L'hôpital était plongé dans le silence en ce début de soirée. Les patients terminaient tranquillement leur repas, tandis que guérisseurs et médicomages donnaient leurs derniers conseils avant de quitter la chambre. La seule qui n'avait pas encore reçu de visite se situait au premier étage de l'hôpital Ste-Mangouste.
La chambre en question, numéro 124, aussi connue sous le nom de la salle Cliodna, d'après la célèbre druidesse qui avait découvert les propriétés de la rosée de Lune, abritait un jeune sorcier qui venait de survivre à l'attaque d'un dragon. En considérant que c'était le troisième qu'il affrontait à même pas vingt-quatre ans, il était tout à fait logique de constater la présence d'un troupeau de journalistes. Cela le devenait encore plus quand on savait que le sorcier en question n'était autre que Harry Potter.
C'était déjà son deuxième séjour en un mois dans l'illustre centre de soin magique, et une nouvelle fois il avait fait preuve d'un courage hors du commun. La rue Moldue Norman Road à Sutton, dans le sud de Londres, avait été pratiquement détruite par un Pansedefer ukrainien.
La Brigade de réparation des accidents de sorcellerie avait travaillé durant une demi-journée pour réparer les dégâts, et tandis que les Oubliators s'étaient évertués à faire oublier aux Moldus le spectacle hallucinant auquel ils avaient assisté, le Comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus tentait de trouver une explication à communiquer.
Certains Moldus avaient même dû être admis à Ste-Mangouste pour des blessures, ou pour leur santé mentale, tout simplement. Cependant, les visites de la salle Cliodna étaient filtrées, et seuls quelques visiteurs étaient autorisés à y entrer. Mais ils n'y restaient que quelques minutes, rarement plus d'une heure, et sortaient de la salle le visage triste et morose. Seul un visiteur semblait rester au chevet de Harry Potter toute la journée.
Ron était inquiet.
Son ami n'avait pas ouvert les yeux depuis son arrivée quelques jours plus tôt. Sa plaie s'était rouverte lors de son combat avec le dragon, lui faisant perdre beaucoup de sang, et d'autres blessures moins graves étaient venues s'ajouter aux anciennes. Son état était moins critique que la dernière fois – après tout, il n'avait rien de cassé et ses blessures avaient vite cicatrisé –, mais il était dans un grand état de fatigue.
Ses forces l'avaient quitté, toute son énergie avait disparu. Volenlaire se voulait rassurant : ce n'était rien de grave, il lui fallait juste du repos. Mais Harry n'était pas un cas médical comme les autres. Ses visites à l'infirmerie de Poudlard n'étaient jamais anodines, Madame Pomfresh avait de quoi faire une dissertation de plusieurs dizaines de parchemins sur le sujet. Pourtant, aussi loin que remontaient ses souvenirs, jamais Ron n'avait vu Harry dormir si longtemps.
Il avait ouvert une fois les yeux, mais semblait tellement loin de la réalité que Ron avait pensé que ce devait être un rêve. Hermione était toujours inquiète au sujet de Harry, depuis toujours, mais ce n'était rien comparé à Ginny, notamment depuis qu'elle était enceinte – une fois, Harry était venu avec suffisamment de nourriture pour sustenter pendant un mois tout le Bureau, tant Ginny avait eu peur qu'il ne manque de quelque chose. Volenlaire avait donc appris à la laisser entrer quand elle se présentait. Mais lui, Ron, avait toujours fait confiance à son ami pour se sortir de toutes les situations possibles et imaginables.
N'était-ce pas Harry qui était entré dans la Chambre et avait terrassé le Basilic de Voldemort ? Ou encore avait triomphé des tâches du Tournoi des Trois Sorciers alors qu'il était plus jeune que les autres champions et bien moins expérimenté ? Ron jouait le rôle de l'ami rassurant, essayant de calmer les trois femmes de sa vie à propos de la santé du Survivant. Mais il devait avouer qu'aujourd'hui, il avait bien du mal à être positif.
Harry était allongé sur le dos, les bras le long du corps, parfaitement immobile, sa poitrine se soulevant à peine pour respirer. Son visage avait repris des couleurs depuis deux jours, mais restait pâle, faisant d'avantage ressortir sa cicatrice en forme d'éclair. Il arborait une expression de lassitude et de fatigue qui ne disparaissait pas. À croire qu'il ne voulait pas se réveiller.
Les guérisseurs lui avaient donné une potion de régénérescence, ainsi que des potions à base de nutriments et d'eau pour éviter qu'il ne meure. Mais rien n'y faisait, Harry restait profondément endormi. Même les ballotages en tous sens que lui avait fait subir Molly Weasley n'avaient pas réussi à le sortir de sa torpeur. Ron restait à ses côtés tous les jours, rentrant chez lui tard le soir et partant avant le lever du soleil. Moore lui avait donné des congés et lui avait formellement interdit de venir au Ministère.
Ron se leva de sa chaise, les jambes ankylosées. Il s'étira, fit quelques pas pour les oxygéner, puis, il se pencha sur son sac et en sortit un sandwich au jambon. Il lança un regard coupable à son ami avant d'y mordre à pleines dents. Il n'avait fait que trois bouchées qu'un bruit sourd provint du rez-de-chaussée de l'hôpital. On aurait dit que quelqu'un venait de renverser quelque chose de très lourd.
Il prit sa baguette, prêt à riposter. Des cris de surprises parvinrent à ses oreilles, mais ils se calmèrent quelques secondes plus tard. Il essaya d'entendre les conversations. Apparemment, plusieurs personnes étaient arrivées d'un coup… beaucoup de blessés… certains dans un état critique.
Encore une attaque des Vampires, pensa Ron. J'espère juste qu'il n'y a pas d'enfant.
Les bruits se calmèrent au bout de quelques minutes. Il posa sa baguette et termina son sandwich. Le chaos s'empara alors de Ste-Mangouste. Une violente explosion se produisit loin à sa gauche, vers l'extrémité du couloir, faisant trembler les murs.
C'est vers là-bas que sont les blocs opératoires, se rappela Ron.
