Chapitre 14 – Exilé
La nuit était maintenant tombée depuis longtemps. Caché dans des fourrés surplombants un camp de marchands, j'attendais que ces derniers aillent se coucher afin de pouvoir récupérer ce dont j'avais besoin. Le chariot rempli de caisses à côté de leurs tentes me laissait espérer une bonne récolte. L'idée même de dépouiller des gens me répugnait, mais au vu des circonstances, je n'avais malheureusement guère le choix.
Trois semaines s'étaient maintenant écoulées depuis la tragique cérémonie au palais. Trois semaines durant lesquels j'avais dû vivre terré comme une bête pour échapper à l'implacable battue qui avait été organisée. Trois semaines à survivre à l'aide de baies et de racines, presque sans dormir tellement la peur d'être retrouvé me rongeait. J'étais même allé une fois jusqu'à me rouler dans la boue pour tromper les chiens qui pistaient ma trace. Plusieurs fois je crus être repéré, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, pas une seule fois je ne fus inquiété.
Après plusieurs semaines de recherches infructueuses, les habitants et l'armée finirent enfin par se lasser, supposant que j'avais quitté le pays depuis longtemps. Mais je ne l'avais cependant pas fait. Je ne pouvais pas l'abandonner même en étant devenu l'ennemi public numéro un. En tout cas, pas avant d'avoir eu des réponses à mes questions.
Un léger grognement à l'estomac me rappela la raison de ma présence ici. Mon dernier repas, si l'on pouvait appeler ça un repas, remontait maintenant à deux jours. Ce camp représentait ma seule chance de trouver de quoi survivre pendant un moment. Les marchands avaient enfin fini par aller se coucher. Quittant prudemment ma cachette, je m'approchais de leur chariot, en espérant qu'aucun d'entre eux n'aurait l'idée de ressortir entre-temps.
Tout à coup, j'entendis un craquement derrière moi. Immédiatement, je me mis à courir vers les fourrés afin de mettre à couvert. J'attendis presque une demi-heure dans la crainte d'être repéré, mais personne ne vint. Un animal, ça ne devait être qu'un simple animal. Je poussais un soupir à la fois de soulagement et de tristesse. Qu'elle était loin l'époque où j'essayais d'affronter courageusement le danger. Aujourd'hui j'étais désormais devenu plus craintif que n'importe quel animal, fuyant lâchement au moindre bruit suspect. Mais ironiquement, c'était grâce à cette phobie permanente d'être découvert que j'étais parvenu à rester aussi longtemps en vie.
Avec précautions, je retournais au chariot. Pour une fois, la chance me souriait. Il y avait suffisamment de vivres pour tenir plusieurs jours. Tout en remplissant un sac, je ne pus m'empêcher de ressentir une certaine gêne envers les marchands. Jamais je n'aurais pu imaginer être contraint un jour de dépouiller des habitants d'Hyrule mais c'était ça ou finir par mourir de faim. Ayant fini de remplir le sac, je m'apprêtais à repartir lorsque je vis un drap en toile enroulé autour d'un objet assez familier. Prenant l'objet, je déroulais le drap à l'intérieur se trouvait une épée de voyageur toute neuve, ainsi qu'un fourreau. Quelle chance ! Bien que ces dernières ne soient pas aussi efficaces que celles de l'armée, elles étaient très robustes.
Avec un sourire, j'accrochais le fourreau dans mon dos, lorsqu'une voix retentit :
- Eh toi ! Lève tes mains et sort de ce chariot !
Mince ! Et dire que tout se passait bien jusqu'à présent. Je n'avais cependant d'autre choix que d'obéir. Mettant mes mains en évidence, je descendis et me retournais vers celui qui m'avait repéré. Il ne me restait plus qu'à espérer que l'obscurité cacherait suffisamment mon visage pour ne pas être reconnu par ce marchand. Ce dernier s'empara du sac et le vida au sol.
- Je peux savoir ce que tu comptais faire avec nos marchandises ?
- Eh Terry ? Qu'est-ce qui se passe ? On ne peut donc pas dormir en paix maintenant ?
- Je viens de choper un inconnu en train de voler nos affaires. Cesse de râler et amène une lampe, on n'y voit rien ici.
Bon sang, il fallait à tout prix que je m'échappe de ce camp avant que le second dormeur ne revienne avec de la lumière.
- Ecoutez monsieur, je me suis perdu dans la région, et j'avais faim, c'est tout. Je comptais vous laisser des rubis en échange de ces vivres.
- Tu me prends pour un idiot ? Avec tout ce que tu as pris, c'est un régiment que tu veux nourrir ?! Va falloir trouver beaucoup mieux que ça mon gars !
Pour un mensonge, c'était vraiment nul. Pour ne rien arranger, son collègue rappliqua à ce moment avec une lanterne.
- Tu en a mis du temps ! Bien, voyons qui est notre mystérieux visiteur nocturne…
Je priais de toute mes forces pour que ces semaines dans la nature m'aient rendu méconnaissable. Car dès qu'ils verraient qui je suis réellement, ce serait toute la région qui serait à mes trousses, à condition qu'ils ne me tuent pas sur le champ.
- Eh bah, mon gars, on aime bien vivre dans la nature à ce que je vois. Tu sais que les voleurs ne sont guère appréciés par ici ?
- Terry attend un peu… c'est bizarre, on dirait qu'il ressemble à…
- Tu crois ?
- Regarde sa main, on dirait qu'elle…
- Elle brille, mais alors…
- C'EST LUI ! LINK LE TRAÎTRE !
C'était le moment ou jamais. Profitant de l'effet de surprise, je donnais un grand coup dans le ventre du dénommé Terry, et me mis à courir à toute vitesse vers les hauteurs, sans prendre la peine de vérifier si j'étais poursuivi. Saleté de Triforce ! Depuis mon exil, elle n'avait jamais cessé de briller même la boue n'était pas parvenue à la masquer. A croire que les Déesses voulaient vraiment ma mort.
Je courus sans relâche jusqu'à m'effondrer au sol d'épuisement. Cette expédition était un fiasco total non seulement je n'avais rien pu ramener de mangeable avec moi, mais en plus je risquais d'avoir toute la populace à mes trousses d'ici demain. La seule bonne nouvelle était que je possédais maintenant une arme pour me défendre. Mais à quoi bon une épée si j'étais trop faible pour la manipuler ? Vaincu par la fatigue et la faim, je finis rapidement par m'endormir, mes sens cependant en éveil afin de détecter le moindre bruit suspect.
J'ignore combien de temps je dormis, sans doute trop peu, mais je fus brutalement réveillé par un grand cri aux alentours. Bondissant sur mes jambes, je vis mes pires craintes se réaliser en entendant un autre cri beaucoup plus proche, ainsi que de nombreux aboiements. La garde d'Hyrule venait de retrouver ma trace.
