Chapitre 14 - Les confidences d'un Serpentard

Le 1er décembre 1998

De Ron Weasley à Hermione Granger

Hermione,

Tes excuses sont acceptées.

Je suis surpris par ta lettre courte et le mot "RAS". Enfin, j'imagine que tu n'as pas grand chose à me raconter.

En tout cas, pour info, tu es invitée officiellement par ma mère au mythique et grandiose repas de Noël des Weasley le 25 décembre ! J'espère t'y voir pour que tu me débriefes sur les dernières évènements.

Sur ce, bon courage !

Bye

Signé : Le mec qu'on prend toujours pour un pigeon voyageur

PS : Je mérite bien plus que deux cadeaux !


Hermione demanda à Théodore de garder leur relation secrète. Théodore fut surpris de sa demande mais après l'histoire avec les quatre garçons qui l'avaient tabassé devant sa nouvelle petite amie, il s'était dit que ce n'était peut-être pas une bonne idée qu'elle s'affiche avec un fils de Mangemort.

Bien sûr, Hermione en parlerait à Daphné quand elle trouverait un moment car elle était celle qui l'avait le plus aidée et elle savait aussi que la Serpentard était digne de confiance. En revanche, elle ne voulait pas que toute l'école soit au courant et surtout, Ginny Weasley, la reine des ragots. Peut-être des élèves avaient vu qu'elle tenait la main du garçon quand ils revenaient de Pré-au-Lard mais il n'était pas encore trop tard.

Il était surtout hors de question que Ron soit au courant de sa relation avec le Serpentard. Premièrement, si c'était le cas, il ne la lâcherait plus : il lui demanderait des comptes, son avancement dans sa relation, lui poserait des questions trop intimes et surtout LA question : était-elle réellement amoureuse de Théodore Nott ou pas ? Ce qu'elle voulait éviter à tout prix.

Le lendemain de leurs premiers baisers, ils se retrouvèrent dans la Bibliothèque avec Daphné. Celle-ci, bien qu'elle ne fût pas encore au courant, sut immédiatement que quelque chose avait changé entre ses deux amis. Théodore s'était assis à côté de Hermione, ce qui n'était pas dans ses habitudes quand elle était là. De plus, elle ne ressentait plus la tension qui animait les deux étudiants quand ils étaient l'un à côté de l'autre. Et par-dessus tout, ils s'échangeaient des sourires, certes discrets, mais des sourires néanmoins.

"Vous n'avez pas quelque chose à me dire tous les deux ?" leur lança-t-elle l'air de rien.

Hermione cassa sa plume et Théodore avait plongé la tête dans son parchemin. Ces deux-là ne savaient pas mentir et il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Daphné sourit.

"Depuis quand ?" demanda-t-elle sans attendre leur confirmation.

Le couple se jeta un coup d'oeil. Hermione décida de prendre la parole.

"Depuis hier, à Pré-au-Lard !" chuchota-t-elle. "Mais on souhaiterait que cela reste entre nous !"

"Ah bon ?"

"Oui, on préfère !"

Daphné haussa les épaules.

"D'accord, c'est comme vous voulez !"

Puis, elle leur fit un grand sourire et retourna à son parchemin. Et c'est tout ? pensa Hermione, presque déçue par le manque d'intérêt de son amie. Elle lança un regard vers Théodore qui haussa les épaules à son tour. Puis, brusquement, elle sentit son genou frôler le sien, son estomac recommença à danser la polka. S'il lui faisait autant d'effet juste avec un frôlement, que se passerait-il s'ils passaient à l'étape supérieure ? En même temps, cela faisait à peine 24 heures qu'ils étaient ensemble. Sa réaction était juste normale.

Elle tenta de se re-concentrer sur son parchemin mais il était vraiment difficile de travailler à proximité de Théodore. Au bout d'une demi-heure, elle referma ses livres et son parchemin.

