Pendant de longues minutes qui lui parurent une éternité, Hinata resta là, immobile au milieu de ce couloir aux décorations parsemées de dorure délicate. Elle ne cessait de fixer un point au loin, comme si elle espérait y voir apparaître le retour de quelqu'un. Elle était tellement plongée dans sa contemplation que tout lui était étranger. Ainsi, elle ne fit pas attention à une ombre se trouvant derrière un pilier, l'espionnant sans rien dire, mais le cœur gros, maudissant son impuissance. Au fin fond de cet esprit, la culpabilité le rongeait, une culpabilité de ne pas avoir su sauver l'amour de deux êtres épris, ou plutôt de ne pas avoir bougé le petit doigt plus. Il y avait-il encore quelque chose à faire pour remédier à ce gâchis, et ainsi faire preuve d'expiation. Peut-être. En tout cas, cela devait être tenté et une idée venait de germer dans sa tête, une idée muée par tout ce qui lui était parvenu aux oreilles depuis des mois.

Forte de cette pensée, l'ombre ne prit pas garde à ce qui se passait à l'entoure. Le bruit d'une robe frôlant le sol et le cliquetis de talon la ramena à la réalité. Elle en sursauta et s'enfonça encore dans la noirceur pour y trouver refuge. Sa cible venait de se résigner à bouger de nouveau. Inconsciente de l'espionnage dont elle était l'objet, Hinata passa juste devant cette silhouette sans la voir. Son expression était indéchiffrable, comme si un conflit intérieur sévissait en elle. En effet, la jeune femme ne savait pas trop ce qu'elle devait ressentir après cette discussion. Elle avait l'impression d'avoir un poids un moins, comme si cette fois, Naruto l'avait vraiment écoutée et avait comprit certaine chose. Malheureusement, elle n'en était pas sûre. Une petite voix en elle lui murmurait que rien n'était vraiment fini. Serait-ce en bien ? Serait-ce en mal ? Elle l'ignorait. Et c'était cette imprévisibilité qui lui faisait à la fois peur et de la peine.

Par contre, la mystérieuse ombre n'était pas aussi égarée que la Hyuga. Les choses étaient très claires pour elle. Oui, il y avait eu du changement dans l'attitude de l'Uzumaki, mais c'était une sorte de résignation, une résignation qui n'annonçait pas vraiment une amélioration, ou du moins qui n'allait pas dans le sens de deux cœurs épris. Une boule de cristal n'était pas du tout nécessaire pour comprendre les sentiments sincères qui les liaient. Finalement, c'était vraiment du gâchis de laisser les choses en plan ainsi. Il fallait tenter une dernière chose avant d'abandonner tout espoir. De plus, bien que Naruto fût le principal acteur de son propre malheur, le soupçon de l'implication de tierce personne tapait à sa porte. L'espion se résolut alors à agir pour sauver un amour, ou à minima une amitié, car s'il ne faisait rien, il était à parier que tout lien serait rompu indéniablement. Comment deux amoureux transis pourraient-ils se côtoyer sans souffrir, faisant semblant de se contenter de n'être que des amis alors qu'il existait encore des questions sans réponse ?

Déterminée à accomplir sa mission, l'ombre repartit à la suite d'Hinata sans se faire voir et rentra dans la salle de bal. Elle n'allait quand même pas finir la soirée cacher derrière un pilier froid et dépourvu de conversation. A l'intérieur, elle hasarda un regard vers la Hyuga. Cette dernière s'était dirigée vers son père et semblait lui quémander de lui accorder une prière, sous le regard d'un Otsutsuki, toujours en discussion avec une jeune femme aux longs cheveux noirs. Ce triste sire n'avait pas été très difficile à reconnaître vu la description qu'on lui avait été fait. En plus, d'un physique bien monté, il paraissait avenant et des plus polis. Il fallait le reconnaître, il donnait une image de maturité que n'avait pas Naruto. C'était un sacré contraste qui poussait à penser qu'il s'accorderait mieux avec le tempérament d'Hinata. Enfin, le cœur a ses raisons que la raison ignore comme on dit. C'était pourquoi sa décision prise de suivre le chemin qu'elle avait choisi, celui de l'Uzumaki.

« - Et bien Shino, tu m'as l'air bien penseur, survient la voix d'un homme dont le ton témoignait de son âge mature et d'expérience. Est-ce que tout va bien ?

- Oui, papa, je vais bien, lui répondit-on. Je viens juste de trouver ma principale résolution de cette année.

- Oh ! Et peut-on savoir laquelle ? Intervint une voix féminine.

Se tournant vers elle, le plus jeune des Aburame se rendit compte de la présence d'une femme aux côtés de son père. Cette dernière était plutôt grande, assez mince, une chevelure chagrin foncé peignée en chignon et dont le maquillage n'arrivait pas à dissimuler un croc rouge tatoué sur chacune de ses joues. Cette description correspondrait à Tsume, mais ce n'était pas elle. Non, l'âge de la personne devant lui avoisinait bien quinze ans de moins que son père.

« - Désolé Anna. Je préfère garder les détails pour moi. Tout ce que je peux te dire c'est que j'ai décidé de prendre une part de ma responsabilité et d'aider des amis à retrouver une certaine sérénité.

- Oh, écarquilla des yeux la jeune Inuzuka, pensant instantanément à Hinata et Kiba. C'est très gentil à toi.

- C'est surtout très ambitieux et tout à ton honneur, mon fils. Fais juste attention de ne pas t'y perdre. Il faut aussi que tu penses à ton propre bonheur.

- Je sais, mais je sens qu'il faut que je le fasse. »

La discussion en resta là. Le silence habituel des Aburame reprit son droit Au milieu d'eux, Anna ne savait pas trop où se mettre, se sentant un peu de trop. C'était bizarre, car l'instant d'avant Shibi Aburame s'était montré un talentueux parleur, lui faisant une démonstration de son savoir et de son intelligence, tout en étant à l'écoute de son interlocutrice, respectant sa parole malgré sa jeunesse. Elle ne s'était pas ennuyée du moment où il était venu saluer sa mère et elle. Cela les avait d'ailleurs beaucoup surprises de le revoir. Aux dernières nouvelles, son adresse avait été en Amazonie. Il crapahutait entre les scolopendres, les mygales et les plantes exotiques. Pourtant, Shino avait eu la surprise de son retour le jour de Noël.

Les ayant aperçues dans la salle, le patriarche des Aburame s'était fait un devoir de renouer avec son amie qu'était Tsume et sa fille. C'était alors engagé une fructueuse conversation entre les trois jusqu'à ce que la matriarche les quitte pour rejoindre Kiba. Celle-ci s'était empressée de retirer l'énième verre de champagne des mains de son fils et de l'empêcher de s'en servir un autre, jugeant qu'il avait déjà assez vu. Au vu de la rougeur de ses joues, et du tangage des jambes de Kiba, Shino était d'ailleurs de son avis. En tout cas, Anna s'était surprise à passer un agréable temps avec Shibi, elle qui, pourtant, n'aimait pas trop discourir avec ses aînés sans sa mère, les trouvant bien trop sérieux à son goût. Enfin, c'était surement parce qu'elle le connaissait depuis sa naissance, étant le meilleur ami de son défunt papa.

