Auteur : Nat, pour vous servir.
Disclaimer : Tout est à moi, je suis le révéré Tolkien ! …en rêve, parfois. Le reste du temps, je suis seulement Nat et rien du Seigneur des Anneaux ne m'appartient. Quand au concept de cette fic, il n'est pas de moi et j'ignore qui en a eu l'idée en premier.
Warning : Allusions à des événements des trois livres du Seigneur des Anneaux, à Bilbo le Hobbit et au Silmarillon. Il est préférable d'avoir quelques notions de base sur chacune des trois œuvres concernées. Comme d'habitude et malgré mes efforts pour respecter les caractères des personnages, j'ai bien peur de tomber encore dans l'OOC.
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"Affronter le dragon" et autres fragments
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160) Bilbon s'était attendu à vivre pas mal d'aventures durant sa quête avec la compagnie de Thorin –le terme "aventures" désignant ici un nombre conséquent de situations passablement désagréables qui auraient fait pâlir le Taureau Mugissant en personne. Quel Hobbit honorable apprécierait de se trouver mêlé à une querelle de Trolls, une course-poursuite chez les Gobelins, une envolée d'aigles géants, un cambriolage chez un dragon bavard ou une bataille opposant des Nains, des Elfes, des Hommes, des Orcs et des Wargs ?
Ces choses-là étaient toutes des sources inépuisables de tracas en tous genres.
161) A aucun moment Bilbon ne s'était attendu à devoir ajouter son retour en Comté à la liste.
Entre deux lots de paperasses administratives à remplir pour prouver qu'il était bien lui et faire annuler la vente aux enchères de ses biens, et après une phénoménale prise de bec avec Lobelia à propos d'une sombre affaire de cuillères, le pauvre Hobbit en arriva à la conclusion que les discussions avec les dragons, finalement, n'étaient pas si terribles que ça.
162) La première fois qu'Elwing avait vu le garçon, c'était un jour de pluie. La mer était grise, le ciel était gris, la grève était grise. Les mouettes criardes se lançaient des appels sinistres au-dessus des flots moutonneux. Le vent soufflait et cela sentait l'orage : c'était un jour comme elle les aimait, un jour où personne ne mettait le nez dehors.
Personne, sauf le garçon. Ses cheveux avaient la blondeur des blés et ses grands yeux le bleu qui manquait au ciel ce jour-là. Il était plus jeune qu'elle, mais pas de beaucoup. Et il était, comme elle, différent. Pas vraiment humain, mais pas tout à fait elfe non plus.
Le garçon la salua d'un geste de la main lorsqu'elle passa près de lui. Elle lui répondit de même, sans un mot, et il sourit.
163) La deuxième fois qu'Elwing avait vu le garçon, c'était un jour de tempête. Le port était fermé, aucun bateau ne s'aventurant sur la mer démontée. Les rafales de sable humide et d'embruns salés rendaient les plages impraticables. Les bourrasques s'acharnaient contre la falaise où elle marchait, et les lames blanchies d'écumes rugissaient à ses pieds. Le vent l'aurait emportée sans plus de mal qu'une feuille morte, si le garçon ne l'avait retenue.
Le garçon s'appelait Eärendil, lui apprit Galadriel, et il était un de ses lointains neveux. Il ne jouait plus à ces jeux remuants auxquels s'adonnaient les autres jeunes gens de son âge et, lorsqu'il souriait, son sourire n'atteignait pas ses yeux. Il avait survécu à la chute de Gondolin, disait-on, et vu de trop près la lame acérée d'un elfe de son propre peuple. Il était, comme elle, différent. Pas encore adulte, mais déjà privé d'enfance.
Le garçon lui ressemblait et la comprendrait, et cela lui plut.
164) La troisième fois qu'Elwing avait vu le garçon, c'était un jour de soleil. Ils s'étaient assis sur un rocher, leurs pieds nus baignant dans les vaguelettes qui léchaient les coquillages pilés du rivage, et ils avaient regardé le ciel s'embraser des mille rougeoiements de la fin d'après-midi. Quelques nuages s'effilochaient à l'horizon, teintés d'or rose par les rayons déclinants du char d'Arien.
Le garçon lui avait donné un petit bateau taillé dans la blancheur lisse d'un bois flotté. Un oiseau de mer, toutes ailes déployées, en ornait la proue; ses voiles étaient de dentelles et de perles; et son pavillon arborait l'étendard –brodé de travers– du Doriath.
