Bonne année à tous, et merci pour les reviews ! C'est super de voir que l'histoire est toujours suivie. En espérant que la suite vous plaise ;)

(...)

Tout était prêt !

Tifa se frotta les mains avec satisfaction. Elle était décidément ravie du travail qu'avait accompli le binôme de lycéennes. Voir des jeunes prêter autant d'attention au bien-être de ses pensionnaires la touchait énormément. Ils en avaient tellement besoin ! Bien sûr, la maison de retraite essayait le plus possible de proposer des activités aux personnes âgées, mais toutes n'y participaient pas. Quant au visites, Tifa déplorait une baisse significative depuis que les fêtes de fin d'année étaient terminées.

Chassant ces idées, la jeune femme avança à grand pas vers l'entrée de l'établissement, où venaient d'arriver la classe de primaires.

Elle entendit les enfants largement avant de les voir.

Ils étaient une trentaine, encadrés par 2 professeurs qui étaient occupés à les inciter au silence.

De dos, elle reconnut Aeris Gainsborough. L'institutrice de la classe de CE1 était également l'une de ses anciennes camarades de classe. Avec son incontournable tresse dans le dos, Aeris ne semblait pas avoir vieilli du tout.

-Tifa ! s'exclama la jeune directrice en la voyant.

Les deux jeunes femmes se saluèrent amicalement.

-Ça fait un moment ! continua Aeris. Ça me fait plaisir de te voir !

Tifa hocha la tête avec enthousiasme et se tourna vers les enfants sagement alignés deux par deux.

-Bonjour les enfants ! S'enflamma-t-elle.

-Bonjour madaaaaaaame, lui répondirent-ils d'une seule voix.

Ravie de son succès, la jeune femme leur fit un signe de la main pour les inviter à la suivre.

-C'est par ici !

Tout le monde lui emboîta le pas.

Ils traversèrent quelques couloirs et arrivèrent rapidement dans la salle à manger où se trouvaient déjà Claire et Fang.

Le sol avait été entièrement bâché pour l'occasion. Les tables et les chaises avaient quant à elles été poussées et empilées au centre de la pièce. Des pots de peintures de toutes les couleurs, ainsi qu'une multitude de pinceaux avaient été disposés à quelques endroits stratégique de la salle. Plusieurs pensionnaires de la maison de retraite étaient déjà présents, et accueillirent les enfants avec des sourires bienveillants.

Aeris et l'autre professeur demandèrent aux élèves d'aller s'assoir sur le sol, le temps qu'on leur explique comment allaient se dérouler l'après-midi.

Abandonnant aux lycéennes le soin d'annoncer les réjouissances, Tifa préféra aller accompagner quelques retardataires qui entraient dans le réfectoire. Elle aida les aides-soignantes à faire entrer un petit groupe de vieilles dames en fauteuils roulants, qu'elles installèrent aux côtés des enfants qui leur jetait des coups d'œil curieux.

-Elle est cool ta poussette madame, chuchota discrètement un petit garçon à l'une des matriarches.

Cachant son amusement derrière sa main, Tifa se détourna avant d'entendre la réponse de la dame. Tout le monde était presque en place. De leur côté, Fang et Claire donnaient les dernières instructions aux enfants, en les incitant à bien fermer leurs blouses pour ne pas tâcher leurs vêtements.

Voyant le bout d'une canne apparaitre dans l'encadrement de la porte, la jeune femme retourna à l'entrée de la salle de restaurant et sourit à l'un des doyens de la maison de retraite.

-Besoin d'aide Monsieur Bugenhagen ? demanda-t-elle en élevant la voix pour que le vieil homme un peu sourd l'entende.

Elle tendit son bras au pensionnaire pour accompagner sa proposition.

-C'est si gentiment proposé, sourit-il.

Il passa son bras autour de celui de la jeune femme, et avança vers le reste du groupe. Mr Bugenhagen était étonnamment en forme pour son âge. Il racontait à qui voulait l'entendre qu'il allait bientôt fêter ses 130 ans, ce qui amusait tout le monde. Petit, chauve, avec de longues moustaches et de petites lunettes rondes, Tifa le trouvait particulièrement attachant.