Malheureusement, maintenant, l'ambiance était assez gênante à cause de les trouver les deux Aburame muets comme une carpe et elle ne sachant pas trop comment s'en sortir. Visiblement, la relation entre père et fils était assez tendue, comme s'ils ne savaient plus comment communiquer. D'un côté, cela ne devrait étonner Anna. Avec ses voyages incessants au sein des diverses forêts primitives de la planète, le père de Shino avait raté beaucoup de moments importants de son fils. Peut-être que ce dernier lui en voulait-il sans oser le dire, afin de ne pas couper le dernier lien avec le seul parent qui lui restait ? En effet, sa mère était décédée durant la même période que son propre père. Cet événement et ces pertes avaient d'ailleurs renforcé l'amitié entre Shino et Kiba qui avaient partagé la même souffrance. Les deux garçons s'étaient alors soutenus, bien qu'ils n'aient pas vraiment eu la même façon de faire leur deuil. Le jeune Aburame était resté dans un silence inquiétant, alors que son frère avait été plus expressif et avait fait les quatre cent coups, rendant leur mère chèvre.

« - Sinon, vous comptez rester combien de temps parmi nous cette fois », tenta Anna.

Malheureusement, sa tentative fit choux blanc. La tension avait augmenté d'un cran qu'elle s'en maudit. Pourquoi avait-elle encore mis les pieds dans le plat ainsi ? C'était tout elle. Pas de délicatesse pour deux sous. C'était peut-être pour ça que ses relations amoureuses n'avaient jamais dépassé le stade des fiançailles. Trop indépendante sans doute, ou du moins mettant en avant son besoin de ne dépendre de personnes. Enfin, c'était ainsi et ce n'était certaine pas ce constat qui l'empêchera de poursuivre dans la vie. Toutefois, dans le contexte actuel, Anna s'en voulait. Elle venait de remuer le couteau dans la plaie d'un fils qui secrètement désirait autre chose qu'une relation filiale à distance. En effet, Shino n'osait pas regarder son père, sûrement de peur de le foudroyer face à sa réponse ou d'espérer pour rien, d'être de nouveau déçu.

« - Et bien, pour un long moment je l'espère. »

Cette affirmation fut tellement inattendue que le meilleur ami de Kiba fixa à nouveau Shibi. Malgré ses lunettes de soleil, Anna devinait aisément sa surprise, mais surtout qu'il scrutait chaque ride de son visage pour y déceler le moindre mensonge. Et pourtant, pour des étrangers, il aurait paru un homme stoïque. Tout le monde ne parlait pas Aburame couramment.

« - L'institut de recherche qui m'emploie m'a proposé un poste permanent dans un de leurs laboratoires à Konoha. Je partirai bien sûr de temps en temps en missions ou en colloques, mais ce ne sera que pour quelques semaines, et une ou deux fois par an, finit par expliquer Shibi. C'est certes moins payer, mais je suis fatigué de voyager et de m'user la santé ainsi, même si j'adore ce que je fais… Et puis, je ne veux plus rater des moments importants. »

A cette dernière phrase, Aburame senior plongea son regard dans celui de Shino, appuyant chaque mot. Il montrait ainsi qu'il avait compris la détresse sourde de son fils qui était lui aussi épuisé de se confronter à la vie pratiquement seul. Il n'avait rien dit, refusant de se plaindre, mais il en avait souffert pendant assez longtemps pour finir par en vouloir à son père. Pourtant, il le regrettait d'un certain côté de ressentir du ressentiment. Cette dualité de ses émotions avait pourri sa relation avec Shibi. Maintenant, ce dernier espérait que ce ne soit pas trop tard pour se rattraper et lui expliquer que la perte de son épouse l'avait si touché qu'il s'était noyé dans le travail, oubliant presque son devoir paternel. Face à l'intensité qu'il existait entre les deux, Anna sut qu'il était temps pour elle de les laisser et d'aller voir si sa propre mère avait besoin d'elle. Elle s'éclipsa donc en silence et sans les saluer. C'était certes des plus impolis, mais elle ne désirait pas rompre la connexion qui se créait entre le père et le fils.

« - Je sais que mon absence à la cérémonie d'investiture de ta promotion à l'école militaire t'a énormément déçu encore une fois, reprit Shibi, sans prendre conscience du départ de la jeune femme. Je sais aussi que tu es maintenant un adulte et que tu n'as plus forcément besoin de moi. Je ne t'ai pas vu grandir et je le regrette… J'aimerai reprendre notre relation à zéro, Shino. Reprendre un nouveau départ, si tu le veux bien. C'est pourquoi j'ai accepté ce nouveau poste. »

Au début estomaqué par ce qu'il venait d'entendre, le jeune Aburame n'arrivait pas à assimiler ce qu'il venait d'entendre. Alors ainsi, son père faisait un pas vers lui, un pas qu'il espérait depuis des années. C'était maintenant à lui de déterminer si il était trop tard ou non. Son ressentiment sera-t-il plus fort que les liens du sang ? Finalement, sans prendre le temps d'y réfléchir, son instinct prit le dessus. Il se jeta dans les bras de son père qui l'étreignit, comprenant à travers ce geste sa réponse silencieuse. Tout deux désireux de profiter de bon début, ils décidèrent de quitter ce bal du nouvel an. Ils allèrent quand même saluer leurs hôtes pour les remercier de leur invitation, puis les Inuzuka, enfin surtout les dames Inuzuka. Bizarrement, Kiba avait réussi à fuir Tsume en se faufilant dans la foule. Cette dernière espérait juste ne pas le retrouver entrain de cuver son vin dans un coin.

« - Vous partez déjà, monsieur Aburame, Shino ? Demanda Anna. Vous ne voulez pas rester jusqu'aux douze coups de minuit ?

- N'oublie pas que je t'ai pratiquement vu naître. Alors, appelle-moi Shibi, l'invita ce dernier avant de refuser. Cela aurait été avec plaisir mais mon fils et moi avons besoin de nous retrouver.

- Nous comprenons, prit le relais Tsume. Passer une bonne fin de soirée et bonne année. Je m'excuse pour Kiba, mais il est devenu introuvable.

- Ce n'est pas grave. Et bien, bonne année à toutes les deux.

- Merci, remercia Anna avant qu'une idée émergea dans sa tête. Cela vous dirait de venir manger à la maison demain soir pour fêter ce début d'année ?

- Anna, s'offusqua un peu sa mère qui aurait aimé qu'elle lui en parle avant. Cela ne se fait pas d'inviter les gens à la dernière minute.

- Mais maman, se défendit la plus jeune des Inuzuka. Nous n'avons rien de prévu et ce serait l'occasion de rattraper le temps perdu avec un de tes amis depuis longtemps absents.

- C'est effectivement une bonne idée, surtout que nous non plus n'avons rien de prévu, concéda la mère de Kiba après un moment de réflexion. Qu'en penses-tu Shibi ? A moins que ce ne soit encore trop dur après…, enfin tu sais.

- Non, c'est parfait, et puis c'est du passé. Donc, si Shino ne voit pas d'inconvénients, nous serons ravis de venir chez vous dîner. »

Le dit jeune homme hocha juste de la tête, montrant qu'il n'était pas contre cette idée. Il aimait bien se rendre chez son meilleur ami. En plus d'apprécier la bonne cuisine des deux hôtesses, Tsume réagissait comme une mère avec lui, comblant sans le savoir le vide que la disparition de la sienne et les absences de son père avaient créées. Les deux Aburame prirent donc congé. A ce moment-là, Shibi regarda par-dessus son épaule alors qu'il s'éloignait, hasardant un coup d'œil sur Anna. Cette dernière était devenue une charmante et belle jeune femme. Lui qui l'avait connue en couches-culottes s'était surprit à la détailler dès l'instant où il l'avait vue. Elle respirait l'indépendance, et un caractère à ne pas s'y laisser compter. Elle avait eu des répondants tout en restant respectueuse. Elle n'avait eu avec lui que saine conversation, évitant les niaiseries de la jeunesse et faisant preuve de beaucoup de culture pour une femme de son âge. Son vieil ami devait être fier de son aînée de là où il dormait à présent.

