Harry reprenait tranquillement son travail. Il n'avait pas pu rester plus longtemps enfermé chez lui et Ginny avait fini par le laisser partir. Du fait de sa convalescence, Moore le laissait plus souvent au bureau. Si les Briscards n'avaient signalé aucune attaque de Vampires, cette période de terreur rendait la population turbulente et agressive.
Plusieurs actes de Magie Noire contre des supposés loups-garous ou Vampires avaient été commis. On ne listait plus les vols, les effractions, les agressions de toutes sortes, ni les enlèvements – le dernier en date étant celui de Terence Higgs, que sa petite amie, Marietta Edgecombe, était venue déclarer deux jours après le retour de Harry. Sans compter les meurtres maquillés de façon plus ou moins réaliste en agression d'une des deux créatures.
Une vieille femme avait été retrouvée totalement éviscérée, mais ces blessures étaient d'une telle netteté qu'il ne faisait aucun doute sur l'espèce du coupable. Le meurtrier était un homme d'une quarantaine d'année, se disant anti-loups-garous et cherchant leur extermination après l'agression de sa petite fille de trois ans. La jeune fille n'avait pas survécu à sa première transformation et son père l'avait retrouvée morte le lendemain matin, dans leur cave barricadée.
Hermione avait participé à l'audience devant le Magenmagot et était rentrée tard le soir chez elle, profondément attristée par l'histoire du père. Ce dernier avait été, bien évidemment, condamné à une incarcération à vie à Azkaban. Il n'avait su donner de raison valable au choix de sa victime, et les juges-mages l'avaient déclaré fou. Trois jours plus tard, la jeune femme avait présenté un projet de loi visant à une incarcération, couplée d'un suivi psychologique, pour les cas similaires. Robards, le Président-sorcier du Magenmagot, avait étudié le cas avec intérêt, comme il le faisait toujours, mais avait bien précisé à Hermione que ce projet avait peu de chance d'aboutir, malgré tout le bon sens dont il disposait.
À côté de ces enquêtes parasites, les recherches sur le sceptre de Mulcahy continuaient. Tout laissait penser que les Mangemorts avaient réussi à fuir dans un pays étranger, car aucune trace d'eux ne fut retrouvée nulle part au-delà de l'Irlande.
On supposait qu'ils avaient dû utiliser un Portoloin détourné pour se rendre dans un pays lointain, afin d'échapper à la fois aux Aurors et aux Vampires, du moins pour un certain temps. De là, il était aussi possible qu'ils soient partis n'importe où, ou bien restés dans le pays d'accueil. Les services de chasseurs de Mages Noirs des pays alliés avaient été contactés et une réunion entre les différents Directeurs était prévue dans la dernière semaine de juillet.
La phase lunaire tant redoutée arriva finalement, au grand dam d'Ospicus. Ce dernier doubla les effectifs pour la surveillance des points sensibles et décida de suspendre toute enquête qui n'était pas liée au sceptre. Les Briscards étaient déjà déployés sur l'ensemble du territoire, prêts à intervenir.
Harry restait cantonné à la protection du Ministère et, par soutien envers son ami, Ron restait avec lui. Mais le jeune Auror savait que c'était pour se trouver près d'Hermione et s'assurer que tout allait bien pour elle. Il avait demandé à Ginny de se rendre chez ses parents, où elle serait plus en sécurité. Un détachement d'Aurors fut affecté à Poudlard, qui pouvait être une cible susceptible d'attirer les créatures magiques, pour le nombre de proies faciles qu'elle proposait.
Il était déjà plus de sept heures lorsqu'un terrible hurlement leur parvint du couloir. Harry leva la tête de ses dossiers, comme la quinzaine de sorciers et sorcières présents. Son premier réflexe fut de prendre sa baguette. Puis il se leva et suivit les Aurors qui se pressaient déjà devant la sortie. Les sorciers présents dans le couloir se trouvaient dans le même état de surprise et d'incompréhension. D'où avait bien pu provenir ce bruit si étrange, terrible et glacial ?
