Chapitre 14 : La lettre oubliée
Point de vue : Oni
Après avoir 'combattu' le loup, j'ai attendu que la pluie cesse pour chercher des traces de Link. J'ai mis quelques semaines à fouiller à l'aveuglette avant de retrouver quelque chose qui pourrait correspondre aux deux petits fuyards. Évidemment, ce n'était plus très frais, avec le passage d'autres personnes et animaux, mais j'étais sûr de mon coup.
C'est là que je me suis souvenu qu'elle avait la triforce, et que même si la piste physique avait totalement disparue, les traces de magie de cet artefact sont répandues dans l'air comme du pollen au printemps. Je me suis mis en colère contre moi-même (en plus de m'être senti c*n) : comment ai-je pus oublier ? La solution la plus évidente était sous mon nez depuis le début, et je n'y ai pas prêter attention ? Ma bêtise me perdra. Ma seule panique n'était pas une raison pour être aussi lamentablement inutile.
Link et Shadow ne sont plus très loin, je le sens. Ou plutôt, je sens la présence de la relique divine. Avec un peu de chance, je vais les rattraper avant qu'il fasse totalement nuit. C'est qu'il fait déjà un peu noir, et que c'est déjà suffisamment énervant comme ça, pas la peine d'avancer et de se prendre une racine ou une branche.
Décidément, les monstres se prolifèrent rapidement. Beaucoup trop vite. Même elle n'a pas assez de puissance pour en faire apparaître autant en si peu de temps. Cette histoire cache quelque chose.
Je regarde le campement de lizalfos, cherchant un indice sur celui ou celle qui les a invoqués, mais je ne trouve rien. Frustré, je choisi de m'en aller. J'ai plus important à faire. Je dois retrouver Link.
Je dois retrouver Link et Shadow !
Là, dans ce campement ! La triforce libère tellement de puissance, il est impossible que je me sois trompé.
En entrant dans un enclos en bois, des patrouillent tentent de m'empêcher d'avancer. Je plisse les yeux.
'C'est à ce petit jeu qu'ils veulent jouer ?'
Je ne suis vraiment pas d'humeur pour ces c*nn*r**s ; j'ai passé une mauvaise journée sous la pluie (que j'aurais pu éviter si j'avais été moins négligeant) et ces énergumènes me gênent pour atteindre les amis dont j'ignore tout de la condition physique. Ils vont sentir passer mon courroux pour ça.
Je prends mon épée, prêt à éradiquer mes ennemis, quand j'entends une voix familière :
« Stop ! Ce gars est un ami à nous ! Eh, face de flocon, qu'est-c'tu fais là ?
- J'ai suivi vos traces, pour voir comment vous alliez. Je constate que tu es toujours aussi insupportable. »
Shadow cours vers moi, pour me tacler, habitude qu'on a pris dans les montagnes. Avec un petit sourire en coin, je le soulève pour le prendre par les pieds. Les 'gardes' nous observent, toujours méfiants, l'un d'eux cours chercher ce que je présume être leur chef. Je les ignore, me concentrant sur le petit bout d'espièglerie.
« Tu as pris quelques centimètres depuis la dernière fois qu'on s'est vu.
- J'ai qu'dix ans, j'suis en pleine croissance ! »
Il essaye de se dégage de ma prise, et je le pose pour ne pas le blesser accidentellement. Le petit bonhomme m'entraîne vers l'une des tentes, plein d'entrain. Il ne cesse pas de blablater, ce qui tape légèrement sur mes nerfs, mais je le laisse faire. Du coin de l'œil, je remarque des mouvements. Un des gardes nous a suivi. Je ne fais pas de mouvements brusque, mais je dois avouer que l'envie de saisir mon épée et de le charcuter est presque irrépressible.
« Tu sais, Link n'a pas arrêter de parler de toi !
- C'est... Flatteur, je l'admets. J'ose espérer qu'elle ne disait pas du mal ?
- Ma frangine, dire du mal ? T'es sûr qu'on cause de la même personne ? Naaan, elle t'aime beaucoup trop pour ça ! »
Arrivés au pied de l'habitat, Shadow se précipite à l'intérieur pour rejoindre sa sœur et lui faire part de la bonne nouvelle. Quand je passe, moi aussi, le seuil, je suis obligé de me courber à cause de son plafond trop bas. Le gamin me pointe du doigt, fier de sa trouvaille, et gesticule dans tous les sens.
Mais je n'ai d'yeux que pour elle.
Elle a encore maigri et flotte dans ses vêtements qui partent en lambeaux. Ses cheveux pourraient héberger des oiseaux tant ils sont emmêlés. Son visage émacié est recouvert de terre, à tel point que sa peau laiteuse semble presque noire. Elle a une mine de quelqu'un qui a traversé l'enfer et en ai revenu.
