Bonjour, bonjour!
J'espère que vous allez bien!
Voici le chapitre de Décembre, pile poil pour les vacances de Noël (pour les étudiants, lycéens et collégiens, parce que pour les travailleurs, c'est pas le même régime... :'( )
Je demande votre indulgence car ma beta reader n'a pas encore eu le temps de repasser derrière moi pour vérifier toutes les coquilles que j'aurais pu laisser. Si jamais il y a besoin, je ferai une réédition avec le corrigé dès qu'elle me le communique. D'ailleurs, j'ai laissé trois erreurs assez grosses dans le chapitre précédent que j'ai corrigé tout en postant ce chapitre. (J'ai oublié d'effacer des adjectifs qui se répétaient après avoir retravaillé sur une phrase)
Je vous souhaite à tous une très belle et très joyeuse fête de Noël, si possible entourés de votre famille et de vos amis.
Bise et à l'année prochaine! ;p
(Oui, cette blaque est vieille comme le monde. J'ai honte...
Enfin presque.)
P.S: Un énorme merci à Eclipse et Gun d'ange pour leurs commentaires qui non seulement me réjouissent et m'encouragent mais en plus, m'inspirent bien souvent par rapport à l'histoire. Le commentaire d'Eclipse sur le chapitre précédent m'a fait retravaillé tout le début de ce chapitre afin de rendre les choses plus cohérentes et claires! N'hésitez pas à votre tour si vous avez une question, un doute, un passage que vous avez apprécié ou qui vous a laissé mal à l'aise... Toute aide est la bienvenue et les encouragements encore plus!
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Chapitre 13 – David contre Goliath
Savez-vous quelle est la faiblesse d'un titan?
C'est qu'il est si dense qu'il ne sent plus le grain de sable s'infiltrant dans ses rouages.
Si monstrueux, qu'il ne comprend plus l'incroyable résilience des petits protégeant les leurs.
Si large, qu'il ne voit plus la lumière que jette la lampe dans son ombre.
Si grand, qu'il n'accepte plus que quelque chose le dépasse.
Si seul, qu'il ne sait plus demander de l'aide ni la recevoir.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 8 Novembre – 3h du matin
Elle resta là, seule, une heure. Jusqu'à ce qu'elle entende son pas.
Il ne dit rien, se contentant de s'asseoir à quelques mètres.
Elle cacha son visage dans ses bras, ne sachant pas comment accueillir son arrivée. Trop confuse pour réussir à partager ce moment avec quiconque.
Il l'observa un moment. Il ne pouvait que deviner sa forme avec l'absence de lumière. Mais sa posture parlait d'elle-même et exprimait le trouble qu'elle ressentait.
Yoruichi était passée au manoir, lui annoncer que Kohana allait livrer des documents compromettants et assister à une de leurs soirées. La probabilité d'y rencontrer le Chef était élevée. L'ancienne shinigami n'était pas restée longtemps, se contentant de lancer quelques piques et insinuations avant de partir rejoindre Urahara dans le monde des vivants. Il avait compris que, à sa manière, elle se faisait du souci pour la jeune lieutenante.
Et elle n'était pas la seule.
Il avait senti son reiatsu dans le parc, vers trois heures du matin. Pressentant qu'elle viendrait ici tôt ou tard, il avait veillé toute la nuit. De toute façon, avec le nombre de contrats, économiques, nuptiaux et autres, qui abondaient à cette période de l'année, il avait de quoi faire. Et le chef de clan devait approuver chacun d'entre eux dès qu'il concernait un des membres directs de sa famille.
Il ne l'avait pas rejoint tout de suite, lui laissant le temps de reprendre ses esprits avant de lui imposer sa compagnie.
Mais maintenant qu'il était là, il n'avait aucune idée de comment agir.
« Essayez de la faire raconter sa soirée. C'est sûrement un élément de celle-ci qui l'a autant perturbée. » Lui conseilla Senbonzakura.
« Et comment suis-je censé m'y prendre ? Je ne suis pas un proche, encore moins son confident. »
« Croyez-vous sincèrement qu'elle en est un? Elle vous fait confiance. Vous êtes l'une des seules personnes à qui elle accepterait de raconter ce genre de choses. »
« Et comment en es-tu si sûr ? » L'interrogea Byakuya d'un ton plein de suspicions.
Il sentit son zanpakuto essayer d'esquiver la question comme si de rien n'était. Mais il ne lui laissa pas le temps de trouver une excuse.
« A quel point est-ce que les zanpakutos communiquent entre eux ? Non, attends. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est de savoir ce que tu peux bien raconter sur moi, et à qui. »
« Ho, ça dépend des zanpakutos ! Et je ne révèle rien de dangereux ni de compromettant, Byakuya-sama. Je vous le promets. »
« Et je devrais te croire car tu es bien entendu un modèle de discrétion et de discernement. » Commenta avec ironie le noble
Senbonzakura se racla abondamment la gorge.
« Si je peux me permettre, Byakuya-sama, je vous rappelle que je suis une part de vous. »
Byakuya ferma les yeux. Son esprit marquait un point.
Mais cela ne l'avançait pas pour autant sur ce qu'il convenait de faire. Il se retrouvait complètement démuni face à une situation qu'il n'avait que rarement rencontrée. Hisana s'était toujours facilement confié à lui. Il n'avait jamais été en position de réconforter ses cousines et ses tantes, se méfiant de leurs ambitions et des luttes intestines sévissant dans son clan. Quant à Rukia, on pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert, aucun besoin de l'encourager à parler. Il suffisait de lui présenter, plus ou moins discrètement, une solution.
« On peut toujours commencer par un comment s'est déroulé la soirée. »
Il soupira et décida de se lancer, se sentant étrangement stupide.
« Comment s'est déroulé la soirée ? »
Le silence lui répondit.
Il lança un regard noir mental à son zanpakuto avant de remarquer le mouvement de son alliée.
Celle-ci avait relevé la tête et regardait maintenant au loin. Au bout de plusieurs minutes, elle prit une inspiration.
« Je… je ne suis pas sûre de pouvoir vraiment répondre. C'était… J'ai eu l'impression de me faire retourner le cerveau. Je me sens comme un papillon face à une lumière, tellement aveuglée que je ne me rends même pas compte que je suis en train de cramer. Il… leur chef, Asahi-dono… Enfin, je doute que ce soit son vrai nom mais, ils l'appellent tous comme ça. Mais il… il a quelque chose. Une sorte d'aura qui éblouit et étourdit. Il vous étudie, repère vos points faibles puis vous retourne comme une crêpe, en tirant les fils qui vont vous faire pencher la tête sur le côté. »
Il y eut un moment de silence où elle se recroquevilla sur elle-même. Byakuya se tint coi, ne voulant pas la perturber alors qu'elle avait déjà suffisamment de mal à rassembler ses pensées. Mais il sentit comme un serpent froid et sinueux lui traverser le corps, une appréhension, un doute. Que se passait-il ? Qu'est-ce que ce chef avait pu bien dire ou faire pour émouvoir ainsi l'une des meilleures espionnes d'un régiment d'élite ?
« J'ai été accueillie par lui à mon arrivée, dans une petite salle avec celui qui m'a fait passer le premier entretien. Il y eu l'échange d'amabilités et de flatteries auxquelles je m'attendais/ Mais dès le départ, quelque chose m'a frappé. Je l'ai tout de suite reconnu et c'est bien lui qui m'a interpellé lors de ma mission échouée. Mais ce n'était pas seulement ça. J'avais presque l'impression d'être vraiment Kyoko Shiba. Et j'étais heureuse qu'il me sourie et qu'il m'apprécie. Ou en donne l'impression du moins. Je voulais qu'il me reconnaisse comme quelqu'un digne d'intérêt. Je voulais qu'il fasse attention à moi. J'étais étourdie comme si j'avais bu un peu trop d'alcool. »
Elle prit une inspiration. Byakuya en profita pour poser une question qui le turlupinait.