Eärendil avait rougi lorsqu'elle avait, du bout des lèvres, effleuré sa joue.
165) Ori conçoit beaucoup de choses du monde des Hommes et des Hobbits, mais il ne parvient pas à comprendre comment ces gens-là peuvent trouver les demeures de pierre de son peuple froides et austères.
Comment peut-on penser de telles choses, lorsque les bardes au coin de l'âtre célèbrent les exploits des anciens, dans les hautes salles enterrées où les gravures proclament sur tous les murs la gloire de Mahal, père de tous les Nains, qui les éveilla jadis ? Les demeures de pierres ne sont pas austères lorsque parents et amis banquètent en chœur, et que les choppes s'entrechoquent, et que les couverts d'argent battent la mesure dans les assiettes ornées au rythme des plats qui défilent. Les demeures de pierre ne sont pas froides lorsque les marteaux tombent et tintent en un ensemble assourdissant dans les forges où chante la flamme, où les artisans martèlent l'acier qui sonne et carillonne.
Vraiment, les demeures de pierre des Nains sont les plus chaleureuses et accueillantes qu'Ori n'ait jamais connues.
166) Au réveil d'une nuit particulièrement troublée par les cris de son frère nouveau-né, petit Maitimo alla trouver ses parents pour leur poser une question des plus importantes et qui lui tourmentait l'esprit depuis des heures. Pourquoi, au nom d'Eru, bébé Káno pleurait-il si fort ? Rien n'y pouvait faire : ni les cajoleries, ni la voix qui gronde, ni les berceuses fredonnées ne parvenaient à l'apaiser.
Berçant doucement dans ses bras son tout-petit hurlant, Nerdanel sourit à son fils aîné. Tous les bébés pleuraient, lui expliqua-t-elle, parce qu'ils étaient trop jeunes pour savoir parler et ne connaissaient pas d'autre moyen de se faire entendre. Et elle s'extasia devant la puissance des poumons de la gracieuse poupée qu'était son second enfant. Il deviendra un merveilleux chanteur d'opéra, prédit-elle, lorsqu'il sera grand.
167) Assis près d'elle sur le lit conjugal, les yeux cernés de noir par les nuits sans sommeil, Fëanáro confirma. Et il ajouta à part lui :
« Un chanteur d'opéra… ou une corne de brume. »
168) Vairë tisse.
L'histoire du monde se noue et se dénoue entre ses mains habiles, se déroule en tapisseries chamarrées aux entrelacs grandioses de complexité. Parfois, les fils se déchirent sous ses doigts, altérant son ouvrage inachevé. Alors Mandos ouvre les portes de sa demeure aux âmes égarées, et Nienna pleure.
Pas Vairë.
Elle prend d'autres fils, tout aussi colorés, tout aussi scintillants, et tisse de nouvelles beautés éphémères et fragiles sur l'étole des Ages.
169) Lorsqu'il entendit dire que sa grand-mère Elwing avait la particularité de pouvoir parler aux oiseaux et de se changer en mouette, Elladan trouva l'idée absolument géniale et se mit aussitôt en devoir d'apprendre à voler –ce qui ne tarda pas à faire de lui un résident régulier des maisons de guérison. Elrohir, lui, réfléchit longuement à la question avant d'en venir à la conclusion parfaitement logique et irréfutable que son père avait dû naître dans un œuf. Il réclama donc à en voir la coquille pendant plusieurs jours.
Maître Elrond, pour sa part, n'était pas encore certain de savoir laquelle de ces deux nouvelles sottises l'ennuyait le plus.
170) Ils trouvèrent Éomer assis dans l'herbe humide, derrière les tertres des Galgals. Éomund n'y reposait pas. Les cavaliers l'avaient enterré dans la plaine du Rohan Est qu'il avait défendue jusqu'à son dernier souffle. Le garçon le savait, mais il était venu quand même. Il s'était assis dos aux tertres, les bras autour des jambes, le casque du défunt Maréchal de la Marche posé sur ses genoux. Ses yeux étaient secs, mais ses pommettes rougissaient d'avoir été trop frottées. Ni Théodred, ni Gríma ne le commentèrent. Théodred se laissa tomber près de son cousin et posa sa main sur son épaule. Gríma lui tendit la petite symbelmynë qu'il avait cueillie.
« J'ai peur, avoua Éomer à mi-voix. Maman est malade et Éowyn veut se battre contre les Orcs. J'ai peur qu'ils lui fassent du mal mais je ne peux pas l'empêcher d'apprendre… »
Théodred saisit le heaume et le tourna entre ses doigts, pensivement.