Ospicus se fraya un chemin jusqu'à Gwenvael et plusieurs autres Directeurs de Départements. Puis ils se dirigèrent vers les ascenseurs, mais aucun ne répondit à leur appel. Harry remarqua alors que les fenêtres magiques étaient devenues noires, sans étoiles, ni nuages, ni lune. Il distingua la chevelure d'Hermione au milieu des autres sorciers. Elle se tenait près de la porte menant au service administratif du Magenmagot et était visiblement inquiète. Ron essaya de se frayer un chemin jusqu'à elle, tandis que Moore arrivait derrière Harry.
« J'ai un très mauvais pressentiment, déclara-t-il.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit le jeune sorcier.
— À mon avis, il a dû se passer quelque chose dans l'Atrium, supputa son chef d'équipe. Et il semblerait qu'il soit coupé du reste du Ministère. »
Le Ministre de la Magie sortit alors d'un des ascenseurs. Kingsley, suivit de son cabinet, s'approcha de Gwenvael. Ils parlèrent avec animation, puis se tournèrent vers Ospicus qui hocha lentement la tête. Ce dernier retourna vers les Aurors, la mine grave.
« Qu'est-ce qu'il se passe, William ? demanda Moore.
— Il est possible que nous soyons l'objet d'une attaque, révéla alors le Directeur du Bureau des Aurors. L'Atrium et les niveaux supérieurs ne répondent plus. Les Jeux et Sports magiques ont eu le temps de signaler un fort tremblement et un cri venant d'au-dessus avant de couper à leur tour les communications.
« Le Ministre a envoyé des notes, aucune réponse pour le moment. Le Département des Transports a vérifié s'il y avait eu des transplanages dans l'enceinte du Ministère : pas plus que d'habitude. Ils ont envoyé des sorciers voir ce qu'il se passait. En attendant, tous les autres Départements sont en train de descendre au niveau un pour mettre en place notre stratégie.
— Et nous, que fait-on ? questionna Moore.
— Tu vas me prendre cinq Aurors avec toi, vous évacuez le Ministre, ordonna Ospicus. Vous allez au Chemin de Traverse pour ensuite utiliser une des cheminées afin de vous rendre dans un lieu sécurisé. Les autres Aurors vont venir avec moi afin d'essayer de repousser l'attaque.
— Par où on passe pour sortir ?
— On va essayer de vous frayer un chemin jusqu'à la zone de transplanage.
— Dois-je prendre des Aurors en particulier ?
— Qui tu veux. Cinq, c'est tout. »
Moore se retourna vers les Aurors restant. De leur équipe, seuls Harry et Ron étaient présents. Dean et Goodlight étaient affectés à Poudlard. Harry vit qu'il y avait également Rox Klein et Liliane Doubt. Moore regarda chacun des membres présents, pesant le pour et le contre. Puis il s'éclaircit la gorge :
« Potter, Weasley, Klein, Keogh et Llywarch, vous venez avec moi ! »
Moore regarda chacun des Aurors qu'il avait choisis, puis leur fit un signe de la main, les invitant à le suivre. Deux Aurors emboîtèrent le pas à Harry. Il les connaissait vaguement pour avoir parlé avec eux quelques fois.
Adelhaidis Keogh était une femme d'une trentaine d'années plutôt gracile. Son visage encadré par de longs cheveux bruns et ses doigts étaient extraordinairement fins et délicats. C'était également une sorcière extrêmement intelligente et très habile – Harry avait appris qu'elle avait joué au poste d'Attrapeur dans l'équipe de Serdaigle avant qu'il n'arrive à Poudlard –, ce qui en faisait une Auror redoutable.
L'autre sorcier, Casvelyn Llywarch, était un homme d'une quarantaine d'années et, pour ainsi dire, le plus grand et massif du Bureau : haut de plus de deux mètres, il était si large d'épaules qu'il pouvait cacher deux personnes derrière lui. C'était un sportif accompli qui n'hésitait pas à se battre au corps à corps si le besoin s'en faisait sentir. Jusqu'à maintenant, aucun sorcier ne lui avait échappé et tous ceux qu'il avait capturés en gardaient un souvenir très intense. Pour certains d'entre eux, l'unique mention du nom de l'Auror suffisait à les plonger dans un silence sans fin.
Harry vit Ron embrasser Hermione tendrement avant de rejoindre le groupe. Il observa le même regard dans les yeux de ses amis : la peur et l'amour. La gravité de la situation le frappa de plein fouet. Il se faisait également du souci pour son amie, mais peut-être pas autant que Ron. Et c'était tout à fait logique : ils n'étaient pas seulement ses meilleurs amis, ils formaient un couple comme les autres qui affrontent une menace terrible.
