Des mois que je relis ce chapitre, l'étoffe, l'abandonne. Il est plus long que d'habitude. Comme toujours, je suis soulagée d'en relire certains passages, qui me semblent traduire au mieux ce que je ressens. Comme toujours, j'y vois des paragraphes "entre deux" qui m'exaspèrent par leur banalité.
J'ose espérer que j'ai réussi à éviter l'aspect "artistique fondu au noir" du précédent. Quoiqu'il en soit, ce chapitre est important pour moi, et pose des jalons essentiels pour la suite. J'espère qu'il vous plaira - et que cette introduction mélodramatique ne vous empêchera pas de le commenter/critiquer comme il se doit :)


Llomerryn n'était pas fortifiée. La cité proprement dite commençait derrière un mur d'enceinte à demi-dissimulé par l'épaisse végétation, mais celui-ci ne comportait ni tours de guet ni chemin de ronde, et la grande porte était ouverte. Anders et Nathanaël se retrouvèrent dans une cour, au milieu de laquelle poussait un grand arbre que le mage identifia comme Dinizia excelsa, et qui abritait de sa ramure une sculpture montée sur piédestal, représentant un grand serpent lové. Tout autour, des gens devisaient assis en tailleurs devant des échoppes basses de plafond, bâties dans une roche d'apparence basaltique.

De l'autre côté de la place, entre deux édifices qui comportaient un étage, s'ouvrait une allée, laquelle menait à une gigantesque pyramide à degrés. Tout autour, la ville étalait ses méandres. À suivre le tracé de ses rues, on avait l'impression qu'elle s'était développée en spirales anarchiques pour protéger le sanctuaire en son cœur. La cour et le temple étaient droits, presque rigides, mais le reste de la cité était souple et sinueux, et semblait d'autant plus disposé à se transformer qu'il s'écartait parfois de ses propres plans. Les ruelles pavées formaient soudain un coude pour laisser pousser un arbre, ou se subdivisaient autour d'un massif de fleurs. Des lianes pendaient des arbres vénérables qui bordaient le mur extérieur. On se déplaçait sous des arceaux de plantes grimpantes, l'odorat saturé du parfum des fleurs, du cacao et de la bière locale, tous épicés. La fumée qui montait des grills piquait un peu les yeux. Il y avait des rues désertes, d'autres encombrées d'étals ou de terrasses, et on passait de l'une à l'autre avec l'impression de se glisser d'un univers au suivant, engourdi par le bruyant silence de la forêt qui ne se laissait jamais oublier.


Hawke voulait qu'une sorcière lise son avenir.

« Pourquoi voudrais-tu faire une chose pareille ? demanda Anders, sincèrement perplexe.

- Llomerryn doit être le seul endroit dans tout Thédas qui ne soit pas chantriste. Je suis curieux.

- Là n'est pas la question ! En plus, je n'y crois pas : pour lire l'avenir, encore faudrait-il qu'il soit écrit !

Nath haussa les épaules.

- C'est vrai, mais je suis curieux quand même, et je ne vois pas quoi demander d'autre.

- Tu ne voudrais pas… Communiquer avec ta famille ?

- Ouh la, certainement pas. Et découvrir qu'ils sont tous coincés dans un endroit glauque où je finirai aussi ? Non merci.

- On pourrait… poser une autre question.

- Laquelle ?

(*)

On pourrait demander comment me débarrasser de lui.

C'était comme envisager de se couper un membre. À la fois inimaginable et logique.

Anders avait beaucoup menti, ces dernières années. Il avait comparé l'apaisement à la décapitation, juste après avoir vu Karl retrouver ses esprits en sa présence. L'assassiner avait été paradoxalement plus simple.

Il avait aussi prétendu que Justice et lui ne faisaient qu'un.

Était-ce faux, d'ailleurs ? Quand on est possédé, on ne s'appartient plus, par définition. Deux esprits, un corps, un seul individu. Personne n'aurait pu dire où finissait Anders et où commençait Justice. La haine inextinguible du mage était aussi réelle que la rigueur insensible de l'esprit. L'une se nourrissait de l'autre, comme le feu se nourrit du vent qui l'attise. Sa propre fureur avait toujours paru légitime à Anders. Mais après qu'il ait manqué tuer la jeune mage qu'il était venu protéger des ardeurs de Ser Alrick, il s'était juré de rester en retrait. Et puis, comme un alcoolique, il avait cédé à la promesse de l'extase. Ce moment où la Chantrie de Kirkwall avait explosé… Des frissons le parcouraient toujours quand il y pensait. Il ne se souvenait plus, alors, des morts qu'il avait causées. Il ne se rappelait que de la sensation d'aboutissement, de la manière dont la déflagration avait parachevé sa colère. Le bruit blanc avait recouvert ses pensées, et les cendres étaient tombées en confettis sur les traits enfin ébahis de Mérédith. C'était beau, c'était festif, jusqu'à ce qu'il croise le regard de Nathanaël. La déception qu'il y avait lue n'avait rien à voir avec ce qu'il venait de faire.