A sa place, en tout cas, il aurait aimé avoir une fille telle qu'Anna et se promit de veiller sur elle. Se persuadant de réagir tel un père à son égard, il se concentra à nouveau sur son chemin. Peut-être pouvait-il espérer l'avoir comme belle-fille. Elle serait parfaite pour Shino. De son côté, alors qu'il franchissait le seuil de la salle de bal, le dit jeune homme eut aussi un dernier regard pour ses camarades et plus spécialement Hinata. Cette dernière, bien qu'entourée, semblait comme absence. Il mettrait sa main à couper que sa requête avait été refusée. Il n'était pas loin de la vérité. En effet, la jeune Hyuga n'avait plus eu le goût de rester à faire des courbettes devant des hypocrites et avait demandé à partir. Malheureusement, son père qui était entouré par les anciens avait exigé d'elle qu'elle resta jusqu'à minuit pour faire honneur aux Hyuga. Elle s'était donc résignée en s'éloignant de lui, sans voir la lueur désolée et compatissant, mais surtout fugace dans les pupilles de Hiashi.

Hinata avait donc rejoint ses amis, mais resta la plus part du temps silencieuse, ne faisant qu'écouter les conversations, sous le regard curieux de Sasuke et Sakura. Les deux avaient bien vu que Naruto ne revenait pas du balcon et cela commençait à les inquiéter. Ils ne savaient pas pourquoi, mais un des deux était persuadé qu'elle y était impliquée. Toutefois, aucun n'osa aborder le sujet ainsi entourés. Puis, venant de derrière l'Uchiwa, Iruka fit son apparition. Il se fit connaître de lui et lui fit vite comprendre qu'il désirait lui murmurer une information à l'oreille. Le petit-ami de Juugo se pencha alors vers lui et écouta avec attention. Ce qu'il lui fut rapporté lui fit froncer les sourcils. Se redressant, il fixa avec intensité son ancien instituteur, espérant qu'il lui fasse une blague, mais face à son sérieux, il dut se faire une raison.

Sakura en fut témoin et intriguée, tira un peu sur le bras de Sasuke pour l'éloigner de quelques pas du groupe. Lui parlant en grande confidence, d'une si petite voix qu'il dut encore une fois pencher son oreille pour bien entendre, elle lui demanda ce qui se passait. Ne voyant pas pourquoi il tiendrait le renseignement secret, il lui révéla que Naruto était sorti faire un tour et qu'il rentrerait directement chez lui sans repasser par ici. Iruka venait de recevoir un message le prévenant. Tout comme l'Uchiwa, la rose eut un mouvement de recul, mais surtout le réflexe de poser ses yeux sur Hinata. Espionnant cette réaction, son ami l'interrogea de sorte de n'être entendu que d'elle.

« - Tu crois qu'Hinata a fait quelque chose à Naruto ?

- Pour tout te dire, je ne sais pas, mais mon intuition me dit qu'elle n'est pas forcément étrangère à la situation… En plus, je crois que j'ai entraperçu Naruto se diriger vers le couloir de la sortie, suivie de près par Hinata. D'ailleurs, Ino m'a fait remarquer qu'elle avait laissé en plan son cavalier soudainement, sans aucune explication.

- Cela ne veut pas dire qu'Hinata l'a poussé à partir, vu qu'il semble avoir pris sa décision avant son intervention.

- Sauf si tu prends en compte le fait qu'il a dû la voir danser avec… avec… Mince, comment elle a dit qu'il s'appelait ?

- Toneri Otsutsuki.

- C'est ça… Reconnait qu'elle avait l'air bien proche de lui. Naruto n'a pas dû le supporter et il a quitté les lieux… Donc, pour moi, Hinata est indirectement responsable de son départ.

- Mmm.

- Je suis vraiment triste pour Naruto, se désola Sakura. Je me demande quand elle va arrêter de le faire souffrir. Le voir si abattu me brise le cœur, tu sais. »

Sasuke n'ajouta rien à cela. De un parce qu'il était assez d'accord avec la rose. Voir son meilleur ami aussi perdu était dur. D'un autre côté, il devait reconnaître que ce dernier s'était donné le bâton pour se faire battre. Son refus de le comprendre et de faire un travail sur lui en avait rajouté une couche. De plus, il ne saura dire pourquoi, mais la sensation qu'en ce soir, un tournant venait d'être franchi lui brûlait les entrailles. Il ne savait pas si c'était voir Hinata proche d'un autre homme à l'apparence répondant aux critères des Hyuga ou si ce fut ce potentiel et ultime entrevu. Cependant, il ne pouvait le nier. Le fait que Naruto ait quitté les lieux, retirant ce masque d'imbécile heureux qu'il abordait depuis l'enfance pour donner le change, paraître fort et ne pas inquiéter son entourage, était significatif de son point de vue. Il sortit de ses pensées quand il vit Sakura se détacher pour se rendre vers la sortie.

« - Qu'est-ce que tu comptes faire là ? L'arrêta-t-il en lui prenant le bras.

- Je vais juste aller chez lui pour voir s'il va bien. J'ai le droit. Je reste quand même sa meilleure amie et tu devrais en faire autant.

- Ce n'est pas une bonne idée.

- Mais…

- Sakura, laisse-le. Je connais Naruto… et bien plus que toi, s'empressa de dire Sasuke avant que la rose le contredise. S'il est parti en catimini sans nous prévenir, c'est qu'il veut être seul sans nous entendre le plaindre.

- Mais non, je suis sûre du contraire, insista l'Haruno.

- Ne m'oblige pas à user de la force avec toi Sakura. Ce n'est pas le moment. Tu ne l'aides pas en le collant comme tu le fais depuis quelques temps.

- Serais-tu entrain de m'accuser, de me croire capable de lui pourrir l'existence ?

- Non,…, enfin j'espère.

- Je ne veux que l'aider. Si ma présence le dérange, il n'a qu'à me le dire, s'énerva la rose.

- Ne le prends pas mal, voyons, se défendit l'Uchiwa. Ce que j'essaie de te dire, c'est que Naruto a besoin de rester seul pour faire le point et nous devons le laisser faire. Nous avons déjà suffisamment interférer. Cette situation est entrain de le remettre en question. En d'autres termes,…, il grandit. »

Ca y était. Sans comprendre comment, Sasuke venait de trouver ce qui le perturbait depuis quelques semaines avec son meilleur ami. Après la phase de déni, de colère et de défi, ainsi qu'une phase de désillusion, Naruto venait de rentrer dans l'étape d'acceptation. Il le sentait au plus profond de ses tripes. Son frère était entrain d'accepter la situation. Il ne lui restait plus qu'à y faire face en faisant preuve de maturité et à prendre une décision. Il s'interrogeait sur une seule chose. Qu'est-ce qui allait advenir pour qu'il finisse par y voir plus claire et enfin grandir ? L'Uchiwa espérait également que rien n'irait l'entraver, mais surtout qu'il ne soit pas trop tard. Enfin, pour le moment, il se devait de retenir Sakura, qui frustrée, en croisa les bras, l'air furibond. Elle tenta d'ailleurs durant tout le reste de la soirée à échapper à la vigilance de Sasuke, aidé par un Lee qui n'en avait pas conscience.

En effet, le disciple de Gaï continuait sa mission séduction et se pliait en quatre pour apporter à la rose tout ce dont elle avait besoin, l'écoutant parler et fusillant du regard tous les hommes qui osaient s'approcher d'elle. Tous comprirent bien vite qu'il défendait son territoire, au point que certains le crurent en couple avec elle. D'ailleurs, impressionner qu'un type au physique ne correspondant pas aux critères de beauté masculine puisse être le petit-ami d'une femme aussi belle et sophistiquée, le regard de quelques uns brillait d'admiration. Satisfait, Lee invita plus d'une fois Sakura à danser. Invitations qu'elle accepta bien volontiers, embrasant les espoirs du jeune athlète qui n'en restait pas moins prudent. Au moins, cela changeait de la rose les idées et lui fit oublier pendant le temps de quelques pirouettes son inquiétude pour Naruto. Ainsi, jusqu'aux douze coups de minuit, l'Haruno passa d'agréables moments. Ce fut également le cas pour Saï et Ino dont le père annonçait les fiançailles à qui voulait bien l'entendre.

