Merci beaucoup à MinnieMey, Fleur d'Ange, et DI5M pour vos reviews ! J'espère que ce chapitre vous plaira !

XV. Baddest Witch in Town

Millicent Bulstrode fut introuvable pendant une semaine entière suite aux rumeurs dont elle avait fait l'objet. Elle ne se présenta pas à l'une des réunions organisées par le professeur McGonagall pour l'élection de Miss Fondatrice. La directrice adjointe sembla outrée par cette attitude. Le lendemain, Millicent Bulstrode perdit 50 points et se retrouva en sixième position dans le classement général, dépassée par Ginny Weasley avec une faible avance.

« Pourquoi j'ai l'impression que tu as quelque chose à voir là-dedans, Ginevra ? » demanda Draco d'une voix amusée.

Ginny prit un air innocent.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. » prétendit-elle.

« Tu n'es pas convaincante. » assura-t-il, dubitatif.

Un sourire mutin anima le visage de Ginny.

« J'ai peut-être versé quelque chose dans son verre pendant la soirée. » dit-elle d'un ton satisfait.

Sans le savoir, ses frères Fred et George lui avaient été d'une aide magistrale. A l'occasion de son dix-septième anniversaire, ils lui avaient offert un abonnement à un magazine stupide nommé La Cancanière Plumée, une version bon marché de Sorcière-Hebdo, consacrée à une presse féminine plus jeune. Le présent avait clairement été une mauvaise blague venant des jumeaux, mais il s'était avéré plus utile que prévu.

Elle avait parcouru la dernière édition lors de sa convalescence à l'infirmerie. Une partie du magazine consacrait une rubrique à la sexualité féminine. Entre deux pages, une publicité avait attiré son attention. Il s'agissait d'une potion destinée à personnaliser l'odeur intime. Elle avait jeté un coup d'œil rapide aux témoignages.

''Mon mari ne me laisse pas une seconde de répit depuis que j'ai adapté l'Élixir Secret de Mamie Mimosa.'' – Ursula, 48 ans, Pré-Au-Lard

''Elle ne quitte plus mes lèvres, si vous voyez ce que je veux dire.'' Adelais – 21 ans, Bury- St-Edmonds.

Il suffisait de mélanger l'Élixir Secret de Mamie Mimosa avec une essence personnalisée pour obtenir la concoction désirée. La publicité et les témoignages parlaient de goûts divers et variés tels que le miel, la cannelle ou encore la rhubarbe.

Lorsqu'elle avait reçu la commande, Ginny avait mélangé le breuvage avec un morceau de hareng, subtilisé lors du déjeuner. Avec ce mélange explosif, elle savait que même le calmar géant sentirait la rose aux côtés de Millicent.

Elle avait décidé de s'en prendre à Millicent Bulstrode après les révélations de Pansy. Cette dernière avait mentionné la promiscuité sexuelle de Millicent et Ginny avait sauté sur l'occasion.

Ginny n'avait pas dû atteindre très longtemps pour que Millicent se retrouve dans une situation compromettante avec un garçon. Immédiatement, les rumeurs avaient fusé comme une traînée de poudre.

La plaisanterie était extrême et de mauvais goût, elle en avait conscience. Toutefois, le sort qu'elles avaient lancé sur Ginny pendant la sortie à Pré-au-Lard lui prouvait que ces filles étaient prêtes à tout. Elle n'avait plus aucun scrupule les concernant.

« C'est diabolique. » commenta Draco, visiblement appréciateur.

Il observait Ginny avec un mélange de crainte mêlé à de l'admiration.

« Ce n'est pas terminé. » déclara Ginny d'un ton sérieux. « Je dois encore m'en prendre aux autres. »

Elle avait accepté de laisser Pansy Parkinson tranquille en raison de leur accord.

« Qui est la prochaine ? » demanda Draco avec curiosité.

« Tracey Davis. » répondit Ginny d'un ton ferme. « J'ai appris qu'elle avait une peur bleue des germes. Il paraît même que c'est une phobie. »

Elle sortit un morceau de parchemin de son sac. Des notes prises à la hâte parcouraient le papier. On y voyait des ratures et des mots soulignés ou entourés avec insistance.

« Qu'est-ce que c'est ? » questionna Draco.

« Mes notes sur les Quatre. » informa Ginny.

« Tu prends vraiment ça au sérieux. ».

« C'est maintenant que tu t'en rends compte ? » ironisa Ginny. « D'ailleurs, j'ai besoin de ton aide. »

« A quel sujet ? »

« Pour lister les endroits les plus dégoûtants du château. » répondit Ginny avec un sourire amusé.

Lorsqu'ils quittèrent la bibliothèque, il était presque neuf heures du soir et Draco insista pour l'accompagner jusqu'à la salle commune de Gryffondor. Ils croisèrent Padma Patil et Lavande Brown qui échangèrent des messes basses tout en les observant. Ginny les entendit glousser bêtement et elle leva les yeux au ciel.

« Elles sont fatigantes. » commenta-t-elle entre ses dents. « Elles me demandent toutes les semaines si toi et moi sortons ensemble. »

« C'est une question pertinente. » fit remarquer Draco.

« Absolument pas. Ce n'est pas parce qu'un garçon et une fille passent un peu de temps ensemble qu'il doit automatiquement se passer quelque chose entre eux. » répliqua Ginny.

« Un peu de temps ensemble ? » répéta Draco avec amusement. « Tu es un peu loin de la réalité, Ginevra. »

Elle lui jeta un regard effaré, prête à réfuter. Puis, après quelques secondes de réflexion, elle réalisa qu'elle passait beaucoup de temps avec Draco Malfoy. Depuis que Ron emballait Pansy Parkinson à toutes heures du jour et de la nuit dans des coins isolés du château, ils se voyaient à peine. Quant à Hermione, même si elle était sympathique, Ginny était rapidement lassée de leurs conversations centrées au sujet des cours et des devoirs. Quant à Harry, même si elle l'appréciait également, elle ne se sentait pas assez proche de lui pour le fréquenter sans Ron ni Hermione.

