Hey !
Alors ca, si c'est pas mon plus gros crackship. Et pourtant, en vrai, je trouve qu'on peut vraiment ammener leur relation de manière logique dans le canon ? J'ai été convaincu par les fanarts de Venacoeurva sur Insta. Voilà. Allez voir son travail, il est genial.
Merci à Ima et à la merveilleuse Milou pour leurs reviews !
Bonne lecture !
Pairing : Terra/Saïx
Comprendre
Il ne sait plus quoi dire, quand il le voit.
« - Eh ! »
Son regard tourné vers le nouvel arrivant, qui vient de faire son entrée sur la plage, Terra ne remarque pas le frisbee que Ventus lui lance. L'objet plane au-dessus de lui, fend le ciel et va s'écraser contre la surface de la mer dans un plouf lointain. Mais, quoique le bruit lui parvienne bien, il ne remarque même pas. Son esprit est ailleurs.
De vagues souvenirs lui reviennent.
« - Wo, Terra ! T'es toujours là ? »
Le concerné sursaute. Son regard, aussi brun que ses cheveux, que sa peau assombrie par le soleil, retourne vers le jeune homme qui lui fait signe, inquiet. Il lui sourit. Tout va bien. Il s'est juste perdu.
« - Désolé ! Je vais aller le chercher. »
Il offre un sourire d'excuse à son jeune ami, avant de s'avancer vers la grande étendue d'eau, retirant son pantalon pour s'y aventurer. La caresse des vagues est froide, leur murmure lui fait prendre conscience du silence qui les entoure. Le silence. D'habitude, ils profitent des cris d'encouragement de leurs amis. Le rire de Sora qui se jette sur le frisbee, la voix pleine de vie d'Axel qui accourt pour se joindre à eux, le timbre fine et grave de cet autre garçon qui ressemble tant à Ventus et qui hésite, chaque fois, à rejoindre la partie. Roxas, s'il se souvient bien. Oui, Roxas. Il y a Aqua, aussi, qui tape dans ses mains pour les motiver, quand elle ne joue pas avec eux. Ces deux enfants, Xion et Naminé, qui observent la mer en échangeant des regards secrets, des rires si bas. Mais aujourd'hui, il n'y a personne. Presque personne.
Juste lui, assis non loin à l'ombre des palmiers, qui les observer discrètement. Qui le scrute, surtout. Terra sent son regard sur son dos, ses épaules, sa tignasse familière. Il sourit tristement.
La partie dure, l'objet qui s'élance entre Ven et lui fait de nombreux allers-retours avant que le blond ne finisse par se lasser. Il lui annonce qu'il va rejoindre les autres – Sora sûrement, c'est souvent lui, les autres – et il laisse son grand ami là, seul sur la plage. Terra hésite. C'est peut-être le bon moment, pour lui parler. Ils ne peuvent pas passer leur temps ainsi, à se regarder de loin tout en s'ignorant mutuellement. La gêne commence à lui peser, et c'est sûrement la même chose pour l'autre.
L'autre, justement, qui se lève et s'apprête à partir aussi. Il pourrait le laisser filer, ignorer encore un peu cette chose étrange entre eux. Ces souvenirs qui ne sont pas les siens. Mais il compte tellement d'erreurs à son actif, et il a laissé passer tant d'occasions. Alors, pour une fois, il doit essayer.
« - Eh ! »
D'un pas pressé, il s'avance sur le sable lourd jusqu'à gagner la terre ferme. L'herbe caresse ses pieds nus. L'autre porte des bottes épaisses dissimulées sous son pantalon noir. Il commence à s'éloigner.
« - Isa, attends. »
A l'entente de son nom, le jeune homme s'arrête. Il tourne la tête, laissant voir la large balafre qui lui fend la face comme un triste souvenir. Il le fixe.
« - Quoi ?
- J'ai remarqué que … » Terra se passe la main derrière la nuque, gêné. « Enfin, tu me regardais tout à l'heure, non ?
- Peut-être. »
Comme un grand enfant pris en flagrant délit, Isa se renfrogne. Il veut cacher sa honte sous une expression rancunière, mais la rage qui l'habitait du temps des manteaux noirs a laissé place à une incompréhension qui le perd. Il regarde ce monde qui n'a plus vraiment de sens à ses yeux, après tout ce temps. Axel a su s'habituer, mais lui … lui il ne comprend plus.
« - C'est à cause de lui, c'est ça ? »
L'autre se crispe. Poings serrés, il se retourne. Il voudrait partir, peut-être, et couper court à la conversation. Mais il ne peut pas. Il n'y arrive pas. Pas comme ça. Il est partagé. Terra le sent. Il comprend. Il sait alors, forcément. Il devine ce qui se passe dans sa tête. Tout ce que les autres ne peuvent voir.
« - Ecoute, je … Je sais. Je me souviens. »
Parce qu'il a cet atout précieux, cette clef entre ses mains. Ce trésor indiscret. Xemnas lui a laissé sa mémoire. Cette mémoire qui est aussi la sienne. C'était son corps, après tout. Son corps sans vraiment être le sien, lui sans être lui. Un être particulier, le résultat bâtard du vol de son enveloppe par Xehanort. Comme un hybride.
