Bonjour à toutes et à tous,
Dans ce chapitre, je vais utiliser certains termes qui appartiennent au monde hippique. Je suis consciente qu'ils ne sont pas forcément compréhensibles pour tous. Je vais donc en donner quelques définitions.
Crack : cheval de course qui a gagné une ou plusieurs fois de grand Prix, notamment le Prix d'Amérique.
Les aides : moyens de communication qu'utilisent les cavaliers pour demander à leur cheval ce qu'ils souhaitent. Aides artificielles : rênes, cravaches, éperons, sticks de dressage, longe. Aides naturelles : voix, jambes, mains, poids du corps, épaules.
Un jeune équidé est nommé poulain jusqu'à ses trois ans.
Yearling : poulain étant dans sa deuxième année.
Foal : Poulain qui est né dans l'année.
Robe : terme qui désigne la couleur d'un cheval. Dans ce chapitre, je vais parler du bai brun et de l'isabelle. Bai brun : le fond est marron foncé, jusque dans les tons chocolat les crins et le bas des membres sont noirs. Isabelle : le fond est beige allant du café au lait clair au doré qui est plus foncé avec les crins et le bas des membres noirs.
En-tête : marque blanche sur le front d'un cheval ne dépassant pas la ligne des yeux et pouvant être de différentes formes (étoiles, losange, croissant...)
Balzane : marque blanche sur une ou plusieurs jambes d'un cheval de quelques centimètres ou allant jusqu'à dépasser légèrement le genou sur celles de devant ou le jarret sur celles de derrière. Chez les équidés, on ne parle pas de pattes comme pour les chiens ou les chats. On dit jambes ou encore membres postérieurs et antérieurs. Tout comme on parle de bouche et non de gueule.
Liste : ligne plus ou moins large de poils blancs partant du front et descendant jusqu'aux naseaux, voir même les lèvres, d'un cheval.
Chanfrein : partie avant de la tête d'un cheval partant du front jusqu'au naseau.
Auge : partie anatomique de la tête d'un cheval se situant entre son menton et sa joue.
Oxer : Obstacle équestre dans lequel la barre supérieure est suivie d'une autre barre, placée à une distance variable.
Hongre : Cheval mâle castré.
Bonne lecture à toutes et à tous.
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Hinata sortit donc du bureau de son père, regrettant que leur relation se soit de nouveau dégradée et ne cessant de s'en sentir coupable. Cependant, avant de pouvoir atteindre sa chambre, elle allait devoir traverser plusieurs couloirs, des couloirs à l'atmosphère pesante. A chaque pas qu'elle faisait, elle sentait les regards des membres de sa famille. Certains étaient plutôt bienveillants et compatissants. D'ailleurs, au détour d'un tournant, une adolescente vint à sa rencontre et lui présenta ses condoléances pour la perte de son amour de toujours, se faisant la porte parole des jeunes Hyuga. Malgré un discours décousu et assez flou, son aînée comprit qu'elle regrettait de voir un couple qui lui avait paru sortir d'un conte de fée où le pauvre paysan arrivait à se marier avec la princesse, se soit terminé ainsi. Ce petit monologue confirma certains doutes d'Hinata. Les plus jeunes de sa famille pensait que c'était Naruto qui l'avait laissée tomber comme une vieille chaussette pour les beaux yeux de Sakura. Fatiguée de contredire les affirmations erronées, la fille de Hiashi ne dit rien et remercia sa jeune parente avant de la quitter.
Son cœur s'était quand même un peu réchauffé face à sa sollicitude. Par contre, ce ressenti ne dura pas très longtemps. La pitié remplissait la majorité des regards qu'elle croisa, l'oppressant encore plus à chaque foulée. Ceux des anciens étaient plutôt satisfaits de la voir de nouveau célibataire et probablement lier à un parti qu'ils jugeaient plus avantageux. Le souvenir de l'entretien précédent le lui confirma. Une minorité affichait un visage sombre au sourire malsain et sadique.
« - Je suis si désolée pour toi, Hinata. Ton père t'a certainement sonnée encore les cloches, vu ton abattement.
-Halya, souffla l'héritière en reconnaissant celle qui venait de lui couper sa marche. Qu'est-ce que tu veux ?
- Moi, rien de particulier. Juste discuter avec toi, lui répondit sa cousine en haussant des épaules. Il paraît que tu te jettes déjà sur un autre garçon. Pauvre Naruto. Lui qui semble encore amoureux de toi, quelle tristesse !
- Arrête ton cinéma, tu veux.
- Oh quelle hargne ! C'est décevoir encore ton père qui te met dans cet état ?
-…
- J'exprime juste ce que beaucoup pense, c'est tout. Je te trouve bien cruelle de lui avoir fait croire que tu étais amoureuse de lui pendant des années pour ensuite le larguer quand enfin il est accro. Je ne te savais pas aussi manipulatrice… Enfin, je suis sûre qu'il trouvera vite quelqu'un d'autre pour se consoler, une personne bien mieux que toi, qui l'aime vraiment.
- Et ce sera toi, bien sûr, provoqua Hinata.
- Moi ?! S'esclaffa Halya en éclatant de rire avant de reprendre son calme. Ce que tu peux être drôle… bien que ce serait une possibilité… Cependant, je sais très bien que nous pensons à une autre personne toi et moi. »
Face à cette énième attaque, un silence pesant se fit. Epuisée autant physiquement que psychologiquement, la sœur d'Hanabi baissa la tête, résignée, mais surtout ne désirant pas rentrer dans un nouveau conflit. Elle préféra donc continuer son chemin sans rajouter un seul mot. Elle savait sa cousine hypocrite avec elle, profitant de la moindre occasion pour la rabaisser, surement par jalousie à cause de sa position d'héritière, mais elle ne l'aurait jamais imaginée aussi méchante. Enfin, arrivée dans sa chambre, Hinata s'appuya sur sa porte après l'avoir fermée. Sa main posée sur son cœur, elle le sentait oppresser et comprimer. Elle avait l'impression de manquer d'air et qu'elle étoufferait si elle restait ici. Ressentant un besoin vital de liberté, elle prit son manteau, ainsi que son sac à main, et quitta sa demeure. Elle aussi, elle ressentit le désir de prendre la poudre d'escampette à bord de sa petite voiture. Au bout de quelques minutes, la Hyuga ne sut pas pourquoi, mais elle avait conduit au-delà de la ville, jusqu'au haras où il y avait encore quelques années, elle pratiquait l'équitation.
Elle en avait cessé la pratique par manque de temps, mais surtout suite à une commotion cérébrale due à une chute. C'était une vieille blessure maintenant et aucun médecin ne lui avait interdit de reprendre. Il suffirait qu'elle organise un créneau pour cela. Sortant de son carrosse d'acier, Hinata respira l'air rempli des effluves d'écurie, lui rappelant tous les bons moments qu'elle avait passé auprès des chevaux. Au milieu d'eux, aucun jugement ne lui était envoyer à la figure. Au milieu d'eux, le masque était tombé et elle avait toujours été elle-même, loin des devoirs d'une héritière, loin des anciens, loin des tracas, mais surtout loin d'un amour à sens unique. Au milieu d'eux, elle avait regonflé à bloc la bulle qu'elle s'était construite pour se préserver de toute cette pression, de cette peur d'être une Hyuga. Sans cette protection, plus d'une fois, ses idées noires auraient gagné, l'entraînant dans l'enfer. Etait-elle donc venue pour oublier Naruto et ses soucis un instant, ainsi que renouveler son énergie ? Sûrement.
Respirant un bon coup, la jeune femme se mit alors à déambuler dans les allées, passant à côté des près où des juments broutaient tout en jetant un œil à leur foal gambadant autour d'elle, ainsi que des paddocks où des cavaliers faisaient marcher quelques yearlings. Au loin, elle en vit d'autres montant leur monture dans une immense carrière. Entourant un immense manège, elle arriva bien vite dans les écuries où elle voyait très bien toutes ses têtes de chevaux sortant de leur boxe pour voir d'où provenait le bruit de chaussures sur le sol. Certains restèrent à l'observer, alors que d'autres retournèrent se blottir dans la paille. S'imprégnant de l'atmosphère calme, Hinata s'avança, caressant quelques chanfreins au passage. Comme autrefois, l'effet fut presque immédiat chez elle. Plus elle marchait, plus elle se détendait. Elle remercia son inconscient de l'avoir amené ici. Elle se sentait libre et cela lui faisait un bien fou.
