Se réveiller au son des "cloches" pour ce Quinze Décembre...
15 décembre
Harry avait quitté son lit, en pleine nuit, et était sorti de son dortoir. Il n'avait pas pris sa cape d'invisibilité puisqu'il n'enfreignait plus aucun règlement. Cependant, il avait la carte des Maraudeurs. Il avait vérifié que les couloirs étaient déserts avant de la ranger négligemment dans sa poche.
Il avait erré dans les couloirs un long moment, avant de se rendre au septième étage. Il avait évité cette visite depuis la rentrée, n'osant pas se rendre encore dans la salle sur demande. Il ne savait pas ce qu'il craignait le plus : qu'elle n'existe plus, que la porte s'ouvre sur un endroit calciné, ou qu'elle soit à l'identique, comme si rien n'avait eu lieu.
Au septième étage, il resta un instant immobile devant le tableau de Barnabas le Follet. Il s'assit sur le sol, face à l'endroit où la porte apparaîtrait s'il faisait les trois allers-retours réglementaires. Puis, il laissa sa tête reposer sur le mur où il s'appuyait et ferma les yeux, se plongeant dans ses souvenirs.
En entendant du bruit dans le dortoir, Drago ouvrit les yeux immédiatement. Il n'avait pas pris sa potion de sommeil sans-rêves. Severus s'était aperçu qu'il en brassait trop souvent et l'avait sévèrement sermonné. Le jeune homme faisait donc en sorte d'en consommer un peu moins, mais il passait beaucoup trop de temps à tenter de dormir plutôt que de réellement dormir.
Il camouflait habilement les cernes sous ses yeux d'un léger charme, histoire de rester discret sur ses difficultés.
Il se redressa doucement et vit Potter se lever, et quitter le dortoir. Il n'hésita pas, et se leva silencieusement à son tour, frissonnant sur le sol glacial, curieux de savoir ce que le Sauveur fabriquait à cette heure de la nuit.
Enroulé dans sa cape, Drago garda les yeux fixés sur le dos de Potter, montant dans les étages à sa suite, parcourant les couloirs. Les tableaux restaient silencieux, la plupart des personnages peints dormaient.
Le blond se figea en se rendant compte de l'endroit où ils arrivaient. Il y avait passé tant de temps pendant sa sixième année, à espérer sauver sa peau en faisant entrer les Mangemorts au sein de l'école, tout en priant pour que quelque chose se produise pour empêcher cette ignominie.
C'étaient par là qu'ils étaient entrés, se répandant dans Poudlard et semant la terreur. Par sa faute.
Il y était retourné ensuite, à la suite de Potter. Il devait l'empêcher de trouver un objet mystérieux, mais il devait avouer qu'il avait manqué singulièrement de motivation ce jour là, contrairement à ses camarades.
Crabbe avait été si… enthousiaste, qu'il en était mort, dévoré par le feudeymon qu'il avait lui même lancé.
Drago s'était habitué à la présence de Crabbe et Goyle. Les deux garçons étaient stupides, et il ne les gardait dans son entourage que sur les conseils de son père. Il ne les appréciait pas plus que ça, mais la mort de Crabbe avait été un choc. Parfois dans ses cauchemars, il se retrouvait une fois encore dans cette salle maudite, et il voyait Crabbe être consommé par sa propre stupidité. Puis, il lâchait Goyle accidentellement, alors qu'il essayait vainement de le tirer en hauteur, même si leurs chances de survie étaient moindres.
Enfin, dans ses cauchemars, Potter ne revenait jamais. Il partait sur son balai sans un regard en arrière, et Drago sentait la chaleur l'entourer, avant de prendre feu et de se réveiller en hurlant.
Oubliant ses envies de rester discret, il avança et se laissa glisser près de Potter. Ce dernier ne frémit pas, lui jetant un coup d'œil rapide.
- Tu viens souvent ici, Potter ?
Le Sauveur renifla.
- Pas vraiment. J'y pense beaucoup mais…
A l'aveuglette, Drago tendit la main et saisit celle de Harry.
- Allons-y ensemble.
Harry déglutit mais ne fit pas le moindre geste pour se lever. A la place, il serra la main de Drago un peu plus. Alors que Drago pensait qu'il allait abandonner et finalement refuser d'entrer dans la pièce va et vient, Harry se leva, le tirant doucement à sa suite.
Ensemble et hésitants, ils firent les trois allers-retours nécessaires.
La porte apparut, terriblement normale. Ce fut Harry qui tendit la main vers la poignée, un peu tremblant mais décidé.
Le jeune homme ouvrit la porte et la poussa, avant d'écarquiller les yeux.
Ce n'était plus la pièce qu'ils avaient connu. Ce n'était plus qu'une pièce de taille moyenne, totalement vide. Il n'y avait pas la moindre trace du feudeymon, pas de traces des objets qui avaient été accumulés au cours des années successives.
Harry laissa échapper un soupir tremblant et secoua la tête, avant d'entrer dans la pièce, tirant Drago à sa suite. Ce dernier résista une fraction de seconde, mais il le suivit au final, les yeux écarquillés.
- Tout a disparu…
Harry hocha la tête.
- Il n'y a plus aucune trace. Plus rien…
Drago laissa échapper un rire soulagé en secouant la tête.
- J'ai fait tant de cauchemars. J'imaginais… Merlin…
Harry sembla se rendre compte qu'il tenait toujours la main de Drago et il le lâcha brusquement, regrettant presque son contact. Puis, il le regarda un peu plus attentivement.
- Malefoy ? Depuis combien de temps tu ne dors pas ?
- Tu ne dors pas non plus Potter. Je t'ai juste entendu te lever et j'étais curieux de savoir ce que tu allais faire.
Le brun eut un léger sourire et hocha brièvement la tête.
- Je parle de tes cernes. Et tu ne peux pas vraiment cacher ton épuisement.
Drago haussa les épaules et s'éloigna pour s'asseoir le long du mur, près de la porte.
- Je dors mal.
Harry pencha la tête sur le côté, puis avança pour s'installer près de lui.
- Tu veux en parler ?
- Pourquoi tu es avec moi ? Maintenant je veux dire. Tu as tellement de raisons de m'en vouloir, tu pourrais décider de te venger et je ne pourrais pas te le reprocher…
- Nous avons tous fait ce que nous pouvions pour survivre.
- Mais…
- Malefoy. C'est derrière nous tout ça. C'est terminé.
En prononçant ces mots, Harry eut l'impression qu'il aurait à le répéter encore et encore pour que le jeune homme à ses côtés ne finisse par le croire.
Côte à côte, ils finirent par s'endormir, collé l'un à l'autre. Et pour la première fois depuis la fin de la guerre, ils ne furent pas réveillés par un cauchemar, mais par un bruit de cloches. Un elfe se tenait devant eux, pour leur annoncer qu'ils devaient prendre le petit déjeuner s'ils voulaient ne pas être en retard à leur cours.