Shikamaru et Temari, malgré l'exigence de leur rôle d'hôtes, arrivaient à s'amuser et à passer une excellente soirée. Le seul bémol pour le couple était quand la No Sabaku jetait quelques coups d'œil vers Gaara et Matsuri. Cette dernière semblait marcher sur des œufs à chaque fois qu'elle saluait des hommes ou des camarades de promotion, ou encore quand elle se faisait de nouvelles connaissances. Que celles-ci appartiennent à la famille Nara, désirant surement connaître les proches de celle qui allait devenir l'épouse de l'héritier, n'y changeait rien. Elle semblait avoir peur des réactions de Gaara qui la foudroyait du regard, autant que les mecs qui osaient lui faire un baisemain. Serait-il violent avec elle, se questionna Temari.

Secouant la tête pour sortir cette idée qu'elle jugeait absurde, la fiancée de Shikamaru préféra penser que c'était la fatigue qui la faisait délirer. Et puis, Matsuri lui en aurait parlé. Elles se disaient pratiquement tout depuis qu'elle était avec son frère, lui demanda son avis sur certains de ses comportements. Le fils de Suna avait toujours été spécial, affichant un visage colérique ou froid, pouvant effrayer, alors qu'en réalité, il était indifférent à ce qui l'entourait. A tous les coups, le benjamin de la famille était jaloux et le faisait savoir. Il suffira qu'elle conseille à sa future belle-sœur de le rassurer en lui apprenant qu'elle s'était si magnifiquement apprêtée que pour lui et uniquement lui. Une nuit de réconciliation sur l'oreille et c'était reparti pour un tour. Ainsi, malgré ce petit détail, Temari était plutôt de bonne humeur.

Malheureusement, ce ne fut pas le cas pour tout le monde. Comme elle l'avait prédit, Hinata dut subir les assauts de prétendants de bonne famille qui venaient la harceler pour obtenir ses faveurs. Plus d'une fois, elle refusait, aider par Neji qui ne la lâchait pas d'une semelle au grand désarroi de Tenten. D'ailleurs, cette dernière se résolut à passer la soirée dans son coin ou entourée par leurs amis. Elle, qui avait cru que le problème entre les cousins et Naruto était justement ce dernier et son milieu d'origine, commençait à douter qu'en vérité, le souci provenait de son petit-ami. De son côté, Toneri aurait bien volontiers épaulé le cousin, tellement il ne supportait pas voir d'autres hommes près de la Hyuga. Cependant, il préféra garder ses distances pour éviter d'être mis dans le même sac que ces enquiquineurs. Il supposait très bien que la pauvre était fatiguée d'être ainsi sollicitée, alors que tout chez elle appelait au calme et à être loin d'ici. Il l'avait parfaitement saisi tout à l'heure. Ce fut donc compatissant qu'il la laissa tranquille, sous quelques railleries de ses cousins qui comprirent tout de même sa stratégie.

Quand aux autres, Choji et Karui se préoccupaient trop de Chocho, la petite cousine de l'Akimichi, pour profiter de la fête. Le couple l'avait invitée afin de lui changer un peu les idées et qu'elle pensa à autres choses qu'à sa solitude. En effet, de leur petite enquête, ils avaient découvert qu'elle n'avait pas vraiment d'amis et que les seuls qu'elle avait réussi à se faire commençaient à l'ignorer, dont celui qu'elle avait depuis le bac à sable et qui était pourtant son confident. Depuis le début de la soirée, l'adolescente avait à peine touché une assiette, engouffrant verre d'eau sur verre d'eau. Elle avait accepté de se nourrir avec un peu de salades et quelques petits fours aux légumes que sous la menace de Karui. Cela n'empêcha pas cette dernière de la voir partir aux toilettes un instant après avoir mangé une part de gâteau. Ne voulant pas la croire capable de se faire vomir, elle s'était rassurée en ne sentant aucune effluve de régurgitation provenir de sa bouche et en ne voyant aucune tâche sur sa robe.

Ainsi sous cette ambiance bien étrange, mélangeant allégresse, inquiétude, joie et tristesse, arrivèrent les douze coups de minuit et les bénédictions de rigueurs sous un nuage de paillettes et de confetti. Pour Hinata, ce fut le signe d'un soulagement que ses épaules s'affaissèrent d'un coup. Elle réalisa alors qu'elle n'était que tension depuis plusieurs heures. Enfin, elle allait pouvoir se détendre et retrouver le calme qu'était sa solitude. Elle la préférait et l'appelait de ses prières plutôt que de continuer à faire des ronds de jambes à des hypocrites. Elles adoraient ses amis, mais elle désirait retrouver la sérénité de sa chambre. Les saluant et plus chaudement Sasuke à qui elle transmit ses vœux pour Naruto, elle revint vers son père, afin qu'il puisse honorer la part du contrat qu'ils avaient passé tantôt. Hiashi ne put d'ailleurs que s'y résoudre. Appelant Hanabi, il ordonna leur départ. La cadette en fut déçue et demanda à rester un peu plus longtemps. Une discussion houleuse s'en suivit entre père et fille durant la quelle l'aînée n'en ressentit que culpabilité. Elle allait alors céder à sa sœur que Konohamaru se proposa de ramener sa petite-amie à bon bord à une heure décidée par lui. Face à cette solution, et aux yeux brillant de reconnaissance d'Hanabi, Hiashi accepta. Ce fut donc accompagné seulement d'Hinata qu'il regagna sa demeure.

D'ailleurs, durant le trajet, celle-ci ne cessait de ressasser d'innombrables pensées, mais aussi de la jalousie à l'encontre de sa sœur. Elle n'arrivait pas à s'empêcher de se dire que si cette situation s'était produite avec Naruto et elle, les choses ne se seraient pas déroulées ainsi. Jamais son père n'aurait accepté qu'elle resta jusqu'à très tard sans un chaperon pour les surveiller, et plus particulièrement lui-même. Se pourrait-il qu'il ait donné son accord parce qu'il savait les Sarutobi présents ? Dans le cas de Naruto, le sachant orphelin, il n'aurait pas eu confiance ? Elle se rappelait trop bien comment son père exigeait savoir où, quand et avec qui elle se trouvait. Oh, il faisait de même avec Hanabi, mais il était plus laxiste, ne voyant aucun inconvénient à la savoir seule avec Konohamaru. N'était-ce pas lui qui avait demandé à Neji d'être constamment sur son dos ? Hinata en était persuadée et son cousin ne l'avait pas démenti non plus. Elle avait le sentiment qu'il y avait deux poids de mesure entre sa cadette et elle, qu'elles ne vivaient pas avec le même traitement.

Enfin, pour le moment, elle espérait qu'une seule chose, prendre un bain chaud et se réfugier sous sa couette. Quand son premier vœu fut exaucé, détendue enfin par l'eau chaude, elle se surprit à ne pas prendre tout de suite le chemin de Morphée. Au lieu de fermer ses volets, elle s'était accoudée au rebord de sa fenêtre à contempler les étoiles et une magnifique pleine lune. Elle laissa alors la nuit l'englober et le vent emmené dans le ciel ses pensées. Des pensées remplies d'image de cheveux couleur d'or et d'iris azur brillant au-dessus d'un sourire éclatant destiné qu'à elle. Des pensées qui voyagèrent sur le dos d'un courant d'air jusqu'à une fenêtre qui s'ouvrit. De son glacial souffle, il sortit de ses cauchemars un prince endormi.