« Je ne veux pas t'impliquer. » C'est ce qu'il avait assuré, et c'est ce que répétaient les yeux de Nath, tandis qu'il reculait.

C'était pour ça que Nath avait affirmé qu'il ne l'aimait pas. « Je ne te fais pas confiance », avait promulgué Anders, avec la certitude de jurer le contraire.

Tuer Justice était la seule manière de réparer, même si ça impliquait de mourir. Mais il ne pouvait pas le dire à Nathanaël : un suicide n'est pas précisément une belle chose à offrir à celui qu'on aime.

(*)

Alors il dit : « demandons-lui simplement si elle peut nous aider, et voyons ce qu'elle répond.

- Pff. Elle n'en saura rien, elle va s'embrouiller, et moi je vais passer à côté de l'expérience mystique que j'ai super envie de vivre.

- T'es très sceptique, pour un mec qui veut consulter une voyante.

- Zut. Je veux juste faire semblant de croire à quelque chose. »

Ils trouvèrent une femme qui contemplait des osselets, et un instant, Hawke se sentit comme un colon paternaliste venu vivre sa grande aventure mystique pour pouvoir s'en vanter dans une soirée mondaine. Et puis, comme c'était exactement ce qu'il était, il haussa les épaules et s'approcha.

Comme Isabela, la sorcière avait les yeux fauves et arborait une expression un peu moqueuse. Tout le côté gauche de son visage disparaissait derrière un tatouage, moins élaboré que ceux des Dalatiens, mais indéniablement troublant puisqu'il dessinait comme la moitié d'un masque. « À qui appartenaient ces os ? demanda Nath.

- À une perruche, répondit-elle en souriant largement.

- Une perruche savante, alors, j'espère.

- Non.

- Super. Vous pouvez quand même me révéler mon avenir ?

- Bien sûr que non. L'avenir n'existe pas encore. »

Anders ne put retenir un « ha ! » triomphant qu'il troqua instantanément contre une expression neutre, feignant de regarder ses pieds tout le temps que Nathanaël le dévisageait. « En revanche, je peux déchiffrer votre présent, et votre passé, par la même occasion.

- Vous êtes un vrai rayon de lumière, vous savez ? Qui a besoin qu'on lui explique ce qu'il est en train de vivre ?

- À vous de me le dire. C'est vous qui cherchiez à me rencontrer. »

Nathanaël n'avait rien à répondre à ça.

Elle leur fit signe de la suivre à l'intérieur de sa maison, basse de plafond et encore obscurcie par toutes les plantes grimpantes qui pendaient devant les fenêtres dépourvues de vitres. Le mobilier se réduisait à une table rectangulaire et deux bancs, disposés non loin d'une cheminée pour l'heure éteinte, et d'une paire d'étagères qui leur faisaient face. Il n'y avait ni décorations ni poussière Nath s'en trouva un peu désappointé : même le Pendu avait plus de cachet. Ils firent ce qu'on leur demandait et s'assirent dos à l'âtre. La sorcière s'installa en face d'eux sans plus de cérémonie. « Je peux demander aux esprits de me parler de vous. Peut-être auront-ils l'outrecuidance d'éclairer un pan de votre présent sous un jour que vous n'aviez pas imaginé.

- Ça va, pas la peine d'être ironique… À qui allez-vous parler ? À ma famille ? Je n'y tiens vraiment pas.

- Je ne peux pas vous le dire par avance. Je ne fais qu'appeler ceux qui sont déjà là.

Nathanaël jeta un regard en biais à Anders.

- Si vous pouviez éviter de réveiller celui-ci, ça m'arrangerait.

Anders fit la moue, mais ne répondit pas.

- Je n'ai pas plus de pouvoir que vous sur un esprit extirpé de l'Immatériel. Seul son hôte en a un.

Cette fois, le mage laissa échapper un rire désabusé.

- Vous n'êtes pas possédé. C'est votre corps : c'est vous qui possédez l'esprit, pas l'inverse.

- J'aimerais vous y voir », marmonna Anders.

La sorcière ferma les yeux. Elle tenait ses mains sagement croisées sur la table et n'assortissait sa méditation d'aucune des simagrées auxquelles Nathanaël s'était attendu, si bien qu'il se sentait mal à l'aise. Au bout d'un moment, elle rouvrit les yeux, et rien n'avait changé dans son regard, si ce n'est qu'elle semblait concentrée. « Les esprits disent que d'après eux, vous avez fait de votre mieux.

- Génial. Je suis content d'avoir leur approbation.

Nathanaël ne pouvait pas s'empêcher d'être cynique : à ce stade, c'était devenu un mode de vie.

- Ils ne vous approuvent pas. Ils disent ce qui est. Certains pensent certainement que votre mieux n'est pas assez.