Tifa vit les enfants se disperser vers les pots de peintures, et en déduit que le top départ avait été lancé.

-Par ici Monsieur Bugenhagen ! dit-elle en le dirigeant vers un petit groupe d'enfant qui commençait à s'emparer des pinceaux en discutant joyeusement.

En les voyant approcher, les primaires se turent timidement.

-Qu'est-ce que vous allez dessiner les enfants ? demanda Mr Bugenhagen avec un grand sourire.

L'air avenant du grand-père sembla rassurer les CE1 qui se remirent à parler tous en même temps.

-Moi une princesse ! s'exclama une jeune fille blonde dont les boucles tombaient sur les épaules.

-Et moi un cheval ! s'enthousiasma un petit garçon.

-Et toi papy ? demanda innocemment un autre gamin.

Loin de s'offusquer d'être tutoyé et appelé « Papy » par un jeune inconnu, le doyen se lissa les moustaches en réfléchissant.

-Un château, décida-t-il au terme de sa réflexion.

Impressionnés, les enfants lui adressèrent un regard émerveillé.

-Je peux t'aider ? demanda une petite fille qui était restée silencieuse jusqu'à maintenant.

-Bien sûr, affirma le vieil homme en lui tendant la main.

La gamine glissa sa petite main dans celle du grand-père et ils se dirigèrent tous les deux vers le mur, abandonnant Tifa. Celle-ci sentit son cœur se gonfler d'émotion devant la scène et elle se dépêcha de sortir son téléphone de sa poche pour immortaliser le moment.

Cette journée allait être formidable, et elle avait bien l'intention d'en photographier tous les instants.

(…)

Cette journée était affreuse.

Vanille s'étira douloureusement en grognant. Elle avait mal partout, faute à l'après-midi inhabituellement sportif qu'elle avait passé avec Cid la veille. Qu'est-ce qui lui avait pris de vouloir accompagner son ami lors d'un de ses entraînements ? Elle qui faisait tout pour éviter les cours d'EPS du lycée, prétendant avoir ses règles 3 fois par mois ?

Vanille eut un sourire en coin. En réalité elle savait très bien ce qui lui avait pris. C'était pour dénicher le cavalier idéal, quoi d'autre ? Cid lui avait soutenu avec virulence que Rygdea n'était pas un bon choix, ce qui avait beaucoup étonné la rousse. Son ami s'était contenté de lui affirmer qu'il était sûr de lui, et elle l'avait cru. De toute façon, Rygdea n'était pas en tête de sa liste.

Après moult réflexions et tableaux comparatifs qu'elle avait établi à l'aide de Serah, elle hésitait désormais entre 2 garçons.

D'abord il y avait Maqui, un jeune homme de terminale blond, membre des NORA. Avec ses lunettes d'aviateur rondes qui lui donnait un air de nerd, Vanille le trouvait absolument craquant. Le sachant drôle et enjoué, la jeune femme ne doutait pas qu'avec lui comme partenaire elle passerait une soirée mémorable.

La seconde option se trouvait être la personne de Tidus. Blond également, grand, avec un air de surfeur australien, Tidus était le mec cool par excellence. Et c'était un joueur de hockey, ce qui constituait un atout indéniable.

Vanille avait tenté une approche subtile auprès de Tidus la veille, et celle-ci avait été plutôt efficace, permettant à la rousse de glisser quelques allusions plus ou moins discrètes.

Restait donc à tenter la même approche avec Maqui et attendre patiemment de se faire inviter.

Lorsque Fang avait écouté son plan pour le moins ingénieux, elle avait soupiré théâtralement.

-Pourquoi ne les invites-tu pas toi-même ? avait-elle demandé.

-Mais parce que c'est au garçon de le faire ! avait-elle rétorqué.

Fang l'avait foudroyé du regard.