Maintenant qu'elle y réfléchissait réellement, Draco lui avait semblé comme un choix logique. Même s'ils avaient tous les deux un caractère fort et qu'ils avaient la propension de se vanner à tout bout de champ, elle ne s'ennuyait jamais en sa compagnie. Ils se ressemblaient sur de nombreux aspects.

Le trou du portrait s'ouvrit et Ron en sortit, suivi par Parkinson. Ginny s'empêcha à grand-peine de lever les yeux au ciel.

Son frère ne lui accordait plus d'attention depuis qu'il avait commencé à sortir avec Pansy et Ginny avait suivi ce changement d'un mauvais œil. Ils étaient inséparables, habituellement. Même si elle ne voulait pas l'avouer, elle était jalouse du temps qu'il passait avec cette fille.

« Tu vas demander à te faire transférer à Gryffondor ? » lança Ginny en direction de Pansy. « Tu passes plus de temps ici que dans ta propre maison. »

« On peut échanger si tu veux. » suggéra Pansy d'un ton goguenard, lançant un regard entendu en direction de Draco.

Ginny sentit ses joues se rosir.

« Ne commencez pas, toutes les deux. » coupa Ron, d'un ton empli de lassitude. « On se voit plus tard. »

« Rentre avant dix heures sinon je devrais prévenir maman et papa. » lança Ginny d'une voix moqueuse.

Ron lui montra son majeur en guise de réponse avant de s'éloigner avec Pansy. Cette dernière tourna la tête et tira la langue à Ginny, dans un geste très enfantin.

« J'ai un maléfice de Chauve-Furie qui l'attend, à son retour. » grogna Ginny en les regardant s'éloigner. « Quoi ? »

Elle avait croisé le regard moqueur de Draco.

« Je n'ai rien dit. » dit-il sans perdre son petit sourire suffisant qui avait le don de la mettre hors d'elle. « Je retourne à ma salle commune. »

« On se voit demain matin ? » demanda Ginny.

« Attention Ginny, tu ne voudrais pas que l'école pense qu'il se passe quelque chose entre nous. » répondit Draco d'un ton ironique.

« Je me contrefiche de ce qu'ils pensent. Je fais ce que je veux. Et si j'ai envie de t'emballer dans un placard à balais toute la journée, je le ferai. Ça ne regarde personne d'autre. » répliqua-t-elle.

« Vivement demain, dans ce cas. » dit-il.

Et à sa grande surprise, Draco se pencha dans sa direction et posa ses lèvres au coin des siennes. Il s'était déjà écarté lorsqu'elle réalisa ce qu'il venait de faire. Elle le regarda s'éloigner, abasourdie.

« Vous voulez entrer, oui ou non ? » interrogea alors la voix de la Grosse Dame.

Ginny hocha la tête, les joues écarlates. Elle murmura le mot de passe à l'attention du portrait et pénétra dans la pièce, prise de court par le geste de Draco.

Le lendemain, lors de son premier de cours, elle peina à rester éveillée. Elle avait eu du mal à trouver le sommeil la veille. Elle s'était tournée puis retournée dans son lit pendant des heures en repensant au geste de Draco.

Il n'avait jamais caché son attirance pour elle – mais elle ne s'était pas attendue à ce qu'il le montre de manière si évidente. Elle appréciait passer du temps en sa compagnie. Elle n'était pas certaine de vouloir plus, toutefois.

Elle se mordit les lèvres nerveusement, hésitant à l'attendre devant l'entrée de la grande salle à la fin du petit déjeuner. Ils avaient pris l'habitude d'aller en cours ensemble, le matin. Ginny se décida finalement à se rendre en cours seule, évitant volontairement de regarder dans sa direction.

« Tu vas bien Ginny ? » demanda Harry d'un ton joyeux, quelques heures plus tard.

Il avait probablement remarqué son attitude durant la journée. Elle était restée silencieuse, trop occupée à ressasser le ''baiser'' de Draco.

« J'ai besoin d'aide. » annonça-t-elle d'un ton dramatique.

Il hocha la tête, l'encourageant à continuer.

« C'est un cas hypothétique. » prévint-elle avec sérieux. « Disons qu'un garçon est hypothétiquement intéressé par une fille et ne le cache pas. »

« Oh ça va être intéressant. » déclara Harry, en souriant de toutes ses dents.

Ginny grimaça. En temps normal, elle se serait confiée à son frère jumeau mais il semblait désormais avoir d'autres priorités. Elle n'avait pas d'autres personnes avec qui partager des discussions sur des sujets intimes. Harry était ''l'ami'' le plus proche désormais disponible. Depuis quelques temps, Hermione semblait sur une autre planète. Quant à Luna, et bien il s'agissait de Luna.

Ginny ne savait pas comment gérer la situation et elle avait besoin d'un point de vue extérieur.

« Pense-tu que ce garçon et cette fille peuvent avoir une relation tout à fait platonique ? » demanda avidement Ginny.

« Est-ce que la fille est intéressée par le garçon ? »

« Elle n'en n'est pas trop sûre. Elle aime passer du temps avec lui mais elle ne veut pas de relation sentimentale. » répondit Ginny.

« Je trouve que cette fille est hypocrite. » répondit Harry d'un ton ferme.

Ginny ouvrit de grands yeux.

« Pourquoi dis-tu cela ? »

« Et bien la fille veut le beurre et l'argent du beurre. Elle sait que le garçon veut plus avec elle et elle en profite pour l'avoir à ses côtés sans s'engager. Elle fait planer la possibilité qu'il pourrait se passer quelque chose entre eux. » déclara Harry.

« Je ne fais rien… Je veux dire la fille ne fait rien planer. » s'empressa de rectifier Ginny, le feu aux joues.

Harry l'observa, l'air goguenard.

« Disons que ce que tu dis est vrai – que la fille est hypocrite. Est-ce qu'elle devrait continuer de fréquenter le garçon ? » continua-t-elle.