Kingsley salua d'un signe de la tête, les Aurors chargés de sa protection, puis tous se mirent en route vers l'un des ascenseurs. Ospicus et le reste des Aurors prirent les premiers puis montèrent directement. Kingsley et l'équipe de Moore prirent les suivant.
Le Ministre se plaça au centre des cinq Aurors assurant sa protection, mais Harry vit du coin de l'œil qu'il tenait lui aussi sa baguette prête à l'attaque. Il vit passer devant lui le niveau six, lorsque les bruits d'un rude combat parvinrent à leurs oreilles. Le jeune Auror eut un réel choc en voyant le niveau sept, totalement ravagé dans lequel des sorciers et des loups-garous se battaient à mort. Les affiches de Quidditch, ou du moins ce qu'il en restait, volaient dans le couloir, ainsi qu'un épais nuage de poussière.
Le chaos disparut aussi vite qu'il était apparu, plongeant l'ascenseur dans un silence angoissé, mais il fut remplacé quelques secondes plus tard par une nouvelle scène, encore plus impressionnante. Lorsque les grilles s'ouvrirent, Harry distingua le groupe d'Aurors se tenant à quelques mètres d'eux, lutter contre d'autres loups-garous. La plupart étaient totalement transformés, d'autres étaient en cours de transformation. Enfin, un petit nombre avait encore une forme humaine mais agissait avec la même bestialité que leurs semblables.
Les hurlements des créatures se mêlaient aux cris d'horreur des sorciers qui tentaient en vain de fuir les lieux et aux ordres que donnaient ceux qui essayaient de repousser l'attaque. Harry fut à peine rassuré de voir que les Lycanthropides de l'Unité de capture des loups-garous étaient tous présents – accompagnés de leurs collègues du Département de Contrôle et de Régulation des créatures magiques –, mais il n'y avait pas l'ombre d'un seul Briscard. Soit ils étaient occupés ailleurs, soit ils n'avaient pas encore eu le temps de rejoindre le Ministère.
« On essaye de rejoindre la zone de transplanage sans se faire mordre, exposa Moore. Compris ? Évitez absolument tout contact physique avec l'un d'entre eux, qu'ils soient transformés ou non !
« Monsieur le Ministre, je vous interdis de vous trouver à plus de cinq centimètres de mon bras, c'est entendu ? Je sais que vous aimez le duel et que vous êtes un Auror accompli, mais mon boulot est de vous protéger et de vous amener en un seul morceau dans un lieu sécurisé. Le vôtre est de faire ce que je dis. Je ne préfère pas savoir ce qu'il se passera si vous vous faites mordre.
« Prêts ? En avant ! »
Les Aurors se lancèrent dans la mêlée, Kingsley restant aux côtés du chef d'équipe. Klein l'encadra de l'autre côté. Harry et Ron restèrent en arrière tandis que Keogh et Llywarch essayaient de tracer le chemin. La zone de transplanage n'était pas très loin de leur position, mais il leur était impossible d'avancer sans se faire remarquer.
À peine avaient-ils fait trois mètres qu'un loup-garou se jeta sur Keogh, qui dut bondir sur sa droite pour l'éviter et créa, au passage, une brèche jusqu'au Ministre. Klein lança un sortilège de Stupéfixion sur le loup-garou, mais le rata. Llywarch fut plus chanceux et réussit à écarter la menace, mais aussitôt, une nouvelle se présenta et il fut bientôt à terre, se débattant avec son nouvel adversaire. Cependant, le sorcier prit rapidement le dessus et put réintégrer la formation.
Harry vit que d'autres loups-garous approchaient et il poussa le Ministre devant pour le faire avancer : ils devaient à tout prix rester en mouvement, c'était leur meilleure protection. Moore ne fit aucun commentaire, signifiant qu'il avait eu la même idée. Klein aida Keogh à se relever et le groupe continua sa route. Harry marchait à reculons pour s'assurer qu'on ne les prenait pas à revers. À sa gauche, Ron faisait la même chose.
