Salut ! Comme promis, nouveau chapitre aujourd'hui ! Et en parlant de promesse, je ne vous donne aucune date pour le prochain, parce que je ne sais vraiment pas quand j'aurais le temps de le sortir. Sans plus de bavardages inutiles, voici les vacances de Vicky !
Mais c'est dingue, personne ne sait rien ! Enfin, j'ai bien obtenu deux-trois informations, mais rien de vraiment incroyable… Ces gens me fatiguent. Ils veulent tout savoir, mais sont incapables de chercher par eux-mêmes. Comment ça, moi aussi ? La différence, c'est que moi je n'ai pas besoin de chercher. J'ai juste à aller voir les bonnes personnes, d'ailleurs…
- Will ! Attends, je voudrais te parler !
Et s'il te plaît, enlève ce sourire niais de ton visage. Retiens que si j'ai couché avec toi, c'est uniquement parce que tu traînes avec Leïla et, autre intérêt non négligeable même si ce n'était pas encore le cas, tu sors avec Liz. Ce sont tes informations que je veux, toi je m'en fiche totalement. Mais bon, tu espères pouvoir à nouveau me sauter, alors je vais m'en servir.
- Qu'est-ce qu'il y a, Vicky ? demande-t-il en faisant courir son doigt sur ma hanche.
- Pas ici, je ronronne – ce qu'il faut pas faire, quand même… – en me collant un peu plus contre lui. Suis-moi, on va à l'arrière, dehors.
Pourquoi là ? Déjà, parce qu'il y aura du vent, qui pourrait soulever – sans que je le veuille, bien sûr – ma jupe, ensuite parce que personne ne nous y verra, donc il pourra essayer de me chauffer sans craindre que quelqu'un le répète à sa copine. Et surtout parce que tout le monde sait que c'est là que vont ceux ont envie de coucher dans le train – moi-même, je l'ai fait plus d'une fois… – même si c'est bien plus utilisé en été, vu que sinon il fait froid.
Donc il me suit. Et ce qui est incroyable, c'est que je peux presque sentir son regard me brûler les fesses. Lui, au moins, il ne cache pas ce qu'il veut. Mon dieu, j'aurais pas pu choisir un autre type proche de Leïla et manipulable ?
Je m'assure bien de fermer les stores de la porte vitrée avant de la refermer. Deux avantages : déjà personne ne viendra nous déranger, ensuite il se fera plein d'idées. N'espère pas trop, on ne va rien faire de non-catholique.
- Il fait chaud, tu trouves pas ?
C'est pas vrai, je me les pèle. Mais ça me permet d'enlever ma veste. Et donc de montrer mon chemisier très transparent – je me doutais bien que je devrais faire du charme, aujourd'hui – et j'en profite aussi pour remonter ma jupe sur ma taille, histoire de montrer un peu plus de cuisses. Bien, il a regardé mon décolleté, mon soutien-gorge en transparence, et mes jambes. Parfait, il a tout bon.
Maintenant, début de l'opération « je te chauffe et tu me dis tout ». Donc, je me rapproche de lui en caressant son torse et en glissant un doigt sous sa chemise – c'est des infos hyper précieuses qu'il a, alors j'ai pas l'intention de lésiner sur les moyens.
- Ça doit être dur… deux de tes amis qui s'engueulent… tu t'en sors ?
Faire l'idiote marche toujours avec lui. Je comprends, lui-même n'est pas un génie, c'est normal que l'idée de peloter une fille qui ne soit pas aussi stupide que lui l'effraie.
- Tout ça, c'est parce que Lila croit que David veut l'évincer… Merlin, ce que t'es belle...
- Merci…
Mais je m'en fiche, d'être jolie ! Enfin, plus précisément, je m'en fiche de tes compliments. Tout ce que je veux, c'est en apprendre plus sur Leïla et David. Bon, je déboutonne un peu mon chemisier, ça te suffit ?
- Elle a pas totalement tord… Elle a même raison, en fait… Il se servait d'elle, mais elle a quand même gagné… elle se laissera pas battre aussi facilement…
Tiens, Will, on a zizi-bâton ? Mon Dieu, mais qu'est-ce que tu espères ? C'est pas une vraie question, je sais parfaitement ce qu'il veut. Que je me déshabille… Tu peux toujours rêver, t'as goûté une fois et ça suffit amplement !
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J'ai enfin réussi à me débarrasser de l'autre idiot, et il m'en a appris pas mal. Donc non seulement David ne se satisfait plus de sa place de prince consort, mais en plus Heston a couché avec lui. Et aussi avec Ethan Boot, le copain de Dwight.
- Eh, Gale !
Anabel Spence. Une autre « commère », septième année à Serdaigle. Elle n'est pas dans les plus mauvaises de la profession, pas dans les meilleures non plus : elle a encore trop de scrupules, et est trop naïve, pour ça.
