Disley était de toute évidence d'humeur fracassante. Il entra dans la classe avec un pas furieux, posa sa mallette ancestrale sur son bureau et jeta un regard mauvais à ses élèves.
-Si l'un d'entre vous, commença-t-il, prononce les mots « bal », « danse », « fête » ou quoique ce soit qui s'en rapproche, laissez-moi vous assurer que je veillerai personnellement à ce qu'il soit en retenue le jour fatidique avec pour seul cavalier les annales de mathématiques des 6 dernières années.
Il balaya la salle du regard, appréciant les visages horrifiés des lycéens.
-Ai-je été clair ?
Personne n'osa répondre. Il hocha la tête avec satisfaction et enchaîna immédiatement, sans laisser le temps à ses élèves de réaliser ce qui était en train de leur arriver.
-Bien. Et maintenant, vos devoirs de la semaine dernière.
Il sortit une pile de copies de son sac qu'il posa lourdement sur son bras.
-Autant vous dire que je n'ai jamais vu des notes aussi lamentables.
Impuissants, les lycéens ne purent que l'observer pendant qu'il commençait à s'avancer dans les rangs pour rendre personnellement chaque devoir à son propriétaire. Disley prit évidemment le temps de lâcher un petit commentaire constructif à chacun, de type « mauvais », « très mauvais », ou « catastrophique », laissant derrière lui une trainée d'élèves démoralisés.
Lorsqu'il arriva au fond, où Fang, Cid et Caius avaient l'habitude de s'assoir, il prit un temps d'arrêt. Sans doute se réjouissait-il intérieurement d'arriver aux trois élèves envers lesquels il se montrait le plus sévère.
Il tendit sèchement une copie à Caius en susurrant :
-Monsieur Ballad. Moi qui pensais que vous ne pouviez pas faire pire que l'an dernier ... Je vous sous estimais.
Caius récupéra son devoir en crispant la mâchoire, se retenant de répondre. Disley ignora superbement le regard assassin du jeune homme et se tourna vers Cid.
-Monsieur Raines. C'est à peine mieux que votre voisin. Si vous étudiiez ne serait-ce que la moitié du temps que vous passez à agiter une crosse, on pourrait espérer viser la moyenne.
Cid resta le plus indifférent possible mais sentit son moral descendre en piqué. Continuant sur sa lancée, Disley agita sa copie sous le nez de Fang.
-Quant à vous, mademoiselle Yun, je me demande encore pourquoi on vous a laissé passer en terminale vu votre niveau.
Il se détourna ensuite, satisfait de son petit effet, et passa au rang d'à côté. Fang serra son devoir tellement fort que le papier se froissa sous sa poigne.
Disley continua ainsi à assassiner chacun des élèves, se contentant d'un "acceptable" lorsque l'un d'eux obtenait miraculeusement plus de la moyenne.
Lorsqu'il eut terminé son tour, il revint vers son bureau, et contempla les visages décomposés qui lui faisaient face.
- Vu l'état de vos moyennes, je suggère vivement à ceux qui veulent un avenir de revoir leurs priorités et de se mettre au travail. Pour les autres ... Et bien continuez donc sur votre lancée.
Il resta immobile un moment, balayant la classe du regard, puis ouvrit un livre et soupira avec résignation.
- Nous en étions à la page 157. Ouvrez vos manuels.
(…)
- Je le déteste ! Je le hais ! Il est tellement ... J'ai envie de le frapper.
Caius approuva d'un signe de tête les paroles de Fang. Lui aussi avait des envies de meurtres. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi Disley se montrait aussi méchant. Car c'était de la méchanceté pure et simple n'est-ce pas ? Ce mec semblait prendre plaisir à provoquer la tristesse d'autrui.
Comment un homme comme lui avait pu vouloir devenir professeur ? Et surtout, pourquoi l'avait-on laissé faire ?!
Fang donna un grand coup de pied dans un bâton qui trainait et continua :
-C'est une vraie saleté. Je suis dégoûtée ! J'avais révisé en plus !
Caius enfonça les mains au plus profond de ses poches. Lui aussi avait révisé. Il était persuadé qu'il méritait mieux que la note qu'il avait obtenue. Quant aux commentaires de Disley, il y aurait volontiers répondu à coup de poings.
-J'ai envie d'aller crever ses pneus, marmonna-t-il.
Fang hocha vivement la tête.
-J'apporte la batte de baseball pour casser ses vitres.