Soudain, elle entendit un hennissement qu'elle connaissait bien. Non, c'était impossible se disait-elle. Déroutée, le cœur battant la chamade, l'aînée de Hiashi se précipita sur un chemin qui ne lui était pas du tout inconnu. Cheminant, elle longea la place destinée à la reproduction et l'écurie où les juments gestantes étaient logées. Bientôt, elle se trouva devant le plus vieux des bâtiments. A l'intérieur se trouvaient des boxes à la dimension plus importante que ceux extérieurs. C'était le lieu où le haras gardait les chevaux appartenant à des propriétaires privés. S'y engouffrant, Hinata s'avança et aperçut de façon de plus en plus nette la tête chevaline à l'en-tête en forme de losange et se finissant par une liste étroite, dont le souvenir ne la quittait pas. Devant elle, les oreilles dressées dans sa direction, une magnifique jument andalouse à la robe bai brun et aux magnifiques balzanes se présenta.
« - Byakugan, ma belle, » murmura-t-elle pour elle-même.
Arrivée à sa hauteur, mettant sa main à plat vers l'avant, la jeune femme laissa l'animal la renifler avant de lui caresser le chanfrein, puis l'encolure pendant que l'andalouse posait son auge sur son épaule dans un câlin. Elle était si heureuse de revoir la monture qu'elle avait le plus appréciée parmi tous ses congénères du centre, elle qui avait toujours pensé qu'elle avait été euthanasiée après leur accident.
C'était l'année juste avant le baccalauréat, alors qu'elle participait à un parcours d'obstacles, elle avait mal préparé son arrivé devant une ligne d'oxers. Déséquilibrée, la jument s'était alors prise les antérieurs dans les barres, la faisant basculer vers l'avant, emmenant sa cavalière avec elle. Cette dernière s'était alors cognée la tête violemment contre le sol, alors que sa monture avait souffert d'une fracture à sa jambe avant. La cavalière avait perdu connaissance et s'était réveillée quelques heures plus tard à l'hôpital, y restant 48 heures en observation par la suite. Quand elle était rentrée chez elle, Hinata avait demandé à aller rendre visite à Byakugan et ainsi voir si elle allait bien. Son père lui avait alors révélée la nature de sa blessure. Sachant qu'il était à la fois très coûteux et difficile de soigner un cheval ainsi blessé, voir même impossible en fonction de la gravité, elle avait imaginé alors le pire, un pire confirmé par sa cousine Halya qui lui avait avoué que le directeur du centre équestre avait choisi l'euthanasie.
Déprimée par cette perspective, elle n'était pas tout de suite retournée au haras. Quand elle en avait trouvé le courage, elle avait trouvé le boxe que la jument occupait avant vide. Triste et quelque peu traumatisée par sa plus grande chute, mais surtout sous l'injonction d'un père inquiet qu'elle puisse en subir une autre, Hinata avait donc cessé la pratique de l'équitation, l'intensité de son emploi du temps aidant à ne pas qu'elle reprenne. Bizarrement, ce souvenir de cette période la refit penser à Naruto. La veille de ce jour, elle avait eu le courage de l'inviter à la voir monter à cheval. D'ailleurs, ses azurs avaient brillé d'excitation de recevoir une telle invitation, mais surtout quand il avait posé les yeux sur les chevaux et les avait caressés. Elle aurait dit un enfant. Cependant, il avait fallu qu'elle tombe. Quelle honte elle avait ressenti, elle qui avait voulu briller devant celui qu'elle aimait. Finalement, elle avait surement été trop nerveuse pour s'assurer un parcours sans accroche et détendre la jument.
Un sourire apparut sur le visage de la Hyuga quand elle se rappela comment le blond avait déboulé dans sa chambre quand il avait appris qu'elle s'était réveillée. C'était au point qu'il avait failli s'écrouler sur son lit. Par la suite, il était passé tous les jours jusqu'à sa sortie. Elle se souvenait très bien comment Hanabi l'avait taquinée en lui apprenant comment il était devenu anxieux et inquiet au moment de sa chute. Il avait été pratiquement intenable. Cela avait été encore le cas le jour où elle avait repris le chemin du lycée. L'Uzumaki avait voulu lui porter son sac et la soutenir dans les escaliers. Ou encore, il s'était plus d'une fois précipité vers elle dès qu'elle chancelait ou à cause d'une moquerie de Kiba qui lui avait fait croire qu'elle se sentait mal. Il avait fallu toute la force de persuasion de Sakura pour qu'il reprenne son calme. Hinata réalisa alors qu'à l'époque, Naruto se préoccupait vraiment d'elle et que peut-être déjà, il ressentait de doux sentiments à son encontre. Malheureusement, ces derniers s'en étaient allés, ou alors il était mieux en ami qu'en tant que soupirant.
Que de nostalgie, pensa-t-elle. Ce temps-là reviendra-t-il ? L'aînée des sœurs Hyuga en doutait maintenant. Tout en caressant la jument qui se mit à se frotter doucement à elle, elle repensa à ce qu'elle avait lu ce matin. Ce journal avait peut-être tout gâché. Elle ne supportait pas que le blond puisse songer que c'était ce qu'elle pensait, ou pire que cet article s'était basé sur ses dires. Toutefois, devait-elle aller le voir pour en parler avec lui ? Devait-elle rester sans rien dire ? Elle ne savait pas quelle conduite adopter. Elle avait tellement peur d'être accueillie par la colère et que cela parte dans une énième dispute qui sonnerait le glas de ses espoirs d'amitié. Finalement, garder ses distances serait peut-être la meilleure solution. Alors qu'Hinata se posait toutes ces questions sans trouver de réponse, dans un appartement, une jeune femme de son âge se trouvait devant son miroir en peignoir, à donner un ultime coup de brosse à ses cheveux. Elle chantonnait, détendue, voir même joyeuse, quand elle entendit sa porte d'entrée s'ouvrir.
« - Ma chérie ? Où es-tu ?
-Dans ma chambre, maman ! »
Le son de pas s'approchant n'empêcha pas la propriétaire des lieux à continuer sa besogne en posant sa brosse pour se saisir de son nécessaire de maquillage et commença à s'appliquer une couche de fond de teint. Elle vit alors la silhouette de sa visiteuse dans le miroir sans pour autant interrompre son activité.
« - J'aimerai bien que tu arrêtes d'entrer chez moi comme dans un moulin, maman. Sonne la prochaine fois. Imagine que j'étais dans mon bain.
-A cette heure ? Ce serait étonnant de ta part, lui répondit-elle. Et puis, je suis ta mère. Je t'ai vu plus d'une fois nue.
- Je ne suis plus un bébé, tu sais.
- Mmm, se fit suspicieuse l'invitée surprise. Vu ce qui s'est passé durant ces quelques mois, laisse-moi en douter.
- C'est du passé, maintenant, lui assura sa fille. Je suis en pleine forme maintenant.
- Enfin qu'importe. Je ne suis pas là pour ça de toute manière.
- Et pourquoi donc, » demanda son hôtesse en terminant de se mettre mascara et rouge à lèvres.
Se levant, la jeune femme se dirigea vers son dressing tout en attendant la réponse de son aînée. Cette dernière prit enfin conscience de son maquillage sophistiqué et de sa coiffure soigneusement peignée. Ce n'était pas pour une sortie ordinaire, elle en était certaine. Toutefois, elle ne se rappelait pas l'avoir entendue lui parler d'un quelconque rendez-vous. Alors pourquoi se faire une telle beauté, se demanda-t-elle. Elle espérait que ce n'était pas pour retrouver ce Lee sans ambition et sans avenir. Ce fut dans ses pensées qu'elle vit sa fille retirée son peignoir dévoilant des bas en résille et des sous-vêtements noirs et rouges des plus séducteurs. Son soutien-gorge push-up donnait du volume à sa poitrine, alors que son string aurait fait baver beaucoup d'hommes. Ce choix de petite tenue lui confirma qu'une rencontre romantique était en préparation. Quand sa progéniture disparut dans la petite salle qui lui servait de dressing, la plus âgée des deux femmes revint à la réalité.