Je la trouve pourtant toujours aussi belle. Malgré la fatigue dans son regard, il y brûle une lueur de détermination, une lumière plus puissante qu'une hypernova. Elle garde une posture droite, sur le qui-vive, preuve qu'elle devient une guerrière accomplie.
« Link... Je suis heureux de te revoir. Comment vas-tu depuis la dernière fois ?
- Je vais bien. Quelques soucis en cours de route, mais rien de grave. »
Je ne suis pas rassuré de l'entendre dire ça, je vois bien qu'elle ment. J'allais demander la vraie réponse quand j'entends quelqu'un arriver dans la tente. Il s'agit d'un des patrouilleurs, suivi de deux personnes.
Je ne sais pas qui ils sont, mais l'un d'eux à l'air important ; il a la peau basanée, des cheveux longs, et une tenue de prêtre. Je décide de me focaliser sur lui. C'est pourtant l'autre qui prend la parole :
« Que faites-vous ici ?
- J'étais à la recherche de mes amis. Je ne voulais en aucun cas déranger, simplement m'assurer qu'ils aillent bien. »
Il continue à me regarder suspicieusement, attendant que je fasse le moindre geste pour utiliser sa hache. Celui que j'ai pressenti comme important lève la voix.
« Shadow, Link ? C'est bien la personne dont vous parliez n'est-ce pas ? Ce dénommé Oni ?
- Ouaip, Rey' ! C'est bien lui ! Pourquoi c'te quest- ... Qu'est-c'tu fais là, toi ? »
Le ton froid du petit monstre me surprend. Je le fixe quelques secondes. Il a une dague en main, le regard meurtrier. Je me retourne pour voir ce qu'il observe avec tant de haine.
Ce n'est pas Rey', mais l'homme juste à côté. Cette fois, je prends le temps de le détailler correctement. Il fait à peine une tête de moins que moi, ce qui est assez impressionnant. Il a les cheveux blonds en bataille, une peau bronzée. Il a une carrure de guerrier, les muscles saillants difficilement visible sous son armure ensanglantée. Mais il ne fait pas attention à moi. Ses yeux sont rivés sur Link.
Ça ne me plaît pas. Je sens que la colère commence à monter en moi, et cette fois je ne comprends pas pourquoi. Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?
« Bon, je ne sais pas ce qu'il vous arrive, mais vous aurez tout le temps de vous expliquer plus tard. Pour l'instant, il faut savoir ce que l'on fait par rapport à Oni »
L'homme saint diffuse la tension par cette simple phrase. Il me demande de les suivre jusqu'à la tente principale. Shadow devra laisser sa sœur se reposer.
J'avais remarqué qu'elle n'allait pas bien, mais je ne peux pas rester à ses côtés. Ça n'arrangera pas les choses entre moi, et le reste de son groupe qui veut me voir ailleurs. Pour l'instant.
En passant devant plusieurs tentes, je remarque qu'ils ont tous une arme à portée de main, avec l'armure basique sur le corps. L'odeur me laisse penser qu'il n'y a pas le temps pour une bonne douche par ici. Leurs regards se posent sur moi quelque peu hésitant, mais méfiant.
Le sol n'est pas encore détruit par leur passage, l'herbe est fraîche et relativement intouchée, j'en déduit donc que ce groupe n'est pas ici depuis longtemps.
Une tente plus grande que les autres, que je pense être la fameuse tente principale, trône au milieu du campement. Contrairement à toutes les autres dans les tons naturels, celle-ci est colorée en noir profond.
Avant même d'arrivé devant l'entrée, je sens une magie assez puissante. Elle essaye de m'intimider, mais elle n'est pas à la hauteur. Je plisse les yeux, incertain de ce que je devrais faire.
Quelque chose au fond de moi, une animosité d'une intensité que je n'avais jamais connue avant, me pousse à éloigner le danger de la fratrie. La part la plus rationnelle, elle, se rend bien compte de la stupidité de la chose ; Shadow, ça se discute, mais Link ne me pardonnera jamais d'avoir fait une chose pareille.
Et puis, juste parce que je les considère comme un danger, ne veut pas dire qu'ils méritent la mort. Non, il faudrait qu'ils aient commis un acte dangereux envers Link pour que je fasse quoique ce soit.
Sans être vraiment touché par cette aura, j'entre.
Une femme me rivalisant en taille me toise du regard à l'instant où j'entre sous la tente. Les sourcils froncés, quelque chose semble la contrarier. Elle marmonne :
« Encore un ? C'est une habitude ? »
Elle se lève comme si elle n'avait rien dit et se pavane presque devant moi, surement dans le but de m'impressionner ou de me soumettre. Je garde un visage neutre, même si intérieurement, je bouillonne de lui faire tâter de ma lame.