"Je n'ai pas envie de travailler !" lança-t-elle en s'affalant sur la table.

Daphné et Théodore furent étonnés. Il était rare d'entendre l'élève la plus studieuse de Poudlard dire ce genre de choses.

La tête posée sur la table, elle regarda le Serpentard en train d'écrire sur son devoir de Botaniques. Il était concentré et ne fit pas attention à elle. Elle continua à l'observer pendant quelques minutes avant qu'il ne lève la tête vers elle finalement.

"Quoi ?" chuchota-t-il.

"Je te regarde, je peux ?"

"Tu me dévisages plutôt !"

"Tu as bientôt fini ?"

"Mon devoir de Botaniques va me prendre des mois, donc, non, je suis loin de l'avoir terminé !"

Hermione fit la moue. Elle n'était pas d'humeur à travailler immédiatement.

"Donne-moi encore une demi-heure et ensuite on peut aller se promener, si tu veux !"

La Gryffondor sourit et hocha la tête. Elle rouvrit son parchemin de Sortilèges pour le relire et corriger les éventuelles fautes.

Ils laissèrent Daphné dans la Bibliothèque et décidèrent de sortir dans le Grand Parc de Poudlard. L'automne était déjà bien avancé mais par chance, il ne pleuvait pas depuis deux jours : il faisait froid mais le temps était sec. Avec une bonne cape, une écharpe et un bonnet, il était agréable de se promener à l'extérieur.

Le couple décida d'aller au bord du Grand Lac. Ils n'étaient pas les seuls élèves à profiter d'un moment de détente : certains avaient eu la même idée et s'étaient installés sur des rochers aux abords du lac.

Hermione et Théodore les esquivèrent en passant par la Forêt Interdite. Ils se retrouvèrent dans un endroit isolé, en bordure de forêt. Ils s'assirent au bord du lac sur une nappe que la jeune fille fit apparaître. Ils n'étaient pas visibles des autres élèves, étant cachés par des gros rochers.

"Désolée de ne pas t'avoir laissé travailler !" lui dit Hermione.

"Ne t'inquiète pas, cela ne me dérange pas ! J'avais envie de passer un moment seul avec toi, moi aussi !" lui répondit Théodore en lui faisait un grand sourire.

Elle lui sourit en retour.

"Tu as vraiment changé d'attitude envers moi !" lui lança-t-elle. "Au début, tu ne me répondais que par des "Oui", "D'accord", "Moi aussi"... ça avait le don de me taper sur les nerfs !"

Il éclata de rire.

"Je ne suis pas très bavard… surtout avec des gens que je ne connais pas !"

"Oh ça, j'avais remarqué !"

"Tu ne peux pas m'en vouloir !" répliqua-t-il. "La Grande Hermione Granger daignait me parler, à moi, l'inexistant Théodore Nott ! Honnêtement, il y avait de quoi être suspicieux !"

Hermione eut un pincement au coeur. En effet, en temps normal, elle ne lui aurait jamais parlé. Elle ne pouvait quand même pas lui dire que c'était du fait d'un pari. Elle se sentit brusquement mal à l'aise.

"Qu'est… qu'est-ce qui t'as pris ?" lui demanda-t-il. "Je veux dire, on s'est ignorés depuis le début de nos études à Poudlard, et d'un coup, tu as essayé de me parler ! Pourquoi ? Je n'arrête pas de me poser cette question !"

Ils étaient en train de se diriger vers un terrain glissant. De plus en plus embarrassée, Hermione tenta de trouver une excuse le plus rapidement possible. Quelque chose de plausible… quelque chose qui ne serait pas trop loin de la vérité, tout en omettant cette histoire de pari… En une fraction de seconde, elle eut une idée...