« Si elle apprécie le garçon, elle devrait le laisser tranquille. Ou lui dire clairement qu'elle ne veut pas d'une relation et ne pas faire planer le doute. » expliqua Harry. « Ensuite si le garçon souhaite continuer à traîner avec elle, c'est son choix. »

« Même si elle prend le risque de mettre un terme à leur amitié ? » insista Ginny.

« C'est plus juste envers le garçon. Il y a probablement quelques imbéciles qui vont quand même continuer à entretenir l'amitié avec la fille parce qu'ils sont désespérés et stupides mais d'autres mecs vont passer à autre chose et couper contact avec elle. Et sincèrement Ginny, Draco Malfoy n'est pas le type de mec à se faire friendzoner. » fit remarquer Harry en haussant les épaules.

« Harry, j'ai dit hypothétiquement ! » protesta Ginny, jetant des regards autour d'eux pour s'assurer que personne ne les avait entendus.

« Dans ce cas, hypothétiquement, Giovanna devrait arrêter de donner des signaux contradictoires à Drake. » répondit Harry sur le ton de l'évidence.

Ginny grimaça. Il venait d'utiliser les prénoms factices que leur avait donnés Rita Skeeter dans son article ridicule.

« Bon, très bien, c'est de moi dont il s'agit. Mais arrête de nous appeler comme ça, par pitié. »

Harry ricana.

« Je ne sais pas quoi faire. » avoua Ginny, en soupirant.

Elle jeta un regard discret vers la table des Serpentard et aperçut Draco. Il portait son uniforme de Quidditch et elle ne put s'empêcher de penser qu'il lui allait particulièrement bien. Immédiatement, elle se donna une claque mentale. Elle vit également l'une des coéquipières de Draco, Hestia Carrow, se pencher dans sa direction pour lui parler. Ginny ressentit un pincement étrange dans l'estomac.

« Malfoy doit bien t'aimer. » fit remarquer Harry, l'air pensif. « Je ne l'ai jamais mais vu courir après une fille. C'est toujours le contraire, d'habitude. »

Ginny haussa les épaules, feignant le détachement même si les paroles d'Harry lui procurèrent un sentiment étrange.


Destinatrices : ''Le Quatuor Sublime''


Millicent écrit :

Je suis de retour.

Tracey écrit :

Millie ! On commençait à s'inquiéter. Où étais-tu passée ?

Millicent écrit :

L'infirmerie. D'ailleurs l'infirmière est une vieille peau.

Pansy écrit :

Ça fait des années que je le dis. Tu m'as manqué Millie chérie – notre dortoir était trop calme sans tes ronflements.

Millicent écrit :

Tu m'as manqué aussi, Pansy d'amour. Je dépérissais sans tes vannes constantes.

Daphné écrit :

Pansy était en panique parce qu'elle pensait que tu avais pris son conseil au sérieux et que tu étais vraiment allée te jeter de la Tour d'Astronomie.

Pansy écrit :

Je suis trop jeune et trop mignonne pour aller à Azkaban.

Tracey écrit :

Et elle avait aussi commencé à écrire ton éloge funèbre.

Millicent écrit :

Hâte de lire ce que tu as mis dedans.

Pansy écrit :

Ça commençait par ''De son vivant, Millicent Bulstrode était chiante.'' et ça finissait par ''Je vais prendre toutes ses paires de chaussures en guise de dédommagement.''

Millicent écrit :

Tu es la première personne que je viendrai hanter, promis.

Pansy écrit :

C'est trop d'honneur.

Tracey écrit :

Hey, j'ai pris des notes pendant ton absence pour tes cours – c'est moi que tu devrais hanter.

Pansy écrit :

Tu es jalouse parce qu'elle m'aime plus que toi.

Daphné écrit :

Millie, tu ne nous as pas dit ce qu'il s'est passé pendant ton absence.

Millicent écrit :

Pomfresh ne voulait pas me donner quelque chose pour régler le ''problème''. J'ai dû lui rappeler que mon père donnait des milliers de gallions à l'école chaque année et que ma famille payait probablement son salaire minable. Elle m'a fait avaler une potion et c'était réglé. Elle n'a pas trouvé la cause. Selon elle, j'ai dû manger un truc bizarre. Par contre, merci ma réputation.

Daphné écrit :

Pas d'inquiétude, je m'en charge. Je vais trouver quelque chose de compromettant sur Higgs et le forcer à dire à toute l'école qu'il a menti.

Millicent écrit :

Je vous adore !


Pansy entendit la porte s'ouvrir et elle releva les yeux. Ginny Weasley venait d'entrer dans la salle de cours dans laquelle elle se trouvait. Elle referma son journal et le rangea dans son sac.

« J'adore nos petits rendez-vous secrets. C'est tellement excitant. » commenta Pansy avec un sourire en coin.

Ginny leva les yeux au ciel.

« Qu'est-ce que tu écris tout le temps dans ce journal ? » demanda Ginny d'un ton curieux.

« Pas tes affaires. » répliqua Pansy.

« Tes copines ont le même, je les vois aussi griffonner dedans. » continua Ginny. « Ils contiennent tous vos vilains petits secrets ? »

« Juste les noms de nos prochaines victimes. » ironisa Pansy.

« On avait un marché. Tu me dis tout ce que je veux savoir sur tes copines, et je la ferme sur ta situation. » rappela Ginny.

Pansy observa la jeune fille avec irritation.

« Alors ? » insista Ginny.

« On les utilise pour communiquer à distance. Ils sont reliés les uns aux autres. » admit Pansy.

« Il y a des trucs compromettants dedans ? » interrogea avidement Ginny.

« Probablement. » répondit Pansy à contrecœur.

