Les ruelles se ressemblaient toutes et, une fois l'avantage de la hauteur perdue, il était bien plus difficile de s'y retrouver que prévu. Rapidement, les bruits de violents combats résonnaient tout autour d'eux, rebondissant sur les couloirs étroits formés par les immeubles sales et délabrés qui constituaient le quartier. Le son des explosions, des cris de douleur ou de surprise. Les fuyards étaient en train de tomber dans les filets de l'équipe d'interception.
— Vite, Shouto, nous devons nous mettre en place avant qu'ils n'aient le temps de passer.
Toutefois, malgré leur course effrénée, même après dix minutes, les sons des combats semblaient toujours rester aussi distants. Chaque fois qu'ils tentaient de rejoindre les combattants directement, ils tombaient sur un cul-de-sac et étaient forcés de reprendre leur course en parallèle de celle des rebelles qui avançaient bien plus vite que prévu. Pire encore, il semblait que leurs alliés de la force d'assaut perdaient de plus en plus de terrain, si bien que bientôt ceux de la force d'interception se retrouvait seule à gérer le groupe ennemi.
— Quelque chose ne va pas, siffla rageusement Shouto après un énième cul-de-sac. J'ai l'impression que nous tournons en rond dès que nous essayons de nous enfoncer un peu plus profondément.
Izuku acquiesça et, au bout de sa patience, sortit de son gilet en kelvar un petit pistolet complètement rouge. Tout en faisant signe à Shouto de s'éloigner, il actionna plusieurs sécurités et après avoir visé le mur avec attention, y tira un coup, silencieux et presque invisible. Le projectile fit littéralement disparaitre l'obstacle en une surpuissante explosion, sous les yeux ronds du jeune Todoroki qui n'était pas habitué à l'utilisation des armes surpuissantes de l'Inquisition. Izuku marmonna un « nitroglycérine » à son attention avant de lui faire signe de s'engouffrer par la brèche créée par l'arme.
Ils eurent à peine le temps d'y passer que, presque miraculeusement, le trou béant dans le mur commença à se reformer.
— C'est probablement l'effet d'un alter qui permet aux rebelles de contrôler la configuration de la zone, commenta Shouto. Cela expliquerait pourquoi ils ont réussi à fuir aussi rapidement et pourquoi nous n'arrivions pas à les rattraper. Nous devrions battre en retraite et transmettre cette information à-
Un ricanement mauvais coupa Shouto dans son élan, et lui fit froncer les sourcils. Izuku le regardait, narquois.
— Surement pas, fit ce dernier avec de s'élancer de plus belle à la poursuite des fuyards, sans prendre en compte les protestations de son compagnon.
La condition sportive exceptionnelle des deux garçons ainsi que l'usage répété du mystérieux pistolet explosif permirent au tandem de rattraper très rapidement le retard qu'ils avaient sur les rebelles et, au bout de quelques minutes à peine, leurs cibles apparurent dans leur champ de vision, à une petite centaine de mètres d'eux.
Pour une raison qui était inconnue aux deux garçons, les altérés avaient abandonné la sécurité qu'offraient les toutes petites ruelles et leur plan de ralentir leurs poursuivants en manipulant la forme des chemins. Au lieu de cela, ils courraient désormais complètement à découvert, le long d'une large avenue, se cachant derrière les piétons pour éviter les attaques des inquisiteurs.
Cependant, cette nouvelle stratégie était bien plus risquée que la précédente. Malgré tous leurs efforts, de plus en plus d'altérés tombaient sous les coups des inquisiteurs qui, bien entrainés à combattre en ville, avaient appris à gérer les poursuites avec beaucoup de civils.
Izuku était tellement pris par la tension de la poursuite, qu'il faillit en oublier Shouto mais, alors que le jeune inquisiteur s'apprêtait à frapper de son épée électrique un rebelle à bout de souffle, le chien d'élite se rappela à son bon souvenir.
Le fils d'Endeavor utilisa, pour la première fois devant Izuku, son alter surpuissant. Et l'effet fut détonnant.
Il dépassa sans peine son maitre et vint se planter face à l'altéré qui s'était arrêté de fuir pour se débarrasser de ses poursuivants. Avant même qu'il n'ait le temps de faire quoique ce soit, Shouto plaça ses deux mains devant lui, paumes liées, et d'elles sortit une immense gerbe de glace qui stoppa net le rebelle et le figea dans une prison gelée.