-Franchement Vanille, moi qui te croyais forte et indépendante …

-Et romantique ! avait complété la rousse, outrée.

-Arriérée surtout ! Que dirait Simone Veil ?

-Non mais détend toi avec Simone Veil, tu as appris son existence hier en histoire ! avait rétorqué Vanille.

-Et alors ? avait contré Fang.

-Et alors … Simone Veil n'avait pas de problème de cavalier !

Une dispute avait éclaté entres elles sur le sujet et s'était conclue par la victoire par forfait de Fang, Vanille ayant préféré se mettre à bouder plutôt que continuer à débattre.

Heureusement, l'accrochage avait vite été oublié lorsque Cid leur avait tendu un paquet de bonbon. Décidément, le sucre faisait des merveilles en cas de conflit.

(…)

Claire essuya ses doigts bleus dans le papier que lui tendait un enfant.

L'activité était presque terminée, et elle se sentait extrêmement fière du travail accomplit. Sur toute la longueur du mur s'étalaient des dessins joyeux et colorés. Ravis de l'attention mutuelle qu'ils se portaient, les enfants et les personnes âgées semblaient avoir passé un très bon moment.

Les petits avaient été les premiers à se jeter sur les pinceaux, avides de laisser parler leur imagination fertile. Loin d'être en reste, de nombreux pensionnaires s'étaient joint à eux pour ajouter leur touche à la fresque. Des dessins enfantins côtoyaient ainsi des esquisses plus matures.

Lightning avait vu un vieil homme, entouré d'une dizaine d'enfant, dessiner les contours d'un magnifique château, dotés de tours qui montaient aussi haut que possible. Avidement colorié par ses jeunes admirateurs, le château possédait des pierres rouges, bleues et vertes. Des chevaliers aux formes cartoonesques se battaient au pied de la forteresse, au mépris de toute forme de perspective, tandis qu'une princesse au long cheveux se languissait dans une des tours.

Lightning avait également vu un enfant grimper sur les genoux d'une vieille dame en fauteuil roulant, afin de pouvoir atteindre des hauteurs auparavant interdites et parfaire son dessin de dragon.

Afin d'aider les enfants à réaliser une belle fresque, les instituteurs avaient préparé des pochoirs avant le voyage. Ceux-ci s'étaient révélés être des outils extrêmement précieux, de nombreux enfants n'ayant visiblement aucun talent artistique.

Au début, Claire ne s'était pas sentie très à l'aise dans cette foule intergénérationnelle. Le bruit généré par les discussions, les rires et les cris des enfants achevait de la convaincre qu'elle-même n'aurait jamais de progéniture. Les professeurs ayant indiqué aux primaires que certaines personnes âgées avaient tendance à être légèrement sourdes d'oreille, les gamins semblaient avoir pris un malin plaisir à en profiter pour doubler leur volume sonore habituel.

Dans la cacophonie ambiante, Lightning était restée dans un premier temps bras ballants, ne sachant pas vraiment ce qu'elle était censée faire. Fang n'avait pas eu ce genre de problème. La foule était son élément. Cinq minutes après le début des festivités, Claire l'avaient vue porter un enfant sur ses épaules pour l'aider à tracer les contours du pochoir de girafe qu'il avait confectionné. S'inspirant de l'extraversion de sa camarade, Lightning était à son tour allée se mêler à un groupe d'enfant en leur proposant son aide.

Il n'en avait pas fallu plus pour qu'elle soit entourée d'une horde de gamins babillant et déblatérant des histoires sans queue ni tête, avec un pinceau dans les mains et de la peinture sur les doigts. Claire avait vaguement espéré que Aeris ou Tifa vienne la secourir, mais en les apercevant dans une conversation animée ponctuée d'éclats de rire et de gestes des mains, elle avait dû se résigner à son sort.

L'après-midi avait filé à une vitesse folle, dans une bonne humeur générale.