Évidemment que les journaux contenaient des informations compromettantes à leur sujet. Pansy n'aimait pas l'expression qui se dessina sur le visage de Ginny. Après quelques instants de silence, Pansy demanda impatiemment :

« Alors, pourquoi tu voulais me voir ? On ne va pas passer l'heure à se regarder amoureusement dans le blanc des yeux. Je te rappelle que je sors déjà avec ton frère. »

« Oui j'ai cru remarquer. Après tout, sa langue est dans ton gosier vingt-quatre heures sur vingt-quatre ces derniers temps. »

« Pas que dans mon gosier. » assura Pansy avec un sourire satisfait.

Une expression de dégoût extrême apparut sur le visage de Ginny, comme si elle imaginait une vision particulièrement horrifiante.

« Merlin…» dit-elle en secouant la tête, l'air répugné.

« Détends ton string, Weasley. Et puis nous n'avons pas encore baisouiller, si c'est ça qui t'affole. » affirma Pansy en observant ses ongles parfaitement vernis, l'air ennuyé.

« Je ne veux pas savoir ce que vous faites ou ce que vous ne faites pas. » lâcha Ginny. « J'ai juste besoin d'une chose de ta part. »

« Quoi donc ? » demanda Pansy avec méfiance.

« Quel est le mot de passe de Serpentard ? »


Destinatrices : ''Millie la cochonne et Pansy la mégère''


Tracey écrit :

Hey les filles - juste pour vous prévenir que Daphné ne trouve plus son journal.

Pansy écrit :

Je croyais qu'elle ignorait mes messages.

Millicent écrit :

Tu n'es pas le centre du monde Pansy.

Pansy écrit

Je suis le centre du vôtre !


Tracey Davis observa la note inscrite sur le morceau de parchemin, les sourcils froncés.

Tracey,

Retrouve-moi près de la clairière de la Forêt Interdite à vingt heures, ce soir. Ne mentionne rien à personne.

Daphné

Il s'agissait probablement d'une urgence, pensa-t-elle avec appréhension. De plus, Daphné n'était plus en possession de son journal personnel. Elle attrapa son sac et descendit les escaliers principaux du hall pour rejoindre la sortie. Elle traversa le chemin longeant la pelouse parfaitement entretenue du château, en direction du chemin sinueux menant à la forêt interdite. Elle resserra son écharpe autour de sa nuque et fourra les mains dans les poches de son caban.

L'obscurité était déjà tombée. Tracey murmura Lumos afin de créer de la lumière à l'extrémité de sa baguette magique. Elle jeta un regard par-dessus ses épaules, saisie d'un pressentiment étrange. C'était comme si elle était suivie. Elle ne vit cependant personne en se retournant.

« Super idée, Daphné. » murmura-t-elle tandis qu'elle atteignait l'entrée de la forêt interdite, peu rassurée, quelques minutes plus tard.

Elle entendit un craquement et elle se retourna, sur le qui-vive. La lumière de sa baguette éclaira un visage familier.

« Millie ? C'est toi ? » demanda Tracey.

« Non une fille qui lui ressemble. Baisse ta baguette, tu veux ? Je vais devenir aveugle. » dit Millicent.

Tracey s'exécuta.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ? » demanda Millicent en s'approchant d'elle.

« Daphné m'a donné rendez-vous dans la clairière. Je crois que c'est une urgence. » répondit Tracey.

« Elle m'a dit la même chose. » l'informa Millicent en montrant un morceau de parchemin.

« C'est bizarre. » déclara Tracey, les sourcils froncés.

« On devrait juste y aller. Pour voir ce qu'elle veut. » déclara Millicent en soupirant.

Elles s'enfoncèrent dans la forêt interdite à la recherche de la clairière mentionnée par Daphné. La petite cabane laissée à l'abandon se trouvait à seulement deux minutes de marche. Elles s'y étaient approchés à plusieurs reprises pendant les cours de Soins aux Créatures Magiques.

Tracey suivit Millicent à travers le chemin terreux, rendu boueux à cause de la pluie. Elle grimaça.

« Pourquoi elle nous a donné rendez-vous dans cet endroit ? » pesta Millicent. « Je ne porte pas les chaussures adaptées pour ces conneries. »

Tracey observa son amie se frayer un chemin tant bien que mal, avec sa paire de bottines en daim. Soudainement, un nouveau craquement se fit entendre et Tracey brandit de nouveau sa baguette, tous ses sens en alerte.

« Mes yeux ! » s'écria la voix de Pansy. « Baisse ta baguette, par Salazar ! »

« Arrête de crier ! » s'exclama une autre voix que Tracey reconnut immédiatement.

« Daphné ? » s'enquit Tracey.

« Cece, c'est toi ? »

« Non, le calmar géant. » répondit Millicent.

« Silence ! » s'exclama Daphné.

Tracey l'entendit murmurer un sortilège et la lumière de sa baguette s'éleva soudainement dans les airs, formant une flamme au-dessus de leurs têtes et éclairant les environs proches.

Tracey distingua les visages interloqués de ses amies.

« Pourquoi tu nous as appelées ici, Daphné ? » demanda Millicent, l'air ennuyé.

« Je ne vous ai rien demandé, c'est Tracey qui m'a demandé de la rejoindre. » indiqua Daphné en fronçant les sourcils. « Et Pansy aussi. »

« C'est complètement faux, tu m'as envoyé un mot et tu l'as signé. » protesta Tracey en extirpant de sa poche le parchemin soigneusement plié.

Elle le tendit à Daphné qui le parcourut rapidement des yeux, stupéfaite.

« Je n'ai jamais écrit ça. Regarde, c'est ce que j'ai reçu de toi. » indiqua-t-elle en lui tendant à son tour un morceau de parchemin froissé.

Tracey aperçut l'exact même message qui lui avait été adressé. La seule différence était le nom dans la signature. Il s'agissait du sien.

« Je n'ai pas écrit ça non plus. » dit-elle.

« Il y a quelque chose qui cloche. » fit remarquer Millicent.

« Non, tu crois ? » ironisa Pansy.

« Retournons juste au château. Cet endroit me fout les jetons. » déclara Daphné.

Elles prirent le chemin arrière, afin de retrouver l'accès au parc de Poudlard.

