Disclaimer : Les personnages appartiennent bien évidemment à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui sont à moi…

Rappel du rating : M

Note : Bonjour ! Bonsoir ! Et comme à chaque fois (oui, j'aime bien me répéter... vous l'aurez probablement remarqué...) : merci à vous, chers lecteurs / chères lectrices, de lire mon histoire !

ShaSei: merci pour ta review. Je suis ravie que ma fic te plaise, et j'espère que la suite ne te décevra pas…

D'ailleurs, la voici… la suite.

/!\ Petit avertissement pour ce chapitre, et surtout pour les prochains : il devrait y avoir un peu plus de passages justifiant mon rating M, avec notamment un peu plus de yaoi. Je préfère prévenir… Mais je pense rester assez soft. En tout cas, c'est mon intention pour l'instant ;)

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 15

22 septembre 2001

Est de l'Afghanistan

Ikki ne peut détourner son regard des combattants qu'il observe, et il sent la haine grandir en lui. Il voudrait tous les anéantir. Il le pourrait, tellement facilement, en une seule attaque, d'un seul coup, d'une seule flambée de cosmos. Mais il n'en fait rien. Il prend sur lui.

Le temps où il laissait parler sa colère et ses instincts de destruction est depuis longtemps révolu, et il essaie de se convaincre qu'il en est très bien ainsi. Mais il ne peut réprimer le désir d'extermination qui frappe à la porte de son esprit, l'envie de délivrer les plus insupportables souffrances, d'asséner les plus terribles supplices. Et le soleil de ce dernier jour d'été qui s'acharne sur son crâne, fait encore davantage monter la température du sang qui coule dans ses veines, et fait toujours plus bouillonner sa rancœur.

Il porte une main à son front, pour écarter les mèches de cheveux collées par la sueur, et tourne le dos à l'objet de sa fureur. Il fait quelques pas jusqu'à l'endroit où il a déposé la caisse de son armure, et décide d'attendre ici, loin de la vision qui le met hors de lui. Il s'adosse à la roche ocre et chaude, et croise les bras sur sa poitrine.

Il doit se calmer, faire baisser la tension qui contracte tous les muscles de son corps, et étouffer sa rage. Il l'a promis à Shun avant de quitter le Sanctuaire. Il a promis à son frère qu'il garderait son sang-froid quoi qu'il arrive, et qu'il respecterait ses instructions. Mais il ne peut s'empêcher de s'imaginer en train de tous les exterminer dès qu'il ferme les yeux.

Un bruit de pas derrière lui le sort fort heureusement de ses obsessions de torture et de meurtre.

« Alors, que font-ils ? s'enquiert le Scorpion, qui vient de terminer sa ronde d'observation.

- Ils jouent à la guerre, et je peux te dire qu'ils semblent y prendre beaucoup de plaisir, rétorque le chevalier du Lion en serrant les dents. Rappelle-moi encore une fois pourquoi nous ne pouvons pas simplement les mettre hors d'état de nuire ?

- Parce que ce sont les ordres de Shun. Nous devons chercher à comprendre quelles sont leurs prochaines cibles, leurs prochains objectifs, et localiser leurs chefs. Car ce sont eux qu'il faudrait rendre inoffensifs, afin de couper la tête de ce monstre froid et sanguinaire, dont les tentacules s'étendent sur le monde entier, bien au-delà des frontières de ce pays déjà à feu et à sang.

- Oui. Mais par Athéna, qu'est-ce que cela me ferait du bien de les massacrer tous dès maintenant, là, tout de suite ! » poursuit Ikki avec un sourire sadique au coin des lèvres.

Depuis les événements de cette terrible journée, l'ancien Phoenix sent ses vieux démons désireux de reprendre le dessus sur son âme, et pour une fois depuis bien longtemps, il voudrait presque les laisser faire. Mais non, il a promis. Et il se rend bien compte qu'il est en train de foutre la trouille à son coéquipier, qui l'observe d'un air inquisiteur et inquiet à la fois.

Ikki soupire. Il ne comprend pas pourquoi son frère lui a demandé de faire équipe avec Jabu. Il doit avoir ses raisons, c'est certain, car Shun ne prend jamais aucune décision par hasard. Mais il ne peut s'empêcher de s'interroger sur les motivations d'un tel choix.

Car son frère sait qu'il n'a jamais réellement apprécié l'ex-chevalier de la Licorne, depuis qu'il est gamin. Même s'il doit reconnaître que ce dernier a bien changé depuis l'époque où il se laissait traiter comme un moins que rien par une Saori capricieuse et encore inconsciente de sa destinée et de son importance.

Oui, il a bien conscience que sa force et son cosmos se sont considérablement développés ces dernières années, surtout depuis qu'il a revêtu l'armure d'Or du Scorpion. Mais, il a encore du mal à avoir complètement confiance en lui malgré tout, et quelque part, il le trouve beaucoup trop docile et discipliné pour être honnête. Enfin, façon de parler, car il sait pertinemment que Jabu est très certainement l'un des chevaliers les plus fidèles à leur Déesse, faisant preuve d'une dévotion et d'une obéissance sans faille, totales, inaltérables et inébranlables.

Ikki décroise les bras et s'adresse à son homologue doré sur un ton assuré :

« Et toi, qu'as-tu découvert ? Je t'en prie, dis-moi que tu as appris quelque chose !

- Eh bien, je crois que leurs chefs se cachent dans les montagnes, en utilisant un réseau de grottes aménagées, dissimulées dans la roche.

- Ah oui ? Ils se terrent comme des rats, quoi ! Mais, continue, ça semble intéressant !

- En fait, ils ont l'air de craindre une intervention américaine d'un jour à l'autre, et ils sont en train d'organiser leur défense. Et si les choses devaient devenir plus compliquées pour eux, j'ai compris qu'ils envisageraient de fuir au Pakistan.

- Tu m'en diras tant... Mais quelle bande de lâches, qui se faufilent comme des cafards dès qu'ils sentent arriver le premier coup de savate !

- Attention, ne les sous-estime pas Ikki, ce serait une erreur. N'oublie pas de quoi ils sont capables !

- Eux ? Mais, ils ne sont capables de rien, justement ! J'ai même la conviction qu'ils seraient totalement inoffensifs sans les soldats qu'ils ont su embrigader et fanatiser. De pauvres gamins pour la plupart, prêts à se faire sauter la tronche à la première injonction de leur guide. Tu parles de guerriers ! Ce ne sont que des lâches qui s'appuient sur l'inconscience et l'aveuglement des autres, et qui comptent prendre la fuite dès que les choses commenceront à tourner au vinaigre. »

Ikki prend conscience de son emportement, et serre les poings. Il doit se ressaisir et se calmer. Il détache son dos de la paroi rocheuse contre laquelle il était encore appuyé, et prend la direction de la montagne, sans se retourner vers son camarade. Tout juste lui lance-t-il quelques mots avant de disparaître entièrement de sa vue.

