13 décembre
Mots utilisés : Sources chaudes - Broche - Faire des crêpes
Fandom : Fire Emblem Fates
Lilith et F!Corrin
Famille
Kamui pouvait sentir son stress et sa pression fondre au contact de l'eau chaude, quitter ses muscles et sa chair fatigués pour finir de s'évanouir dans l'air froid avec les grandes vapeurs de fumée qui s'échappaient du bassin. Elle poussa un long soupir; c'était vraiment délicieux. Les lieux étaient calmes, voire carrément désert, avec ses grands bassins naturels aménagés au milieu des roches violette, son ciel qui se parait des couleurs du soir et son absence de passage. Elle était seule dans ces sources chaudes, mais pour une fois, elle qui était si sociable était bien soulagée de ne pas avoir de compagnie. Son début de règne était loin d'être reposant et tranquille avec tout ce qu'il y avait à faire en Valla. Les villes laissées à l'abandon depuis deux décennies avaient besoin d'être reconstruites, les champs remis en culture, l'administration devait renaître au milieu de cette anarchie totale, il fallait recenser les populations locales, les nourrir et les abriter le temps que le royaume soit remis sur pied. Il fallait aussi s'occuper de l'arrivée des ressortissants d'autres pays et de la réhabilitation de la noblesse vallite... Rien que d'y penser, la jeune Reine en avait le tournis.
Elle s'enfonça dans l'eau et souffla quelques bulles par la bouche, ses petites oreilles pointues gelant presque à cause du froid qui régnait au-dehors. Depuis la fin de la guerre, elle s'était coupé les cheveux. Les longues mèches blanches, épaisses et presque indomptables qui s'entortillaient de sa tête à ses reins avaient fait place à un entrelacs de cheveux courts adorables, qui effleuraient à peine ses épaules. Force était de constater qu'elle se sentait bien mieux comme ça. C'était plus pratique, plus léger et plus facile à coiffer. Pour autant, elle avait conservé l'habitude de retenir sa chevelure immaculée par un bandeau noir, qu'elle avait piqué, depuis quelques temps, d'une broche héritée de son père. Elle ignorait d'où provenait le bijou exactement, mais il lui avait été remis par un de ses frères adoptifs, de la part de sa mère qu'il avait bien connue. D'après lui, cet objet avait été conçu exprès pour elle par son père, qu'elle n'avait guère connu plus que quelques mois dans sa vie. Elle supposait seulement que c'était de lui qu'elle tenait son sang de dragon, car la broche en représentait un tout petit, de couleur argent et noir, absolument adorable. Elle aurait bien aimé connaître le nom de son père, mais hélas, son frère n'avait aucune autre information à lui donner.
Kamui toucha le bijou du bout des doigts et s'enfonça dans l'eau brûlante jusqu'au menton.
"Dame Kamui ?"
La jeune Reine releva la tête et des perles d'eau roulèrent le long de ses joues. Lilith, une de ses servantes, se tenait accroupie au bord du bassin, l'air adorable et presque vulnérable avec ses genoux ramenés sous elle, sa robe bleue à tablier blanc et ses bottes montantes. Kamui lui sourit. Comme ses autres domestiques attitrés, elle connaissait la jeune fille depuis sa plus tendre enfance. Lilith, à l'instar de Jakob, Flora, Felicia et même Gunther, était comme un membre de sa famille. Elle était heureuse d'avoir pu obtenir de ses conseillers que la jeune fille soit la seule à l'accompagner aux sources chaudes. La plâtrée de domestiques qui la servait depuis qu'elle était Reine étaient certes très gentils, mais de la douceur et du calme, c'était de ça dont elle avait besoin. Et Lilith, par sa présence, la calmait et l'apaisait toujours.
"Je vous ai fait des crêpes au cas où vous auriez faim après votre bain, l'informa la soubrette en souriant. Il est bientôt dix-huit heures, mais je suppose que ça ne vous dérange pas ?
-Non, tu as raison, la rassura Kamui. Tant qu'à être là, je vais aussi en profiter pour manger comme je veux, au lieu de devoir me conforter aux codes des banquets royaux."
Lilith sourit avec compassion, et elle allait se redresser lorsque sa maîtresse l'arrêta :
"Attends... tu ne veux pas venir dans l'eau avec moi ? Elle est vraiment très bonne, et ça me ferait plaisir d'avoir un peu de compagnie.
-Je croyais que vous vouliez être seule, Dame Kamui, objecta la servante.
-Oh, s'il te plaît ! Nous nous connaissons depuis si longtemps, nous sommes presque comme des sœurs, toi et moi, non ?"
Surprise, Lilith rougit. Ses yeux verts s'adoucirent, et elle acquiesça doucement.
"D'accord, Dame Kamui. Mais pas longtemps. Je voulais aussi vous préparer du chocolat chaud pour aller avec vos crêpes."
Kamui sourit, très contente, et attendit que la soubrette se déshabille pour se glisser dans l'eau avec elle.
"Tu n'enlèves pas ton bonnet ? s'étonna-t-elle en la voyant conserver la petite coiffe blanche qui dissimulait en partie ses oreilles.
-Non, je préfère le garder, si ça ne vous ennuie pas."
Les deux filles profitèrent un moment de l'eau chaude en discutant de choses qui tourmentaient la jeune Reine, et comme toujours, les conseils de Lilith étaient remplis d'une tendresse et d'un amour qu'il était difficile pour Kamui se saisir parfois. C'était comme si la soubrette savait quelque chose sur elle, une chose intense et profonde qu'elle ne connaissait pas. Elle doutait que son amie le lui expliquerait un jour, mais peu importait, elle était toujours heureuse de se trouver avec elle.