« On dirait que quelqu'un nous a fait une mauvaise blague. » dit Tracey.

« Si je le ou la retrouve, je vais lui envoyer la facture du nettoyage de mes chaussures. » assura Millicent.

« Qui serait assez stupide pour faire ça ? » demanda Daphné.

« Weaslette, ta demi-sœur Asticot, Brown, Patil, Brocklehurst, Midgen ? Et ce n'est que le début de la liste. » fit remarquer Millicent.

Tracey, à la tête de la marche, écouta ses amies d'une oreille distraite tandis qu'elles dressaient une liste exhaustive des étudiants qui avaient des raisons de les détester.

« On pourrait juste citer les noms de ceux qui n'ont pas de problèmes avec nous. » commenta Pansy avec un rire. « Ça ira plus vite. »

Tracey fronça les sourcils en réalisant qu'elles continuaient à s'enfoncer dans la forêt.

« Il y a un problème. » lança-t-elle soudainement.

Les autres lui jetèrent des regards étonnés.

« La clairière est à trois minutes maximum de l'entrée de la forêt. On devrait déjà être sorties. » dit-elle.

« On a juste dû prendre la direction opposée à cause de l'obscurité. Faisons marche arrière. » proposa Daphné.

« Barbant. » commenta Pansy.

Elles rebroussèrent chemin, prenant la direction opposée. La nuit était complètement tombée et la température avait brusquement chuté. Cette fois, la marche se fit en silence. Au bout de dix minutes, Tracey réalisa qu'elles n'étaient toujours pas sorties de la forêt.

« Ce n'est pas normal. » dit-elle. « Je ne sais pas ce qu'il se passe. »

Une demi-heure plus tard, elles s'arrêtèrent.

« Je vais te dire ce qu'il se passe, moi. Nous sommes perdues en plein milieu d'une forêt glauque. » commenta Pansy.

« On peut juste envoyer un signal dans l'air. » proposa Millicent, haussant les épaules.

« Tu es complètement folle ? » demanda Pansy. « Je vous rappelle que nous sommes dans la forêt interdite et que des milliers de créatures mortelles vivent ici. « Si tu envoies un signal ou si on fait trop de bruit, on leur donne notre position exacte. »

« Elle n'a pas tort. » fit remarquer Daphné.

« Mais ça pourrait prendre des heures avant qu'on nous retrouve ! » s'exclama Millicent.

On entendit un craquement, suivi d'un rugissement, probablement celui d'une créature à proximité.

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda Pansy d'une voix paniquée.

« Je n'en sais rien moi. Daphné ? Tu as toujours les bonnes idées. » rétorqua Millicent.

« J'ai mal au pied. » geignit Pansy avant de s'adosser à un arbre, croisant les bras. « Je n'ai même pas encore dîné. Et Ron va se demander où je suis. »

« Arrête de geindre, j'essaie de réfléchir. » s'exclama Daphné avec frustration, tandis qu'elle commençait à faire les cent pas.

Tracey commençait elle aussi à sentir la nervosité monter en elle. La forêt était dégoûtante et remplie de choses qu'elle ne voulait pas imaginer. L'idée de toucher quoi que ce soit autour d'elle créait une anxiété horrible. Un nouveau craquement se fit entendre, plus proche cette fois et elles tournèrent toutes la tête d'un geste synchronisé.

« C'était quoi ? » interrogea Millicent.

« Chut, regardez ! » murmura soudainement Pansy, pointant du doigt quelque chose.

Tracey suivit son regard et aperçut une large créature s'approcher lentement. Un pelage blanc immaculé et une longue corne ornait le front de la créature. Elle reniflait prudemment le sol.

« Oh, une licorne. » s'extasia Millicent.

« Qu'est-ce qu'elle fait ici ? Elles ne s'aventurent jamais près de la lisière de la forêt. » fit remarquer Daphné.

« On ne sait pas où nous sommes. » rappela Tracey. « Peut-être qu'on s'est enfoncé plus loin qu'on ne le pense. »

« On s'en fiche, c'est notre moyen de sortie. » s'exclama Pansy en se relevant précipitamment.

« Comment ça ? » s'étonna Millicent.

« Il suffit de la monter. » répondit Pansy sur le ton de l'évidence.

« C'est l'idée la plus stupide que j'aie entendue. Nous ne sommes même pas sûre qu'elle nous emmènera à la sortie. » répliqua Daphné.

« Peut-être mais elle est dix fois plus rapide que nous. Elle pourra parcourir une distance plus large. » avança Pansy. « Et tu as une meilleure idée peut-être ? On attend toujours la tienne. »

Daphné secoua la tête avec frustration. Pansy parut satisfaite.

« Bon, Cece. Il faut que tu montes. » décréta-t-elle d'un ton ferme.

« Moi ? » répéta Tracey en ouvrant de grands yeux indignés. « Hors de question que je monte sur cette créature. Tu es complètement folle ? »

« Elle va nous faire une syncope. » commenta Millicent.

« Non, ça doit être Tracey. C'est la seule qui peut le faire. Les licornes n'acceptent d'être montées que par des filles vierges. » assura Pansy.

Elle s'avança lentement en direction de la créature et celle-ci eut un mouvement de recul.

« Ça ne prouve rien. Tu lui as probablement fait peur avec tes pas d'hippogriffe. » accusa Millicent.

D'un pas plus doux et plus prudent, Millicent tenta à son tour quelques pas vers la créature. Cette dernière poussa un hennissement soudain et Millicent battit en retraite. Daphné essaya de l'approcher à son tour, et la créature eut le même mouvement de recul.

Tous les regards se tournèrent ensuite vers Tracey.

« Hors de question que je monte là-dessus. Vous vous rendez compte du nombre de bactéries sur… » commença-t-elle à protester.

« Tu veux passer la nuit dans la forêt interdite, Tracey ? » la coupa Pansy d'une voix menaçante. « Tu te rends compte de ce que ça signifie ? Tu vas devoir uriner dans la nature, dormir à même le sol, dans l'humidité et la boue. Des vers gluants vont probablement te rentrer dans les oreilles et dans d'autres orifices. »

« Stop. » plaida Tracey, écœurée par le discours de Pansy.