Shadow, à ma droite, frissonne sous la rage qu'il peut sentir monter en moi.
Point de vue : Link :
Depuis que j'ai vu Oni, hier soir, je n'arrive pas à me rendormir. Je ne pensais pas le revoir un jour. Je m'attendais à- Enfin, je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais ne jamais le revoir, ou le voir aux bras d'une autre femme s'en rapprochent très certainement !
'Oh, mes déesses, est-ce qu'il a eu ma lettre ? Est-ce qu'il l'a lu ?'
Il faut bien admettre que mon cœur qui fait des loopings dans le haut de mon corps jusqu'aux orteils, ce n'est pas aussi agréable que les deux mois où j'étais chez lui. Parce que cette fois, il y a de fortes chances qu'il sache.
Mais qu'est-ce que j'ai fait ? Je n'aurais jamais dû écrire cette foutue lettre ! Maintenant il va penser que je n'étais qu'une profiteuse ! Oh non, mais qu'est-ce que je fais ?
Mais ce n'est pas le plus inquiétant. Parce qu'au pire, il va me rejeter et ça va faire mal, mais je sais que je peux me relever. J'ai surmonté bien pire, et j'ai encore bien pire à gérer. Il y a des chances que je sois tellement occupée avec notre survie, mes tendances suicidaires et apparemment mes crises de paniques (j'espère vraiment que ça ne se reproduira jamais), que je vais complètement l'oublier.
Le plus inquiétant, c'est Connor. Lui non plus je ne pensais pas le revoir un jour et si je pouvais choisir, je préfère avoir le cœur brisé que risquer ma vie à vivre à côté d'un menteur et d'un traitre !
'Qu'est-ce qu'il fait ici de toute façon ? Il veut se rebeller ? La bonne blague !'
Mais bon... Je suis étonnée que ni Shadow ni moi ne l'ayons croisé avant. Je me suis retrouvée alitée : après ma mission d'espionnage chez les Gérudos, je me suis prise le bec avec un ours. Heureusement que la patrouille n'était pas loin, sinon j'aurais eu plus qu'une jambe cassée et quelques coupures ici et là.
Je me suis auto-soigné, évidemment, mais il fallait quand même que je me repose et Reynald m'a fortement déconseillé (après m'avoir réprimandé) de guérir les plaies superficielles, parce que j'étais déjà bien fatiguée d'avoir soigner les autres patients avant de partir.
Ça aura pris trois ou quatre jours en tout, et je n'ai pas vu cet ******* une seule fois. J'espère qu'il ne savait pas non plus que j'étais là, parce qu'autrement je crains le pire. Je le connais ; le pire, Connor en est capable.
Si avant je voulais partir pour éviter d'être mêlée à la guerre, maintenant j'ai le besoin impérieux de décamper d'ici, fatiguée ou non. Je suis même prête à aller exiger notre bateau sur le champ à Loïc, alors qu'elle me fait affreusement peur. C'est dire à quel point je ne veux pas être avec lui.
J'espère juste qu'Oni ne va pas le prendre personnellement. Oni qui sais mes sentiments pour lui... Argh !
Après des heures avec mes pensées qui tournent en ronds entre Oni et Connor, j'ai décrété qu'il était inutile de réfléchir pour les vingt prochaines années.
De toute façon, les médicaments que m'a donné Reynald est vraiment puissant ; je suis totalement lessivée, et je n'ai pas fait grand-chose de la matinée. Heureusement que j'ai encore l'après-midi pour me reposer avant la fête ! Oui, avant la fête Loïc a chargé Oni de réduire les effectifs des Gérudos, suite aux informations que j'ai récolté.
Il n'a pas juste 'réduit les effectifs', il les a tous anéantis. J'ai un sentiment partagé vis-à-vis de cette situation d'un côté, je ne prône absolument pas la violence et je me demande s'il était nécessaire de toutes les tuer d'un autre, je sais qu'elles prévoyaient elles-mêmes de tuer les habitants du village d'Ecaraille et d'autres patelins aux alentours…
'Certaines choses sont inévitables dans une guerre, hein ?'
Et sur cette dernière pensée, je ferme les yeux et me force à dormir.
Yyy
Je me tiens devant la maison dans laquelle j'ai grandi pendant douze ans une jolie petite maison, construite dans le tronc d'un énorme arbre. Une échelle pour y monter à était placée après que l'ancien pont est cédé. L'intérieur parait assez petit, mais il y a plusieurs étages, allant même plus bas que terre. Le jardin à l'extérieur permet à notre jument, Alakema, et son poulain, Epona, d'avoir assez de place pour se défouler. Sauf que ce n'est plus la maison que j'ai connue.