- Salut, Spence. Tu vas bien ?
- Super, et toi ?
- A merveille. Je suppose que tu cherches aussi à en apprendre plus sur Leïla et David ?
- Exact. Et tu ne devineras jamais ce que je viens d'entendre. Il paraît que Heston couche avec lui.
Qu'est-ce que je disais ? Beaucoup trop naïve, elle ne comprend même pas l'importance de ce qu'elle vient de me dire. Bien sûr, je le savais déjà, mais c'est toujours mieux d'avoir plusieurs sources en accord. Mais ce qui me dérange, c'est l'idée qu'elle répète ça à tout le monde. Une information n'a de valeur que si elle n'est détenue que par un nombre restreint de gens.
Mais l'avantage avec Spence, c'est que je n'ai rien besoin de lui donner en échange.
- Vraiment ? C'est dingue, ça. Tu ferais mieux de faire attention. Si Heston t'entends le répéter, elle risque de faire de toi son ennemie, et ça personne ne le veut. Il vaudrait mieux que tu gardes ça pour toi jusqu'au retour des vacances, quand l'affaire se sera un peu tassée, sinon tu pourrais t'attirer des problèmes.
- Merci du conseil, Gale. Passe de bonnes vacances !
- Toi aussi.
Ai-je précisé qu'elle était très manipulable ?
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Il pleut. Il pleut sur Watford, comme toujours, je le vois alors que nous n'y sommes même pas.
La grande voiture aux vitres teintées, dédiée à nous emmenez, ma mère et moi, où nous le souhaitons, est coincée dans les embouteillages. Mais, contrairement à beaucoup, mon chauffeur ne peste pas. Il reste impassible. Après tout, il est payé pour ne pas nous déranger.
Oui, j'ai un chauffeur privé. J'ai aussi une cuisinière, une gouvernante, un jardinier et une femme de ménage. Mon cher père trouve que c'est important de montrer à tout le monde que « nous avons les moyens de tout avoir », comme il le dit si bien. Et pour lui, ça se traduit par d'immenses vitres qui montrent notre maison à tous les voisins, et par le fait de payer des gens pour faire ce qu'on pourrait tout aussi bien faire nous-mêmes. Et montrer que le lycée du coin est trop mauvais pour sa chère enfant.
- Père, il y a une chouette avec une lettre, signala la petite fille.
- Que racontez-vous donc encore, Victoria ? soupire la gouvernante, Abigail.
- Posée sur le rebord de la fenêtre. C'est une chouette et elle a une lettre.
- Encore une de tes hallucinations ? railla son père. La semaine dernière, une assiette brisée qui s'est réparée seule et aujourd'hui, une chouette pour apporter le courrier ? Je commence à me demander s'il ne faudrait pas t'emmener voir un médecin.
Lassée d'être prise pour une folle, Victoria alla ouvrir la fenêtre et détacha la lettre accrochée à sa patte. Elle lut l'adresse, inscrite à l'encre verte sur l'enveloppe à la texture étrange.
« Miss Victoria Gale,
316 Gladstone Road,
Watford, Hertfordshire,
Angleterre, Royaume-Uni »
La lettre était donc pour elle, et pas pour son père. C'était sans doute la première fois de sa vie qu'elle recevait une lettre manuscrite. Sa tante lui avait déjà envoyé des cartes postales, mais jamais elle n'avait reçu de lettre.
Victoria retourna l'enveloppe. Elle fermée avec de la cire, dans laquelle on pouvait voir un symbole contenant la lettre P.
- Monsieur, appela Abigail. Il y a vraiment une lettre.
Victoria se retint de dire que s'il n'y en avait pas eu, elle ne l'aurait pas dit. Elle ne pensait pas que son père apprécie particulièrement d'être contredit, même si cela signifiait que contrairement à ce que plusieurs personnes pensaient, elle n'était pas folle.
- Donne-moi ça, ordonna-t-il.
Sa fille s'exécuta mais, avant qu'il n'ai eu le temps de lire quoi que ce soit, la sonnette de l'entrée retentit, et Abigail alla ouvrir la porte. Quelques secondes plus tard, la porte de la grande salle à manger se rouvrit, laissant passer Clémence, la meilleure amie de Victoria. Celle-ci avisa la lettre dans les mains du père de son amie, et un sourire se dessina sur son visage alors que l'homme l'ouvrait.
Il la lut rapidement, ses sourcils se fronçant à mesure qu'il avançait dans sa lecture.
- Est-ce une blague ?
- Non, Poudlard existe vraiment, assura Clémence avant que quiconque n'ait pu dire quoi que ce soit. Moi aussi, j'ai reçu une lettre. La différence, c'est que moi mes parents aussi étaient des sorciers, alors que ce n'est pas le cas de votre femme et vous. Mais ça arrive des sorciers qui naissent de parents sans pouvoirs magiques. Ce sont des nés-moldus.
