Hoy. Pour une fois et pour l'instant, je tiens ma promesse. Possiblement, la fin de l'histoire sera en ligne avant la fin de l'année.
Chapitre 16
Il faisait de plus en plus froid dans la maison privée de chauffage et la robe que Lazuli avait ramenée à Bulma n'était pas d'un grand réconfort. La soie lamée de rouge sombre et les fines bretelles piquées de diamants la couvraient à peine et la jeune femme ne pouvait s'empêcher de frissonner, ses doigts crispés sur l'élégante pochette assortie au reste.
Assise sur le sofa, le dos raide, les mains jointes sur les genoux, elle attendait.
Ça faisait maintenant plus d'une heure que Lunch et Chichi étaient parties, apprêtées dans leurs robes de cocktails noires. Bulma avait été sommée de se préparer à son tour et elle avait obéi. Elle avait enfilé la robe malgré cette horrible couleur qui ne cessait de lui rappeler la flaque sur le sol du laboratoire de son père. Elle avait aussi fait l'effort de relever ses cheveux en boucles, de se maquiller et de mettre les bijoux rutilants qu'on lui avait remis. Pour finir, elle avait chaussé les escarpins vertigineux à talons fins. Et depuis, elle était là, serrant la pochette presque vide entre ses mains nerveuses, à l'affût du moindre mouvement dans la maison silencieuse.
Le seul son timide qui lui parvenait était les battements de son cœur, un peu plus rapides que d'habitude. Elle se forçait à respirer le plus calmement possible et à se rappeler que, même si elle ignorait exactement ce que la soirée lui réservait, elle aurait besoin de tout son sang-froid.
Elle avait renoncé à croire que Gokû et son équipe avait la situation en main. Déjà, la rencontre avec les tueurs qui les avaient filés jusque dans la boite de nuit le soir où elle était sortie avec Ouji avait allumé un mauvais pressentiment dans son esprit, mais ce qui l'avait définitivement convaincue que rien de ce qui se préparait n'avait été prévu par Gokû avait été sa petite conversation avec Lazuli le soir précédent.
Gokû ne lui ait pas dit grand-chose de son plan, mais les yeux glacés de Lazuli, ce petit pli au coin des lèvres qui lui tenait lieu de sourire et qui ne l'avait pas quittée pendant toute leur discussion, avaient fait comprendre à Bulma que le lézard avait lui aussi des projets dont il n'avait pas dit grand-chose à quiconque.
D'ailleurs, jusqu'ici, rien ne se passait exactement comme ça aurait dû.
Comme Lazuli l'avait prédit, Végéta n'était pas venu la veille. Bulma ne cessait d'y penser. Est-ce qu'il était mort ? Est-ce que les assassins qui étaient à leurs trousses lui avaient finalement mis la main dessus ? Végéta avaient parlé d'eux comme d'un souci mineur. Il avait paru les connaître et n'avait pas eu l'air très inquiet à leur sujet mais il avait quand même jugé bon de se planquer dans un hôtel plutôt que de revenir tranquillement à son appartement. Bulma avait cru qu'il avait tout sous contrôle. Elle n'aurait peut-être pas dû.
Elle se souvenait de la femme qui l'avait agressée dans les chiottes de la boite, elle avait eu le temps de bien la regarder pendant leur petit bras de fer avec le tazer, et cette fille avait eu l'air bien décidée à faire son boulot jusqu'au bout. D'ailleurs Végéta n'avait eu raison d'elle que parce qu'il lui était tombé dessus par surprise. Et il ne s'était pas aventuré à se mesurer à son complice, l'homme de l'Est avec sa teinture blonde orangé. A bien y réfléchir, en réalité, Ouji avait plutôt fui devant ces gens.
Elle s'apercevait qu'elle ne savait pas grand-chose sur Végéta dans le fond. La façon que le Saïyen avait de défier continuellement Freezer lui avait fait penser qu'il devait être fort, invincible quasiment. C'était oublier que personne n'était invincible, surtout face au Lézard, elle en savait pourtant quelque chose. Alors, elle en revenait toujours à la même question avec le même nœud dans l'estomac. Est-ce que Végéta était mort ? Si c'était le cas, tout le plan de Gokû était foutu. Elle aussi peut-être d'ailleurs.