- Ouch. »

Anders l'incendia du regard. Ce n'est qu'à cet instant que Nath réalisa que pour lui aussi, les esprits étaient réels. Que le mage les entendait sans doute aussi bien que la prophétesse. Sa sœur les avait si bien préservés de sa magie qu'il en avait oublié ce que ça lui avait coûté de se protéger. De les protéger, lui, Carver et sa mère. « Ils disent que vous êtes comme un phare. Vous les attirez. Ils ne peuvent pas communiquer avec vous, mais ils vous voient.

- Je croyais que seuls les mages attiraient les esprits.

- Non. Seuls les mages peuvent leur succomber, parce qu'ils les entendent, et que cela crée une brèche par laquelle les esprits peuvent se faufiler. Mais vous vous êtes rendus dans l'Immatériel de votre propre chef. Ils sont impressionnés par ce que vous y avez accompli. Les mages sont entraînés et pourtant souvent ils échouent. Votre intégrité les intrigue.

- Ces esprits… Que sont-ils ? Des gens que j'ai connus ?

- Non… Ce sont les premiers enfants du Créateur. Si vos amis sont ici, ils se taisent. »

Bouleversé, Nathanaël ferma les yeux pour contenir des larmes inattendues. Il n'arrivait pas à imaginer que « ils se taisent » puisse vouloir dire autre chose que « vous les avez déçus. » Et ce devait être une déception terrible, parce que de leur vivant, ni Carver ni ses parents ne s'étaient privés de formuler leurs jugements à son encontre. Il murmura : « Bethany… Appelez-la, je vous en prie. Cherchez-la. Je dois lui parler... »

La sorcière ferma les yeux un long moment. Anders posa une main sur l'épaule de Nathanaël, qui se contracta, mais ne se dégagea pas. Il refusa pourtant de croiser le regard du mage.

« Elle ne répond pas. Je ne pense pas qu'elle soit là.

- Elle est où, alors ? explosa-t-il.

- L'Immatériel est infini, et à l'image de ceux qui l'habitent. Je ne peux pas vous répondre. Je peux juste vous dire qu'elle n'est pas venue. »


Nath inspira lentement. « Combien je vous dois ?

Elle secoua la tête.

- Rien du tout. Vous n'avez pas trouvé ce que vous cherchiez. »

Nathanaël hocha la tête. Il n'avait pas la force de louer son honnêteté, bien qu'il lui en soit reconnaissant. Il quitta la maison sans rien ajouter, Anders sur les talons.


Dehors, il marcha un moment sans s'arrêter. Il ne cherchait pas à semer Anders, qui ne cherchait pas à le rattraper et le suivait patiemment. Finalement, il se laissa tomber sur une chaise, à la terrasse d'une taverne – si l'on pouvait appeler « terrasse » trois tables disposées contre le mur d'une gargote, dans une ruelle étroite.

Le propriétaire, un Llomeryen aux yeux clairs, passa instantanément prendre leur commande. Nathanaël acheta deux pintes de bière.

« Pourquoi tu ne m'as pas proposé de parler aux esprits pour moi ? Tu aurais pu le faire aussi bien que cette chamane.

- Parce que je pensais que tu n'aimerais pas entendre de « vérités » de ma bouche. Et parce que je risque plus que quiconque d'attirer les démons.

- Justice est incorruptible.

- C'est ce qu'il croit. »

Anders laissa Nathanaël siroter plusieurs gorgées de bière avant de reprendre la parole. « Pourquoi voulais-tu parler à Bethany ?

Nath eut une moue désabusée.

- Je… je me suis dit que de toute ma famille, elle était la seule à ne m'avoir jamais jugé. Elle me soutenait. J'ai cru… je crois que le silence des autres était une réponse en soi. Je ne veux pas imaginer que Bethany m'en veuille. C'est… je m'en veux déjà assez... j'ai besoin qu'elle me pardonne » acheva-t-il en cachant son visage dans sa main.

Anders soupesa les réponses, banales bien que vraies, qu'il pourrait opposer aux larmes de son compagnon. C'était une Engeance qui avait tué Bethany, c'était Bethany qui avait tenu à accompagner son frère dans les Tréfonds, bien qu'il ait tenté de l'en dissuader. Finalement, il dit : « Si ta sœur n'était pas là, c'est qu'elle n'avait aucune raison de s'y trouver. Elle est en paix, Nath.

Hawke sortit la tête de sa paume et dit :

- Tu crois ? »

C'était la première fois qu'Anders le voyait si fragile et cela le toucha de plein fouet. Il eut envie de le prendre dans ses bras, de lui caresser les cheveux et de lui jurer que tout irait bien. C'est ce que Nath voulait entendre, cela se voyait à son expression anxieuse, et Anders se demanda comment il avait fait pendant toutes ces années, pour refouler ses incertitudes et tenir lié ce petit groupe composé uniquement de gens égoïstes, animés par leurs propres instincts et souvenirs. Sans Varric, peut-être n'y serait-il pas parvenu.