Là, Victoria était totalement perdue. Et comment Clémence pourrait-elle savoir ce que contenait la lettre que la chouette avait apportée ? Et qu'est-ce que c'était que cette histoire de sorciers ?
- Il me semble que dans ce cas, un sorcier va venir vous voir pour vous aider à tout acheter, vous expliquer le monde de la magie, tout ça. Je pourrais venir sur le Chemin de Traverse avec vous, s'il vous plaît ?
Alors qu'Abigail, Victoria et son père regardaient tous les trois Clémence comme si elle avait perdu l'esprit, la sonnette retentit encore.
Comme il en a été content, de pouvoir répéter à tout le monde que j'allais dans un pensionnat écossais très sélectif mais que, grâce à son influence, non seulement moi mais aussi ma meilleure amie avions pu y entrer. C'est presque vrai, si ce n'est que Poudlard ne choisit pas les élèves en fonction de leurs résultats scolaires – et heureusement, vu ceux de certains – et que l'entrée de Clémence n'a rien à voir avec lui.
Mais qu'est-ce qu'il est fier, de dire que je suis dans cet incroyable pensionnat. Et vu qu'il impressionne toute la rue, et même toute la ville, personne n'a posé trop de questions sur la fameuse école. Heureusement, parce qu'ils auraient du mal à trouver son site internet.
Et le plus fou, c'est que même les gérantes du pensionnat de Clémie y croient ! D'un autre côté, elle n'a rien fait pour les détromper. C'est bien plus simple d'expliquer qu'on a toutes les deux été pistonnées que de dire qu'on est des sorcières et qu'on nous apprend à faire des potions magiques.
Tiens, on est presque arrivés. On est déjà dans la rue. Salut à toi, orphelinat de Clémie !
Victoria aimait traîner dans sa rue lorsqu'il pleuvait autant. Il n'y avait personne dehors, elle avait l'impression d'être seule au monde, sans quiconque pour lui dire quoi faire, ou pour la juger. Capable de faire ce qu'elle voulait, y compris écouter très attentivement les bribes de conversations que les murs de voisins laissaient passer.
Alors comme ça, la voisine du 283 s'était faite tromper ? Le plus étonnant était sûrement qu'elle ne s'en rende compte que maintenant alors que ça durait depuis au moins un an. Alors qu'elle s'intéressait au caprice des enfants du 274, Victoria sursauta.
Elle n'était pas seule, quelqu'un d'autre avait eu envie d'une douche froide et gratuite. Une fille de son âge, qu'elle n'avait encore jamais vue. Probablement une de l'orphelinat, Victoria n'était pas vraiment au courant de qui y entrait et sortait, ni de quand.
- Salut ! appela-t-elle.
Ce fut au tour de l'autre de sursauter en se retournant. Elle était trempée, autant que si elle avait été dehors depuis des heures. C'était peut-être le cas, d'ailleurs. Elle se contenta d'adresser un signe de tête à Victoria, avant de se détourner à nouveau.
- Comment tu vas ? insista la petite fille.
- Ça peut aller, et toi ?
- Super bien. Comment tu t'appelles ?
- Clémence, toi c'est Victoria, c'est ça ?
Elle parlait d'une façon un peu étrange, et elle avait un prénom bizarre. Victoria décida qu'elle était assez intrigante, et bien plus intéressante que des caprices ou de l'adultère.
Ça a toujours été notre truc de sortir sous la pluie. On s'y sentait bien, à l'abri des autres. Des fois, ça me manque, cette période où tout avait toujours l'air d'aller parfaitement bien. L'époque où les problèmes ne concernaient que les adultes, où nous n'avions rien à craindre.
Maintenant, mon propre père se sert de moi pour amadouer ses associés pervers, et Blanche n'a toujours pas réussi à réussi à adopter Clémie. Maintenant, je couche avec des inconnus pour leur prendre toutes les informations qu'ils peuvent me donner. Parce que comme ça, j'ai l'impression d'être puissante, et intouchable. Et c'est loin d'être seulement une impression : personne n'a envie de s'attaquer à la fille qui sait vos secrets les plus noirs. Ça me protège, et ça me permet de tous les contrôler sans même qu'ils s'en rendent compte.
Enfin, il y en a quelques uns, comme Leïla ou David, qui ont compris. Et, comme presque tous ceux qui savent, ils font jouer ça en leur faveur, pour être dirigeants et non dirigés. Ils sont des étoiles : tout tourne autour d'eux, ils sont les centres de milliers de petits mondes, mais ils s'assurent toujours qu'il reste un peu de distance, de mensonges et de rebuts, entre eux et les autres étoiles, puisque sinon ils se détruiraient. Ils brillent, pour pouvoir éclipser la lumière des autres, et tout le monde les regarde, quitte à s'y brûler les yeux.