« Jabu, je te laisse le plaisir de reprendre mon poste à la surveillance de cette bande de cloportes. Je pars me défouler un peu. Je reviens dans deux heures. »

L'intéressé ne répond pas, cela n'en vaut pas la peine. Car il sait que le Lion a besoin de déchaîner ses crocs et ses griffes quand il se trouve dans un état pareil, et il préfère autant ne pas le ralentir dans ce besoin qu'il sent essentiel.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Shaina attend, son cosmos déployé, à l'affût de la moindre anomalie. Le chevalier de la Balance est parti de son côté il y a près de quatre heures, et il devrait la retrouver ici d'une minute à l'autre.

Elle lève les yeux vers le ciel gris et lourd, et sent les premières gouttes de pluie tomber sur son visage. Un grand éclat de lumière, d'un jaune éblouissant, presque aveuglant, zèbre le ciel au-dessus des montagnes, et le tonnerre qui gronde quelques secondes plus tard fait trembler toute la vallée. Le bruit est assourdissant, et résonne sur les hautes parois rocheuses. On se croirait au milieu d'un champ de bataille, encerclés par les tirs des canons.

La jeune femme essuie la pluie qui ruisselle sur son front, et aiguise encore davantage son cosmos pour tenter de localiser son coéquipier. Elle perçoit alors l'aura bienveillante de Shiryu à quelques kilomètres en contrebas, et décide de mettre à profit ses dernières minutes de tranquillité pour s'entraîner un peu.

Tout en maltraitant les quelques rochers qui se dressent devant elle, Shaina repense à la réunion au cours de laquelle Shun lui a demandé de prendre la place d'Hikari, afin poursuivre la mission auprès des moudjahidines de l'Alliance du Nord.

Si elle en a immédiatement éprouvé une grande fierté, ravie de constater que son Grand Pope plaçait toujours sa confiance en elle, elle a ensuite été rapidement prise d'angoisse, voire d'une réelle panique, à l'idée de devoir faire équipe avec Seiya.

Mais, heureusement pour elle, en tout cas c'est ce dont elle essaie de se convaincre, le Sagittaire a d'abord été réquisitionné pour rester plusieurs jours au Domaine Sacré. Officiellement, dans le but de finaliser la stratégie à mettre en place en Afghanistan en réponse aux derniers événements. Mais, en réalité, et nul besoin d'être doué de dons télépathiques pour le deviner, pour lui laisser le temps de digérer sa rage et sa colère. Ces sentiments qu'elle sait être en train de dévorer l'homme qu'elle ne peut s'empêcher d'aimer, silencieusement, sournoisement, mais avec certitude. Une certitude noire et implacable.

Le chevalier de l'Ophiuchus termine de martyriser son cinquième rocher lorsque Shiryu apparaît devant elle, ses longs cheveux noirs trempés par la pluie recouvrant une partie de son visage. Il les dégage sur l'arrière à l'aide de sa main droite, et s'adresse à elle d'une voix sereine et claire :

« Allons nous mettre à l'abri, veux-tu, afin que je t'explique ce que j'ai appris.

- Entendu, je te suis » répond-elle, sur un ton tout aussi calme.

L'italienne emboîte le pas de son camarade, en se concentrant sur sa longue chevelure noire qui se balance doucement devant elle, comme pour rythmer la cadence de leur avancée. Elle se focalise là-dessus, pour ne pas penser à autre chose qu'à leur mission. Pour ne penser à rien d'autre.


Sanctuaire, Grèce

Acrisios se redresse, en posant une main sur son genou. Il jette un regard ravi à son ami, avant de se remettre en garde.

« C'est pas mal du tout pour un grand blessé dans ton genre !

- Tu parles, je dois retenir mes coups pour ne pas te faire mal ! Je t'en prie Acri, mets un peu plus de nerfs dans tes assauts, sinon je vais finir par croire que tu cherches à me ménager, souffle Hikari, en reprenant une position d'attaque.

- Alors prépare-toi à mordre la poussière, mon ami !

- Oh, mais je n'ai aucune crainte à ce sujet. Je sais très bien que ce n'est pas aujourd'hui que je connaîtrai le goût du sable de l'arène ! »

L'apprenti des Gémeaux sourit. Il est heureux d'avoir retrouvé son camarade, son frère d'armes, et de pouvoir à nouveau s'entraîner avec lui. Mais il ne peut s'empêcher de faire attention à lui, en veillant à ne pas lui porter de coups qui pourraient raviver ses blessures.

Et en l'occurrence, il se contente de suivre les préconisations de Marine, qui lui a donné une longue liste d'instructions avant de quitter le Sanctuaire pour Kaboul, trois jours plus tôt. Surtout qu'il sait qu'elle doit revenir justement aujourd'hui, et qu'il vaudrait mieux qu'elle ne constate aucune aggravation dans l'état de son protégé, s'il ne veut pas terminer à son tour à l'infirmerie...

Car le chevalier de l'Aigle prend très au sérieux le rôle de soignant que lui ont confié les médecins de la Fondation Graad. Et Acrisios sait pertinemment pourquoi. Il n'est pas aveugle. Et même si personne ne lui a rien dit, pas même Hikari, il a maintenant bien compris la nature du lien qui unit son ami à la jeune femme. Et il se sent profondément heureux pour lui.

Car il a toujours su combien le jeune Pégase souffrait de ne pas connaître la vérité sur ses origines et sur les raisons ayant poussé ses parents à l'abandonner. Et surtout, il ne peut que constater combien celui-ci semble apaisé et serein désormais. Et le bonheur qu'il peut lire dans ses yeux remplace toutes les explications. Pas besoin de mots dans ces cas-là. Surtout pas entre deux véritables amis.

...^...

Vjeko regarde droit devant lui. La mer est calme ce matin, et aucune vague ne secoue l'embarcation qui les ramène au Domaine Sacré. Marine leur tourne le dos, les yeux rivés sur l'horizon. Elle n'a pas beaucoup parlé depuis qu'ils ont quitté Kaboul, et elle n'a pas vraiment prêté attention à eux.

Depuis les événements du onze septembre, Shun a jugé nécessaire d'adjoindre un troisième chevalier au binôme qu'il forme avec Aleix, afin de les soutenir dans leur mission. Précaution que Vjeko estime totalement inutile, car il sait pertinemment qu'il a retrouvé toutes ses capacités, et que les blessures qu'il a subies lors de cette journée ne sont plus que de vieux souvenirs. Mais les ordres sont les ordres. Et il doit reconnaître qu'il a apprécié faire équipe avec la femme chevalier lors de ces trois derniers jours, même si cela l'a privé de la possibilité de se retrouver seul avec le Capricorne.