« - Je suppose que tu as lu le journal de ce matin. Je te l'avais dit que leur couple n'allait pas tenir. Elle ne vaut rien à côté de toi. Il faut absolument que tu en profites pour lui mettre la main dessus.
-Mais j'y compte bien ma chère maman, lui affirma sa fille en sortant de la minuscule pièce où elle s'habillait. Alors comment tu me trouves ? »
La mère la regarda alors de la tête au pied et découvrit qu'elle avait enfilé une magnifique robe noire, avec un drapée devant qui partait de son décolleté plongeant vers sa taille qui était cinglée par une ceinture. La tenue s'arrêtait au milieu des cuisses. D'un geste souple, elle enfila un petit boléro crème.
« - Tu es magnifique. Dois-je comprendre que tu parts enfin en chasse ? Tu en auras mis du temps à écouter ta mère… Enfin vaut mieux tard que jamais. Rappelle-toi qu'à ton âge, ta grand-mère était déjà mariée et que moi-même j'étais fiancée. Ton célibat n'est pas normal.
-Mmm, se détourna la plus jeune, comme si elle n'avait plus rien à faire de ce qu'elle disait.
Se dirigeant vers son manteau en fourrure, elle l'enfila et prit son sac à main. Ainsi, prête, ce fut sans une seule parole qu'elle quitta sa chambre et se dirigea vers la porte d'entrée. L'ouvrant, elle s'apprêta à partir, mais se stoppa un instant en souriant à sa mère qui l'avait suivie.
« - Ne t'inquiète pas. Je sais ce que j'ai à faire. Je ne te décevrais pas.
- J'y compte bien. Je t'ai trop bien élevé pour que tu échoues.
- Bon, allez, il est temps que j'y aille. Tu refermeras bien la porte quand tu partiras. Au revoir maman, » salua la propriétaire des lieux avant de disparaître dans le couloir de son immeuble.
La mère regarda un instant devant elle, un sourire en coin et satisfait aux lèvres. Elle était satisfaite des événements. Sa fille s'était enfin décidée de se bouger les fesses et avait repris du poil de la bête. Elle avait bien eu peur de devoir faire une croix sur tous ses espoirs pour l'avenir de sa fille et sa considération dans le monde, mais finalement, tout rentrait dans l'ordre. Elle se permit même de se servir un verre de vin et de le savourer un instant bien confortablement installé dans un fauteuil. C'était comme si elle fêtait un grand événement et le succès de tous ses efforts. Puis, au bout d'un moment, elle se décida à rejoindre sa propre demeure. Elle claqua la porte d'un geste témoignant sa satisfaction, mais surtout un sentiment de devoir accompli.
Dans une autre zone de la ville, devant une autre porte d'entrée, une main fine et magnifiquement manucurée se leva gracieusement et d'un doigt, actionna la sonnette. La détentrice attendit un petit moment avant d'entendre des pas s'approcher et un grincement lui arriver aux oreilles. Bientôt, une silhouette bien connue se présenta à elle et fit glisser un regard des plus surpris sur sa personne, la scrutant de haut en bas.
« - Bonjour Sasuke.
- Salut, Sakura.
- Tu me fais rentrer, s'invita cette dernière en voyant que son ami restait immobile.
- Oui, bien sûr, s'effaça l'Uchiwa la laissant franchir le porche et fermant après l'avoir accueilli dans le hall. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venue voir comment se sent Naruto, bien sûr, lui répondit la rose en enlevant son vêtement chaud. Ne me dis pas que tu n'as pas lu le journal ce matin ?
- Si, je l'ai lu, mais…
- Cela a dû être un choc pour lui, le coupa son amie. Alors je désire lui témoigner tout mon soutien.
- Dans cette tenue, la scruta encore une fois Sasuke. Dans ce manteau de luxe et cette robe assez voyante et un peu courte pour cette saison ?
- Ben quoi ? Qu'est-ce qu'elle a ma tenue ?
- Tu cherches à faire quoi, Sakura ? Questionna son camarade, de plus en plus suspicieux. Le « consoler » de la plus charmante des manières ?
- Mais pas du tout, se défendit-elle, quoi qu'elle ne serait pas contre au fond. Je ne vois pas en quoi ma tenue est choquante et ce que ta petite tête a pu imaginer de farfelu. Tu n'as jamais imaginé que je puisse avoir un rendez-vous galant dans la journée.
- Et c'est le cas ?
- Qui sait ? Haussa des épaules l'Haruno. Je ne sais pas ce que cela donnera. Disons que j'ai voulu mettre toutes les chances de mon côté.
-…
- Je t'assure, insista-t-elle d'une voix douce et suppliante en voyant le regard froid et insistant de Sasuke. Je désirais vraiment passer avant de vaquer à mes occupations pour voir comment allait Naruto. Je n'ai aucune mauvaise idée en tête. Je ne comprends pas comment tu peux être capable de me croire capable de profiter de la situation. Je suis consciente qu'il aime encore Hinata. Je ne suis pas idiote.»
Des larmes dans les yeux, Sakura fit face à un Uchiwa qui cherchait une éventuelle faille dans son discours. A part ses vêtements, il ne trouva rien qui puisse le conforter dans sa suspicion. C'était vrai que depuis quelques temps, son amie d'enfance lui parlait de plusieurs rendez-vous qu'elle avait honoré. Elle ne lui avait jamais révélé l'identité de l'homme, mais il avait bien une petite idée. Cette petite idée concernait un ami à la coupe de cheveux en bol et qui idolâtrait leur ancien professeur de sport et d'arts martiaux. Depuis quelques temps, il avait lui-même observé qu'elle ne le rejetait plus comme avant et semblait même apprécier sa compagnie. Il l'avait bien vu lors du bal du nouvel an des Nara. Il avancerait même que l'état de la rose s'était nettement amélioré bien avant et il avait le sentiment que Lee n'y était pas étranger. Elle avait repris des couleurs et du poids, elle qui avait tant maigri et était devenue aussi pâle qu'un linge. Ne voulant pas mettre à mal tous les efforts de son ancien camarade de lycée, Sasuke offrit le bénéfice du doute à Sakura. Elle disait peut-être la vérité.
« - Désolé. Je suis un peu sur les nerfs en ce moment.
- C'est compréhensible, compatit l'Haruno. Alors je peux aller voir Naruto ?
- Je suis navré, mais ce ne sera pas possible.
- Pourquoi ? Il s'est calfeutré dans sa chambre et interdit qu'on vienne l'enquiquiner comme un gamin capricieux. Je vais te le bouger, moi, essaya de plaisanter la rose en faisant semblant de remonter ses manches, mais sans grand succès.
- Ce n'est pas ça, lui répondit Sasuke. Naruto est sorti dès qu'il a lu la une. Il avait besoin de prendre l'air et d'être un peu seul.
- Oh, dommage, fut déçue son amie. Ce n'est pas grave. J'espère que ce bol d'air lui fera un peu de bien. Le journaliste n'a pas vraiment été tendre avec lui. J'espère que les Hyuga n'ont rien à voir avec les calomnies qu'il a balancé.
- C'est sûr.
- Bon, je crois que je vais y aller, affirma Sakura en regardant sa montre avant d'enfiler à nouveau son manteau. Je suis sur le point d'être en retard.
- Ok, lui ouvrit la porte l'Uchiwa. C'était sympa d'avoir pensé à passer. Je le dirai à Naruto.
- Je compte sur toi.»
Ainsi, après les salutations d'usage, les deux étaient sur le point de se séparer et le jeune homme sur le point de fermer derrière sa camarade qu'il eut une dernière parole pour l'Haruno.
« - Tu salueras Lee pour moi.