(…)

Voyant que son groupe d'enfant avait posé la touche finale à leur œuvre, Lightning les aida à s'essuyer les mains à leur tour et les invita à se diriger vers le buffet de gouter qui les attendaient dans la salle d'à côté. Les enfants ne se firent pas prier et se précipitèrent immédiatement vers les saladiers de bonbons qu'ils avaient aperçus.

Interceptés en chemin par un instituteur, ils durent faire un crochet par les toilettes afin de se laver les mains convenablement.

Quittant des yeux ses nouveaux amis, Claire jeta un œil au reste de la salle. La plupart des groupes avaient terminés et étaient déjà en train de manger à côté. Restait l'équipe du vieux monsieur, en train de terminer leur château fort, accompagnée de Tifa et un petit groupe d'enfants agenouillés aux côtés de Fang sur le coin opposé.

C'est dans cette direction que Lightning se dirigea. En approchant, elle s'aperçut qu'ils était en train d'apposer leurs signatures au pied du chef d'œuvre. Tous avaient l'air extrêmement concentrés dans la tâche. Claire s'arrêta près d'eux et ne dit rien, ne souhaitant pas troubler le silence bienfaiteur et relatif qui les entouraient enfin.

-Fini ! s'exclama une petite fille aux cheveux roux.

-Super ! Approuva Fang. C'est magnifique. Qu'est-ce que vous diriez d'aller manger du gâteau maintenant ? C'est moi qui l'ai fait !

Des cris de joie accueillirent sa proposition et abandonnant sans attendre leurs pinceaux, toute la bande se précipita vers le buffet.

-On les nourrit pas chez eux ou quoi ? S'amusa Claire.

La brune eut un rire et se releva à son tour. Lightning lui jeta un œil et sentit son hilarité augmenter d'un cran.

-Tu as de la peinture partout ! Même sur la figure ! s'esclaffa-t-elle.

Fang la regarda de haut en bas avec un air de défi.

-T'as vu ta tronche ? Si j'étais toi je ne la ramènerai pas trop, répliqua-t-elle sur le même ton.

Toujours en riant, elles se dirigèrent à leur tour vers le buffet, espérant pouvoir récupérer un part de gâteau avant que tout ne soit dévoré.

-En tout cas, j'admire les instits, affirma Claire, supporter ce boucan tous les jours, je crois que ça me rendrait folle.

Fang hocha gravement la tête.

-Attends, y a une des petites qui a failli faire un caprice parce qu'elle avait un pinceau jaune et qu'elle voulait un pinceau bleu … renchérit-elle. L'horreur, comment tu veux débattre avec ça.

Claire opina à son tour.

Avant de sortir de la pièce, elles se retournèrent, jetant un œil à la fresque qui s'étalait devant elles. Le résultat aurait fait pâlir Picasso de jalousie. Sur le mur, des personnages médiévaux côtoyaient des animaux de la savane, créant des scènes dignes de dessins animés. Chaque création semblait dotée d'une histoire propre, et l'ensemble racontait un scénario empreint de joie et d'imagination.

L'ensemble était très coloré, et animait la pièce auparavant triste.

-C'est magnifique.

C'était Tifa qui venait de parler. Les aillant vues admirer l'œuvre, elle les avait rejointes sans qu'elles ne s'en aperçoivent. Claire approuva de la tête.

-Merci beaucoup les filles, pour tout ce que vous avez fait, je crois que tout le monde en a profité, continua la jeune femme.

Fang se passa une main sur la nuque, semblant un rien gênée, et répondit :

-Nous aussi on s'est bien amusées, avoua-t-elle.

Claire retint un commentaire contradictoire. Elle n'avait pas l'impression de s'être amusée, occupée qu'elle avait été à surveiller les enfants et les empêcher de se servir des pinceaux comme épées. Mais elle préféra ne rien dire.

-On va manger un peu ? Proposa-t-elle à la place.

-Avec plaisir.

(…)

Cid fit nerveusement trouver la lettre dans ses doigts. Un logo de l'université de Palumpolum parfaitement reconnaissable ornait l'enveloppe et laissait peu de doutes sur la teneur da son contenu. Il avala sa salive, sans arriver à se décider à déchirer le papier. Il avait envoyé sa demande de bourse quelques semaines plus tôt, avant le passage du recruteur lors de leur entraînement. Son avenir tout entier se trouvait là-dedans.

