Chapitre 13.
« J'en ai assez ! »
Snape venait de sursauter face à l'arrivée fracassante d'Hermione dans son bureau, alors qu'il était en train de corriger plusieurs copies. Son mouvement avait à moitié renversé son encrier et avait laissé une énorme tache noire sur le parchemin devant lui. Alors, il grogna un instant devant la Gryffondor qui s'effondra sur la chaise devant sa paillasse comme si elle se trouvait en terrain conquis.
« Mais je vous en pris, gronda-t-il en serrant les dents.
_ Harry et Ron, je ne sais pas à quoi ils jouent !
_ Je vous rassure : moi non plus je n'en sais rien, même 7 ans plus tard.
_ Soyez sérieux deux minutes, s'agaça Hermione en claquant ses mains sur le bureau de Snape. Ils me font des réflexions bizarres.
_ C'est-à-dire ? Demanda Snape en fronçant les sourcils. »
Hermione soupira de lassitude.
« Mais Hermione, on ne dit pas que Snape n'est plus un « bâtard ».
_ On dit juste qu'il a l'air moins… chiant. »
Snape plissa les yeux devant ce que lui racontait la Gryffondor, laquelle lui fit un regard entendu.
« Bon sang mais qu'est-ce que vous racontez encore ?
_ Et il me semble qu'il a fait un effort sur ses cheveux, non ? Souleva Harry d'un ton hyper aiguë.
_ Il t'observe souvent Hermione, tu as remarqué ? »
La concernée avait ouvert la bouche pour répondre, mais le survivant l'avait coupé sans attendre un mot de plus.
« Oh oui, Snape est vraiment gentil avec toi.
_ Gentil ? Répéta la jeune femme, peu convaincue et sur le point de se pincer afin de s'assurer qu'elle ne rêvait pas.
_ Ouais !
« Ils ont trouvé ma cachette à herbe, lâcha Snape d'un air grave.
_ Oh, j'aurais aimé que ce soit le cas, croyez-moi.
_ Parce qu'il y a pire ?
_ Pire que de faire un beer pong dans la tour des Gryffondor, perdre et se prendre comme gage de vous embrasser ?
_ Un beer pong ? s'écria le maître des potions d'une voix si stridente qu'elle raisonna partout dans les cachots. »
Hermione soupira de lassitude.
« C'est tout ce que vous retenez de ce que je viens de vous dire ?
_ L'alcool est interdit dans l'enceinte de Poudlard, grogna-t-il. Minerva va entendre parler de ça, marmonna Snape d'un air menaçant.
_ De la façon dont Harry et Ron cherchent à nous caser ? Essayez donc.
_ Mais… »
Snape ouvrit la bouche, puis émit une faible rire jaune et rauque.
« Cette potion m'a atteint, je suis certain d'être dans un espèce de monde parallèle. Tout y est exactement pareil, comme c'est étrange.
_ Monsieur, s'agaça Hermione, impatiente.
_ Oui, c'est vraiment troublant. Potter a toujours ses lunettes, Weasley cet air de gros beta, vous êtes aussi encore une Miss Je Sais Tout, mais c'est comme si je me retrouvais dans une vie où, au lieu de mourir durant la guerre, je me retrouve ici, à débattre sur pourquoi Monsieur Potter et son fichu ami essaient de nous mettre ensemble.
_ Mais…
_ Non, laissez, j'ai compris, la coupa-t-il. Je suis dans une histoire parallèle écrite par une sombre folle qui fantasme en secret sur ma personne.
_ Severus ! s'écria Hermione en se levant subitement de sa chaise, agacée. Arrêtez de dire des idioties et revenons en au présent, à la vie réelle, insista-t-elle. Et que vous le vouliez ou non, ici et maintenant, mes meilleurs amis ont complètement pété un plomb.
_ Mais qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse, grimaça Snape en levant son visage afin de suivre son mouvement. Je vous avais dis qu'il fallait bruler toute cette herbe.
_ Une solution ! Exigea la jeune femme, plus enragée encore.
_ Mettez-vous avec quelqu'un. »
Hermione resta silencieuse, pantoise même.
« Trouvez-vous un idiot, Gryffondor de préférence, qui voudra bien remplir le job et me faire oublier dans l'esprit de vos amis.
_ Pourquoi Gryffondor ?
_ Pour qu'il y ait plus de chances qu'ils y croient.
_ Oh. »
La jeune femme se rassise sur sa chaise avec lenteur. Elle laissa son regard errer dans le vide.
Faire croire à une relation avec un autre élève ? Cela pouvait marcher, oui…
Mais…
Mais elle n'en avait pas vraiment envie. En fait… Elle aurait aimé quelque chose. Autre chose, sans vouloir se l'avouer. Hermione ne cessait de se voiler la face.