-Je n'y manquerai pas, lui sourit-elle. Au revoir Sasuke. »
Porte maintenant close, Sakura se retrouva ainsi seule. Elle se dirigea dignement de nouveau vers sa voiture, mais si son ami d'enfance avait aperçu son visage, il aurait peut-être revu son jugement. Son faciès avait perdu son sourire, ses yeux ses espiègleries et leur douceur. Tous ses traits s'étaient fermés et montraient une déception des plus palpables. Elle avait trop tardé en prenant autant de temps pour se préparer. Se faire belle n'avait pas été un choix judicieux. Elle aurait dû juste enfiler ses vêtements ordinaires. Enfin, maintenant, qu'allait-elle faire ? Rentrer ? Partir à la recherche de Naruto ? Quand elle eut une idée, la rose se saisit de son téléphone et activa un de ses contacts.
« - Bonjour Lee.
-…
- Ca te dirait de passer le reste de la journée avec moi. Je suis toute seule et je m'ennuie un peu. J'aurai pu demander à Ino, mais j'ai pensé à toi en premier.
-…
- Oh, tu es en famille. Oublie alors ce que je t'ai proposé. Je comprends que tu ne puisses pas. Je vais donc te laisser.
-…
- Tu en es sûr ? Je ne voudrais pas te déranger.
-…
- Alors, on se dit à tout de suite, au café habituel. »
Après avoir entendu la confirmation, Sakura raccrocha et retrouva un visage serein et radieux. Bien que ce n'était pas son plan initial, elle savait très bien qu'elle allait passer un temps agréable en bonne compagnie, une compagnie qui répondait au moindre de ses caprices. Qu'est-ce que c'était plaisant tout de même, pensa-t-elle. S'engouffrant dans son véhicule, elle partit, se promettant de revenir plus tard chez l'Uzumaki. Pendant ce temps, au sein du haras, Hinata profitait encore de Byakugan qu'un vieil palefrenier arriva avec une brouette emplie de foin. Quand il vit la jeune femme, il l'interpella.
« - Mademoiselle Huyga, quelle bonne surprise ! Cela fait longtemps qu'on ne vous avait vu.
- Oh Jérôme, sursauta-t-elle presque tellement elle avait été surprise. Bonjour, comment allez-vous ?
- On fait aller. Je vois que vous avez retrouvé Byakugan.
- Oui, lui sourit Hinata. D'ailleurs, comment cela se fait qu'elle soit ici ? Ne devait-elle pas être euthanasiée après sa fracture ?
- En effet, c'était ce que notre directeur voulait faire. Il ne désirait pas débourser autant d'argent pour un simple cheval qui n'était pas sûr d'être sauvé. Sa blessure n'était pas du tout joli-joli.
- Alors comment se fait-il qu'elle soit encore en vie ?
- Vous l'ignorez donc, s'étonna le palefrenier qui continua quand elle confirma sa supposition. C'est votre père qui l'a sauvée.
- Mon père ?
- Oui. Quand il a connu son sort, il a proposé au directeur de payer tous les frais vétérinaires. Le véto a stabilisé la jambe et Byakugan est partie dans sa clinique pour se faire opérer. Il paraît qu'il a eu beaucoup de mal à réduire la fracture et que sa convalescence fut très longue, ainsi que sa rééducation.
Cela expliquait à la Hyuga l'absence de la jument dans son ancien boxe quand elle était venue lui rendre visite. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi personne ne lui avait rien dit pendant toutes ces années.
« - Et puis, à son retour, deux ans plus tard, on a découvert qu'elle attendait un petit.
-C'est vrai ?
- Ouais. Pendant son petit séjour au vert, un étalon s'est échappé de son près et s'est jeté sur elle alors qu'elle était en chaleur. 11 mois plus tard, un petit mâle était né. Si vous aviez vu la tête du dirlo, il était furieux. En plus d'être une jument de race qui s'était faite saillir par un selle français destiné à devenir un hongre, faisant du petit un bâtard, Byakugan n'était plus disponible pour être montée ou de rentrer dans le programme de reproduction. En plus, elle refuse de se faire saillir à nouveau. Il en perdait en argent, alors il l'a mise en vente.
- Oh, s'étonna Hinata. Et je suppose qu'elle a été achetée si elle se trouve dans cette écurie.
- Tout à fait, » acquiesça le vieux Jérôme.
A cette réponse, la Hyuga en fut un peu attristée. Si elle l'avait su, elle se serait portée acquéreuse. Maintenant, il était trop tard. Elle ne pouvait même plus espérer la monter en tant que cavalière du centre équestre. Pourquoi n'était-elle pas revenue plus tôt ? Pourquoi n'était-elle passée outre l'ordre de son père de ne pas remonter à cheval ? Encore une fois, elle avait fait sa gentille fille. Toutefois, il existait une solution si elle désirait avoir Byakugan. Il faudrait qu'elle apprenne le nom du nouveau propriétaire de la jument et lui demander de la lui vendre, enfin, s'il acceptait de s'en séparer. Elle était là de ses réflexions qu'elle entendit un tumulte mélangeant cris et claquements de sabots frénétiques et provenant de l'extérieur. Jérôme tourna la tête vers la source du bruit et soupira bien fort. Face à la tristesse de son visage, Hinata en fut très intriguée.
« - C'est le poulain de Byakugan, répondit à sa question muette le palefrenier. Le directeur l'envoie à l'abattoir.
-A l'abattoir ? Mais pourquoi ? Il pourrait en faire un cheval pour l'école équestre et l'intégrer aux reprises.
- Ouais, mais il ne veut pas débourser une seule pièce dans le débourrage et le dressage d'un bâtard… C'est qu'il est rancunier notre directeur. En plus, le petit est plus que fougueux. Un vrai rebelle. Il faudrait un vrai expert en débourrage pour lui faire accepter un homme sur son dos. »
Un hennissement mélangeant détresse et colère se fit alors entendre venant de la cour. En réponse, Byakugan en eut un plaintif qui brisa le cœur d'Hinata. Celui-ci rentrait en parfaite harmonie avec sa propre peine. Sans réfléchir, la jeune femme se précipita vers le bruit de combat qui suivit, Jérôme sur ses talons. Le vieux palefrenier tentait de la mettre en garde face au danger potentiel que représentait un cheval en pleine rébellion. C'était qu'il avait raison le bougre. Devant la Hyuga, se cabrait un équidé à la robe isabelle doré qui refusait de rentrer dans le van. Ses membres noirs se dressaient bien hauts, tout en essayant de se libérer du licol qui l'emprisonnait. A chaque fois qu'il revenait à terre, tous ses muscles se tendaient, faisant voir à tous leur puissance dans sa résistance. Il n'avait peut-être que deux ans, mais toute sa magnifique morphologie héritée de ses parents témoignait un formidable potentiel. Il fallait vraiment être aveugle pour ne pas s'en rendre compte.
Cet animal subjuguait Hinata qui se noya dans ses pupilles noires quand il posa un instant son regard sur elle. Elle y lisait de la peur, mais aussi de la détermination à résister. Il refusait de quitter sa mère que la jeune femme continuait à entendre entrain d'appeler son petit. Cela faisait peut-être un an qu'elle était séparée de lui, mais un lien fort l'unissait encore à lui. C'était indéniable. La Hyuga avait l'impression d'un déjà-vu. Elle se revoyait enfant, au sein d'une forêt, devant un jeune renard pris au piège dans un collet. Au loin, cachée dans un fourré, la petite fille qu'elle était avait aperçu sa famille qui n'osait pas s'avancer pour l'aider. La détresse de l'animal fut telle qu'elle s'était avancée et l'avait libéré. Etrangement, le renardeau ne l'avait pas mordue. C'était comme s'il savait qu'elle était venue l'aider. Hinata ressentait la même chose en cet instant devant ce poulain de deux ans.
Soudain, l'image d'un jeune homme à la chevelure dorée s'interposa. Oui, en cet instant, le forcené lui faisait penser à Naruto, se débattant pour se faire accepter. Au fond d'elle, elle le sentait. Ce jeune cheval avait un bon fond et ne demandait qu'à exprimer tout son potentiel, tant qu'on soit assez patient pour lui en montrer le chemin. Il lui fallait une main douce, mais ferme. Sa souffrance et celle de sa mère poignardèrent la Hyuga en plein cœur. Les cris des hommes qui tentaient de maîtriser la bête lui étaient devenus étrangers. Elle était indéniablement attirée par le poulain. Se libérant de la prise de Jérôme qui essayait de l'éloigner du risque de se recevoir un coup de pieds, sa voix se fit soudainement entendre.