Elle part en flamme.
Sans savoir comment, je suis transportée dedans, au milieu du brasier. Presque immédiatement, j'hurle toute ma douleur. Le feu me lèche et embrasse tout mon corps, il m'imprègne de sa morsure. J'ai beau me débattre, les flammes me dévorent la peau et les os. Je peine à respirer.
« Bientôt, ma jolie ! Bientôt ce que tu possèdes m'appartiendra. You will meet with a terrible fate, won't you? »
Une voix d'enfant. Je n'avais vu personne jusqu'à maintenant.
Après quelques échecs, je m'efforce une dernière fois de regarder dans sa direction. Quand j'arrive à m'approcher un peu, mes yeux s'écarquille de terreur. Ce n'est pas un enfant, c'est un skull kid ! Celui-ci est tellement difforme, avec son masque sur la tête et ses membres allongés en tentacules, qu'il est improbable que ce soit véritablement un skull kid.
Il tourne la tête vers l'arrière. J'entends un craquement retentissent dans le bruit de la maison qui s'effondre. Mais il continue sans être dérangé, sans une plainte.
En ayant fini un tour complet, il m'observe, ses yeux brillants dans les miens. Il pousse un rire qui me glace le sang, quand bien même je suis brulée jusqu'à la carbonisation.
Yyy
Je me réveille en sursaut. Nom d'une Déesse, mais c'était quoi ça ?! Mais ça ne va jamais finir ?! Le souvenir, les peurs et maintenant quelque chose que je ne peux pas même plus expliquer !
'J'en peux plus ! Non, stop, c'est bon ! Je suis pas venue ici pour souffrir okay ?!'
« Eh, Grande sœur ! La fête va commencer, tu viens ?
- J'arrive Shadow, juste un petit moment… »
Il est déjà l'heure de la fête ? On peut dire que j'ai dormis longtemps.
Je ne sais pas ce que c'était que ce rêve bizarre, mais c'est bon j'ai eu ma dose. Trop, c'est trop. J'ai suffisamment souffert jusqu'à aujourd'hui, je m'autorise à péter les plombs maintenant !
Je prends une bonne vingtaine de minutes pour hurler silencieusement et pleurer. J'ai le droit, après tout ce que j'ai vécu.
Comme promis, je suis venue à la soirée, même si je n'ai absolument aucune envie d'y aller.
Des feux de joie sont allumés ici et là, gardés par quelques personnes pour ne pas qu'ils prennent trop d'ampleur. Tout le monde danse, chante, mange et rit. Je suis probablement la seule à ne pas me sentir dans le même état de félicité.
Enfin, la seule avec Oni c'est lui le centre de la fête, après tout. Mais je le connais suffisamment pour savoir qu'il n'aime pas célébrer ses victoires ou ses accomplissements. La tête qu'il tire me fait presque rire malgré ma morosité. Je m'avance vers lui avant de me rappeler d'un détail important : je ne sais toujours pas s'il est retourné aux pics et s'il a reçu ma lettre.
Avec la bile remontant mon œsophage, je pousse une jambe après l'autre dans sa direction. Je n'ai pas envie de faire preuve de lâcheté, c'est contraire à mes principes, mais plus je m'approche et plus j'ai l'impression que mon courage me fuit.
Arrivée à ses côtés, je lui touche légèrement l'épaule pour me faire remarquer. Quand il se tourne vers moi, mes genoux sont prêts à flancher et je n'ai plus qu'une envie prendre mes jambes à mon cou. Je ne peux pas.
Alors je fais ce que j'ai toujours fait de mieux je respire un bon coup et fait comme si de rien n'était jusqu'à ce que ça soit fini.
« Bonjour, Oni. Comment vas-tu depuis hier ?
- Je vais bien, merci de demander.
- La mission n'a pas été trop dure ?
- Non. »
La conversation n'avance pas des masses, mais ce n'est pas étonnant Oni n'est pas un grand parleur et j'ai tellement les nerfs à vif que je ne sais pas quoi dire.
Il semble sentir mon malaise, car il me demande si je vais bien.
« Oui, oui. Ne t'inquiète pas, tout va bien !... Dis, Oni…Je me demandais… »
Okay, c'est l'instant de vérité ! Tu peux le faire, Link !
« Je me demandais si tu étais remonté aux pics des neiges ?
- Oui. Pourquoi ?
- Pour rien, juste… Est-ce que tu as reçu ma lettre ?
- Ah, ta lettre. Oui, et ? »
L'indifférence dans laquelle il a dit ça… me dit tous ce qu'i savoir il ne partage pas mes sentiments, et il essaye de ne pas me rejeter directement.
