Hey !

Je poste en vitesse parce qu'il est tard, et que j'ai perdu une heure à faire un plan pour une nouvelle histoire, mais bonne lecture à vous !

Pairing : Xygbar/Demyx


Hors du droit chemin

« - Encore Nena ?

- Quoi ?

- Ça fait une semaine que t'écoutes que ça.

- C'est très bien, j'vois pas pourquoi j'mettrais autre chose.

- Pour changer ?

- Pas envie. »

Xigbar soupire avant d'aller s'écraser sur le canapé, virant ses chaussures en s'aidant chaque fois du pied opposé. Même pas il défait les lacets. Et demain, il râlera parce qu'il perdra du temps à les défaire, et à les refaire.

« - C'est kitsch.

- C'est cool le kitsch.

- J'dis pas le contraire, mais à longueur de journée … »

Enfin, quoi qu'il dise, Demyx ne changera pas d'idée. Question musique, il est buté comme un âne. Alors il se trémousse mollement en fredonnant, vautré dans son fauteuil, à patauger dans son contentement auditif. Il pose royalement ses pieds sur la table et savoure, jusqu'à ce que la musique s'arrête et que YouTube en lance une autre. Tiens, cette fois, ça passe du Niagara.

« - Mais, si le ciel ne me tombe pas sur la tête … » l'ébouriffé commence à chanter quand le refrain arrive, sans cesser de remuer.

xoxoxox

Dem, c'est son coloc sans vraiment l'être. Il squatte ici quand ça se passe mal avec ses parents – les trois quart du temps, donc – mais il paie pas de loyer. Il aide pour la bouffe à l'occase, et il tient compagnie au borgne. Il a même son matelas attitré dans un coin du bureau, posé au sol près du radiateur, avec une couette sans housse et une myriade d'oreillers qu'il rassemble pour se faire un cocon. Il s'est aussi approprié le vieux plaid du canapé, et il est actuellement enroulé dedans.

« - Yo l'marmot, faut se lever.

- Mm.

- Allez, debout. »

Quand midi est passé, Xigbar vient ouvrir les volets de sa chambre improvisée pour le pousser à sortir les fesses du lit.

« - Nan.

- Y a pas de nan qui tienne, t'es sous mon toit.

- Alors déjà le toit de l'appart il est à toute la collectivité.

- Te fais pas plus idiot qu't'es.

- Donc il est aussi à moi.

- T'as compris l'idée.

- Ensuite on est samedi, c'est pas un jour pour sortir.

- Faut garder le rythme. Tu seras crevé lundi, sinon.

- J'dormirai en philo. »

Le plus vieux ouvre grand les volets. Le gamin hurle.

« - Pas la lumière !

- Allez, on s'lève gamin.

- Cache ça !

- Je sais je sais, le soleil, ton mortel ennemi.

- Tu vas m'tuer !

- Quelle dommage. »

Il sort de la chambre en riant, laissant le pauvre petit vampire seul face à la terrible lumière du jour. Il a vingt minutes pour lui préparer un café.

xoxoxox

« - Déjà, j'suis pas si jeune par rapport à toi.

- T'es quand même un gosse.

- J'ai dix-neuf ans.

- Qu'est-ce tu fous en terminal alors ?

- J'ai redoublé.

- Combien de fois ?

- Une. J'suis de début d'année.

xoxoxox

Demyx n'aime pas l'école. Paradoxalement, c'est à cause de ça qu'il a dû y rester une année de plus. Sans compter les nombreuses engueulades familiales engendrées par ses résultats. La joie des notes et des traîtres ENT qui les révèlent. Il en branle pas une, bosse juste ce qu'il faut pour s'éviter un autre redoublement, et il n'a toujours aucune idée de ce qu'il compte faire après le lycée.

« - Il te reste combien de temps pour rentrer tes vœux ?

- Une semaine.