Mais de toute façon, même si Végéta était vivant, même si tout était prêt comme Gokû l'avait planifié, Bulma sentait que quelque chose clochait. Elle avait été incapable de dormir la nuit précédente, hantée par l'idée que Végéta allait venir la chercher ou qu'il était mort. Elle avait passé des heures les nerfs à vif à guetter le moindre son dans la maison, espérant à chaque instant que quelqu'un allait débarquer pour lui annoncer que Ouji était là pour elle, mais il ne s'était rien passé. Elle ne s'était endormie qu'au petit matin, exténuée par l'angoisse. Elle s'était réveillée plus tard que les autres filles et elle avait été assez étonnée de les trouver assises autour d'un café dans le salon en compagnie de Lazuli.
Bulma avait senti qu'elle interrompait une discussion quand elle était apparue dans la pièce, il y avait une sorte de tension entre les trois femmes, mais personne n'avait rien dit. Lazuli paraissait de bonne humeur, à l'inverse de Lunch et Chichi qui affichaient des mines moroses, et elle était partie dès que Bulma les avait rejointes en laissant deux bouteilles, une cartouche de clopes et un sac d'herbe sur la table. Bulma avait tiqué. Elle avait interrogé les filles pour essayer de comprendre cette faveur inattendue mais elle n'avait rien appris.
En fait, Lunch s'était enfermée dans sa piaule avec une bouteille, la moitié de l'herbe et des clopes, tandis que, de son côté, Chichi s'était montrée nerveuse et fuyante toute la journée.
Plus elle y pensait, plus Bulma était persuadée que la visite matinale de Lazuli était mauvais signe. Elle se demandait ce qu'elle avait pu raconter à Lunch et Chichi pour les rendre si maussades. D'après Végéta, la seule intention de Freezer à leur sujet était de les faire descendre par les Saïyens, alors qu'est-ce qui pouvait donc encore l'intéresser chez les filles pour qu'il envoie Lazuli visiter ses condamnées les bras chargés de douceurs? Rien ne collait. Rien ne collait et ça rendait Bulma dingue.
Et elle repensait en boucle à Ouji, étendu sur un trottoir glauque et baignant dans son sang.
Le verrou de la porte la fit sursauter et elle se leva aussitôt dans un réflexe, comme au garde à vous. Le pas tranquille de Freezer retentit dans l'entrée et il apparut sur le seuil de la porte, son éternel sourire de taré aux lèvres, Reacom sur ses talons.
Le lézard était à nouveau fidèle à lui-même, dans un smoking blanc immaculé, les cheveux impeccablement plaqués en arrière, un manteau haute-couture posé sur ses épaules.
- Tu es magnifique, constata-t-il d'une voix douce en penchant la tête avec satisfaction.
Il étendit la main vers Reacom et son homme de main lui remit le même manteau de fourrure que Bulma avait porté pour la réception du maire. Elle observa le pelage avec attention. Il avait été nettoyé. Elle n'oubliait pas que son sang avait éclaboussé abondamment le précieux vêtement la dernière fois qu'elle l'avait eu sur le dos. Freezer lui tint le manteau et elle l'enfila sans un mot.
- Pressons- nous un peu, il ne faudrait pas être en retard. Ce soir est une soirée très spéciale, mon petit chat, reprit-il en la saisissant par la taille pour la pousser vers l'entrée.
Bulma n'essaya même pas de répondre ou d'en savoir plus. Elle avait fini de faire semblant. Elle ne connaissait pas les détails de la soirée, mais elle avait la certitude que le Lézard avait décidé de se débarrasser d'elle d'une manière ou d'une autre et que ses petits jeux de rôles ne la sauveraient plus maintenant.
La voiture les attendait au bout de la ruelle sombre entre la maison et le club. Ils passèrent devant la cabine téléphonique déglinguée et Bulma ne put s'empêcher de noter que quelqu'un avait arraché le combiné sauvagement.
Ça lui sembla un mauvais présage, mais après tout, ce n'était qu'un de plus et elle se reconcentra sur la réalité.
La limousine de Freezer était escortée d'une autre voiture, certainement pleine de brutes armées jusqu'aux dents et prêtes à tout dégommer sur un hochement de tête de leur chef. Bulma essaya de repérer le nombre d'hommes de main qui les accompagnaient, mais les vitres teintées l'en empêchèrent.
Sa réflexion s'interrompit brusquement quand elle sentit la main du Lézard glisser le long de sa cuisse. Elle le repoussa instinctivement et s'écarta de lui. Il la fixa en retour d'un air de défi.
- Oh, ne t'inquiète pas mon petit chat. On aura tout loisir de jouer toi et moi. Un peu plus tard. J'ai prévu quelque chose d'incroyable.