Je ne sais pas très bien ce que je suis. Je ne suis pas une étoile, au contraire : moins les gens me regardent, plus je suis heureuse. Je vole entre eux, pour en apprendre un maximum, parce que l'information c'est le pouvoir. Tous les politiques, enfin en tous cas ceux qui ont réussi, vous le diront : il faut du savoir et du mensonge pour gagner.
- Grand-père et grand-mère ne sont pas particulièrement riches. Comment c'est possible que vous le soyez ? demanda la petite à son père.
- Je suis monté de plus en plus haut, je suis devenu de plus en plus influent. Et tu sais comment j'ai réussi ?
- Non.
- J'arrivais très bien à tout savoir, sur tout le monde. Et je m'arrangeais pour que les gens savent que je savais. Ainsi, ils craignaient que je révèle tout, que je les montre au grand jour dans toute leur laideur et leur horreur. Alors, ils m'aident à obtenir ce que je veux. Apprends à apprendre, et tu seras à l'abri de tous les dangers. Je ne t'ai jamais fait croire à toutes ces idioties qu'on raconte aux enfants. C'est parce que je ne voulais te donner que la vérité. Pour que tu saches le mieux possible la reconnaître, et que tu apprennes à l'obtenir par tous les moyens. Parce que je voulais que tu puisses être puissante et protégée. Pour que personne ne se risque jamais à te faire du mal. Si tu avais été stupide, je t'aurais appris à être charmante et fragile, parce que les gens préfèrent manipuler les jolies choses que les briser. Mais tu es très loin d'être stupide, alors je préfère t'apprendre à manipuler.
- Mais… est-ce que c'est bien de faire ça ?
- Victoria, les gens bien ne peuvent pas s'en sortir dans ce monde.
Mon père a toujours un sens bien à lui de la morale. Un sens très immoral, d'ailleurs. Mais il n'a pas totalement tord. Les gens comme Charlie ou Violet sont facilement brisables, et manipulables. On peut les tordre dans tous les sens, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus jamais retrouver leur forme d'origine.
En fait, la seule différence entre mon père et moi, c'est que lui utilise ses informations pour s'aider lui-même – avec de temps en temps des pensées pour les gens dont il partage le sang – alors que moi, je cherche aussi à protéger mes amis, et ceux qui ne méritent pas d'être brûlés par les étoiles.
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Je m'ennuie vraiment. Il s'est rien passé d'intéressant depuis avant-hier, l'histoire de la douche de Lovisa. Je sais pas ce qu'il se passe en ce moment, mais c'est vraiment le calme plat. Ma mère trouve cela reposant, je trouve cela assommant. C'est vraiment si dur pour les gens d'ici d'avoir des problèmes, d'être d'immenses connards ou de se faire arrêter par la police ?
Il n'y a pas une personne dans cette rue qui ait une vie intéressante. En fait, une maison de retraite est probablement palpitante à côté de ce quartier, voire même de la ville entière. Je donnerais n'importe quoi pour vivre dans une ville comme celles des séries américaines, là au moins il se passe quelque chose. Je pourrais peut-être demander à Swan si ça se passe vraiment comme ça. Et si c'est le cas, je me prends un billet dès que j'ai mes ASPICs.
- Victoria, votre père souhaiterais vous voir dans le salon, m'informe Abigail en entrouvrant la porte.
Dans quel genre de famille un père envoie quelqu'un chercher sa fille au lieu d'aller la voir lui-même ? Ah oui, c'est vrai : la mienne. Mais bon, même si je ne suis pas particulièrement proche de mon père, quand il a quelque chose à me dire, c'est toujours intéressant. Et je suis partante pour n'importe quelle distraction.
- Ah, tu es là, dit-il quand j'entre dans le salon. Assieds-toi, s'il te plaît.
Non, qu'il me demande de m'asseoir ne signifie absolument pas qu'il a quelque chose de particulièrement important à me dire. C'est simplement qu'il déteste avoir à lever les yeux pour regarder quelqu'un quand il lui parle. Cela lui donne sûrement un sentiment d'infériorité qu'il est incapable de supporter.
- Tu sais que l'un de mes plus importants associés et son fils viennent dîner ce soir ?
- Oui, je le sais.
Inutile de finir, je sais déjà ce que tu vas me demander.
- Je sens qu'il est de plus en plus réticent à continuer notre collaboration, or sa présence m'est profitable, puisqu'il s'agit d'un homme très influent. Son fils est très important à ses yeux. Si tu convaincs le jeune, le père suivra. Et il se trouve que ce jeune homme apprécie beaucoup, et même peut-être un peu trop, les jeunes filles. De ton âge par exemple. Si tu le charmes et qu'il te trouve à son goût, il poussera son père à signer un nouveau contrat extrêmement avantageux pour moi. Alors je veux que…
- Vous voulez que je séduise le fils.