Snape était un ami pour elle, c'est ce qu'elle s'évertuait à se répéter chaque jour. Un intelligent, charmant, drôle, sarcastique, sombre, mystérieux et séduisant ami. Rien de plus. Et d'ailleurs, elle devait sans doute l'être pour lui, étant donné qu'il lui avait proposé cette solution de rechange.
Il n'avait même pas soumis l'idée que cette relation soit fausse. Même s'il avait usé du terme « y croire ». Hermione prit une profonde inspiration, puis répondit un simple « d'accord » avant de partir.
Ce qu'elle n'avait pas remarqué, c'était le regard de Snape qui l'avait suivi et qui transpirait d'un mélange d'émotions bien étrange, entre effarement et regret.
Mais pourquoi des regrets ? C'était la question qu'il s'était posé en boucle durant plusieurs minutes, avant de vite l'éclipser de son esprit. Parce qu'il n'avait pas envie d'y penser, pour des raisons obscures qu'il n'arrivait même pas à expliquer lui-même.
Dans tous les cas, il ne manqua pas de remarquer le regard désolé que lui lançait Minerva et Filius lorsque, le lendemain, Hermione déjeunait en compagnie de Seamus Finnigan, un rictus bien étrange plaqué aux lèvres. Snape eut toutes les peines du monde à s'empêcher de sourire d'amusement quand Hermione avait posé négligemment sa main sur le bras du garçon.
« Severus, j'espère que tout va bien.
_ Bien entendu, je me porte à merveille, déclara-t-il d'un air ravi.
_ Cela ne sert à rien de mimer quoique ce soit, chuchota Filius sous le regard soudain noir de Snape.
_ Je ne comprends pas ce revirement de situation. Severus, as-tu encore dit ou fait quelque chose ?
_ Pourquoi « encore », demanda le maître des cachots avec suspicion en mâchouillant une bouchée de pain.
_ Oh, ne joue pas à l'innocent, lança Minerva, agacée. Tu as forcément dit quelque chose de contrariant !
_ Miss Granger n'a jamais été intéressé par Monsieur Finnigan, ce revirement est trop surprenant.
_ Pas du tout, articula-t-il, sur la défensive. Mais quand est-ce que vous allez comprendre que tout cela se passe dans votre tête, bande de… drogués !
_ En parlant de ça, souleva McGonagall. Peut-tu me reparler de cette histoire d'herbe, mmmh ?
_ Une histoire d'herbe ? Demanda Snape d'une voix plus aiguë qu'à l'ordinaire.
_ Oui, lorsque tu t'es rendu à ma convocation et que…
_ Oh c'est terrible, je suis en retard. »
Snape but son café en deux temps, trois mouvements, vidant cul sec et avec difficultés le liquide brulant qui lui explosa les papilles gustatives.
« Severus ! Réprimanda la Directrice.
_ Pas de problème Minerva, je dirais à Hagrid de tondre la pelouse. »
La vieille sorcière fusilla son collègue du regard qui décida de se soustraire à cette conversation lunaire au plus vite. Lorsqu'il passa devant la table des Gryffondor cependant, il se figea durant une seconde en voyant, du coin des yeux, Hermione adresser une bise sur la joue de Seamus.
Son teint s'était un peu plus pali avant qu'il ne sorte plus rapidement encore de la Grande Salle.
« Quelque chose ne va pas ?
_ Cela fait deux fois qu'on me pose la question aujourd'hui, et croyez en mon expérience quand je vous dis que c'est beaucoup trop. »
Hermione eut envie de s'enterrer vu le ton acerbe et directif que Snape avait employé. Elle n'osa qu'à peine dire un mot de plus. C'était comme si… elle faisait de nouveau face à son ancien professeur, celui d'avant la potion.
Celui qui la détestait.
Cette pensée lui mit un nœud à l'estomac. Elle déglutit avant de décider de reprendre la parole.
« Vous voulez peut-être que nous écourtions cette leçon…
_ Merci de cette sollicitude typiquement Gryffondor. »
Hermione observa Snape fermer son manuel en un claquement sonore.
« D'ailleurs, je pense que nous devrions nous arrêter là. Vous m'avez donné des bases plus solides désormais, je ne vois pas l'interêt de continuer.
_ Très bien... »
Son regard était teintée de tristesse, mais résolue, elle se leva et rangea son matériel dans sa besace. Au final, elle se planta devant lui, puis attendu…
Rien.
L'homme se leva, prit sa plume sans même la regarder et se déroba à leur échange.
« A demain pour votre cours habituel. »
Hermione arrondit le regard en le voyant la contourner pour sortir de la pièce. Alors, elle se précipita au dehors et le rattrapa très vite.
« Mais qu'est-ce que vous fabriquez ? Lui demanda-t-elle en lui agrippant le bras au beau milieu d'un couloir vide des cachots.
_ Je rentre chez moi, Miss Granger.
_ Vous rentrez chez vous ? Répéta-t-elle, incrédule.
_ Oui. Vous savez. Retrouver ses appartements après une journée de travail, ça vous parle ? Lui répondit-il d'un ton cynique.
