Quatre nuits plus tard, Faith cauchemardait à nouveau, fuyant une ombre avec sa sœur. Elle courait, et courait, et courait, sa sœur dans les bras pour aller plus vite, mais l'ombre ne semblait pas vouloir les lâcher, et les alentours étaient toujours aussi vide. Des arbres à perte de vue, c'est tout. Sa mère commença soudain à apparaître à intervalle régulier, sur son chemin, lui criant des réprimandes.

- Fille indigne ! Tu es trop violente pour être une lady ! Monstre à visage humain ! Meurtrière en devenir ! Ta sœur sera plus en sécurité loin de toi !

Puis ce fut son père, qu'elle vit, ce dernier lui disant qu'elle était inutile, indigne d'être sa fille, faisant apparaître des larmes dans ses yeux. Ce grand homme fut suivi par Ciel.

- Tu ne pourras jamais venger mes parents ! Tu n'es plus rien pour moi ! Tu m'as abandonné à ce démon sans te battre !

Des reproches, encore et toujours, lui transperçant lentement le cœur. Elle n'en pouvait plus, elle sentait son esprit se fissurer lentement. Soudain, elle se retrouva dans une impasse, et tandis que l'ombre approchait lentement d'elle et de sa sœur, les trois personnes qu'elle avait rencontrées plus tôt revinrent. Tels des fantômes, ils flottaient autour d'elle, proclamant leurs paroles blessantes, inlassablement. L'ombre menaçante finit par les rejoindre, et fusionna avec son corps, douloureusement, en même temps que Lizzy quittait ses bras pour flotter avec les autres.

- Tu n'as pas pu résister, grande sœur, tu as fini par me tuer ! Pourquoi ? Moi qui étais pourtant ton petit poussin ! Affirma alors le corps livide et couvert de sang de la petite blonde.

Le spectacle horrifiant fut trop grand cette fois-ci, et la sœur aînée hurla en serrant ses bras autour d'elle.

Et elle se réveilla brutalement, serrée dans les bras de quelqu'un à sa plus grande surprise. Elle se serra un peu plus contre cette personne sans regarder son visage, ayant juste besoin d'être réconfortée. Alors, délicatement, son invité imprévu se mit à la bercer en chantant une douce berceuse qui lui était inconnue.

Son visage se détendit petit à petit, tout comme son corps, et les larmes cessèrent de couler sur ses joues. Elle se laissa simplement aller dans les bras de cet homme qui depuis quelques temps, était toujours là quand elle en avait besoin. La chanson prit fin, et accompagnée par les mouvements de son chanteur, la jeune femme se recoucha lentement, levant enfin son regard pour rencontrer les yeux de cet homme.

- Merci, Sebastian, souffla-t-elle tandis que la fatigue reprenait le dessus.

- Je suis là. Dors, belle amour, lui chuchota-t-il en retour, tout en lui embrassant délicatement le front.

Il la regarda plonger dans le sommeil profond, l'esprit inquiet malgré tout. Comme chaque soir depuis un moment maintenant, il était rapidement venu vérifier qu'elle allait bien. Il allait partir quand il l'avait vu commencer à s'agiter dans son sommeil. Il avait tenté de la réveiller, de la rassurer, mais rien y faisait, il avait donc fini par la prendre dans ses bras pour que son contact lui montre qu'elle n'était pas seule, et qu'il était là pour elle.

A son réveil, le lendemain matin, Faith était seule. Elle s'y attendait, il devait s'occuper de Ciel après tout. Malgré tout, elle eut un pincement au cœur, réalisant qu'elle aurait aimé qu'il soit là à son réveil, qu'elle avait apprécié se sortir de son cauchemar en étant dans ses bras. Elle secoua la tête. Mais à quoi pensait-elle ! Elle devait se reprendre ! Surtout que sa mère lui avait parlé d'un rendez-vous aujourd'hui, même si elle n'avait pas écouté avec qui, ayant comme toutes les fois précédentes, cessé d'écouter sa mère au moment où elle avait commencé à lui parler entrevue.