Il regarda Nath dans les yeux et dit simplement : « Oui. » Nathanaël but une longue gorgée de bière, s'essuya les yeux du dos de la main et pressa celle d'Anders, juste une seconde.


Ils retournèrent au bungalow à la tombée de la nuit, après avoir éclusé plus de bières que de raison. Ils tanguaient sous les étoiles. Nathanaël se rappelait les abords du lac Célestine. Llomerryn lui semblait étrange et étrangère, mais elle le réconfortait, aussi, ou plutôt, elle le confortait. Il y avait un endroit où il voulait aller, parce que c'était là que tout avait commencé. Il avait compris qu'il n'existait pas de réponse, parce qu'il n'avait pas de question. Il avait besoin de parcourir le chemin en sens inverse parce que le passé était tout ce qui lui restait.


La conversation qui s'ensuivit, avec le reste de la bande, s'avéra moins houleuse qu'il ne l'avait imaginé. Seule Isabela faisait la moue. Elle accepta finalement de les conduire à Dénérim. « Mais pas en navire privé comme vous en avez un peu trop pris l'habitude. Je suis Amirale, moi, pas conductrice de charrette. Vous embarquerez avec les marchandises et les réfugiés que convoie l'Armada depuis le début de cette foutue guerre.

- À votre convenance, Amirale » accepta Hawke avec un demi-sourire qu'Isabela n'eut pas le cœur de commenter. Le Héraut semblait au bout du rouleau.


Nathanaël partit se coucher sur ces mots. La perspective des semaines de voyage qui les attendaient suffisait à le déprimer. Il regretta que les mages n'aient pas profité de leur émancipation pour ouvrir une compagnie de transports inter-portails. Maintenant qu'il avait pris la décision de rentrer à Férelden – définitivement, espérait-il sans y croire une seconde –, il n'avait qu'une hâte : y être. En plus, il avait la nausée rien qu'à se souvenir du roulis. C'était peut-être à cause de la bière, cela dit.

(*)

Ils restèrent une semaine de plus à Llomerryn. Zévran envoyait des missives à Antiva et Clara crapahutait dans la jungle. Anders et Hawke s'efforçaient de consolider leurs retrouvailles. C'était difficile. Ils ne savaient plus se parler, comme si toutes leurs conversations devaient être graves. L'immensité de leurs sentiments les étouffait. Ils se tenaient toujours très près l'un de l'autre, s'effleuraient sans cesse puisque les mots ne franchissaient jamais la barrière de leur peau. Ils regardaient dans la même direction, sans savoir s'ils y voyaient la même chose. Nathanaël savait que perdre Anders à nouveau le tuerait. Il ignorait tout de ses états d'âme, mais ne pouvait se résoudre à lui parler, de peur d'apercevoir à nouveau l'abîme qui les séparait.

C'est avec un certain soulagement qu'ils embarquèrent. Les trois semaines d'oisiveté forcée qui les attendaient justifiaient leur mélancolie.

Nathanaël devait avoir pris l'habitude, puisqu'il ne fut pas malade, sauf la dizaine d'heures interminable pendant laquelle ils essuyèrent une tempête. Le reste du temps, il s'acquitta de menus services, afin de ne pas exciter l'hostilité de l'équipage – bien que Zévran et lui aient payé le prix de leur passage, les marins voyaient d'un mauvais œil ces réfugiés un peu particuliers, trop riches, qui squattaient parfois la cale mais finissaient le plus souvent dans la cabine de l'Amirale. Ils s'entassaient autour du lit d'Isabela pour échapper à l'odeur de plus en plus nauséabonde de l'entrepont. La pirate les maudissait chaque fois qu'elle devait les enjamber pour prendre un peu de repos, mais elle les couvait d'un regard attendri et ne permettait aucune incivilité à ses hommes.

Sans ces conditions de privilégiés, l'humeur de Nathanaël aurait été plus morose. Ils débarqueraient bien avant Gwaren, mais tout lui rappelait leur départ de Férelden. La nuit, il se réveillait avec un goût épouvantable dans la bouche, celui de la bile qu'il avait crachée en découvrant le cadavre démantibulé de son frère, celui de son impuissance quand sa mère l'en avait rendu responsable. Il sentait l'odeur de viande avariée que dégageaient les Engeances brûlées vives par Bethany puis Flemeth.

Clara et Anders se montraient impassibles et impénétrables. Leur route n'irait pas jusqu'à la Tour, à moins que le mage n'en fasse la demande. Pour autant, Nathanaël doutait que ce retour à Férelden l'indiffère. Amaranthine était toute proche de Dénérim. C'était là qu'Anders avait gagné sa liberté… Ou, plus vraisemblablement, qu'il avait échangé une prison contre un cauchemar. Nathanaël connaissait peu les Gardes et, en dehors de quelques plaisanteries toujours placées juste avant un changement de conversation, Anders n'en parlait jamais. Mais l'Appel leur avait rappelé qu'on ne quittait jamais les Gardes. Et à mesure qu'ils s'approchaient de Dénérim, l'expression de Clara se faisait plus vide, et les traits d'Anders plus crispés.