Caius et elle se dirigeaient vers leur café favori. Cid les avait abandonnés pour un entrainement de hockey, et Vanille avait fini plus tôt. Ils se retrouvaient donc tous les deux et avaient passé tout le trajet à insulter Disley.
Fang jeta un coup d'œil à son ami, qui affichait un air maussade. Elle aurait mis sa main à couper que Disley n'était pas la seule raison de sa mauvaise humeur.
- Tout va bien ? demanda-t-elle.
Caius lui lança un regard en biais, comprenant qu'elle ne parlait plus de mathématiques. Il soupira et tourna les yeux vers le sol.
-C'est ce bal qui me soûle, grogna le jeune homme.
-Pourquoi ? s'étonna Fang
-Si c'est vraiment inter-lycée, j'ai pas du tout envie de voir certaines têtes de con, marmonna le jeune homme.
Fang hocha doucement la tête. Depuis son expulsion de l'équipe de hockey l'an passé, Caius nourrissait une colère et une amertume qu'il peinait à dissimuler.
Objectivement, Caius avait mérité son renvoi. Il avait frappé un joueur de l'équipe adverse avec sa crosse volontairement et violemment. Heureusement que ce dernier portait son casque, sinon l'affaire aurait très bien pu prendre une tournure dramatique.
Caius était colérique et nerveux. Au moment de l'incident, il faisait face à plusieurs problèmes personnels. Son père, très prit par sa campagne électorale ne prêtait que peu d'attention à ses enfants, et il commençait à être question de redoublement.
A la fin d'un match, alors que leur équipe était sortie victorieuse, un des membres de l'équipe adverse, mauvais joueur, était venu les insulter. Caius avait été particulièrement visé, car c'était lui qui avait marqué le point de la victoire. Le jeune homme n'avait pas réussi à se contenir longtemps, et après trois phrases, il avait impulsivement envoyé sa crosse dans le visage de l'autre lycéen.
Autant dire que l'affaire avait eu des conséquences. En plus de son renvoi de l'équipe, Caius avait dû essuyer les remontrances de son père et de la directrice de l'école. L'histoire avait rapidement fait le tour des autres lycées où les rumeurs le désignaient comme un fou furieux qui se croyait tout permis parce qu'il était le fils du maire.
Fang comprenait tout à fait que Caius puisse ne pas avoir envie de croiser ces personnes.
Ne sachant pas vraiment comment réconforter son ami, Fang glissa son bras autour du sien et appuya sa tête contre l'épaule du jeune homme.
-Tu sais que c'est toi le meilleur n'est-ce pas ?
Caius sourit gentiment sans répondre, et ils continuèrent à marcher en silence.
(…)
Cid se frotta nerveusement les mains. Sur le bord de la patinoire se trouvait un homme qui avait son avenir entre les doigts.
Sazh l'avait désigné comme l'un des représentants de l'université de Palampolum, à la recherche de jeunes talents. Et cet homme venait voir l'un de leurs entraînements de hockey. Cid posa son casque sur sa tête et l'attacha. C'était sa chance de bourse universitaire qui se trouvait dans les gradins.
Il devait absolument se démarquer.
Le jeune homme ajusta son brassard de capitaine et s'élança sur la glace. Sazh était en train de discuter avec le représentant, et en tant que meneur d'équipe, c'était à lui de diriger l'échauffement.
Cid se sentait encore fébrile suite à leur cours de mathématiques, et ébranlé par les piques de Disley. Il avait plus que jamais besoin de se défouler pour évacuer. Il ne se sentait clairement pas dans des conditions optimales pour jouer.
D'une voix qui se voulait assurée, il donna des instructions à ses coéquipiers. Ils étaient tous visiblement tendus par la situation et leurs gestes étaient secs et rudes.
Cid prit donc le temps d'adresser un mot d'encouragement à chacun des joueurs qui le remercièrent à coup de tapes viriles dans le dos.
Après quelques minutes sur la glace à manier sa crosse, Cid sentit sa colère et son anxiété se dissiper. Il était le capitaine de l'équipe, et Sazh le considérait comme l'un des meilleurs joueurs qu'il avait entraînés. Il ne devait pas s'inquiéter. Ça ne pouvait que nuire à son jeu et le desservir.
Après quelques frappes, l'entrainement se déroula de manière plus détendue, et Sazh ne tarda pas à les rejoindre sur la glace. Il donna ses instructions avec un calme inébranlable qui acheva de rassurer Cid, et il finit presque par en oublier leur spectateur.