Mais à cet instant, Aleix est assis juste à côté de lui, et il sait que sa main se trouve à seulement quelques centimètres de la sienne. Et il sait aussi que Marine ne se préoccupe pas d'eux, aucunement, et qu'elle ne les regarde pas. Alors, le Phoenix déplace ses doigts lentement, pour effleurer ceux de son compagnon. Une profonde excitation secoue son échine lorsqu'il sent les doigts de celui-ci répondre à ses caresses. Et il doit se concentrer, prendre sur lui, pour parvenir à se contrôler lorsque leurs doigts se croisent, et que leurs mains se referment l'une sur l'autre. Il a presque l'impression de vivre un supplice, une torture, pour se retenir de prendre le visage du Capricorne entre ses mains, et de parcourir ses lèvres de baisers.

Marine se retourne vers eux, et les deux chevaliers détachent aussitôt leurs mains, comme s'ils avaient été frappés par une décharge électrique.

« Nous arrivons enfin », précise la jeune femme, qui n'a visiblement rien remarqué d'inhabituel dans le comportement de ses coéquipiers.

« Je vous laisse aller faire le compte-rendu de notre mission à Shun, si cela vous convient, bien entendu.

- Pas de problème Marine, répond le Capricorne. Nous n'avons pas besoin d'être présents tous les trois.

- Parfait, merci beaucoup. Alors, à plus tard les gars », leur lance le chevalier de l'Aigle en bondissant hors du bateau.

...^...

Marine est pressée de retrouver Hikari. Pour vérifier que tout va bien, et qu'il poursuit la guérison de ses blessures. Mais aussi, et surtout, parce qu'elle a simplement envie d'être auprès de lui.

Elle a eu l'immense bonheur de pouvoir le serrer dans ses bras quand elle lui a avoué la vérité à la clinique, et de lire un profond sentiment d'amour dans ses yeux. Et aucune rancœur, aucune colère. Hikari l'a écoutée, et l'a comprise, comme s'il avait, en réalité, toujours su.

Et dès leur retour au Sanctuaire, elle lui a parlé. Pendant des heures. Pour tout lui expliquer.

Elle lui a parlé d'Aiolia, son père. Elle lui a tout dit, de lui, de leur amour, de sa mort, et du chagrin, immense et intarissable, qui l'avait suivie.

Elle lui a parlé du bonheur qu'elle avait connu avec lui, et qu'elle connaissait encore quand elle pensait à lui, malgré le temps, et malgré tout ce qu'elle pouvait vivre aujourd'hui.

De la joie qui avait envahi son cœur quand elle avait compris qu'elle était enceinte, et de l'amour indescriptible qu'elle avait ressenti quand elle l'avait tenu pour la première fois dans ses bras.

De la peine qui l'avait ensuite accablée, quand elle avait pris la terrible décision de l'abandonner et de le confier à l'amour de Miho. Et des remords et de la culpabilité qui ne l'avaient plus quittée ensuite, pendant toutes ces années.

Et Hikari avait tout compris. Simplement, sans poser de questions. Comme si tout lui semblait évident. Comme si ces si nombreuses années sans savoir n'avaient finalement plus aucune importance.

Ils s'étaient enfin retrouvés tous les deux, mère et fils, et aujourd'hui, elle a la certitude que plus rien ne pourra les séparer. Jamais.

Marine court pour gravir les marches du Sanctuaire. Mais avant de retrouver son fils et de le serrer à nouveau dans ses bras, elle veut faire un arrêt par le neuvième temple. Elle frappe plusieurs fois à la porte de celui-ci, mais personne ne vient lui ouvrir.

Elle poursuit alors son chemin vers l'infirmerie, persuadée que Seiya a déjà dû quitter le Sanctuaire. Elle comprend cependant assez vite qu'elle se trompe, lorsqu'elle voit le Sagittaire apparaître en haut des marches du monumental escalier. Elle presse le pas pour arriver rapidement à sa hauteur.

« Bonjour Seiya !

- Bonjour Marine ! Que me vaut le plaisir de te voir courir vers moi comme cela ?

- Je voulais être certaine de pouvoir te parler avant ton départ.

- Eh bien, tu tombes à pic, car je m'apprête justement à partir ! Alors je t'en prie, qu'as-tu de si urgent à me dire ?

- Pourrions-nous aller dans ton temple, s'il te plaît ?

- Bien entendu. Suis-moi. »

...

Marine regarde Seiya refermer la porte d'entrée de son appartement, et se diriger vers elle avec nervosité. Elle constate immédiatement que son élève semble toujours autant perturbé, et cela l'inquiète et la peine. Mais elle sait aussi qu'il lui sera difficile d'aborder le sujet de front avec lui. Elle le connaît tellement bien...

« Je ne prendrai pas beaucoup de ton temps, Seiya, car je n'ai que quelques mots à te dire. Mais ils sont importants pour moi. »

Le Sagittaire ne répond pas, et attend simplement que la jeune femme poursuive son propos.

« Je voulais juste te dire merci. Merci d'avoir compris, et d'avoir su respecter mon silence pendant toutes ces années. Merci de m'avoir accueillie à Kaboul sans me poser de questions, et merci de m'avoir donné du temps pour être seule avec Hikari. Et surtout, merci d'avoir pris soin de lui, de l'avoir aidé à grandir, et d'avoir fait de lui le chevalier qu'il est aujourd'hui. Pour tout cela, je te serai reconnaissante pour toujours. Et s'il était encore là, je sais qu'Aiolia partagerait entièrement mes sentiments. »

Seiya reste silencieux, et Marine a la nette impression qu'il cherche à fuir son regard, à l'éviter à tout prix.

« Tu ne dis rien ? Seiya, c'est important pour moi. Je voudrais que tu comprennes combien je te suis redevable, et combien tout ce que tu as fait pour Hikari paraît fondamental à mes yeux. »

Le Sagittaire finit par croiser les yeux de son maître, et cette dernière ne peut y lire aucune fierté, ni aucune réaction, à vrai dire. Il s'adresse alors à elle d'une voix froide, qui ne semble pas lui appartenir.

« Je ne suis pas digne de tes mots, Marine. Et je suis désolé de te dire que je ne les comprends pas. Car j'ai presque causé la mort de ton fils, quoi que tu puisses penser, et quoi que vous puissiez tous vous acharner à m'expliquer. Et pour cela, je ne mérite bien évidemment aucun remerciement, aucune gratitude.

- Non, Seiya tu te trompes.

- Non, Marine, s'il te plaît, par respect pour moi, et pour le chevalier que je crois être, n'ajoute rien. Je sais que je dois accepter ce qui s'est passé, avec Hikari et Massoud, comme à New York. Et je m'efforce d'essayer, je te promets. Mais je n'ai pas besoin d'en entendre davantage, je t'en prie. »

Marine est frappée par l'immense tristesse, et la résignation, implacable et sèche, qui se dégagent des propos de son disciple. Mais elle les comprend en partie, et elle sait qu'il est inutile de poursuivre la discussion. Seiya a eu le dernier mot. Encore une fois.