Le jeune homme aurait aimé que ses parents soient là. Il entretenait de très bonnes relations avec eux, et leur présence rassurante lui manquait cruellement à cet instant.

Cid hésita. Devait-il attendre le soir même avant de l'ouvrir ? Ou encore l'emmener au lycée et regarder ça avec ses amis ?

Il secoua la tête pour chasser ces idées. Il allait avoir 18 ans, il était temps qu'il se prenne en main et cesse de compter sur les autres, se blâma-t-il. Fronçant les sourcils avec détermination, il retourna l'enveloppe et en déchira l'ouverture. Il tira ensuite la lettre qu'il déplia presque religieusement.

Et si c'était un refus ? Que ferait-il ? Que serait-il ? Aller à l'université publique de Nautilus dans une filière qui ne lui plaisait pas ? Cesser les études et chercher un travail ? Postuler dans d'autres universités ? Pleurer ?

Et s'il obtenait une bourse ? était-il prêt à quitter son foyer ? Vivre seul, à des centaines de kilomètres de sa ville natale et de ses proches ? Quitter ses amis de toujours et la confortable popularité qu'il avait acquise ici ?

Il tenta vainement de faire taire ses doutes en commençant à lire.

« A l'intention de Monsieur Cid Raines »

C'était bien pour lui. Le jeune homme inspira. Avait-il vraiment eu la chance de décrocher une bourse malgré ses résultats déplorables en mathématiques et les commentaires assassins de Disley dans son bulletin ? Ou était-il définitivement aussi raté que le prétendait son professeur ?

Cid expira et se força à continuer à lire.

« Nous avons l'honneur de vous annoncer »

Ça commençait bien non ? Cid sentit son cœur s'accélérer.

« Que votre candidature a retenu toute notre attention. Nous avons ainsi décidé de donner une suite favorable à votre demande de bourse universitaire. Nous vous invitons à compléter le formulaire de pré-inscription ci-joint et … »

Cid ne lut pas la suite.

Les mains moites, la gorge sèche, il sentit sa poitrine se gonfler de joie tandis que toute l'appréhension qui l'habitait depuis des jours quittait ses épaules.

-YES ! Cria-t-il en levant son poing vers le plafond.

-YES YES YES ! Continua-t-il.

Un sourire extatique et fier s'accrocha à son visage. Il posa la lettre sur la table et la prit en photo avant de l'envoyer par message à ses parents, accompagnant l'image d'une quantité inhabituelle de points d'exclamation et de smileys.

Il était tellement heureux, qu'il regretta de ne pas avoir attendu d'être avec ses amis pour partager sa joie avec eux.

Il s'empara de son sac à dos, fourra une pomme à l'intérieur et quitta précipitamment sa maison, avide de retrouver ses camarades pour leur annoncer la nouvelle. De tous, c'était Vanille à qui il avait le plus hâte de rapporter l'information. Il était persuadé qu'elle exprimerait presque autant de joie que lui.

Tous ses doutes temporairement envolés, le jeune homme se mit à courir vers l'arrêt de bus. Il constata avec ravissement que la rouquine s'y trouvait déjà, reconnaissable de loin avec sa couleur de cheveux pétante. Sans s'arrêter de courir, il ouvrit les bras.

Vanille n'eut pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait. Une seconde auparavant elle était tranquillement en train de chercher une musique sur son téléphone, et la seconde d'après, elle se retrouvait emprisonnée dans les bras puissants de Cid, soulevée du sol et tournoyant avec lui.

-MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE, cria-t-elle avec surprise.

Cid ne prit pas la peine de la reposer par terre et la serra avec force.

-Vanille, je suis tellement content ! s'emporta-t-il.

-Tu as sniffé ta poudre de protéines ? interrogea-t-elle, ballotée à quelques centimètres du sol.