Pour la première fois depuis longtemps, et avant même qu'elle s'en rende compte, la peur céda la place à une brusque colère.
- Quand tu veux, tu vas pas être déçu, cracha-t-elle à mi-voix.
Elle se mordit les lèvres en se maudissant pour son manque de contrôle, prête à parer toute tentative de coup, mais Freezer paraissait plutôt amusé par sa soudaine rébellion. Il lâcha un petit ricanement et, saisissant brutalement sa tête, l'attira vers lui pour forcer un baiser sur ses lèvres. Elle se débattit furieusement et il la lâcha.
Elle détourna les yeux en s'essuyant la bouche avec humeur.
- Je sens qu'on va vraiment bien s'amuser, conclut-il dans un murmure satisfait.
Elle fut prise d'une envie irrésistible d'en finir au plus tôt. Si Gokû n'intervenait pas ce soir, elle se barrerait. Tant pis.
Heureusement, Freezer cessa rapidement de s'intéresser à elle. Il s'était servi un verre et avait reçu un appel sur son téléphone. Elle essayait d'écouter mais il était prudent et ne disait rien de substantiel laissant son interlocuteur parler pour l'essentiel. Elle espérait que c'était peut-être Végéta qui était en ligne mais elle ne put rien apprendre. Freezer hochait la tête d'un air approbateur. La conversation semblait surtout le mettre en joie. Elle n'aimait pas ça.
Il raccrocha quelques minutes avant que la voiture ne s'immobilise dans une allée de gravier. Quand ils furent à l'arrêt, il se tourna vers elle avec un large sourire.
- En avant pour le grand final, ma belle, annonça-t-il en ajustant les pans de sa veste.
Puis les portières s'ouvrirent et ils descendirent de la voiture chacun de leur côté. Bulma leva la tête pour observer les lieux. La villa où se tenait la réception était de style moderne, voyant. Un imposant perron marbré menait à la porte d'entrée à double battants et surplombait le jardin de quelques marches. Des lampes avaient été disposées un peu partout pour illuminer la nuit et laissait entrevoir deux silhouettes en contre-jour qui se tenaient devant la porte pour accueillir les invités.
Freezer prit la main de Bulma et l'entraina à sa suite en direction de leurs hôtes. En gravissant les quelques marches, Bulma s'aperçut qu'il s'agissait d'un couple. Derrière eux, Les lourds battants de la porte étaient grands ouverts sur un grand hall ovale. Des bribes de discussion mondaine mêlées à une petite musique de fond s'échappaient de l'intérieur de la maison. Bulma nota les gardes du corps discrètement postés de chaque côté de la porte.
- Monsieur Linley, vous n'imaginez pas combien j'avais hâte de vous rencontrer, lança Freezer de sa voix la plus aimable.
- Le plaisir est partagé, Monsieur Ice, répondit l'homme qui se tenait devant la porte en tendant la main.
En entendant sa voix, Bulma posa pour la première fois son regard sur le banquier. Elle ne lui avait pas accordé grande attention jusqu'ici, d'autant que le contrejour l'empêchait de discerner ses traits. Mais la voix.
Elle en eut presque le souffle coupé. Krilin se tourna vers elle en souriant et lui tendit la main à son tour.
- J'espère avant tout que vous vous amuserez ce soir, ajouta-t-il.
Bulma eut une minute de flottement et dut se contraindre à garder sa contenance pour lui prendre la main avec naturel. Contre toute attente, il la saisit et la baisa à l'ancienne mode. Si elle n'avait pas été aussi stupéfaite, elle aurait éclaté de rire. Elle ne pouvait s'empêcher d'observer son équipier avec ahurissement. Pour être honnête, elle avait du mal à le reconnaître. Elle ne l'avait jamais connu qu'affublé d'un jogging et de baskets hors d'âge, à se nourrir exclusivement de ramen, de préférence en s'en foutant partout au milieu de son bureau en bordel. Mais ce soir, il était subitement Chris Linley, le nouveau directeur de la Satan Central Bank. Un homme riche, instruit, raffiné, qui faisait du baise-main dans son smoking sur mesure.
- Je vous présente Lana, déclara-t-il.
Bulma tressaillit en croisant les yeux de glace de Lazuli, un large sourire aux lèvres. Lana Zuliev. Comme sur la fausse carte d'identité que Bulma avait trouvée dans son sac. Bien sûr.
Freezer baisa la main de Lazuli.