« Pensez-vous qu'ils aient pu vous faire ingérer de la silâme ? Pas dans sa version transformée, comme pour le lieutenant Kusajishi, mais par inhalation ou dans une boisson qu'ils vous auraient servie ? »
« Je ne mange ni ne boit rien en mission. L'empoisonnement est trop facile et courant. Et je n'ai pas remarqué d'odeurs particulières non plus. Il n'y avait pas de lourdeur dans l'atmosphère, pas d'encens ou de fleurs odorantes qui auraient pu masquer la silâme. Celle-ci a une odeur très forte, très reconnaissable. Heureusement pour nous, elle est facile à repérer tant qu'on ne cherche pas à la masquer avec quelque chose d'encore plus fort. L'hypothèse d'un empoisonnement est douteuse. Il n'y a eu aucun contact non plus. Pas de possibilité qu'on m'en ait apposé sous forme de poudre, d'huile ou de crème. Non, j'avais la parfaite maîtrise de mon ouïe, de mon odorat, de ma vue. Seul mon jugement était étourdi et tordu. Il aurait pu parler de la pluie et du beau temps, comparer un plat à un autre ou juste mentionner qu'il détestait le thé et nous aurions été tout aussi captivés.» Elle réalisa soudain ce que ses descriptions pouvaient laisser soupçonner et se récria immédiatement. « Et je vous assure qu'il ne s'agit pas de quelque chose d'aussi stupide qu'une infatuation ! »
Byakuya esquissa un léger sourire qu'elle ne remarqua pas dans l'obscurité. « Croyez-moi, l'idée ne m'était pas venue à l'esprit. Pouvez-vous m'en dire plus sur la suite des événements ? Peut-être arriverons-nous à démêler la situation en la revisitant ? »
Alors elle raconta, les papiers qu'il voulait lui faire signer, la menace à peine voilée, cette certitude qu'il la tuerait aussi facilement qu'il la flattait. Elle raconta les personnes qu'elle avait rencontrées et les paroles échangées avant que le Chef ne commence son discours. Elle raconta cette sensation d'un brouillard planant sur ses souvenirs. Sur l'impression générale qu'elle gardait de ce monologue, sans pouvoir se rappeler précisément les mots et phrases prononcées. Elle raconta la lueur éclairant les yeux de l'assemblée, le mouvement général des sentiments, envie, peur, colère, révolte, espoir et satisfaction, au gré de la voix du Chef, tels de l'écume, créée et portée par les vagues avant de disparaître. Ils avaient tous ressenti quelque chose, tous approuvé, tous espéré. Ils étaient prêts à le suivre et à obéir au moindre de ses commandements, comme des serviteurs quêtant l'approbation de leur maître. Ou comme des automates dénués de jugement.
« J'ai déjà entendu pas mal de discours. Certains parlent de sentiments, d'autres réveillent l'intelligence. On va y adhérer parce qu'il y a un écho en nous de ce qui est dit, ou parce que nous comprenons que c'est bon, vrai ou juste, que ce soit par notre sensibilité, notre raison ou même notre volonté. Mais avec le Chef, ça ne ressemblait à rien de ce que j'ai pu expérimenter. Il n'y avait aucun choix. Seulement une sorte… d'hypnose, d'endormissement du jugement pour laisser libre cours à des sentiments tordus, déformés, et auxquels on donne le contrôle. » Acheva-t-elle avant de se replonger dans ses pensées.
Byakuya l'avait attentivement écouté. Quelque chose dans ce qu'elle décrivait titillait sa mémoire. Il cherchait à toute vitesse où il avait bien pu entendre parler d'un tel phénomène. Soudain, il se leva.
« Suivez-moi. J'ai souvenir d'un document qui pourrait nous intéresser. »
Elle lui obéit, curieuse. De quoi pouvait-il bien parler ?
Il l'entraîna à travers les arbres jusqu'à l'orée de la forêt. Rejoignant les grands jardins, ils longèrent des allées détournées, à travers les arbres, les étangs et les buissons formant une savante esthétique. Etonnée, elle essayait de deviner où il l'entraînait, jusqu'à ce qu'ils atteignent un petit belvédère. Il lui fit signe d'attendre avant d'entrer à l'intérieur et d'activer un mécanisme. Avec l'obscurité, impossible de deviner où il se trouvait, mais le bruit de panneaux coulissants la renseigna sur ce qu'il se passait. Elle vit un escalier étroit et très raide apparaître sous ce qui se révélait être un pan de pelouse amovible.
Tous deux descendirent alors dans un tunnel sombre et Byakuya invoqua un léger sort de kido pour les éclairer, une fois la trappe refermée.
Ils n'avaient pas échangé un seul mot depuis le début de leur marche. Mais les yeux écarquillés de Kohana le décidèrent à fournir quelques explications.
« Le lieutenant Kusajishi n'est pas la seule à avoir creusé des tunnels sous cette propriété. Celui-ci nous conduira directement aux archives tenues par mon clan. »
« Je connaissais l'existence de ces archives, mais j'ignorais tout de ce tunnel. »
Le noble arbora un léger sourire satisfait. « Apparemment, nous avons réussi à préserver quelques secrets de la curiosité de l'Onmitsukido. »
Tous deux reprirent leur marche pendant plusieurs longues minutes, jusqu'à parvenir à un petit panneau qui céda sous une pression de la main de Kuchiki. Ils pénétrèrent alors dans une salle de dimension moyenne, contenant un nombre impressionnant d'étagères avec seulement une table et trois chaises au milieu. Une autre porte sur le mur d'en face devait mener à d'autres sections, d'archives ou de tunnels. Mais Kohana préféra ne pas poser de questions. Son allié avait déjà fait une énorme concession en lui révélant cet endroit et elle n'était plus en mission.
Byakuya se retourna vers elle. « Lieutenant. » Etait-ce de l'incertitude dans sa voix ? Venant du chef des Kuchiki, c'était peu probable mais il y avait une très légère note dissonante. « Si cela ne contredit pas directement votre devoir en tant que membre de l'Onmitsukido, je préférerais autant que le capitaine Soi Fon et vos collègues n'apprennent pas l'existence de cette pièce. »
Elle réfléchit un instant à la façon dont elle pourrait honorer sa promesse tout autant que la confiance du capitaine. « Tant qu'un danger imminent demandant notre accès à cette salle ne m'y oblige pas, je ne révélerai rien sans votre permission. »
Byakuya hocha la tête. « Merci lieutenant. »
Il se mit à chercher parmi les étagères avant de sortir des liasses d'archives ci et là. Il en posa au total huit sur la table.
« Puis-je vous aider, capitaine ? »
« Je recherche un événement qui s'est déroulé il y a environ mille ans. L'affaire a été soigneusement étouffée car elle touchait plusieurs membres de la chambre des 46. Les seules traces écrites qui subsistent demeurent dans cette pièce. D'ailleurs, je ferais mieux de vous avertir que seul mon reiatsu et celui d'une poignée d'autres personnes permettent un voyage sans incidents à travers ces tunnels. »
Kohana ne put s'empêcher de sourire. « C'est noté, capitaine. J'éviterai de venir fouiller ici sans vous. »
« Oui, vu la façon dont vous avez formulé votre promesse, je jugeais préférable de vous en informer. » Il n'y avait aucune rancœur dans la voix du capitaine mais plutôt une légère trace d'humour. Tous deux savaient pertinemment que sans cet avertissement, Kohana serait revenue ici durant son temps libre. Les tics d'espions peuvent avoir la vie dure.
« Quant à l'événement en question, il est fait mention à un moment donné d'un charmeur de foule. Une sorte d'envoûteur qui arrivait à entraîner son public par son seul discours. Un effet assez comparable à celui que vous m'avez décrit. »
« Un charmeur de foule ? Ça sonne juste. Partageons-nous le travail. » Et reprenant la routine qu'ils avaient installé au cours des deux derniers mois, ils se mirent à parcourir les liasses de papiers posées sur la table.
« Ici. » Annonça Byakuya après une petite demi-heure.
Elle s'approcha pour lire par-dessus son épaule. Le passage était assez succinct mais décrivait une scène similaire à celle qu'elle avait détaillée une heure plus tôt. « C'est exactement ça. Disent-ils ce qui permet de créer cet effet ? »
« Apparemment, il s'agit d'un talent rare. Pas de kido ou de drogue là-dedans, mais une aptitude exceptionnelle pour accaparer l'attention et rendre les personnes extrêmement influençables. Le cas s'est rencontré à plusieurs reprises dans le monde des vivants. Voyez les notes ajoutées dans la marge. L'une d'entre elle mentionne que les effets de cette aptitude ont été répliqués à moindre échelle avec l'une de leurs technologies. »
« Donc, ce serait de l'hypnose de masse ? »
« C'est cela. Réalisée par une personne talentueuse et qui n'en est pas à son coup d'essai. »
« Pourtant, on nous enseigne à résister aux tentatives d'hypnose. Je n'aurais pas dû rencontrer autant de difficultés ce soir.»
« Peut-être était-ce seulement avec celles provoquées par des techniques de kido ou de zanpakuto, et non par une aptitude psychologique. »
« Oui, vous avez raison. » Son ton était sombre et songeur. Elle s'enferma dans le silence, visage soucieux, traits fermés.
Remarquant son trouble, Byakuya fut traversé d'une intuition soudaine.
« Il ne s'agit pas seulement de l'hypnose, n'est-ce pas ? »
Elle leva les yeux vers lui, surprise.
« Quelque chose dans ce qu'il a dit vous a fait réagir. Et c'est ce qui lui a permis d'avoir cette influence sur vous. Alors qu'au début, vous étiez encore capable d'observer et d'analyser la situation. Du moins, c'est ce que suggère votre récit. »
Elle resta muette un long moment puis ferma les yeux, essayant de se ressaisir. Il lui laissa le temps qu'il fallait. L'aube ne tarderait pas de toute façon. Une nuit blanche de plus ne changerait rien à son état de fatigue. Elle se décida enfin à parler, d'une voix sourde et à peine contenue.