Lorsque la fin de la séance arriva, Sazh vint lui tapoter le dos d'un geste confiant.
Revigoré, le jeune homme se permit même de lancer un regard de défi en direction des gradins où se trouvait le représentant.
Il rejoignit ensuite Rygdea, et tous deux se dirigèrent vers les douches.
Ils n'échangèrent pas un mot pendant quelques minutes, tous deux perdus dans leurs pensées. Rygdea n'avait rejoint l'équipe que l'année précédente, lorsqu'il avait fallu remplacer Caius. Timide dans les premières sessions, il s'était révélé être un camarade enjoué et impliqué. Cid appréciait son fairplay et son soutient pendant les matchs.
Se souvenant soudain que l'intérêt que semblait porter Vanille à son coéquipier, il coula un regard vers le jeune homme. Peut-être pouvait-il tenter de le sonder discrètement ? Ça aurait au moins le mérite de le distraire et de lui faire oublier son avenir incertain.
Il se racla donc la gorge, et lança :
-Tu aimes bien Vanille ?
Tiré de ses ruminations, Rygdea lui adressa un regard surpris.
-Euh … oui, je suppose … Pourquoi ? Son regard s'était fait légèrement soupçonneux.
Cid retint une grimace. Ok il n'avait pas été des plus subtiles. Il pouvait faire mieux que ça.
-Hum, non je pensais juste au bal que le lycée organise, je me demandais si j'allais en profiter pour inviter une fille …
Rygdea lui lança un regard proche de celui d'une vache à qui on aurait demandé de parler espagnol.
-Et donc … Tu pensais à Vanille ? essaya-t-il, visiblement perdu.
Cid se retint de se frapper le front du plat de la paume. « Bon, c'est pas gagné », pensa-t-il.
-Non en fait, je pensais inviter Claire, répondit-il.
Son coéquipier hocha la tête en approuvant et lui adressa un clin d'œil complice.
-Ouais c'est sûr qu'elle est canon.
Cid commençait à penser que Rygdea n'était peut-être pas si différent des autres garçons finalement. En tout cas, parler filles semblait l'avoir soudain rendu extrêmement long à la détente.
-Tu penses y aller avec quelqu'un en particulier ? tenta-t-il de poursuivre en lui jetant un regard insistant.
Rygdea haussa les épaules et entreprit de se déshabiller pour entrer dans la douche.
-Pas vraiment, j'irai avec les gars du hockey. Et puis … Quel intérêt d'aller au restaurant si tu as déjà mangé ? fit-il avec un nouveau clin d'œil appuyé.
Cid serra les dents.
Ok, en fait ce mec était un gros naze.
Hors de question que Vanille traîne avec un gland pareil. Il força un rire et se déshabilla à son tour pour aller se doucher.
Il était inutile de poursuivre cette conversation.
(…)
Yeul commençait à s'impatienter. Ça allait bientôt faire 5 rencards qu'elle avait avec Hope, et celui-ci ne se décidait toujours pas à faire le premier pas. Qu'y avait-il ? Elle ne lui plaisait pas finalement ? Yeul savait pertinemment que ce n'était pas ça le problème. Hope était littéralement en adoration devant elle. Il posait sur elle un tel regard que le doute n'était pas permis.
La lycéenne soupira. Il était temps qu'elle prenne les choses en main. Hope était beaucoup trop timide. Bien sûr, ça avait été charmant au début. Le voir rougir, bafouiller, se passer nerveusement la main dans les cheveux 10 fois par rendez-vous … C'était vraiment mignon. Mais elle estimait avoir envoyé moult signaux plus que positif, et aurait voulu qu'il se montre un peu plus entreprenant.
Enfin, on n'était jamais mieux servi que par soit même, estima-t-elle.
Yeul jeta un œil dans le couloir et aperçu la chevelure grise de son prétendant de l'autre côté du bâtiment. Elle lissa ses mèches rebelles, inspecta sa tenue et souffla dans sa main pour vérifier son haleine. Satisfaite, elle se mit en marche.
Il était temps qu'ils se roulent une pelle.
Elle arriva rapidement à la hauteur de Hope et le saisit par le bras. Le jeune homme, qui ne l'avait pas vu arriver, eu un grand sourire sincère en la reconnaissant. Yeul adorait ce sourire. Elle se sentait vraiment spéciale dans le regard de Hope.
