mère porte un chat en guise de bonnet et qu'elle chante en boucle une chanson parlant de poisson alors que peut-être elle aurait besoin d'être examiné au service Janus Thickey.
— Apparemment, elle est passée des romances à la con à la littérature érotique. Pansy le lui a chipé quand elle a vu de la fumée sortir des oreilles de Bullers, et elle a pensé à moi. Et moi, je me suis dit que tu pourrais nous faire la lecture.
Harry aimerait être capable d'apprécier le fait que Millicent Bullstrode lit des romans moldus de son plein gré – ce n'était pas gagné – mais il est trop pris par sa tentative de ne pas entrer en combustion spontanée à l'idée que Malefoy pourrait lire de la littérature érotique à voix haute. Il n'est pas sûr que son cœur tienne le choc. Au loin, la mort lui fait signe, suave.
Malefoy fait défiler le livre et parcourt rapidement les pages des yeux.
— Une fille comme il faut ne lirait jamais ces saletés, dit-il en reniflant. Écoutez ça : Elle se laissa tomber à genoux et frotta sa joue contre son entrejambe. Même à travers le jean, elle sentait son énorme érection et elle se mit à saliver. Elle défit rapidement sa braguette et découvrit qu'il ne portait pas de sous-vêtement. Son sexe imposant jaillit librement et elle le prit dans sa bouche et commença immédiatement à le sucer. Il avait un goût viril et il gémit, durcissant encore plus alors que sa langue…
— Ça va, Potter ? interrompit Zabini en ricanant. On dirait que tu as besoin d'un peu d'air frais.
— Ça va, répondit Harry, et à sa grande horreur sa voix sortit super aiguë. Ça va, répéta-t-il, et cette fois c'était trop bas.
Il ferait aussi bien de se tuer tout de suite, pense-t-il. S'il est obligé de continuer à entendre Malefoy lire un récit érotique, il fera une crise cardiaque de toute façon, et au moins s'il mourait tout de suite il conserverait peut-être un tout petit peu plus de dignité.
— Ravi de l'entendre, dit Zabini d'une voix tonique.
Il ricane de nouveau.
— On va baisser la lumière alors, et puis Drago tu pourras lire un peu plus, pour nous bercer.
Ce qui suit sont sans doute les dix pires minutes de toute la vie de Harry. Il se retrouve allongé dans son lit, tout éveillé, dans une pièce plongée dans une semi-pénombre, tandis que Malefoy, dans le lit d'en face, lit la plus longue description d'une fellation jamais écrite de mémoire d'homme. L'héroïne conduit le héros au bord de la jouissance encore et encore et Harry commence à ressentir une empathie véritable pour ce pauvre hère tandis que son propre sexe tressaille douloureusement sous les couvertures.
Malefoy arrête de lire juste avant que le malheureux héros soit – supposément – autorisé à jouir. Ce qui s'ensuit sont les pires cinq minutes de la vie de Harry. Parce que Zabini, qui est revenu dans son lit, jette un Nox et se lance dans… une discussion avec Malefoy sur les mérites littéraires du texte tout en…
Eh bien, pour le dire sans prendre de pincettes, en s'astiquant. Avec enthousiasme.
Malefoy n'a pas l'air particulièrement perturbé d'avoir une conversation avec quelqu'un qui se branle même si quand Zabini finit par jouir dans un espèce de meuglement, Malefoy craque et marmonne :
— Pour l'amour de Dieu.
— Mmh. Bonne nuit, les mecs, dit Zabini qui a l'air tout à la fois amusé et détendu.
Bientôt, Harry l'entend ronfler. Lui reste éveillé, sans se branler, pendant très longtemps. Il a l'impression qu'il va en crever.
De l'autre côté de la pièce, il entend Malefoy qui respire – la respiration rapide et irrégulière de quelqu'un qui est parfaitement éveillé aussi, et occupé à ne pas se branler.
Harry se fait la réflexion, juste au moment où il s'endort, qu'il n'a presque pas pensé à la marque sœur de Malefoy de la journée. Ses rêves sont agités et quand il se réveille en sursaut, bien avant le matin, il sait qu'il a fait un cauchemar à propos de Malefoy, mais pour la première fois, il n'arrive pas à se rappeler de quoi il s'agissait.
Harry a dû se rendormir à un moment donné car il se réveille à nouveau quand il fait plein jour – enfin, aussi jour qu'il puisse faire dans une pièce sous l'eau. Ça lui fout toujours des frissons quand il y pense. Mais pour le moment, ce n'est pas le fait de dormir sous le lac qui l'inquiète ; il est trop occupé à se demander pourquoi sa joue est posée sur quelque chose de… froissé. Il récupère ses lunettes d'un Accio et tourne la tête pour voir…
— Argh ! s'écrie-t-il en bondissant du lit.
Les rideaux de son baldaquin sont grand ouverts et il semble qu'il ait utilisé en guise d'oreiller une double page couverte par la photo d'un homme mince et blond, entièrement nu, avec des attributs à la taille absolument démentielle.
