Hello !

Eh non, je n'ai pas abandonné cette fic ! Comme toutes les autres, elle a souffert toute seule dans son coin pendant que je traversais une lonnngue période de disette créative, dont je crois heureusement être en train de sortir.

La suite, donc !

Enjoy !


JOUR 13

Le silence habité d'une capitale piétonne enveloppe la chambre. C'est un silence dénué du ronronnement des bagnoles qui défilent sans interruption, mais il reste peuplé des éclats de voix, du sifflement strident des freins de vélo en bas de la rue, des tintements parfois fracassants de vaisselle, et.. des crachotements d'une vieille radio.

« Sympathy for the Devil au réveil... On dirait un message cosmique... murmure Ao en ouvrant à peine les yeux.

— Genre un signe du destin ? rétorque le blond ensommeillé.

— Ouais...

— Bah j'vois pas trop ce que le destin essaie de nous raconter... De toute façon y a rien qui a du sens... Toi et moi à Prague dans le même lit, par exemple...

— Hm... Simple accident de circonstances. »

Grognement étouffé du blond.

« Ça me va... » Pause pensive. « Tu vas nous chercher le petit-dej ?

— Tu rêves !

— Ouais. Clairement. J'suis encore à moitié endormi.

— Pourtant si on veut s'extraire de là va nous falloir de la caféine à un moment donné.

— Alors décroche le tel ! On n'est pas dans une putain d'auberge de jeunesse ! Appelle et le café viendra à nous ! »

Aomine considère la possibilité, mais il a pas envie de parler à quelqu'un d'autre qu'à Kise. Surtout pas au téléphone.

Et pendant ce temps la radio continue de crachoter cette vieille chanson des Rolling Stones...

« Ryota... Tu crois qu'on est morts ?

— Nan ! Je crois pas ! » Le blond se redresse dans le lit et regarde le brun. « Dai ? T'es défoncé ?

— Hm... Non. Peut-être encore bourré d'hier, à la limite. »

Le brun réfléchit un moment, puis reprend :

« J'ai toujours rêvé de voyager en Europe. J'aurais jamais imaginé le faire avec toi... enfin pas comme ça. C'est pour ça... J'ai un drôle de sentiment d'irréalité. »

Kise cale des oreillers contre la tête de lit et se redresse, puis regarde son ami avec un sourire en coin.

« Est-ce que t'es en train de me dire que t'as un faible pour moi ?

— J'en ai toujours eu un, baka ! Enfin, en quelques sortes... Mais c'est pas ça l'idée... Toi et moi on se comprend, pas vrai ?

— Si tu veux dire qu'on est deux gros paumés de la vie hyper angoissés, ouais.

— Tu me vois comme quelqu'un d'angoissé ?

— Complètement ! Juste, ça se voit pas de la même manière que moi.

— Merde... J'espérais que ça se voyait pas du tout.

— Ouais, on espère tous tout un tas de trucs. Y compris avoir de la crédibilité et maintenir une certaine image. Mais Dai, admets-le : quelle image t'as besoin de maintenir avec moi ?

— Je pourrais totalement te retourner la question.

— Et la réponse est la même : aucune. C'est bien pour ça que c'était avec moi que tu voulais partir. Avec moi t'as pas besoin de refouler ton côté angoissé. »

Aomine considère ces paroles, puis soupire.

« Ouais... On a eu la vie dont on rêvait, tous les deux, hein ?

— Ouais...

— Sauf qu'aucun de nous deux s'attendait à en baver autant, pas vrai ?

— Exact. Où tu veux en venir ?

— Est-ce que ça en valait le coup, finalement ? Se consacrer comme ça à nos carrières au détriment de tout le reste ? C'était le bon choix ?

— Quelle différence ça fait maintenant ? Bon ou mauvais choix... Tout ça, c'est fini.

— ... »

Ils ne disent plus rien pendant un moment. L'aurore est grise. Pluvieuse, comme la veille.

« Je pense qu'on devrait reprendre la route, Dai...

— Ouais... Peut-être. Je crois que cette ville me rend mélancolique.

— Hm... Qu'est-ce qui ne te rend pas mélancolique ?

— Le whisky. Oh, wait... Nan. Le whisky aussi. Surtout le whisky.

— Arrête de dire des conneries, habille-toi et barrons-nous d'ici.

— Ça va ! Arrête d'être autoritaire ! »

Pour toute réponse, Ryota pousse Daiki qu'il fait rouler dangereusement près du bord du lit et avant que le brun n'ait le temps de réaliser ce qui lui arrive, il se retrouve par terre.

« Ah ! s'exclame le blond triomphant. Tu vois, moi aussi je peux le faire !

— Espèce de petit con ! »

Aomine n'a droit qu'à un rire de gamin en guise de réponse, alors il se relève en marmonnant et entreprend de s'habiller.

Une demi heure plus tard, il tourne la clé de contact et le ronronnement de la Ferrari dissipe les mauvais rêves de la nuit. Il a la gueule de bois ce matin et l'impression d'avoir cent ans.

« Est-ce que c'est utile que je te demande où on va ? interroge Kise.

— Est-ce qu'on sait jamais ce genre de choses, hein ?

— Oui... Quand on parle de road trip. Pas du sens de la vie.