« Je…Il… Il mentionnait tant de choses, mais il revenait constamment au rétablissement de la justice, à la prospérité, à une vie paisible pour tous. Il parlait de changer en profondeur le Rukongai. Je l'aurai considéré comme un rêveur et un idéaliste mais sa conviction et son assurance vous envahissait. Il vous faisait croire que c'était possible. Et aussi, il vous faisait oublier par quelles méthodes il comptait y arriver. Alors que je savais pertinemment qu'il était l'instigateur de meurtres, de chantages, d'esclavage, de la découverte de la silâme, et d'expérimentations sur des âmes. Mais il vous ferait oublier votre propre nom. »
Une pause, à nouveau.
« Et puis… Il a mentionné les technologies du monde des vivants. De les adapter à la Soul Society pour améliorer les conditions de vie. Et je ne pouvais m'empêcher de me demander : et si c'était possible ? Et si c'était vrai ? Et si c'était la réponse à tous les maux du Rukongai, comme il l'affirme.»
Byakuya avait deviné depuis un certain temps le genre d'enfance qu'elle avait pu connaître. Les récits d'Hisana hantaient encore sa mémoire, un siècle après sa mort. Lui aussi s'était plu à penser aux possibilités dans ses temps libres. Toutefois, la technologie des vivants constituait une méthode difficilement adaptable à la Soul Society et aux résultats plus que douteux sur le long terme. C'est ce qu'il entreprit de faire comprendre à sa collègue.
« Le laboratoire que le capitaine Unohana a découvert contenait des expérimentations allant dans ce sens. Cependant la quantité d'énergie demandée les rend peu viables. Les risques d'explosion sont nombreux. Le capitaine Kurotsuchi et Kisuke Urahara ont également exploré le sujet. L'un bénéficie de son propre reiatsu et de celui de ses subordonnés ainsi que de l'atmosphère très chargée en énergie du Seireitei pour faire fonctionner ses machines. L'autre demeure dans le monde des vivants et utilise leurs systèmes. »
Il marqua une pause, sachant que ses paroles allaient confirmer une réalité qu'elle n'acceptait pas. Prenant une inspiration, il se lança.
« En l'état, il est peu probable que ces inventions soient adaptables aux conditions du Rukongai. De plus, nous ne sommes pas certains qu'elles apportent un bénéfice réel aux conditions de vie là-bas. Nous avons affaire à des mafias et des réseaux d'esclavage qui contrôlent soigneusement la misère de ces quartiers. Il faudrait une armée permanente sur place pour les surveiller et les éliminer. Le Seireitei ne peut pas assurer cette mission alors que les hollows mènent des attaques constantes contre ce monde et celui des vivants. »
Elle baissa les épaules et la tête, découragée.
« Oui, la situation semble sans issue. »
« Non. »
Elle le dévisagea, surprise.
« Je doute simplement que cette issue soit celle présentée par le Chef. Vous avez de nombreuses années devant vous, lieutenant. Il serait prématuré de baisser les bras maintenant. »
« Vous… je croyais que vous désapprouviez mon ambition de changer la situation. Du moins, c'est ce que vous laissiez entendre, lorsque le sujet a été évoqué avec les capitaines Soi Fon et Unohana.»
« Je désapprouve les fauteurs de trouble. Mais comme le capitaine Soi Fon l'a fait remarquer, il aurait été peu probable qu'elle vous nomme son lieutenant si vous en aviez été un. Et bien que nous nous connaissions depuis peu, j'ai toute confiance en vous sur ce point. »
Une douce chaleur l'envahit lorsqu'elle entendit ces mots pourtant simples. Même si elle l'avait pressenti, qu'il les prononce avait une valeur incroyable. C'était la quatrième personne qui les lui offrait en un peu plus de cent ans. Il lui faisait confiance.
« Merci capitaine… c'est réciproque. »
Un court silence puis ; « Merci lieutenant. »
Elle n'avait pas vu son sourire, mais son ton de voix le lui fit deviner.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 10 Novembre
Hiyori traçait des allers et retours impatients, s'arrêtant de temps à autre pour surveiller les environs avant de reprendre son manège. Hachigen quant à lui, se concentrait sur les mouvements d'énergie alentours, tout en maintenant une barrière de camouflage autour d'eux. Les deux fraccions de Nelliel se tenaient tranquillement dans un coin, à jouer avec leur bête gigantesque.
Les deux vizards relevèrent en même temps la tête lorsqu'ils sentirent les reiatsus de leurs camarades et de leurs alliés approcher.
« Alors ? » Les questionna Hiyori dès qu'ils furent à proximité.
« C'est encore pire que ce qu'on pensait. » Répondit Love. « Ils ont une base souterraine solidement établie avec une trentaine de chercheurs et une dizaine de cobayes. J'ai reconnu l'un d'entre eux, c'est un ancien shinigami qui servait dans ma division avant les emmerdes. Par contre, ils ont pas de champ de silâme ici. Seulement les herbes fraîches ou séchées qui arrivent directement depuis la Soul Society pour être trafiquées dans leur labo ensuite. »
« Et tout le complexe est protégé par au moins trois arrancars et leurs fraccions. » Poursuivit Nelliel. « Les arrancars ouvrent un portail vers la Soul Society ou le monde des vivants lorsque les chercheurs ont besoin de récupérer ou envoyer des cargaisons. Grimmjow a entendu une de leurs conversations. Apparemment, le Chef, ou son représentant, a conclu un accord avec eux. S'ils les aident avec la protection du labo, la capture d'Hollows pour récupérer leur essence et les transferts d'un monde à l'autre, ils obtiendront toutes les âmes récalcitrantes lorsque le renversement de la Soul Society aura commencé. »
« Tch, ces incapables sont infoutus de s'nourrir eux-mêmes. Ils n'méritent pas d'survivre, encore moins d'se faire passer pour des arrancars. » Commenta Grimmjow. « Par contre, c'est un sacré con ce Chef, à croire qu'les autres vont s'contenter des âmes qu'il va leur envoyer. Dès qu'il aura fait son p'tit coup d'état d'mes deux, ils profiteront de la pagaille pour investir la Soul Society. »
Tous, y compris Hiyori, ne purent que hocher la tête à cette affirmation.
« On a donc ce laboratoire, plus la station mobile qui va chasser les hollows moins puissants pour récupérer leur essence et qui est elle-même accompagnée de trois fraccions et de deux chercheurs. » Résuma Lisa. « Mais c'est sans compter les dispositifs de protection du labo. Heureusement, ceux-ci ont été créés pour repousser des attaques de hollows, pas de shinigami. On a donc une faiblesse à exploiter. »
« Le plus inquiétant, ce sont les armes qu'on a trouvé. » Ajouta Love.
« Quelles armes ? » L'interrogea brusquement Hiyori.
« Je ne sais pas trop. Faut qu'on envoie les photos et les résultats des capteurs à Urahara. Il saura déchiffrer tout ce bordel. »
« Il n'est pas prudent de rester ici, même avec ma barrière. » Les prévint Hachigen. « Mieux vaut envoyer tout de suite les preuves à Urahara et trouver un coin plus discret pour les surveiller. »
Les alliés hochèrent la tête et se mirent au travail. Face à ces nouvelles, même Hiyori et Grimmjow n'avaient pas le cœur à se disputer. Ils n'avaient qu'une idée en tête : anéantir les traîtres. Et pour certains, montrer ainsi qui étaient les maîtres.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 13 Novembre
« Il va falloir décidément que j'investisse dans plus de fauteuils. » Constatait le capitaine Unohana face au monde envahissant son salon.
En plus des capitaines Kuchiki, Soi Fon et de Kenpachi, il y avait également Yachiru et Kohana ainsi que l'ancien capitaine Shihoin qui s'était décidée à quitter sa forme de chat après que Yachiru ait essayé de l'attraper et de lui lancer des bonbons pendant 10 minutes.
Ho, le chat s'était bien amusé et avait même réussi à attraper quelques bonbons au vol mais la réunion allant bientôt commencer, elle avait accepté de rétablir le calme en abandonnant sa fourrure.
Une décision qui avait été accueillie avec soulagement par tous les spectateurs de la scène. Quoique, une pensée saugrenue et vengeresse était née dans l'esprit de Byakuya, celui-ci se demandant s'il ne fallait pas profiter de la distraction du chat-démon pour lui marcher sur la queue. La pensée était partie aussi vite qu'elle était venue, mais il n'avait pu s'empêcher d'imaginer avec délectation cette petite revanche. Il restait humain après tout.
A présent qu'ils étaient tous réunis et que l'on pouvait à nouveau s'entendre parler, la discussion démarra au quart de tour sur les dernières découvertes des différentes équipes.