- Exactement, et pas par ta finesse d'esprit.
Ce qu'il y a de bien avec mon père, c'est qu'il ne me prend pas pour une idiote. Il me parle clairement, directement, sans tenter mille-et-une formulations pour ne pas me froisser. Il me dit simplement qu'il faut que je charme ce type pour que son père signe le contrat. Rien de plus, rien de moins. Quelque part, j'en suis vraiment flattée. Pas de servir de pute, bien sûr, mais que mon père ait assez d'estime pour moi pour me dire clairement les choses. Il ne cherche pas à me manipuler et je suis sûrement la seule dans ce cas-là.
Même le reste de ma famille – y compris ma mère – est selon lui trop stupide pour avoir droit à une confiance et une honnêteté complète et inconditionnelle.
Alors, pour être digne de ce traitement de faveur, il faut que je fasse ce qu'il me demande, encore…
Enfin. L'homme était enfin parti. Victoria monta l'escalier aussi vite qu'elle le put, passa dans sa chambre et s'enferma dans sa salle de bain. Elle eut l'impression de laisser l'eau chaude lui brûler la peau pendant des heures.
Elle se sentait tellement sale, tellement impure. Elle avait l'impression que l'homme était encore là, à la regarder comme un adulte ne devrait pas regarder une fille de treize ans. Ses yeux l'avaient déshabillée pendant tout le repas, et elle sentait encore le nœud dans l'estomac qui l'avait empêchée de manger. Cet homme était répugnant, et pourtant elle était certaine d'être la seule à se sentir salie et humiliée. Elle avait eu l'impression de ne plus vraiment être humaine, de n'être qu'un objet posé là pour satisfaire ce type.
Les larmes se mêlaient à l'eau de la douche sur son visage. Elle n'était pas triste, pas effrayée. Elle était humiliée, et cela la faisait enrager. Cet homme la croyait idiote, pensait qu'elle était incapable de faire fonctionner son cerveau aussi bien que lui.
Elle sortit de la douche et se regarda dans le miroir. Elle eut un sourire mauvais, ses larmes avaient cessé. C'était lui l'imbécile. Lui, qui se laissait guider par ses désirs de chair. Elle, elle venait d'apprendre qu'elle pouvait, contrairement à beaucoup, utiliser son corps pour obtenir ce qu'elle voulait. C'était une leçon importante, et elle n'était pas près de l'oublier.
C'est juste après cet été que j'ai commencé à coucher avec des gens pour qu'ils me disent ce qu'ils savaient. C'est à ce moment-là que j'ai compris que mon apparence était une arme naturelle et redoutable. C'est ce qui me différencie de la plupart des gens : depuis ce jour-là, j'ai compris que je pouvais me servir de mon corps, que ce n'était pas me salir, juste me rendre plus intelligente qu'eux. Ils se laissent gouverner par les plaisirs physiques. Et surtout, ils me prennent pour une idiote frivole de m'offrir si facilement, sans rien demander en échange, alors ils baissent leur garde. Et je prends ce qu'il me faut, et un peu plus, une sécurité. Je les dépouille sans même qu'ils s'en rendent compte.
Ils sont sales de s'être laissés manipulés, et moi je suis un peu plus puissante. Et le secret, c'est surtout de leur donner l'illusion, par un regard, un geste ou une parole, qu'ils sont spéciaux. Ils sont comme tous les autres, je le sais, mais eux veulent croire le contraire. Je n'ai qu'à leur donner l'impression qu'ils sont incroyablement intelligents, drôles ou – la majorité du temps – que ce sont des dieux du sexe, et ils se sentent pousser des ailes. Alors, ils me déballent tous leurs secrets, sans se rendre compte que je finirais tôt ou tard par les utiliser contre eux.
Le savoir, c'est le pouvoir. Les scrupules sont des freins, et j'ai détruits les miens. Parce que la vitesse – et la puissance – c'est enivrant, fascinant, et génial. Si je peux en profiter, je ne vois pas pourquoi je me priverais.
La morale a été inventée par les faibles.
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Ça marche encore mieux que je ne l'aurais cru. La robe courte et décolletée, qui en laisse voir juste assez, combinée à des talons aiguilles et à la bonne attitude, c'est magique. Je laisse la pointe de mon pied courir sur sa jambe, et je peux voir le désir s'allumer dans ses yeux. Je n'ai qu'à me mordiller la lèvre et il décroise mes jambes de force.
Je sais bien que les gens sont manipulables, mais celui-là l'est particulièrement. C'est un jeu d'enfant. Un regard échangé avec mon père confirme mon impression : c'est dans la poche. De toutes façons, je n'ai plus beaucoup de temps, le repas est presque fini. Mais ce n'est pas parce que c'est déjà gagné qu'il faut se relâcher. Sinon, il cessera d'avoir l'impression d'être spécial, et c'est la clé.