Il comprit très vite que les Vampires s'étaient fait passer pour des victimes. Ils avaient décidé d'attaquer un autre point stratégique, et pas des moindres. Ron sauta sur sa baguette et bondit hors de la chambre. Il s'arrêta quelques secondes sur le pas de la porte, jetant un coup d'œil à Harry. Celui-ci dormait profondément. Ron pouvait-il le laisser là, tout seul, sans défense ? Devait-il aller aider les médicomages et les guérisseurs qui étaient probablement surpassés par la menace soudaine qui venait de frapper ? Le jeune Auror décida finalement de se diriger vers les cris : il ne pouvait pas rester à ne rien faire alors qu'on avait besoin de ses talents de duelliste… Au moins jusqu'à l'arrivée des renforts. Par acquis de conscience, il verrouilla la porte à l'aide d'un sortilège, puis s'élança vers les cris.
Au fur et à mesure qu'il s'enfonçait dans les couloirs, il croisa les derniers visiteurs affolés, qui couraient vers l'escalier à droite du jeune sorcier, tandis que le bout du couloir était masqué par des flammes et des débris. Des médicomages se précipitaient dans cette direction, sans doute pour aller sauver les malades cloués au lit. Les plus vifs sortaient déjà en traînant leurs jambes, soutenus par un ami ou un membre de la famille.
Ron décida qu'il devait se rendre au rez-de-chaussée pour repousser l'assaut des Vampires, mais avant qu'il n'ait pu atteindre la porte menant aux escaliers, celle-ci fut balayée et il fut projeté en arrière. Une bourrasque de vent contre-nature balaya le couloir, obligeant Ron à se plaquer au sol pour ne pas s'envoler. Ni les chariots, ni les malades n'y échappèrent, et ils furent envoyés vers les flammes. Des morceaux de parchemins volaient dans tous les sens, obstruant pratiquement son champ de vision. Le jeune Auror tenta de ramper à contre-courant. Son cœur battait la chamade, mais il fut incapable de dire si c'était à cause de l'adrénaline qui affluer dans on organisme ou la peur qui menaçait de le tétaniser à tout instant. Il se demanda s'il en était de même dans le couloir de Harry.
Il vit un médicomage se précipiter vers la porte et disparaître dans une gerbe sanguinolente. Ron leva sa baguette vers la silhouette qu'il distinguait, mais avant de ne pouvoir faire quoi que ce soit, il sentit une force incroyable lui attraper la gorge et le plaquer contre un des murs. Il lâcha une exclamation de douleur sous le choc. Une jeune femme Vampire, d'apparence à peine plus âgée que lui, le tenait en l'air d'une seule main. Il sentit ses cartilages craquer, l'air arrivant plus difficilement aux poumons. Les longs ongles de la Vampire lui tailladèrent la peau et il sentit la chaleur de son sang perler. Il essaya de pointer sa baguette vers son agresseur, mais celle-ci lui attrapa le poignet et le tordit. Cela lui décocha une grimace, mais son hurlement fut étranglé par la poignée phénoménale de son adversaire.
Le visage de son agresseur avait des traits fins, ses grands yeux bleus ressortaient davantage qu'ils étaient encadrés par de longs cheveux bruns. Cependant, ils étaient vides de vie et n'exprimaient que la soif de sang. Avec sa main valide, Ron tenta d'écarter les doigts sur sa gorge, mais aucun ne bougea malgré tous ses efforts. Le manque d'air le fit s'agiter dans tous les sens, son corps essayant de lutter pour inspirer la moindre goulée d'air. La panique commença à le submerger alors qu'il luttait avec toujours plus d'ardeur mais toujours aussi vainement. Il était totalement impuissant. Il ne pouvait pas se protéger, ni protéger les autres en attendant les renforts. Il ne pouvait pas protéger Harry.
La jeune Vampire ouvrit grand la bouche et approcha la gorge de Ron. Cependant, un de ses congénères posa la main sur son épaule. Elle lui lança un regard haineux, puis, après un dernier regard au jeune sorcier, elle l'envoya contre un mur plusieurs mètres plus loin. Il s'effondra, inconscient, sur le sol.
Lorsque Ron se réveilla, il semblait que des heures s'étaient passées. Sa tête lui faisait extrêmement mal et il avait encore du mal à respirer. Il était toujours allongé sur le sol, face contre terre. Il sentit qu'une personne se tenait près de lui. Il se retourna vivement, prêt à riposter. Mais il se retint à temps lorsqu'il reconnut un médicomage.
« Vous allez bien ? s'enquit celui-ci.
— Euh… Oui, je crois. Où sont-ils ? interrogea l'Auror.
— Ils viennent juste de prendre l'escalier. Je crois qu'ils redescendaient au rez-de-chaussée. »
Ron se releva d'un bond, sa robe de sorcier recouverte de poussière et de cendres. Sa tête sembla mieux s'oxygéner et il ne ressentait plus qu'une légère migraine. Il essaya de reprendre l'équilibre, titubant un peu en avançant. Il n'avait été endormi que quelques minutes, voire quelques secondes seulement. Il devait agir vite, les Aurors devaient à peine avoir reçu l'alerte. Les renforts arriveraient bientôt, mais ça serait déjà trop tard.
La panique revint au galop lorsqu'il se précipita aussi vite qu'il le put vers les escaliers. Les Vampires n'étaient plus dans cette aile, mais le jeune sorcier devait impérativement retourner auprès de Harry. Il ne pouvait pas laisser son ami seul alors que des créatures psychopathes se baladaient librement dans l'hôpital. Il ne lui fallut que quelques secondes pour arriver dans le couloir, mais s'arrêta net dans sa course. Le sol était recouvert de débris parsemés de quelques cadavres. La structure était restée intacte, à l'exception d'un seul pan de mur, qui avait été entièrement arraché. Ron le reconnut immédiatement et s'y précipita, alors qu'une profonde terreur fit place à la panique. Pourquoi avait-il quitter la chambre ? Pourquoi n'était-il pas resté ?
Il entra avec précaution par le trou béant et s'avança au milieu des gravats, plus nombreux encore qu'à l'extérieur. La chambre avait été partiellement détruite, seul le fond était demeuré pratiquement immaculé. Le lit était toujours là, les draps usés ayant été arrachés et partiellement déchirés. Mais il n'y avait personne dans ce lit. Ron nota qu'il n'y avait aucune trace de lutte, ni aucune trace de sang. C'était un bon signe, mais pas moins inquiétant. Il jeta un dernier regard, mais il savait qu'il avait déjà perdu trop de temps. Il avait tout de suite compris ce qui s'était passé, au moment même où la Vampire l'avait lâché. Sans perdre un instant supplémentaire, il retourna dans le couloir, dévala les escaliers et arriva dans le hall d'accueil, partiellement détruit. Malheureusement, comme il s'y attendait, il n'y avait déjà plus aucune trace des Vampires.
