La suite se trouve à présent sur le fandom de Saint-Seiya, sous le nom de "Porteuse de Lumière".


L'instant d'après, une lueur bleue me donna l'impression de me déchirer la rétine. Isaac m'a aussitôt poussée par terre contre le sol. Ai-je perdu conscience quelques secondes, ou ai-je simplement oublié un bref instant, je ne saurais le dire. Quand j'ai finalement pu me relever, une fois la douleur passée et l'esprit beaucoup plus clair, j'ai cherché des yeux Max et Lukas, qui nous avaient devancés, pour voir s'ils aillaient bien. Je n'ai vu que lui.

Il était différent de ce à quoi il ressemblait, dans mes souvenirs. Il me dévisageait de ce même air glacial que je lui connaissais bien, son regard d'autant plus frappant que nous avions les mêmes yeux. Puis, très lentement, il a tourné la tête vers Isaac et son aura bleue comme celui de son fils adoptif s'est teintée de plus de colère, si c'était encore possible.

-Bonjour, Emilia, a-t-il fait d'un ton horriblement neutre. Bonjour, Isaac.

Du coin de l'oeil, je les ai enfin vus. Lukas fixait son fils d'un air perturbé- peut-être n'arrivait-il pas à voir ce qu'il avait sous les yeux-, tandis que le visage de Max s'était crispé, sa mâchoire serrée, son regard dur. Comme s'il avait l'intention de s'interposer si besoin était. En mon for intérieur, j'ai souri. Jamais je n'avais vu Max combattre, mais en cet instant je n'ai pas douté de sa filiation… et encore moins de son amour pour moi. Il serait redoutable, et je savais qu'il n'hésiterait pas une seconde… mais je ne pouvais lui demander ça. Je lui ai fait signe de reculer aussi discrètement que possible. Je l'ai vu obéir à contrecœur, entrainant Lukas avec lui, et pour être sûre que l'homme en face ne moi ne remarque ni l'un ni l'autre, je me suis avancée d'un pas.

-Bonjour, Camus.

Allez savoir pourquoi, j'ai rêvé à ma sœur. Ma fausse sœur, je veux dire. Celle qui m'avait élevée à l'époque où nous étions toutes les deux persuadées que nous avions la même mère. Eleni était telle que je me souvenais, riant et bavardant, me disant à quel point j'avais changé depuis mais sur un ton joyeux. Comme elle m'avait manquée.

-Suis-je morte? lui demandai-je.

-Pff, répliqua-t-elle avec un petit rire. Non, Emilia.

Elle portait l'armure légère qu'elle avait revêtue ce jour-là, elle portait le même jean et les mêmes bottes. Ses longs cheveux blonds étaient coiffés de la même façon et ses yeux d'un bleu saisissant me fixaient avec la même vitalité. Ce ne pouvait qu'être qu'elle. Ce ne pouvait qu'être que ma sœur. Mais cela faisait plus d'un an qu'elle était morte.

Comme si elle comprenait mon sentiment, elle reprit la parole:

-Tu rêves, c'est tout.

Elle regarda devant elle avec un petit sourire en coin.

-Est-ce vraiment toi? demandai-je donc.

Autant j'aurais aimé que ce soit le cas, autant je savais que les chances étaient minces. Eleni était peut-être une excellente magicienne de son vivant, mais comment aurait-elle pu rendre cela possible? Elle rit à ma question.

-Je voulais te parler, reprit-elle plus sérieusement.

-Me parler de quoi?

-De ce que tu vas faire, répondit-elle comme si c'était évident.

Je la vis reculer d'un pas pour se placer face à moi.

-Je sais à quel point les choses ont été dures pour toi depuis, reprit-elle.

Depuis quoi? Depuis sa mort? Les larmes me vinrent aux yeux, chaudes et salées. Eleni m'attrapa par les épaules pour me serrer contre elle.

-J'aurais aimé être là, murmura-t-elle, sa peau brûlante contre la mienne glacée. Peut-être que les choses se seraient passées différemment. Mais tu es tellement forte! Je peux le voir d'ici.

Elle serra entre ses doigts le bracelet qu'elle m'avait offert.

-Et il faudrait que tu sois forte encore un peu. Parce que je ne veux pas te voir ici avant très longtemps.

Je me rendis alors compte qu'elle pleurait, elle aussi. Et cela semblait tellement réel, les larmes qui mouillaient ses épais cils blonds, sa façon de les essuyer du revers de la main, tous ces petits détails absurdes qui faisaient Eleni.

-Je comprend, murmurai-je.

-Je t'aime, Emilia.

Sur ma main qu'elle tenait dans la sienne, elle traça de son pouce un des premiers mots magiques qu'elle m'avait enseignée et que je reconnus immédiatement; "protection". Eleni avait l'habitude de l'écrire sur sa peau au stylo feutre dès que nous sortions du camp et insistait pour que je le fasse aussi. Toujours à l'encre violette, toujours sur la main gauche, sur la ligne formée par l'os du pouce tout simplement parce qu'elle affirmait que c'était plus facile à inscrire. Elle chuchota le mot puis releva les yeux.

-Moi aussi, je t'aime, Léna.

-Souviens-toi, dit-elle en levant ma main.

Elle y posa un baiser, comme elle le faisait parfois pour rire. Ses yeux bleus furent la dernière chose que je vis.