"Je vais sortir du bain, Madame, décida Lilith après une trentaine de minutes. Il me reste encore des choses à faire et je ne vous ai pas sorti de vêtements de rechange.
-D'accord... Mais nous ne sommes pas pressées, tu sais. Regarde comme cet endroit est vide et pur. S'il y a un seul endroit où je me suis sentie apaisée depuis mon intronisation, c'est ici."
Lilith lui sourit avec empathie et sortit de la source, puis elle entreprit de se rhabiller. Mais alors qu'elle ramassait son tablier sur le sol, un petit objet brillant s'échappa de la poche et tomba dans le bassin.
"Oh, tu as perdu quelque chose, remarqua Kamui qui plongeait déjà la main dans l'eau pour récupérer l'objet. Tiens, il doit être par là...
-Dame Kamui, non ! S'il vous plaît, ne..."
Trop tard. La jeune Reine avait déjà retrouvé l'objet en question, et elle sortit de l'eau une petite broche représentant un dragon bleu et rouge, absolument adorable. Aussitôt, Kamui se figea. Elle fixa le bijou. Passa une main stupéfaite dans ses cheveux, pour être sûre. Sentit que sa propre broche était toujours en place. Fixa de nouveau ce qu'elle tenait à la main. Puis Lilith. La servante paraissait frappée d'horreur.
"Lilith ? commença lentement la jeune Reine. Qu'est-ce que... est-ce que tu peux m'expliquer ce que c'est ?
-Oh, Madame, je suis désolée ! gémit la soubrette. Vous... vous n'étiez pas censée voir ça !"
Elle essaya de reprendre la broche aux mains de sa maîtresse, mais Kamui esquiva. Elle ne comprenait toujours pas, mais un sentiment énorme, puissant et incrédule remontait en elle au fur et à mesure que cette vérité s'imposait à elle. Elle tenait à la main une broche. Identique à la sienne, qu'elle tenait de son père et qu'il avait fait confectionner pour son enfant. Sa fille unique ! Ou alors ?
"Lilith ? murmura la jeune Reine, et dans son esprit, c'était comme un feu d'artifice. Lilith, est-ce que tu es...
-Oh, je suis navrée ! Je n'avais pas l'intention de vous le dire... S'il vous plaît, pardonnez-moi, Madame !
-Te pardonner ? s'étonna Kamui, stupéfaite par son comportement. Mais que devrais-je te pardonner, enfin ? Si tu es ma... ma... ma sœur...
-Votre demi-sœur, corrigea Lilith en se tordant les mains d'appréhension. Mais vous n'êtes pas obligée d'y accorder de l'importance, Madame ! Après tout, je ne suis que..."
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. Kamui se hissa hors de l'eau, s'éraflant presque les genoux sur les rochers tant elle était impatiente, et se jeta au cou de Lilith. De l'eau dégoulina partout sur la robe de la soubrette, mais elle sembla ne pas y prendre garde. Sa stupeur était totale, et son émotion aussi, si on en croyait les larmes qui se précipitaient dans ses yeux.
"Dame Kamui...
-Ma sœur ! Oh, ma sœur, je n'arrive pas à y croire ! s'exclama Kamui, la voix pleine de larmes. Comment... comment est-ce possible ? Comment ai-je pu ne jamais le savoir, après tout ce temps ? Et toi... pourquoi ne me l'as-tu pas dit avant ?!
-Je... Je ne pouvais pas, Madame. Nous n'étions pas en terre de Valla, souvenez-vous.
-Oh, plus de "Madame", je t'en prie ! Nous sommes... nous sommes sœurs, après tout...
-Oui, Mad... heu... Dame ma sœur ?"
Kamui écarta son visage de son épaule et sourit, les yeux brillants et plus éclatants que Lilith les avait jamais vus.
"Dame ma sœur, vous allez prendre froid, murmura-t-elle en sentant une bourrasque glaciale leur soulever les cheveux."
Elle écarta les cheveux mouillés aux pointes de Kamui et lui passa son tablier, faute de mieux, pour la couvrir un minimum pendant les quelques mètres qui les séparaient de la maison où la jeune Reine avait élu domicile. Elle lui prêta aussi son bonnet, et Kamui vit pour la première fois les petites oreilles pointues qu'il dissimulait. Les deux filles regagnèrent la maison, et Kamui laissa son aînée essuyer tendrement ses cheveux pendant qu'elle s'habillait. Ensuite, elle les entraina sur le canapé et se blottit immédiatement contre Lilith, la tête contre son épaule.
"Pourquoi ne pas m'avoir parlé de ça avant ? murmura-t-elle en fermant les yeux. Il y a des semaines que nous avons emménagé en Valla... Tu n'étais plus obligée de garder le silence.
-Pardon, je n'osais pas. Vous avez déjà huit frères et sœurs adoptifs. Je pensais que vous n'en aviez pas besoin d'une neuvième.
-Ne sois pas ridicule. Tu es ma sœur..."
Elle fit une pause, puis ajouta :
"Tu connais notre père, alors ?"
Lilith sourit timidement et acquiesça.
"Oui, Dame ma sœur... Mais vous devez être fatiguée. Je pense que ça peut attendre demain.
-Mmm..."
La jeune Reine fit la moue, mais n'insista pas, encore trop sonnée par cette découverte énorme. Elle avait trouvé une sœur... une sœur... une sœur de sang... Elle ne pensait pas ce miracle possible, mais au final, après tout ce temps, son coeur avait définitivement eu raison.