« Par les calçons de Merlin ! jura-t-il.
— Qu'y a-t-il ? demanda un médicomage qui soignait une vieille femme qui saignait.
— Harry Potter a été enlevé. »
Ron jura une nouvelle fois, sous le regard terrifié du médicomage. Il devait impérativement prévenir Ospicus afin que des recherches soient lancées pour retrouver Harry. Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était ce que Ginny allait faire de lui.
Harry était lessivé. Il n'en pouvait plus. Chacun de ses membres lui quémandait un repos définitif, aucun ne voulait obéir à sa volonté. Même ses sens étaient en grève, refusant de lui transmettre la moindre information sur son environnement.
Il était dans le noir total et il ne prenait pas le chemin pour en sortir.
Il ne savait même pas où il se trouvait, ni avec qui il se trouvait, ni dans quelle position il se trouvait. La seule chose dont il était absolument sûr, c'était qu'il était en vie. Sinon, il aurait vu King's Cross, ou au moins ses parents. Peut-être même que Dumbledore serait venu l'accueillir.
Non, il était bien en vie.
Bien que ce fût la seule information dont il disposait, c'était une information des plus importantes. Il réalisa très vite qu'il n'avait plus la notion du temps, ce qui accentua sa désorientation. Il ne savait pas si cela faisait deux heures ou deux ans qu'il était dans cet état. Il ne ressentait plus la faim ni la soif, la douleur qui l'avait tiraillé lors de son combat avec le Pansedefer avait disparu.
C'était comme s'il n'avait plus de nerfs, l'inverse total du Doloris.
Il essaya de parler, mais sa bouche refusait de s'ouvrir, et il n'émit même pas un grognement. Un flash lumineux l'éblouit subitement, avant de disparaître presque aussitôt et il fut de nouveau plongé dans le noir. Harry commençait à avoir peur. Que lui arrivait-il ? Pourquoi son corps refusait-il de bouger ? Était-ce un rêve ? Un rêve particulièrement sombre, mystérieux.
Harry réalisa alors qu'il pouvait toujours ressentir des sentiments, avoir des pensées concrètes, établir des hypothèses… Il était en pleine possession de toutes ses capacités mentales. Seules ses aptitudes physiques semblaient affectées. Était-il devenu un fantôme ? Non, il ne se serait pas retrouvé dans le noir. Et il était évident qu'il n'était pas mort. Il était déjà resté évanoui plusieurs heures, avait été inconscient durant de longues périodes, mais jamais il n'avait vécu une sensation si étrange.
Soudain, un évènement étrange arriva. Il distingua une lumière blanche, loin devant lui. Malgré la distance qui les séparait, Harry se couvrit les yeux pour ne pas être ébloui par l'intensité soudaine… Puis il réalisa : il s'était couvert les yeux.
Je peux bouger, pensa-t-il, surexcité.
Il essaya d'avancer, mais ses jambes refusaient d'obéir. Pourtant, tout le haut de son corps répondait présent. Un brouhaha s'éleva alors autour de l'espace noir dans lequel il se trouvait, l'obligeant à couvrir ses oreilles. Il garda les yeux mi-clos pour ne pas être aveuglé par la puissante source lumineuse. Il sentit également qu'on le tenait fermement, que quelque chose entravait ses mouvements. Cependant, il n'y avait rien ni personne autour de lui.
Une puanteur assaillit ses narines, une odeur de chair et de sang humain emplissait l'étrange lieu où il se trouvait. Il essaya de crier, mais il ne sut pas s'il y était arrivé à cause de la clameur persistante.
Il sentit un coup violent sur sa bouche, comme si on lui enfonçait quelque chose, et le goût du sang… Il avait dû se mordre la langue. La douleur l'informa que c'était sa lèvre inférieure qui saignait.
Harry n'avait pas avancé, n'avait pas essayé de s'approcher de la lumière blanche. Cependant, celle-ci semblait plus proche, plus intense et plus grande que lors de son apparition : alors qu'elle n'était qu'un petit point au début, elle remplissait à présent la moitié de son champ de vision. Et elle grandit de plus en plus, jusqu'à l'englober totalement.
La rumeur se fit plus forte, plus bruyante, mais le jeune homme commençait à distinguer certains mots intelligibles. Il sentit également que tout son corps était parcouru de spasmes, qu'il s'agitait violement dans tous les sens pour se libérer des liens qui le maintenaient en place.
La lumière blanche fit peu à peu place à une pièce blanche comme la neige, éclairée seulement par des centaines de chandelles. Cependant, sa vision resta floue, signe qu'il n'avait pas ses lunettes. Il vit également des silhouettes sombres et menaçantes penchée au-dessus de lui et il secoua plus violemment son corps. Celui-ci était maintenu par des liens solides, le contact froid indiquant qu'il devait s'agir de chaînes de métal.
Le support sur lequel Harry était allongé était dur – du bois ou de la pierre, il ne savait pas vraiment – et il sentit son dos crier de douleur. Harry ne le voyait pas, mais il était certain qu'il était recouvert de bleus. Il essaya d'appeler à l'aide, mais sa voix se perdit dans un bâillon qui entravait sa bouche. Il sentit qu'on lui mit violemment un objet sur le nez, et compris que c'étaient ses lunettes lorsque sa vue se fit plus nette. Il observa où il se trouvait et réprima un mouvement de panique.
La pièce, de forme circulaire, était recouverte de marbre blanc, qui reflétait la lumière des chandelles, diffusant ainsi une étonnante lumière blanche. Il comprit également qu'il n'était pas allongé, mais maintenu debout contre un mur. À l'opposé de la pièce, une porte en bois, blanche elle aussi, dissimulait le reste du lieu où il se situait. Il n'y avait aucune fenêtre, ni aucune autre ouverture pouvant laisser entrer la lumière du jour.
