Chapitre 15

Le numéro que vous appelez est inaccessible ou l'appareil n'est...

Oliver, toujours sur le pont au-dessus d'une rue de New York, raccrocha. Il glissa son portable dans sa poche et quitta le pont pour rentrer chez lui. Il repensa à la remarque de Sara, elle le trouvait différent… Il y avait sans doute de quoi, elle avait passé plus de temps avec Felicity qui occupait son corps que réellement avec lui.

Il pensa raconter à Felicity le pitoyable résultat de son rendez-vous à leur échange suivant, mais sans qu'il ne sache pourquoi plus aucun échange ne se reproduisit.

Il attendit au fil des jours mais ils ne basculaient plus dans la vie de l'autre. Il se mit à passer de longues heures installé à son bureau à dessiner. Il avait perdu le sourire et restait pensif en s'appliquant sur les détails de ses coups de crayon qui reproduisaient les vues de cette petite ville entraperçue. Une série de croquis étaient accrochés au mur devant lui et représentaient tout ce dont il se souvenait. Il faisait des recherches internet pour trouver des images de ces paysages et les dessiner avec plus de précision mais aucune recherche n'était fructueuse. Il était obnubilé par ces paysages et par Felicity, mais surtout par ce manque de contact. Ça faisait deux semaines qu'ils n'avaient plus échangé leur place et il sentait une sorte de manque à ne pas savoir ce qu'elle devenait, ni pourquoi tout ceci était arrivé pour finalement s'arrêter brusquement.

Il s'adossa à sa chaise et son regard se perdit un instant sur les dessins affichés, un petit pont de bois, les rails d'un train plongeant dans le désert, une table en bois accompagnée d'un parasol. Il s'attarda sur le dernier dessin, celui du paysage de cette petite ville d'un point de vue en hauteur et ce lac encaissé, les maisons construites sur une grande partie de la rive et les montagnes un peu plus loin sur la droite. Il revoyait encore les couleurs éclatantes de ce paysage qu'il avait vu de ses yeux.

Le reste du temps, quand il ne dessinait pas, il allait en cours mais il ne parvenait pas à se concentrer, il restait figé dans cet état maussade qui envahissait toute sa vie. Il allait au travail, il continuait sa vie mais elle n'avait plus la même saveur. Il réfléchit pendant plusieurs jours, il espérait toujours comprendre le phénomène qu'il avait subi et qu'il se manifesterait encore une fois, l'espérait-il, mais plus les jours passaient moins il le croyait. Il finit par prendre sa décision, retira tous ses dessins affichés et les mit dans son sac à dos avant de prendre la direction de l'aéroport. Il devait en avoir le cœur net.

Il avançait d'un pas décidé dans le hall pour les vols nationaux, se dirigea vers les guichets pour s'enregistrer et il se figea.

- Mais… qu'est-ce que vous faites là ?

Tommy et Sara se tenaient appuyés contre un mur et semblaient l'attendre.

- Tommy m'a tout dit alors me voilà !, s'expliqua Sara avec enthousiasme.

Ses amis ne lui laissèrent pas le choix et une fois en vol, Oliver se pencha vers Tommy.

- Pourquoi tu as fait ça ?, un peu énervé. Tu devais être mon alibi pour le travail et à la maison, à voix basse en se penchant un peu plus vers son meilleur ami.

- Laurel te remplace au travail, lui expliqua le brun.

- Vous êtes tous…, en ayant du mal à contenir sa mauvaise humeur.

- On s'inquiète pour toi, l'interrompit Sara d'une voix sérieuse.

- Si cette peste te tend un piège…, ajouta Tommy en regardant Oliver avec inquiétude.

- Cette peste ?, en lui adressant un regard noir, irrité.

Tommy et Laurel s'étaient inquiétés pour lui au fil des jours. Ils s'étaient rendus compte de son humeur maussade et ils lui avaient demandé à de nombreuses reprise ce qui lui arrivait alors qu'ils lui faisaient remarquer qu'il était déprimé.

Tommy avait insisté mais Oliver ne parlait pas. Il restait isolé dans sa mélancolie et il avait fini par le prendre à part pour avoir enfin une explication sur son comportement. Cette fois aussi Oliver avait essayé de fuir le dialogue mais il ne l'avait pas laissé faire. Il l'avait attrapé par le col de sa chemise pour l'entraîner dans un coin tranquille. Il l'avait adossé au mur et avait fiché son regard dans le sien pour avoir une réponse.

