Saluuut !
S'il y a bien une tradition incontournable dans les fêtes de fin d'année, quand on y pense, c'est la bouffe. J'ai l'impression de beaucoup parler de bouffe dans cette histoire. Ce chapitre ne fait évidemment pas exception.
Bonne lecture !
Cliché n°14 : Faire la cuisine
« Tu sais faire des cookies ?
-Tout le monde sait cuisiner, il suffit de suivre une recette » répondit platement Isa.
Il vivait seul, il avait bien fallu apprendre à se nourrir de façon saine et équilibrée. Et puis, il aimait bien cuisiner, en règle générale. Ça le détendait. Ça et les émissions culinaires.
« Eh bah nan, pas tout le monde. Par exemple, Demyx, il a interdiction de s'approcher des fourneaux. On l'occupe avec des coloriages pour éviter qu'il ne foute le feu.
-On dirait que tu parles d'un enfant... »
Lea lui lança un tablier et commença à nouer le sien autour de sa taille.
« Ah ouais ? Bah, c'est juste qu'il est gaffeur. Et y a des coloriages pour adulte, maintenant.
-Quand même, ça fait très enfantin... »
Il regarda Lea sortir les ingrédients des placards, un peu démuni. Il n'aimait pas rester là sans rien faire, mais il ne savait pas où se trouvaient les choses dans cette pièces...
« Je suis pas trop d'accord. En fait, je vois pas tellement pourquoi les adultes s'interdisent certaines choses en grandissant. Après, j'ai eu une éducation particulière, mais je vois pas le mal que ça fait. Tiens, tu bats le beurre ? »
Il lui tendit la recette, imprimée d'un site internet, « cookie de Noël au Nutella ». Pourquoi de Noël ? Est-ce qu'on risquait d'aller en prison si on en mangeait au mois de juillet ? Mystère... Isa prit le bol sur le plan de travail, le sucre et le beurre.
« C'est justement ça, devenir adulte. Non ?
-Huuuum... Renoncer à des choses qui nous rendent heureux ? »
Dis comme ça... Mais quand même, lorsqu'il voyait les elfes s'extasier à chaque décoration de sapin, sautiller en tous les sens...
« C'est quoi, pour toi, être adulte ? demanda Isa.
-Ben, j'sais pas, faire preuve de maturité ? Assumer ses erreurs, savoir remplir les documents administratifs... Ce genre de trucs. Une fois que les corvées sont faites, qu'y a-t-il de mal à jouer aux jeux vidéos, ou bien être content qu'il neige, ou ce genre de trucs simples ?
-Je ne sais pas, je trouve ça bizarre.
-Ça, c'est parce que t'es entouré de rabat-joies ! annonça doctement Lea en levant l'index. Putain, pourquoi dans les recettes ils mettent toujours un demi-paquet de levure ? Déjà tu utilises jamais l'autre moitié, et en plus ça lève pas bien !
-Lea... Il n'y a pas de levure dans les cookies. Qu'est-ce que tu fais ?
-Ah merde, t'as raison c'est du sucre vanillé qu'il faut.
-Sans jugement aucun... Comment t'as pu confondre ?
-Tu me feras pas croire que tu juges pas, là. Et, ben, les paquets se ressemblent, j'ai plutôt l'habitude de prendre de la levure, je sais pas, mon cerveau s'est mis en mode automatique.
-Admettons, soupira Isa. Je vais superviser la recette, si ça te dérange pas.
-Ok chef ! »
Et il mima une parodie de garde à vous un peu ridicule.
« Allez, on se concentre » le rabroua Isa.
Pendant un moment, la recette suivit son cours tranquillement, malgré l'enthousiasme épuisant de Lea. Est-ce qu'il essayait de le faire rire ? Il ne s'y prenait pas très bien, à vrai dire, mais le voir s'agiter avait malgré tout quelque chose de cocasse.
« Voilà, la pâte est prête. Par contre j'ignore comment vous réglez le four ic- Enlève tes doigts de là, il faut les cuire avant de les manger. »
L'air coupable-mais-pas-désolé de Lea le fit soupirer tout haut. Et peut-être un peu sourire.
« Quoi, tu piques jamais dans la pâte avant de la cuire ? Quand on cuisine avec les elfes, on est obligés de faire deux saladiers, sinon on n'a plus rien à mettre dans le four.
-Et c'est exactement pour ça qu'on ne doit pas manger la... Qu'est-ce que tu... »
Non, il n'avait pas osé. Personne n'avait osé manquer de respect à Isa depuis très, très longtemps – d'accord, à part son patron. Mais même Marluxia n'aurait pas osé faire ça.
Pourtant, Lea était en train de glousser, et Isa sentait bel et bien de la pâte à cookie sur le bout de son nez.
« Je voulais voir quelle tête tu ferais. J'suis pas déçu ! »
Lentement, Isa passa un index sur son nez pour enlever la tâche, puis s'essuya les mains sur un torchon. Il avait trois options : feindre l'indifférence, lui coller la tête dans le four, ou bien la solution modérée.
« D'accord, fit-il. Je comprends pourquoi on aurait dû faire deux pâtes à cookies. »
C'était une pâte compacte, en plus, et Isa avait l'effet de surprise. Calmement, il prit une conséquente portion de la mixture et, prestement, l'étala sur le visage de Lea.