Harry constata que c'était bien des chaînes en métal qui le maintenaient contre le mur. Ses pieds battaient dans le vide, à quelques centimètres du sol. Une vive douleur au niveau de l'épaule lui indiqua qu'il était suspendu ainsi depuis un bon moment. Il nota, sans une certaine gêne, qu'il était entièrement nu, ce qui accentuait le contact froid de ses liens. On voyait parfaitement ses récentes cicatrices, encore rouges, et les plus anciennes, comme la morsure de Nagini.
Mais ce qui terrifiait le plus Harry, ce n'était pas la position dans laquelle il se trouvait. C'était la présence d'un autel, lui aussi en marbre blanc, au centre de la pièce, à côté duquel se trouvait une petite table en bois recouverte de différents outils aux formes si acérées et étranges qu'ils ne devaient servir qu'à une seule chose : la torture.
Les personnes autour de lui, moins d'une dizaine, le regardaient avec une curiosité malsaine. Leurs regards étaient avides de sang et de souffrance, imaginant sans doute les atrocités qu'il allait subir. Le marbre ne devait servir qu'à atténuer leur pâleur, mais l'odeur qui émanait d'eux ne pouvait tromper Harry.
Les Vampires l'avaient capturé.
Le jeune Auror essaya de maîtriser sa panique. Il ne devait absolument pas montrer sa perte totale de moyens. Il devait impérativement mettre une distance entre lui et ses ravisseurs, ne pas leur faire croire qu'ils avaient le dessus. L'une des créatures, d'apparence quinquagénaire avec de longs cheveux noirs et graisseux, eut un léger ricanement. Harry essaya de ne pas répondre, en gardant son sang-froid. Le Vampire ricana de plus en plus fort et contamina deux autres de ses congénères. Bientôt, tous se mirent à ricaner devant Harry, ce qui l'agaça de plus en plus.
Un seul d'entre eux resta impassible, plongeant son regard ambre dans celui émeraude de Harry. Il était également le seul à réussir à maîtriser sa soif de sang, mais Harry pouvait lire dans ses yeux un appétit féroce. Ses cheveux étaient d'un blanc argenté et son visage en diamant était celui d'un homme d'une quarantaine d'années. Il portait une longue robe de soie rouge bordeaux, qui le couvrait totalement. Ses mains étaient dissimulées dans les plis de sa robe.
« Vous savez quel est mon nom ? demanda le Vampire.
— Non, mais je sais ce que vous êtes : un criminel ! cracha Harry.
— Je m'appelle Walter Kontschak. Je suis…
— Le Roi des Vampires, se rappela le jeune homme. Je pense que vous ne vous formaliserez pas au fait que je ne vous salue pas.
— Vous le ferez en temps voulu, Harry Potter.
— L'avantage d'être célèbre, c'est que nous n'avons même plus le besoin de nous présenter, provoqua-t-il d'un ton insolent.
— Vous ne serez plus aussi sûr de vous d'ici quelques heures.
— Vous allez me torturer ? Je dois vous signaler que Tom Jedusor a fait bien pire : il m'a…
— Nous savons ce que celui qui se faisait appeler Lord Voldemort vous a fait subir, écarta Kontschak d'un revers de la main.
« Je regrette cependant de vous dire que nos techniques sont bien différentes. J'aime croire qu'elles sont même plus efficaces. Le Doloris est sans doute une très bonne invention des sorciers et inflige des douleurs certaines. Cependant, la torture physique, tout comme la torture psychologique, laissent des traces bien plus profondes… »
Le Roi des Vampires laissa sa phrase en suspens, permettant à Harry de s'en imprégner. Un souvenir lui revint alors en mémoire. Un détail auquel il n'avait pas pensé depuis plus de six ans.
Son séjour chez le Manoir des Malefoy lors de la chasse aux Horcruxes. Hermione y avait été torturée par Bellatrix Lestrange et l'état dans lequel elle s'était trouvée, une fois arrivée à la Chaumière aux coquillages, était bien plus grave qu'un simple Doloris. Hermione n'avait jamais dit ce qui s'y était passé, pas même à Ron, malgré ses demandes. Bellatrix avait parlé d'un couteau, un couteau qu'elle avait utilisé pour entailler le cou d'Hermione lorsqu'ils avaient essayé de s'échapper.
Était-il possible qu'elle l'ait utilisé avant ? Hermione était très pâle lorsqu'ils étaient rentrés, avait-elle perdu beaucoup de sang ? Ou alors le choc avait-il été si puissant qu'elle en avait perdu les couleurs ? Son cerveau avait-il été atteint ?
Harry avait déjà subi des Doloris et il savait à peu près comment y résister. Mais les Vampires avaient-ils vraiment des techniques encore pires ? Harry essaya de fermer son esprit pour ne pas laisser transparaître le doute qui s'était insinué en lui.
« La peur commence à apparaître, murmura Kontschak.
— Je n'ai pas peur ! » s'exclama Harry.
Ce qui était en partie vrai : il était terrorisé.
« Ne la refoulez pas, invita la créature maléfique. C'est une émotion primaire. Les humains lui doivent leur survie dans le monde dangereux qu'était la Préhistoire. Les sorciers lui doivent vos lois. Sans la peur, vous cessez d'être humain. Sans la peur, vous devenez un être dénué de sentiments. Une machine.
— Je vous dis que je n'ai pas peur ! Pourquoi me dites-vous tout ça ?
— Parce que si vous n'éprouvez pas la peur, nul doute que vous le ferez bientôt, assura Kontschak d'une voix suave. Car même vous, Harry Potter, vous la connaissez.
« Le problème avec les humains, c'est que vous n'arrivez pas à la contrôler : soit vous la cachez jalousement et la libérez d'un coup, soit vous l'affichez clairement, mais en permanence. Même les plus courageux d'entre vous ont peur en chaque instant. La peur guide vos actes, vos pensées et vos paroles.
« Les Vampires ont appris à la maîtriser, car nous aussi nous l'éprouvons. Cette peur de l'astre Roi, nous l'avons combattue, nous l'avons acceptée et nous nous sommes parés à l'affronter le moment venu.
« Nous avons fusionné avec elle, de telle sorte que nous pouvons aussi bien la séparer de notre corps, où accepter qu'elle en fasse partie.
— C'est bien beau tous vos jolis discours sur la peur et le contrôle de soi », lança Harry avec tout le courage dont il disposait. « Mais ça ne me dit pas pourquoi je suis ici. Vous savez aussi bien que moi que ce sont les Mangemorts qui ont volé votre sceptre. Et j'ose croire que vous êtes convaincus que je n'en fait pas partie !