« - Combien ? »
Ce cri stoppa les actions des soigneurs, mais surtout du vétérinaire, prêt à injecter un calmant à l'animal. D'ailleurs, ce dernier se mit juste à piétiner, restant sur ses gardes.
« - Combien ? Répéta Hinata.
-Mademoiselle Hyuga, s'adressa le directeur du haras. Que faites-vous ici ? C'est dangereux pour vous de rester. Rentrez dans l'écurie.
- Non ! Je veux savoir combien vous demander pour ce cheval.
- Il n'est pas à vendre, répliqua le responsable. Ce n'est qu'un bâtard. »
Ce mot enfla la colère de la Hyuga qui ne supportait pas de l'entendre. Il agressait son cœur, mais aussi l'amour qu'elle ressentait pour un jeune homme qui avait dû se battre tous les jours contre cette insulte. Une insulte qui avait dû rester au fin fond de lui comme une blessure et qui avait surement joué un rôle dans le désastre de leur romance. Décidée à sauver ce poulain d'une mort injuste, et causée par une ascendance jurée impropre, elle était prête à se battre et à revendiquer son droit à l'acheter.
Devant leurs yeux ébahis, Hinata s'avança vers le poulain. Ce dernier la toisait de toute sa hauteur. La méfiance se voyait dans ses yeux noirs, mais surtout dans le mouvement de ses oreilles. Celles-ci étaient animées d'une sacrée frénésie, bougeant dans tous les sens, comme pour anticiper l'arrivée de tout danger. Ses piétinements se faisaient de plus en plus frénétiques quand il constata cette petite silhouette s'approchant de lui. Il s'interrogeait sur ses intentions et son stress ne l'aidait pas du tout à bien évaluer la situation. L'animal commença à tirer sur sa longe, tirant l'homme qui la tenait. Jérôme voulut retenir la Hyuga mais un geste de cette dernière l'intima de rester à sa place. Puis, elle se mit à parler doucement au cheval, tout en avançant dès qu'il se stoppait et en faisant attention d'arriver sur le côté et non de face. Petit à petit, sa voix monocorde attira toute l'attention du poulain. Il était encore tendu, mais sembla ne plus désirer fuir. Il restait figer, droit sur ses membres.
D'un geste doux, Hinata glissa ses doigts sur la longe avant de s'en saisir délicatement. Sans regarder l'homme qui la tenait encore, elle l'invita à la lâcher pour qu'elle en devienne la maîtresse. Tout en essayant de ne pas créer de tension, elle laissa l'animal faire quelques pas en arrière, lui qui avait quelque peu été surpris par ce changement. Elle l'accompagna dans son mouvement tout en continuant les murmures à son encontre et en l'intimant de se calmer. Elle resta ainsi douce, mais ferme dans ses intentions. Puis doucement, à force de patience et de persuasion, le poulain se stoppa, imiter par la jeune femme qui fit attention à ne pas rentrer dans son espace vital. L'équidé se mit alors à humer l'air, comme pour analyser la situation. La Hyuga entendait et sentait parfaitement son souffle au travers de ses naseaux, encore plus quand il se mit à frotter ces derniers sur cette main qu'elle lui tendait.
Jérôme et les autres personnes furent alors les témoins d'un changement radical. Plus les secondes passaient, plus la tension s'amoindrissait. Ils virent les muscles du puissant animal se détendre, ses oreilles avaient arrêtées de s'exciter dans tous les sens et restaient pointer vers l'ancienne cavalière. Comme un signal, il posa littéralement son menton sur ses doigts fins. Face à cette invitation, Hinata s'avança tranquillement, toujours vers son flan, et se retrouva à la hauteur de l'encolure qu'elle caressa sans faire de gestes brusques. Elle effectua alors comme un massage de tout son cou, allant jusqu'à la nuque. Elle obtint ainsi une certaine détente qui se vit par un petit abaissement des oreilles sur les côtés. Toutefois, tous sentaient qu'à la moindre intervention extérieure, le poulain repartirait au quart de tour. Il restait quand même sur ses gardes. Quand elle jugea qu'elle pouvait un peu se concentrer sur les autres, Hinata reprit la parole sans changer quoi que ce soit sur son intonation, afin de ne pas angoisser à nouveau l'animal.
« - Ses origines me sont complètement égales. Ce cheval est magnifique. De plus, il est le petit de Byagukan. Je veux l'acquérir. Votre prix sera le mien. »
Un silence suivit. Il fallait avouer que c'était la première fois que celle que tous avaient connu quelque peu timide, au point de s'effacer, revendiquait une chose avec une telle détermination. En cet instant, le sang des Hyuga était perceptible pour tous. Qu'en à Hinata, au fond d'elle, elle était mal à l'aise. Elle n'avait jamais aimé se servir de son nom pour avoir ce qu'elle souhaitait. Soit elle l'avait, soit elle se résignait. Cependant, en cet instant, une vie était en jeu et elle était prête à le faire. Si se servir de sa position sociale et sa fortune avaient le pouvoir de sauver ce poulain, alors elle le ferait. En fin de compte, c'était pour une bonne cause, et non pour sa propre gloire ou pour satisfaire un caprice égoïste. De son côté, le directeur se mit à réfléchir et eut bientôt un sourire machiavélique sur le visage. Sa sournoiserie fut connue de tous quand il annonça alors son accord en avançant une somme exorbitante pour un cheval destiné à l'abattoir.
Toute la petite troupe en avait écarquillé les yeux. C'était gonflé quand même. Hinata, elle, était en pleine réflexion. Bien qu'elle en ait les moyens, elle pressentait qu'il voulait tirer profit de la situation. Celle-ci était vraiment délicate. Quoi qu'il en soit, il lui suffisait de poser le regard sur le poulain pour que ses doutes ne soient plus qu'un souvenir. Et puis, elle n'était pas obligée de prendre sur les finances de l'entreprise. Elle avait son propre compte et il était plus que pourvu du nécessaire, économe qu'elle était. Elle ne dépensait pratiquement rien en vêtements, en nécessaire de maquillages et autres. Elle se contentait que ce dont elle avait besoin. La jeune femme espérait juste que certains de sa famille ne lui tombera pas sur son dos, à exiger le gel de son « argent de poche » à cause de la somme dépensée. Déterminée, elle défia du regard le directeur et allait donner son accord qu'on la devança.
« - Il suffit mon fils.
- Papa, soupira le directeur en se tournant vers ce dernier. Cette affaire ne te regarde pas.
- Oh si, cela me regarde. Je te rappelle que je reste le propriétaire de ce haras jusqu'à ma mort et je ne te laisserai plus en détériorer l'image... L'argent, toujours l'argent… Il n'y a que l'argent qui compte pour toi. Cependant, n'oublie pas que le monde du cheval n'est pas basé que sur l'argent.
- Ce n'est pas ce que pensent les écuries de courses, surtout si on veut survivre.
- A part que cela n'a jamais été le cas de notre haras. Oui, nous avons la chance d'avoir vu naître en son sein des cracks. Toutefois, la conservation des races équines en est son premier objectif... Je sais que tu veux nous faire entrer dans le monde impitoyable des courses pour que nous aillions de meilleurs profits, mais nous sommes entrain d'en perdre notre âme. Ce n'est pas ce que je souhaite pour notre famille.
-…
- J'ai fait une erreur en te donnant les rênes du haras il y a quelques années… J'étais trop aveuglé par l'idée macho que c'est un univers exclusivement d'hommes… Tu es très bon avec les chiffres et tu es un formidable commercial, mais avec la gestion des bêtes, tu es une bille. Ce n'est vraiment pas pour toi… Ta sœur par contre… J'aurai dû lui faire confiance.»