- Ah ouais, quand même. »

Ah. C'était ça les éclats de voix qu'il a entendu en haut, une heure avant. Ses parents avaient l'air furieux.

« - T'as qu'à mettre psycho, comme tout le monde.

- Ils veulent pas.

- Pourquoi ?

- Ils disent que j'vais rien foutre. »

Et ils ont raison.

« - Et y a pas une licence de musicologie ou un truc du genre ?

- Ils veulent pas non plus. Y pensent j'vais rien pouvoir faire avec ça. »

Xigbar hausse les épaules. Rien à dire pour le consoler, c'est pas vraiment son truc, les gamins déprimés. Faute de pouvoir l'aider, il ouvre son frigo et jette une canette d'Ice-tea sur le gamin vautré dans son canapé, lequel crie avant de le remercier.

xoxoxox

Il n'a rien trouvé. Du coup, il ne fait rien. Le bac raz les pâquerettes, il cherche vaguement du travail sans grande conviction. Il guette les annonces, envoie un CV noir et blanc banal tous les quatre matins, s'engueule deux fois plus avec ses parents. Quand il passe la porte aujourd'hui, son regard sombre inquiète son vieil ami.

« - 'lut.

- Encore ?

- Ouais. »

Au moins, en musicologie, il aurait pu faire quelque chose de ses journées.

« - Déso.

- T'inquiète. »

Il le laisse entrer, pour plusieurs jours.

xoxoxox

« - T'as toujours pas de réponse ?

- Nan.

- Faudrait penser à refaire ton CV. Des trucs en noir et blanc, ils en voient passer tous les jours. Ça dégage vite quand ils trient. »

Dem hausse les épaules. Il repose sa guitare pour se tourner vers Xigbar, lequel s'installe confortablement, un carton de pizza sur les genoux. Il se prend une part.

« - J'sais pas faire. J'suis nul pour ça.

- Je vais t'aider. »

Le gamin n'a pas l'air plus convaincu, mais il laisse faire. Après tout, il ne peut pas passer sa vie comme ça, caché dans le bureau de son voisin, à enchaîner tout son répertoire à la guitare. Il faudra bien qu'il trouve quelque chose, boulot ou étude. Et pour lui ce serait plutôt boulot, mais ses parents gueulent pour les études. Ils parlent de lui trouver une place dans un BTS grâce à un ami qui s'occupe de la sélection. Ça l'emmerde déjà. Il n'en veut pas.

Mais avec eux, c'est toujours la même chose. Les notes, les études. Il leur aurait fallu un génie comme Van, le cousin prodige.

« - Ils cherchent un vendeur à la boulangerie, j'ai vu l'annonce ce matin. »

Xigbar allume son ordi.

« - On va refaire ton CV, et t'iras le déposer en personne. Comme ça ils se souviendront de ta tête.

- D'acc. »

Demyx n'y croit pas vraiment. Il ne sera pas pris. Et sera toujours partout pareil, de toute façon. Il n'a n'y l'expérience, ni les compétences. Il était nul pour l'école, il l'est pour la vie. Il la finira sûrement sous les ponts. C'est ce que sa mère répétait devant ses bulletins.

Xig pose sa main sur son épaule.

xoxoxox

Il commence la semaine prochaine. Le stresse le bouffe d'un coup.

« - Comment j'vais faire ?

- Tu vas y aller et ils t'expliqueront.

- J'ai jamais rien vendu, je sais pas comment ça marche.

- Ils le savent, t'inquiète. Ils vont te former. »

Taxi Girl en fond, Dem remue nerveusement sur le canapé, sur l'air de l'Avenue du crime. Il est effrayé. Il n'y croit pas. Il n'y arrivera pas. Il n'a jamais rien réussi dans la vie, il va juste foirer une fois de plus. Il n'a pas envie. Pas une autre humiliation. Une autre raison de s'engueuler avec ses parents qu'il ne voit presque plus.

« - Eh. »

Le brun se cale près de lui, dardant son unique œil vers son éternel invité.