— Nous savons qui vous êtes, Harry Potter, certifia Kontschak. Nous connaissons votre histoire, votre légende, votre mythe. Nous étions sur cette terre bien avant vous et Lord Voldemort. Mais j'ai le regret de vous annoncer qu'aussi grand et puissant était votre adversaire, il n'a pas été le seul Mage Noir à avoir existé.
« Notre sceptre représente un grand pouvoir et les derniers sorciers à l'avoir eu en leur possession sont allés bien plus loin que Voldemort dans leur soif de destruction et de meurtre.
— Ça ne me dit toujours pas pourquoi je suis ici.
— Harry Potter, je pensais que vous saviez ce qu'était le sceptre, se lamenta la créature.
— Un vieux bâton appartenant au Roi des Vampires, balaya Harry. Qu'est-ce que je fais ici ? »
Les paroles de Harry semblèrent avoir blessé Kontschak. Ou plutôt avoir outragé les Vampires présents dans la pièce. Le Roi lacéra le visage de Harry à l'aide de sa main droite, dotée d'ongles à faire verdir Rita Skeeter. Les autres créatures jurèrent violemment, certains ne se privant pas de frapper Harry. Il sentit de vives douleurs lui parcourir le corps. Ses poignets s'étaient engourdis sous l'effet de son poids.
Lorsque les Vampires se retirèrent, il saignait abondement de la bouche – une dent avait dû être cassée – et crachait le précieux liquide rouge. Il sentit également qu'une de ses pommettes devait être brisée – il ne savait pas laquelle sous l'effet du choc –, ainsi qu'au moins une côte.
« Harry Potter. Si vous continuez à rester autant ignorant, je crains ne pas pouvoir garantir l'état dans lequel je vous rendrai à votre Communauté, si bien sûr ce jour arrive.
— Que voulez-vous dire ? réussit à articuler le jeune sorcier. Vous allez me rendre ?
— Finalement, la grande intelligence dont vous êtes censé faire preuve n'est qu'un mythe, observa Kontschak.
« Vous êtes ici car vous me servirez de monnaie d'échange, ainsi que de source d'information, exposa-t-il. Je sais que vos amis remueront ciel et terre pour vous retrouver. Et lorsqu'ils apprendront que vous ne leur serez rendu que lorsque le sceptre nous sera remis, ils remueront ciel et terre pour le retrouver et me le rapporter.
— Pourquoi ne pas le faire vous-même ? questionna Harry. Je croyais que les Vampires raffolaient du sang humain. C'est une aubaine qui s'offre à vous ! Vous allez pouvoir assouvir votre soif animale. Plus cette guerre durera, et plus vous pourrez nous tuer. Pourquoi vouloir l'écourter à tout prix ? Vous avez peur qu'on vous donne une bonne raclée ? »
Ça se passa si vite que Harry ne vit pas Kontschak bouger. Le Roi des Vampires se tenait à cinq mètres de lui, l'observant avec un air supérieur, puis un battement de cils plus tard, il se retrouva juste devant lui, son avant-bras écrasant sa gorge.
Le captif avait du mal à croire qu'une personne aussi frêle que Kontschak pouvait appuyer avec autant de force. Il commençait à suffoquer, fixant les yeux ambre de son ennemi à quelques centimètres des siens. Il ne faisait aucun doute qu'il était furieux.
« Sachez, Harry Potter, que nous n'aurions aucun mal à écraser votre misérable espèce, menaça la créature magique. Vous nous êtes tellement inférieurs qu'il s'agit d'un sacrilège en soit que l'un de vous ait entre ses mains le sceptre de notre illustre Roi Mulcahy. »
Sans prévenir, Kontschak attrapa l'entre-jambe de Harry et serra si fort que le Survivant ne put retenir un hurlement de douleur. Les larmes lui montèrent aux yeux, brouillant sa vue, et la souffrance était si brutale, si soudaine, qu'il faillit s'évanouir. Il ne distinguait plus qu'une silhouette sombre sur un fond blanc, des milliers d'étoiles pétillaient devant ses yeux. Sa respiration se faisait de plus en plus difficile. Le supplice était tel que son corps se tortilla dans tous les sens, comme pour lutter, mais le Vampire garda sa main en place.
« Nous ne perdrons jamais face à vous ! éructa-t-il. Si vous survivez, c'est uniquement grâce à notre bonne volonté et notre bon sens ! »
Le Roi des Vampires relâcha son emprise, mais l'engourdissement ne quitta pas Harry. Il essayait de contenir sa douleur, de la faire passer, mais en vain. Il se mordit la langue jusqu'au sang, pour essayer de détourner l'attention de son cerveau, sans succès. Le goût du sang l'écœura et il le recracha.
Ce fut alors qu'il sentit son estomac se contracter violemment et il ne put retenir un jet de sucs gastriques, aspergeant le marbre blanc à ses pieds. Il vomit ainsi plusieurs fois, sous l'effet du martyre. L'acide lui brûlait la gorge, mais il n'arrivait pas à se contenir. Puis lentement, très lentement, il retrouva ses esprits. Un élancement le tiraillait toujours, mais il était devenu plus supportable.
Il observa alors Kontschak s'éloigner de lui tandis qu'un filet de sang coulait sur sa jambe. Il vit que son ravisseur avait la main en sang, ou plutôt qu'elle en était recouverte. À la grande surprise de Harry, il l'essuya avec une serviette qu'il donna à un des Vampires. Celui-ci alla la jeter dans une cheminée – que Harry n'avait pas vue avant –, non sans avoir jeté un regard d'envie au mouchoir tâché.
« Trêves de bavardages. Je n'ai pas que ça à faire ! Amenez le prisonnier ! » ordonna le Roi des Vampires.
Une de ses sujettes s'exécuta et sortit de la pièce. Elle passa à travers la porte, comme si elle n'existait pas, et disparut une fraction de secondes plus tard. Le silence régna sur la pièce, ponctué seulement par la respiration haletante de Harry.
Il reprenait petit à petit ses esprits, la douleur se faisant de moins en moins vive. Seules ses épaules le lancinaient de temps en temps et il devait cracher le sang qui s'accumulait de sa dent cassée et sa langue coupée. Sa vue était redevenue normale lorsqu'il vit la lourde porte s'ouvrir. Il distingua rapidement un couloir éclairé par des chandelles, mais avant qu'il n'aie pu noter de détails supplémentaires, la porte se referma.