Vingt minutes plus tard, elle était changée, maquillée, coiffée, prête à affronter sa journée ! Elle petit déjeuna avec sa famille, eut un cours de danse avec sa mère, puis rejoignit le carrosse pour se rendre chez son prétendant. Ce dernier n'habitant pas à côté, elle finit par s'endormir, bercée par le doux balancement régulier du véhicule. C'est son cocher qui la réveilla délicatement en lui secouant l'épaule.

- Jeune lady, réveillez-vous... Nous sommes arrivés.

Ses yeux papillonnèrent et elle se redressa le plus dignement possible en remerciant le cocher qui lui sourit gentiment. Il savait, comme tout le monde au manoir, qu'elle ne voulait pas de ses rendez-vous, et il compatissait donc pour cette jeune femme qu'il avait vu grandir, et à laquelle, il s'était attaché. Il l'aida à descendre, puis la laissa pour partir, le noble possédant cette maison la ferait raccompagner.

Devant la porte de ce manoir gigantesque, trouvait-elle, elle fit une pause un instant pour prendre son courage à deux mains, et enfin toquer à la porte. Un majordome d'un certain âge avec des cheveux gris lui ouvrit la porte et lui fit un sourire chaleureux.

- Vous devez être Lady Faith Midford. Entrez, je vous en prie, le Marquis vous rejoindra dans un instant dans la salle à manger. Il finit simplement de superviser la cuisine. Il tient à ce que tout soit parfait pour vous.

Elle acquiesça d'un hochement de tête, puis suivit le majordome jusqu'à la table où elle attendit patiemment, partant néanmoins avec une mauvaise impression en tête. Le silence était pesant. Au moins, elle n'avait pas à faire la discussion !

Des bruits de pas se rapprochèrent, mais elle ne se tourna pas attendant que son hôte se joigne à elle.

- Désolé de vous avoir fait attendre, Lady Midford.

Cette voix ! Non, il ne pouvait pas... Elle releva la tête et confirma ses soupçons en voyant son visage, même s'il était couvert d'un masque blanc.

- Sebastian... Ne put-elle s'empêcher de murmurer.

Il lui sourit en retour, avant de s'expliquer.

- Permettez-moi de me présenter ! Je suis le Marquis Sebastian Michaelis, et je viens de France. Je suis ravi de vous revoir Lady Midford.

Un frisson parcourut son dos quand elle l'entendit prononcer son titre. Cela n'avait rien d'exceptionnel en soit, mais le ton qu'il avait utilisé été plus que séducteur. Elle ne sut que dire après cela, ce qui bien évidement amusa son hôte. Heureusement pour elle, elle fut sauvée par l'arrivée des premiers plats. Ces derniers étaient véritablement succulents, et c'était un vrai bonheur pour Faith qui n'avait pas beaucoup mangé le matin même.

- Alors Lady Midford, puis-je savoir ce que vous faite de votre temps libre ?

- Je joue du violon, je lis et surtout je m'entraîne à l'épée.

- A l'épée, répéta-t-il impressionné et légèrement surpris.

- Vous ne devriez pas me sous-estimer, je suis vraiment une excellente épéiste !

- Je n'en doute pas un instant !

- Et vous, que faite-vous de votre temps libre, Marquis Michaelis ? Demanda-t-elle en insistant bien sur son nouveau titre.

- Cela dépend des jours, mais rassurez-vous, j'ai des journées bien occupées.

Elle fit une grimace, elle savait parfaitement qu'il parlait de son rôle de majordome avec cette phrase. Elle était alors curieuse de savoir comment il pouvait expliquer son absence prolongée à ses domestiques et surtout, comment il cachait ses absences à son maître. Mais elle ne lui poserait jamais la question, ça lui ferait bien trop plaisir.

Ils continuèrent à manger avant de reprendre leur conversation.

- Je sais que cela peut paraître incorrecte, voire impoli, mais puis-je vous demander comment se sont passées vos autres entrevues ? Dois-je m'attendre à une forte concurrence ?

- Vous pouvez poser la question, mais rien ne m'oblige à vous répondre, répliqua-t-elle taquine.