- Lana, vous êtes tout simplement splendide. Monsieur Linley sait apprécier les belles choses, sans aucun doute, susurra-t-il.
Lazuli lâcha un petit rire faussement embarrassé.
- Vous êtes un flatteur, Monsieur Ice. En tout cas, sachez que si vous aviez besoin de quoique ce soit, je suis à votre disposition, répondit-elle d'un ton enjoué.
Bulma avait peine à cacher sa stupeur. Krilin était le nouveau directeur de banque depuis le départ. Il faisait de toute évidence partie de cette opération dont personne n'avait rien dit à Bulma. Peut-être que le plan de Gokû était finalement un peu mieux organisé que ce qu'elle avait redouté.
Elle nota la manière familière dont Lazuli tenait le bras de Krilin. La jeune femme blonde était à couper le souffle, moulée dans une robe cousue d'or. Elle avait décidément usé des grands moyens pour percer l'intimité du prétendu directeur de banque. Bulma se demanda s'ils avaient couché ensemble tout en sachant que c'était sûrement le cas - l'inverse aurait été trop suspect. Le prix à payer pour faire tomber Freezer n'était définitivement pas le même pour tout le monde. Elle lança un œil noir à Krilin qui ne parut pas le remarquer.
Freezer entraîna Bulma à l'intérieur tandis que d'autres invités se présentaient derrière eux. Quelqu'un lui prit son manteau et elle s'aventura au bras du lézard dans l'immense salle de réception où une partie des convives étaient déjà réunis. Le Maire ne semblait pas encore arrivé.
Subitement, Lunch se planta devant eux en leur présentant un plateau hérissé de flûte de champagne.
- Un verre? Offrit-elle.
Freezer lui sourit à pleine dent en attrapant un des verres.
- Les femmes sont plus magnifiques les unes que les autres ici, murmura-t-il. Le spectacle n'en sera que plus grandiose.
Bulma essaya d'interroger Lunch du regard pour savoir ce qui se passait, mais l'autre fille l'ignora et se dirigea avec son plateau vers d'autres invités.
Végéta chargea son arme d'un coup secs et la rangea dans le holster attaché à l'une de ses épaules. Ça faisait quatre. Quatre armes, sans compter le flingue minuscule attaché à la cheville. Juste pour conjurer le sort.
Il n'était pas sûr de savoir à quoi s'attendre ce soir, ce crétin de Gokû avait l'air un peu dépassé par les événements. Quelqu'un avait visiblement embauché Mai et Shu pour pourrir la vie de Végéta et ces connards étaient plutôt bon à ce jeu. Après avoir saccagé son appartement, ils avaient fait sauter la bagnole de Tarble. Gur avait failli y laisser sa peau. Végéta ne pouvait pas dire qu'il en aurait été franchement peiné - cette bonne femme le mettait définitivement mal à l'aise avec ses airs de bonne sœur anorexique - mais elle était peut-être la seule personne qui empêchait son frère de basculer totalement. Et l'explosion de la caisse avait rendu Tarble complètement taré. La disparition de son bijou cylindré, ajoutée à l'idée que Gur aurait pu y passer lui avait fait péter un câble et il avait fallu prendre les choses sérieusement en main.
Le clan au grand complet avait écumé tous ses réseaux pour localiser Mai et Shu et les mettre hors d'état de nuire. La nuit avait été épuisante et Végéta avait renoncé avec un certain dépit à son dernier rendez-vous avec Bulma. L'ironie du sort, c'était que c'était les flics qui avaient finalement réglé le problème, avec un coup de pouce de Gokû bien sûr. Mai et Shu s'étaient fait arrêter juste avant que Raditz et Nappa ne leur mettent la main dessus. Les deux Saïyens en avaient été terriblement frustrés. Selon Gokû, Mai et Shu ne serait pas retenus plus de 24 heures, mais c'était suffisant. Suffisant pour avoir la paix en attendant d'aller au bout de ce plan qu'ils peaufinaient depuis des mois. Suffisant pour se faire Freezer. Après ça, Mai et Shu, quel que soit leur employeur, ne serait plus qu'un vague problème que Végéta laisserait à Nappa et Raditz s'ils avaient envie.
Pour l'instant, l'essentiel restait à venir. Végéta prit une longue inspiration et bloqua sa respiration en fermant les yeux. Il resta ainsi un moment, sommant mentalement son cœur de se mettre au pas, puis, lentement, il expira en serrant les poings.