« Entendu, Seiya. Mais n'oublie pas qui tu es, et ce que tu représentes, pour moi, et pour nous tous.

- A bientôt, Marine. Va rejoindre Hikari. Et au fait, tu ne le trouveras pas à l'infirmerie. Il a repris l'entraînement depuis plusieurs jours. Pour tout te dire, il a couru aux arènes dès que tu as quitté le Sanctuaire. Il faut croire qu'il a malgré tout appris quelques petites choses de moi... », conclut le Sagittaire en se dirigeant vers la salle de bain de son temple, sans avoir, semble-t-il, prêté la moindre attention à la dernière phrase prononcée par la jeune femme.

Et il claque la porte bruyamment, comme pour insister sur le fait que leur discussion est maintenant définitivement terminée.


Sibérie Orientale

Dimitri suit son maître le long du sentier qui se dessine au milieu de la plaine. Il ajuste l'allure de ses pas à la sienne, et veille à ne pas faire tomber les bûches qu'il porte dans ses bras. Il finit par apercevoir l'isba à trois cents mètres devant eux, et se réjouit à l'idée de pouvoir bientôt retrouver la chaleur de cette petite baraque de bois.

Hyoga est revenu auprès de lui depuis plusieurs jours déjà, comme il le lui avait promis. Et s'il ne lui a rien dit des raisons qui l'avaient poussé à quitter la Sibérie aussi subitement cette nuit-là, le jeune russe a compris que son maître avait vécu quelque chose de difficile. Quelque chose qui a laissé une trace sombre sur son cosmos, pourtant habituellement si doux et rassurant.

Mais, Dimitri ne lui a posé aucune question. Il attend simplement le moment où il choisira de tout lui expliquer. Et s'il n'en fait rien, il sait qu'il obtiendra des réponses lorsqu'ils seront de retour au Sanctuaire.

Et pour l'instant, ils poursuivent son entraînement tous les deux, sous le ciel blanc et froid de Sibérie.

Hyoga tape ses bottes contre les marches devant l'entrée de l'isba, pour faire tomber les restes de boue et de neige incrustés sous ses semelles. Il ouvre la porte, et entre à l'intérieur. Dimitri applique le même rituel, puis pénètre à son tour dans la maison. Il laisse les rondins de bois à côté de la cheminée, et se dirige vers la cuisine. Il sort une casserole du placard, et met de l'eau à bouillir pour le thé, comme il le fait tous les soirs.

Le Verseau pose un genou sur le sol devant l'âtre encore fumant de la flambée du matin, et craque une allumette pour enflammer les deux bûches qu'il vient de placer à l'intérieur. Il se retourne, s'adosse contre le chambranle en croisant les bras sur la poitrine, et attend que la chaleur se répande dans la pièce.

Il observe son disciple installer les tasses sur la table, insérer avec précaution les feuilles de thé dans la théière, et verser délicatement l'eau bouillante par-dessus. Celui-ci a exactement les mêmes gestes que ceux qu'avait Camus quand il préparait le thé. Oui, à cet instant, Hyoga a l'impression de revoir son maître évoluer devant lui.

Comment ce jeune garçon, qui n'était même pas encore né lorsque Camus avait quitté ce monde, peut-il lui ressembler à ce point ? Hyoga sait que cela n'a aucun sens, aucune logique, pourtant il ne peut s'empêcher de constater combien son disciple lui rappelle son maître adoré.

« Voulez-vous un peu de miel dans votre thé ? ».

Hyoga cligne lentement des yeux, comme s'il s'éveillait d'un rêve, et s'avance vers la cuisine.

« Oui, volontiers. Merci Dimitri. ».

Le Saint de glace s'assied en face de son élève, et prend la tasse chaude entre ses mains. Il souffle dessus plusieurs fois, avant de la porter finalement à sa bouche. Il avale une gorgée du liquide encore bouillant, et repose la tasse sur la table.

Dimitri le regarde attentivement, comme s'il essayait de s'imprégner du moindre de ses mouvements, du moindre de ses gestes, pour les reproduire à l'identique.

Hyoga lui sourit, et décide alors de rompre le silence bienveillant qui les enveloppait tous les deux.

« Demain, c'est moi qui préparerai le thé.

- Entendu, maître.

- Et je t'amènerai au grand glacier. Je pense que le moment est venu pour toi d'élever encore davantage le niveau de ton entraînement.

- Comme vous voulez, maître », répond le jeune russe, avec une extrême douceur dans la voix.

Hyoga sourit à nouveau. Il se sent bien ici, auprès de son disciple, dont la bonté et la gentillesse l'aident à oublier, au moins un peu, ce qu'il a vécu il y a quelques jours.

Il recule pour se caler davantage contre le dossier de sa chaise, et croise sa jambe droite par-dessus sa jambe gauche. Il plonge son regard dans les grands yeux gris de son élève, avant de s'adresser à lui sur un ton presque solennel :

« Dimitri, tu as fait beaucoup de progrès ces derniers mois. Et je veux que tu saches que je suis très fier de toi. »

Le jeune apprenti incline la tête en signe de respect, et plusieurs mèches de ses beaux cheveux roux recouvrent une partie de son visage. Il les replace derrière ses oreilles avant de répondre, d'une voix toujours aussi douce :

« Merci infiniment, maître. Mais si je progresse, c'est grâce à vous, et à vous seul, et à la qualité de vos enseignements. Je vous suis extrêmement reconnaissant pour chaque jour que vous passez auprès de moi, et pour le temps et l'attention que vous m'accordez. »

Hyoga entend les mots de son disciple, et ceux-ci résonnent en lui d'une manière étrange. Car il a encore du mal à accepter l'idée qu'il puisse, à son tour, être considéré et reconnu comme un maître. Lui qui a toujours le sentiment de n'être qu'un élève. L'élève de Camus.


Est de l'Afghanistan

Ikki sourit en ouvrant les yeux, heureux de constater l'apparition d'un épais nuage de poussière tout autour de lui. Un écran de fumée qui lui permet de s'isoler un instant du monde extérieur. Une sorte de bulle, une enceinte chaude, presque bouillante, qui lui rappelle le volcan de son île. L'île de la Reine Morte.

Il doit admettre que sa première armure lui manque, de moins en moins, mais de temps en temps malgré tout. Il était si proche d'elle, ne faisait qu'un avec elle. Et il a longtemps été persuadé que personne d'autre que lui ne pourrait jamais la revêtir, qu'elle ne l'accepterait pas, et qu'ainsi, le Phoenix s'éteindrait avec lui, finalement, pour toujours.

Jusqu'à ce qu'il rencontre Vjeko.