Je me doutais que ça arriverait, mais mes déesses ça fait mal. Je sens mon souffle se couper, et mes doigts trembler. Oh, non ! Non, non, non ! Je ne vais pas craquer devant lui quand même ?! Je suis plus forte que ça ! Mais mon corps n'est pas d'accord et je sens déjà les larmes monter.
J'ai besoin d'une excuse pour partir.
« Je dois aller retrouver Shadow.
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Non, pas la peine ! Reste ici, après tout c'est toi le héros de tous ces braves gens ! Ce serait cruel de ma part de te voler à eux ! »
J'ai utilisé un ton moqueur pour masquer ma panique. Parce que NON, je n'ai définitivement pas besoin de lui. A vrai dire, il est la dernière personne dont j'ai besoin, là maintenant tout de suite. Je m'éloigne presque en courant et dans ma précipitation, je bouscule Moï.
Je fini par me terrer dans un coin, juste à côté du stand de boisson. Suffisamment recluse pour que peu de gens me voit, mais assez pour que je puisse voir tout le monde de là où je suis.
'Nope, je n'ai définitivement besoin de personne.'
Point de vue : Reynald :
L'une des derniers choses que je me suis attendu à voir en venant en retard, c'est une Link ivre morte, dansant sur l'une des tables dressées pour l'occasion.
Plus étonnant encore ? Elle parlait. Pas des phrases vraiment cohérentes, mais des phrases orales quand même.
C'est lorsqu'elle a failli tombé par terre la tête la première que je suis sorti de mon espèce de transe pour lui venir en aide.
'Elle a clairement besoin de quelqu'un.'
Seulement, au même moment, un des soldats vient vers moi, la démarche chancelante, avec un compagnon blessé (même si les blessures à la tête paraissent souvent plus graves qu'elles ne le sont vraiment, je préfère ne prendre aucun risque).
Je me tourne une dernière fois vers la jeune femme elle se fait aider par son jeune frère et par Moï. Ça devrait aller.
Point de vue : Moï :
Ça ne va pas du tout.
La jeune guerrière qui est devenue mon amie n'a pas eu l'air dans son assiette lorsqu'elle m'a accidentellement poussé. Mais le pire, c'est quand je l'ai vu commencé une bouteille de whisky à elle toute seule.
Je l'ai emmené à son frère dès que j'ai vu à quel point ça a empiré. Je suis conscient que c'est une fête et que finir complètement par terre est normal. En revanche, ce qui n'est pas normal, c'est la façon qu'elle a de se comporter, comme si elle essayait de noyer son chagrin dans l'alcool !
J'ai dû laisser Link aux mains de son frère de dix ans, parce qu'Ute est sur le point d'accoucher et qu'il y a eu des complications. Je dois emmener mon épouse à Reynald de toute urgence !
J'espère juste que Shadow s'en sort.
Point de vue : Shadow :
Je m'en sors pas du tout. C'est comme si je m'occupais pas de ma sœur mais d'une étrangère qui lui ressemble. Mais comment elle en est arrivée là ? Elle a toujours refusé de boire de l'alcool avant, alors pourquoi elle a commencé maintenant ? 'C'est à cause de la présence d'Oni ?'
J'vous jure, cette fille en pince pour lui, c'est un truc de dingue comment il se rend pas compte. Elle a ce regard mielleux, la nervosité accrue et tellement plus. Nan, franchement, comment il fait pour être aussi aveugle ?
Après, je suis pas sûr à 100 %, mais j'ai l'impression que lui aussi. Genre, il est plus doux avec elle qu'avec n'importe qui, il ronchonne moins. Moi je dis, il y a quelque chose dans l'air.
« Euh… Link, t'es avec moi?
- Zt'inquèste pahs *hic*, chuis la lhuUuUune ! »
Ouais, ça aussi c'est un truc que je comprends pas. Je me souviens plus de la dernière fois que j'ai entendu sa voix. Enfin, à par la fois qu'elle a fait un cauchemar, et encore, c'était plus un murmure qu'autre chose.
Là, je l'entends clair, net et précis… Même si ce qu'elle dit n'a aucun sens.
« Okay, madame la lune ? Euh… Tu veux pas arrêter de picoler cinq minutes et retourner dans la tente ? »
A ce stade, c'est le mieux que je puisse offrir. La plupart des adultes (y a presque que ça au campement) sont aussi torchés que ma sœur, donc c'est pas comme s'ils allaient m'aider… Les adultes, ça sert à rien.
« NaaAaaOOoon, ze veux rezter ave' toi et 'Ni ! »
D'aaaacord ? Je fais quoi maintenant ?