Elle lui sourit en retour.
-Salut, dit-elle.
-Salut, répondit immédiatement le jeune homme.
-Vient, lui susurra Yeul.
Hope ne se fit pas prier. Il aurait suivi sa promise jusqu'au bout du monde si elle le lui avait demandé. Ils n'allèrent cependant pas si loin, se contentant de gagner la cage d'escalier proche, relativement plus calme que le couloir.
-Alors qu- commença Hope avant d'être interrompu.
Il mit une seconde à réaliser que c'était les lèvres de Yeul qui l'avaient fait taire. Il écarquilla les yeux de surprise et sentit une chaleur soudaine et inattendue le traverser.
« .Dieu, pensa-t-il, JESUS MARIE JOSEPH, qu'est ce qui se passe ?! »
Hope avait imaginé ce baiser des centaines, peut-être même des milliers de fois. Et voilà que le moment béni arrivait et qu'il restait bras ballants. IL DEVAIT SE RESSAISIR. Il fallait qu'il fasse quelque chose ! En une fraction de seconde, il analysa la situation.
Yeul avait passé ses bras autour de son cou. Il décida donc de l'enlacer par la taille pour lui rendre son étreinte. Yeul se colla davantage à lui, et il estima que c'était déjà un bon point.
Il devait désormais s'occuper de sa bouche.
Les lèvres de la jeune femme exerçaient une légère pression sur les siennes. Il ferma les yeux et se concentra pour tenter de lui offrir le meilleur baiser possible, sans être trop envahissant.
Lorsque l'échange prit fin, plusieurs minutes plus tard, la première pensé de Hope fut « level up ! ».
Un sourire éblouissant sur le visage, il se recula un peu pour observer Yeul. Pour une fois il n'était pas le seul à avoir les joues légèrement rougies. Ils reprirent leur souffle une minute.
-Ça te dirait qu'on soit un couple ? Proposa-t-il avec une voix pleine d'euphorie et légèrement plus aiguë que la normale.
Yeul se mit à rire et l'embrassa sur la joue. Enfin !
-D'accord.
Hope était l'homme le plus heureux du monde.
(…)
-Alors comme ça tu vas louper un jour de cours ? S'indigna Serah en s'asseyant à côté de sa sœur.
Claire leva des yeux résignés vers sa cadette et soupira.
-Serah franchement, pourquoi tu fais des études ? Vu la vitesse à laquelle tu es mise au courant de trucs qui ne te regardent pas, tu devrais t'enrôler dans une agence de détective.
Serah croisa les bras.
-Je n'aurai pas besoin de me renseigner, si ma grande sœur daignait partager un peu sa vie avec moi. Grommela-t-elle.
Lightning leva les yeux au ciel.
-Mais en quoi ça peut bien t'intéresser ? répliqua-t-elle.
Serah lui adressa un regard offusqué.
-Contrairement à ce que tu sembles croire, je m'intéresse à toi !
Claire croqua dans sa pomme et prit le temps de la mâcher avant de continuer cette conversation. Sa cadette profita de ce silence pour se servir un verre de jus d'orange en jetant un œil à sa montre. 7h30. Elle avait encore une vingtaine de minutes pour terminer son petit déjeuner, tirer les vers du nez de Light et partir prendre son bus. C'était jouable.
-Alors ? Poursuivit-elle en se rasseyant.
-Alors je ne vois pas quoi te dire, grogna Claire. Tu as l'air de déjà tout savoir.
Serah fronça les sourcils. Sa sœur n'était pas du matin, -ni de l'après-midi, en y réfléchissant- elle le savait depuis longtemps. Mais de là à faire cette tronche et répondre pas des demi-phrases … Elle ne faisait rien de mal ! Et elle ne lui parlait ni de Cid, ni de Noel, ne pouvait-elle donc pas faire un effort ?
Voyant que Serah avait pris sa tête de boudeuse, Lightning soupira.
-Bon tu veux savoir quoi ?
Serah sourit, satisfaite.
-Tout !
-C'est précis, râla Claire avant de répondre malgré tout. Ben vu qu'on accompagne les CE1 à la maison de retraite pour notre projet de fin d'étude, effectivement on va être obligées de louper des cours.
-Et les profs sont d'accord avec ça ? demanda Serah.
-Oui, on est plusieurs groupes à devoir se déplacer.
-Cette chance ! s'exclama la plus jeune en visualisant son emploi du temps hebdomadaire plus que chargé.