Ce jour-là, alors qu'il ne s'y attendait pas, et qu'il ne cherchait qu'à venir en aide à une population en souffrance, tout lui était apparu évident. Comme si son ancienne armure lui avait soufflé à l'oreille qu'elle voulait ce petit garçon, juste pour elle.

Le cosmos du jeune croate l'avait immédiatement frappé et envahi, et il l'avait trouvé tellement semblable au sien, qu'il n'avait pas eu la moindre hésitation. Il avait tout de suite compris, et su ce qu'il devait faire. Vjeko serait le nouveau Phoenix. C'était une certitude, une évidence.

Et il l'avait ramené avec lui au Sanctuaire, pour débuter son entraînement, naturellement, sans le moindre doute, sans se poser de questions.

Mais malgré toutes ces certitudes, et malgré l'osmose parfaite existant aujourd'hui entre Vjeko et l'armure du Phoenix, Ikki ne peut s'abstenir de regretter le contact brûlant et électrique de cette armure qui lui a tant donné et tant appris.

Une douleur fugace derrière la nuque, semblable à un coup de griffe agacé, le sort de ses réflexions, et entraîne l'apparition d'un sourire compréhensif sur son visage. Sa nouvelle armure est en colère, et elle lui fait comprendre à sa manière. Il sait que cette dernière n'apprécie pas beaucoup l'affection qu'il porte à son ancienne protection de bronze, et cette jalousie un peu excessive l'amuse.

Il s'approche de la caisse de son armure, et la caresse de la main droite.

« Ne t'en fais pas ma belle, c'est à toi, et à toi seule que j'appartiens désormais ».

Un doux ronronnement lui fait comprendre que le Lion qui dort dans cette cage dorée semble satisfait et rassuré par la réaction de son maître.

Ikki s'accroupit auprès d'elle, et s'assied sur le sol en l'utilisant comme dossier. Il tend sa jambe gauche devant lui, et replie son genou droit, sur lequel il croise ses mains. Il se sent enfin calmé, apaisé et serein. Sa colère est toujours là, mais il la contient dans un coin, endormie. Jusqu'à la prochaine fois...

Il observe les montagnes en face de lui, et ferme les yeux.

Est-il sûr d'appartenir à son armure ? Pas vraiment, ou en tout cas pas totalement, s'il veut être honnête avec lui-même. Car il a plutôt le sentiment de n'appartenir à rien, de ne dépendre de personne. Il a toujours été un solitaire, même depuis qu'il a rejoint les rangs des protecteurs d'Athéna auprès de son frère et de Seiya.

Oui, il a toujours fait cavalier seul, alors il doit avouer qu'il a encore un peu de mal à accepter son rôle de chevalier d'Or. Car celui-ci l'oblige à rester attaché au Sanctuaire et à la défense de la maison du Lion, quoi qu'il arrive. Et le caractère inéluctable de ce lien le dérange et le met mal à l'aise.

Heureusement qu'il y a ces quelques missions à l'extérieur pour lui apporter un peu d'air, et la solitude dont il a tellement besoin. Même s'il doit se coltiner son homologue du huitième temple...

Ah, et puis il doit reconnaître que Jabu n'est finalement pas si difficile à supporter. Il pourrait même être relativement appréciable s'il n'affichait pas en permanence ce sourire tranquille et bienveillant sur son visage...

D'ailleurs, Shaina essaie d'insister sur ses bons côtés à chaque fois qu'ils abordent le sujet tous les deux, car elle sait que son amie Marine a une grande estime pour le Scorpion, et elle fait entièrement confiance en son jugement. Oui, le chevalier de l'Aigle apprécie beaucoup son coéquipier, de plus en plus, et probablement davantage qu'elle ne le devrait. Mais ceci est un autre sujet, et Ikki se fiche complètement de ce genre de ragot.

Il a toujours été persuadé que chacun était libre de faire ce qu'il veut, et il n'a jamais compris cette règle stupide qui interdirait toute relation entre chevaliers. Heureusement que plus personne ne semble respecter cette préconisation aujourd'hui, à commencer par leur propre Déesse et son plus fidèle chevalier…

Et même si cela n'avait pas été le cas, il sait très bien que rien n'aurait pu l'empêcher de se rapprocher de sa chère italienne.

Cette pensée lui délivre instantanément une petite décharge dans le bas de la colonne. Il n'y a pas que les attaques de l'Ophiuchus qui soient électriques, en tout cas en ce qui le concerne... Oui, pour Ikki, le simple fait de penser à Shaina, le simple fait de se sentir proche d'elle, en réalité comme dans son esprit, suffit à le brûler, à l'exciter, comme le contact du courant qu'elle est capable de créer lors de ses assauts.

Et dire qu'elle se trouve quelque part dans ces montagnes, à une centaine de kilomètres vers le Nord.

Il espère bien pouvoir aller la retrouver d'ici quelques jours, si leur mission le leur permet. Sinon, il devra attendre leur retour en Grèce. Mais cela risque d'être long. Beaucoup trop long.


Sanctuaire

Vjeko et Aleix saluent Shun avant de quitter son bureau. Ils traversent ensuite tous les deux les longs couloirs du Palais du Pope en silence, pour respecter la solennité du lieu, comme on leur a appris.

Le Capricorne sort le premier du Palais, et commence à descendre les marches qui le ramènent vers son temple. Il donne l'impression d'accélérer le pas, comme s'il fuyait quelque chose. Le Phoenix le rattrape facilement, et se place à sa hauteur pour descendre l'interminable escalier.

« Et, c'est moi que tu fuis comme ça ?

- Non, je suis pressé de rentrer chez moi, c'est tout. Nous avons eu une dure journée, et je me sens exténué. Tu n'es pas fatigué toi ?

- Si, bien entendu, mais personnellement, je m'en fiche. Car j'aurais aimé pouvoir passer un peu de temps seul avec toi, mais je comprends que ce n'est pas ton cas.

- Ne dis pas n'importe quoi, tu sais que ce n'est pas ce que je pense, avoue le catalan, en baissant le ton de sa voix. Mais on ne peut pas, pas au Sanctuaire. Quelqu'un pourrait nous voir.

- Et alors ? Nous passons continuellement notre temps tous les deux depuis plus de neuf ans. Pourquoi est-ce que quelqu'un devrait s'étonner de cela aujourd'hui ? Rien n'est différent pour personne, sauf pour toi et moi.

- Oui, je sais, mais je ne me sens pas à l'aise, c'est tout.

- Tu te sens mal à l'aise d'être avec moi ? C'est la meilleure celle-là ! Alors, je vais tout de suite arranger ça : à plus tard monsieur le timide ! », s'exclame Vjeko en dévalant les escaliers en courant.

« Vjeko, attends ! », rétorque Aleix, surpris par la réaction de son compagnon. Il se met à courir à son tour, et le rattrape juste avant d'atteindre l'entrée de son temple.