« - Arrête de t'faire du mourront. Ça va aller. »

Le rockeur écarquille les yeux. Xigbar ne comprend pas d'où lui vient cet air ahuri.

« - Quoi ?

- On t'a déjà dit que t'utilisais des expressions en voie d'instinction ? »

xoxoxox

Pas de cadeau cette année. Il ne fait pas Noël en famille. Il ne le fera peut-être plus jamais. Ce milieu-là, c'est plus le sien.

« - T'as fait quoi pour le vingt-cinq, du coup ? » Xigbar demande alors qu'il rentre tout juste de vacances.

« - J'ai traîné chez Axel. Il avait invité deux trois potes. »

Si c'est pour entendre ses grands-parents lui demander quand est-ce qu'il passe le permis, compte se trouver un vrai travail ou reprendre sérieusement ses études, c'est pas la peine. Ça le fait chier, de toujours les entendre dénigrer son petit boulot à boulangerie du quartier. Pour la première fois de sa vie, il arrive à faire quelque chose de ses deux mains autrement qu'en les posant sur sa guitare. Pour la première fois, on lui dit c'est bien ou t'as fait du bon boulot. Le patron le laisse même repartir avec des invendus qu'il partage avec Xigbar, le soir. Et oui, vendeur, c'est pas le poste le plus convoité du monde, mais c'est le sien. Et il l'aime bien.

« - C'était comment ?

- Bof. On a mis un film à un moment, mais j'me suis endormi. »

Crevé après le boulot. Bosser un 24 décembre, le borgne trouve ça triste. Mais s'il tient, c'est bien qu'il a du courage, le gamin. Il râle, mais il met la main à la pâte.

Pourtant, il a le regard tellement minable. Tout ça pour une bande de cons qui vivent un étage au-dessus.

xoxoxox

« - Joyeux Noël.

- Mais on est en janvier.

- C'est un Noël de rattrapage. »

Demyx écarquille les yeux face aux guirlandes illuminées qui pétillent dans l'appartement. Il les admire, les touches timidement comme un enfant émerveillé. Et le sapin, énorme dans ce petit salon, plein de boules et d'anges, une étoile en guise de chapeau. Il y a même des cadeaux à son pied, mais il ne sait pas si ce sont des vrais.

Son cœur se serre, de tristesse et de joie.

« - Ils sont pas là pour faire joli, alors va les ouvrir.

- Sérieux ?

- Ouais. C'est tout pour toi. »

C'est trop beau. La déco, les cadeaux, la petite musique kitsch comme il l'aime en fond et Xigbar qui lui fait signe de s'avancer depuis le canapé, c'est merveilleux. Il va chialer. C'est un grand sentimental, Dem.

« - Merci.

- De rien, gamin. »

Ça fait du bien de le voir sourire à l'appart comme à la boulangerie, comme un gosse pété de bonheur. Il rit en voyant le bonnet de père Noël dans le premier paquet, il fourre sans honte sur sa tête. Il regarde les cordes de rechange pour sa guitare, surpris. Et les BDs dont il lui avait parlé. L'album des Smiths, aussi.

Toutes ces choses qu'il n'aurait jamais eu là-bas, qu'on lui offre pour la première fois. Tous ces trésors qui lui font chaud au cœur.

« -Ça te plait ?

- Grave. »

Xigbar sourit. Puis il étouffe quand le squatteur vient le serre vigoureusement, les larmes aux yeux. Il lui tape le dos sans trop savoir quoi faire. Il est pas trop démonstratif, le gars. Mais bon, c'est Demyx.

« - Joyeux Noël. » il répète.

« - Merci. » l'autre répète aussi.

Et puis il se redresse, son bonnet maladroitement juché sur sa tête, un air sérieux plein de question sur le visage, un semblant de malice sur les lèvres.

« - Et du coup, Tchiki Boum, tu l'as choisie au pif ou j'dois y voir un message ? »


A demain !