Sans le moindre temps mort, il utilisa son alter pour grimper à la verticale sur l'un des bâtiments et effectua un saut impressionnant qui le propulsa en l'air, au beau milieu de l'avenue ravagée par la violence des combats. D'une impulsion, il envoya plusieurs projectiles semblables au précédant qui frappèrent chacun des rebelles présents. L'un d'entre eux, doté d'ailes, parvint à échapper à la première attaque et fonça sur le garçon, vulnérable en plein saut. Mais, alors qu'il était sur le point de l'atteindre, le côté gauche du jeune solda brilla d'un éclat aveuglant et de sa main sortirent de puissantes flammes qui arrachèrent des cris de douleur au volatile. Ce dernier n'eut pas le temps de chuter qu'il se prit un second coup et finit comme ses camarades dans une prison de glace.
Lorsque le chien retomba en une impeccable roulade ninja, un silence ahuri s'était brutalement abattu dans l'avenue. Shouto Todoroki venait, à lui seul et en un battement de cil, d'appréhender plus d'une dizaine de dangereux altérés.
Izuku, toujours son épée en l'air, cligna plusieurs fois des yeux sans comprendre ce qui venait de se passer, tandis que les inquisiteurs et les chiens autour d'eux hurlait de joie et d'admiration face à la puissance écrasante que venait montrer le jeune Todoroki, le rejeton d'Endeavor.
— Nous devons nous dépêcher, lança Shouto sans prêter la moindre attention à l'ovation qu'il recevait, coupant son maître dans sa stupéfaction. Celui qui manipule les murs est retourné dans les ruelles et, si nous trainons trop, même avec votre arme, nous ne pourrons pas le rattraper.
Izuku sur ses talons, il s'élança à nouveau à travers les petites ruelles étroites et sales, ne montrant pas la moindre fatigue. Izuku déglutit sans pouvoir détacher ses yeux du dos de son compagnon. Il le savait redoutable, mais, en quelques secondes, Shouto avait montré qu'il était bien plus puissant et capable que n'importe qui ici. Impressionnant. Qu'allait-il faire si un combattant de sa trempe décidait soudainement de se retourner contre lui ?
Soudain, coupant à nouveau Izuku dans ses pensées, Shouto le fit signe de s'arrêter et montra un mur qui s'était à nouveau dressé sur leur chemin. Ils échangèrent un bref signe de la tête et tous les deux commencèrent à s'éloigner du mur pour pouvoir le faire exploser sans risque. Mais, en se retournant, ils le virent.
Un homme long et fin, portant un large et élégant manteau beige ainsi qu'un long haut de forme noir surmonté d'une plume jaune. Son visage était caché par une cagoule noire et un masque blanc sur lequel était peint un sourire et les formes de deux yeux. Les deux jeunes hommes se figèrent en observant cet individu louche s'approcher lentement tout en chantonnant gaiement et en remuant une longue canne blanche.
— C'est…, siffla Izuku entre ses dents, plus tendu que jamais.
— Mr. Compress, un des génies du crime les plus recherchés du Japon, finit Shouto, sur le même ton.
Le criminel en question s'arrêta prudemment à quelques mètres du duo, et tout son être exultait au point qu'on pouvait sentir son sourire mauvais à travers sa cagoule et son masque.
— Allons, allons… Qu'avons-nous là ? M. Midoriya, candidat pour être le prochain Grand Inquisiteur de notre merveilleux pays, et M. Todoroki, fils prodigue du surpuissant Endeavor, rit-il faussement. Que diriez-vous de rejoindre ma collection ?
Sur ce, d'un geste affreusement exagéré, il fit signe aux sous-fifres cachés dans l'ombre de s'approcher. Une demi-douzaine d'altérés les entouraient désormais. Littéralement dos au mur, sans aucune échappatoire, ils n'avaient aucun choix, sinon aucun espoir, de s'en tirer sans combattre. Izuku comme Shouto gardèrent un sang froid exemplaire, et juste avec quelques signes discrets d'Izuku, le duo se mit d'accord sur la stratégie à adopter face à cette situation périlleuse.
Sans laisser au temps aux criminels altérés de réagir, Shouto usa à nouveau de son alter de feu. Les rebelles n'eurent d'autres choix que de se jeter en dehors du chemin des dangereuses flammes, créant une distance plus confortable entre les deux garçons et leurs ennemis. Izuku, son arme sainte à la main, protégé par les attaques de Todoroki, chargea directement vers Mr. Compress, dans le but de le neutraliser en utilisant l'effet de surprise, sans lui laisser le temps d'utiliser son alter.
Hélas, le jeune inquisiteur ignorait tout du pouvoir de l'homme masqué, et ce dernier ne fut guère affecté par les flammes qui balayèrent ses subalternes. Au lieu de ça, il recula juste assez pour éviter le coup d'épée d'Izuku et mit ses deux mains en face de lui. Un rire moqueur s'échappa du criminel costumé.