Revoir Dénérim fut un choc. Elle était familière et terriblement mutilée. Le château avait été reconstruit, mais le quartier des docks portait toujours les stigmates de la guerre, alors que l'afflux de réfugiés, qui faisaient le trajet inverse de celui effectué quelques années auparavant, laissait supposer la reprise des affaires. Il y avait des mendiants et des sans-abris partout, au point qu'il fallait marcher au milieu de la route, où l'on manquait à tout instant de se faire écraser par une calèche traversant le quartier à toute vitesse. Difficile de dire si le cocher perdait la maîtrise des chevaux paniqués par la foule, malgré leurs œillères, ou si la noblesse parquée à l'intérieur n'avait cure d'écraser des manants. Ils passèrent devant La Perle, qui n'avait certes jamais ressemblé à un palace, mais s'affichait désormais comme un bordel de troisième zone. Isabela marqua un temps d'arrêt devant la porte. S'y tenait un vigile qui la dévisagea de haut en bas en esquissant un sourire. Une seconde plus tard, deux dagues vibraient le long de sa carotide et de son entrejambe. La pirate prit le temps de dessiner un deuxième sourire, pas trop profond, sur la gorge du malheureux, et de lui expliquer gentiment qu'elle s'en contenterait, pour cette fois.


Personne ne savait pourquoi elle avait mis pied à terre, pourquoi elle les suivait comme si elle n'avait jamais juré qu'elle les mènerait à bon port et puis c'est tout. Et personne n'avait envie de lui poser la question, parce qu'elle était la seule à rester fidèle à elle-même, et qu'elle les rassurait.

Tout le temps qu'ils furent visibles, le regard de Clara ne quitta pas les créneaux de Fort Drakan. Zévran, d'ordinaire avare en démonstrations publiques d'affection, avait pris sa main. Il avait été persuadé de la perdre là-haut, ou d'y mourir, cela crevait les yeux. Quant à Nath et Anders, ils ne partageaient rien, ici. Nathanaël voyait bien que rien ne résonnait en Anders. Férelden, pour lui, se résumait à la tour sur le lac Calenhad. Hawke connaissait bien Dénérim, en revanche, pour y avoir vendu régulièrement les produits de la ferme familiale. Il y passait chaque fois au moins trois jours. Sa mère insistait pour qu'il loge à la taverne du Noble Chenu, d'où il pourrait garder un œil sur leur étalage pendant la nuit et où, surtout, il préserverait son innocence. En réalité, il prenait une piaule à la Perle, où il avait précisément perdu son innocence, ce qu'il avait trouvé trop savoureux pour y renoncer par la suite.


Ils traversèrent la ville en direction de la place du marché. Nouveau choc : ce n'était plus le centre économique de Férelden, mais l'extension du camp de réfugiés qu'était devenu le reste de la cité. Les Gardes avaient beau tenter de déloger les gens pour les rapatrier vers le Bas-Cloître, il était évident que celui-ci débordait. « Quelque chose ne va pas, commenta Hawke. On dirait que toutes les Marches Libres ont trouvé refuge ici.

- Pas les Marches Libres, répondit Isabela. Férelden.

- Comment ça ?

- Les mages se sont soulevés, Hawke. Tous les mages !

- Et ils ne nous ont pas empêchés d'entrer ? Ils sont plus souples qu'à Kirkwall, remarqua Anders.

- Ils sont dépassés, dit Clara. Dénérim n'a plus les moyens d'arraisonner les navires qui jettent l'ancre dans le port. L'armée a été décimée pendant l'Enclin. Amaranthine a tenu bon, mais… de justesse. »

Son regard se voila. Celui d'Anders aussi. Nathanaël ne connaissait pas cette partie de leur histoire. Anders murmura : « je faisais partie de l'escouade que Clara a choisi d'emmener à Amaranthine quand la Matriarche a attaqué. Fort Bastel est tombé pendant ce temps. J'y serais mort.

- Fort Bastel ? »

Nath était perdu. Tout ce qu'il savait, c'était que Clara avait mis fin à l'Enclin, à Dénérim. Il ignorait de quoi parlait Anders. Et puis… il n'avait pas pensé que la guerre civile avait gagné Férelden. Cela semblait évident pourtant, il s'était imaginé déambuler dans le décor grisâtre de ses souvenirs, figés dans la poussière d'un assaut depuis longtemps terminé.


Ils s'engagèrent sur la route de Lothering.