Il avait dû faire encore preuve de patience, Oliver n'avait pas cherché à s'éloigner de lui mais il sentait qu'il hésitait à lui parler.

- Oliver parle-moi. Tu sais que tu peux tout me dire, l'avait-il encouragé.

- Je…

- Tu ne peux pas continuer comme ça. On s'inquiète pour toi et…tu n'as vraiment pas l'air d'aller bien, en posant une main sur l'épaule de son ami. J'ai peur que tu te fasses du mal, avait ajouté Tommy d'une petite voix en craignant le pire.

Oliver, la tête baissée pour éviter le regard inquiet de son meilleur ami, avait déglutit en se demandant ce qu'il pouvait réellement lui raconter. Il allait le prendre pour un fou s'il lui disait tout. Si Tommy avait pensé qu'il pouvait aller jusqu'à se faire du mal, il n'y avait qu'un pas pour qu'il suppose qu'il puisse perdre l'esprit.

- J'ai… rencontré une fille, en levant la tête lentement.

- Oh !, s'était étonné le brun ne s'attendant clairement pas à ça.

- Par messages, on ne s'est jamais… vu en réalité, en cachant le fait qu'ils avaient vécu la vie de l'autre certains jours.

- Ok… et ça dure depuis combien de temps ?, en relâchant sa prise et en se redressant maintenant rassuré qu'Oliver se confie.

- Heu…, un peu plus d'un mois je dirais…

- C'est à ce moment-là que tu es devenu un peu bizarre. Elle t'a carrément fait perdre la tête cette fille, d'une voix un peu dure.

- C'était…, en secouant la tête alors que les comportements étranges qu'il lui imputait étaient ceux de Felicity qui découvrait sa vie et tentait de s'adapter. C'était pas vraiment ça…, mais il avait renoncé à lui expliquer plus en détails. Ça fait quinze jours que je n'ai plus de ses nouvelles.

Tommy avait lu dans les yeux d'Oliver tout son désarroi et il avait froncé les sourcils. Oliver s'était inquiété pour une fille qu'il n'avait jamais rencontrée et il s'était étonné un peu plus de sa réaction.

- Et tu t'inquiètes pour elle ? Elle a peut-être tout simplement eu envie d'arrêter de te parler. Tu sais ça peut arriver à tout le monde même à Oliver Queen !, pour plaisanter et tenter de détendre l'atmosphère.

- Ce n'est pas normal…, sans relever la plaisanterie de Tommy. Enfin je sais pas, en pensant que c'était leurs échanges qui n'étaient pas naturels mais maintenant qu'il connaissait Felicity il devait savoir. Je dois la voir, je veux savoir pourquoi elle ne répond pas…, en sentant sa gorge se serrer. Je vais aller la retrouver.

- Quoi ?, s'était exclamé Tommy. Mais il n'avait eu aucun poids face à la décision d'Oliver et il s'était inquiété encore plus.

Oliver comprenait qu'il avait inquiété ses amis et qu'ils soient allés jusqu'à l'accompagner pour ce déplacement mais il avait besoin de savoir.

- Tu vas voir ton amie internet ?, demanda Sara en abandonnant la contemplation de la mer de nuages pour regarder Oliver.

- Pas exactement…, bredouilla-t-il gêné.

- Site de rencontre ?

- Non !, en s'énervant à cette idée sans savoir pourquoi.

- Tu nous inquiètes, tenta de le calmer Tommy. On veille sur toi c'est tout.

- J'ai pas besoin de nounou !, se défendit Oliver en jetant un nouveau regard noir à son meilleur ami.

Il fallut un moment à Oliver pour se confier mais il finit par raconter à Sara ce qu'il s'était passé avec Felicity.

- Nos échanges ont pris fin, d'une voix lointaine. Plus de contacts par mail ou…, il ne pouvait pas leur parler des commentaires sur son calendrier et il resta évasif. Alors j'ai décidé d'aller voir Felicity, avec détermination. Je voudrais la rencontrer…

- Tu ignores où elle vit ?, demanda Sara pour être certaine d'avoir bien compris et il hocha la tête. Tes seuls indices sont les paysages ?

- Oui, en fronçant les sourcils, conscient que ça n'allait pas être facile.

- Et impossible de la joindre ?

- Impossible ?, s'interrogea Tommy sur le terme utilisé.

- Exactement, affirma Oliver en descendant de l'avion.

- On va t'aider à la retrouver, lui affirma Sara avec un grand sourire.