La Vampire qui était partie, tenait à présent un homme dont la tête était recouverte d'un sac de soie noir. L'homme traînait légèrement les pieds et, devant son absence totale de réaction, Harry se demanda même s'il était conscient. La créature l'amena aux pieds du Survivant, Kontschak se tenant désormais sur sa droite. On retira la capuche de soie à l'homme et Harry vit qu'il était à peine conscient : son regard était vide et fatigué, ses yeux étaient mi-clos et son visage, blanc.
Ce visage rappelait quelque chose à Harry, mais il ne savait pas quoi. Il était sûr d'avoir déjà vu cet homme, qui devait être âgé d'une trentaine d'années, quelque part. Harry ne sut que décider, mais de toute évidence, l'homme était totalement dans les vapes. Rien ne laissait présager qu'il savait où il se trouvait, ni avec qui.
« Je vous présente Terrence Higgs, déclara solennellement Kontschak. Je crois savoir que vous vous êtes rencontrés à Poudlard, lors de votre scolarité… »
Soudain, le déclic se fit dans l'esprit de Harry. Il revoyait l'étudiant plus âgé que lui, portant la robe de Quidditch aux couleurs de Serpentard, l'Attrapeur qui avait fait gagner l'Angleterre à une époque qui parut si lointaine au jeune sorcier, qu'il douta de son existence.
Il se tourna vers le Roi des Vampires, essayant de comprendre quelle était la mascarade qu'on lui jouait. Il obtint comme seule réponse un signe de tête. Aussitôt, deux créatures attrapèrent Higgs par les épaules, le relevèrent et l'amenèrent vers l'autel. L'une d'elles le posa brutalement dessus, avec une seule main, puis l'attacha solidement. Kontschak attendit que les Vampires se fussent éloignés de l'autel pour venir à son tour.
Il fit un geste de la main et, aussitôt, Harry se sentit bouger. Il regarda autour de lui et vit que deux des sujets du Roi portaient l'énorme pierre sur laquelle il était attaché. Ils le déposèrent juste devant l'autel, au niveau de la tête de Higgs, de telle sorte que Harry avait une vue plongeant sur le corps du coéquipier de Ginny. Celui-ci regardait le plafond, mais son regard était toujours aussi vitreux.
Un très mauvais pressentiment l'envahit soudain. Sa vue sur les instruments posés sur la table était, elle aussi, tout aussi plongeante. Et rien que de voir les pointes effilées lui donnait des frissons dans tout le corps. Kontschak se tint au-dessus de Higgs, à la gauche de Harry. Il avait retiré sa cape de soie, ne portant plus qu'un pantalon et une veste, tous deux faits du même tissu.
« Nous allons pouvoir commencer, annonça-il. Sachez d'abord, Harry Potter, que le choix de Terrence Higgs est totalement fortuit et indépendant de votre présence ici. Nous l'avions en notre possession bien avant que nous procédions à votre enlèvement.
« J'ose cependant croire que, malgré vos différences et le fait que vous ne vous soyez plus croisés personnellement depuis des années, vous tenez à empêcher la mort de ce sorcier. Pour cela, rien de plus simple, je vous rassure.
« Il vous suffit de répondre à mes questions en me disant la stricte vérité. Et n'essayez pas de me mentir. Même si je reconnais que Lord Voldemort était un excellent Legilimens, notre peuple possède des moyens bien plus développés pour savoir si une personne dit la vérité. N'oubliez pas que nos sens de perception sont bien plus sensibles que les vôtres.
— Je n'avais aucune intention de vous mentir, affirma Harry. Je n'ai rien à cacher. Vous… vous devez savoir que ma vie a été passée au peigne fin et que tout le monde connaît chaque détail de ma trépidante existence. Quelles sont vos questions ?
— Harry Potter, vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas remarqué ces objets sur cette table ? Vous savez aussi bien que moi quelle est leur utilité, susurra le Roi des Vampires.
— Ah, vous parlez de ces tiges de fer ? railla vainement Harry. Je croyais que c'était de la décoration. Vous me rassurez, pendant un instant, j'ai cru que vous n'aviez aucun goût ! »
Avant que il n'ait pu réagir, Kontschak attrapa un immense objet métallique en forme de crochets de serpent, et le planta dans le bras gauche de Higgs. Le geste fut exécuté avec tant de vitesse et de précision, que l'objet s'enfonça presque entièrement au niveau du coude, fendant l'autel de marbre blanc. Il n'y eu presque pas d'éclaboussures de sang.
Higgs sembla revenir parmi eux et hurla si fort que Harry crut que ces tympans allaient se briser. L'Attrapeur fut parcouru de spasmes, ses membres s'agitant violemment. Seul son bras gauche resta immobile, littéralement crucifié, du sang s'en écoulant et souillant l'autel. Kontschak fit tourner l'objet et l'Auror crut entendre de sombres craquements au milieu des hurlements de son congénère.
Puis le Vampire retira d'un coup son arme – les hurlements se firent plus intenses –, essuya le sang dessus et le reposa sur la table. Higgs continuait à hurler et à s'agiter tandis que le Roi se tournait vers son prisonnier.
« Comme vous pouvez le constater, Harry Potter, je n'ai pas de temps à perdre avec des plaisanteries, révéla-t-il. Comme je vous l'ai déjà dit, la survie de Terrence Higgs ne dépend que de vous et vous seul.
— Vous êtes un psychopathe ! » décréta Harry en s'excitant sur ses liens. « Vous ne m'avez même pas posé de question ! Je vous ai dit que je n'ai rien à cacher !
— Votre insolence à mon égard ne fera pas avancer plus vite les événements, assura Kontschak. Vous devez vous douter que les objets à ma disposition sont faits pour extraire des informations que je ne puis obtenir autrement.
« Je vous ai dit que vous me servirez de source d'informations, je compte en profiter tout de suite. Où se trouve le sceptre de Mulcahy ?
— Je ne sais pas », répondit Harry.