A côté de lui, il entendait Raditz mastiquer du chewing-gum tandis qu'une petite musique, à peine perceptible, leur parvenait depuis la villa de l'autre côté du jardin.
- Il en met un temps, souffla Nappa avec irritation. J'aurais dû aller avec lui.
- Vous auriez été trop repérables à plusieurs. Il va revenir, répliqua Végéta.
- Je comprends pas pourquoi on se contente pas de foncer dans le tas, grommela Raditz entre deux mâchouillements.
- Parce que ça donnerait l'alerte et qu'on a besoin de l'effet de surprise, cracha Végéta avec exaspération.
- Ouais, c'est bien compliqué tout ça, grogna Raditz.
Végéta se tourna vers lui et le fusilla du regard. L'autre parut à peine s'en rendre compte. Il était agité. Trop agité. Avec les pupilles trop dilatées. Végéta savait ce que ça signifiait, mais il renonça à s'en inquiéter.
- Crache-moi ton truc, bordel, gronda-t-il simplement.
Raditz s'exécuta et en levant les yeux, Végéta aperçut la silhouette de Gokû qui revenait vers eux et leur faisait signe de le rejoindre.
Raditz et Nappa abaissèrent leurs cagoules et s'élancèrent dans une course furtive vers les marches du perron. Végéta les imita aussitôt.
La cagoule entravait sa respiration et lui donnait terriblement chaud. C'était un accessoire qu'il détestait. Un Saïyen n'avait pas besoin de cagoules, c'était bon pour les petites frappes nerveuses, mais pour l'instant, il fallait s'en contenter.
- Niveau sécurité, la voie est libre, chuchota Gokû. Vous avez tous le plan en tête, n'est-ce pas ?
Nappa émit un grognement affirmatif et les quatre hommes gravirent l'escalier de pierre polie jusqu'à la double porte de la villa qui avait été refermée.
Nappa et Gokû poussèrent les battants d'un seul geste, ouvrant le passage à Raditz et Végéta qui avaient déjà la main sur leurs flingues.
Devant eux un grand hall rond débouchait sur une gigantesque salle de réception au sol luisant.
Végéta ne manqua pas de noter l'air incrédule des quelques convives qui les repérèrent du coin de l'œil, une femme d'un certain âge dont la bouche s'ouvrit un peu et un petit homme rondouillard qui se figea alors qu'il portait sa coupe à ses lèvres. Le Saïyen marcha d'un pas décidé vers la salle de bal, Raditz à ses côtés.
Les invités étaient éparpillés dans le vaste espace et cela donnait l'impression qu'il y avait peu de monde à la réception, mais Végéta savait qu'il devait y avoir au moins une soixantaine de personnes.
Son regard balaya le décor et s'arrêta aussitôt sur un des types que Freezer avait mis sur sa liste. Il n'eut pas le temps de réagir, l'arme de Raditz retentit et l'homme s'écroula.
Végéta serra les lèvres en guettant la réaction de Goku. Cet imbécile s'était convaincu qu'il n'y aurait aucune victime ce soir. Il s'était donné du mal pour ça. Il avait monté un vrai petit plan de flic, rôdé à la minute près. C'était pour ça qu'il avait décidé s'occuper lui-même de neutraliser les agents de sécurité, histoire d'éviter tout dérapage malheureux.
Evidemment l'inconnu dans son équation c'était Raditz et Nappa. Au départ, Gokû n'avait voulu leur donner que le nom du directeur de banque, mais Raditz et Nappa étaient des vraies commères dans le milieu. Ils aimaient se vanter. S'ils avaient reçu des instructions trop différentes de celles du Lézard, Freezer aurait pu l'apprendre et ça aurait tout ruiné. Alors, Gokû avait accepté que Végéta leur file la vraie liste et il s'était contenté de leur faire croire à la dernière minute que le Lézard était revenu sur son idée et ne voulait finalement que la tête de Chris Linley.
Le problème, c'était que Gokû n'avait pas compris à quel point Raditz et Nappa pouvaient être incontrôlables quand il s'agissait de buter des mecs, et le contrat de Freezer leur était apparu comme une orgie inespérée. Végéta n'aurait pas été étonné qu'ils se mettent même à dégommer des types sans rapport avec la liste. Les envoyer ici ce soir, c'était vraiment faire entrer les loups dans la bergerie et les petites magouilles de Gokû n'y changeait rien. Végéta l'avait su dès le départ, mais c'était pas comme s'il avait tenu à ce que le plan des flics réussisse.