— Espèce de petit imbécile…
Shouto tourna la tête vers eux, en entendant l'interjection, et écarquilla les yeux en voyant Izuku disparaitre, soudainement transformé en une petite bille, et rouler sur le sol. Mr. Compress se pencha calmement pour tenter de la ramasser, mais se figea en remarquant qu'il était désormais le seul à se tenir debout, ses camarades étant tous soit coincés derrière une quantité impressionnante de glace, soit à terre, assommés. En seulement, un instant, le chien hétérochrome avait neutralisé tous ses ennemis.
— Relache-le immédiatement, rebelle ! rugit-il furieusement, sa main gauche enveloppée de flammes.
Compress laissa échapper un « Tche » agacé et évita avec agilité le torrent brulant. À plusieurs reprises, il tenta de se rapprocher de Shouto pour user de ses pouvoirs, mais ce dernier ne lui laissait aucune ouverte, dressant des murs de glace pour les séparer, au moindre danger, et répliquant avec ses flammes. Finalement, après quelques échanges semblables à un jeu du chat et de la souris, Shouto parvint à geler un bras, puis un autre, puis les jambes du criminel, jusqu'à enfermer tout son corps dans un sarcophage de glace. Furieux, l'homme masqué tenta de se débattre pour se défaire de la glace, sans succès.
— Quel talent surprenant, jeune Todoroki, cracha-t-il entre ses dents. Je dois saluer les efforts de votre père pour avoir produit un combattant aussi efficace.
— Silence, vilain.
Le ton de Shouto était dur et froid, et ses yeux paniqués parcoururent le sol à la recherche de la petite bille dans laquelle était enfermé Izuku. Doucement, il transforma le sol autour de lui en une pente glissante, et sans faillir, la pierre ronde roula vers lui. Le jeune chien la ramassa délicatement entre ses mains, jeta un regard mauvais à l'altéré qui le fixait avec une frustration évidente, et alla se planter devant lui, tout en gardant une certaine distance de sécurité entre eux deux.
— Libère-le.
Compress secoua la tête, feignant le dépit.
— Hélas, jeune homme, je suis bien incapable d'user de mes pouvoirs dans cet état, répondit-il, moqueur. Pour que je puisse le libérer, il faudrait me laisser l'usage de mes bras.
Shouto plissa des yeux, cherchant le mensonge ou la tromperie, sans parvenir à comprendre les vérités intentions du criminel caché derrière son masque. Il décida qu'il était hors de question de s'approcher, mais commença à paniquer en voyant ses options s'amenuiser. L'éclat de doute qui traversa les yeux du jeune homme n'échappa pas à son ennemi qui derrière son masque se mit à sourire doucement.
— Maintenant que l'inquisition nous a mis la main dessus, ça n'est plus qu'une question de temps avant que nos têtes soient mises sur le billot, soupira-t-il. Je préfère encore mourir ici plutôt que de passer entre les mains d'un bourreau. Si tu n'as pas l'intention de faire la stupide erreur de me libérer, tu peux toujours m'abattre, et les effets de mon alter s'effaceront immédiatement.
Un frisson parcourut le corps de Shouto, dont le regard s'emplit cette fois-ci d'un doute apparent, et de manière encore plus frappante, de peur. L'adolescent regarda ses mains tremblantes et petit à petit, perdait toute la confiance en soi qu'il avait montrée depuis le début des combats.
Compress se moqua ouvertement tandis qu'un rire sardonique s'échappait du dessous de son masque.
— Quoi ? Ne me dis pas que le fils du tristement renommé Enji Todoroki est effrayé à l'idée de tuer son adversaire !? Que dirait ton père s'il te voyait ainsi, tout tremblotant. Ne t'a-t-il pas appris à mépriser la vie des autres ?
— La ferme, s'écria Shouto, d'une voix éclatée par la colère et le chagrin. Je ne suis pas mon père ! Je ne deviendrai pas comme lui.
— Pathétique ! Combien de personnes l'Inquisition a-t-elle éliminée ? Et toi qui es à ses ordres agit comme si tu n'étais qu'un enfant. Tue-moi si tu veux le libérer !
Sa garde complètement baissée, Shouto n'eut aucun moyen de sentir un des altérés derrière lui se relever lentement, et tandis que Compress continuait de le provoquer, l'autre sortit un poignard d'une de ses poches et l'enfonça dans le dos du chien hétérochrome. Le jeune Todoroki s'écroula, hurlant de douleur, tandis que Compress fut libéré par son allié.
— Je retire ce que j'ai dit, jeune homme, nargua le criminel. Malgré tes prouesses, tu restes un enfant incapable de comprendre la voix sanglante sur laquelle tu t'es engagé. Ton manque de détermination te perdra.
Shouto jeta un regard plein de rage à l'homme dans son costume, mais ce dernier ne fut guère impressionné. Ses mains gantées levées devant lui, il utilisa à nouveau son alter, emprisonnant Shouto à son tour.