Le visage du démon se déforma un court instant à cette répartie inattendue. Néanmoins, il reprit rapidement son air légèrement malicieux, et ils finirent de dîner tranquillement. Ensuite, très poliment, et alors qu'un doux air de piano s'élevait dans la pièce, il l'invita à danser. Ils tournèrent et valsèrent une heure ainsi, avant de simplement se balancer lentement l'un dans les bras de l'autre.

Sebastian était heureux, il avait atteint son objectif, au moins pour un temps. Faith de son côté était encore plus perdue qu'avant. Le démon avec elle, en obtenant le titre de marquis, lui offrait une échappatoire très appréciable, mais cela voulait également dire accepter les avances de cet homme, qui, elle le savait, un jour, prendrait l'âme de Ciel ! Elle était donc plongée au milieu de ses sentiments les plus profonds, incapable encore de faire un choix.

- Comment justifiez-vous le fait de porter un masque cachant votre visage, le questionna-t-elle, sans vraiment avoir d'intérêt pour la réponse.

- J'ai été défiguré durant mon enfance par un grave incendie. Voulez-vous voir ?

- Oui...

Il retira donc son masque blanc, et elle découvrit son visage brûlé et avec de grandes cicatrices. Pourtant, malgré son apparence momentanément enlaidit, elle ne put s'empêcher de ressentir des frissons en le voyant la regarder, et par réflexe, elle posa ses doigts sur son visage meurtri. Telle une plume, ses doigts fins effleurèrent la peau boursouflée, abîmée par le feu, avant d'être attrapés par la main du démon qui les embrassa délicatement.

Rougissant en réalisant ce qu'il venait de se passer, tant son geste que celui de son prétendant, Faith décida de cacher son visage en le posant sur l'épaule de son partenaire.

- Comment avez-vous fait pour que votre visage soit ainsi ?

- Je suis un démon déterminé avec plus d'un tour dans sa manche, affirma-t-il en soufflant dans sa nuque.

Ce petit souffle chargé de désir, fit comprendre à Faith que son échappatoire n'était pas forcément la meilleure des idées qu'elle ait eues. Elle préféra donc prendre ses distances et... fuir, tout simplement.

- Je... Je crois qu'il est temps pour moi de rentrer, Marquis Michaelis ! J'ai été enchantée par cette entrevue ! Merci.

Et elle rejoignit la sortie sans attendre de réponse. Sebastian, très amusé de sa réaction, demanda à son majordome de préparer le carrosse de la jeune lady, et il s'éloigna en pensant déjà à leur prochaine rencontre.

Quand, une fois chez elle, sa mère lui demanda comment s'était passé le rendez-vous, elle ne répondit rien, le regard dans le vague, se contentant de rejoindre sa chambre, en silence, où elle se coucha en soupirant pour réfléchir. Son cerveau était définitivement bien embrouillé, partagé entre ses sentiments, sa raison, et son devoir.

On toqua soudainement à la porte. Elle se redressa donc, rajustant sa tenue avant de faire entrer la personne qui avait toqué. Il s'agissait de sa dame de chambre.

- Que se passe-t-il Amélie ?

- Une lettre de la reine est arrivée pour vous aujourd'hui, Mademoiselle.

L'angoisse lui tordit alors l'estomac tandis qu'elle prenait la lettre et remerciait la domestique avant de la congédier. Et s'il s'agissait encore d'un rendez-vous ? Elle ne voulait pas ! Le dernier avait été tellement désagréable ! C'est donc les mains tremblantes qu'elle décacheta la lettre.

Vous êtes cordialement convoquée à prendre le thé avec la reine afin de discuter de la possibilité de continuer de façon officielle votre travail en tant que limier de la reine. Vous devrez donc vous présenter le samedi xx au palais.

Avec toutes nos salutations distinguées.

C'était court mais clair, et malheureusement, ce n'était pas une bonne nouvelle pour Faith qui regrettait déjà d'avoir été choisie pour devenir limier. Pourquoi de tous les nobles existants, il fallait que ce soit elle ? Certes elle avait un peu aidé à l'école de la Rose Pourpre, mais c'était surtout pour passer le temps ! Elle s'en voulait maintenant d'avoir fait cela, car elle devrait à nouveau affronter l'ambiance malsaine d'un rendez-vous avec la reine.