Lightning haussa les épaules.
-Tu parles, ça ne va pas être de la rigolade d'encadrer des vieux et des gosses.
-Quoi, t'as peur qu'ils fassent des courses de fauteuil roulant dans les couloirs ? questionna Serah avec amusement.
Claire eut un sourire à l'image avant qu'une pointe d'inquiétude ne la traverse. Ça n'allait pas arriver … n'est-ce pas ?
-Tu crois qu'ils feraient ça ? interrogea-t-elle.
Serah éclata de rire.
-Si c'est le cas, tu veux bien filmer ? Qu'on puisse montrer ça à mamie ?
Claire grimaça. Connaissant le caractère blagueur de sa grand-mère, ce n'était pas un bon plan.
-Arrête, ça lui donnerait des idées …
.
Noel fit quelques pas vers sa petite amie qui lui tournait le dos. Serah et lui sortaient ensemble depuis bientôt 4 mois, et il s'estimait tout à fait amoureux.
Arrivé juste derrière la lycéenne, il l'enlaça par la taille et vient l'embrasser sur la joue.
Serah ne sembla pas surprise de le trouver là, comme si elle l'avait senti venir. Elle se tourna très légèrement vers lui et déposa un bref baiser sur sa bouche.
-Bonjour toi, lui dit-elle.
Noel se décolla d'elle et vint glisser sa main dans la sienne.
-Bonjour.
Il fit quelques pas en arrière, tirant sa belle loin de la bande de filles avec qui elle était et qui les regardaient en gloussant.
-Dit-moi, commença-t-il, la Saint-Valentin, c'est jeudi n'est-ce pas ?
Serah lui adressa un regard ravi, heureuse qu'il s'en souvienne –en même temps, elle lui rabâchait subtilement les oreilles avec ça depuis 2 semaines, il avait plutôt intérêt à s'en rappeler-.
-Oui. Confirma-t-elle joyeusement.
-Ça te dirait qu'on aille manger quelque part le soir ? proposa-t-il.
-Bien sûr ! accepta-t-elle immédiatement.
-Italien ?
Serah hocha la tête avec conviction. Italien c'était parfait. Romantique. Chaleureux. Et surtout … Savoureux !
-Génial !
Elle passa ses bras autour du cou de son petit-ami et l'enlaça amoureusement.
-Tu es parfait, lui murmura-t-elle.
Noel sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine et enfouit son visage dans le cou de Serah, respirant son parfum à plein nez. Leur câlin fut cependant bien trop vite interrompu à son goût par la sonnerie. Se détachant l'un de l'autre, ils s'embrassèrent une dernière fois avant de se diriger vers leurs classes respectives.
Noel ne s'aperçut pas du regard noir que Snow lui envoya lorsqu'il passa devant lui.
(…)
Claire inséra une pièce dans un caddie pour le détacher des autres tandis que Fang vérifiait la liste de courses. L'aboutissement de leur projet aurait lieu le lendemain même. N'ayant pas cours le mercredi après-midi, elles en profitaient donc pour écumer les magasins afin de trouver le goûter qu'elles aillaient proposer aux enfants et aux personnes âgées à la fin de leur séance de peinture.
Elles avaient préféré acheter tout le matériel de bricolage en ligne et le faire livrer directement à la maison de retraite plutôt que de s'amuser à le trimballer dans le bus, et Tifa leur avait confirmé que tout avait bien été reçu.
Les deux lycéennes se mirent en marche pendant que Fang récitait :
-Jus de fruit, ice tea, coca, brownies …
La reine du lycée marqua un silence avant de reprendre :
-En vrai, on pourrait faire les gâteaux nous-même, non ?
Claire lui lança un regard incrédule.
-Tu sais, j'ai autant de talent en pâtisserie qu'en dessin, annonça-t-elle.
Fang éclata de rire au souvenir du chat que la bonde avait tenté de dessiné sur la fresque de primaire. Elle posa une main sur le bord du caddie pour aider Claire à le diriger et elles passèrent les portes automatiques du supermarché. Elles allèrent directement au rayon boisson –que Fang connaissait par cœur, à force d'aller s'approvisionner pour ses soirées-.
-Ce n'est pas si compliqué, continuait la brune. En plus ma mère n'est pas là, on pourra mettre le bordel dans ma cuisine.
Claire fit une moue peu convaincue. Elle n'avait pas vraiment envie de passer le reste de son après-midi à faire des gâteaux.