Blessé, autant que vexé par les paroles de son père, le directeur en serra les poings avant de partir, faisant parfaitement comprendre à tous qu'il se lavait les mains de toute cette affaire et qu'il ne s'en occuperait plus. Soupirant, déçu par la réaction de sa progéniture, le vieil homme se tourna vers le jeune cheval qui restait tout à fait calme sous la caresse d'Hinata. Souriant à cette image, il l'interpella.
« - Mademoiselle Hyuga, heureux de vous revoir en bonne santé. A ce que j'ai compris, vous désirez acheter ce fougueux poulain.
- Oui, je trouve injuste qu'il soit envoyé à l'abattoir à cause de ses origines, alors qu'il pourrait être un bon cheval de monte.
- Vu votre affection pour Byakugan et qu'il est son fils, votre choix ne m'étonne guère, lui sourit-il. Bien… Jérôme, veuillez installer ce poulain dans le boxe à côté de celui de sa mère. Je crois qu'il est vide.
- Bien monsieur, acquiesça le palefrenier en prenant la longe de la main d'Hinata.
- Mademoiselle Hyuga, veuillez me suivre. Nous allons parler de votre acquisition. »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Heureuse, la jeune femme emboîta le pas au propriétaire du haras, alors qu'elle entendait les sabots de son protégé claquer sur le sol de sa nouvelle demeure. Etrangement, étonnant le vétérinaire et ses compagnons, l'animal se laissa faire, comme s'il savait qu'il était sauvé. Ou alors, il prit conscience qu'il allait rejoindre sa mère qui l'accueillit dans un heureux hennissement.
Au sein d'un bureau, après quelques minutes de palabres, assisse sur une chaise, Hinata signait un chèque. Son cœur cognait d'allégresse. Un accord avait été trouvé. Elle venait de s'offrir le poulain au prix de sa viande. En gros, il lui avait coûté ce qu'un boucher aurait payé pour l'obtenir en entier à l'abattoir. A côté de cela, elle posa également sa signature sur un contrat d'une pension complète. Ainsi, son protégé sera logé, nourri et soigné pour les petites blessures par le haras. Elle choisit la formule où la mise au près y était incluse. Les frais vétérinaires et de maréchalerie seront à sa charge. Elle sera la seule à pouvoir le monter, à moins qu'elle donne son accord pour le prêter à un autre cavalier.
« - Il nous faut discuter à présent de son débourrage, indiqua le propriétaire du haras.
- J'aimerai que ce soit Jérôme qui s'en occupe, lui indiqua Hinata.
- Jérôme, se mit-il à réfléchir. C'est un bon choix.
- Je n'ai toujours pas compris pourquoi il s'est retrouvé palefrenier, alors qu'il était un très bon instructeur.
- Un des meilleurs, j'avoue, reconnut son interlocuteur. Je n'ai pas réagi quand mon fils l'a dégradé à cause de ce qui vous est arrivée. Je vais rectifier la situation et instaurer un contrat entre vous et lui pour le débourrage de votre poulain.
- Merci. Si nous avons fini, je vais y aller. Il commence à se faire tard et j'aimerai aller le voir avant de partir. »
Après qu'elle reçut les dernières salutations du vieil homme, Hinata se dirigea vers l'écurie des propriétaires. Là, elle vit Jérôme mettre de la paille et du foin dans le nouveau boxe où le poulain logerait à partir de maintenant. Ce dernier était entrain d'essayer de faire passer son museau dans la petite ouverture du mur qui le séparait de sa mère. Celle-ci faisait de même. C'était assez amusant à regarder. Se faisant connaître, Hinata surprit quelque peu le soigneur qui en posa sa fourche. Après avoir fermé la porte du boxe, il apprit alors les diverses nouvelles et en fut heureux, surtout concernant celle de sa réaffectation. Il avait quelques peu souffert d'avoir été rétrogradé. Il aurait pu démissionner, mais il avait consacré sa vie à ce haras et ne s'était pas vu le quitter.
« - Je regrette que vous avez été aussi mal traité après mon accident, s'excusa la Hyuga.
- Oh, ce n'est pas votre faute.
- Si. Je n'aurais jamais dû insister autant pour monter Byakugan ce jour là. Et puis je n'étais pas du tout concentrée sur mon parcours. Mon esprit était ailleurs.
- Vous étiez une jeune femme amoureuse, lui sourit Jérôme avant de reprendre son sérieux. Toutefois, c'était moi votre instructeur. Donc, c'était à moi de ne pas vous céder. Je savais très bien que c'était un parcours qui était au-dessus des capacités de Byagukan. Les Andalous sont des chevaux qui sont plus à l'aise avec la discipline du dressage grâce à leur agilité. Par contre, leur manque de détente les mette en difficulté avec des obstacles compliqués. En ce qui concerne votre poulain, il sera beaucoup plus polyvalent, grâce au sang selle français de son père.
- Vous croyez, dit Hinata regardant son cheval.
- Je pense. Pour son âge, il est déjà grand. Je crois me souvenir que son père mesure dans les 1m80. A mon avis, il va avoisiner les 1m70 au garrot quand il finira sa croissance vers trois ans. Bon, il faudra attendre ses 7/8 ans pour qu'il ait sa masse osseuse et musculaire définitive. Il va surement aussi hériter de la grâce et de l'allure de sa mère. Il sera certes un peu plus fin qu'elle, mais on verra bien que du sang d'andalou coule dans ses veines. Ce sera un bon cheval… D'ailleurs, il faudrait lui trouver un nom. »
A cet instant, Hinata se trouva un peu bête. C'était pourtant une évidence, bien que cela fût un peu étrange qu'il n'en ait pas eu un dès sa naissance. Jérôme lui apprit que personne n'avait pris cette peine vu sa bâtardise et sa destinée. Un silence se fit durant lequel la jeune femme se mit à réfléchir. Posant le regard sur l'animal, l'image d'un jeune renard lui revint à son esprit. C'était fou comment sa robe lui faisait penser à ce petit carnivore. Puis le souvenir d'un jour de fête foraine lui revint à la mémoire. Elle avait quoi ? Quinze ou seize ans. Tous ses amis s'étaient donnés rendez-vous pour fêter l'arrivée du premier muguet au sein de la foire. Là, dans un stand, Naruto avait gagné une peluche d'un petit renard à neuf queues. Il en avait été si content qu'il lui avait même donnée un nom. Ce jour-là, il avait tenté de l'offrir à Sakura. Cette dernière l'avait acceptée sans vraiment daigner la regarder. Quelques jours plus tard, Hinata devait la retrouver à la poubelle chez la rose. A sa demande, cette dernière la lui avait cédée.
L'Uzumaki n'avait jamais su ce qu'en avait fait sa meilleure amie. Ce n'était que maintenant que la Hyuga comprit que sa rivale avait en quelque sorte entretenu les espoirs de Naruto par son ambigüité. Sortant de son souvenir, l'image de cette peluche dans l'esprit, la jeune femme se mit à sourire. Elle venait de trouver. Peut-être qu'elle ne devrait pas tout rapporter au blond, que cela ne l'aiderait certainement pas à tourner la page, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.
« - Kurama. Son nom sera maintenant Kurama.
- Kurama, répéta Jérôme qui tentait d'en comprendre la signification. Pourquoi pas. Cela a le mérite d'être original.
- Et en ce qui concerne la suite. Comment on va procéder ?
- Et bien, le débourrage réclame patience, compréhension mais aussi respect et fermeté. Kurama n'a que deux ans, donc il reste un an pour que nous le préparions.
- C'est donc à trois ans qu'on débourre un cheval.
- A partir de trois ans, précisa Jérôme. Certains attendent l'âge de 4 ou 5 ans. C'est surtout en fonction de ce qu'on attend du cheval au final.
- D'accord. Et cela va durer longtemps ?
- Cela dépend de ce qu'on veut. Cela peut durer quelques semaines à quelques mois, voir une année. Personnellement, j'aime prendre mon temps, mais surtout m'adapter à l'évolution du cheval. En fait, c'est Kurama qui va nous indiquer quand il sera prêt à passer aux étapes suivantes.
- Quelles sont-elles ?