(*)

Before I die alone

I will have vengeance

Zack Hemsey, Vengeance

On pourrait croire que pénétrer sous le couvert des arbres, ce serait s'extraire du monde. Sous l'arceau des frondaisons, franchir un seuil, et apprendre le silence. D'autant qu'en Bréciliane, le Voile est fin. L'Engeance a déambulé ici. Elle a posé ses griffes sur les troncs, et enfoncé ses pattes dans la glaise. Certain chêne vénérable, discourant en alexandrins, apporte, s'il en est besoin, la preuve qu'en ces terres, les esprits ont autant – voire plus ! – droit de cité que les êtres matériels.

Mais pour atteindre la forêt, il faut traverser d'anciennes terres agricoles, ravagées tant par l'Enclin que par les labours incessants des Hommes. Pas un oiseau n'y chante, pas un arbre n'y a survécu. S'il y subsiste un animal, ce doit être un rongeur leste et discret, qui se faufile entre les tertres desséchés dressés à la hâte par les combattants.

Entrer dans la forêt, c'est redécouvrir le monde vivant. Une légère brise agite les branches. Les feuilles frémissent et, de loin en loin, grincements et chocs traduisent la langue de la sève. Les grives pépient, un pigeon roucoule en contrepoint, et de temps en temps, un coucou salue les visiteurs, à moins qu'il ne transmette à ses comparses la nouvelle de votre présence. La mousse est voluptueuse, sous les semelles raidies par la poussière.


Clara retira ses bottes avec une grimace, et apprécia du bout des orteils la rugosité d'une racine. Elle maudit aussitôt la préciosité acquise de ses talons, dont la peau douce ne supportait plus vraiment la rigueur des épines dissimulées dans le tapis végétal. Elle se surprit à jurer en qunlat (elle ne savait pas ce que signifiait exactement « vashedan », mais cela sonnait bien quand il s'agissait de râler.) Elle ne valait pas mieux qu'une Oreille-Aplatie…

Zévran contemplait les alentours avec circonspection. Il connaissait bien les sentiers qui parcourent la forêt. En bon assassin, il en avait appris le tracé, chaque fois qu'ils s'y étaient aventurés. Mais en bon assassin toujours, il goûtait peu le chaos de la nature. Trop de bruits inattendus, trop de voies ouvertes par des animaux imprévisibles parce qu'indifférents. Sans compter le souvenir des loups-garous qui avaient bien failli les massacrer.

Isabela n'en menait pas large. Elle songea à Merrill, qui lui avait conseillé cette coupe de cheveux « arborée par certaines tribus elfiques ». Pas sûr qu'un effet de style la préserve de la vindicte desdites tribus, peu connues pour leur bienveillance envers les étrangers shem.

Nathanaël se sentit soudain très las. Il avait crapahuté avec Carver dans les bois autour de Lothering, qui étaient autant d'avant-postes de la forêt. Il avait oublié la texture de la lumière qui sourd entre les branches, et la couleur de l'ombre qui miroite le long des sentiers. Il ignorait alors combien le spectacle de la vie pouvait rappeler ceux qui sont partis.

D'un geste hésitant, Anders enfila l'amulette de Fiona.


« Garde des Ombres ». Si ces mots avaient jamais revêtu le moindre sens, Clara s'en dépouillait maintenant. Gagne la guerre. Préserve la paix. Ne recule devant aucun sacrifice. Elle n'avait appris cette incantation que bien trop tard. Après Duncan, après Alistair, qui par sa défection en avait souillé la pureté. Alistair n'avait consenti à aucun renoncement. Quitter la Garde, pour lui, c'était un avènement. Il s'était octroyé le droit du parjure, lui qui donnait des leçons, lui qui avait envoyé Clara mourir pour un dessein plus grand.

Mais garder les ombres, ce n'était pas combattre en première ligne. C'était s'anéantir dans les ténèbres qui jonchaient Thédas. Confrontée aux méandres de la forêt, Clara pouvait envisager de mourir. Crever aux mains des Engeances, d'accord. Mais pas dans les Tréfonds.


Anders, lui, découvrait que si la mort ne l'effrayait pas, il n'était pas prêt à lui céder. À quoi bon ressentir l'Appel, si ce n'était pour en préserver les imbéciles heureux qui n'en avaient pas conscience ?

La lisière de la forêt disparut entre les branches.

La méditation mène à l'indicible, avaient affirmé de concert, mais dans deux univers parallèles, le Grand Enchanteur et l'Archiviste. Mais c'était faux. Et tandis que Nathanaël se noyait, Anders et Clara renaissaient dans la clarté des mots scandés.

Il y a toujours un mot juste, et celui-ci fait advenir le présent. Clara comptait ses respirations, et Anders convoquait les esprits. Un. Guérison. Deux. Lucidité. Trois. Hum… satisfaction. Quatre. Abandon. Cinq…

Dissolution.

Les sentiers s'effaçaient au fil des ramifications. Zévran, Isabela et Nathanaël suivaient les gardes, qui s'enfonçaient dans la forêt.