« Eh ! »
La protestation et l'esquive arrivèrent trop tard.
Y avait quelque chose d'étrangement satisfaisant à le voir s'essuyer le visage, consterné. Isa soupçonnait que le frapper l'aurait peut-être fait se sentir pire, au final, même si cela semblait la meilleure option sur le coup. Eh bien, on en apprenait tous les jours.
Leurs yeux se croisèrent et ceux de Lea riaient, ce qui, bizarrement, fit rire Isa, ce qui fit encore plus rire Lea, ce qui continua de faire rire Isa. Qu'est-ce qu'il se passait, bon sang ? Ça faisait combien de temps qu'il ne s'était pas senti comme ça ? Tellement longtemps qu'il ne s'était pas lâché devant quelqu'un que ça le mettait dans l'embarras, profondément, et pourtant il ne parvenait pas à s'arrêter.
Tant pis, il allait s'enfuir le lendemain matin, de toute façon, sans se retourner, et ne plus jamais y penser. Alors, il pouvait bien passer pour un idiot, juste une fois, devant un autre idiot.
« Bon par contre, j'ai plus d'idées.
-Je ne pense pas qu'on devrait en avoir, avança Zexion. Ça a l'air de bien fonctionner pour le moment, autant qu'on puisse en juger. »
Contrairement à toute attente, l'opération danse de ce matin avait été un succès, et à présent ils entendaient des rires qui provenaient de la cuisine.
« Mais Isa veut toujours partir demain... fit remarquer Xion.
-J'avoue, ajouta Demyx. Faut qu'on l'empêche. Mais à moins d'une nouvelle tempête de neige...
-On crève les pneus des bus de tous les villages alentours, cette nuit ?
-Trop bonne idée, Xion !
-On ne va tellement pas faire ça, soupira Zexion. Mais demain, c'est le jour où on doit sortir le traîneau pour le poncer...
-Et ?
-Ce serait dommage si, disons... Toute l'équipe B était incapable de travailler et qu'il faille un remplacement de dernière minute.
-Mais c'est nous, l'équipe B ! Et ça va faire suspect si on se blesse tous. Mais... »
Les trois elfes s'entreregardèrent. Zexion fronça les sourcils. Il n'aimait pas les lueurs mauvaises dans le regard des deux autres.
« Non...
-Les accidents arrivent vite, à l'usine...
-Demyx, non.
-Et on a Ventus d'infiltré parmi leurs rangs.
-Xion, ça suffit.
-On serait obligés d'aider à la fabrication de jouets si l'équipe A tombait. Pas le choix.
-Mais tout va bien, on a du renfort spécial. »
Zexion se leva de son fauteuil.
« Vous vous rendez compte que ça peut foirer ? Si Isa s'en fiche et qu'il part quand même ? On est foutus.
-Naan. Moi, j'crois au pouvoir de l'amour !
-Moi aussi ! »
C'était sans espoir. Est-ce qu'ils ne voyaient pas les risques d'une entreprise pareille ? Ils ne pourraient même plus surveiller le déroulement des choses entre Lea et le nouveau ! Et qu'en serait-il du sapin de demain ? Ils n'auraient pas le temps de le décorer à deux et de s'occuper du traîneau !
Mais parvenir à dissuader ces deux-là...
« Laissez-moi en parler au Père Noël d'abord. Il saura quoi faire. »
« Ça va ?
-On va dire. »
Dix appels manqués de Marluxia. Génial. Entre le sapin, les rennes et la préparation de cookies, Isa n'avait pas consulté son téléphone une seule fois. Même pas songé à le faire. Quelle étrange sensation.
Il aurait pu laisser un message vocal, au moins ! Bordel, il détestait téléphoner.
« C'est qui ? Un amoureux ou une amoureuse ?
-Imbécile. Pire, c'est mon boss. Sûrement pour me dire que j'suis viré. Merde, je sais même pas pourquoi je te dis ça. »
Lea se percha sur le plan de travail.
« Tu viens de poser ton cul dans la farine.
-Change pas de sujet. Pourquoi tu serais viré ? C'est pas lui qui t'a envoyé ici ? T'y es pour rien si t'as pas pu rentrer.
-Suivant ta logique, il n'y est pour rien si c'est un gros con qui se torche sur le droit du travail.
-Hum, dis comme ça... »
Ça le soûlait, mais Isa n'arrivait pas à prendre entièrement conscience de la situation. Là, à des kilomètres de chez lui, dans cette cuisine beaucoup trop crado avec le bruit du four en fond sonore, ça lui paraissait... abstrait.
« Pardon hein, mais... pourquoi tu démissionnes pas si c'est aussi horrible ? »
Isa haussa les épaules. Ça ne lui ressemblait pas de parler de ses affaires persos, mais bon, il ne se reconnaissait déjà plus, alors un peu plus ou un peu moins...
« J'aime le travail en lui-même, même si le patron et les collègues sont insupportables.
-Change de boîte !
-C'est pas si simple de trouver du travail. Dans quel monde tu vis ? J'aimerais éviter de mourir de faim, si possible.
-Oh, allez ! sourit Lea. Si tu te fais virer, tu viens ici et je te nourrirais, moi !
-Idiot.
-Tu viendras ? J'suis très sérieux.
-On verra. »