"Hum… en fait, en tant que préfète en chef, le professeur Flitwick m'a envoyé la liste des anciens septièmes années qui allaient revenir à Poudlard… et je dois t'avouer quelque chose… Quand j'y ai lu ton nom, je ne savais pas qui tu étais… j'avais beau me creuser la tête, je ne me souvenais pas de toi physiquement…" lui dit-elle.

"Ouch… ça fait mal ce que tu me dis… j'étais donc vraiment inexistant pour toi…" s'écria-t-il en se renfrognant.

Hermione posa sa main sur sa cuisse.

"Je suis désolée ! Mais j'ai vécu… six années compliquées à Poudlard… tu ne peux même pas imaginer ce que j'ai vu ou fait… je n'avais pas vraiment le temps de me sociabiliser avec d'autres personnes que mes amis proches… et puis, tu étais un Serpentard… pour moi, j'avais mis tous les élèves de cette maison dans le même panier que Malfoy, Parkinson, Crabbe ou Goyle… Toi, de fait, je t'ai considéré comme eux !"

"Mais je n'ai jamais été comme eux ! Je n'ai jamais participé à leurs mesquineries !"

"Pourquoi ? Je veux dire, c'était tes camarades de maison. Pourquoi ne faisais-tu pas partie de leur bande ?"

Théodore soupira.

"Je n'ai jamais aimé prendre parti pour un tel ou un autre. J'ai toujours été neutre dans ma maison et mes camarades me respectaient pour ça. Oh le fait que je porte un nom connu m'a aidé bien sûr. Malfoy ne m'a jamais forcé à faire partie de sa bande car il ne le pouvait pas. J'avais un statut tout aussi important que le sien. J'ai préféré me rapprocher de Blaise, plutôt, qui était un peu comme moi, sauf qu'il a un grand défaut. Blaise aime être populaire, il aime l'attention qu'on lui porte, il est assez prétentieux. Mais on peut dire que c'était mon meilleur ami à Serpentard, si on peut parler d'amitié dans cette maison…"

Hermione resta pensive. Théodore la regarda.

"Je suis désolé !" dit-il enfin.

"Pourquoi tu t'excuses… à nouveau ?" lui demanda-t-elle d'un air surpris.

"Pour tout ce que Malfoy et les autres t'ont fait pendant toutes ces années… je t'ai traité de sang-de-bourbe en début d'année et j'en ai eu honte pendant des jours… je m'étais rabaissé à leur niveau… je m'en voulais tellement !"

"Ne t'excuse pas pour eux ! Vraiment, ils n'en valent pas la peine ! Et ton insulte… c'est oublié…"

La Gryffondor se sentit de plus en plus mal. Le jeune homme était sincère envers elle et même si elle ressentait des sentiments pour lui, elle n'était pas totalement sincère envers lui. Elle déglutit. Elle ne pouvait pas continuer comme ça, elle devait lui dire… même si cela signifiait la fin de leur relation… Elle ne pouvait pas lui mentir et jouer avec ses sentiments.

Théodore sentit que quelque chose n'allait pas, il se rapprocha d'elle et lui posa une main sur son épaule.

"Hey, ça va, Hermione ?" lui demanda-t-il.

Elle n'osait plus le regarder et ravalait sa salive. Elle sentait les larmes monter. Non, elle ne devait pas pleurer mais elle était bouleversée. Comment lui dire ?

Le Serpentard ne comprenait pas ce qui se passait, alors, il la prit dans ses bras en lui disant que tout irait bien, même s'il ne savait pas pourquoi elle réagissait ainsi. Hermione, tout d'abord surprise, se laissa aller à cette étreinte. Elle était en train de se dégonfler. Elle ne pouvait pas lui dire. Son parfum, la chaleur de ses bras, son épaule rassurante… Il lui faisait tout oublier.

Elle le regarda dans les yeux.

"Je suis tombée amoureuse de toi, Théodore !" lui dit-elle, au bord des larmes. "Je ne sais pas pourquoi mais c'est comme ça !"