Tous deux lançaient plusieurs salves de sortilèges pour ralentir la horde de créatures magiques, mais celles-ci devaient être une centaine. La plupart étaient occupées avec d'autres sorciers, cependant le jeune Auror en voyait une petite dizaine face à lui qui se faufilait entre ses sortilèges. Et, de toute évidence, Moore, Klein et Keogh avaient le même problème. Il se retourna pour voir où ils en étaient. La zone de transplanage semblait lointaine et un combat entre loups-garous et sorciers s'y déroulait. Malheureusement, il leur était impossible de ralentir, ils devaient continuer.
Harry pointa sa main droite vers les loups-garous qui se précipitaient vers eux, fendant l'air avec sa baguette, tandis qu'avec sa main gauche, il essayait de pousser Kingsley pour le faire avancer. Par chance, aucun des loups-garous n'utilisait de baguette magique. Dix minutes plus tard, ils se trouvaient à moins de dix mètres de la zone de transplanage, qui était la proie d'un combat violent. Du coin de l'œil, Harry vit plusieurs corps affreusement mutilés, certains bougeant encore, essayant d'échapper à ce carnage. Avec horreur, il en vit un transplaner, mais laisser derrière plusieurs de ses organes.
« Nous devons continuer, hurla Moore. Nous y sommes presque ! »
Klein leur fit signe de passer devant, tandis que lui-même assurait l'arrière. Le spectacle parut encore plus horrible aux yeux de Harry. Le sang recouvrait presque tout le carrelage dans cette partie de l'Atrium. Moore força Kingsley à se baisser, tentant de le cacher aux yeux des créatures, et les cinq Aurors restants formèrent un cercle autour de leur Ministre.
Les employés du Ministères déjà présents avaient remarqué la manœuvre et essayèrent de les couvrir, mais les loups-garous aussi semblaient l'avoir comprise et ils redoublèrent d'agressivité. Harry détourna les yeux une fraction de seconde lorsqu'il vit une des créatures attraper la tête d'un des sorciers et la faire tourner. Le hurlement qui s'en suivit, brusquement interrompu par un horrible craquement, lui suffit pour comprendre. Cependant, une autre créature profita de cette inattention pour attaquer sur son flanc et Harry se jeta sur le côté pour éviter la masse imposante du monstre. Moore remarqua le mouvement et essaya de combler le trou, mais il fut alors emporté par une autre créature.
Harry tenta de la stupéfixer, mais rata sa cible. Klein lança alors un Sortilège de la Mort et le loup-garou s'effondra sur Moore. Celui-ci réussit à se dégager péniblement de sous le corps immense. Harry et lui prirent leurs positions et ils arrivèrent enfin dans la zone de transplanage. Mais avant qu'ils n'aient pu tourner sur eux-mêmes, un loup-garou bondit par-dessus les deux sorciers et s'écrasa sur Kingsley, qui laissa échapper sa baguette.
La bête devait faire deux fois la taille d'un loup-garou normal, peut-être même trois fois. En fait, il devait faire largement plus de cinq mètres. Même Kingsley paraissait minuscule sous ses pattes immenses et sa gueule monstrueuse. Il tenta de repousser la gueule grande ouverte de son adversaire, les crocs – eux aussi d'une taille prodigieuse – dangereusement proches de sa tête.
Moore et Klein tentèrent de le stupéfixer, sans succès. Ils se jetèrent alors sur la créature, Keogh se joignant à eux en réussissant à grimper sur le dos de la bête. Ils la firent dévier sur le côté, libérant ainsi le Ministre. Cependant, d'autres vinrent aider leur congénère, mais Harry, Ron et Llywarch s'étaient déjà mis en position autour de Kingsley.
« Transplanez ! » ordonna Moore, en lutte avec le monstre. « Tout de suite ! »
Harry hésita quelques secondes, se demandant s'il devait abandonner son supérieur. Mais lorsque Ron lui attrapa le bras, il agrippa celui de Kingsley et assura la prise de son ami. Puis il se sentit poussé de force dans un tuyau en plastique avant d'enfin pouvoir reprendre sa respiration. Harry cligna des yeux, essayant de s'habituer à l'obscurité. La rue était faiblement éclairée, mais il était certain de ne pas être au Chaudron Baveur.
« Weasley, nous devions aller au Chaudron Baveur ! réprimanda Llywarch.