- Nous débuterons d'abord par un travail à pied pour rentrer en communication avec Kurama par l'observation de son comportement. Travailler auprès de lui sans le monter va nous permettre à établir un code, un langage vocal et corporel. Cela lui donnera des repères qui vont l'aider à répondre à nos demandes. On le fera donc marcher en rênes longues, au licol et avec une longe aux trois allures. Personnellement, je pratique également le travail en liberté où je vous demanderai d'utiliser votre corps pour communiquer ce que vous voulez à Kurama par votre posture et des gestes posés.
- Je vois, déglutit un peu Hinata, anxieuse et qui ne pensait pas qu'elle y participerait.
- Ne vous inquiétez pas, lui sourit Jérôme. Je suis sûr que vous vous en sortirez très bien.
- Je ferais de mon mieux, dit-elle un peu gênée d'avoir été découverte. Ensuite ?
- Quand on le sentira prêt et qu'il aura notre confiance, on fera un travail de désensibilisation. En gros, on va lui enseigner à ne plus réagir par la peur et par la fuite à un stimulus ou à un objet quelconque et tout à fait normal. Ainsi, on va lui apprendre gentiment à accepter la présence de la selle et du tapis sur son dos, du filet, du mors dans la bouche, de la sangle qui lui serre le ventre, le mouvement des étriers sur ses flancs, les protections. En fait de tout le nécessaire qu'on utilise dans l'art équestre. Au départ, tout se fera à pied avec juste le matériel sur lui. Puis, quand son dos sera suffisamment fort pour supporter le poids d'un être humain, on l'habituera à vous avoir sur lui. Pour commencer, juste le ventre poser sur la selle, à l'image d'un sac à patate que quelques secondes et puis de plus en plus longtemps. Ensuite, on travaillera la sensation de Kurama à être enfourché.
- Pour résumer, un travail à pied pour instaurer un langage commun avec lui, puis avec le matériel, et enfin avec ma présence sur son dos, pâlit un peu Hinata.
- Oui, afin d'obtenir un cheval disponible, calme et détendu aux trois allures, confirma Jérôme avant qu'il ne réalise sa pâleur. Vous vous sentez bien ?
- Oui, oui, le rassura-t-elle. Un petit vertige.
- Si vous avez des craintes, il vaut mieux m'en parler maintenant qu'après, quand on débutera le débourrage.
- Disons que le travail à pied me semble accessible, mais… J'avoue que… que l'étape où je vais me retrouver ventre sur la selle me fait un peu peur et me stresse déjà.
- C'est vrai que cela peut être impressionnant, mais si le travail à pied a bien été réalisé, que la confiance et le respect ont été instaurés, il n'y a pas de raison que cela se termine mal. Et puis, si on voit que Kurama n'accepte pas encore de passer à cette étape, on reviendra au travail précédent. Si vous avez vraiment peur, je demanderai à un de mes collègues de prendre la place du cavalier. Ce n'est pas un problème. »
Cette proposition rassura Hinata. Savoir qu'il existait un moyen de passer le relais la soulagea d'un poids. Toutefois, tournant son regard sur son poulain, elle réalisa qu'elle en avait pris maintenant la responsabilité. C'était à elle de le faire, ou tout du moins d'essayer.
« - Non. Je vous remercie, mais j'ai pris un engagement en acquérant Kurama. Je vais tenter d'aller jusqu'au bout, affirma-t-elle. Je garde quand même cette option au cas où.
-Très bien. Cependant, ce n'est pas parce que Kurama acceptera votre poids sur son dos, que le débourrage sera fini pour autant. Il restera du boulot. Il nous faudra lui enseigner les aides pour pouvoir évoluer seul à cheval en toute sécurité. C'est là que tout le travail effectué en amont va nous être très utile. Les codes vocaux utilisés lors des séances en longe et en liberté vont nous permettre de faire comprendre à Kurama plus facilement l'action des jambes et des mains. En associant la voix aux jambes ou aux mains, on instaure ainsi un nouveau code appuyé sur l'ancien. A partir du moment où il acceptera d'être monté aux trois allures, de s'arrêter et de tourner grâce aux aides, nous pourrons considérer le débourrage terminé. Nous nous attaquerons ensuite au dressage proprement parler. »
En effet, il existait du travail en perspective. Hinata en avait un peu le tournis. Elle pressentait qu'avoir un cheval si jeune allait être une charge importante, mais pas autant. Comme quoi, rien n'était forcément facile dans la vie. Tout demandait des efforts et du don de soi. Sans savoir pourquoi, cela la renvoya à son histoire d'amour avec Naruto. Elle en avait fait des efforts qu'elle en était sortie essorer, mais lui ? En avait-il réalisé également ? Peut-être, mais sa constance s'en était amoindrie au fil du temps, au point qu'elle s'était sentie abandonner et seule. Toutefois, une petite voix lui soufflait qu'elle n'avait pas tout à fait raison et qu'elle avait aussi sa part de responsabilité. Ne voulant pas y penser, et ainsi se replonger dans ses sombres pensées, elle préféra se concentrer à nouveau sur son poulain.
« - Et le rythme de travail que cela demandera ?
-Il doit se dérouler de façon régulière durant un an, de façon à permettre à Kurama de s'habituer à être monté, d'acquérir un minimum de contrôle et de précision dans les aides, mais aussi de se muscler pour pouvoir vous porter. Il faut éviter au maximum de laisser Kurama sans travail pendant une longue période sans quoi il faudra reprendre à zéro toutes les étapes. Dans le milieu, on se réfère à ce vieux dicton qui dit qu'un cheval de 3 ans peut travailler 3 fois par semaine, un de 4 ans pourra 4 fois par semaine et ainsi de suite. Ce n'est pas une obligation, mais une indication pour éviter de le surcharger et ne pas enfreindre sa croissance. Le mieux pour choisir le bon rythme est d'être attentif aux premiers signes de fatigue, comme la transpiration sur les épaules et l'encolure, la baisse d'impulsion, l'œil peu mobile et donc moins attentif, ou encore s'il se met à trébucher souvent. »
Si souvent, se mit à penser Hinata. Cela va lui demander une sacrée organisation avec ses études et ses cours particuliers. Ne s'était-elle pas un peu trop surchargée ? Lisant de l'inquiétude dans son regard par rapport à sa capacité à tenir tous ses engagements, Jérôme la rassura. Si elle le lui autorisait, il sera prêt à travailler avec Kurama de son côté avec une personne de confiance. Il comprenait qu'elle avait sa propre vie d'étudiante à gérer. La jeune femme lui sourit, reconnaissante.
« - En ce qui concerne Kurama, il faudrait penser à lui acheter tout son matériel pour le travail, mais aussi son confort et son pansage. Une couverture serait bien, vu la saison. Celle que j'ai réussie à lui mettre sur le dos vient du club. Il peut la garder, mais si vous désirez qu'il en ait une à lui, pas de problème. Il aura son propre casier, fermé à clé.
- C'est que je ne saurai pas trop quoi lui acheter. Il y a tellement de choix.
- Je peux vous proposer l'aide d'un ami qui travaille dans un magasin spécialisé. Il sera ravi de vous recevoir.
- C'est gentil et j'accepte volontiers.
- Bon pour le moment, votre poulain n'a pas encore trois ans. Il les aura ce printemps. En attendant, je vous conseillerai de vous remettre à niveau en termes d'équitation en reprenant quelques leçons. Une longue interruption peut avoir amoindri certains reflexes.
-C'est une bonne idée, consentit Hinata, qui réfléchissait déjà à un planning. Je peux trouver un ou deux créneaux. Je pense que cela me fera du bien d'avoir un moment à moi. C'est dommage que Byagukan ne soit plus un cheval du club. J'aurai aimé la remonter.
- Oui, c'est dommage. D'autant plus qu'elle ne sort pas bien souvent. Je n'ai pratiquement jamais vu son propriétaire. C'était toujours des cavaliers différents qui l'exerçaient. Certes ils sont compétents, mais c'est trop peu. Heureusement, que le pré et le paddock font parti de son contrat, sinon, elle ne sortirait pas beaucoup la pauvre.