Elle pouvait déjà imaginer des créatures dégoûtantes grimper au niveau de ses jambes. Elle sentit sa peau la démanger à l'idée.

« Essaye juste. » suggéra Daphné d'une voix rassurante.

Tracey inspira profondément et esquissa quelques pas en direction de la créature. Lorsqu'elle tendit une main timide au niveau de son flanc, la licorne ne bougea pas. Elle se laissa faire lorsque Tracey posa ses doigts sur son pelage doux.

« Ça marche ! » lança la voix de Millicent derrière elle, surexcitée.

« Monte ! » ordonna Pansy.

« Et comment je suis supposée faire ça ? » interrogea Tracey d'un ton blasé.

Quelques secondes plus tard, Pansy était derrière et insista pour l'aider à se hisser sur la créature.

« Merlin, tu es super lourde. » dit Pansy avec une grimace.

Après quelques minutes d'essais lamentables, elle parvint finalement à se hisser sur la licorne. D'un geste peu assuré, elle posa ses mains sur le poil doux de l'animal.

« Je fais quoi maintenant ? » demanda-t-elle, incertaine. « Je n'ai jamais montée une fichue licorne. »

Avant que ses amies n'aient eu le temps de répondre, la licorne bondit soudainement, et commença à galoper rapidement à travers l'obscurité. Le hurlement de Tracey résonna dans la nuit noire. Elle se tint fermement aux poils de la licorne, paniquée à l'idée de chuter. Le galop était si rapide qu'un vent froid lui frappait le visage et elle dut lutter pour garder la baguette fermement tenue dans sa main afin d'éclairer le chemin de la licorne. Elle ne sut pas combien de temps elle resta accrochée ainsi au crin de l'animal, priant ses ancêtres pour ne pas se perdre et s'enfoncer davantage dans la forêt interdite.

Soudainement, les arbres se firent moins denses, et elle fut envahie par le soulagement en apercevant la forme imposante du château. Quelques instants plus tard, la licorne se retrouva dans le parc de l'école. Tracey posa une tape légère sur son flanc en espérant que l'animal comprenne son intention de descendre. La licorne ralentit progressivement le pas mais elle ne s'arrêta toutefois pas. Elle continua à trottiner, se rapprochant du saule cogneur.

La licorne s'arrêta brusquement et elle fit un tapotement contre le sol avec son sabot, comme si elle intimait à Tracey de descendre. Non sans difficulté, Tracey s'exécuta.

« Merci tu m'as sauvé la vie. » dit-elle à l'attention de l'animal, avec soulagement.

L'idée de devoir passer une nuit dans cette forêt avait été traumatisante. Elle observa la créature sauvage rester sur place. Elle semblait attendre quelque chose. Tracey l'observa avec confusion, incertaine de la conduite à tenir. Était-elle supposée lui donner quelque chose ? Elle n'eut pas besoin de réfléchir plus longtemps.

« Experlliamus ! » s'éleva une voix derrière elle.

Tracey vit sa baguette magique lui échapper des mains.

« Stupefix. » entendit-elle ensuite.

Elle sentit chacun de ses membres se pétrifier sous l'effet du sortilège et elle tomba au sol. Elle s'attendait à une douleur cuisante en atteignant le sol du parc mais rien ne vint. Elle tomba en douceur sur l'herbe, comme si un sortilège de coussinage avait été appliqué sur la surface habituellement dure.

Elle entendit une voix féminine. Les intonations étaient étouffées et elle ne distingua pas les paroles prononcées. Ses yeux étaient rivés sur le ciel étoilé et elle était dans l'incapacité de les bouger. Quelques instants plus tard, elle réalisa que son corps lévitait à quelques mètres du sol et qu'on la déplaçait. Ensuite, on jeta une cape sur elle, coupant complètement sa vision.

Cette fois, elle fut parcourue d'une vraie panique. Elle essaya d'hurler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Après ce qu'il lui sembla une éternité, le drap qu'on avait posé sur elle fût ôté.

Ses yeux se posèrent sur un plafond grisâtre, craquelé et poussiéreux. De nouveau, les voix se firent entendre et cette fois, elle fut en mesure de distinguer ce qu'elles disaient.

« Je n'arrive pas à croire que tu aies réussi à me faire accepter ça. » lança la voix d'un garçon.

« Tu fais une licorne excellente, Harry. Tu étais particulièrement convaincante. » lança la voix d'une fille, d'un ton impressionné.

« Dis merci à ma petite sœur et son obsession des licornes. Je ne savais pas que tu étais aussi bonne en Métamorphoses, d'ailleurs. » répondit le dénommé Harry.

« La Métamorphose animale n'est pas mon fort, habituellement. Sauf pour les chevaux et les espèces proches. Mon patronus est un cheval, je me demande si c'est lié. » indiqua la fille.

« Tu dois avoir une connexion spéciale avec ces animaux. »

« Aucune idée, mais je te revaudrais ça. »

« Qu'est-ce qu'on fait ? » demanda soudainement le garçon.

« Finite incantatem. » entendit Tracey.

Tracey retrouva l'usage de ses membres et jeta des regards apeurés autour d'elle, désorientée. Elle se trouvait dans une pièce étroite aux murs poisseux dégageant une odeur de renfermé qui lui donna envie de rendre son dîner.

« Hey Davis. » lança une voix joviale.

Elle releva la tête et ses yeux se posèrent sur le visage goguenard de Ginny Weasley. A quelques mètres, adossé sur un mur, se trouvait Harry Potter. Immédiatement, Tracey se tendit.

« J'espère que le transport jusqu'ici n'a pas été trop désagréable. Je suis désolée si ta tête s'est cognée contre les parois, c'était un accident…la plupart du temps. » ajouta Ginny avec un sourire en coin.