Cid éclata de rire et lui permit enfin de regagner la terre ferme. Il ne savait même pas comment formuler son excitation à travers des mots.

-C'est aller en cours qui te mets dans cet état ? continua la rouquine. Parce que si c'est le cas, moi aussi je veux bien sniffer ta poudre.

-Vanille ! répéta Cid, ma demande a été acceptée ! Je suis boursier !

Il posa les mains sur les épaules de son amie, et la secoua doucement pour l'inciter à assimiler l'information. La jeune femme mit une seconde à réagir, puis laissa un immense sourire s'afficher sur son visage.

-Sérieux ?

La lycéenne se mit à sautiller.

-SERIEUX ? demanda-t-elle une deuxième fois.

A son tour, elle se jeta dans les bras de Cid.

-T'es le meilleur Cid ! Bravo ! Félicitations ! Je savais que tu l'aurais !

Leurs cris de joie résonnaient sur les parois de l'abri bus, si bien que tous ceux qui se trouvaient là ne purent manquer l'information.

-Félicitations mec, s'exclama un de leurs camarades de classe qui avait entendu.

Bientôt Cid fut au centre d'un petit groupe d'admirateurs qui l'abreuvait d'éloges et l'acclamaient comme un héros.

Sa vie était fantastique.

(…)

Sa vie était merdique.

Fang croisa les bras contre sa poitrine et adressa un regard de défi à sa mère.

-On peut savoir pourquoi ? s'énerva-t-elle.

Elle venait de demander à sa génitrice si elle pouvait passer le week-end chez Vanille, et avait essuyé un refus auquel elle était loin d'être habituée.

-Tu passes presque tout ton temps chez Vanille, argumenta l'avocate en ajustant le col de son tailleur, les yeux fixés sur son miroir.

-Et ? s'entêta Fang qui ne voyait pas bien ce qui avait pu changer pour que sa mère ait soudain cette réalisation.

-Et, continua la juriste, je suis là ce week-end, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas retrouvées que toutes les deux.

La reine du lycée sentit un éclair de colère la traverser.

-A qui la faute ?! s'emporta-t-elle

Sa mère cessa d'arranger sa tenue, et se tourna vers sa fille qui la toisait furieusement.

-On baisse d'un ton jeune fille, l'avertit-elle.

Loin de se laisser impressionner, la reine du lycée appuya ses mains sur ses hanches et releva le menton dans un mouvement fier.

-Non mais je rêve, d'un coup tu te souviens de mon existence et il faudrait que je foute en l'air mes plans pour passer du temps avec toi ?

Le reproche sous-jacent était clairement perceptible et madame Yun sentit une pointe de culpabilité lui pincer le cœur. Enfouissant le sentiment derrière son agacement, elle préféra répliquer :

-Fang, j'ai dit non !

Ce n'était pas la première fois que Fang et elle se disputaient sur les absences répétées de l'avocate. La mère de Fang, juriste réputée, se voyait souvent confier des dossiers importants et chronophages. Il n'était pas rare qu'elle rentre après 21h en semaine et qu'elle se déplace les week-end dans l'état voisin, où se situait le siège de son cabinet.

- C'est pas juste ! s'écria la brune.

Les deux femmes se firent face pendant quelques secondes, inébranlables. Plier n'était clairement pas dans les habitudes de l'une ou de l'autre.

-Je te demande pas ton avis Fang, non c'est non !

Bouillante, Fang se détourna et jeta son sac de cours sur son épaule. Les dents serrées, elle se dirigea à pas furieux vers l'entrée. Elle tourna la poignée et adressa un dernier regard impétueux à sa mère par-dessus son épaule.

-Je m'en fou ! cria-t-elle en sortant, je ferai ce que je veux !

Sans laisser le temps à son interlocutrice de répondre, Fang claqua violemment la porte derrière elle.

-LA PORTE ! hurla l'avocate que les caprices de sa fille poussaient à bout.

Ayant sans doute entendu son cri, Fang rouvrit la porte en grand.