— Ça fait aucune différence pour moi... »

Kise soupire et se contente de faire son petit tour quotidien sur les réseaux sociaux. Il s'est pratiquement habitué à l'imprévisibilité de ce voyage. Celle d'Aomine, il l'a toujours connue, elle lui est familière, et en ce sens elle en est même presque rassurante. Alors... Si Ao veut continuer à rouler au hasard... ainsi soit-il. Ce n'est pas comme si s'imposer des directions avait tant marché que ça dans sa vie. En tout cas, il a la nette impression d'avoir atteint les limites du concept.

Ils sortent de la ville et Kise jette un coup d'œil à Aomine, qui roule concentré, les sourcils froncés, plongés dans ses pensées qui n'ont pas l'air hyper fun. Mais Kise sait que ça lui passera. Aomine est comme un ciel d'avril, ombrageux, capricieux, chaotique et surtout changeant.

Aomine regarde l'asphalte qui défile sous ses roues, le ciel brisé qui laisse passer en commune mesure pluie et soleil, et se dit qu'on n'avance jamais vraiment dans la vie, comme quand on roule. On se rend d'un point A à un point B, mais on n'avance pas. On fait des boucles, des détours, mais on ne va jamais vraiment nulle part. Ce n'est peut-être pas si grave, mais c'est flippant, et surtout... Il a l'impression d'avoir fait tellement de tours et de détours dans sa vie qu'il se sent désorienté et nauséeux. Il voudrait pouvoir s'arrêter quelque part et se reposer... Mais ce n'est pas encore pour tout de suite. Il ne sait même pas si ça arrivera jamais vraiment un jour. Il l'espère, sans oser y croire.

« Amsterdam, déclare-t-il soudain.

— Uh ?!

— Amsterdam, c'est là qu'on va.

— Ah bon ?

— La « Venise du nord », paraît-il.

— Genre ça va remplacer celle du sud !

— Qui sait ? »

Le blond hausse les épaules.

« Ok... Oh ! Attends ! C'est pas là que la marijuana est légale ?!

— Si, si...

— Alors Amsterdam, nous voilà ! »

Une fois passés en Allemagne, Aomine profite des autoroutes pour accélérer. Ils ne seront pas aux Pays-Bas ce soir, mais pas loin. Ils ont tout le pays à traverser. Ils s'arrêtent dans une station-service pour acheter des énormes cafés américains en gobelets de 0,5 litres, admirant au passage les toilettes aussi propres qu'au Japon, et repartent aussitôt.

Les autoroutes défilent, Aomine ne regarde pas les paysages, les yeux fixés sur l'horizon qui se dérobe dans une brume fine. Parfois, il a l'impression qu'il va vraiment trouver quelque chose au bout de cette route, même s'il sait... qu'il ne s'agit probablement que d'une illusion.

« Est-ce que tu voudrais savoir où tu vas ? demande soudain Kise.

— Je le sais ! Amsterdam !

— Nan... Dans ta vie. Rapport à la conversation qu'on a eue plus tôt. »

Aomine réfléchit.

« Honnêtement, je sais pas. Est-ce que ça m'apporterait vraiment quelque chose ?

— Avoir un but, ça aide à vivre, non ?

— Ou alors ça empêche de voir les autres possibilités qui s'offrent à toi.

— Avoir un but en gardant l'esprit ouvert, alors ?

— Hm... Peut-être. Tu sais où tu vas, toi ?

— Non, mais j'ai un but.

— Ah oui ? »

Il se tourne pour regarder le blond, qui sourit légèrement.

« Profiter du reste de ma vie. »

Aomine en reste un peu con.

« C'est tout ?!

— Je trouve que c'est déjà pas mal.

— Hmpf... Si tu le dis...

— Si tu décides d'avoir le même but, je pense qu'on peut s'aider mutuellement. Après tout, on est tous les deux passés pas loin du point de non retour, hein ? On sait ce que c'est que de plus avoir envie de vivre... Alors peut-être que c'est logique qu'on se souvienne ensemble de toutes les raisons qu'on peut avoir pour désirer vivre. »

Aomine, ça lui fout des frissons d'entendre ça. Il voit très bien à quoi Kise fait référence. L'un a sombré dans la cocaïne, l'autre dans l'alcool, à quelques années d'intervalle.

« Je veux plus revivre ça, murmure Aomine. Mais je sais pas comment faire pour l'éviter.

— Je crois pas que y ait de recette, ni qu'on y arrivera d'un seul coup. On peut juste choisir ce chemin-là. »

Ça semble si simple dit comme ça... Mais Kise n'a pas tort. Choisir ce chemin, c'est déjà un peu renoncer aux autres. Notamment à ceux qui ramènent dans cette noirceur glaciale qu'il ne veut plus jamais affronter.

« Ok. Et puis cela dit, on a déjà commencé, tu crois pas ?

— Si. Je trouve qu'on s'éclate pas mal depuis le moment où on a embarqué dans cette bagnole à Marseille. »

Aomine sourit aussi.

« C'est vrai. »

Il remonte le volume de la musique et l'après-midi continue de filer, laissant des kilomètres d'asphalte dans le rétro. Quand la lumière baisse, il laisse le soin au GPS de leur sélectionner un hôtel et deux heures après, ils font halte pour la nuit.

Fatigués par la route, ils se couchent tôt ce soir-là en matant un film en allemand auquel ils ne comprennent rien, alors du coup, ils inventent l'intrigue au fur et à mesure tout en buvant de la bière et s'endorment avant la fin comme des papys.