Tracey se massa la tête douloureusement. Cela expliquait le mal de tête qui lui brûlait le crâne.

« Où est-ce que je suis ? » demanda-t-elle, les observant avec méfiance.

Elle ne reconnaissait pas l'endroit dans lequel ils se trouvaient. Il ne pouvait pas s'agir du château, elle en était certaine.

« La Cabane Criante. » annonça Ginny.

« La Cabane Hurlante. » rectifia Harry avec patience.

« Peu importe, nous sommes dans une cabane. »

« Pourquoi vous m'avez emmenée ici ? » demanda Tracey en ramenant ses mains. « Je dois sortir, mes amies sont dans la forêt et elles… »

« Je sais, c'est de ma faute. » déclara Ginny d'un ton calme.

Une lueur de compréhension passa dans les yeux de Tracey. Cela expliquait la mauvaise blague. Weasley en était responsable.

« C'est moi qui ai écrit ces mots pour vous faire aller dans la Forêt Interdite. Je vous attendais, cachée derrière un arbre. J'ai jeté un sort de Perte Constante à l'une de tes amies avant votre entrée dans la forêt. » expliqua Ginny.

« Ingénieux. » commenta Harry avec admiration.

« Merci. Pas d'inquiétude, le sortilège de Perte Constante est temporaire. Elles devraient retrouver leur chemin d'ici quelques heures. » lança Ginny avec satisfaction. « Tu vois Davis, moi aussi j'ai de la ressource. J'ai appris que tu étais celle qui m'avait fait passer un calvaire. »

Évidemment que la vérité lui parviendrait finalement aux oreilles. Comme d'habitude Pansy n'avait pas pu s'empêcher d'aboyer à qui voulait l'entendre les détails de leur séance d'obeah. Était-ce pour cette raison que Weasley l'avait emmenée dans cet endroit ? Voulait-elle se venger ?

« Mais sans rancune, c'est dans le passé. » indiqua Ginny, d'un ton peu convaincant. « Ne te préoccupe pas trop de tes copines. Passer la nuit avec d'autres hyènes leur fera le plus grand bien. »

Tracey l'observa avec horreur.

« Pourquoi m'avez-vous emmenée ici ? » répéta Tracey. Qu'est-ce que tu veux ? »

Ginny extirpa une baguette de sa poche et joua distraitement avec celle-ci, la passant entre ses doigts, faisant mine de réfléchir. Tracey reconnut immédiatement sa baguette.

« J'ai besoin de ton aide, Davis. » déclara Ginny.

Elle farfouilla dans son sac avant d'en extirper un livret à la couverture noire. Tracey le reconnut immédiatement. Elle possédait un journal identique. Il s'agissait probablement du journal personnel de Daphné, disparut mystérieusement deux jours plus tôt.

« Où tu as trouvé ça ? » interrogea Tracey avec incrédulité. « Voleuse. »

« C'est moi qui pose les questions ici, Davis. » lança Ginny d'une voix agacée. « Et tu n'es pas en mesure de me donner des leçons sur la délinquance. Ni toi ni ta petite troupe. »

Ginny ouvrit le journal et commença à le feuilleter. Tracey savait qu'elle n'était pas en mesure d'en lire le contenu, dissimulé par un sortilège.

« Je me suis renseignée sur ces trucs – apparemment seul le propriétaire peut en lire le contenu. » expliqua Ginny. « Mais il y a aussi un autre moyen. Vous utilisez un mot de passe qui est une sécurité supplémentaire et qui peut donner l'accès à quelqu'un d'autre. »

« Je ne connais pas son mot de passe. » répliqua Tracey d'un ton sec.

« Mais tu peux m'aider à le retrouver, après tout tu es sa meilleure amie. » devina Ginny.

« Tu es délirante, Weasley. Qu'est-ce qui te fait croire une seule seconde que j'accepterai de t'aider ? »

Ginny secoua la tête, lâchant un soupir de lassitude face au refus de Tracey.

« Je ne voulais vraiment pas en arriver à ces extrémités, Davis, crois-moi. Mais tu me forces la main. » assura-t-elle.

Elle s'approcha de Tracey et s'installa à même le sol.

« Tu vois Davis – je connais tes troubles. Je sais que tu as horreur des endroits dégoûtants. C'est pour ça que je t'ai emmenée ici. » indiqua-t-elle. « Cet endroit n'a pas été nettoyé depuis plus de vingt ans. »

« Et il était fréquenté régulièrement par un loup-garou féroce. » ajouta Harry.

« Tu vas rester ici tant que ce journal ne sera pas débloqué. Même si tu dois y passer la nuit. » assura vicieusement Ginny.

« Tu...tu ne peux pas faire ça. » bredouilla Tracey, mal à l'aise.

Elle réalisa l'ampleur de la perversion de Weasley et elle sentit la panique s'insinuer lentement en elle.

« Tu ne sais pas de quoi je suis capable, Davis. » assura Ginny. « Peut-être que tu as besoin d'une petite démonstration ? »

Elle se tourna vers Harry.

« Tu viens ? On dirait que Davis a besoin de calme pour prendre des décisions intelligentes. » indiqua-t-elle avec sarcasme.

Ginny se dirigea vers la sortie, Harry sur ses talons. La porte lourde de la pièce se ferma dans un bruit sec derrière eux, plongeant de nouveau la pièce dans un silence pesant.

Tracey observa ses alentours avec dégoût.

Les fenêtres étaient barricadées et recouvertes d'une épaisse couche grisâtre.

L'air était étouffant à cause du manque d'air qui passait probablement dans cet endroit et la poussière la fit tousser bruyamment. Elle enleva sa veste et tenta tout de même d'actionner la poignée de l'une des fenêtres. Elle utilisa sa veste pour éviter d'entrer en contact avec la substance dégoûtante et grasse qui recouvrait l'objet.

Sans surprise, la fenêtre resta résolument close. Elle commençait à avoir très chaud. La concentration de germes devait être cent fois plus importantes que dans le château.