Malefoy, qui est assis au bord de son lit et se penche en avant pour lacer ses bottes en cuir de dragon, lève la tête et hausse un sourcil pâle et moqueur avant de détourner le regard à nouveau.
— Je n'y suis pour rien, déclare-t-il. Au cas où tu te demandais.
Harry est plus que scandalisé, et il n'y a que Malefoy à cet instant à qui faire part de ce scandale. Ça en vaut la peine.
— Zabini est un… un…
— Une tache de sperme moisie ? suggère Malefoy toujours en train de se débattre avec ses bottes.
Ça fait sourire Harry.
— Mais sérieux, comment tu fais pour le supporter depuis si longtemps ? Je n'aurais jamais imaginé qu'il était comme ça.
Il se rappelle soudain comment la veille Zabini a presque balancé, nonchalamment, le secret de Malefoy et il demande avant d'avoir enclenché son cerveau :
— Tu n'as pas peur qu'il balance que tu es gay, sans faire exprès ?
Malefoy se fige.
— Quoi ?
— Heu… est-ce que tout le monde à Serpentard est déjà au courant, alors ? précise Harry avec le sentiment qu'il est en train de creuser sa propre tombe.
Il y a quelque chose de menaçant dans l'immobilité et le silence de Malefoy qui suggère qu'une explosion est imminente – une explosion qui fera s'écrouler tout le château.
Malefoy se redresse.
— Alors comme ça, je suis gay ? demande-t-il, la voix pleine de dérision. Et comment tu le sais, exactement ?
— Oh ! Eh bien, heu, dit Harry, perplexe. Pansy me l'a dit ?
Cela ne semble pas avoir valeur de preuve pour Malefoy alors Harry réessaie :
— Et, heu, Zabini en a l'air plutôt sûr ? Il y a tout le truc avec le porno gay. Et, heu, et puis la marque sœur…
Il s'interrompt en grimaçant. La marque sœur ne prouve rien d'autre que la cruauté de l'univers parce qu'elle n'a rien de réel. Il faut qu'il arrête de penser qu'elle puisse être ne serait-ce qu'un tout petit peu vrai, ou il va devenir barge.
— Pansy me l'a dit ! répète-t-il, plus fermement cette fois. Arrête de jouer les connards, Malefoy.
— Moi ? renifle Malefoy.
Il se penche en avant pour finir de lacer sa botte droite.
— Écoute-moi bien, Potter, parce que je ne le répéterai pas. Oui, je suis gay, merci bien, mais… il n'y a qu'une seule personne dans tout Serpentard à qui je l'ai dit. Enfin… dit à voix haute, pour de vrai. Les autres n'ont que des suppositions.
Des suppositions sacrément étayées, se dit Harry. Malefoy lui jette un regard.
— Quand Blaise sent une faiblesse, il adore appuyer sur le point qui fait mal et s'y enfoncer jusqu'au coude, dit Malefoy avec amertume. Il vaut mieux ne pas mordre à l'hameçon. Mais la plupart de mes amis sont simplement trop polis pour ne pas mettre sur le tapis quelque chose qui est à l'évidence si gênant pour moi. Et pour être honnête, Potter, ce n'est franchement pas un sujet de conversation avec lequel je suis à l'aise, alors pourquoi je me retrouve à t'en parler à toi, c'est un mystère. Je dois manquer de sommeil.
— Alors, heu, c'est à Pansy que tu l'as dit, du coup ? demande Harry qui essaie d'absorber les informations.
Malefoy se lève et tire sur sa robe pour qu'elle retombe avec les bons plis. Ses cheveux lui cachent les yeux et il les repousse avec impatience.
— Tu ne sais pas compter, Potter ? dit-il en avançant vers la porte. Je l'ai dit à une personne. Une.
Il se retourne quand il arrive à la porte.
— Et ne t'avise pas de le dire à qui que ce soit d'autre, d'accord ?
Il pose la main sur la poignée et Harry sait que ce crétin s'apprête à partir dans un grand vol de tissu, sans attendre la réponse. Oh que non.
— Malefoy ? dit-il avant que l'autre puisse se livrer à sa sortie dramatique.
Malefoy laisse son front cogner contre la porte.
— Quoi ? demande-t-il d'une voix un peu étouffée.
— Est-ce que tu vas recommencer à m'ignorer maintenant ?
Malefoy se redresse un peu.
— C'était plus ou moins mon plan, oui, dit-il en s'adressant à la porte. Un problème avec ça ?
— Heu, non. Je me disais juste que ça pourrait être bien d'être prévenu à l'avance, dit Harry.
Malefoy rit. C'est à trente pourcents un grognement, mais ça reste un rire. Il se tourne à moitié avec une expression pince-sans-rire.
— Je vais à Édimbourg avec Greg pour travailler sur notre vrai projet pour le cours d'Études des Moldus. Je ne pense pas que la nuit dernière puisse compter. Bonne journée, Potter.
Il quitte la pièce avec juste un petit mouvement de tissu et referme la porte derrière lui.