"Mais on sort ensemble maintenant, Hermione ! Pourquoi tu te mets dans cet état ?"

Il lui fit un grand sourire et lui caressa la joue.

"Tu es beaucoup trop gentil !" s'écria-t-elle. "Trop gentil pour moi !"

"Un Serpentard gentil ? Je ne sais pas si je dois le prendre bien ou mal…" dit-il d'un ton désabusé. "Mes ancêtres se retourneraient dans leur tombe !"

"Oui, très certainement !" rit-elle. "Et… cela ne te dérange pas de sortir avec une fille... comme moi ?"

Elle le regarda avec appréhension. Avait-il compris ce à quoi elle faisait référence ? Théodore l'observa avec intensité. Il soupira finalement.

"Si tu parles du fait que tu es une née moldue, cela ne me dérange pas, je t'ai dit que tu me plaisais et c'est vrai !"

"Mais… et ton père ?"

Il ricana.

"Mon père ? Tu t'inquiètes pour mon père ? Avec le passé que tu as, je ne pensais pas que l'avis de mon père t'importait !"

Elle haussa les épaules.

"Vu que c'est un Mangemort renommé, ça a forcément de l'importance, non ?"

"C'est sûr que s'il savait que je sortais avec toi, il me renierait peut-être sur le champ," soupira-t-il. "Mais premièrement, il est emprisonné à vie à Azkaban et il n'a plus aucun droit sur son héritage. Deuxièmement, et cela va t'étonner, mais il ne m'a jamais rien imposé et même quand j'ai eu 17 ans et que je suis devenu majeur, il ne m'a pas demandé de devenir Mangemort. Il attendait peut-être que je termine mes études avant. Mon père a toujours été une personne étrange : strict et froid avec moi, il ne m'a jamais vraiment montré qu'il tenait à moi. Pendant longtemps, j'ai pensé qu'il ne m'aimait pas, que je n'étais qu'un boulet pour lui. Oh, c'est sûr, en tant que "Nott", il avait assuré sa descendance, mais voilà, je n'étais rien qu'un enfant inutile, il ne pouvait pas faire grand chose de moi. Et pourtant… maintenant qu'il n'est plus là, je me remémore tout ce qu'il a fait, ou n'a pas fait, je me dis qu'en ne me demandant pas de devenir Mangemort comme lui, c'était une façon de me protéger aussi. Finalement, il devait m'aimer, à sa façon…"

Hermione resta silencieuse pendant toute la confession de Théodore. Elle eut un élan d'affection pour le jeune homme et ne put s'empêcher de le prendre dans ses bras. Le garçon n'avait pas l'air si malheureux mais elle sentait néanmoins des regrets voilés dans ses mots.

Il tourna son visage vers elle et lui toucha la joue.

"Tu es vraiment belle, Hermione !" lui dit-il dans un souffle.

"Arrête de dire ça, tu me fais rougir !" répliqua-t-elle avec un sourire sur les lèvres.

Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle ne pouvait plus réprimer les sentiments forts qu'elle ressentait pour le Serpentard solitaire, silencieux et étrange. Oui, ce pari avait été une folie mais finalement, elle ne l'aurait jamais connu sans cela. Et pour la première fois, elle remercia Ron dans sa tête. C'était un peu grâce à lui si elle avait pu le connaître.

Ils s'embrassèrent longuement, avec pour seul témoin le calmar géant qui avait sorti sa tête de l'eau et les regardait sans réellement les voir.


Le 03 décembre 1998

De Hermione à Granger à Ronald Weasley,

Cher Ron,

Merci pour l'invitation que j'accepte avec grand plaisir. Je passerai le réveillon avec mes parents mais je viendrai pour le déjeuner du 25. Je pense que nous aurons des choses à nous dire.

A très vite !

Bye

Signé : Une nana reconnaissante

PS : Ne sois pas trop gourmand en cadeau, Ronald ! Tu risques de faire une indigestion !