Cette fois-ci, Kontschak prit un instrument en forme de spatule, l'enfonça dans le globe oculaire droit de sa victime. L'œil sortit de son orbite dans un horrible bruit de succion, provoquant de terribles vomissements chez le jeune Auror. De son côté, Higgs hurla de nouveau à la mort. Ses cris étaient si puissants qu'ils en devinrent inintelligibles. Son corps tremblant frénétiquement, son œil – toujours maintenu par le nerf optique – se balançant à la même cadence sur sa joue, ses liens métalliques provoquant un bruit strident sur l'autel de marbre.
Harry fut une nouvelle fois pris de nausées et régurgita le contenu de son estomac, déjà bien vide, sur le sol. Des projections éclaboussèrent ses jambes et le pied de l'autel. L'odeur agressa ses narines et il dû se forcer à respirer avec la bouche pour en atténuer l'importance. Kontschak reposa lentement la spatule, après l'avoir méticuleusement nettoyée, et se tourna à nouveau vers Harry, le regard impassible.
« Espèce de salaud ! » jura Harry, couvrant difficilement les hurlements de Higgs. « Je vous ai dit la vérité : je ne sais pas où se trouve votre foutu sceptre !
— Le problème avec votre race, Harry Potter, c'est que vous êtes étonnement étroits d'esprit, dévoila le Vampire. Les Gobelins, les Centaures et même les Êtres de l'eau – créatures que vous considérez comme inférieures à votre espèce – l'ont compris et ne cessent de vous le répéter. Et pourtant, vous persistez dans votre voie, sans chercher à savoir où se trouve le problème, mais en vous contentant seulement de l'ignorer et feindre son inexistence.
— Je vous dis la vérité ! Sondez mon esprit ! supplia le jeune sorcier.
— Et j'y vois le mensonge ! répliqua le Roi des Vampires. J'y vois que vous ne répondez pas à ma question, que vous l'esquivez en essayant de me duper !
— MAIS JE VOUS DIS QUE JE NE SAIS PAS ! hurla Harry.
— Je vais répéter ma question : où se trouve le sceptre de Mulcahy ?
— Et je vais répéter ma réponse : je n'en sais foutrement rien !
— Vous persistez une nouvelle fois », constata Kontschak.
Il attrapa cette fois une longue aiguille de fer, au bout extrêmement pointu. Bien plus que nécessaire. Higgs, dont les hurlements s'étaient apaisés, regarda avec appréhension l'instrument s'approcher dangereusement de son oreille gauche.
« MAIS DIS-LUI BON SANG ! » beugla-t-il à Harry, son œil gauche fixé sur lui. « IL VA ME TUER SI TU CONT… AH… AH… AAAARRRRRGGGGHHHH ! MOUARRRRRRR ! »
Au fur et à mesure que Kontschak enfonçait son aiguille dans le lobe de l'oreille, les hurlements de l'Attrapeur se firent de plus en plus violents. Il essaya d'écarter sa tête du chemin de l'aiguille, mais un Vampire vint lui maintenir en place. Du sang commença à s'écouler par le conduit auditif, puis à s'égoutter sur l'autel. Higgs fut à nouveaux parcouru de tremblements violents. Tout son corps était secoué, ses mains s'ouvraient et se refermaient dans des convulsions si fortes que la peau commença à être entamée.
Harry essaya de détourner les yeux, cependant sa tête était également tenue en position. Il décida de fermer les paupières, mais les hurlements assaillirent son crâne d'une façon encore plus terrifiante. Comment un être humain pouvait-il endurer ça ? Les hurlements cessèrent, le jeune Auror tenta un coup d'œil. Kontschak s'était relevé et avait reposé l'aiguille, d'une propreté immaculée. Higgs, pour sa part, se mordait si fort les lèvres qu'un filet de sang coulait sur ses joues.
« Harry Potter, soupira le Vampire, je vous rappellerai que la survie de votre ami ne dépend que de vous. Et pour le moment, vous ne semblez pas enclin à lui laisser la vie sauve.
— Et moi je vous dis tout ce que je sais ! répéta Harry.
— Vous me mentez une nouvelle fois… Je finirai bien par découvrir la vérité !
— Dommage, parce que vous l'avez devant vous. »
Soudain, le jeune Auror sentit une vive douleur dans la jambe gauche. Il baissa instinctivement le regard et découvrit, horrifié, l'horrible crochet planté juste au-dessus du genou. Il ne put bouger, contrairement à Higgs, et dut se contenter de voir l'immense instrument de torture qui traversait sa jambe de part en part. Un mince filet de sang coulait le long de son mollet.
« Grâce à votre insolence, Harry Potter, je viens de perdre un instrument, regretta Kontschak. Cela vous coûtera cher, très cher.
« Nous allons passer à une autre question, peut-être que celle-ci saura mieux éclairer vos lanternes désespérément inactives. Où se cachent les voleurs du sceptre ?
— Je n'en sais rien ! s'entêta Harry.
— Vous êtes vraiment étroit d'esprit. Comme vous voulez. »
Cette fois-ci, on fit enfiler à Higgs un sac de soie noir, qu'on lui plaqua sur le visage. Il essaya sans succès de se débattre. Puis Kontschak pris ce qui ressemblait à une immense louche, et en renversa le contenu. Harry s'aperçut avec horreur qu'il ne s'agissait pas d'eau, mais de sang. Le liquide rouge se déversa en continu sur le visage du supplicié, les hurlements de ce dernier se perdant dans ses crachotements.
Malgré cela, la louche continuait d'inonder l'autel du liquide de vie, sans que le Roi des Vampires n'ait à la remplir. C'était comme si elle contenait une quantité infinie de sang. Les vagissements de Higgs se firent de plus en plus faibles, remplacés par ses tentatives pour respirer sans se noyer. L'odeur commença à monter à la tête de Harry, alors que l'autel de marbre blanc était à présent parfaitement rouge, tout comme la cape de Higgs.
« Harry Potter, si vous ne répondez pas à ma question, votre ami va mourir noyer sous vos yeux », informa Kontschak tout en continuant de répandre le contenu de sa louche. « J'attends la réponse à ma question.
— Vous êtes totalement paranoïaque ! vociféra Harry. Je vous ai dit que je ne savais rien ! Arrêtez maintenant ! intima-t-il. Si vous voulez le tuer, pas la peine de le torturer devant moi pour me faire avouer ! Je n'ai rien à avouer, car je ne sais RIEN !
— Je vais réitérer ma question : où se cachent les Mangemorts ?