« Pourquoi réagis-tu comme ça ? Je ne voulais pas te blesser, j'exprimais juste le fond de mes pensées, c'est tout.

- Eh bien, justement ! Si ce que tu ressens, c'est de l'inconfort en ma présence, je crois que les choses sont claires !... réplique le croate, sur un ton plus sec que ce qu'il aurait souhaité.

- Non, pas du tout, il me semble évident que rien n'est clair, au contraire. Tu ne me donnes pas l'impression de comprendre ce que je veux dire, poursuit Aleix, en lançant un regard contrarié à son camarade. Mais ce n'est pas grave, nous en reparlerons plus tard, finit-il par ajouter, en souriant malgré tout.

- Alors invite-moi chez toi pour en discuter maintenant, propose Vjeko en s'arrêtant devant la porte de la dixième maison. Tu offriras bien un petit remontant à ton meilleur ami, non ? Qui pourrait voir quelque chose de louche là-dedans ?

- Personne. Mais, je n'ai rien à boire qui sera à ton goût.

- Oh, mais je me contenterai d'un simple jus d'orange. Tu dois bien avoir ça chez toi, non ? insiste le Phoenix, en plaquant son bras contre la porte d'entrée, comme pour marquer sa volonté de pénétrer à l'intérieur.

- Oui, effectivement, j'ai du jus d'orange, si cela peut te convenir.

- Cela me convient parfaitement », conclut le chevalier de Bronze, avec un sourire amusé au coin des lèvres.

...^...

Shun referme la porte de son bureau en soufflant. La description de la situation à Kaboul que viennent de lui faire Vjeko et Aleix n'a pas de quoi le rassurer sur les risques encourus par la population locale. Il semblerait que les Talibans commencent à paniquer à l'idée d'une offensive américaine, et ils déchaînent leur peur et leur colère sur les habitants qu'ils tiennent sous leur coupe.

Car toute la planète a compris leur lien avec les combattants d'Al-Qaïda, et les américains les considèrent impliqués au même titre que les terroristes dans les attaques qui ont frappé leur sol le onze septembre. Et ces derniers comptent bien évidemment se venger. Certainement, et rapidement.

Shun se sent affligé par ces déferlements de haine et de colère, et par ce besoin de vengeance, qu'il sent irrépressible. Pourquoi les êtres humains ne parviennent-ils pas à contrôler ces sentiments destructeurs ?

Devrait-il perdre confiance dans l'Humanité ? Certainement pas. Il n'a pas de doute là-dessus, mais il se sent malgré tout inquiet, dépassé, et, surtout, inutile. Il aurait tellement besoin d'aide, besoin de conseils, qu'on lui dise ce qu'il doit faire, ou au moins, qu'on l'éclaire sur ce qu'il pourrait envisager pour éviter le pire. Pour entraver le terrible engrenage de violence qu'il a l'impression d'être inéluctable.

L'arrivée d'un cosmos doux et bienveillant le tire de ses idées noires. June frappe à la porte, et entre aussitôt.

« Bonjour Shun.

- Bonjour June. »

Le chevalier de la Vierge sourit. Il est heureux d'avoir la visite de son amie, même s'il doit reconnaître que son comportement à son égard lui semble désormais bien différent.

Ils n'ont toujours pas échangé le moindre mot au sujet de la phrase que June a prononcée le jour de l'accident d'Hikari, le jour de son anniversaire. Comme s'il ne s'était rien passé entre eux ce jour-là, alors qu'ils savent tous les deux, que ce n'est pas le cas.

Mais pour cela aussi, comme pour le reste, Shun ne sait pas quoi faire. Il ne sait pas comment s'y prendre. Et pour cela aussi, il aurait cruellement besoin de conseils...

« Oh, mais tu as l'air extrêmement soucieux, Shun ! Et je t'en prie, ne me soutiens pas le contraire. Ne te donne pas cette peine. Car je te connais suffisamment pour savoir que tu ne vas pas bien. Alors, dis-moi ce qui te préoccupe !

- June, c'est vrai que tu me connais bien… Oui, effectivement, je suis préoccupé et inquiet. Mais, surtout, et j'ai tellement honte de l'avouer, je dois admettre que je ne sais pas quoi faire. Je me sens perdu, complètement perdu, et tellement inutile !

- Ne dis pas n'importe quoi, enfin ! Comment pourrais-tu être inutile, toi, le plus sage et le plus éclairé d'entre nous ?

- Non, June, pas en ce moment, justement. J'avais pressenti tout ce qui est arrivé ces dernières semaines, et je n'ai pas su agir en conséquences, ni pour éviter les drames que nous avons vécus, ni pour soulager les victimes de ceux-ci. Et je ne sais toujours pas quel serait le meilleur comportement à adopter, ni les meilleures actions à mettre en place, pour se prémunir de nouvelles catastrophes.

- Mais Shun, beaucoup des événements qui se sont produits, et pour lesquels tu te sens injustement responsable, sont le fait de quelques hommes, guidés par leur seule haine et leur seule rage. Une poignée d'individus qui avaient perdu confiance dans la vie et dans l'Humanité, qu'il aurait de toute façon été difficile de raisonner. Tu ne dois donc en aucun cas te sentir fautif, et tu dois reprendre confiance en toi.

- Peut-être que tu n'as pas tort sur ces points, je veux bien le reconnaître. Mais pour Seiya ? Pourquoi est-ce que je suis incapable de lui venir en aide, et de soulager sa peine et sa souffrance, que je sens toujours immense, malgré tout ce que je peux lui dire ?

- Le cas du Sagittaire est effectivement plus complexe, je te l'accorde », admet le Caméléon.

Celle-ci marque un temps d'arrêt, pour approfondir sa réflexion, et poursuit d'un ton décidé :

« Tu sais, je pense connaître quelqu'un qui pourrait peut-être t'apporter un soutien intéressant dans tout ceci : Sorrento. Il est toujours de bons conseils, et je suis persuadée qu'il serait heureux de revenir au Sanctuaire.

- Tu crois ?

- Bien entendu. Et il doit lui aussi se sentir concerné et préoccupé par les événements de ces dernières semaines. Et il doit lui aussi percevoir que tout ça n'en restera pas là. Tu devrais lui demander son aide.

- Tu as raison. Je vais y réfléchir. »

June salue son ami avant de le quitter. Une fois à l'extérieur du bureau, elle reste sur le seuil, et plaque son dos contre la porte. Elle se sent coupable d'avoir fait cette proposition à Shun. Car même si elle est effectivement réellement convaincue que la Sirène pourra lui apporter son aide, très certainement, elle sait que ce n'est pas l'unique raison pour laquelle elle a suggéré cela.