— Je sais, mais je voulais être sûr qu'un loup-garou ne nous avait pas attrapés au moment de transplaner. Nous aurions eu l'air fin. Vous allez bien, Monsieur le Ministre ?
— Oui, merci Ron, rassura-t-il.
— Je propose qu'on file toute de suite, convint Harry. Je ne sais pas où tu nous as amenés, mais je préfère quitter cet endroit.
— Et pourtant, vous allez rester ici ! » s'exclama une voix sortie de l'ombre.
Aussitôt, les Aurors formèrent un mur autour de Kingsley, essayant de localiser l'origine de la voix. Ils n'eurent pas à attendre longtemps : l'éclairage de la rue s'intensifia de lui-même et Harry reconnut une des banlieues de Londres. Puis une silhouette apparut lentement à quelques mètres d'eux, sortant du néant. Le jeune Auror comprit qu'elle avait dû être désillusionnée et qu'elle venait de lever le sortilège.
Son sang se glaça lorsqu'il vit le teint extrêmement pâle et les yeux sombres de la personne en face d'eux. Il ne pouvait s'agir que d'un Vampire. Llywarch et Ron en parvinrent à la même conclusion car chacun fit apparaître des gousses d'ail autour d'eux. Harry se demanda si c'était un piège, mais de toute évidence, le Vampire devait se trouver au Ministère et avait dû les attraper avant le transplanage. Il n'y avait aucune autre explication logique.
« Vous avez peur ? » s'amusa le Vampire d'un ton voluptueux, reculant tout de même de quelques pas. « Vous utilisez tout de suite les grands moyens, mais vous me croyez assez sot pour ne pas avoir prévu mon coup ? Je suis seul face à quatre sorciers et même si mon espèce est infiniment supérieure à la vôtre, mes chances de succès ne sont pas assurées. C'est pour cela que je vous ai concocté une petite surprise. »
D'un large mouvement de bras qui fit pointer les trois baguettes, leur ennemi décrivit un cercle dans l'air. Puis une cage immense apparut à ses côtés. Harry pensa qu'elle avait dû être désillusionnée elle aussi, mais sa taille était trop imposante pour que Ron ait réussi à transplaner avec. Le Vampire avait dû la faire apparaître grâce à la magie. En revanche, ce qui se trouvait à l'intérieur ne laissait aucune place au doute.
Un immense Pansedefer Ukrainien, le plus grand des dragons, dormait paisiblement dans la cage. Son ronflement était un bruit sourd et très grave. Le Vampire sourit devant la panique des sorciers : ils se trouvaient dans un quartier résidentiel et un dragon n'avait, de toute évidence, rien à y faire.
« Je vais vous laisser vous amuser avec notre ami. Bonne chance, Monsieur le Ministre. »
Puis il fit disparaître la cage d'un mouvement de bras. Il s'approcha du dragon, près de la gueule, et posa affectueusement sa main sur le museau. Quelques secondes plus tard, Harry vit l'immense animal s'animer. Ses ailes gigantesques se déplièrent, emplissant toute la rue pourtant très large, sa queue fouetta l'air derrière lui avant de retomber lourdement sur le sol. Le Vampire choisit ce moment pour se volatiliser.
« Dites-moi qu'on peut transplaner ? exigea Ron.
— Impossible, avoua Llywarch. Un sortilège d'antitransplanage a été posé.
— Harry, tu ne veux pas appeler Hagrid ?
— Désolé, j'ai oublié ma chouette », répliqua-t-il à la blague de son ami.
L'immense tête de l'animal, qui devait faire près de deux mètres à elle seule, s'anima à son tour. Elle se leva du sol, se secoua quelques instants puis bailla fortement, laissant un rugissement grave et puissant faire vibrer l'air. Les alarmes des voitures se déclenchèrent, ce qui finit de réveiller le Pansedefer, qui n'aimait visiblement pas ce bruit strident. D'un coup de queue, il détruisit une voiture derrière lui.
Harry vit des gens regarder par la fenêtre et, malgré les murs, il entendit leurs hurlements. Les yeux rouge foncé de l'animal se posèrent sur les sorciers, dont les baguettes étaient pointées vers lui. Cette fois-ci, le rugissement fut si puissant qu'ils furent jetés à terre. Le dragon se leva complètement, battant de ses ailes dépliées et provoquant un incroyable déplacement d'air. Il se dressa sur ses pattes arrière, la tête tournée vers le ciel, les ailes totalement déployées.