(*)

Ils étaient venus pour trois raisons : Clara le voulait. Nathanaël le voulait. Et Zévran avait suggéré que l'Appel avait peut-être quelque chose à voir avec l'Enclin. Ils avaient donc convenu de ce voyage initiatique à rebours, et mis leurs pas dans les empreintes de l'Engeance.

Nathanaël avait caressé l'espoir de rentrer à la maison. Il avait rêvé au ciel immense renversé comme une conque sur les prairies de Lothering, au chuchotis des blés et à l'odeur du feu brûlant dans l'âtre. Il avait cru pouvoir convoquer les spectres, et s'endormir dans leur cercle protecteur. Mais il ne restait rien de Lothering. Il s'était assis en tailleur devant la cheminée de son ancien foyer, au milieu des murs effondrés, Nya allongé devant lui, la tête posée sur ses pattes. Au bout d'un moment, Clara l'avait rejoint. Elle n'avait rien dit. Elle s'était installée à côté de lui et avait contemplé l'âtre vide, jusqu'à ce qu'il se lève et lui tende la main. Ils étaient repartis sans dire un mot, et avaient pénétré dans la forêt, lui pour disparaître, elle pour renaître. Vous qui entrez ici, abandonnez toute certitude, disaient les arbres, et Isabela, Anders et Zévran se glissèrent à leur suite sous les frondaisons.

(*)

Clara les avait guidés dans les couloirs étonnamment préservés d'une ruine souterraine au centre de laquelle s'élevait un piédestal vide. « Où est-on ? » demanda Zév', qui cataloguait les issues. « Là où tout a commencé – pour moi, en tout cas. » Hawke s'approcha et considéra les minuscules éclats de verre qui constellaient le socle sur lequel se tenait la Garde. « Qu'est-ce qu'il y avait, là ?

- Un miroir.

- Du genre perverti par les démons, j'imagine, proposa Anders, serviable.

- Comment le savez-vous ?

- Mmh, c'est juste une supposition. Comme Merrill en possédait un, et que vous apparteniez au même clan…

- QUOI ?

- Elle voulait le réparer ! intervint Isabela.

- Elle n'a pas réussi, j'imagine…

- Je reconnais avoir joué un rôle dans son échec, avoua Nath. L'Archiviste Marëthari m'a fortement enjoint à l'en dissuader.

- Alors, c'est bien comme ça » conclut Clara, songeuse.


C'est drôle, comme là où tout commence semble toujours banal, songea Isabela. Non que des ruines elfiques soient à proprement parler banales, mais il ne restait jamais rien de vraiment tangible. Rien qui puisse expliquer à ceux qui n'étaient pas là ce que vous aviez ressenti, ni même vu. Son histoire à elle débutait dans un lit ensanglanté, et même l'elfe antivan qui rôdait autour d'eux ne pouvait en témoigner, parce qu'il appartenait désormais à quelqu'un d'autre. Et puis, qui pouvait vraiment dire où les histoires commençaient ?

La pirate frissonna. Brusquement, elle en avait marre. Elle avait froid, elle se sentait seule, alors qu'elle avait couché avec chacun des protagonistes mâles présents dans la pièce.

Elle n'en avait aimé qu'un le seul, peut-être, qu'elle n'aurait su garder.

Hawke les évitait tous, maintenant. Il semblait toujours vouloir se débarrasser de la réalité d'un coup d'épaule. Tandis que Zévran couvait Clara du regard, elle observait le Héraut chercher la pénombre dans laquelle il pourrait disparaître, et se souvenait de son insistance à l'entendre exprimer son amour. Hawke avait été près de déposer les armes à ses pieds. Elle l'avait rembarré, pour le mieux, lui semblait-il. Que serait-il advenu si elle avait baissé sa garde ? L'aurait-elle sauvé, si oui, de quoi ? Anders déambulait nonchalamment autour des débris d'un miroir qui n'avait jamais reflété personne.


Une autre chose perturbait la pirate : le souvenir d'une colonne de fumée qui s'élevait à l'ouest, loin, très loin de Lothering, et qu'elle n'aurait sans doute pas distinguée si elle ne s'était accompagnée d'un afflux de gens dépenaillés, que ses compagnons avaient ignorés parce qu'ils en avaient trop vus, mais qui ne ressemblaient pas aux fuyards qu'ils avaient croisés jusqu'alors. Il y avait des templiers parmi eux.

Elle s'étonnait du silence de Zévran, qui n'avait pu ignorer une telle anomalie dans le paysage. Elle ne se demandait plus pourquoi elle s'obstinait à suivre ces gens qui n'avaient aucune idée de ce qu'ils faisaient.