Kohana fut la première à passer, décrivant sa rencontre avec le chef, les papiers qu'il lui avait fait signer, les propos qu'il avait tenu, les personnes assemblées et surtout, l'étrange charisme qui se dégageait de lui pour charmer et hypnotiser tous ceux qui l'entendait. Le capitaine Kuchiki avait apporté la copie des archives mentionnant ce phénomène, afin que tous puisse la consulter.
Puis Unohana, entrecoupée par des exclamations et l'ajout de détails venant de sa fille et appuyée de temps à autre par des acquiescements de Kenpachi, avait présenté les résultats de leur enquête dans le Rukongai. Ils avaient retrouvé la confiserie. Celle-ci vendait une panoplie très large de bonbons mais ceux à la silâme n'étaient pas présents sur les étals, comme on pouvait s'en douter. En arrière-boutique, c'était une autre histoire. Ils faisaient venir la silâme transformée au Hueco Mundo dans des carrioles transportant tous les ingrédients nécessaires à une confiserie. Camouflée parmi d'autres ressources inoffensives, la substance était alors incorporée à de la mélasse dans les grands bacs de productions avant d'être cuites dans les fours. Parmi toutes les odeurs de colorants, d'arômes divers et de sucre, la drogue passait complètement inaperçue.
Ils avaient tenté de remonter la piste des carrioles mais leur nombre et la variété de leur provenance avaient rendu la tâche difficile. Le nez de Yachiru leur avait cependant permis d'identifier un grossiste en herbes médicinales qui se trouvait dans le 35ème district est. La confiserie, elle, faisait partie du 22ème district nord. Les convois étaient protégés par des troupes de mercenaires. Et les charrettes provenant du grossiste pour ravitailler la boutique portaient toutes un sigle discret : deux kanjis, l'un pour l'abeille, Hachi, l'autre pour le corbeau, Karasu. Ce sigle était suffisamment modeste pour qu'un œil non averti l'ignore. Mais ceux qui le connaissaient pouvaient facilement le reconnaître.
Soi Fon en avait alors profité pour prendre la parole. L'un de ses meilleurs stratèges avait été mis sur le coup et il avait retracé un réseau d'une étendue et d'une diversité impressionnante. A travers des contrats louches, des noms mêlés à la conspiration et les enquêtes menées depuis trois ans et qui avaient été si fructueuses ces derniers mois, il avait réussi à identifier 5 branches, chacune avec une responsabilité et des méthodes de travail bien spécifiques.
La première branche s'occupait des mercenaires, de leur recrutement, leur entraînement, leur organisation et leur répartition sur toute la carte du Rukongai, ainsi que de leurs missions. Une gigantesque armée civile qui pouvait être convoquée par un seul homme. Point positif, ils étaient étalés sur tout le territoire et auraient du mal à se rassembler rapidement et discrètement en un seul point. Point négatif, ils étaient étalés sur tout le territoire et pendant qu'on neutralisait les uns, les autres pourraient avoir toute liberté pour réagir et prendre leurs précautions. Il faudrait attaquer directement le commandement avant de descendre dans la hiérarchie afin que l'indécision et le manque d'ordre les empêchent de trop nuire.
La seconde branche, c'était celle de la silâme. Cette branche s'occupait de sa culture dans des champs de la Soul Society encore non localisés et du séchage dans différentes boutiques et échoppes d'artisans dont les activités permettaient de masquer l'odeur très prégnante de l'herbe. Ils avaient plus d'une trentaine de boutiques impliquées dans l'affaire et la seconde branche se chargeait également de toute l'organisation des convois, aidés en cela par la première branche pour leur protection. Elle travaillait également en étroites collaboration avec la troisième branche, celle de la recherche, pour la transformation de la silâme à partir d'essence d'Hollows.
En plus du laboratoire dans le Hueco Mundo qui se concentrait sur la silâme, les chercheurs de a troisième branche possédaient également plusieurs laboratoires dans le Rukongai, dont l'un avait été pris d'assaut par Unohana récemment. Ils essayaient d'adapter la technologie du monde des vivants à la Soul Society, se concentrant sur les machines facilitant l'espionnage, la surveillance, la communication et les déplacements, ainsi que sur les armes. Yoruichi-sama aurait d'ailleurs quelques éléments à ajouter là-dessus.
La conquête des nobles, les mises en relation, les propos insidieux, tout cela était du fait de la quatrième branche, beaucoup plus modeste par sa taille. Elle cherchait des cibles potentielles, les approchaient, les retournaient ou non, puis s'assuraient de leur coopération et de leur discrétion avant de leur faire mettre la main à la pâte, que ce soit pour de nouveaux recrutements, des dons d'argents ou de moyens, de l'influence auprès de hauts personnages, ou pire, la subversion des membres de la chambre des 46.
Un haut le corps avait saisi plusieurs des alliés lorsque Soi Fon leur apprit cette nouvelle d'une voix froide et détachée. Les traits s'étaient durcis et les poings, resserrés. Ils avaient beau être déjà au courant, la trahison de la part de leurs juges et gouvernants était amère et révoltante.
Soi Fon toutefois ne se laissa pas troubler. Elle avait eu le temps de digérer la nouvelle et elle préféra passer à la dernière branche, celle qui l'enrageait le plus.
Car il s'agissait de l'infiltration du Seireitei et de la subversion des shinigamis prêts à trahir leurs chefs et leurs camarades pour un gain ou une revanche illusoire. Toutes les divisions devaient être considérées comme étant infectées. Même l'Onmitsukido n'était plus sûr. C'est pourquoi Soi Fon, Kohana et Omaeda, paranoïaques par métier ou par nature, avaient pratiqué très tôt le cloisonnement le plus strict. Quant au corps de Kido, c'était difficile à déterminer.
Ils avaient également des noms de code en leur possession : Le renard, l'abeille, le frelon et le serpent. Plus le corbeau, s'il fallait se fier au sigle aperçu par Unohana, Kenpachi et Kusajishi.
Après recoupements et application d'un raisonnement logique, ils en étaient venus à cette déduction : au frelon, les mercenaires ; à l'abeille, la silâme ; au serpent, la subversion des nobles et des commerçants ; au renard, l'infiltration du Seireitei ; et au corbeau, les travaux de recherche et la direction des scientifiques.
Et au-dessus de ces personnes, le Chef, aussi connu sous le nom de Asahi.
Ils gardèrent tous le silence, voyant pour la première fois depuis deux mois pour certains, trois ans pour les autres, un tableau complet se dessiner sous leurs yeux. Comment un seul homme avait-il réussi à bâtir une telle entreprise ? L'organisation était méticuleuse et méthodique, étudiée dans les moindres détails, soigneusement dissimulée derrière des apparences banales. Les acolytes étaient eux aussi non négligeables pour avoir construit et étendu avec un tel doigté la branche qui leur avait été confiée.
Yoruichi rompit à son tour le silence. « Vous allez râler mais j'ai d'autres mauvaises nouvelles. Le labo du Hueco Mundo ne fait pas seulement mumuse avec la silâme. Ils essayent aussi de mettre au point des armes qui permettraient de neutraliser les shinigamis. »
« Comment cela ? » L'interrogea Byakuya.
« Ils essayent d'attaquer directement le reiatsu, de la même manière qu'avec les bonbons de Yachiru. En utilisant des essences d'Hollows qu'ils distordent et transforment avant d'en faire des armes qui vont contaminer les shinigamis, ou tout possesseur de reiatsu, et bouffer leur énergie jusqu'à ce qu'ils en crèvent, ou du moins, jusqu'à ce qu'ils soient très affaiblis. Le bon point, c'est qu'ils n'en sont encore qu'à l'étape de prototype et qu'avec un métabolisme normal, ils n'arrivent pas à déclencher la réaction en chaîne qui permet l'absorption et la destruction totale du reiatsu. La gamine est une anomalie et c'est seulement pour cette raison qu'elle a failli y passer. Son métabolisme tourne à 300 à l'heure au lieu de 30. »
« Il va falloir rapidement détruire ce laboratoire avant qu'ils n'obtiennent des résultats concluants. Et il faut également réfléchir à une manière de se protéger contre ce phénomène, au cas où. » Lança Unohana.
« C'est là tout le problème. Même si nous avons remarquablement avancé ces derniers temps, nous ignorons encore qui sont les adjoints. Le Chef ne se laisse rencontrer qu'en de rares occasions et seulement à quelques privilégiés qui sont prévenus au dernier moment. Nous ne savons toujours pas où est cultivé la silâme ni où se trouve leur quartier général. Si nous intervenons sur l'une ou l'autre des branches, toutes les autres seront en alerte et le Chef et ses adjoints seront encore plus insaisissables. Mais si nous n'intervenons pas, les choses risques de progresser jusqu'à un point de non-retour. » Expliqua Kohana.