Ce fut à ce moment que Harry put prendre en considération la taille gigantesque de l'animal : il devait mesurer plus de quinze mètres de long avec la queue et son envergure devait être proche des vingt, peut-être vingt-cinq, mètres. Ses puissantes pattes arrière soutenaient l'immense animal, qui cracha à plusieurs reprises des flammes d'au moins dix mètres. Il finit par retomber lourdement sur ses pattes avant, faisant trembler toute la rue.
Les Moldus sortirent de leurs maisons, affolés, leurs cris provoquant un peu plus la fureur du dragon et les Aurors lancèrent plusieurs sortilèges pour protéger les habitants du quartier. Kingsley resta près de Llywarch, qui était le seul à pouvoir le dissimuler efficacement. Cependant, ils ne purent protéger tout le monde et au bout de cinq minutes, plusieurs torches humaines déferlaient dans la rue.
Harry essaya de les éteindre du mieux qu'il put. Le dragon fit exploser une voiture d'un jet de flammes et le véhicule s'éleva dans les airs avant de retomber sur sa place. Certains Moldus avaient commencé à tirer avec des armes à feu sur la gigantesque créature, mais sans parvenir à franchir ses écailles d'un gris métallique, éclairées par les nombreux feux qui sévissaient maintenant dans la rue.
Le Pansedefer était de plus en plus énervé et dévora plusieurs passants, ou les carbonisa à tel point qu'il ne restait plus d'eux qu'un tas de cendres fumantes. Ses immenses griffes lacérèrent de nombreux Moldus, détruisirent des voitures et même des maisons. Harry jongla entre les flammes que lançait la créature pour exprimer sa colère.
« Il faut l'attirer loin d'ici ! hurla Ron. Sinon, il va tout réduire en cendres !
— On doit protéger le Ministre ! rappela Llywarch.
— On ne peut pas laisser ces Moldus sans rien faire, fit remarquer Harry. Nous devons transplaner au Ministère pour prévenir le Département de Régulation et de Contrôle des créatures magiques, ainsi que celui des Accidents et Catastrophes Magiques ! Essayez de lui lancer un sort de Conjonctivite, c'est la seule solution ! »
Les trois sorciers se mirent à viser la tête de l'animal, mais ses yeux étaient si bien protégés par les crêtes osseuses et si loin de leurs baguettes, qu'ils n'arrivèrent pas à toucher leur cible. La foison de sortilèges qui s'abattirent sur le dragon eut pour effet de l'énerver d'avantage, mais au moins son attention fut dirigée vers les sorciers. Il cracha des flammes, obligeant les Aurors à reculer. Néanmoins, ceux-ci ne diminuèrent pas leurs sortilèges.
Le Pansedefer les suivit, au départ avec retenue, puis avec plus de conviction. Les dégâts qu'il causait n'étaient limités plus qu'à la rue. Cependant, Harry dû intervenir plusieurs fois sur des Moldus terrifiés. Soudain, la créature magique se leva sur ses pattes arrière et déploya ses ailesqu'il battit frénétiquement. Le déplacement d'air les cloua au sol tandis que le dragon s'élevait dans les cieux. Mais son envol fut de courte durée, car il revint à la charge, créant une barrière de feu en forme de cercle autour des Aurors.
« Par les glandes de Merlin ! Il nous a pris au piège ! s'exclama Llywarch.
— Pas de panique, posa Harry. Il suffit de créer un passage… »
Sa phrase fut noyée dans le rugissement du dragon qui piqua vers eux. Harry n'eut d'autre choix que de se jeter sur le côté, arrivant à quelques centimètres des flammes d'un vert terrifiant. La chaleur était telle que le jeune Auror crut qu'il allait s'enflammer spontanément. Il se releva en prenant garde de ne pas toucher les flammes. Lorsqu'il se retourna, il vit que Ron et Llywarch étaient en plein duel contre le dragon, qui évitait leurs sorts et crachait des flammes en réponse. Horrifié, il vit à ses pieds le corps de Kingsley, immobile.