-Mouais, marmonna-t-elle donc pour toute réponse.
-Mais si ! Ça sera drôle tu verras, affirma Fang avec conviction, en plus ça sera moins cher que de les acheter, et meilleur ! Aller c'est décidé !
La reine des abeilles hocha la tête avec satisfaction, estimant que cette décision unilatérale était tout à fait appropriée. Lightning soupira, légèrement irritée, mais ne fit aucun commentaire. Après tout elle supposait que faire la cuisine serait sans doute moins chiant que faire ses devoirs.
Fang s'empara de son téléphone et entreprit de chercher des recettes de gâteaux. Claire commença donc à remplir son caddie de jus de pomme, jus de raisin et de sodas.
Elles bifurquèrent ensuite vers le rayon suivant et la brune ajouta une quantité impressionnante de farine, d'œufs et de sucre dans leur chariot. Ainsi chargé, l'engin était beaucoup moins facile à manœuvrer. Fang, penché qu'elle était sur son portable, n'était d'aucun secours à Lightning qui devait se débrouiller pour la suivre sans heurter les rayonnages et en évitant les quelques personnes qui faisaient leurs courses. Seigneur, à voir comme elle galérait à conduire un chariot, elle n'osait pas imaginer ce que donnerait les cours de conduite.
L'agacement que Claire commençait à manifester augmenta d'un cran lorsque Fang aperçu l'un de ses amis dans le rayon suivant.
Abandonnant complètement sa partenaire et leur chariot, la reine du lycée alla à la rencontre du jeune homme blond qu'elle avait vu, et entama une discussion avec lui. Lightning le reconnu comme un membre de l'équipe de hockey de première. Tidus, lui semblait-il. Elle soupira en s'engagea dans un autre couloir. Elle n'était pas là pour discuter et encore moins avec un type qu'elle connaissait uniquement de vue. Fang la retrouverait quand elle aurait terminé de faire ... Et bien de faire Fang.
La blonde s'arrêta au niveau des confiseries et s'empara de quelques paquets de bonbons qu'elle ajouta à son trésor. Des marshmallows, des carambars, quelques sacs de fraises tagada ...
La reine du lycée ne tarda pas à réapparaitre. Sans doute l'appel du sucre.
-Je t'avais perdue ! S'exclama-t-elle.
-Je ne pouvais pas aller bien loin, répondit Claire.
La brune sourit en voyant la quantité de nourriture qu'elles allaient acheter.
-Ca va être tellement bien ! s'exclama-t-elle avec un enthousiasme surprenant.
-Ils vont tellement avoir des carries, marmonna la bonde en réponse.
Fang prit un air horrifié et grimaça.
-Je hais le dentiste !
Claire ne put qu'approuver. Sa camarade analysa une nouvelle fois leur liste de course et sembla satisfaite.
-Je pense qu'on a tout, affirma-t-elle. On y va ?
(…)
La cuisine de la maison de Fang était immense. Les deux lycéennes déposèrent leurs sacs sur l'îlot au centre de la pièce, et entreprirent de déballer leurs articles.
Elles gardèrent les boissons dans un sac à part, prêt à partir, avec les bonbons et les confiseries.
Fang disposa ensuite méthodiquement les ingrédients sur le plan de travail, et sortit des saladiers, fouets et autres ustensiles. Elle semblait bien mieux maîtriser le sujet que Claire, qui avait pris appui contre un meuble et la regardait faire.
-Alors, qu'est-ce que tu en dit ? on fait moitié chocolat et moitié vanille ? Demanda Fang en s'emparant d'une chaise pour atteindre les moules à gâteaux situés en hauteur.
-Oui, très bien, acquiesça sobrement Lightning.
La brune monta sur la chaise, et prit appui sur le plan de travail. S'étirant de tout son long, elle parvint à atteindre les plats. Claire vint se placer à côté d'elle et réceptionna les moules en se demandant si Fang n'allait pas tomber à la renverse, en équilibre qu'elle était.
-Cache ta joie Farron, s'amusa la reine du lycée en descendant de son perchoir.
La blonde leva les yeux au ciel et préféra se détourner et déposer son chargement plus loin.
-Alors par quoi on commence ? demanda-t-elle en tentant de mettre davantage de conviction dans son ton.
La reine du lycée alla régler la température du four pour le préchauffage, et reprit les recettes qu'elle avait précédemment sélectionnées sur son téléphone.