« Sans compter que certains membres de la chambre des 46 sont, de près ou de loin, dans le coup. Nous ne pouvons pas courir le risque de leur demander leur autorisation pour lancer nos offensives. Si nous réglons le problème sans les avertir, ils pourraient nous juger pour haute trahison. J'ai l'accord du commandant en chef qui cautionne nos actions et est prêt à en porter la responsabilité. Mais ça ne suffira pas. » Renchérit Soi Fon.
Le silence régna à nouveau en maître. Même Yachiru réfléchissait dur, les sourcils froncés, se balançant légèrement d'avant en arrière.
« Et si seulement l'un des 46 donnait son aval, pour ensuite porter la responsabilité face à ses confrères et accuser de trahison les membres impliqués dans le complot ? » Proposa Byakuya.
Tous levèrent les yeux vers lui. Mais c'est Yoruichi qui intervint.
« Ce serait envisageable à condition d'être sûr de sa fiabilité. Tu penses à ton grand-père ? »
« Je ne savais pas que tu étais au courant. » S'étonna Byakuya. « En effet, il a intégré la chambre des 46 il y a quelques décennies. Je réponds de lui comme de moi-même. Et je le rencontre de temps à autre. Je suis donc sûr que ses idées n'ont pas changés depuis tout ce temps et personne ne s'étonnera à ce qu'il s'entretienne avec moi pendant plusieurs heures. Ce qui nous laisserait suffisamment de temps pour exposer toute la situation. »
Soi Fon hocha la tête. « C'est la seule solution que j'entrevois pour l'instant vis-à-vis de la chambre des 46. Je connais l'intégrité de votre grand-père et j'accepte de courir le risque avec lui. Mais ça ne règle pas le problème de comment et quand agir. »
C'est alors que Kenpachi intervint, à l'étonnement de beaucoup d'entre eux. Non pas parce qu'il s'exprimait maintenant, mais plutôt parce qu'il était resté silencieux tout ce temps. « Y a qu'une façon d'faire. C'est d'frapper partout en même temps. Ou en tout cas, à tous les endroits les plus importants. L'Chef, les adjoints, le labo du Hueco Mundo, le QG des mercenaires. Et faut trouver l'endroit où cette saloperie d'herbe est cultivée pour le détruire. On pourra ensuite s'occuper tranquillement des traîtres, des mercenaires et des labos restants. »
« Je suis d'accord avec toi sur tous les points sauf le dernier. Il serait trop facile pour un chercheur d'emporter avec lui les papiers nécessaires et de fuir pour continuer à sévir ailleurs. Nous devons mettre tous les laboratoires sur la liste des cibles prioritaires. » Intervint Unohana.
Kenpachi se contenta d'un « Hmm » approbateur.
« Il faudrait alors prévoir une équipe pour chacune de ces cibles. Le chef, les cinq adjoints, le QG des mercenaires, où se trouvera probablement le Frelon, le laboratoire du Hueco Mundo plus tous les autres laboratoires existants dans la Soul Society et le lieu de culture de la silâme. Ce qui fait au minimum sept équipes, mais plus vraisemblablement 10 à 15. » Compta Soi Fon.
« Même si nous attaquons en solo, nous n'aurons jamais assez de personnes fiables sur qui compter » Remarqua Kohana.
« Voyons déjà comment nous organiser avec les effectifs disponibles. » Proposa Yoruichi. « Le bon moment pour attaquer dépendra essentiellement de l'opportunité d'assassinat du Chef. C'est lui l'élément le plus compliqué à atteindre. Quant aux autres cibles, nous devrons être prêts à frapper dès que le signal sera donné. »
« Mumei devra se charger du Chef. Elle est la seule qui puisse l'approcher pour le moment. » Décida Soi Fon.
« Capitaine ? Bien que n'ayons pas assez de monde, le Chef est une cible trop importante pour qu'une seule personne s'en charge. » Signala Kohana. « Notre coup ne peut pas rater. Il suffit d'un imprévu pour qu'il arrive à se dérober. Surtout avec sa personnalité. Si vous-même ou Yoruichi-sama pouvaient me seconder, nos chances de succès seront beaucoup plus sûres. »
Soi Fon fronça les sourcils mais n'eut pas le temps d'émettre un commentaire, coupée par Yoruichi.
« La petite a raison. Malgré son talent, ce serait insensé de l'envoyer seule. Je me chargerais des imprévus et des idiots pendant qu'elle se concentre sur le Chef. Et je serai prête à le traquer si besoin. »
« Très bien. » Accepta Soi Fon. « Mumei, Yoruichi-sama, nous discuterons des détails juste après. Pour les adjoints, le capitaine Unohana devrait se charger du Corbeau, étant donné qu'elle a déjà investi un de leur laboratoire. »
« C'est une bonne idée mais ne serais-je pas plus nécessaire face à l'Abeille ? Je suis pour l'instant la seule capable de contrer les effets de la silâme. » Souligna Unohana.
Yoruichi intervint à nouveau. « Kisuke voudra certainement être de la partie et pourra lui-même se charger du Corbeau, ce qui laissera tout loisir à Unohana de neutraliser l'Abeille. »
Soi Fon acquiesça à contre-coeur. « Son aide sera précieuse. Nous avons trop peu de gens sur qui compter. » Elle ignora soigneusement le regard curieux de Mumei et celui rigolard de Yoruichi pour continuer la répartition. « Pour s'occuper du Frelon et du QG des mercenaires, le capitaine Zaraki et le lieutenant Kusajishi. »
« Peuh, encore du menu fretin, j'parie. Mais on va s'en occuper. Y aura p't'être quelqu'un d'amusant parmi les faibles. » Grogna Kenpachi.
« Et après, on ira visiter les autres maisons de mercenaires. Ça nous f'ra faire un p'tit tour du Rukongai et j'pourrai trouver des nouveaux bonbons peut-être ! « S'exclama joyeusement Yachiru.
« Yachiru » Intervint Unohana. « Qu'est-ce qu'on a dit sur les bonbons ? »
« Manger seulement ceux qu'j'achète chez les marchands et t'montrer les autres d'abord. » Récita la petite, docilement.
« Bien. » Approuva le médecin.
Le pire, c'est qu'ils étaient tous complètement blasés par rapport à cette scène, après les dernières semaines qu'ils avaient vécu. Soi Fon reprit sans même hausser un sourcil.
« Quant au Serpent, il y a de fortes chances qu'il s'agisse de Kinnori Oshiro. Auriez-vous moyen de l'approcher, capitaine Kuchiki ? Que ce soit en le rencontrant chez certains de vos pairs ou par un autre biais. »
« Je me renseignerai. D'une façon ou d'une autre, je m'en charge. » Affirma Byakuya.
« Bien. En ce qui concerne le Renard, je m'occuperai de lui personnellement. » Déclara Soi Fon avec fermeté.
Byakuya ne put s'empêcher de ressentir une légère sympathie envers le pauvre fou qui avait cru pouvoir trahir impunément ses frères d'armes.
« Pour le Hueco Mundo, je compte demander aux Vizards et aux deux Arrancars de rester dans le périmètre et de lancer l'assaut dès que nous en donnerons l'ordre. Reste le lieu de culture de la silâme et les autres labos qui doivent encore exister dans le Rukongai. » Acheva Soi Fon.
« Le lieu de culture est peut-être une cible secondaire seulement. Après tout, cette herbe se trouve déjà dans tout le Rukongai, dans les laboratoires, au sein des convois, chez les complices artisans. Nous devrons fouiller au peigne fin le Rukongai de toute manière, une fois la première vague d'assaut passée. Autant nous charger du ou des lieux de culture à ce moment-là. Le mal est déjà fait et agir plus tard ne changera pas grand-chose. » Observa Kohana.
Tous acquiescèrent et Soi Fon reprit.
« Vous avez raison. Mais je veux connaître les lieux en question avant notre attaque. En plus de cela, il nous faut découvrir les différents repaires des adjoints et du Chef.
Capitaine Unohana et lieutenant Kusajishi. Vous êtes les plus familiers avec la silâme. Je vous charge de retracer tout son réseau.
Yoruichi-sama, pouvez-vous essayez de dépister les autres laboratoires ? La machinerie de l'… Urahara nous sera utile.
Capitaine Kuchiki et lieutenant Kohana, vous êtes en charge des renseignements concernant le Chef, le Serpent, la chambre des 46 et les traîtres de la haute société. Capitaine Kuchiki, en plus de cela, je vous laisse organiser une entrevue avec votre grand-père.
Capitaine Zaraki, cherchez le QG des mercenaires et le lieu de résidence du Frelon mais ne vous faites surtout pas remarquer pour l'instant.
Quant à moi, je vais m'occuper du Renard et de ses acolytes. J'ai également des informateurs qui surveillent les va et vient du Rukongai et qui apporteront des détails utiles sur tous les plans. Si vous vous trouvez dans une situation de détresse dans le Rukongai, ou face à une urgence, cherchez Omaeda dans sa boutique. Mais seulement comme dernier recours et en restant le plus discret possible. Ai-je oublié quelque chose ? »
« Tout est clair, capitaine. » La rassura Unohana.