Se réveillant en sursaut, ce triste sire se retrouva assis sur son lit avec une telle brusquerie que la tête lui tourna. Sa respiration en était rapide et saccadée. Se passant une main sur le visage dans l'espoir de soulager son mal, il s'appuya sur un de ses genoux repliés, le haut de son corps ramassé sur lui-même. Il était si éprouvé qu'il ne réalisa pas encore l'air glacial qui s'engouffrait dans la pièce, et cela malgré son torse nu et ce janvier froid. Voulant sortir de cet état d'angoisse, il fit virevolter sa couette et se leva pour se rendre dans sa salle de bain. Allumant le robinet d'eau, il s'en aspergea sur le visage qu'il frotta doucement avant de s'appuyer sur le rebord du lavabo, la tête baissée. Après quelques secondes à reprendre une respiration normale, il releva enfin son visage et tomba sur le reflet dans le miroir.

Bon dieu qu'il avait mauvaise mine avec ses cheveux d'or en bataille ! Il avait l'impression qu'un bombardement intensif avait eu lieu sur son crâne. En plus, ses mèches étaient trempées de sueur. Des cernes énormes dessinaient le dessous de ses yeux. Pourtant, Naruto s'était couché dès qu'il était rentré chez lui. Bon, pour dire la vérité, il avait vidé quelques verres de whisky dans un bar rempli d'habitués qui y fêtaient la nouvelle année. Pourtant, malgré quelques soulards qui avaient tenté de l'entraîner dans l'ambiance, il y était resté complètement étranger. Il avait eu l'impression d'être dans une bulle où tout le reste lui avait paru flou. Tout le monde s'agitait sans qu'il y prête une attention. Il avait réfléchi aux paroles d'Hinata, mais pas seulement. Tous les événements et les paroles de son entourage étaient rentrés en résonnance, telle une musique chaotique avant que tout se mélangea. Quand il avait voulu se prendre un énième verre, sa main avait tremblé. Il avait réalisé alors sa tête lourde et qu'il n'avait pas eu les idées très claires. Prenant conscience d'avoir atteint sa limite, il avait payé et était parti vers son domicile.

Maintenant qu'il était en face de son image, Naruto comprit qu'il n'aurait jamais dû se les enfiler, ses verres. Son sommeil avait été des plus agités, bougeant dans tous les sens, se battant contre un ennemi invisible. Il avait cauchemardé dès l'instant où il avait fermé les yeux. Il avait revu du sang. Du sang qui glissait sur une peau laiteuse et à l'apparence si douce qu'aucune meurtrissure n'aurait jamais dû y laisser des traces. Il avait assisté avec horreur à une séance de torture. Accrochée à une croix par des cordes rêches qui la blessait, Hinata se faisait flageller au fouet par une créature cauchemardesque dont la forme lui était incertaine et floue, à part les yeux. Ceux-ci avaient été étrangement verts. Quand à lui, cloué au sol par une ombre qui lui avait emprisonné les jambes, et les poignets par des chaînes, il avait été impuissant, alors que ses oreilles furent attaquées par les hurlements de souffrance de la pauvre victime. Cette dernière l'avait prié de venir à son aide, mais ce fut impossible. Il avait eu beau tendre tous ses muscles pour se libérer, ses entraves s'étaient serrées encore plus. Il n'avait pu que crier, et supplier que cela s'arrête.

Puis, le bourreau s'était tourné vers lui et s'était avancé en sa direction. A quelques mètres de lui, avec ses griffes, il s'était arraché la peau de son visage, révélant alors trois cicatrices sur chaque joue, des yeux bleus azurs et quelques mèches blondes. Un sourire et un rire avaient déformé ce tableau. Naruto en avait eu le souffle coupé. Alors c'était lui. C'était lui-même qui avait affligé chaque coup, se rendant responsable de chaque goutte de sang versée par Hinata. La bile lui était alors montée, menaçant de sortir violemment. A ce moment précis, la créature avait enfoncé une main dans son torse. Ce fut avec horreur que Naruto avait vu son cœur s'y faire arracher. Le choc fut telle qu'il s'était réveillé, retenant un cri dans la gorge.

Dans sa salle de bain, Naruto essayait de reprendre ses esprits et de faire fuir ce mauvais songe. Malheureusement, ce n'était pas la première fois qu'il le faisait. Depuis la rupture, il était devenu récurent, bien que le scénario différait quelque peu. Pourquoi le maître de son cauchemar avait-il des yeux verts, des yeux qui lui semblaient si familiers avant de devenir les siens ? Etait-ce la représentation de ce qu'il avait fait à Hinata ? Etait-il donc le responsable de toutes ses souffrances ? Ou était-ce juste des coïncidences ? Perdu, le jeune homme resta un moment dans la même position avant de se décider à rejoindre sa chambre. Quand il y refit son entrée, un frisson le prit. Tournant le regard vers la fenêtre, il la vit ouverte et comprit instantanément pourquoi d'un coup l'air glacial le piquait autant. Encore une fois, il avait oublié de fermer les volets. Il se dirigea vers la vitre et s'empressa de remédier à cela. Toutefois, alors qu'il était les mains sur le système de fermeture, il se surprit à plonger ses yeux dans la contemplation de la lune sans savoir que la jeune femme de son cœur en faisait de même à la seconde.

Cette vision remplit Naruto de mélancolie qu'il en eut un léger sourire. Un certain apaisement l'emplit, faisant fuir les angoisses nées de son cauchemar. Il chassa toutes les questions qu'il se posait sur sa signification. Son cœur s'allégea. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas ressenti cela. D'ailleurs, c'était assez bizarre, car depuis qu'Hinata lui avait avoué la réalité de ses sentiments, il se sentait comme apaisé. La colère, et la frustration avaient visiblement cédé leur place. Alors pourquoi un tel songe ? Encore une fois, il n'y comprenait rien. Comme quoi, la voix de l'inconscient était vraiment impénétrable. Enfin, tout ce qui comptait, c'était ce spectacle. La reine des étoiles lui donnait l'impression qu'il venait de cheminer sur un chemin important. Il espérait juste que cela annonçait de bonnes perspectives. Reprenant sa besogne et l'achevant, il se retourna vers son matelas. S'y allongeant à nouveau, l'Uzumaki retrouva assez rapidement le sommeil et dormit paisiblement.

Le lendemain, contrairement à ce qu'il pensait, le blond se réveilla frais et reposé. Cela lui faisait du bien. Trainant quand même des pieds, la main se grattant le ventre dans un geste nonchalant, il se trouva bien vite dans les couloirs de sa maison. Arrivé dans la cuisine, il y croisa Iruka, ainsi que Jiraya. Les deux partageaient un café pendant que leurs compagnes faisaient plus amples connaissance dans le salon. Visiblement Sasuke et Juugo dormaient encore. Naruto jeta alors un œil sur l'horloge murale. Cette dernière affichait dix heures. Le jeune homme en pouffa, amusé. C'était bien la première fois qu'il se levait avant midi après une sortie d'une fête. Le voir sortir du lit à cette heure devait certainement expliquer pourquoi son père adoptif et son parrain le regardaient aussi bizarrement et semblaient retenir leur souffle. D'ailleurs, ils avaient à peine répondu à sa salutation.

Se servant une grande tasse de cet or noir qui chauffait dans la cafetière, il s'installa en face des deux hommes qui le suivaient des yeux, sans pour autant ouvrir la bouche. Un silence s'installa, juste perturbé par le bruit des couverts et des gorgées englouties. Arrachant un morceau de la brioche fraîchement achetée à la boulangerie du coin, Naruto se demandait ce qui se passait et pourquoi l'ambiance était si lourde. Qu'est-ce qui se passait dans la tête de ses voisins de table ? Leur face respirait tellement l'inquiétude. C'était même à la limite de la compassion chez Iruka.