« - Je sais ce qui s'est passé entre toi et-
- J'ai compris. »
Isa ne le regarde plus en face. Il ne peut pas. Le guerrier imagine comme ça doit être douloureux pour lui, cette situation. Perdre celui pour qui il éprouvait un semblant d'affection dans son absence de cœur, ces yeux plus jaunes que les siens qu'il aimait regarder, caché sous sa froideur. Ne plus jamais pouvoir passer ses doigts dans la longue masse argentée, distraitement, avant de s'éclipser pour transmettre ses ordres. Saïx le bras droit. L'homme le plus proche de leur chef.
Terra se doute, oui, du désarroi profond que lui apporte cette nouvelle existence, où le seul ami qui lui restait s'est déjà si bien intégré. Un monde où son plus profond secret ne peut être partagé.
Et il y a ce type, là, ce parfait inconnu qui sait pourtant tout, qui se souvient et qui vient troubler sa tranquillité. Quelle situation, vraiment.
« - Si tu veux en parler-
- Ça ira. »
Retrouver un cœur, si c'est pour ressentir ça, Terra imagine bien comme ça doit faire mal. Il voudrait l'aider. Lui tendre la main. Parce qu'il est le seul à pouvoir comprendre. Parce qu'ils partagent un secret qui le concerne aussi. Mais il ne sait pas comment s'y prendre. Il faut dire qu'il est plutôt maladroit dans son genre, le gars. Il suffit de voir les bourdes qu'il a amoncelées, dix ans auparavant.
« - Vraiment, Isa. »
Et ce prénom qui roule sur sa langue … Peut-être que Xemnas ne l'a pas entièrement quitté, et qu'il en reste une part tournée vers son ancien sous-fifre.
Isa, justement, hausse les épaules sans rien ajouter.
« - Je suis sérieux.
- Tu n'es pas obligé.
- Je sais. Mais si jamais … Si tu veux parler, par exemple ? Ou si tu as besoin de rester avec quelqu'un qui sait. »
Il se dit, un instant, qu'il a peut-être tout faux. De savoir qu'une autre est au courant, pour ce qu'il reste de Saïx, c'est sûrement insupportable. Tous ces moments intimes gravés dans la mémoire d'un inconnu ? Sa vie exposée dans ses yeux ? Mais de quel droit ? Comment, pourquoi ça ? Terra n'aimerait pas vraiment, non, si on venait gratter dans son crâne pour venir y trouver les sentiments qu'il a longtemps nourris pour Aqua. Cet amour adolescent mué en confiance adulte, cette complicité pleine d'une affection qui n'a pu que grandir au fil des années. Ces sentiments sincères que ses erreurs ont brisés. Tant d'années passées séparés. Lui, dans un autre corps. Elle, bercée par le désespoir entre les ombres d'un monde où le temps même n'avait plus de sens.
Ils sont amis, toujours. Mais ils ne pourront jamais être plus. Plus maintenant. Pas après tout ça.
« - Je comprends, d'accord ?
- Je ne pense pas, non. »
Une maladresse de plus. Il commence à être habitué.
« - Non, t'as raison. Je comprends pas vraiment. Mais je sais.
- Qu'est-ce que ça t'apporterait ?
- De t'aider ?
- Oui.
- Pas grand-chose, je suppose. »
Il ne fait pas ça pour lui. Ou peut-être que si ? Après tout, ça lui fait bien un peu mal de voir Isa le contempler de loin, s'accrochant au souvenir de cet homme qu'il ne peut plus retrouver qu'à travers lui. Si ça se trouve, il essaie juste de se donner bonne conscience en gommant la désagréable sensation qui le gagne dans il voit ces yeux posés sur sa personne. Ces yeux tellement jaunes qu'il a un jour eu.
Il ne sait pas vraiment. Il préfère ne pas savoir, même. Peut-être que s'il comprend ce qui le motive vraiment, il ne voudra plus l'aider.
« - Alors pourquoi tu le ferais ? »
Très bonne question. Par altruisme ou par égoïsme, sûrement un peu des deux. Pour offrir un geste autant que par envie propre. Parce que ça le regarde, d'une certaine manière. C'est presque un pan de sa vie, même si c'est un morceau de mémoire qui ne lui appartient pas.
« - Et si tu me laissais te faire ce cadeau, au lieu de poser des questions ? »
Isa se retourne, méfiant. Il le scrute de haut en bas comme un animal traqué prêt à se jeter sur le chasseur, et puis ses iris s'apaisent. Il doit penser que la colère n'en vaut pas la peine, qu'il n'a pas besoin de ça. Il en a déjà bien assez sur le cœur. Alors il soupire, relâche ses mains crispées et, contre toute attente, se rassoit calmement sur l'herbe verte qui borde la grève. Terra le suit, jambes croisées, son immense pantalon bouffant relevé. Il sourit simplement. L'ancien numéro sept regarde ailleurs.
Et il commence, maladroitement, à trouver ces mots qui stagnent au fond de lui.
A demain !