Les autres participants hochèrent la tête. Ils n'avaient rien à ajouter.
« Parfait. Dans ce cas, notre réunion est terminée. Mumei, retrouvez moi au cabanon. Yoruichi-sama, si vous voulez bien vous joindre à nous ? »
Et le capitaine Soi Fon sortit de la maison pour se diriger vers la propriété des Kuchiki, suivie de sa lieutenante et de son ancienne supérieure.
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« Kohana, dois-je te retirer de l'affaire ? » L'interrogea abruptement son capitaine dès que les trois femmes eurent pénétré dans le cabanon des Kuchiki.
Kohana ferma les yeux, réfléchissant attentivement à la question. Se sentait-elle suffisamment forte pour résister aux promesses alléchantes et aux arguments fallacieux du Chef ? Elle avait été confuse, prise sous le charme, mais avait-elle été en danger de trahir Soi Fon ?
Des bribes de souvenirs remontèrent à la surface alors qu'elle essayait faire le tri entre sa raison, ses émotions et les désirs qui la tiraillaient entre les deux grandes promesses qu'elle avait faites, l'une à son capitaine, l'autre à l'ancien.
Elle revit la première image dont elle se souvenait : ses geôliers. Puis, comme si elle remontait le temps, elle se souvint de sa course effrénée dans la campagne pour arriver trop tard malgré tout. Dans sa tête, se dessinaient les traits des mercenaires qui avaient attaqué l'ancien, les grandes flammes dévorant la maison des paumés. Et surtout, résonnaient à nouveau à ses oreilles des bribes de conversations et des paroles tombant comme autant de couperets autour de sa conscience.
« Contrôle de soi, conscience de sa responsabilité, utilisation raisonnée et la fin ne justifie jamais les moyens. »
« Un enseignant est responsable de ses élèves, des connaissances qu'il leur enseigne ainsi que de l'éducation et de l'exemple qu'il leur donne. Je suis donc responsable de toi et envers toi, Kohana. »
« Et moi, chuis responsable de quoi ? »
« As-tu un rêve, Kohana ?»
« Tu as ce qu'on appelle un potentiel. Un grand potentiel qui te permettra d'accomplir de grandes choses. Mais lesquelles ? »
« C'est toi qui va me succéder. Alors que je n'ai fait que panser quelques plaies, tu pourras guérir le mal en profondeur. La petite fleur va changer le Rukongai à jamais. »
« Trouve un autre moyen, improvise, va là où tu es appelée. Mais n'oublie jamais les principes que je t'ai enseignés. »
« La fin ne justifie jamais les moyens. »
« On peut être coupable de n'avoir rien fait, Kohana. »
« La fin ne justifie jamais les moyens. »
Ses yeux se rouvrirent, de retour dans le présent. Soi Fon et Yoruichi lui avait laissé le temps dont elle avait besoin et elle pouvait désormais donner sa réponse.
« Non. J'ai été troublée, perturbée par certains de ses arguments et par le pouvoir qu'il arrivait à prendre sur nous. Mais je sais parfaitement à quel genre de personnage j'ai affaire. Il doit être neutralisé, mis en incapacité de nuire. Je ne l'oublierai pas. »
« Bien. » Approuva Soi Fon. « Et n'oublie pas non plus la promesse que tu m'as faite. »
« C'est bien mon intention, capitaine. » L'assura Kohana.
« Maintenant, comment pourrions-nous l'atteindre ? » La questionna sa supérieure.
« Il n'y avait pas de gardes dans les salles de réception. Seulement quelques-uns dans les pièces autour et plusieurs dans les cours. Mais il y avait une bonne dizaine d'observateurs tout au long du chemin que j'ai pris pour arriver là-bas. A la moindre alerte, ils peuvent envoyer un signal rapide au Chef pour que celui-ci déguerpisse. Il faudrait essayer de le suivre à l'issue d'une réception, voir si nous arrivons à localiser ses quartiers. Avec le peu que je connais du personnage, ça ne m'étonnerait pas qu'il ait un entourage dévoué qui ne cesse de guetter les dangers pour lui, où qu'il aille. Et il est peu probable qu'il reste constamment au même endroit. »
Yoruichi intervint. « Si nous lui posons une filature et qu'elle est détectée, il sera automatiquement beaucoup plus prudent. Et quand le moindre passant dans la rue peut être une mouche, demeurer inaperçu tout en restant en mouvement devient quasi impossible. Mais j'ai un avantage : ma forme de chat. Lui ou les siens ne se méfieront jamais de moi, surtout si je me fais aussi discrète que possible. »
Soi Fon acquiesça. « C'est la meilleure et la seule solution que je vois. Cela nous rendra grand service, Yoruichi-sama. Une fois que nous en saurons plus sur ses habitudes et les lieux qu'il fréquente, nous serons à même de former un plan d'attaque. Soit en vous envoyant toutes les deux en infiltration là où il séjourne, soit en utilisant la fausse identité de Kohana pour obtenir un entretien privé. »
« Et on peut toujours sortir les boules quies s'il fait mine de parler. J'ai entendu dire que le persil fonctionnait bien aussi ! » Commenta Yoruichi très sérieusement. « Ça devrait être un élément indispensable de notre panoplie, d'ailleurs. Soi Fon, faudrait penser à acheter du persil pour tout l'Onmitsukido. »
Kohana ne put s'empêcher un petit rire à l'idée tandis que Soi Fon levait discrètement les yeux au ciel.
Yoruichi réprima un signe de victoire. Cette petite avait trop peu l'occasion de rire.
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70 ans avant la défaite d'Aizen - 31 ans après la défection de Yoruichi Shihoin
Omaeda prit une grande inspiration face à la porte fermée.
De l'autre côté, l'attendaient les nouvelles recrues de la 2ème unité de l'Onmitsukido. La bleusaille de cette division spéciale suivait un entraînement de deux ans auprès de vétérans du métier avant d'intégrer l'une des cinq unités.
Omaeda n'avait jamais su pourquoi il s'était retrouvé à la tête des espions. Au moins, ce n'était pas les assassins. Mais il n'avait jamais suivi leur entraînement, étant arrivé à la deuxième division en tant que shinigami. Et puis, il n'était vraiment pas taillé pour être un espion. Passer inaperçu n'était pas dans ses cordes, que ce soit du point de vue du physique ou du caractère.
Il aurait préféré curer les latrines plutôt que de demander pourquoi à son capitaine, cependant. Alors, il se retrouvait là, à faire un boulot qui ne l'enchantait guère et qui le dépassait souvent. Mais quelques soient ses défauts, malgré sa paresse, sa vanité, sa couardise et sa gourmandise, il était impensable pour lui de trahir la confiance de son capitaine.
Prêt à tout, il ouvrit la porte d'un geste brusque et entra en tonnant d'une voix forte : « Salut les bleus ! »
Il se retrouva face à quatre uniformes de l'Onmitsukido figés au garde à vous et il prit le temps de les dévisager un par un. Trois garçons et une fille cette année, pas mal. Les recrues étaient rares, la division spéciale préférant la qualité à la quantité.
« Chuis Marechiyo Omaeda, lieutenant de la 2nde division et chef du corps des patrouilles. A partir d'aujourd'hui, vous êtes sous mes ordres. En gros, vous buvez mes paroles comme de l'eau fraîche au Hueco Mundo, et la seule personne qui peut contrecarrer mes ordres, c'est le cap'taine Soi Fon. Vous m'appelez chef ou lieutenant et le premier qui me désobéit se prend une rouste. Compris ? »
« Oui, chef ! » Répondirent en chœur les recrues.
« Bon. Comme on vous l'a déjà dit, le corps des patrouilles est la force de sécurité du Gotei 13. Elle s'occupe du renseignement, de l'espionnage et de la capture des fugitifs. Vous allez toucher un peu à tout au début et vous serez constamment en duo avec un vétéran. Dès qu'vos ainés vous jugeront prêts, on commencera à vous envoyer en solo et vous vous spécialiserez dans c'que vous faites de mieux. »
Marechiyo jeta un coup d'œil sur ses papiers. « J'vais dire vos noms et vous viendrez chercher vos assignations. Avant ça, une dernière chose. L'Onmitsukido a deux points communs avec la deuxième division : son capitaine et son lieutenant. Et ça s'arrête là. Pas de cohabitation, pas de secrets qui passent de l'un à l'autre. Motus et bouche cousue et vous vous mélangez pas, même quand vous hantez les locaux des shinigamis. Compris ? »
« Oui, chef ! »
Omaeda commença aussitôt à appeler les noms et confier les assignations. Arrivant à la dernière fiche, il fronça les sourcils.