« - Je peux savoir ce qui se passe au juste, questionna-t-il avant de donner un bon coup de dents dans la miche. Vous avez une de ces têtes. On dirait que quelqu'un est mort. La soirée s'est si mal terminer que ça ?

-Naruto, je te l'ai déjà dit. On ne parle pas la bouche pleine, lui fit remarquer son père adoptif. On n'a rien compris.

- Désolé, mais n'essaie pas de changer de sujet, car je sais que tu as très bien entendu. »

L'Umino regarda Jiraya comme pour lui demander ce qu'il devait faire. Un conflit silencieux entre les deux se déroula devant le plus jeune d'entre eux, comme s'ils avaient deux opinions différentes. Cela devait vraiment être grave. Bien qu'inquiet, Naruto n'insista pas, haussant des épaules. Il continua à manger son petit-déjeuner quand il vit le journal du jour sur la table. Bien qu'il fût à l'envers et quelque peu éloigné de sa position, la photo sur la une l'interpella. Au début, il n'en fit pas grand cas, mais quelque chose le poussait à y jeter des coups d'œil. Les personnes dessus lui paraissaient familières. Il se concentra dessus et faillit réussir à les identifier quand une chose étrange se passa. En effet, Iruka glissa le journal sous son bras en espérant ne pas être vu. Malheureusement, c'était tout le contraire. Le blond ne savait pas si c'était parce que son tuteur avait espionné son manège ou si c'était une pure coïncidence, mais il en fronça les sourcils. Cela confirma qu'il se passait vraiment un quelconque événement qui le poussait à agir ainsi. Bien que la rage fût à sa porte, il préféra jouer au plus subtil.

« - Iruka, tu n'aurais pas vu le journal ? D'habitude, je te retrouve derrière quand tu bois ton café du matin ou il est sur la table, fit-il remarquer en faisant mine de chercher le quotidien.

- Pourquoi tu le veux ? Tu n'y es pas très friand.

- Peut-être, mais j'ai envi de me tenir au courant de l'actualité. Je ne peux plus me maintenir dans l'ignorance de notre monde.

- Je… Je ne l'ai pas acheté ce matin.

- Ah. Dommage, » affirma faussement déçu Naruto.

Malgré sa réponse calme, ce dernier avait un peu de mal à se contenir. Alors comme ça, Iruka lui mentait. D'ailleurs, Jiraya était entrain de foudroyer du regard l'Umino qui n'en menait pas large. Cela se voyait comment il n'osait pas les affronter. Visiblement, le sexologue n'était pas d'accord avec ce qui se passait à l'instant T. Le silence se fit encore plus lourd quand Sasuke fit son entrée dans la pièce, arrêtant son meilleur ami dans son intention de dire ce qu'il pensait de leur mensonge. L'Uchiwa se servit à son tour du café. En voyant le journal dépasser du bord de la table, de dessous du bras de son ancien instituteur, il tendit la main dans sa direction.

« - Tu permets Iruka. J'aimerai lire le journal. »

Avant même que ce dernier réagisse, ce dernier lui fut arracher. Iruka se tendit à l'extrême, alors qu'il voyait ces fichus morceaux de papier l'abandonner dans un ralenti interminable. Punaise, qu'est-ce qu'il avait fait ? Dans la plus grande appréhension, il tourna le visage vers Naruto. La tension de ses muscles était si extrême que son cou donnait l'impression de craquer à chaque centimètre parcouru. Il savait… Oui, il savait qu'il allait à la confrontation s'il continuait, mais il le fit. Et ce qu'il craignait arriva. Devant lui se dressa une aura sombre, mais surtout un regard des plus glaciaux. Si les azurs avaient pu le foudroyer sur place, il serait mort à la seconde. L'Uzumaki était au-delà de la colère. Encore une fois, un des membres les plus proches de lui le prenait pour un gamin à qui aucune confiance n'était accordée. Encore une fois, il était victime de mensonges. En spectateur, un frisson de peur lui parcourant l'échine, Sasuke prit alors conscience de la tension. Il en oublia jusqu'au journal qu'il lâcha et qui tomba au sol.

« - Qu'est-ce qui passe ? Demanda-t-il.

- Tu veux savoir ce qui se passe, Sasuke, répondit par une question Naruto d'un ton sec et froid. Tu veux vraiment savoir ?

- Naruto, je…, tenta l'Umino.

- Il se passe qu'on m'a encore pris pour un con. Voilà ce qui se passe ! Se leva le blond. Et qu'on me ment qui plus est. »

Le jeune élève officier se dirigea sans d'autres explications vers le quotidien toujours au sol. Quand il pensait que c'était juste pour quelques feuilles de papier, il enrageait. Se baissant, il les ramassa tout en fusillant toujours son père adoptif, mais aussi Jiraya. Ce dernier n'en menait pas large non plus, mais pas pour les mêmes raisons. Il n'avait pas été d'accord avec le choix d'Iruka de dissimuler ce qu'ils avaient découvert. Il s'en voulait de ne pas avoir réussi à le dissuader ou d'être intervenu. Malheureusement, ce n'était pas lui le tuteur légal du jeune homme, bien que maintenant majeur, c'était à lui de prendre ses propres décisions, appuyées par les conseils des anciens. Toutefois,…

« - Naruto, sache que les intentions d'Iruka étaient de te préserver.

-Me préserver, questionna l'Uzumaki d'une voix ironique. Et de quoi ? »

D'un mouvement de défi, il fixa la une du journal. Ses yeux s'écarquillèrent à la vision de la photographie. Là, devant ses pupilles, se trouvait Hinata valsant avec ce bellâtre de Toneri. Au dessus, un petit médaillon de lui entrain de partir, la tête baissée entre les épaules, y était imprimé. Quand il lut le titre, son teint en devint pâle. En gros caractères, les mots « Un nouveau fiancé pour l'héritière la plus convoitée ? » couronnaient le tout. En dessous, « Naruto Uzumaki évincé pour un meilleur parti » continuait à le narguer. Tremblant quelque peu devant le regard désolé de ses compagnons, les doigts de Naruto froissèrent le papier. Pourtant, il n'arrivait pas à se détacher de sa lecture. Etait-ce la sidération de voir sa vie privée mise au pilori du public ? Etait-ce une force inconnue qui le maintenait ainsi à tout lire. Il l'ignorait, mais c'était un fait. Ce fut donc horrifié qu'il laisse chaque ligne rentrer dans son esprit.

Ses origines, celles de ses parents, sa famille adoptive, ses anciens actes de violence, tout y était déballé. A côté, le curriculum vitae de son rival était celui d'un ange descendu du ciel. Il avait suivi un cursus scolaire irréprochable et poursuivait dans des études de renom. Tout semblait lui sourire, en plus de sortir d'une famille renommée et pouvant s'enhardir de faire parti du CAC 40. Tout, oui, tout chez lui soufflait qu'il serait un homme digne d'Hinata et de son statut, bien plus que lui. Cet article louait le magnifique couple qu'elle formait avec ce Toneri. Lui, il était traité en désuétude, en homme ayant fui la queue entre les jambes face au spectacle de son ex s'ayant trouvé un autre fiancé. Le fait que personne ne l'ait vu revenir dans la salle de bal l'avait condamné. Pourtant, ce n'était pas cela qui l'avait poussé à partir. Il n'avait pas vu l'utilité de sa présence.