-Alors, commença-t-elle, d'abord on casse les œufs qu'on mélange avec la farine et le sucre.
Fang releva les yeux et se munit d'un saladier avant d'en tendre un à Claire. Elle distribua ensuite une boîte d'une douzaine d'œufs à chacune, et releva ses manches.
-C'est parti !
Toujours avec la même expertise, elle commença à casser ses œufs. Claire la regarda faire un instant et soupira. Bon. Elle était coincée à faire la cuisine. Autant rendre le moment le plus plaisant possible. Elle s'empara à son tour de ses ingrédients et se mit au travail.
-En fait je crois qu'il fallait d'abord mettre la farine, annonça Fang une fois que tous les œufs furent cassés et battus dans leurs saladiers.
Claire lui adressa un regard blasé
-Ça change vraiment quelque chose ?
La brune haussa les épaules
-J'en sais rien, avoua-t-elle. Bon, trop tard de toute façon. La farine maintenant !
S'emparant d'un paquet, la brune le souleva à la hauteur de ses yeux pour vérifier une information sur l'étiquette.
Fang n'eut pas le temps de lire quoi que ce soit.
Le fond du sac, sans doute fragilisé par le transport, craqua. La gravité faisant son effet, la poudre tomba en un lourd paquet sur le plan de travail et provoqua un nuage de poussière blanche qui tapissa les vêtements de Fang et éclaboussa son visage, ainsi qu'une bonne partie de l'îlot.
La scène, qui évoquait l'explosion d'une mini-bombe nucléaire, s'était déroulée tellement vite que les deux jeunes femmes mirent une seconde à réaliser ce qui venait de se passer.
L'éclat de rire de Claire fusa à travers la cuisine tandis que la brune descendait un regard dépité sur son haut tâché.
-Oh non déconne pas, marmonna la reine du lycée en essayant de s'épousseter.
Lightning s'appuya contre un meuble en riant toujours, visiblement en proie à un début de fou rire.
-Eh te fous pas de ma gueule ! s'exclama Fang en agitant un doigt blanc en sa direction.
-Désolée, c'est juste que …. Tu verrais ta tête …. Articula Claire comme elle put.
La reine du lycée jeta un œil à son apparence dans le miroir qui servait de crédence et fut dramatisée de voir qu'elle ressemblait désormais à une version féminine de Casper le fantôme.
-Ah ouais ça te fait marrer ? S'indigna Fang devant l'hilarité contagieuse de sa camarade.
La brune s'empara d'une poignée de farine et la jeta en direction de Lightning dans une vengeance qu'elle estimait amplement méritée.
L'attaque surprise porta ses fruits en Claire se retrouva avec une grosse traînée de poudre sur le visage. L'assaut marqua le début d'une petite bataille de farine, ponctuée par les éclats de rire des lycéennes.
Après quelques minutes de combat, il y en littéralement de partout.
Reprenant doucement leur souffle, les deux jeunes femmes se regardèrent, les yeux brillants d'amusement.
Fang jeta ensuite un œil à sa cuisine et grimaça.
-J'ai intérêt à ranger avant que ma mère rentre, sinon je vais me faire assassiner.
Lightning approuva de la tête.
-Je confirme, affirma-t-elle.
D'excellente humeur, les lycéennes frottèrent leurs vêtements pour en enlever un maximum les traces blanches.
-On peut pas cuisiner comme ça, se résigna Fang en voyant qu'aucun meuble n'avait été épargné par leur guerre culinaire.
Fang alla chercher un balai et une pelle dans un placard et entreprit de ramasser la farine étalée un peu partout. Claire l'observa ensuite donner des coups de serpillère sur les meubles à la verticale pour tenter d'en faire disparaitre les traces et réprima un nouveau rire devant la scène. Visiblement, le nettoyage du gymnase n'avait pas donné la fibre « ménage » à la reine du lycée.
Claire dénicha une éponge et s'attela à son tour au rangement. A deux, elles ne mirent pas longtemps à rendre la cuisine de nouveau utilisable.
Elles prirent aussi le temps de secouer leurs cheveux qui avaient également été victime de leurs assauts.
-Bon, on en était où ? interrogea Fang en reprenant sa place devant son saladier. Ah oui, la farine.
Avec des précautions infinies, les deux jeunes femmes ouvrirent de nouveaux paquets et ajoutèrent la fine poudre blanche dans leurs préparations respectives. Elles obtinrent rapidement deux pâtes homogènes semblables, et Fang ajouta une généreuse quantité de chocolat et beurre fondu dans la sienne.