Paniquée, elle continua d'observer ses environs à la recherche d'une idée quelconque.

Elle ne pouvait pas aider Weasley à débloquer le journal de Daphné. Rester dans cet endroit n'était pas non plus une possibilité.

Elle gémit en secouant la tête, son anxiété l'empêchant de réfléchir convenablement. Soudainement elle entendit un couinement et elle sursauta. Son cœur commença à battre à toute allure dans sa poitrine.

Le couinement se fit entendre de nouveau, suivi de frottements semblant sortir des murs. Des souris, ou pires, des rats, pensa Tracey avec horreur.

Elle se tordit les mains, paniquée, la respiration haletante. Elle commençait à avoir du mal à respirer. Sa poitrine se serra brutalement et elle se sentit nauséeuse. Un nouveau couinement lui arracha un hurlement elle se rua en direction de la porte où Weasley avait disparu quelques instants plus tôt. Elle tapa de toutes ses forces contre l'entrée avec sa veste.

« Laissez-moi sortir d'ici ! Je vous en prie ! A l'aide » hurla-t-elle.

Quelques secondes plus tard la porte coulissa dans un bruissement.

« Tout va bien Davis ? Tu n'as pas bonne mine. » fit remarquer Ginny avec sarcasme. « Tu as tenu quatorze minutes et trente-trois secondes. Harry a gagné le pari. Je ne te donnais pas plus de dix minutes, pour dire la vérité. »

« S'il-te-plaît, fais-moi sortir d'ici. » plaida Tracey, des larmes au coin de ses yeux.

« Je te l'ai dit. Donne-moi ce dont j'ai besoin et je te laisserai sortir. » assura-t-elle.

« T...Très bien. » murmura Tracey, dans un souffle, découragée.

Ginny lui tendit le journal, ainsi qu'une plume équipée.

« Tu sais ce qu'il te reste à faire. » indiqua Ginny avant de refermer la porte d'un coup sec.

Tracey cria de frustration de nouveau – et les larmes autour de ses yeux se firent plus abondantes.

D'un geste fébrile, elle ouvrit le journal de Daphné, se retrouvant devant la page principale, complètement vierge. Elle savait que le journal n'autorisait qu'un mot en guise de mot de passe. Daphné n'aurait pas choisi quelque chose d'aléatoire. Elle aimait les symbolismes.

Elle apposa la plume dessus et commença à écrire des mots. Elle utilisa tout ce qui lui passa par la tête, les endroits préférés de Daphné, ses musiciens favoris, les noms des animaux de compagnie pendant son enfance. Tracey essaya même son propre nom.

Elle tenta plus d'une centaine de mots sans succès et la panique était telle que ses yeux commençaient à se brouiller et qu'elle ressentait une sensation d'étourdissement.

Plus elles observaient les détails de la pièce, plus elle sentait son anxiété s'accroître en apercevant le niveau de saleté. Chaque seconde qui passait, elle prenait le risque d'être contaminée par des choses terrifiantes.

Après ce qui lui sembla une éternité (et une centaine de tentatives plus tard) elle se découragea. Elle fondit en larmes - ne pouvant plus supporter d'être dans cet endroit.

« Réfléchis Tracey. » articula-t-elle pour elle-même.

Il devait s'agir de quelque chose de secret, que peu de personnes devaient savoir à propos de Daphné. Une idée lui vint en tête et elle hésita avant de l'écrire. Elle savait à quel point Daphné était affectée à ce sujet. Elle porta tout de même la plume sur le papier et s'empressa de griffonner le nom.

Renata.

Rien ne se passa et Tracey gémit de frustration. Elle était désormais à court d'idées. Soudainement, elle vit des lettres apparaître à la place du nom qu'elle avait inscrit.

Ce journal appartient à Daphné Greengrass.

Interloquée, elle mit plusieurs secondes à réaliser ce que ces mots signifiaient. Puis, elle tourna fébrilement le reste des pages et constata avec soulagement qu'elles étaient désormais remplies de mot. Elle avait trouvé le mot de passe et avait libérée. Son cœur se serra en réalisant que Daphné avait choisi le nom de sa mère, qui l'avait abandonnée quelques mois après sa naissance. Elle ne parlait jamais de sa mère. Elle s'était toutefois confiée à Tracey et cette dernière savait à quel point cela l'avait affectée tout au long de sa vie.

Elle s'empressa de s'approcher de la porte et hurler le nom de Weasley. Cette fois, la porte mit plus de temps à s'ouvrir et Weasley apparut finalement en baillant.

« Alors ? »

Tracey lui tendit le journal et un large sourire éclaira le visage de Ginny.

« Je savais que tu pouvais le faire. Bien joué Davis ! » la félicita Ginny avec excitation tandis qu'elle parcourait des yeux le journal.

Tracey resta silencieuse – le souffle court, tremblante. Ginny lui jeta un regard de pitié.

« Écoute Davis. C'est dans notre intérêt à toutes les deux que cette soirée reste un secret.

Je sais que tu ne vas rien dire à ton amie. Comment vas-tu justifier le fait que tu as préféré la vendre plutôt que de sacrifier une nuit dans une cabane ? Je veux dire, quel genre de meilleure amie es-tu ? » dit-elle.

Ginny avait bien joué son coup. Elle avait mis Tracey au pied du mur.

« Je ne dirai rien. » articula Tracey d'une voix faible. « Laisse-moi sortir. »

« Bien sûr. Par curiosité, quel était le mot de passe ? » demanda Ginny.

« Rock'n'Troll. C'est son groupe préféré. » mentit Tracey.

Ginny sembla se satisfaire de sa réponse, elle se tourna sur le côté, afin de la laisser passer. Elle lui tendit sa baguette au passage.

« Ce fut un plaisir de faire affaire avec toi. » déclara Ginny avec satisfaction.

Tracey ignora ses paroles. Elle s'empara de sa baguette et quitta la pièce, le cœur lourd.

Fin du Chapitre

A bientôt pour la suite !

Fearless