Ce qui finit par le désarçonner fut la lecture des dernières lignes. Y figuraient les dernières paroles d'Hinata lors de leur dernier entretien, la révélation de ses sentiments à son égard. Oui, ces mots, ces fameux mots qui avaient autant été une délivrance qu'une énigme. Des mots qui avaient brillé d'un espoir d'une amitié retrouvée. Ces paroles qui lui avaient appris douloureusement qu'elle avait perdu les sentiments qu'elle lui avait porté depuis si longtemps. Tout dansait sous ses yeux à chaque ligne. Comment se demanda Naruto. Une seule explication lui arriva à l'esprit. Quelqu'un les avait entendus, ou plutôt espionnés, leur conversation. Un paparazzi ? L'espion des anciens ? Ou bien un des invités des Nara qui aurait vendu l'information à la rédaction ? Toutes ces hypothèses étaient plus que plausible, et même envisageables. L'Uzumaki était à là, à se torturer l'esprit que ses épaules s'abaissèrent, comme résigné.

En effet, à quoi bon se faire du mal à comprendre d'où provenaient les renseignements. Cela n'avait pas d'importance d'en connaître l'origine. L'effet était le même. Le monde entier était maintenant au courant qu'Hinata se trouvait de nouveau sur le marché des célibataires, mais surtout qu'il n'était visiblement pas un homme digne d'elle s'il se fiait à ce qu'il lisait. Ressentant un frisson le parcourir, il sortit de son mutisme et vit ses compagnons le regarder en retenant son souffle. Ils devaient certainement craindre un nouveau coup de folie de sa part. Sasuke avait tendu tout ses muscles, prêt à se jeter sur lui pour le maîtriser, à ce qu'il pouvait observer. D'un geste brusque qui n'annonçait rien de bon pour son entourage, le blond posa le journal sur la table, la faisant trembler. Il resta ainsi, appuyé sur la planche de bois, sans prononcer un mot, le temps se suspendant dans une tension palpable. Soudain Naruto se releva faisant sursaute Iruka sous les yeux inquiets de Jiraya. Ce dernier vit son filleul faire volte face et se diriger vers la porte.

« - Ca va aller ? demanda-t-il alors qu'il entendit le loquet s'actionner.

-Je… je ne sais pas pour être honnête, lui répondit l'Uzumaki en arrêtant son mouvement, la main toujours sur la poignée. J'ai besoin de prendre l'air.

- Naruto, je ne voulais que…, commença par se justifier Iruka.

- Je sais, l'interrompit son fils adoptif. Cependant, si tu veux que j'agisse en adulte, il faudrait déjà que tu arrêtes de me traiter en gamin… J'aurai encaissé. »

Sa remarque faite, sans attendre la réaction de son tuteur, Naruto sortit pour se diriger dans sa chambre. Sans prendre le temps de prendre une douche, il s'habilla et partit en moto aussi rapidement que possible. Le claquement de la porte d'accès au garage résonna dans toute la demeure. A ce signal, ses compagnons se regardèrent d'un air compatissant et inquiet, Sasuke levant ses yeux de la une du journal. Ce dernier resta silencieux, souhaitant bon courage à son frère de cœur. Au moins, cette fois, ce dernier avait su gérer et ne pas succomber à la colère.

Pendant ce temps, dans une autre maison, une jeune femme se trouvait debout devant un imposant bureau en bois massif. Devant elle, se dressait une silhouette masculine massive et auréolée d'une autorité implacable. Debout, les mains dans le dos, l'homme se perdait dans la contemplation de l'immense jardin qui voyait au travers de la fenêtre. Conscient de la présence de son invitée, il ne daigna pourtant pas lui accorder un seul regard ou à ouvrir la bouche. Il s'obstinait à garder le silence, faisant augmenter le stress déjà bien présent chez la demoiselle. Ne le supportant plus, celle-ci fut la première à rompre le statu quo, perdant ainsi le duel instauré inconsciemment par le propriétaire des lieux.

« - Vous m'avez demandée, père.

-En effet, lui répondit ce dernier, en se retournant et en fouillant un instant sur sa table de travail. Peux-tu m'expliquer ceci, Hinata ? »

Hiashi lui jeta presque sous les yeux le journal du jour. Baissant les siens dessus, ce fut maintenant au tour de sa fille de lire la une. Ecarquillant les yeux, la Hyuga en fut horrifiée. Comment osait-il s'en prendre à Naruto et à leur relation ? Cela ne les regardait pas. Encore une fois, elle regrettait d'être née dans une famille riche et prestigieuse. Elle aurait tant préféré voir le jour dans une vie plus modeste.

« - Je…

- Puis-je savoir pourquoi je dois apprendre la rupture de ma fille aînée au travers du journal ?

- Père, je…

- Et pour couronner le tout, tu te serais fiancée à cet Ostutsuki.

- Non, bien sûr que non, le contredit Hinata, toute penaude d'avoir gardé son père dans l'ignorance.

- Ce n'est pas ce qu'avance ce journaliste, se mit presque en colère Hiashi.

- Je vous assure que ce n'est pas vrai.

- Tout n'est que mensonge alors ? »

Hinata ne sut pas trop comment répondre à cette question qui sonnait comme une provocation. Elle aurait tant voulu que les circonstances des révélations soient différentes. Finalement, elle aurait peut-être dû dire à son père pour Naruto et elle. Elle ignorait bien pourquoi elle avait gardé le silence. Par peur ? Mais de quoi ? De le décevoir ? C'était une possibilité. Maintenant, elle ne pouvait plus reculer. Elle allait enfin tout révéler que la porte du bureau s'ouvrit pour laisser entrer un trio d'anciens, donc le grand-père d'Halya. Reconnaissant les plus radicaux du conseil, le chef de famille délaissa Hinata et hésita à lui balancer sa façon de penser à les interrompre ainsi.

« - Voyons Hiashi, pourquoi donc réprimandez-vous notre chère héritière ? Elle qui a enfin fait un choix des plus prometteurs pour notre famille.

- Vous croyez donc à ce chiffon.

- Non, bien sûr que non. Jamais votre fille ne se serait fiancée sans votre accord. Par contre, pour la rupture, il me semble que s'est fortement probable, vu l'absence de cet Uzumaki au bal du nouvel an. Il ne faut pas être Einstein pour le comprendre… Et j'avoue que j'en félicite Hinata d'une telle décision. Il était bien trop différent de notre milieu… Si ses parents avaient survécu, peut-être que…, mais il faut reconnaître que ce Toneri Otsutsuki représente un meilleur parti. J'ai appris qu'il possède un sens inné pour les affaires en plus d'être des plus convoités. Son avenir paraît plus que radieux. Une alliance entre les deux entreprises au travers d'un mariage serait très avantageuse.

- Nous n'en sommes pas là, » calma Hiashi, l'enthousiasme du chef des anciens le tapant un peu sur les nerfs.

De son côté, Hinata ne savait plus où se mettre. Chaque mot du grand-père d'Halya lui faisait mal. L'entendre s'attaquer à Naruto ne lui plaisait pas du tout. Il avait des défauts, mais il n'était pas un être inférieur à sa famille. Elle aurait tant voulu le leur balancer à la figure, mais le courage lui manqua.