Elles versèrent ensuite le tout dans des moules, qu'elles enfournèrent.
-Tu avais raison, c'était rapide, avoua Claire.
-J'ai toujours raison, affirma la brune.
Lightning leva les yeux au ciel une nouvelle fois.
Fang jeta un œil sur la minuterie du four, qui affichait une dizaine de minutes de cuisson, et se passa une main dans les cheveux.
-Bon, tu veux faire quoi en attendant ? demanda-t-elle.
-Euh … tu veux … qu'on avance sur le compte-rendu ? proposa Claire sans conviction.
-C'est mort, trancha la brune. Vient on va regarder la télé.
Sans attendre, la reine du lycée quitta la pièce pour s'engager dans le salon adjacent. Lightning la suivit donc, soulagée de ce refus. Elle s'installa dans le canapé avec Fang, qui s'était déjà avachie dedans, répandant sur le cuir les quelques résidus de farine qu'elle avait encore sur les vêtements.
S'emparant de la télécommande, la brune alluma son immense télé, et commença à zapper à la recherche d'un programme intéressant.
-T'es sérieuse ? grimaça Claire lorsqu'elle se fut enfin arrêtée sur une chaîne. On va pas regarder les Anges de la téléréalité quand même ?
Fang lui coula un regard en coin.
-Tu préfères qu'on regarde Derrick ? demanda-t-elle.
Claire lui adressa un regard incrédule.
-Non mais entre Les Anges et Derrick on peut peut-être trouver un juste milieu non ?
La brune soupira et se remit à zapper quelques secondes.
-Tiens y a Scoubidou si tu veux.
Claire s'enfonça plus profondément dans le canapé, avec un air de dépit qui n'échappa pas à la brune.
-Oh mais t'es jamais contente, grogna Fang dont l'amusement ne cessait de grandir.
-Excuse-moi d'avoir des goûts cinématographiques qui ne se limitent pas à Scoubidou et les Anges ! S'offusqua la blonde.
-Qu'est-ce que tu as exactement contre la téléréalité, d'abord ? interrogea Fang.
Lightning leva les bras au ciel, comme pour implorer une force divine de lui venir en aide.
-Mais qu'est-ce que je suis sensée répondre à ça ? déplora la blonde.
-Ben une réponse par exemple ? suggéra la reine du lycée.
-Mais enfin, tu n'as quand même pas besoin que je t'explique pourquoi c'est nul ! S'insurgea Claire.
-Mais c'est quand même marrant de les voir se battre ! protesta Fang.
Claire poussa un long soupir désespéré et croisa les bras.
-A quoi sert ce débat au juste ? interrogea-t-elle.
-A rien, confirma Fang. Ça me fait juste rire.
Claire se contenta de lui tirer la langue en guise de réponse.
-Oh, c'était mature ça Farron, rit la brune.
Elle tendit la télécommande à sa camarade.
-Tient, tu as qu'à choisir toi, et comme ça je pourrai râler.
Claire ne se fit pas prier longtemps. Elle se redressa, se penchant légèrement en avant et commença à étudier le programme.
Fang l'observa faire quelques secondes avant de remarquer une tâche blanche sur les cheveux de la blonde, juste au niveau de sa tempe.
Sans réfléchir, elle tendit la main qu'elle passa dans les mèches rosées de Claire. Lightning se figea et tourna doucement la tête dans la direction de la brune, se demandant ce qu'elle était en train de fabriquer.
Fang fit glisser la farine rebelle le long de ses cheveux pour l'enlever, effleurant de bout des doigts sa pommette et sa tempe, et termina en replaçant la mèche derrière l'oreille de la blonde. Lorsqu'elle eut terminé, elle jeta un œil à Claire, étonnée par son absence de réaction.
Lightning avait les yeux fixés sur ses lèvres.
Il y eu une seconde de flottement, pendant laquelle Fang, perçut qu'elle pouvait prendre le dessus, et sentit ses envies revenir au galop. Puis la brune se recula et sourit gentiment.
-Tu avais de la farine dans les cheveux, dit-elle à Claire sur le ton de la conversation.
La blonde détourna le regard, avala sa salive et recommença à chercher une chaîne.
-Merci, murmura-t-elle.
Un silence s'installa entre elles, brisé quelques minutes plus tard par la minuterie du four.
-C'est prêt.
(...)
A la semaine prochaine )