— Vous devez être sourd dans ce cas ! attesta le jeune sorcier. Je ne sais pas où se cachent les Mangemorts, ni où ils ont caché le sceptre de Mulcahy ! Je me doute qu'ils l'ont avec eux, mais nous n'avons eu aucune information venant corroborer cette hypothèse !
— Eh bien voilà, vous commencez à vous montrer raisonnable…, félicita la créature magique.
— Je viens de vous dire ce que je m'efforce de vous faire comprendre depuis le début ! se plaignit Harry.
— Pas tout à fait, Harry Potter. Vous venez de m'informer que les Mangemorts ont probablement le sceptre avec eux », répéta Kontschak en reposant la louche, « et que, par conséquent, si nous les trouvons, nous retrouverons ce qui nous appartient !
— Vous ne l'aviez pas deviné vous-même ? s'interloqua Harry.
— Vous nous croyez aussi ignorants ? Nous savions que les Mangemorts avaient volé le sceptre, et nous savions qu'ils l'avaient avec eux !
— Dans ce cas, pourquoi me poser la question ? s'impatienta le jeune Auror.
— Vous n'avez pas répondu à ma question, Harry Potter. Vous avez enfin consenti à me dire la vérité telle que je voulais l'entendre. »
Harry resta quelques secondes à regarder le Roi des Vampires, tandis que Higgs tentait tant bien que mal de reprendre son souffle.
« Vous avez un problème, déclara Harry. Ou du moins, votre nature vous empêche de vous comporter normalement. Vous prenez plaisir à torturer et à tuer les sorciers, vous vous en délectez. Vous n'aviez aucune raison de torturer Higgs.
— Sans cela, vous n'auriez pas répondu à mes questions, dévoila le Vampire. Mais maintenant que nous sommes de nouveau en bons termes et que vous êtes prêts à répondre à mes questions, je vous la repose : où les Mangemorts ont-ils caché le sceptre de Mulcahy ? »
Kontschak fixait Harry sans sourciller, son regard d'ambre aussi terrifiant qu'hypnotique le dévorait. Harry tenta de ne pas ciller, plongeant ses yeux émeraude dans ceux de son ennemi. Il fit tout son possible pour dissimuler la peur et la colère qu'il éprouvait, mais il lut dans le regard du Roi des Vampires qu'il n'y arrivait pas.
« Vous hésitez ? » s'enquit celui-ci après un long silence, ponctué seulement par les gémissements de Higgs. « Cela signifierait-il que vous me cachez des informations ? Cela signifierait-il que vous essayez une nouvelle fois de me duper ? Je crains que nous n'allions devoir revenir aux anciennes méthodes…
— Attendez ! intervint Harry. Je vous jure que je ne sais rien !
— Ne jurez pas, Harry Potter, somma la créature. Cela ne peut que me confirmer mes craintes et mes doutes. Je vous repose donc la question : où les Mangemorts ont-ils cachés le Sceptre ?
— Je l'ignore ! » appuya Harry.
Kontschak scruta une nouvelle fois son prisonnier puis se retourna lentement vers la petite table à côté de lui. Il attrapa alors une immense pince et l'approcha de la bouche de Higgs. Celui-ci se remit à se débattre, essayant d'éloigner le plus possible sa tête de l'objet. Un Vampire la lui attrapa et la maintint fermement en place. Lentement, Kontschak enfonça la pince dans la bouche de sa victime.
Harry avait une vue plongeante sur l'action de la créature malfaisante et vit la pince s'enfoncer dans la gorge de l'Attrapeur qui se mit à hurler, les cris déformés par la présence de l'objet. Kontschak arrêta alors son geste et lança un dernier regard à Harry. Celui-ci ne savait pas quoi faire et lui rendit son même regard interrogateur. Le Vampire se détourna et revint sur le visage du supplicié, qui exprimait une terreur sans précédent.
Soudain, le Roi des Vampires écarta les manches de la pince, l'enfonça de quelques centimètres, puis la referma d'un coup. Les beuglements de Higgs se firent plus violents que jamais. Il se cabra en arrière, sa gorge déployée en avant. Puis Kontschak tira d'un coup sec sur le manche et les cris cessèrent immédiatement. Ou plus précisément, ils se transformèrent en une longue respiration comme si on soufflait dans un tuyau.
Higgs se tordait de douleur, les chuintements se faisant de plus en plus aigus. Il se mit alors à cracher du sang en quantité alarmante. Le Vampire retira lentement la pince et Harry retint un nouveau vomissement lorsqu'il vit au bout de celle-ci, deux petites membranes recouvertes de sang, qui ne pouvaient être que les cordes vocales.
« VOUS ÊTES MALADE ! brailla-t-il. JE VOUS AI DIT LA VERITÉ, RIEN QUE LA VERITÉ ! VOUS… VOUS… VOUS N'ÈTES QU'UN ENFOIRÉ DE PREMIÈRE ! UN VRAI FILS DE GORGONE ! »
Un violent coup atteint le jeune Auror au visage. Le choc fut si brutal qu'il sentit deux nouvelles dents se casser. Le sang afflua en masse dans sa bouche. Mais avant qu'il n'ait pu faire quoi que ce soit d'autre, il sentit un autre coup au niveau de l'abdomen, puis encore un autre à la tête et finalement un dernier dans le bas ventre.
Harry se sentit roué de coup, chaque centimètre carré de sa peau n'étant pas à l'abri. La souffrance était telle qu'elle l'assomma. Sa vue se brouilla, des milliers de points blancs apparurent. Il reçut un nouveau coup violent au niveau de la tempe droite et il sentit son crâne se fendre. Une vive douleur à l'œil droit lui fit réaliser que sa rétine venait de se décoller. Il sentit que du sang coulait un peu partout sur sa peau. Puis une intense souffrance au niveau de sa jambe, et Harry réalisa qu'on venait de lui retirer l'immense crochet. Il hurla.
Il hurla comme il n'avait jamais hurlé.
Son corps fut parcouru de violents tremblements, si violents que les frottements au niveau de ses poignets sur les liens métalliques lui entaillèrent profondément la peau. Il sentit le contact froid du métal jusqu'au niveau de l'os. Il n'avait jamais rien ressenti de tel, pas même lorsque Voldemort prenait plaisir à le torturer.
Un coup final vint lui broyer l'entrejambe. Il sentit son corps exploser d'un supplice si violent qu'il sombra dans l'obscurité.