« - C'est certain, reconnut l'ancien. Toutefois, nous encourageons Hinata à poursuivre dans cette voie. Vous pouvez être fier d'elle, Hiashi. »

Ce dernier n'ajouta rien face à ces mots, au grand désespoir de sa fille. Celle-ci avait espéré qu'il l'a défende ou qu'il affirme l'avoir toujours été, mais rien ne vint. L'avait-elle donc déçu ? Devait-elle écouter cette adjonction ? L'impression de ne pas être maîtresse de son destin, d'être à la merci des ambitions des autres lui broyait les entrailles. Que devait-elle faire ? Se rebeller, quitte à décevoir les espérances d'un père exigeant, qui n'avait vécu que pour le prestige de leur famille ? Ou tout faire pour le satisfaire ? Si elle se résignait à cela, en cueillerait-elle les lauriers qu'elle espérait ou serait-ce en vain ? Ce qu'elle ignorait, c'était que Hiashi n'appréciait pas du tout que ces trois anciens lui dictent ce qu'il devait faire ou penser. Il ne disait rien, pas parce qu'il était d'accord, mais parce qu'il s'était réfugié dans le silence pour garder tout son sang-froid. Pensant avoir fait leur effet, les visiteurs prirent congé, se félicitant de leur action. Quand ils furent partis, Hinata se retrouva une nouvelle seule face à la froideur incarnée. Sachant très bien ce qui était attendu d'elle, elle reprit là où elle en était.

« - Non, tout n'est pas que des mensonges… J'ai effectivement rompu avec Naruto, mais en ce qui concerne ce Toneri Otsutsuki, ce n'est que récemment que j'ai fait sa connaissance. Nous ne sommes même pas amis.

- Alors pourquoi avoir accepté de danser autant avec lui, toi qui fuyaient tous ces jeunes hommes de bonne famille ? Cela ne te ressemble pas du tout.

- Et bien…, je lui devais une faveur.

- Puis-je donc connaître la manière dont tu as croisé l'héritier de cette famille concurrente et pourquoi tu lui étais si redevable ? Questionna Hiashi en s'asseyant. Mais je te préviens, je veux tout savoir. Plus de mensonges ou de faux semblants. »

A cet avertissement qui lui promettait de vifs reproches s'il découvrait qu'elle avait encore gardé des informations, Hinata s'exécuta et lui raconta toute l'histoire. Tout fut donc révélé au chef de famille. Quand ce dernier apprit le comportement de Kiba, il perdit son calme légendaire et se leva en tapant du poing sur la table.

« - Comment ? Qu'a essayé de faire ce garçon ? Quel honte pour lui et sa famille ! Je vais immédiatement contacter monsieur Haruno. C'est notre meilleur avocat et nous allons porter plainte.

-Non père, je vous en prie, s'empressa de défendre son aînée.

- Et pourquoi donc ?

- C'est mon meilleur ami et…

- Un ami qui t'a agressée Hinata ! Je te le rappelle. En termes d'agression, il n'y a pas d'amitié qui tienne. Cela ne représente en aucune manière une excuse ou une raison de pardon. Il peut très bien recommencer s'il pense bénéficier d'une certaine immunité à cause de votre lien.

- Père, il regrette ce qu'il a fait et m'a promis de ne pas recommencer… Je veux lui donner une dernière chance… Je sais que vous ne souhaitez que mon bien et me protéger, mais je suis majeure et l'agressée. C'est donc à moi de décider pour le dépôt de plainte… et je ne le souhaite pas. »

Le père et la fille restèrent silencieux. Ils se défiaient du regard, à attendre que l'autre se soumette, mais étrangement, la jeune femme tint bon et ne baissa pas les yeux. Face à cette détermination qu'il avait un peu de mal à s'expliquer face aux circonstances, Hiashi se rassit et, s'appuyant sur ses coudes, croisa les doigts devant lui, plongé dans une profonde réflexion.

« - Et quand est-il de Naruto ?

- Comment ça ?

- Tu es prête à donner une chance à Kiba, mais qu'en est-il de Naruto ? Ne trouve donc pas que tu fais deux poids, deux mesures ?

- Ce n'est pas… Ce n'est pas vraiment la même chose. Je souhaite garder une amitié aussi avec lui, mais en ce qui concerne une relation amoureuse, c'est impossible.

- Et puis-je savoir pourquoi ? Lui semble penser que le contraire. »

Cette question étonna grandement Hinata. De plus, son père était comme pendu à ses lèvres. Hiashi était concentré sur chaque parole de sa fille. Son attitude était d'ailleurs assez étrange. Il donnait l'impression d'anticiper ce qu'elle allait dire. C'était comme s'il attendait d'entendre enfin ce qu'il savait déjà de sa bouche, confirmant ses renseignements. Ses derniers mots la poussaient à le croire grandement. Toutefois, elle ne sut pas quoi dire, quoi avouer. Cela impliquerait qu'elle lui révèle son semi-emménagement chez Naruto, mais surtout que cela avait été très difficile de garder ses convictions intactes, qu'elle avait bien souvent failli céder à la tentation, que ce qui l'avait retenue, fût la brusquerie de son ex. Se serait-il montré plus amoureux, plus doux et attentionné qu'elle se serait peut-être laissée entraînée dans la volupté ? Parfois, elle se posait la question. Pour le moment, non, elle ne voulait pas devoir faire ce genre de confidence à Hiashi. Elle avait peur.

Oui, peur de dire la vérité à son père, de réveiller la foudre et d'en être la victime. Elle se voyait déjà dénigrer, renier et abandonner au bas de la porte, avec quelques valises à ses pieds. Si cela arrivait, où allait-elle trouver refuge ? Pas chez Naruto. Ce serait lui donner de l'espoir pour rien. Chez Kiba ? Ce serait trop tôt après ce qu'il lui avait fait, bien que Tsume soit comme une mère pour elle. Chez Shino ? Son père venait à peine de réaménager pour longtemps à leur domicile familial. Elle n'allait pas entacher ces retrouvaille entre un père et son fils à cause de ses déboires. Chez une de ses amies ? Elle ne désirait pas s'imposer et ainsi les entraîner dans ses problèmes. Sans moyens pour survivre, elle ne serait qu'un boulet. Oh, elle pourrait toujours trouver du travail, mais en attendant, que pourrait-elle faire ? Face à ce silence, Hiashi soupira tout en se relevant. Il se dirigea de nouveau vers la fenêtre avant de reprendre la parole.

« - En fait, je sais très bien pourquoi tu as rompu avec Naruto.

-Co… Comment ? S'étonna Hinata, en écarquillant les yeux et en craignant le pire. Vous nous avez fait espionner ?!

- Non, affirma son père. L'idée ne me serait pas venue à l'esprit, bien que ce soit du genre de certains anciens… Non, je t'ai entendue le dire à Hanabi. »

Cette révélation soulagea la jeune femme qui, profitant de ne pas être vue, expira l'air qu'elle avait retenu dans ses poumons tellement elle était stressée. Alors, il ne savait pas tout. Un poids venait de la quitter. Quand soudain, elle se demandait à quoi rimait cet entretien.

« - Hinata, je suis donc au courant de certains déboires que tu as rencontré avec Naruto.

-…

- Et je dois dire que je comprends que tu ais pris cette décision, s'il ne te rendait pas heureuse et qu'il ne correspondait pas à ce que tu pensais. Tes doutes ont entaché ta confiance en lui et sans confiance, pas d'avenir. Tu as bien fait. Toutefois,…, j'aurai aimé l'apprendre de toi et non d'un journal, dans la rubrique potin. Tu as manqué de courage, ma fille. »

Voilà, c'était dit. Encore une fois, Hinata se prenait en pleine figure sa lâcheté. Ces simples mots ont eu le don d'effacer ce qu'elle aurait pu prendre pour des compliments. Ils raisonnaient beaucoup trop dans sa tête pour qu'elle prête une oreille attentive à toute autre chose. D'un coup, la jeune femme eut très froid et la nausée. Frissonnante, elle se frotta ses avant-bras dans l'espoir de se réchauffer. Ce fut donc ainsi que Hiashi la retrouva quand il la dévisagea à nouveau. Inquiet qu'elle soit tombée malade la veille, et se rappelant sa fragilité au niveau de ses poumons, il écourta leur entretien et l'invita à regagner sa chambre. Sa fille ne se fit pas prier et sortit du bureau, l'âme en peine.