Car June sent qu'elle a besoin du Marina, de sa présence auprès d'elle, pour la soutenir, elle. Pour l'aider à combattre ses propres angoisses, pour l'aider à lutter contre elle-même, et contre ses sentiments qu'elle sait irraisonnables et illégitimes. Parce qu'elle est persuadée d'avoir fait une terrible erreur en avouant son amour à Shun, le jour de son anniversaire.

Et elle se souvient du soulagement immense qu'elle avait éprouvé lors de la nuit qu'elle avait passée avec l'autrichien. Et elle aimerait pouvoir ressentir cela à nouveau.

…^...

Aleix pousse la porte de l'appartement de son temple, et pénètre le premier à l'intérieur. Il se sent immédiatement soulagé, par la fraîcheur des lieux, et par la solitude qu'ils leur offrent.

Il renvoie son armure, qui se dépose sur son socle, juste à côté de la statue d'Athéna qui trône dans la grande salle, de l'autre côté du couloir. Il entend l'armure de Vjeko se dissocier de lui, et se reconstituer dans un coin du salon. Il se retourne alors vers son ami.

« Alors, tu veux un jus d'o... »

Mais le Capricorne n'a pas le temps de terminer sa phrase. A peine libéré de son armure, Vjeko le plaque contre le mur, et l'embrasse. Passionnément.

« Je n'en pouvais plus de me retenir. Je ne pense qu'à tes lèvres depuis des jours, murmure le Phoenix à l'oreille du catalan. Marine est bien gentille, mais je dois admettre que je n'ai jamais autant regretté la présence de quelqu'un, poursuit-il, en embrassant Aleix dans le cou.

- Elle nous a pourtant été d'une aide précieuse, c'est indéniable. Et c'était la volonté de notre Pope, et tu sais qu'il n'ordonne jamais rien sans raison, rétorque difficilement le Capricorne, en soupirant.

- Oui, mais je crois que cette fois-ci, il n'a pas été très avisé. Je me sens parfaitement remis de mes blessures, et je ne pense pas que tu puisses dire le contraire, ajoute le croate, en resserrant davantage son emprise.

- Effectivement, je dois reconnaître que tu as sans aucun doute retrouvé toutes tes capacités physiques », finit par admettre Aleix, en basculant la tête en arrière, pour donner plus de liberté aux gestes de son compagnon.

Le Capricorne ferme les yeux. Il se sent bien. Il se sent à sa place, ici, dans l'intimité de sa maison, et dans les bras de celui qu'il aime. Il serre les cheveux de Vjeko entre ses doigts, ces cheveux rouges comme le désir qui les consume tous les deux. Il se laisse totalement envahir par ce désir, qui grandit encore davantage à chaque pression de ses lèvres sur sa peau, à chaque souffle qu'il sent réchauffer son cou.

Il sent la main gauche de Vjeko se glisser sous son T-shirt, pour caresser son torse, et il frémit sous ce contact délicieux. Il sent ensuite la main droite de ce dernier s'aventurer plus bas, entre ses cuisses, et il ne peut contrôler un sursaut.

« Attends, Vjeko. Je ne sais pas si je serai capable...

- De quoi ne serais-tu pas capable ? murmure l'intéressé en poursuivant ses baisers, juste en-dessous de son oreille.

- Je ne sais pas si je saurai...

- Que ne saurais-tu pas ?

- Je n'ai jamais...

- Tu n'as jamais quoi ?

- Je n'ai jamais fait l'amour...

- Et alors, ce n'est pas compliqué, et je serai là pour te guider.

- Mais attends, tu l'as déjà fait, toi ? » interroge Aleix, presque timidement.

Vjeko fait une pause dans ses caresses, et plaque ses avant-bras contre le mur, en plongeant ses yeux dans ceux de son vis-à-vis.

« Tu sembles bien curieux, tout à coup...

- Non, ce n'est pas de la curiosité. C'est que je ne suis pas sûr d'être capable d'aller jusqu'au bout, et je ne voudrais pas te décevoir.

- Ce ne sera pas le cas, j'en suis certain.

- Mais je ne saurai pas quoi faire, et toi, tu as l'air tellement sûr de toi...

- Je ne suis sûr de rien, et tu es mon seul guide.

- Mais je croyais que …

- Que quoi ?

- Ne viens-tu pas de sous-entendre que tu avais déjà fait l'amour ?

- Oui, je l'ai déjà fait, mais c'était il y a longtemps, et c'était très différent, je te le jure.

- Que veux-tu dire ?

- Bon, je vois que tu veux tout savoir... C'est donc l'heure des grandes révélations !

- Non, tu n'es pas obligé...

- Mais cela ne me gêne pas. Et tu viens de m'avouer que tu étais vierge, alors je te dois bien le même degré de sincérité », déclare le Phoenix, en déposant un baiser sur les lèvres du Capricorne.

« J'ai fait l'amour avec une fille que j'avais rencontrée lors de l'un de mes séjours en Croatie, il y a trois ans.

- Ah, et elle était comment ?

- Blonde, avec des yeux bleus magnifiques, des jambes interminables, et une poitrine... parfaite, je dois le reconnaître.

- Oui, c'est bon, tu n'as pas besoin de rentrer dans tous les détails non plus !

- D'accord, d'accord, poursuit le croate, en riant. Mais tu comprends pourquoi je t'ai dit que cela n'avait rien à voir. Et ma première, et unique expérience, ne me sera donc probablement pas très utile à moi non plus.

- Effectivement... Mais alors, comment peux-tu sembler aussi sûr de toi ?

- Comme je te l'ai déjà dit, je ne suis sûr de rien, si ce n'est que je t'aime, et que je te désire toi, plus que tout », conclut le Phoenix, en reprenant ses caresses et ses baisers.

« C'est bon, tu te sens rassuré ? On peut continuer ? »

Aleix ne répond pas. Il n'en ressent pas le besoin. Il a repris confiance en lui, et il sait que tout se passera bien, et qu'il s'apprête à vivre un moment merveilleux, dans les bras de celui qu'il aime, du plus profond de son être. Et il sait qu'il ne voudrait être nulle part ailleurs, nulle part ailleurs que contre lui.

Il ferme les yeux, et embrasse Vjeko passionnément. Il relève sa jambe droite, pour appuyer davantage son bassin contre le sien. Pour le sentir au plus près de lui. Pour lui montrer son désir, et percevoir son désir à lui, et s'abandonner entièrement à celui-ci.


Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Shaina regagne l'abri dans lequel Shiryu et elle ont décidé de passer leurs nuits. Ce dernier vient de terminer la préparation de leur repas : un bouillon de légumes. Ce n'est pas très consistant, mais cela sera parfait, et largement suffisamment pour combler son faible appétit. Ils le partagent tous les deux, en silence.

Shiryu se couche immédiatement après le dîner, tandis que Shaina sort prendre l'air. Car elle n'a pas sommeil.