Oliver sortit presque en courant de l'aéroport de Las Vegas alors que Tommy et Sara se promenaient dans le hall. Il n'avait que peu d'indications mais il se souvenait du désert et d'avoir vu des panneaux directionnels. Las Vegas était un point de départ.

Il se posta devant une carte de la région affichée à la sortie de l'aéroport et tenta de trouver des détails qui pourraient lui évoquer quelque chose. Las Vegas s'étendait sur des kilomètres et il y avait de nombreuses petites villes qui l'entouraient. Il étudia la carte un long moment mais finit par s'en détourner alors que rien ne faisait écho en lui. Il aperçut Sara et Tommy devant une peluche géante qui accueillait les voyageurs.

- Oh regarde c'est trop mignon, s'exclama la jeune fille avant de prendre une photo avec Tommy et la peluche.

- Ils sont lourds, maugréa Oliver en les regardant faire.

Ils sortirent de l'aéroport et Oliver montra ses dessins à quelques passants. Personne ne put lui préciser où se situait ce paysage alors ils choisirent un car avec une direction au hasard. Il montra à nouveau ses croquis au chauffeur et à quelques passagers mais sans résultat. Une fois descendus du car dans un petit village, il en fit autant avec la plupart des personnes qu'ils croisaient.

Il remontait les petites rues alors que Tommy et Sara le suivaient et que lui observait les paysages et essayait de suivre un trajet sur la carte affichée sur son portable. Ses amis demandèrent à faire une pause, ils marchaient depuis plusieurs heures mais Oliver ne s'arrêta pas de poser des questions et de montrer ses dessins en interpellant les gens qui passaient.

Il voyait des montagnes mais ce n'était pas toujours exactement celle qu'il cherchait et les gens étaient bien incapables de le renseigner. Il sentit un léger espoir naître quand une vieille femme lui indiqua une montagne du doigt. Oliver leva la tête et mit sa main en visière pour arriver à voir ce qu'elle lui montrait sans être aveuglé par les rayons du soleil. Il la remercia avec un petit sourire mais cette montagne n'avait pas le même relief que celle qu'il avait pu voir.

Ils prirent à nouveau un car, Tommy et Sara s'assoupirent épuisés, de part et d'autre d'Oliver, leur tête sur ses épaules alors qu'Oliver restait droit le regard perdu sur l'immensité qui se découvrait à travers la vitre. Ils descendirent à un nouvel arrêt et il se laissa tomber sur un banc.

- En fait c'est impossible…, en s'accoudant sur ses genoux la tête basse, en pensant que ses chances s'amenuisaient.

- Quoi ? crièrent en cœur Tommy et Sara qui s'étaient assis à ses côtés en l'encadrant alors qu'il se prenait la tête dans les mains.

- Tous ces efforts pour rien ?, demanda la jeune fille.

- Quels efforts ?, en se redressant pour les regarder d'un œil noir alors qu'ils n'avaient fait que se promener.

Mais Tommy tourna la tête et fit mine de rien, il était juste là pour surveiller son meilleur ami et être certain que rien ne lui arrive. Il n'avait pas pour mission de retrouver cette Felicity. Il visa un petit restaurant sur le bord de la route et leur proposa qu'ils mangent un morceau. Sara et Oliver hochèrent la tête, ils s'installèrent dans la salle vide et commandèrent à la serveuse d'un certain âge qui se présenta.

- On peut rentrer à New York ce soir ?, demanda Oliver d'une voix calme.

- C'est peut-être juste, je vais vérifier, répondit Tommy en sortant son portable. Il nota le regard triste de son ami avant qu'il ne tourne la tête pour regarder par-delà la vitre. C'était peut-être mieux ainsi.

- Tu n'auras pas de regrets ?, demanda Sara.

- Je me sens complètement à côté de la plaque, avec un sourire triste en sortant son dessin du lac et de la petite ville pour le regarder avec une certaine nostalgie.

- Oh c'est Blue Diamond, n'est-ce pas ?, demanda la serveuse en revenant avec un pichet d'eau. Oliver leva la tête lentement pour regarder cette femme, les yeux écarquillés et le cœur battant. Très ressemblant, le félicita-t-elle. Hein chéri ?, en se tournant vers le comptoir pour croiser le regard de son mari.


Cet étrange phénomène prend fin et Oliver part à la recherche de Felicity. Il s'est attaché à elle peu à peu et il s'inquiète de ne plus avoir de ses nouvelles.

Merci pour vos lectures, je vous embrasse.