Je tourne la tête pour voir s'il y a quelqu'un qui pourrait éventuellement être utile et qui pourrait me dire s'il/elle a vu Oni quelque part. Heureusement, le regard que je croise et directement celui d'un Oni aussi sobre que possible. En me voyant, il s'avance vers moi rapidement, évitant avec aisance tous les bourrés sur son chemin.
Point de vue : Oni :
Après avoir terminer un énième concours de vodka (que j'ai encore gagné), j'aperçois Shadow. En croisant son regard, je remarque qu'il a l'air assez anxieux ce qui me pousse à aller à sa rencontre.
« Eh, face de flocon, t'as deux minutes ? J'ai b'soin d'ton aide !
- Que se passe-t-il ?
- Bah, c'est Link… »
Immédiatement, je commence à imaginer les pires scénarios possibles. Cette fille est un aimant à emmerde.
« Que lui arrive-t-il ? Elle s'est blessée durant la partie ?
- Nan, 'fin… Euh… R'garde par toi-même. »
Et sous mes yeux ébahis, je vois la jeune guerrière complétement saoule. Si je me souviens bien, elle m'avait dit qu'elle ne buvait jamais d'alcool. Quelqu'un l'aurait forcé à en prendre ?
Je vois rouge l'espace d'un instant, avant de me ressaisir. Je peux très bien sévèrement punir le fautif plus tard. Link semble avoir besoin d'aide pour rejoindre sa tente.
C'est ce moment que choisi la jeune femme pour me surprendre en élevant la voix :
« 'Niiii ! T'es v'nu ! Ti-te-tu m'as bas obandinné, arando-abandonné !
- Bien sûr que non, Link. Je ne t'abandonnerai jamais.
- Minteur ! »
Cette accusation me fait légèrement reculer de surprise. D'où a-t-elle tiré une telle conclusion ?
Je partage un regard perdu avec le petit diable. Il a l'air aussi perdu que moi jusqu'à ce qu'une lumière se fasse. Lumière qu'il ne semble pas vouloir me confier, car une lueur espiègle s'allume chez lui.
'Ce petit c*n me laisse me démerder seul ? Quand ça sera fini, il va voir ce qu'il va voir !'
Je prends Link dans mes bras lorsqu'elle se met à pleurer. J'ai lu quelque part que c'est ce qu'il faut faire pour consoler quelqu'un… Je me sens mal à l'aise. Du coin de l'œil, Shadow se fout de ma gueule. Je tique, mais je suis obligé de laisser passer avec Link dans cet état.
« Je suis navré. Ça ne se reproduira plus. »
Je sais bien que je ne devrais pas dire ça car je dois toujours chercher Majora, mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour la calmer. Je suis guerrier moi, pas psy !
Ma petite dame lève la tête, les yeux embués de larmes et demande d'une toute petite voix :
« C'est vrai ? »
*Boum Boum*
Mon cœur se met à faire des siennes, s'emballant subitement à la vue de cette expression. Et mon cerveau aussi l'espace d'un instant, je l'ai trouvé mignonne ! Moi, Oni ? Impossible ! Peut-être que la vodka et le vin me sont finalement montés à la tête.
Je reprends mon souffle, rouge comme une pivoine et évitant soigneusement de croiser une seconde fois le regard de la petite bourrée. Ne faisant pas confiance en ma voix, je décide d'hocher simplement la tête.
J'hésite un peu avant de zyeuter vite fais. Grave erreur ! Son sourire étale encore plus la couleur sur mes joues, et cette fois le diablotin rit ouvertement de mon infortune. Je vais le tuer.
Mais je n'ai pas le temps de planifié ma vengeance. Je suis abruptement tiré vers le bas et entrainé dans un baisé passionné.
'Da hell ?!'
Je me soustrais violement de ce baisé, un filet de bave se brisant. Je regarde, effaré, la coupable de l'acte. Qu'est-ce que- ? Mais pourquoi a-t-elle- ? Je n'ai pas le temps de me poser des questions qu'elle chancelle vers l'arrière avant de tomber.
Je la rattrape précipitamment, toujours perdu.
Elle s'était simplement endormie. Quand je l'ai constaté, je l'ai raccompagné jusque dans sa tente, sans aucune aide.
Shadow nous a suivi comme mon ombre, et je lui ai ordonné de prendre soin d'elle. Il m'a demandé où est-ce que j'allais. J'avais besoin de prendre l'air et de pouvoir réfléchir tranquillement.
'C'est juste l'alcool qui a parlé, ce n'était pas elle.'
Je ne sais pas pourquoi, mais cette affirmation n'apporte pas le réconfort qu'elle aurait dû. Pire ! Je me sens… Désireux (?) que ça ne soit pas juste les verres qu'elle a bu qui ont parlé.