« Tu ne peux pas l'empêcher d'apprendre à manier les armes, c'est un fait, admit-il. Mais tu peux l'empêcher d'avoir à s'en servir. Tu peux empêcher les Orcs de venir la menacer. Nous aurons bientôt l'âge de mener nos propres éored, toi et moi. Nous défendrons les Marches ensemble, et pas un seul Orc du Mordor ni aucun sauvage de Dun n'osera fouler les plaines du Rohan et menacer notre peuple ! Éowyn sera en sécurité parce que nous y veillerons; comme ton père a veillé à notre sécurité, et comme le mien y veille toujours.
-Je ne suis pas un guerrier comme vous, ajouta Gríma, mais je réfléchis mieux et plus vite que vous. Théoden-roi va m'envoyer étudier en Isengard auprès du magicien blanc. Théodred sera peut-être roi quand je reviendrai, tu seras peut-être Maréchal de la Marche, et je vous conseillerai. »
Théodred opina son approbation. Il éleva le casque du Maréchal au-dessus de sa tête puis, solennel, le déposa sur celle de son cousin.
« Éomer Éadig, Troisième Maréchal de la Marche… Hé, ça te va bien. »
171) Le casque était beaucoup trop grand. La visière s'alignait plus avec les cernes d'Éomer qu'avec ses yeux, la protection nasale dégringolait jusqu'à sa bouche. Lorsque le garçon tourna la tête vers Théodred, il dut s'y reprendre à deux fois : la première fois sa tête pivota seulement dans le casque, et il se trouva face au cuir qui en tapissait l'intérieur. La seconde fois, le casque bascula un peu sur le côté, et les deux cousins pouffèrent de rire.
« Eh ben, nasilla Gríma de sa voix où traînait un sourire, il a fière allure, le Troisième Maréchal de la Marche ! »
172) Les années suivant la bataille des Champs Verts, les Hobbits du Quartier Nord voulurent commémorer la victoire de Bandobras Touque sur les Gobelins. Ils organisèrent donc une grande fête et, durant plusieurs jours, les banquets succédèrent aux danses et aux jeux sans interruption. Le clou du spectacle était sans conteste la représentation, faite par le Taureau Mugissant lui-même, de l'exploit qui scella la défaite des Gobelins : la décapitation au combat de leur roi Golfimbul, dont la tête délogée de ses épaules par un coup de massue particulièrement bien ajuté sombra dans les profondeurs insondables d'un trou de lapin.
Appelé « jeu de Golfimbul », cet exercice consistait en une lourde balle grimée en faciès, de la grosseur d'une tête, que le formidable Hobbit devait envoyer dans un trou de lapin signalé par un petit fanion, en la frappant uniquement de sa massue.
Si Bandobras n'avait pas trop forcé sur la bière, il envoyait immanquablement la tête dans le trou du premier coup.
173) Mais le Taureau Mugissant finit par se faire vieux, et manier la massue l'enchanta moins. On eut alors l'idée de le remplacer par les enfants. On réduisit la taille des boules symbolisant la tête de Golfimbul et, après quelques essais manqués, on jugea plus pratique de remplacer la rondeur de la massue par un outil plus plat, permettant une visée plus juste. Les jeunes Hobbits adoptèrent aussitôt cette nouvelle discipline, bientôt abrégée en « Golf », le nom de Golfimbul étant de l'avis général bien trop long à prononcer.
174) La massue du Taureau Mugissant s'en alla prendre la poussière dans la Maison des Mathoms mais, durant des décennies, le plus grand tournoi de Golf de la Comté se répéta tous les ans sur les Champs Verts.
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Le mois de janvier n'est pas fini, je ne suis pas encore en retard pour vous souhaiter une bonne et heureuse année 2020 ! :D
(En revanche, je suis en retard pour tout le reste, pour changer)
Ça faisait un loooong moment que je n'avais pas posté de chapitre à cette histoire. J'ai cependant continué à noter quelques idées par-ci par-là, donc voici une nouvelle livraison avec quelques Hobbits qui font du sport (merci Olo pour l'idée), Éomer, Théodred et Gríma parce que j'aime ce trio, Ori qui philosophe sur la société naine, Vairë parce qu'on en parle pas assez alors qu'elle est quand même la première chroniqueuse de l'histoire, littéralement, et beaucoup d'Elfes parce que ça n'étonnera personne, si ? x)