Elle s'assied sur un rocher, et contemple le paysage magnifique qui s'offre à elle. Elle ne connaît ces montagnes que depuis quelques jours, mais elle les aime déjà infiniment. Elles sont tellement belles, et surtout, sauvages, irrégulières, inconstantes. Un peu comme elle, finalement... Et cette idée la fait sourire.

Elle pense alors à Ikki, qui se trouve lui aussi au pied de ces montagnes, quelque part, un peu plus au Sud. Elle aimerait être avec lui. Elle aimerait pouvoir lui parler, et surtout l'écouter, lui. Elle aime tellement le son de sa voix, et la chaleur qu'elle renferme. Cette voix qui la rassure et la réconforte, toujours.

Elle aimerait pouvoir le toucher, le caresser, le sentir contre elle, pour s'abandonner à la sécurité de ses bras, et au plaisir qu'il sait lui offrir, toujours.

Il lui manque. C'est indéniable. Et elle l'aime, elle en a la certitude désormais. Elle l'aime chaque jour davantage, et elle en ressent un immense soulagement.

Car plus son amour pour Ikki grandit, et plus elle espère voir disparaître son amour pour Seiya. Et elle sait qu'elle ne pourra être complètement heureuse que lorsque cet amour aura totalement disparu. Enfin, c'est ce qu'elle aime à croire, et ce dont elle essaie de se convaincre.

Elle jette un coup d'œil à la lune, dont le croissant est si fin qu'il semble pouvoir fondre dans la nuit, et elle se lève, pour aller se coucher à son tour. C'est alors qu'elle perçoit l'arrivée d'un cosmos qu'elle ne connaît que trop bien, et qu'elle n'attendait pas aussi tôt.

Shiryu sort de leur refuge, et la rejoint tout juste lorsque le Sagittaire apparaît en bas du sentier qui parvient jusqu'à eux.

« Bonsoir Seiya ! s'exclame le chevalier de la Balance. Nous ne t'attendions pas avant deux jours.

- Oui, changement de programme. J'ai réussi à convaincre Shun de me laisser partir.

- Es-tu certain de lui avoir laissé le choix ? interroge l'ancien Dragon, sur un air amusé.

- Pas vraiment, effectivement... Mais peu importe. Je suis là, et c'est tout ce qui compte. Et ça veut dire que tu vas pouvoir retourner au Sanctuaire, Shaina.

- Il en est hors de question ! s'offusque cette dernière, en haussant le ton de sa voix. Shun m'a confié une mission, et je compte bien l'honorer jusqu'au bout.

- Oh, mais pas de problème, je disais ça comme ça. Et je me doutais bien que tu m'enverrais balader. Mais je dois avouer que j'aime bien te voir râler après moi, reconnaît le Sagittaire, avec un sourire ironique.

- Eh bien, il va falloir que tu perdes cette sale habitude, sinon je me verrai dans l'obligation d'effacer ce sourire agaçant de ta bouche !

- Oh là, doucement vous deux ! Shaina, Seiya voulait juste de taquiner un peu, tu le connais après tout... Et Seiya, Shaina n'a pas tort : tu devrais modérer un peu tes élans provocateurs. Et si vous faites des efforts tous le deux, tout se passera bien. J'en suis persuadé.

- J'en suis personnellement convaincu, approuve le gardien du neuvième temple. Et soyez rassurés tous les deux, j'ai promis à Shun de faire profil bas.

- Je n'en doute pas, Seiya, et à demain ! Je retourne me coucher », conclut Shiryu, en abandonnant ses deux camarades.

Seiya regarde ce dernier s'éloigner, et se retourne ensuite vers sa future coéquipière. Il s'approche d'elle, et s'assied à ses côtés.

«Excuse-moi, Shaina, si je t'ai offensée. Ce n'était pas mon intention.

- OK, c'est bon, passons à autre chose, si cela ne te dérange pas », rétorque la jeune femme, sans jeter le moindre regard dans la direction du Sagittaire.

« Alors, qu'avez-vous appris en mon absence ? », poursuit le japonais, sur un ton plus grave.

Shaina prend un instant de réflexion, avant de tourner son visage vers son camarade pour lui répondre calmement :

« Il semblerait que les américains essaient de prendre contact avec les moudjahidines de l'Alliance du Nord. Shiryu pense qu'ils préparent une offensive contre les Talibans, qu'ils considèrent comme complices d'Al-Qaïda, et qu'ils voudraient s'allier avec les combattants du Nord pour atteindre leurs objectifs.

- Et quels seraient ces objectifs ?

- Ceux de renverser les Talibans, ou tout du moins, de les forcer à abandonner Kaboul, de détruire les bases d'Al-Qaïda dans l'Est, et de capturer leurs chefs par la même occasion.

- Ambitieux programme...

- Oui, je pense aussi, en effet. Mais la question est de savoir ce qui adviendra de la population civile au milieu de tout cela.

- C'est justement ce qui inquiète Shun, et je partage ses craintes, rétorque le Sagittaire.

- Nous partageons tous ses craintes », ajoute la jeune femme, en fixant les montagnes qui se dressent devant elle.

Un long silence s'installe alors entre les deux chevaliers, et Seiya se met à contempler le paysage qui semble désormais accaparer toute l'attention de l'Ophiuchus.

« Je n'avais jamais remarqué combien ces montagnes étaient belles.

- C'est qu'il faut savoir prendre le temps d'admirer la beauté des paysages qui s'offrent à nous, répond l'italienne, d'une voix plus douce, et emplie d'une légère mélancolie.

- Oui, effectivement, mais ce n'est pas toujours évident, surtout pour des gens comme nous. Enfin, en tout cas, en ce qui me concerne. Mais je me suis justement promis d'accorder plus de temps aux beautés qui m'entourent », ajoute le chevalier, en souriant à son interlocutrice.

« Allez, je vais me coucher. A demain.

- A demain Seiya ».

Shaina ne peut détacher ses yeux du Sagittaire, qui marche vers l'abri dans lequel Shiryu semble s'être déjà endormi.

Mais qu'est-ce que c'était que ce sourire ? Et qu'a-t-il voulu insinuer par cette remarque bizarre ?

La jeune femme ne peut s'empêcher de se demander à quel jeu semble vouloir jouer son camarade. Et surtout, elle aimerait comprendre les raisons de ce surprenant changement d'attitude à son égard.

Car elle sent bien que quelque chose semble différent aujourd'hui. Et cela l'étonne et l'effraie, tout en la remplissant de joie. Elle ne peut le nier. Malheureusement. Evidemment.

Elle lève une nouvelle fois les yeux vers la lune, qui a, cette fois-ci, totalement disparue, masquée par les nuages de cette dernière nuit d'été.

Elle pense à Ikki. Elle ne doit penser qu'à lui, et à sa mission. Et à rien d'autre.


A suivre…

Merci de m'avoir lue… J'espère que cela vous a plu...