Alors que le père et le fils vont partir, je n'ai qu'à me pencher – sans plier les jambes, évidemment – pour ramasser le portefeuille du Manipulable et à le lui rendre avec un clin d'oeil plein de faux sous-entendus pour être sûr de le garder sous emprise. Ils quittent la maison, et il m'adresse un regard qu'il croit séduisant.
- Tu as été parfaite, lâche mon père alors qu'Abigail referme la porte.
- Il m'a largement facilité la tâche. Je ne crois pas avoir déjà vu qui que ce soit d'aussi manipulable. Je pense sincèrement qu'il voulait que je le manipule. Ou plutôt, il voulait me manipuler, enfin, me draguer.
- L'arroseur arrosé.
- Pas pour lui, c'est ça le plus drôle.
- Drôle ?
- Oui. Il croit être le gagnant, que c'est moi qui ait été séduite, alors que c'est le contraire et que je le tiens en laisse. Il a l'impression d'être le meilleur, et son égo est tellement surdimensionné qu'il va garder ce sentiment d'être puissant tant qu'il n'aura pas été écrasé.
- Tu as raison. S'il reprend l'affaire de son père, je n'aurais rien à craindre. Les gens prétentieux sont les plus manipulables pour ceux qui ont un peu d'expérience. Et en plus, celui-là est stupide et si favorisé depuis l'enfance qu'il pense que tout lui tombera toujours tout cru dans la main.
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- Victoria ? appelle ma mère en entrant dans ma chambre.
- Qu'y a-t-il, mère ?
- Voilà, j'ai reçu une lettre de Gabriella, elle… elle est très Malade.
Mon cœur vient de s'arrêter. Ça ne peut pas être vrai. Pas elle, pas ma tante. Elle ne peut pas tomber Malade. Les scientifiques du monde entier disent que la Maladie recule, qu'il y a de moins en moins de cas. Alors pourquoi ? Pourquoi elle, pourquoi ? Il y a des milliards d'autres gens, alors pourquoi ? Qui n'importe qui d'autres tombent Malades, je veux bien, mais pas elle. Tout le monde, sauf Gaby. C'est la seule personne de cette famille de fous à laquelle je tienne vraiment, la seule avec qui je me sente bien.
Ma mère est partie. Je ne m'en suis même pas rendue compte tout de suite. J'ai l'impression que le monde entier est devenu trouble, mais peut-être que ce ne sont que mes larmes qui me donnent cette impression.
- Vicky-chou, tu es prête ?
- Je suis là, Tante Gaby.
- Allez, viens. Les Seychelles ne vont pas nous attendre éternellement. Enfin si, c'est plutôt le vol qui risque de partir sans nous. Tant pis, s'il le faut, on y ira à la nage.
La femme et l'adolescente quittèrent la maison et, à peine la porte fut-elle fermée, Gabriella ajouta :
- Et partir loin de cette maison de tarés te fera le plus grand bien. C'est heureux que tu aies ce pensionnat. C'est d'ailleurs la seule chose bien que t'ai offerte mon idiot de beau-frère. Au moins, ça te permet de quitter cet endroit de malheur la majorité du temps. C'est bon pour ta santé mentale.
- Tante Gaby, tu sais que je n'aime pas que tu insultes Père. Et il est tout sauf idiot.
- Tu as raison, il est bien plus méchant que bête. Ou plutôt non, il est malveillant. Mais bon, ne parlons pas des sujets qui fâchent, et pensons à nos chères vacances. Quand tu retourneras en classe, tu seras entourés de ces gens qui auront la peau pâle du Noël au Royaume-Uni, et toi tu pourras crâner avec ton bronzage.
- Non, au mieux je pourrais crâner avec mes tâches de quasi-rousseur et mes coups de soleil. Ce qui est beaucoup moins efficace, tu en conviendras.
- Voyons, Vicky-chou, tu n'as jamais pris de coups de soleil, tu le sais.
- Eh bien, il y a un début à tout, non ?
- Cesse donc d'être si négative, tout va très bien se passer !
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Victoria était allongée dans son lit, pleurant toutes les larmes que contenaient son corps, lorsque sa tante entra dans la chambre. Gabriella avança le plus doucement possible puis s'assit à côté de sa jeune nièce.
- Qu'est-ce qui se passe, mon ange ?
La fillette n'arriva même pas à répondre. Ou alors, elle ne voulut pas. En fait, elle ne savait pas vraiment pourquoi elle pleurait. C'était l'accumulation de tellement de choses différentes. Sa fatigue, les exigences de son père, l'indifférence de sa mère, sa solitude… Elle aurait donné n'importe quoi pour être quelqu'un d'autre, mais c'était impossible.