-OH PARDON, J'AI PAS FAIT EXPRES, lui hurla la reine du lycée en retour.

Et elle re-claqua la porte avec encore plus de violence que précédemment, faisant trembler les murs de toute la maison.

Satisfaite de son dernier petit éclat, la reine du lycée s'éloigna en fulminant.

Restée seule dans le salon, Madame Yun poussa un immense soupir et remit en place le tableau qui avait bougé lorsque la porte s'était refermée pour la seconde fois.

Sa fille était invivable.

(…)

Sa mère était invivable !

Pour qui se prenait-elle ? Elle n'avait aucunement le droit de venir lui imposer des journées mère-fille ! Il était trop tard pour ça ! Des années trop tard même ! Elle vivait sa vie désormais, sans rien lui demander ! Et quelle hypocrisie ! Le nombre de fois où elle avait voulu que sa mère passe du temps avec elle et s'était faite envoyer promener ! Pour une fois que les situations étaient inversées, elle se faisait engueuler ?

Fang se fichait du refus de sa mère ! Elle n'en avait pas besoin d'ailleurs, et de toute façon elle n'avait même pas demandé son accord ! Elle s'était juste contentée de l'informer de son absence !

Elle irait chez Vanille et point barre !

La reine du lycée releva les yeux, qu'elle avait fixé sur ses chaussures, en entendant des cris de joie à l'approche de l'arrêt de bus.

Celui qui osait être joyeux à cet instant allait s'en prendre une, décida-t-elle.

Fang se retint cependant, en voyant que c'était Cid et Vanille qui étaient au cœur du tourbillon de bonheur actuel. Elle fronça les sourcils, contrariée. Sa main vola vers le col d'un collégien qui attendait paisiblement sur le côté, sans rien demander à personne, et elle le tira vers elle.

-On peut savoir ce qui se passe ? lui grogna-t-elle.

Terrifié d'être ainsi interrogé par les yeux furieux de la reine du lycée en personne, le collégien se dépêcha de répondre, au point qu'il trébucha sur la moitié des mots.

-C'est Cid, il va à l'université, répondit-il.

Fang le toisa une seconde, pendant laquelle le jeune homme pré-pubère sentit de grosses gouttes de sueur se former sur sa nuque, et finit par le relâcher. Sans le remercier, ni lui accorder un regard de plus, la brune se dirigea vers ses amis.

Elle savait ce que ça signifiait. Cid allait partir à des centaines de kilomètres. C'était le début de la fin, et elle était loin de s'en réjouir.

Il n'était que 8h du matin et elle sentait que cette journée allait mal se terminer !

En arrivant tout prêt de Cid, Fang hésitait encore entre taper un scandale, comme elle savait si bien le faire, ou se forcer à être heureuse pour lui.

En voyant l'air de bonheur absolu peint sur le visage du joueur de hockey, elle ne put se résoudre à gâcher son moment. Elle refoula donc toute sa contrariété et son énervement au fond d'elle-même, et accrocha un sourire impénétrable sur ses lèvres.

-Félicitations ! asséna-t-elle à Cid en lui tapant dans le dos.

Cid et Vanille ne semblèrent pas s'être aperçu qu'une minute plus tôt, Fang était d'une humeur comparable à celle de Disley. Nageant tous les deux littéralement dans l'euphorie, ils se contentèrent d'accueillir leur amie avec des sourires béats et de l'inviter dans un câlin de groupe. L'étreinte eu au moins le mérite d'apaiser légèrement la colère de la reine du lycée qui eut moins de mal à conserver son masque.

-Il faut fêter ça ! disait Vanille.

Fang approuva farouchement. Elle avait bien besoin de se changer les idées, et si elle pouvait provoquer sa mère au passage en rentrant au milieu de la nuit, c'était tout bénef. Cid aussi semblait trouver l'idée formidable.

-Vous venez chez moi après les cours, imposa-t-il. C'est moi qui invite.

(...)

L'histoire de la porte m'a fait rire toute seule :')
A bientôt !