Hinata fut désolée pour sa jument préférée, elle qui adorait leurs séances de dressage. Elle s'avança vers elle pour lui caresser la joue et son chanfrein, alors que de son côté, Kurama tendait son museau pour humer l'odeur de sa mère. C'était mignon à voir. Voyant cela, Jérôme se mit à réfléchir avant de reprendre à nouveau la parole.
« - Il faudrait que j'arrive à contacter le propriétaire de Byakugan pour lui demander son autorisation. »
Cette réflexion concentra de nouveau l'attention de la Hyuga sur lui qui ne voyait pas où il voulait en venir. Désirait-il l'appeler pour lui permettre de la monter ? Si c'était cela, qu'est-ce qui pourrait inciter une personne qui ne la connaissait pas et qu'elle ne connaissait pas à lui accorder cette faveur ? Alors qu'un temps de silence s'installa entre les deux protagonistes, devant l'écurie, la silhouette d'un jeune homme aux cheveux aussi clairs que la lune se dressait. Il était en pleine discussion avec le jeune directeur qui semblait furibond d'avoir été humilié par son propre père, mais surtout qui se pliait en excuse.
« - Si je comprends bien, le poulain qui m'a attaqué n'a pas été envoyé à l'abattoir, alors que nous l'avions exigé en compensation. Il aurait pu me tuer.
- J'en suis tout en fait conscient, monsieur Otsutsuki, mais...
- Vous me dites que votre père a osé même le vendre à un prix dérisoire … Et qu'en plus, ce bâtard va loger dans l'écurie de luxe, à côté de magnifiques chevaux de pure race.
- Tout à fait. J'ai bien essayé de m'y opposer, mais en vain. Mon père vient de me retirer à l'instant le poste de régisseur du haras pour donner le poste à ma sœur.
- Votre histoire de famille ne m'intéresse pas, se mit en colère l'Otsutsuki. D'ici ce soir, ce bâtard partira à l'abattoir, ou bien vous pourrez dire adieu aux dons de notre famille à votre entreprise. Je vais de ce pas dire ce que je pense à cette samaritaine du dimanche et elle va me supplier de l'épargner.»
Ni une, ni deux, le riche jeune homme rentra dans l'écurie où se trouvaient encore Hinata et Jérôme. Ce fut donc d'un pas rageur et déterminé qu'il s'avança vers eux. Au début, il ne pouvait les voir, mais au bout de quelques pas, au détour d'une interception, il les vit. De loin, il lui était impossible de les reconnaître, bien que l'allure de la jeune femme lui dise vraiment quelque chose. Etrangement, plus il s'approchait, plus sa tension s'envolait par magie. Et la seule raison à cette transformation était qu'il réussit à mettre un nom à ce visage pâle et à ses cheveux bleutés et soyeux. Jamais il n'aurait pensé la retrouver ici, mais surtout dans ces circonstances. D'un coup, tout son ressentiment partit en fumée quand il comprit que la femme qu'il avait insultée de samaritaine du dimanche n'était qu'autre qu'Hinata Hyuga, celle qu'il rêvait avoir à ses côtés et dans son lit. Serait-elle vraiment la propriétaire de ce poulain de malheur ? En tout cas, elle était si concentrée sur ce que lui racontait le palefrenier qu'il arriva derrière eux sans se faire remarquer, espionnant ainsi leur dernier échange.
« - Et quelle autorisation dois-je accorder ? »
Sa voix grave et teintée de suavité fit un peu sursauter Hinata qui se retourna vers lui. Le voir fut une véritable surprise et cela s'espionnait sur son visage. Cela fit sourire malicieusement le jeune homme qui se dressa de toute sa hauteur, tout en affichant une certaine désinvolture. Il débordait de confiance en lui qui la déstabilisa pendant un instant.
« - Monsieur Otsutsuki, salua Jérôme. Vous êtes venus voir votre jument ?
-En effet. Ce n'était pas prévu, mais je vois que j'ai bien fait, affirma-t-il en regardant la Hyuga.
- Monsieur, permettez-moi de vous présenter…
- Mademoiselle Hyuga, termina le nouvel arrivant en prenant la main de cette dernière pour y déposer un baisemain. Je suis ravie de vous revoir. Jamais je n'aurai imaginé que rendre visite à ma jument me permettrait de vous rencontrer.
- Votre jument, s'étonna la demoiselle, si surprise qu'elle ne répondit pas à sa salutation avant de s'en rendre compte. Pardon… Bonsoir, mons…
- Toneri, s'il vous plaît.
- Toneri, termina donc la jeune femme en retirant sa main. Vous avez donc une jument ici ?
- C'est justement le propriétaire de Byagukan, » la renseigna Jérôme.
Cette réponse laissa sans voix Hinata. Alors c'était lui qui avait acheté Byagukan. Elle qui avait désiré contacter l'acquéreur, elle était soulagé d'un certain côté de ne pas l'avoir fait. Pas par peur qu'il refuse. Elle était presque certaine qu'il aurait accepté de la revendre, mais par crainte de ce qu'il aurait demandé en échange, et ce n'aurait peut-être pas été de l'argent. Ses réflexions furent coupées par la voix de son moniteur qui s'adressa à Toneri.
« - Je profite de votre présence pour vous demander l'autorisation d'user librement de Byagukan pour l'apprentissage du poulain de mademoiselle Hyuga.
- Le poulain ? »
En posant cette simple question, l'Otsutsuki prit enfin le temps de regarder devant quel boxe ils se trouvaient tous les trois. Bon, il y avait celui de sa jument, mais dans celui d'à côté, il reconnut ce fichu canasson qui l'avait bousculé et qui avait failli lui envoyer un sabot dans l'œil. Et pourquoi ? Parce qu'il lui avait frappé la croupe pour le faire avancer. Se concentrant à nouveau sur le discours de Jérôme, il comprit qu'Hinata était donc cette fameuse bienfaitrice et qu'elle l'avait appelé Kurama. Il saisit que le palefrenier qui retrouvait son ancien poste d'instructeur désirait user Byagukan pour faciliter l'apprentissage de son rejeton avant le débourrage.
« - Nous pourrions utiliser l'exemple de sa mère pour le familiariser avec le pansage, la marche en licol... Il suivrait son attitude. La voir calme et détendue alors qu'on bouge dans tous les sens avec elle, l'incitera plus facilement à comprendre qu'il n'a rien à craindre. C'est pourquoi je désire votre autorisation, monsieur Otsutsuki.
- Je vois, fit mine de réfléchir ce dernier.
- Bien sûr, rien ne vous y oblige, s'empressa de dire Hinata, un peu maladroitement.
- Mais ce ne sera certainement pas une obligation pour moi, lui sourit Toneri. Bien au contraire, c'est avec joie que je vous accorde votre requête. Je vais même aller plus loin… Je souhaite vous autoriser à monter Byakugan quand vous le souhaitez et à en user comme bon vous semble.
- Oh, c'est beaucoup trop, voulut refuser la jeune femme, de plus en plus mal à l'aise, bien qu'une part d'elle voulait accepter, rien que pour avoir l'occasion de remonter sur la jument. Je ne peux accepter cela.
- Ce serait bien pourtant, intervint Jérôme. Voir sa mère montée instaurera peut-être une atmosphère de confiance pour Kurama et nous pourrons vous remettre à niveau en même temps.
- En plus, cela m'aiderai aussi, argumenta l'Otsutsuki. Voyez-vous, je ne suis pas à l'aise à cheval. Je n'ai malheureusement pas le temps pour approfondir mon apprentissage et la monter, bien que l'envie ne manque pas. Cette jument est en réalité un présent de ma tante qui m'a racontée avoir été touchée par son histoire de sauvetage et par le lien qui l'unissait à une de ses cavalières. Apparemment, à ce que j'ai compris, cette jeune femme, c'était vous.
A cette insinuation, Hinata en rougit, confirmant les soupçons de Toneri qui en fut plus que satisfait.
« - Je serai vraiment ravi de vous offrir l'occasion de renouer avec Byagukan, tout en aidant son poulain.
-Je ne sais pas trop quoi dire ?
- Laissez-vous donc convaincre… pour le bien de ces deux magnifiques animaux. »
