Salut salut !
Vous allez bien en ce vendredi 13 ? Moi ouais. Vous connaissez Stardew Valley ? C'est un jeu, il est bien. Pardon j'ai rien à dire donc je meuble un peu.
Bonne lecture !
Cliché n°13 : le rapprochement (pas) subtil
« Hey. »
Isa leva les yeux au ciel. Il ne comprenait pas les refus, hein, ce type ? Seul Galéjade parut content de le voir apparaître – enfin, Isa n'était pas expert en langage corporel de rennes, mais l'agitation de l'animal ne lui semblait pas agressive. Il arrêta de le grattouiller, un peu embarrassé d'être pris sur le fait, et plongea les mains dans ses poches.
« J'savais que j'te trouverais ici ! Bon ok, c'était pas difficile, comme on t'a pas vraiment fait visiter le village et que c'est un des seuls endroits que tu connais. Puis ouais, les rennes, ça tient chaud.
-Qu'est-ce que tu veux ? »
Lea fit un sourire qui ressemblait à une grimace, se gratta l'arrière du crâne. Très théâtral, dis donc. Isa avait toujours un peu de mal à croire en la sincérité des gens qui en faisaient trop.
« Euuuh, m'excuser ? Enfin, un truc comme ça. Nan ?
-À toi de me le dire.
-Pardon, j'fais des blagues quand je suis nerveux. »
Isa haussa un sourcil circonspect.
« Pourquoi nerveux ? »
Baissant les yeux au sol, Lea s'affaira à bouger des cailloux à la pointe de sa botte, tendant la main sans y penser vers Galéjade venu quémander des grattouilles.
« Bah c'est que, pfff... J'ai l'impression de pas avoir fait les choses correctement. Puis j'ai pas l'habitude qu'on veuille pas de ma compagnie, tout le monde m'aime d'habitude. Des fois c'est blasant mais bon voilà, je prends pas souvent autre chose que des compliments. »
Il était sérieux, là ? Il allait réellement se justifier en se vantant ?
« Et sinon, ça va les chevilles ? »
Lea releva la tête vers lui en une parodie de grimace de douleur, la main sur le cœur.
« Aouch. T'es plus froid que l'ère glaciaire quand t'es vexé dis donc !
-Lea.
-Pardon. Les blagues, la nervosité, tout ça... Ah... J'ai de sacrés soucis de mécanismes de défense qui marchent pas, je crois. Oups, euh, c'est trop tôt pour parler de mes dysfonctionnalités ou... ? »
Isa ne répondit pas. Il commençait à se demander quand ça allait finir, ce petit monologue, et s'il devrait s'en aller avant d'en entendre davantage, parce que tout ceci commençait sérieusement à le mettre sérieusement en colère.
Mais Lea soupira, et il paraissait enfin sérieux.
« Bref. Écoute, au départ je voulais juste passer du temps avec toi parce qu'on a pas beaucoup de nouvelles têtes dans le coin et que j'en avais vraiment marre de ne penser qu'aux préparatifs de Noë , j'aurais peut-être dû lâcher l'affaire quand j'ai réalisé que t'étais un peu, euh... toi-même ? Oh, non, fais pas cette tête, je disais vraiment pas ça comme un reproche ! Justement, j'trouvais ça même un peu mignon.
-Pardon ?
-D'accord, je retire. Tu fais peur. Non, en fait, non, j'retire pas ! Et puis c'était un peu rigolo d'essayer de briser ta carapace, mais j'y ai peut-être été un peu fort ? »
D'accord. Ridicule et distrayant, donc. Ce n'étaient pas des caractéristiques qu'on lui attribuait souvent, à Isa, il devait l'avouer. Ça ne lui faisait pas plaisir pour autant. Tout ce qu'il comprenait, c'était que l'autre le prenait pour un clown, clairement. C'étaient donc les seules émotions qu'il était capable de susciter chez quelqu'un ? La peur et la moquerie ?
« Tu t'enfonces, prévint-il froidement.
-Ah ? Merde...
-C'est tout ? Tu as finis tes prétendues excuses ?
-En fait non... Ce que j'essaie de dire depuis le début, c'est, euhm... Y a pas que ça.
-Dépêche-toi qu'on en finisse.
-Ok, ok ! Bon, franchement, au départ c'était juste comme je t'ai expliqué, mais au final, je me suis rendu compte que je voulais t'aider. Me coupe pas ! Tu m'insulteras après. Ouais, je voulais t'aider, même si j'ai peut-être un peu trop forcé, parce que ça se voit que sous tes airs de vigile de supermarché en fait t'es surtout très timide et mal à l'aise et j'ai crû deviner que tu te sentais un peu... seul ? »
Ah. C'était nouveau, ça.