« Mumei Kohana. »
« Oui, chef. » Répondit la jeune fille en s'avançant. La première pensée du lieutenant fut : « Bon sang, mais ça fait combien d'temps qu'elle a pas mangé, la morveuse ? Ils les affament maintenant à l'entraînement ? » Mais c'est surtout le papier qu'il tenait entre ses doigts qui l'intriguait.
« Les autres, déguerpissez. Mumei, tu restes là, histoire qu'on discute de ton placement. » Trop habitués à la discipline de l'Onmitsukido, les trois autres recrues ne bronchèrent pas et partir sans demander leur reste.
« T'es au courant de c'qu'il y a d'écrit là-d'sus ? »
Mumei garda la tête et les yeux baissés et répondit d'une voix basse. « Non, chef. »
« Mais kèk'chose me dit qu't'en as une idée, non ? »
Elle hocha brièvement la tête.
« D'une, petite, tu m'regarde quand j'te parle. De deux, tu m'réponds quand j'te pose une question. Compris ? »
La recrue se racla nerveusement la gorge avant de lancer un « Oui, chef. »
« Pff, à s'demander c'que tu viens foutre ici. Au moins, niveau discrétion, tu d'vrais pas avoir d'problème. Bon, j'peux savoir pourquoi l'capitaine te veux à la fois dans la première et la deuxième unité ? »
Elle le regarda surprise avant de baisser rapidement les yeux et de répondre. « Ch'crois… qu'elle veut me tester avant d'décider si j'me spécialise en espion ou … en assassin. »
« Ça arrive pas souvent mais il y en a quelques-uns comme ça qui font les deux. Ça veut dire qu't'es un p'tit génie d'l'infiltration. Par contre, c'est la première fois qu'je vois un : « ne pas mettre en situation d'combat » marqué en rouge sur la fiche. Tu m'expliques ce canular ? »
Elle garda la tête baissée et secoua la tête.
« Ho morveuse ! Tu m'regardes, oui ? Et tu m'réponds ? Ou tu veux que j'te flanque au trou dès ton premier jour ? Tu crois vraiment qu'tu va arriver à espionner ou assassiner qui qu'ce soit avec une attitude pareille ? Tu d'vras inspirer confiance aux gens autour de toi et les mettre dans ta poche, pas les faire se d'mander c'que tu fous dans l'coin et c'que tu peux bien mijoter! »
« Je n'peux pas m'battre, chef. » La voix était sourde et honteuse.
« Quoi ? » Omaeda n'en revenait pas. Qu'est-ce que c'était qu'ce bras cassé qu'on lui avait refilé et qu'est-ce qu'elle foutait à l'Onmitsukido ? Ils étaient pas censés faire le tri avant de les entraîner ?
« T'es handicapée ? »
« Non, chef. »
« Mais alors, pourquoi ? »
Silence. Marechiyo n'en croyait pas ses oreilles et restait abasourdi face à la situation. Puis:
« Le capitaine Soi Fon est au courant, chef. »
« Encore heureux qu'elle est au courant, patate. C'est elle qui a écrit ton assignation ! Tu m'prends pour une andouille ? Mais pourquoi chuis pas au courant moi ! C'est quoi c'foutoir ? »
Elle gardait résolument la tête baissée vers le sol.
« Bon, prends ton papier et dispose. Et t'as intérêt à réussir tes missions ou tu vas avoir affaire à moi !
« Oui, chef. »
Et elle prit rapidement le papier avant de se glisser hors de la pièce, heureuse de fuir cette confrontation avec un chef complètement déboussolé par la situation.
Un relent acide de honte et de défaite lui rongeait l'estomac. Elle n'était vraiment bonne à rien. Et pour la énième fois, elle se demanda si elle avait pris la bonne décision.
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68 ans avant la défaite d'Aizen - 33 ans après la défection de Yoruichi Shihoin
Le lieutenant de la 2nde division parcourait les couloirs souterrains de l'Onmitsukido, ayant rassemblé les rapports des espions en retour de mission. Rien de particulier à signaler et il s'en frottait les mains. Il pourrait peut-être en profiter pour partir plus tôt et travailler sur un nouveau bijou dont il avait eu l'idée récemment.
Ses calculs sur le poids des différents métaux à employer furent troublés par un grand bruit. Il résonna en fanfare dans le silence constant qui hantait d'ordinaire ces lieux. Intrigué, il leva la tête, cherchant à déterminer sa provenance. Il les trouva au détour d'un petit couloir secondaire, que personne n'utilisait jamais. Il reconnut cinq membres de la première et deuxième unité, une sixième figure silencieusement recroquevillée sur le sol à leurs pieds.
"Alors, Mumei, toujours pas capable de riposter?"
"Pourtant, même une lame sans nom est censée pouvoir se battre."
"Ha, mais pardon, mademoiselle ne tue que dans le dos ou avec ses p'tits poisons."
"A cause de toi, Shiki a failli y passer."
"T'es vraiment qu'une bonne à rien. La honte de l'Onmitsukido."
"Qu'est-ce que tu fous encore ici? T'en as pas marre d'être l'incapable de service?"
"Comment ça se fait que Soi Fon t'ait pas encore éliminée? T'es un danger ambulant pour tes coéquipiers. Infoutue d'leur venir en aide quand ils en ont besoin."
"Et, vermine, tu réponds quand on t'parle?"
"Mademoiselle nous snoberait-elle?"
"Si tu parles pas, t'inquiète, on va t'faire hurler."
"Pratique, t'es pas capable de rendre un seul des coups qu'on t'donne."
"Et si t'essaye de nous empoisonner, Soi Fon aura pas d'autre choix que d'régler ton affaire."
"On sera débarrassé de toi définitivement comme ça."
Il en croyait à peine ses yeux. Les membres de l'Onmitsukido recevaient un entraînement strict. Les règles de la division étaient marquées au fer rouge dans leur esprit. Le silence était de rigueur, la mission était toujours la priorité numéro une. Mais jamais, au grand jamais on ne se retournait contre son collègue à moins d'une trahison avérée.
Il se souvenait de l'affaire dont ils parlaient. Shiki et la p'tite étaient parti enquêter sur un gang de mafieux. Ce qui n'était pas prévu, c'est que certains de leurs membres étaient dotés de reiatsu et savaient s'en servir. Shiki s'était fait prendre pendant que Mumei dérobait les papiers qu'ils étaient venu chercher. Il avait failli laisser sa vie avec tous les coups qu'il s'était reçu et sa coéquipière n'était pas intervenue directement. Elle avait d'abord sécuriser les papiers avant de créer une diversion lointaine pour éloigner les brutes. Ce n'est qu'une fois le danger éloigné et les brutes parties qu'elle avait ramassé son partenaire pour le ramener avec elle.
Elle avait agi en suivant les règles, mot pour mot. Mais la vie de Shiki s'était jouée à un cheveu. Tout autre membre de l'Onmitsukido aurait rapidement maîtrisé les brutes avant de partir en courant avec le blessé. Et tous savaient que ce n'était pas par respect des règles que Mumei avait agi ainsi.
Apparemment elle était peu appréciée dans les deux unités où elle travaillait. Pas vraiment assassin, pas vraiment espion, elle n'appartenait à aucun des deux groupes. Aucun de ses coéquipiers n'arrivait à lui faire confiance. Parce que tous savaient qu'en cas de confrontation, elle n'interviendrait pas. Et beaucoup remettaient en question la décision de Soi Fon de l'intégrer à leurs rangs.
Mais ce n'était pas une raison pour la traiter comme ça.
"Garde à vous!" Claqua la voix d'Omaeda.
Les cinq soldats obéirent immédiatement à l'ordre, ayant reconnu la voix de leur supérieur.
"De un, vous m'avez même pas entendu arriver alors que vous êtes censés être la crème de la crème. De deux, vous êtes en pleine insubordination contre votre capitaine, à douter de ses décisions. De trois, un onmitsukido ne doit jamais se laisser aveuglé par la colère, s'il veut pas crever très rapidement. De quatre…"
Il s'approcha d'eux et les regarda droit dans les yeux, l'un après l'autre.
"De quatre, un onmitsukido ne se retourne jamais contre son camarade sous peine d'être considéré comme traître à sa division."
"Vous venez de vous conduire comme de la chienlit. Pas mieux qu'une de ces brutes épaisses qu'on emploie comme mercenaire dans les pires gangs. J'vous colle au trou pour une semaine. Et vous avez intérêt à vous refroidir la tête pendant ces p'tites vacances improvisées. Si j'vous revois une seule fois vous conduire comme ça, j'demanderai moi-même au capt'aine votre éviction. Et vous savez parfaitement c'que ça implique chez nous, puisque vous l'avez mentionné y a pas deux minutes à vot' collègue."
Il ne voyait aucun remord sur leurs visages. Seulement de la colère contenue.
"Foutez l'camp avant qu'je double la peine."