- Chut… Tout va s'arranger, tout s'arrange toujours, ma chérie. Je ne laisserai jamais personne te faire du mal, je serai toujours là pour te protéger. Tu n'as pas à t'inquiéter. Même si tout le monde te tournait le dos, je serais toujours là. Tu ne seras jamais seule, ma princesse, jamais. Je ne te laisserai jamais être seule.
Je ne sais même pas si je veux y aller. Je déteste les hôpitaux, et je sais que Tante Gaby n'aime pas être vue quand elle est vulnérable. De toutes façons, elle est trop forte, bien trop forte pour mourir. Pourtant, personne ne guérit de la Maladie. Ça devait être tellement bien, avant qu'elle n'existe. Et ce sera génial quand elle n'existera plus.
Mais personne n'en guérit. Il faut que je me rende à l'évidence, Tante Gaby aussi va mourir. Comme tous les autres. C'est la seule possibilité. Alors il faut que j'y aille, que je lui rende visite. Au moins une fois, pour lui dire adieu.
- Je crois que je vais mourir d'ennui, si ça ne s'arrête pas dans les dix minutes, glissa Gabriella à sa nièce. J'ai toujours détesté les enterrements, c'est tellement rasoir. Là, je voudrais pouvoir être en train de manger une immense glace. Dans un immense cornet, avec tellement de boules qu'on ne peut même pas les compter. C'est ça que je voudrais être en train de faire, au lieu d'écouter ce type parler pendant des heures. De toutes façons, les morts s'en fichent qu'on aille à leurs enterrements, ils sont morts.
- C'était quand même ta mère, Tante Gaby.
- Oui. C'était. Et elle aussi détestait les enterrements, je suis certaine que si elle avait été vivante, elle ne m'aurait pas obligée à venir ici. Et toi non plus, d'ailleurs. La vie est trop courte pour qu'on la passe à parler de ceux qui l'ont perdue, tu ne penses pas ?
C'est parce que Tante Gaby détestait les enterrements que je ne suis pas allée au sien. Parce qu'elle détestait les hôpitaux que je ne suis allée la voir qu'une fois. C'est ma façon à moi de lui rendre hommage, en montrant que je me souviens de la personne qu'elle était.
Mais apparemment, je suis la seule à penser ainsi. Tout le monde me juge méchante et irrespectueuse. Ils ne comprennent pas que je n'ai jamais respecté Gaby ? Je l'ai aimée, c'est loin d'être la même chose. Mais personne ne comprend ça. Personne ne comprend que je n'ai pas besoin de m'habiller en noir pour regretter sa mort. Personne ne comprend que c'est un morceau de mon cœur qui est devenu noir, que c'est déjà bien assez, qu'il n'y a pas besoin que je fasse la même chose avec mes vêtements.
J'ai l'impression que tous les autres ont oublié quel genre de personne elle était. Leurs mascarades, qu'ils appellent hommages, me fatiguent. Tout ça est tellement faux, tellement hypocrite, tellement opposé à ce qu'elle était.
J'ai envie de leur hurler d'arrêter, de la laisser reposer en paix. De faire ce qu'elle aurait voulu qu'on fasse, c'est à dire continuer à vivre normalement. J'ai envie qu'ils arrêtent de la plaindre d'être morte si jeune, parce qu'elle avait horreur de la pitié.
La pitié. C'est ce qu'il y a dans leurs regards à tous. Une pitié sale, intéressée et mauvaise. Une pitié écœurante et insupportable, cette pitié que j'ai envie de leur retourner. Ils sont pitoyables, avec leurs manières et leur fausseté. Pitoyables à oublier si vite, à ne vivre que pour le paraître, à ne jamais réfléchir à autre chose qu'à ce que les gens peuvent bien penser d'eux.
Ils me dégoûtent. Ils m'écœurent. Ils m'insupportent. Ils m'énervent. Ils me plaignent parce qu'ils pensent que je me sens vide. Mais c'est le contraire. Ils sont vides, à n'avoir que des sentiments de façades, des masques pour paraître agréables.
Moi, je trop pleine. Pleine de tristesse, de rage, de manque. Mais aussi pleine de souvenirs d'un temps révolu, celui où elle était en vie. Elle me manque, mais j'ai l'impression d'être la seule à vraiment la regretter. Tous les autres font semblant, et ils me donnent envie de vomir.
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Demain, je vais retourner à Poudlard. Je n'ai pas vraiment envie d'y aller, je voudrais pouvoir continuer à être dans mon lit à pleurer. Mais d'un autre côté, aucun endroit ne peut être pire qu'ici. Alors j'ai envie que le train arrive maintenant, qu'il n'arrive jamais.