Isa s'était toujours bien accoutumé de sa petite vie. Il aimait son métier en lui-même, bien que l'impossibilité de grimper les échelons le minent. Il voyait du monde au boulot et ça lui suffisait, parfois ses parents pour les anniversaires, et puis voilà. Cela faisait déjà quelques années qu'il n'avait pas eu de relation, mais ça lui épargnait le stress et les réflexions désagréables. Il ne s'estimait pas malheureux.
Alors pourquoi les paroles de Lea faisaient aussi mal ? Pourtant, il devait se tromper. Forcément.
Isa baissa les yeux. Même pas envie de s'énerver.
« Écoute, Lea. Je vois que tu as essayé de rendre service, à ta façon... étrange et un peu déplacée. Mais on se connaît depuis deux jours. Franchement ? Tu ne peux pas prétendre savoir ce qu'il se passe dans la tête d'une personne dont tu ne sais rien. Ni savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui. »
Le concerné haussa les épaules. Au moins, il paraissait aussi mal à l'aise que lui. Bon sang, ce qu'Isa détestait ce genre de moments ! Voilà pourquoi il évitait les gens. Que des problèmes et des désagréments.
« Admettons, si tu veux, mais... Honnêtement, Isa. J'ai tort ?
-Oui. Je vais très bien.
-Ah oui ? Parce que moi pas. »
Qu'est-ce que ça venait faire ici, ça ? Isa le fixa sans comprendre, puis Lea enchaîna, un peu plus guilleret :
« J'ai peut-être un peu exagéré en pensant qu'une personne qui se sent seule peut en reconnaître une autre. J'veux dire, j'adore ce village, j'adore les elfes, mais ils ne sont pas programmés pour comprendre toutes les subtilités des humains. Puis mon père qui est toujours occupé, tout le monde qui n'a qu'un seul sujet à la bouche... Avant, t'sais, j'allais à l'école comme les gens normaux, je voyais du monde. Maintenant, je suis un peu l'assistant du Père Noël, et, bon... J'sais pas. Y a un truc qui manque.
-J'y crois pas.
-Ah ? s'étonna Lea. Serait-ce une émotion que je distingue sur ton visage ?
-Tu fais comme si tu allais ouvrir ton cœur, être franc, tout ça, et malgré tout tu t'accroches à cette histoire de Père Noël ! Tu te fous de ma gueule en fait ? »
Contre toute attente, Lea éclata de rire. Enfin, toute attente, vite dit... Évidemment que ce clown ne pouvait pas tenir une conversation sérieuse très longtemps ! Isa leva les yeux au ciel.
« Ah, je vais pas essayer de te convaincre que c'est vrai ! Si tu ne me crois pas sur la forme, au moins le fond est vrai. »
Galéjade s'était éloigné pour rejoindre les autres rennes, qui broutaient tranquillement les rares herbes perçant la terre sèche.
La tension était redescendue. Mince, il était fort, ce con là. Mais une question taraudait Isa.
« Pourquoi tu ne pars pas, si tu es si malheureux ?
-Malheureux c'est un grand mot... Tu crois que je devrais partir ?
-Si la situation ne te convient pas... »
Un tout petit silence, et puis Lea eut l'air de ravaler ses réflexions derrière une façade détendue.
« Bah, je verrais ça après Noël, peut-être ! Hé, dis, Isa, j'suis pardonné ?
-On va dire que oui. Arrête de sourire.
-Ça veut dire qu'on peut reprendre à zéro, alors ! Ça te dit qu'on apprenne à se connaître ?
-Pas vraiment, non. Toujours pas. »
Ou plutôt, disons que ça lui paraissait éminemment compliqué. Potentiellement inutile. Puis, il avait eu envie de dire oui et ce constat l'effrayait.
Lea le poussa un peu de l'épaule, taquin.
« Alleeeez ! Dis-toi que tu fais de la charité en m'aidant à penser à autre chose qu'à mon existence misérable ! »
Isa faillit sourire. Sans se concerter, ils commencèrent à marcher lentement vers le bâtiment principal.
« Bof. Mais disons que je suis prêt à tolérer ta présence jusqu'à demain matin. Je suis obligé de repartir, de toute façon.
-Ah, Isa... On n'est jamais obligé de rien, dans la vie. »
Ouais on repart sur un chapitre court, mais nécessaire. J'espère que ça vous aura plu.
À demain !
