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Plusieurs mois plus tard, je reçu une invitation d'Hermione et Ginny me proposant de nous retrouver en fin d'après-midi autour d'un thé, c'était avec une joie non contenue que je m'y rendais. Nos années d'amitiés semblaient loin, mais tout à mon bonheur de ce nouvel amour, j'imaginais pouvoir renouer avec elles. Cela faisait tant de temps que nous ne nous étions pas vues, à cause de mes départs en France et de leurs occupations. Nous n'étions plus familières comme autrefois, je me sentais donc un peu anxieuse tout en prenant le chemin de la brasserie. J'avais hâte de leur raconter mon histoire naissante, car je ne savais pas encore que cela changerait tout entre nous.
La rue qui menait à la brasserie était sombre et mal-éclairée, la devanture semblait ternie par les ans. La porte avait un aspect lugubre, une fois ouverte me parvint la vision d'une salle bohème et obscure, dont les bougies et lanternes éparses éclaircissaient les quelques tables. Ce n'était pas le type d'établissements fastueux auxquels j'avais pu m'habituer. L'aspect démodé et morne de l'endroit me surpris pourtant lorsque je découvris mes amies je me dirigeais vers elles avec le sourire. Sourire qu'elles me rendirent en m'accueillant.
Nous nous saluâmes chaleureusement, puis le gérant de l'établissement vint prendre notre commande. La commande fut suivie par un moment de flottement silencieux. Aucune de nous trois n'ouvre la bouche. Ce fut finalement Ginny dont j'avais été la plus proche autrefois qui parla la première :
- « Ça faisait longtemps Adélaïde. On se demandait où tu étais passée. De notre côté, nous avons veillé l'une sur l'autre. Quelles sont les nouvelles ? »
Je racontais mon premier emploi, mes nouveaux amis. Je justifiais notre éloignement par la difficulté de trouver un moment libre pour se revoir. Hermione y fut sensible puisqu'elle était partie avec Ron et Harry pour leur mission. Je voulu la questionner mais elle me répondit qu'elle ne pouvait pas en parler. Quant à Ginny, ce n'était presque plus la même personne, elle était devenue une femme qui travaillait, et qui vivait avec son fiancé. Elles me racontèrent leur quotidien, depuis une semaine Hermione était revenue pour une raison inexpliquée et risquait de repartir dans un temps indéfini. Elles riaient ensemble d'évènements vécus desquels je suis absente. Je me sentis isolée de leurs histoires et de leurs rires. Puis elles se concentrèrent à nouveau sur moi pour me questionner.
- « Et maintenant, que vas-tu faire ? »
- « Je suis amoureuse d'un homme merveilleux. Il m'a proposé de l'épouser, et j'ai dit oui ! … »
Elles furent sincèrement heureuses pour moi et ne firent d'abord pas allusion à mon ancien amant. Elles se demandèrent qui pouvait être cette personne qui était entrée dans ma vie alors que j'avais tant de mal à oublier le passé et que je m'éternisais dans une espérance vaine pour un homme qui ne reviendrait sûrement jamais et qui m'avait demandé de ne pas l'attendre. Elles me pressèrent de question : depuis combien de temps ; qui est-il ; que fait-il ; où l'as-tu rencontré ? J'essayais d'expliquer mon coup de foudre, mais je sentis une réticence chez elles. Elles se regardèrent l'une l'autre, hésitantes.
- « Tu as bien dit que l'homme dont tu es amoureuse, et que tu comptes épouser se nomme Drago Malfoy ? » Répèta Ginny en articulant précisément chaque syllabe.
Je ne sus comment réagir, leur joie pour ma situation semblait avoir disparue. Je les sentis presque hostile à mon bonheur désormais. Je ne compris pas leur attitude, quelque chose m'échappait doucement, comme un objet qui m'aurait glissé entre les doigts lentement.
- « Oui. Drago Malfoy. Nous vivons une merveilleuse histoire d'amour depuis plusieurs mois. »
Elles firent ensuite bloc contre moi, pour elle je venais de me transformer en ennemi. Les yeux d'Hermione devinrent deux fentes et sa voix un dard venimeux qu'elle m'assena de plus en plus violement.
- « Malfoy est un être abject ! C'est notre ennemi. Comment as-tu pu tomber amoureuse de… LUI ! » Elle s'interrompit un instant puis déclara : « Si tu es avec lui alors tu es contre nous. Il faut choisir ton camp. »
Je ne pouvais pas la laisser dire de telles énormités et je lui rétorquais que Drago est un homme très doux et généreux, qui ne m'avait jamais montré la moindre parcelle de méchanceté ou d'antipathie. Mais je n'eus pas le temps de finir ma démonstration qu'Hermione me coupait pour à nouveau m'envoyer des remarques blessantes.
- « Si tu te maries avec lui, tu ne nous reverras jamais Adélaïde, c'est clair ? Cet homme est un poison et si tu es trop aveugle pour le voir, tu perdras tes plus vieux amis. »
Je ne voulais pas croire que Ginny puisse être d'accord avec elle, je me tournais donc vers son visage, jusque-là resté impassible. J'espérais qu'elle infirme les propos de son amie, qu'elle m'écoute, mais elle déclara : « Je ne peux qu'être d'accord avec Hermione. Si tu restes avec lui, tu nous perdras. ». Alors, le souffle court et la gorge sèche, je me levai et me dirigeai lentement vers la porte. Mes amies ne firent aucun geste ni mouvement pour me retenir. Dehors, les larmes coulèrent sur mes joues et je compris que notre amitié est bel et bien finie. Pourtant c'était Ginny qui m'avait écrit : « Tu dois vivre. Tu dois vivre ta vie à fond. Ron n'est pas là, il est peut-être mort. Et tu as le droit au bonheur. Alors… C'est affreux de dire ça. Mais ne pense plus à lui comme s'il allait revenir un jour. »
A mon retour dans mon appartement, j'eus la sensation d'avoir physiquement senti le temps me séparant de l'époque où nous étions amies. Je restais triste toute la soirée et laissais couler l'eau salée sur mes joues.
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