'Mais pourquoi ? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Ce n'est pas normal de vouloir que les paroles d'un bourré soi ce qu'il pense vraiment !'
J'ai presque envie de regagner la tente et d'exiger des explications à Link, ou alors de me téléporter jusqu'à Kaepora, mais aucun de ces deux désirs n'est réalisable Link ne va pas se réveiller avant un bon moment et ne va peut-être même pas se souvenir de cette nuit et me téléporter alors qu'elle est vivante et gagne en puissance serait stupide. C'est déjà un miracle qu'elle ne m'ait pas remarqué lorsque je me suis téléporté au manoir.
Je ne sais pas quoi faire pour clarifier mes pensées. Peut-être que je devrais essayer de me souvenir d'un moment où Link aurait pu penser que je l'abandonné ?
Pas le moment où on s'est rencontré… Pas celui-là… Non…Non… Non plus. Peut-être quand je suis parti chercher Majora ?
C'est alors que je me souviens de notre récente conversation avant qu'elle se mette à boire : elle avait parlé d'une lettre, n'est-ce pas ? Peut-être qu'elle a mal pris le fait que je n'ai pas eu l'air de m'en intéresser (alors que si, j'étais intéressé, même si je n'en avais pas l'air. C'est un problème que j'ai rencontré par le passé) ? Si c'est le cas ah, les femmes, je vous jure. Toujours à tirer des conclusions.
Mais du coup je suis curieux. Qu'y avait-il dans cette lettre pour qu'elle soit aussi contrariée que je n'y sois pas intéressé (pour la dernière fois je le suis. Je n'en aie juste pas l'air !) ?
Je sors le bout de papier de ma poche, et ouvre précautionneusement l'enveloppe.
' Cher Oni,
Si je t'écris cette lettre, c'est pour t'avouer un secret que je te cachais. Je ne veux pas y aller par quatre chemins : Je t'aime.'
Wait, what ?
Comment-depuis quand- c'est quoi ce bordel-comment je suis passé à côté de ça-depuis quand ? Mais what ?!
'Peut-être pas depuis notre rencontre, puisque je suis certaine que ce n'était pas un coup de foudre, mais assez longtemps pour en être sûre.'
A ces mots, mon cœur décide qu'il veut se transformer en guimauve. Je n'arrive même pas à être en colère.
'Je ne veux pas t'imposer mes sentiments, mais je serais incapable de vivre avec toi sans éviter ton regard ou me sentir triste ; c'est l'une des deux raisons pour lesquelles je pars.'
D'un coup, mon cœur ne veut plus être de la guimauve. Il est habité par un sentiment de culpabilité qui me ronge plus vivement que n'importe quel coup de colère que j'ai jamais eu jusqu'à présent. Je ne voulais pas lui faire du mal.
Certes, au début je n'en avais rien à faire de ses sentiments. Mais j'ai commencé à la connaitre et à la considérais comme une sœur.
'Je suis quand même heureuse de t'avoir rencontré et découvert des émotions qui m'étaient inconnues avant.'
Heureux d'avoir été capable de t'apporter un sourire, ma petite dame. J'espère juste que nos rencontres futures ne vont pas être tendues entre nous…
Tu te souviens quand je ne voulais plus t'adresser la parole (façon de parler, pour une muette) ? Et bien ce jour-là, j'ai appris ce qu'était la jalousie et le désespoir ; j'étais irréversiblement envieuse de la personne que tu attendais depuis longtemps, et profondément triste et perdue en pensant que tu avais éventuellement déjà une femme dans ta vie ; et bien que j'aurais dû te le demander, j'avais trop peur de connaître la réponse. Excuse-moi pour ça, s'il te plaît.'
Je t'excuse, c'est normal d'avoir peur. Et ne t'inquiète pas, je ne risque pas d'être avec quelqu'un et encore moins cette garce. Mon cœur est tout à toi- Attendez deux secondes, quoi ?!
Non, non. C'est ridicule. Je ne suis jamais tombé amoureux avant, ça ne risque pas de commencer maintenant !
Est-ce que tu te rappelles, également, de la journée 'explose la cuisine' ?'
Je dois m'empêcher un sourire de voir le jour. Je dois avouer que je me suis bien amusé ce jour-là.
'Je me suis sentie tellement idiote et embarrassée : j'avais laissé le feu allumé trop longtemps et en plus j'avais réussi à nous couvrir de farine (et je m'excuse, mais je n'ai même pas retenu la recette correctement ; si nous nous revoyons, je compte sur toi pour me la réapprendre !).