Gokû se figea en voyant le corps du mec que Raditz venait de descendre, mais personne ne prit pas la peine de s'en inquiéter. Végéta, Raditz et Nappa continuèrent leur progression dans la salle de réception.
Le brouhaha feutré des conversations avait enflé, ponctué de quelques exclamations de panique après la détonation, et les invités s'écartaient avec affolement sur leur passage, formant une sorte de haie d'honneur lugubre.
Les trois Saïyens s'avançaient en ligne, leur chef au milieu des deux autres. Il y eut d'autres détonations à droite et à gauche, des corps tombèrent et des cris commencèrent à retentir. Végéta n'y prêtait pas attention, il recherchait son unique cible. Sa vraie cible.
Repérer le lézard fut moins compliqué que prévu, c'était un des seuls qui ne fuyait pas, stoïque au milieu de l'agitation. Bulma s'était plaquée au mur, en retrait derrière lui, observant le spectacle avec une panique évidente.
Freezer contemplait avec délectation les trois hommes masqués qui semaient la terreur dans ce décor luxueux. Après tout, il était le maître de cérémonie de ce carnage.
Végéta serra les doigts sur la crosse de son arme et se dirigea vers lui sans hésitation. Il leva le bras et arma dans sa direction, mais au moment où il tirait, Goku se rua sur lui et attrapa son bras. Le coup partit et manqua sa cible à la plus grande irritation de Vegeta. Une nouvelle série de détonations suivit aussitôt, noyée dans des hurlements affolés et Nappa s'écroula lourdement sur le sol à quelques mètres de son chef. En levant les yeux, Végéta avisa Reacom qui se tenait à distance, l'arme à la main et un sourire triomphant sur les lèvres.
- C'était pas le deal, siffla la voix sourde de Gokû à l'oreille de Végéta.
Il s'était collé à lui en le tenant par les épaules et maintenait son bras armé dirigé vers le sol. Végéta le repoussa violemment et chercha Freezer des yeux. Le lézard était toujours là, il n'avait pas bougé au milieu de la cohue paniquée, comme s'il le défiait de tenter à nouveau de le tuer.
Arrachant brusquement son insupportable cagoule, le Saïyen le visa à nouveau mais Gokû revint à la charge et se jeta sur lui.
- T'es en train de tout faire foirer, grommelait-il avec rage.
- Fous-moi la paix, Kakarott, cracha Végéta.
Le coup partit, à nouveau dans la mauvaise direction. Un cri étouffé figea les deux hommes dans leur pugilat. Ils levèrent la tête simultanément pour voir Bulma s'affaisser le long du mur en se tenant le ventre.
- Bordel, souffla Végéta sous le choc.
Gokû le lâcha aussitôt et se précipita vers elle. Il se pencha vers elle et tenta de la soutenir. Une grimace de douleur déformait les traits de la jeune femme dont les avant-bras étaient crispés sur son abdomen. Végéta se sentait anesthésié par le spectacle. Il avait le souffle court, incapable de bouger jusqu'à ce qu'il sente le contact dur d'un canon de flingue à l'arrière de sa tête.
- La fête est finie, Ouji, annonça la voix froide de Zarbon.
Végéta tourna les yeux vers Freezer qui se tenait toujours impassible à quelques pas en face de lui. Son sourire narquois ne l'avait pas quitté. Un peu plus loin, derrière lui, Bulma et Gokû étaient agenouillés sur le sol. Autour d'eux, quelques invités encore présents s'étaient tus sous le coup de la stupéfaction.
Végéta ne voyait pas Raditz. Peut-être était-il à terre lui aussi. Quelque chose clochait, de toute évidence. Où étaient les copains flics de Gokû ? Ils étaient censés être dans la salle, ils étaient censés intervenir.
Végéta lâcha son arme qui percuta le sol avec un claquement sec. A cette seconde, il pivota brusquement pour enfoncer son coude dans les côtes de Zarbon, tout en attrapant de sa main libre un deuxième flingue calé dans le holster de son épaule. Zarbon fit un pas en arrière et esquiva le coup de coude mais ce fut suffisant pour que Végéta braque son arme sur lui et tire.
L'homme de Freezer fut projeté au sol et Végéta détala. Les invités s'écartaient instinctivement devant lui. Il se dirigea vers le hall d'entrée mais s'aperçut avec incompréhension que la porte battante de la villa avait été refermée. Il n'avait pas le temps de chercher à savoir pourquoi, il se retrouvait sans autre choix que de monter à l'étage de la villa en priant pour trouver une issue par les toits.
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