Il se précipita vers le Ministre, mais le dragon le balaya d'un coup de queue si violent qu'il passa par-dessus les flammes et atterrit dans le salon d'une maison. Se relevant des gravats, il traversa la rue en sens inverse pour se précipiter vers le cercle de flammes, lorsqu'une vive douleur le transperça au niveau du torse.
Harry regarda rapidement et vit que sa blessure s'était rouverte. Il fit apparaître une compresse et essaya de la maintenir du mieux qu'il put. La douleur le lança une nouvelle fois, lui décrochant une grimace. Il se dirigea en titubant vers les flammes vertes qui enveloppaient la rue dans une lueur terrifiante et étrange.
Elles dégageaient une telle énergie que la chaleur était difficilement soutenable à plus d'une dizaine de mètres. Harry tenta de se frayer un chemin, mais il n'arriva pas à contenir les flammes suffisamment longtemps pour passer. Leur rugissement l'empêchait d'entendre ce que disaient ses amis à l'intérieur, savoir s'ils étaient en vie ou non.
Soudain, il eut une idée. Il retourna vers la maison où il avait atterri et trouva ce qu'il voulait : une voiture. Celle qu'il voyait était un énorme 4x4 noir. Il s'y précipita, ouvrit la portière d'un coup de baguette magique et la fit démarrer. Puis il écrasa l'accélérateur et propulsa l'imposant véhicule à travers la barrière de flammes, qu'il réussit à franchir. Ce dernier s'enflamma de toutes parts et n'allait pas tarder à rendre l'âme. Lorsque les flammes se dissipèrent du pare-brise, il vit trop tard qu'il fonçait vers l'une des imposantes pattes arrière du Pansedefer. Il n'eut pas le temps de freiner et s'écrasa sur l'immense pilier d'écaille, réduisant le véhicule en bouillie. Le dragon sentit le choc violent et se retourna. Harry le fixa droit dans les yeux et y lut ce qui ressemblait à de la colère.
Derrière, il vit Ron et Llywarch qui regardaient la voiture avec surprise. Le jeune Auror avisa le dragon qui ouvrait la bouche et n'eut que quelques secondes pour agir. Il se retourna et passa sur les sièges arrière lorsque le dragon lança son jet de flammes mortelles. Harry s'éjecta à temps de la voiture pour ne pas finir carbonisé, mais fut emporté par la violente explosion. Il resta allongé quelques secondes, la douleur irradiant de sa blessure et de ses épaules, qui avaient amorti la chute. Lorsqu'il se releva en chancelant légèrement, le dragon était de nouveau concentré sur Ron et Llywarch, qui avaient du mal à viser les yeux. Il repéra alors la carcasse en flammes du 4x4 à cinq mètres de l'endroit où il l'avait quittée. Une nouvelle idée lui vint à l'esprit. Il dirigea sa baguette vers le véhicule et murmura :
« Wingardium Leviosa ! »
Aussitôt, la masse en flammes s'éleva dans les airs. Harry dirigea alors sa baguette de façon à ce que le 4x4 se place au-dessus de la tête du dragon, sans que celui-ci ne remarque rien. Puis il laissa la lourde voiture tomber et celle-ci s'écrasa sur la tête du Pansedefer, qui tomba au sol, sous le choc. Harry en profita pour se précipiter vers Kingsley et l'attraper. Il fut rejoint par Ron et Llywarch.
« Brillante idée Potter… Par Merlin ! » s'exclama l'immense sorcier en voyant Kingsley.
En effet, le Ministre était partiellement brûlé sur le côté, sa peau s'écaillant par endroit. Une de ses jambes saignait abondamment et lorsque Harry souleva le tissu de la robe, il constata qu'elle était presque broyée au niveau du genou.
Le dragon se mit à grogner, puis à rugir en se réveillant. Il dégagea la voiture, ou ce qui en restait, et se tourna vers les sorciers avec une vitesse et une agilité que sa masse ne laissait pas supposer. Il ouvrit de nouveau la gueule et lança une nouvelle gerbe de flammes, mais Harry avait réussi à traîner Kingsley hors de portée. Le dragon s'éleva de nouveau dans les cieux, ses ailes soufflant au passage la barrière de flammes.