Tu t'étais aussi donné pour mission de m'enseigner l'art du combat. C'est à ce moment-là que je me suis demandée si tu savais pour mon frère et moi ou s'il y avait autre chose. Tu m'avais dit :
"C'est pour te défendre si des ennemis viennent ici".
Je reste persuadée que tu ne me disais pas toute la vérité. Avais-tu peur de quelque chose ?'
Si tu savais, petite fleur sauvage…
Au début, je ne voulais pas que Majora ressuscite et qu'elle fasse tomber mon peuple. Ce n'était pas de la peur à proprement parlé. Je n'en avais rien à faire des autres, mon pays était tout ce qui comptais.
Mais maintenant, j'ai peur. Je suis terrifié à l'idée que tu finisses brisé par les guerres à venir.
Je te promets que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que ce monde ne tombe pas entre ses mains.
'Mais bon, oublions ça. J'imagine que tu veux savoir la deuxième raison qui me force à partir.
Comme tu vis reclus dans les montagnes je ne sais pas si les journaux concernant la récente loi te sont parvenus (c'est vrai que je n'ai pas eu de nouvelles du monde extérieur depuis que je suis ici). Mon frère n'est plus autorisé à vivre au sein des terres d'Hyrule, et nous allons fuir et aller jusqu'à notre terre natale, Termina.
Je ne te demande pas de nous comprendre, je veux juste que tu ne juges pas Shadow, il ne peut rien à son physique. Je sais que ce n'est pas ton genre de faire ça, mais je ne peux pas m'empêcher de le protéger.
Voilà, je pense que je t'ai dit le plus important. J'espère que tu ne nous en veux pas pour notre départ précipité, mais j'ai peur de ce que l'armée peut faire. Crois-moi, je sais de quoi je parle. Adieu, Oni. Que les cieux soient avec toi.
Avec tout mon amour,
Link"
Le dernier paragraphe de la lettre m'inquiète, je ne sais pas ce que l'armée lui a fait par le passé, mais elle ne touchera plus jamais Link. Un grognement sourd s'échappe de ma gorge sans même que je ne m'en aperçoive.
Et ça me fait demander pour la énième fois ce soir, ce qui ne va pas chez moi. Je tiens à elle, et je sais que ce n'est pas une mauvaise chose.
Mais honnêtement, est-ce que je n'en ferais pas un peu trop ?
De plus, je considère Shadow comme faisant lui aussi parti de ma famille, et pourtant je n'ai pas la même réaction. Je vais même parfois jusqu'à l'oublier au profit de Link.
En parlant de mes réactions, elles sont démesurées et irrationnelles. Si on prend un exemple j'ai totalement paniqué lorsque j'ai su qu'elle était recherchée, mais j'ai oublié le moyen le plus simple et rapide pour la joindre. J'ai pris le risque inconsidéré de me téléporter alors que ça aurait très bien pu être un piège.
Et Kaepora Gaebora…
Xxx
« Allons, maître ! Ce n'est pas au vieux hibou que l'on apprend à hululer. Vous êtes plus serein que la dernière fois où nous nous sommes vus. Et je ne suis point sot, je sais reconnaître l'amour qui sommeille dans vos yeux.
- Amo-Non mais ça va pas ? T'es fou ou quoi ? Moi ? Aimer quelqu'un ?
- Vous ne l'avez pas encore réalisé, voilà tout. Et cet amour n'est pas encore tout à fait accompli. »
Xxx
…
…
…
Non.
Non !
Je refuse d'y croire ! Ce vieux hibou n'aura pas le dernier mot, ce vieux hibou-
Xxx
« Link, es-tu prête pour notre séance d'entrainement ?
- Oui, je suis prête ! »
Son sourire réchauffe mon cœur tant elle est mignonne.
J'ai un peu de mal à me concentrer pour le reste de la semaine.
Xxx
En me rendant à la salle à manger pour aider Yéto à préparer le repas, je tombe sur la fratrie en train de jouer.
Mon cœur se serre un peu je ne suis pas sûr d'être toujours là pour les voir heureux. Ce bonheur ne va peut-être pas durer.
Link me remarque et me demande si je veux les joindre. Je me force à ne pas sourire et refuse poliment.
'Si elle savait ce que je suis, que penserait-elle de moi ?'
Je me demande, attristé.
Xxx
Un peu après notre réconciliation, nous nous sommes à nouveau promenés dans le jardin souterrain.
Nous avons décidé de passer la journée ici. Link a même prévu de quoi manger.
Je ne sais pas pourquoi, mais cette idée ma réjouit plus que de raison.
Et toute la journée, j'ai dû m'obliger à ne pas trop sourire.
Xxx
Ce vieux hibou avait raison sur toute la ligne.
