Mot du jour : Montagne


Tino et Berwald marchent en silence dans la nuit glaciale. Leurs respirations régulières forment une buée visible sous le clair de lune. Aucune lumière autre que l'astre nocturne et les étoiles n'éclaire l'étendue glacée dans laquelle les deux nations avancent.

C'est une tradition informulée pour le couple. Chaque année, ils profitent du mois de décembre pour faire une randonnée dans les alpes scandinaves, sur un trajet qui part du nord de la Suède pour finir en Finlande.

Pendant quelques jours, les deux nordiques se retrouvent, seuls, dans l'immensité froide et immaculée des montagnes. Sans autre bruit que la faune naturelle, le crissement de leurs pas dans la neige, et le vent qui siffle entre les crêtes. Sans autre lumière que celle de la lune, d'un feu de camp ou d'une aurore boréale.

Un instant d'intimité, un instant pendant lequel le lien qui les unit surpasse les mots et les gestes. Quelques jours pendant lesquels Berwald et Tino se rapprochent de la part d'eux-même la plus brute, la plus proche d'une nature où hostilité et beauté sont étroitement entremêlées.

Alors qu'ils arrivent au sommet d'un col, ils observent le paysage qui les entoure. La pâleur immaculée de la neige est rehaussée par la lumière opaline qui descend du ciel. La noirceur de ce dernier est adoucie par la blancheur de l'environnement hivernal, et transforme le paysage avec des nuances de bleu sombre.

Quelques minutes plus tard, des lumières vertes commencent à zébrer le ciel dans un spectacle à la pureté sauvage. L'un comme l'autre savent que la magie d'une aurore boréale ne se raconte pas, mais se vit. En silence, ils observent le déchainement des rayons arctiques.

Lentement, alors que les lumières déchirent toujours le ciel, leurs regards se croisent.

Berwald voit les cheveux blond devenir presque argentés sous le ciel, et quelques mèches voler sous l'effet du vent. Les yeux de Tino brillent, comme à chaque fois qu'il observe ce spectacle unique. Le sourire du finlandais n'est pas aussi brillant ou étendu qu'il peut l'être, mais il reflète ses émotions mieux que les mots ne pourraient les décrire. Le suédois observe celui qui partage sa vie depuis si longtemps, la force cachée derrière la fragilité apparente, la détermination dissimulée sous la gentillesse, et sait qu'il n'a jamais rien vu d'aussi beau.

Tino remarque la posture droite et fière de son compagnon. Sa bouche n'est qu'une fine ligne, son visage est inexpressif, et pourtant il peut lire chaque émotion, presque chaque pensée qui traverse l'esprit du grand blond. Pour lui, ce visage et ces yeux sont autant de livres ouverts, que ce soit dans une salle de réunion surchauffé ou au sommet d'une montagne reculée. Le finlandais voit la fragilité cachée derrière la force, et la gentillesse dissimulée par la détermination, et sait qu'il n'a jamais rien vu d'aussi beau.

Doucement, pour ne pas briser la magie de l'instant, ils se rapprochent l'un de l'autre. Leurs mains se joignent, et Berwald se penche jusqu'à ce que leurs front se touchent. Ils ferment les yeux quelques secondes.

Sous la pâleur de la lune et les éclairs verts d'une aurore, au sommet d'une étendue blanche qui domine un paysage à la beauté sauvage, les deux nations échangent un instant d'absolu.