_ Oh ne prenez pas ce ton avec moi, je vous en prie, s'agaça-t-elle.
_ Mais quel ton, Miss Granger ?
_ Vous m'appelez Miss Granger, vous recommencez à vous adresser à moi en crachant chacun de vos mots, et et et, bégaya-t-elle, hors d'elle et les mains tremblantes.
_ Et ? Demanda-t-il en levant un sourcil.
_ Et vous ne m'avez pas embrassé pour me dire au revoir, comme vous le faites à chaque fois ! »
Un long silence suivit l'exclamation, criée sans doute un peu trop fort par la Gryffondor. Snape resta imperturbable, stoïque même et Hermione, furibonde, sentait des larmes lui monter aux yeux tant la colère s'était emparée d'elle.
« J'ignorais tenir des obligations envers vous, lui dit-il avec détachement.
_ Mais… Mais… Vous ne pouvez pas juste… arrêter de la sorte, sortit-elle.
_ Bien sûr que je le peux. Je ne vous dois rien. »
Hermione ferma les paupières, afin de se contenir d'exploser. Elle resta silencieuse, mais lorsqu'elle rencontra de nouveau le regard froid de Snape, elle ne put s'empêcher de montrer un visage d'une tristesse et d'une rage indescriptibles.
« Bien, cracha-t-elle en faisant demi-tour. »
Hermione engagea une marche rapide. Comment… Comment osait-il lui faire ça ? Et quel mouche l'avait piqué ?
Il n'avait pas le droit… Et pourtant, si. Si, il en avait parfaitement le droit.
Les mains de la jeune femme continuaient de trembler, et elle les passa nerveusement sur son visage en s'arrêtant subitement… Jusqu'à ce qu'une poigne lui agrippe l'avant bras.
« Mais qu'est-ce que... »
La Gryffondor n'eut pas le temps de réaliser ce qu'il se passait lorsqu'elle sentit les mains grandes et puissantes du maître des potions se presser autour de son visage, une seconde avant qu'il ne s'empare de ses lèvres.
Hermione laissa échapper un gémissement, de surprise d'abord, puis de délice. Oh, ce baiser là n'avait vraiment rien… Rien à voir avec ceux échangés chaque jours, ni même durant leurs « adolescence ».
Snape grogna dans sa gorge avant de tant serrer la jeune femme contre lui qu'il la soulevait de terre de quelques centimètres.
Il n'avait pas pu s'en empêcher. Elle avait eu l'air si… furieuse qu'il ne l'embrasse pas. Ça n'avait pas été que de la fierté, il le savait. Et il refusait de songer aux raisons pour lesquelles il avait agit de la sorte. Il s'était tout simplement trouvé idiot quelques secondes après son départ.
A présent, il savourait cet échange comme s'il était le premier. Sentir le goût de ses lèvres, la douceur de sa peau, les effluves de son parfum… Ce baiser là, était loin d'être le plus incroyable de son existence. Mais il transpirait de quelque chose… d'inhabituel. Oui, c'était bel et bien l'unique fois que le maître des cachots se sentait si bousculé par tant d'émotions.
Il entrouvrit la bouche à la quête d'un approfondissement qu'elle lui offrit sans attendre. Hermione renforça la pression de ses bras qui s'étaient lovés contre la nuque du sorcier, et leurs nez se percutèrent, presque avec douleur face à leur soif l'un de l'autre.
Peu à peu, leur baiser devint un peu moins passionnel. Plus lent, intime même jusqu'à ce qu'il ne le rompe en une dernière caresse.
Hermione déglutit, le visage à quelques centimètres de celui de son assaillant. Elle ne comprenait rien à ce qu'il se passait ce soir, et elle était peu certaine de vouloir comprendre.
« N'embrassez jamais personne d'autre que moi, est-ce clair ? Raisonna la voix grave et claire de Snape. »
Le professeur venait de prendre le menton de la sorcière entre ses doigts afin de lui redresser le visage et que son regard rencontre le sien. Il haussa un sourcil défiant, et, Oh Merlin, pourquoi s'était-il arrêté ?
« D'accord, répondit Hermione, déstabilisée et la gorge sèche. »
Ils restèrent un petit moment ainsi, et la jeune femme invoqua toutes les divinités pour qu'il lui cède de nouveau. Il n'en fit rien, se contentant d'un regard, plus vraiment froid, mais encore un peu hautain vers elle.
« Alors à demain. »
Sur ces paroles, l'homme se retourna, faisant claquer sa cape d'un mouvement gracile et d'une démarche rapide. Hermione resta un long moment seule, pantoise au beau milieu de ce couloir vide.
« A demain, chuchota-t-elle pour elle-même, complètement abasourdie. »
C'est alors avec une démarche hésitante et nébuleuse qu'elle rejoignit la tour des rouges et or, plus déboussolée qu'elle ne l'avait jamais été jusqu'alors.