Les Aurors en profitèrent pour s'échapper, Llywarch portant Kingsley sur ses épaules. Ils fuirent la créature, courant à en perdre haleine. Cependant, cette dernière les rattrapa sans forcer, les dépassa et atterrit sur le toit d'une maison. Heureusement pour les sorciers, son poids énorme fit écrouler la charpente et elle perdit l'équilibre quelques instants, entraînant le reste de la maison avec elle et disparaissant dans un grand nuage de poussière, un rugissement et les hurlements des habitants de la bâtisse.
Harry continua à courir, lorsque soudain, il sentit un léger bruissement d'air le parcourir : ils avaient franchi la limite du sortilège d'antitransplanage. Mais avant qu'ils n'aient pu transplaner, le dragon les avait rattrapés une nouvelle fois. Dressé sur ses pattes arrière, ses ailes déployées, il les dominait de toute sa taille, les fixant de son regard rouge foncé. Le jeune Auror ne put s'empêcher de penser au même regard que lui avait lancé Voldemort lorsqu'il était allé à sa rencontre dans la forêt.
L'échange de regard se poursuivit, mais avant que le dragon n'ait le temps d'ouvrir sa gueule, Harry pointa sa baguette et s'exclama :
« Conjonctivis ! »
Le sortilège atteignit les yeux du dragon, qui recula sous la violence du coup. Puis il hurla de douleur, sa tête se secouant de tous les côtés, crachant des flammes dans toutes les directions, terminant d'incendier le quartier. Les Aurors durent se jeter à terre pour les éviter. Harry vit Llywarch disparaître, abandonnant le corps de Kingsley, qui reposait un peu plus loin. Ron essaya de le rejoindre, mais dut de nouveau se jeter à terre pour éviter des flammes.
Le jeune Auror se leva et la douleur à son abdomen s'intensifia. En baissant le regard, il vit que sa compresse était déjà rouge de sang. Soudain, plusieurs cracs se firent entendre, alors que le dragon rugissait de toute sa puissance, balayant la rue de ses flammes. En relevant la tête, Harry vit Ron disparaître avec Kingsley tandis que Moore se précipitait vers lui, plié en deux. Derrière lui, des sorciers tentaient de contrôler le dragon, tandis que d'autres se dirigeaient vers les différentes maisons du quartier pour faire oublier aux habitants ce terrible spectacle et réparer les dégâts causés par le monstre. Du moins ceux qui pouvaient l'être.
« Vous avez fait du bon boulot, Potter ! le félicita son supérieur. Le Ministre est conduit en ce moment-même à Ste-Mangouste. Heureusement, les blessures du Pansedefer ne sont pas venimeuses. Accrochez-vous, je crois que vous avez besoin d'un séjour là-bas, vous aussi. »
Dans un sourire, à mi-chemin entre le soulagement et la douleur, Harry agrippa le bras de Moore et se sentit emporté dans les méandres du transplanage. Sa dernière vision du dragon fut un corps immense qui s'effondrait sous des dizaines de jets de lumière rouge. Lorsqu'il rouvrit ses yeux, il était dans le hall de Ste-Mangouste, visiblement en pleine activité. Sa vision commença à se flouter et il distingua une silhouette s'approcher de lui.
« Encore vous, Mr Potter ! s'exclama une voix. Je sais que je vous ai dit que c'était un plaisir de vous voir ici, mais ce n'est pas une raison pour venir me voir deux fois par mois !
— Désolé, guérisseur Volenlaire, murmura Harry, je n'ai pas pu résister à l'appel d'un lit douillet et un service cinq étoiles.
— De l'humour, c'est signe que vous allez bien. Qu'est-ce qui l'amène cette fois-ci ? s'enquit Volenlaire en se tournant vers Moore.
— Un dragon, expliqua celui-ci. Mr Potter a jugé que les Vampires sont trop petits pour être affrontés. Il a décidé de passer à la phase au-dessus.
— C'est le troisième que j'essaye d'apprivoiser, sans succès, ironisa Harry d'une voix de plus en plus faible.
— Eh bien, on peut dire que vous avez de la chance !
— C'est mon plus grand défaut… »
Il ne se souvint pas de la réaction de son chef d'équipe et du médicomage, car à peine eut-il terminé sa phrase que sa vision se voila, et il s'évanouit.