Ils partirent aussitôt, sans insister. Le lieutenant Omaeda était un fainéant mais quand on arrivait à l'énerver, on le regrettait amèrement. Malgré les persiflages, il n'avait pas acheté sa promotion avec sa fortune. Ou pas seulement.
Il entendit la petiote se relever dans son dos et se retourna pour l'observer.
"Rien d'cassé?" Demanda-t-il d'un ton bourru.
Elle fit un geste de dénégation avant de se rappeler qu'il détestait qu'elle ne réponde pas.
"Non, chef." Répondit-elle d'une voix rauque.
Elle inspira avant de lâcher: "J'sais prendre les coups."
"J'vois ça. Ça fait partie d'votre entraînement?"
"Chais pas. J'étais pas avec les autres nouveaux. Mais ça f'sait pas partie du mien."
Il préféra ne pas relever. L'entraînement était généralement adapté à chaque recrue tout en gardant une trame générale. Et la résistance à la torture faisait partie de leur cursus. Si on ne lui avait pas fait subir ça, la seule explication, c'était qu'elle avait déjà reçu tout l'entraînement nécessaire là-dessus dans le passé.
"Ecoute, morveuse. Chais pas si t'as réalisé, mais ce genre d'accident s'arrêtera pas, même si j'te colle au derrière pour les mettre aux arrêts dès qu'ils font mine de t'taper. A l'Onmitsukido, on apprend à faire confiance à personne, à jamais parler, toujours se méfier, rester constamment sur ses gardes. Les seuls sur lesquels ces types puissent compter, c'est leurs part'naires. Et l'problème, c'est qu'ils peuvent pas compter sur toi. Si jamais ils sont en train d'crever dans une mêlée ou face à un ennemi trop puissant, ils savent parfaitement qu'ils n'ont aucune chance de survie s'ils sont avec toi. Même s'ils auraient pas dû t'traiter comme ça, j'peux pas dire qu'ils ont complèt'ment tord."
"Je sais, chef."
"Hmm. C'est pour ça que tu t'laissais taper? T'as des tendances maso ou quoi?"
Elle lui jeta un regard furibond.
"Oh, ça va! T'es même pas capable de riposter, même quand c'est ta vie sur le tapis. Y en a qui s'posent des questions. Sur ton dossier, y a marqué blocage psychologique, syndrome post traumatique et ce genre d'ânerie. Mais on peut pas continuer comme ça. Alors tu vas m'faire le plaisir de t'ramener demain à la salle d'entraînement. Les instructeurs ont baissé les bras, mais l'cap'taine a l'air de croire en toi alors chuis sûr qu'on va arriver à kêke chose. Et j'te lâcherai pas les getta tant qu'tu seras pas capable de tenir face à un adversaire. Tu vas voir qu'tu vas finir par te battre juste pour n'plus voir ma tronche."
Il fit mine de s'en aller avant de se retourner. "Au fait, Soi Fon renverra pas un d'ses espions juste pour avoir foutu la colique à des cons. Et ça pourrait les faire réfléchir. J'dis ça, j'dis rien."
Et cette fois-ci, il partit pour de bon, laissant sa subordonnée complètement éberluée.
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68 ans avant la défaite d'Aizen - 33 ans après la défection de Yoruichi Shihoin
"Ça suffit, on arrête pour ce soir."
C'était leur cinquième séance en trois semaines et Omaeda était franchement découragé. Il avait essayé pas mal de scénarios mais la petite ne faisait pas mine une seule fois de lever le poing ou le pied pour frapper.
"Pendant ton entraînement, qu'est-ce qu'ils ont essayé pour t'apprendre à t'battre?"
L'espionne était assise à même le sol, complètement essouflée et en nage à force d'esquiver les coups. Elle se releva avec peine pour lui répondre.
"Le capt'aine m'a d'abord appris à m'battre sans adversaire. J'sais manier mon zanpakuto, j'connais plein d'prises pour le combat à mains nues et j'les répète tous les jours. C'est juste que, dès qu'y a quelqu'un face à moi, j'bloque. Elle a essayé plein d'scénarios tordus aussi pour voir comment m'faire riposter, mais j'réagissais toujours pareil."
Elle ne comprenait pas pourquoi elle confiait tout ça à ce gros homme lourdaud et lourdingue qui passait son temps à bouffer des galettes de riz soufflé en laissant des miettes partout, s'évertuait à trouver des excuses pour ne pas s'occuper de la paperasse et se pavanait comme un paon. Mais voilà, il l'avait défendu sans rien attendre en retour, il consacrait plusieurs heures à son entraînement malgré sa paresse légendaire et quand il l'appelait morveuse, patate, ou autre chose du genre, il n'y avait jamais ni colère, ni méchanceté dans ses mots. Un peu de mépris, de l'indifférence, oui, mais seulement ça. Et il lui avait même offert des galettes de riz.
Alors, elle avait accepté de coopérer. Parce qu'elle voulait respecter ses deux promesses, voulait leur prouver qu'on pouvait compter sur elle, voulait dépasser cette paralysie qui envahissait tous ces membres dès qu'un danger l'approchait. Parce qu'elle voulait qu'on puisse lui faire confiance et croire en elle.
"C'est l'capt'aine qu'a suivi elle-même ton entraînement?"
Tirée de ses pensées, elle hocha la tête, l'air surpris.
"Hé bé!" Il se gratta la tête perplexe. Arriverait-il là où même la capitaine semblait avoir échoué?
"Et elle continue encore de t'entraîner?"
"Quand elle a un peu d'temps. Elle m'apprend les mouvements, me les fait répéter jusqu'à c'que j'les fasse à la perfection. Elle dit que comme ça, l'jour où j'arriverais à réagir, je saurais comment faire. Sinon, elle essaye de m'mettre en colère pour voir si ça m'aide, mais elle y arrive pas. Mais maintenant, j'arrive à esquiver et à m'barrer parfois, au lieu d'rester planter comme une cloche."
"En gros, qu'est-ce qui t'empêche de t'battre? Qu'est-c'qui t'bloque, comme ça?"
Elle baissa les yeux vers le sol, incertaine. D'une petite voix, elle tenta d'expliquer. "C'est compliqué. J'ai du mal à réfléchir quand ça arrive. J'peux pas dire que c'est parce que j'veux pas m'faire taper, parce que c'est justement c'qui arrive quand j'me bats pas. J'ai… J'ai peur et j'ai mal. C'est tout c'que j'sais." Sa voix s'était faite souffle, ses yeux s'étaient fermés et son corps s'était replié sur lui-même.
Elle se balança légèrement d'avant en arrière, sa respiration se faisant soudain plus précipitée. "Quand ça arrive, j'me dis juste: Ah, ça recommence. Et j'attends qu'ça s'termine. J'peux rien faire d'autre. Juste attendre que ça s'termine, passer pour morte, déguerpir dès qu'je peux."
Une grande claque résonna à quelques millimètres de son visage, la sortant soudain de sa transe et la faisant détaler à l'autre bout de la salle.
"Ecoute moi gamine et enregistre bien c'que j'vais t'dire. Tu veux qu'ça s'termine? C'est normal. Personne aime se faire taper. Sauf les pervers mais ça c'est aut'chose. Mais c'est pas en attendant qu'ça va s'terminer. Au contraire, ça va recommencer, encore et encore. Et pourquoi? Parce qu'ils savent que tu t'défendras jamais et que t'es le parfait p'tit sac de frappe. Alors ils vont se défouler sur toi dès qu'ils le voudront, sans même avoir besoin de réfléchir à un plan d'attaque. Si t'attends sans rien faire, ça va jamais cesser. Es-ce que tu comprends ça?"
"Je...je sais. Mais j'arrive pas."
"Bon, et bah on va évoluer par palier. Pour une fois, c'est toi qui va taper et l'autre qui va rien pouvoir faire."
Un silence, puis: "Quoi?" Sa voix avait pris une octave supplémentaire, stupéfaite par ce qu'il venait d'énoncer.
"On va commencer par des mannequins d'entraînements. C'est d'la paille, des fibres, du son et des enveloppes de cuir. Tu vas pouvoir te défouler d'ssus tant qu'tu voudras. Mais va falloir d'abord qu'tu prennes l'habitude de taper quelque chose avant qu'on passe à quelqu'un."
"Mais, mais j'vais pas pouvoir passer une heure à taper quelqu'un!" Répliqua-t-elle d'une voix un peu hystérique. "Tuer d'un coup, oui, mais tabasser, c'est pas pareil!"
"Non, mais tu pourras passer une heure à essayer. Parce que si tu crois que j'vais m'laisser toucher comme ça, t'as pas fini d'espérer! Par contre, j'risposterai jamais. Mais bon, pas sûre qu't'en sois capable tout d'suite, du coup, on va commencer avec les mannequins. Et ça prendra le nombre d'années qu'ça prendra mais pas question d'baisser les bras. Littéralement."
C'est alors que Kohana eut une grande révélation.
Son chef était vraiment complètement taré.