Je suis perdue, je crois qu'au fond même moi je ne sais plus ce que je veux, ce que j'aime, ce que je hais, ce que je ressens. Mais je le sais quand même mieux que personne, parce que j'ai passé des années à m'assurer d'être la seule à me connaître parfaitement. Devant tous les autres, j'ai menti.
Juste un peu, juste ce qu'il faut pour qu'ils ne sachent pas qui je suis, qu'il ne le sache pas totalement. Sauf avec Gaby. Avec elle, j'étais totalement, uniquement et parfaitement honnête. Mais elle est partie, maintenant.
Il y a bien Clémie, à qui j'ai toujours dit la vérité. Mais on est légèrement différente. Alors que Gaby était vraiment comme moi. C'est ça qui fait toute la différence. Clémie est une sœur, là où Tante Gaby était un peu plus. Je ne sais pas réellement ce qu'elle était, mais elle était plus. Était.
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Je suis assise par terre, je fixe quelque chose qui n'existe pas. Le train ne va pas partir tout de suite, mais j'avais envie d'être en avance. D'arriver avant qu'il n'y ait trop de gens, et j'ai réussi. Mon jean va être sale, mais je m'en fiche. Je me sens mieux que n'importe quand depuis la mort de Gaby.
- Ça va ? murmure la voix de la fille qui vient de s'asseoir à côté de moi.
C'est Violet. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas entendu sa voix. Comme si elle avait fait partie de quelque chose qui remontait à bien trop longtemps pour que je m'en souvienne parfaitement.
- Ma tante est morte. Maladie.
C'est tout ce que j'ai eu la force de dire. Vi me prend dans ses bras. C'est quelque chose de tout simple, d'anodin, et pourtant j'ai l'impression que c'est ce après quoi j'ai couru sans m'en rendre compte depuis la mort de Gaby.
- Tu ne seras jamais seule, ma princesse, jamais. Je ne te laisserai jamais être seule.
Elle avait raison. Même maintenant, même si elle est morte, j'ai toujours mes amis. Tout va bien se passer, j'en suis persuadée. Parce que Violet est là, parce que d'autres vont nous rejoindre. Tout va bien se passer.
- Si un jour tu as l'impression que les choses vont si mal que ça ne pourrait même pas s'aggraver, pense à tout ce que tu as un jour aimé, même si tu as fini par le perdre. Parce que personne ne pourra jamais te prendre tes souvenirs, et le bonheur que tu as ressenti, même s'il appartient au passé. Chacun des instants que tu as vécu est à toi, aujourd'hui et pour toujours. Quoi que puissent en dire les autres, le moindre de tes sourires est éternel. Parce qu'un souvenir est réel et immortel. Ne laisse jamais personne te faire croire le contraire.
Victoria écoutait attentivement sa tante. Les larmes avaient cessé, laissant place à de l'admiration et de l'amour. Si sa tante était là en ce moment, elle le serait toujours, quoi qu'en disent ceux qui prétendaient tout savoir sur tout.
- Et si je n'arrive pas à me souvenir ?
- Ton cœur y parviendras toujours, Vicky-chou. Parce qu'il a la meilleure des mémoires pour ce qui compte le plus : les émotions. Tant que tu as ton cœur, tu pourras toujours te sortir de toutes les situations, même les plus dures, les plus horribles. Même quand tu n'y croiras plus, ton cœur ne perdras pas espoir. Parce qu'il en est incapable. Aies confiance en lui, il est le meilleur et le plus fort de tes alliés. Tant qu'il est là et que tu ne laisses personne le détruire, tout ira bien. Ma chérie, tu es forte, bien plus que tous ceux qui t'ont fait du mal un jour, ne l'oublie jamais. Parce que si tu ne te rappelles pas ça, ton cœur n'arrivera pas te convaincre que tu es quelqu'un de vraiment bien. Alors que c'est le cas, et que c'est ce qui te permettra de survivre à tout. Souviens-toi aussi que les morts sont toujours là. Dans ton cœur, dans ton esprit, et dans tous les endroits où ils sont un jour allés. Et ils ne veulent que ton bien. Alors au lieu de les pleurer, honore-les. C'est ce qu'ils veulent le plus. Ils peuvent très bien se pleurer eux-mêmes. Et la plupart l'ont déjà bien assez fait quand ils étaient vivants.
- Tu le crois vraiment ? Tout ce que tu me dis, tu en es vraiment persuadée ?
- Bien sûr. Je ne mens jamais aux gens que j'aime. Maintenant, voyons voir si tu m'as bien écoutée. Que dois-tu faire si tu vas mal ?
- Me rappeler de tous mes moments de joie, parce qu'ils sont éternels.
- Exactement, ma chérie. Maintenant, dors. Laisse ton cœur chanter ton rire à la Lune. Et surtout, laisse cette musique te bercer. Bonne nuit, mon ange. Bonne vie, mon ange.