Isabela avait fui Dénérim quand il avait semblé évident que tous ses habitants allaient mourir. Elle ne s'était jamais battue pour rien ni personne et quand elle avait appris que le Iarl Eamon était vivant et convoquait un Conclave, elle avait trouvé un nouveau point de chute. Elle n'avait même pas songé à se sentir reconnaissante du sacrifice des Gardes des Ombres : habituée à survivre, elle n'avait jamais pensé qu'elle devait sa simple existence à ceux qui s'impliquaient dans la vie de leurs concitoyens.

Enfin… Ça n'était pas tout à fait vrai. Elle devait sa vie actuelle à Zévran.

Et elle devait à Hawke d'avoir choisi.

(*)

La rancœur submergeait Clara, quand bien même elle comprenait que chaque vie se résume, peu ou prou, à un concours de circonstances. Elle avait découvert un miroir, Hawke s'était trouvé sur la route des Engeances, Zev était pour de vrai un enfant de putain, et Anders… Anders n'avait jamais eu la moindre liberté. Elle avait beau être la seule Garde des Ombres à avoir affronté un Archidémon et être toujours là pour en parler, elle ne parvenait pas à oublier ce qu'elle avait ressenti quand Duncan l'avait conscrite, quand il avait décrété qu'elle le suivrait et ça tombait bien ! Elle n'avait pas le choix ! Sauf qu'elle l'avait eu… Ser Joris était mort d'avoir réclamé ce choix, Duncan l'avait tué sans l'ombre d'une hésitation… Créateur, elle le haïssait tellement… Autant parce qu'il incarnait sa propre lâcheté que parce qu'il en avait profité… Et qu'avait-elle fait ? Elle avait conscrit Anders. Pour rien. Les templiers qui le poursuivaient n'avaient pas accepté sa décision. Elle aurait pu tous les décimer sans précipiter le mage dans le même enfer qu'elle.

Elle avait admiré sa nonchalance, avant de réaliser ce qu'elle cachait de souffrance. L'humour, c'est la politesse du désespoir…

(*)

Je sais ce que je dois faire.

Le miroir absent narguait Anders, qui cherchait son reflet sous les voûtes enténébrées de la caverne. Il ne s'était pas battu pour les mages. Il avait justifié ses propres années de captivité en déclenchant une guerre. Et par « justifier », il fallait entendre non une conséquence, mais l'origine.

Les Templiers l'avaient enlevé à sa famille il devait bien y avoir une raison. Anders avait passé sa vie à devenir ce que le commun des mortels craignait qu'il soit. Sans quoi, rien de ce qui lui était arrivé n'aurait revêtu le moindre sens. Les templiers avaient raison : il était dangereux. À présent qu'il avait atteint son but, il se sentait vide et presque misérable. Nathanaël avait besoin d'un ami et non d'un fou égoïste. Ce que sa vie avait fait de lui, ce qu'il avait choisi de devenir, paraissait désormais vain. Anders marchait sur des éclats de verre tandis que Hawke glissait le long des murs, à la recherche d'une issue qu'il ne franchirait pas même s'il la trouvait.

S'il avait déjà aimé quelqu'un, Anders ne s'en souvenait pas. Ce qu'il ressentait en regardant cet homme-là dépassait sa haine et même sa mélancolie.

(*)

Ils montèrent le camp dans une clairière que Clara avait identifiée comme celle où sa tribu avait trouvé refuge, à l'époque où elle avait croisé la route de Duncan. Elle semblait plus calme que dans les ruines son évidente rancune s'était muée en fatalisme apaisé. Ils étaient tous assis autour du feu, sauf Zévran, qui patrouillait à la lisière de la forêt. Soudain, il tira ses lames. Il n'avait pas prononcé un mot, et seule une note claire avait cinglé la nuit, pourtant l'instant d'après, Isabela l'épaulait, et Clara couvrait leurs arrières, l'arc à la main. Hawke se leva paresseusement, sans qu'Anders parvienne à déterminer s'il faisait confiance à ses comparses ou s'il avait jeté l'éponge. Quant à lui, il avait saisi son bâton, mais ne savait pas où viser et ne disposait de toute façon d'aucune fenêtre de tir.

Cinq personnes, mains levées en signe de reddition, apparurent entre les arbres. C'étaient des Elfes, mais vêtus de robes de mage – du moins, ce qu'il en restait. Ils s'exprimèrent en elfique en voyant Zévran, qui leur retourna une grimace courroucée, mais se calma néanmoins en écoutant leurs explications. Clara avait débandé son arc bien avant qu'il ne range ses dagues, Isabela conserva les siennes sans baisser sa garde. « La Divine avait convoqué un Conclave à Darse, traduisit Clara calmement, sans quitter les nouveaux venus des yeux. Elle cherchait une issue à la guerre civile. Elle est morte. » Anders accusa le coup d'une expiration qui ne laissa rien voir de l'intime contraction qu'il avait ressentie à cette annonce. « Qu'est-ce qui s'est passé ? » s'enquit froidement Nathanaël. La Garde des Ombres haussa les épaules. « Une explosion. Quelqu'un a fait sauter le temple, et la montagne avec. »