Chapitre 15 : Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas
Callie, le nez plongé dans les dossiers, n'arrivait pas à se concentrer. Arizona lui paraissait extrêmement distante et soucieuse, depuis
plusieurs semaines. A bien y réfléchir, c'était depuis le jour où elles avaient fait l'amour. Elle pensait qu'elles s'étaient retrouvées, que
leur échange avait été positif et permettrait de se reconstruire sur de nouvelles bases solides cette fois, qu'elles allaient enfin repartir
du bon pied.
Pourtant, c'était flagrant Arizona s'éloignait, elle ne comprenait pas. Peut-être ne lui a-t-elle pas laissé assez de temps ? Peut-être l'a-t-
elle effrayée ? Ou peut être simplement elle n'avait pas envie d'un nouveau départ et que c'était juste une pulsion en souvenir du bon
vieux temps ? Peut- être même, elle regrettait. Absorbée à envisager les différentes hypothèses, elle ne voit pas Arizona qui se dirige
d'un pas décidé vers elle.
-Tu as une seconde, je voudrai te parler
Callie sursaute au ton employé par son ex-femme
-Euh bonjour, moi aussi je suis ravie de te voir
-Oui salut. Alors tu as du temps ?
-C'est urgent ? Parce que je rentre au bloc dans 15 minutes pour une intervention qui sera longue.
Arizona semble contrariée,
-Non, laisse tomber, ça attendra, je ne veux pas gêner ta concentration, retrouvons-nous plutôt au bar quand tu auras fini, et nous discuterons autour d'un verre.
Callie essaie de blaguer pour détendre l'ambiance
-Comme un rencard ?
-Non pas comme un rencard Callie, plutôt comme une discussion que l'on doit avoir sans la présence de Sofia
Le ton était sec, Arizona était refermée comme une huître, son visage était sérieux, pas même un léger sourire sur ses lèvres. C'était
l'Arizona des mauvais jours et cela n'augurait rien de bon.
L'intervention chirurgicale fut laborieuse, d'une part parce qu'elle avait rencontré des difficultés imprévues et imprévisibles, et d'autre
part elle ne pouvait s'empêcher de repenser au ton d'Arizona, et de redouter ce qui allait lui tomber dessus, encore une tuile, elle en
était certaine. De toute façon Arizona soufflait le chaud et le froid, et ça commençait à sérieusement l'irriter. Elle s'était promise
d'être patiente, mais quand même, il fallait savoir ce qu'on voulait dans la vie, il fallait savoir s'engager…Tout se bousculait dans sa tête
et c'est très énervée qu'elle quitte l'hôpital pour rejoindre le bar, comme convenu.
Arizona est déjà assise devant un verre, son attitude a changé, elle parait plus détendue, elle sourit à l'arrivée de Callie.
- Je t'ai commandé un verre, ils ont ce St Emilion que tu adores. C'est toujours ton préféré ?
- Oui. Parfait. Merci
-Alors ton intervention ? bien passée ?
-Compliquée
-C'était quoi ?
Callie souhaitant en finir avec le suspens maintenu par les bavardages d'Arizona s'impatiente
-Arizona je doute que tu m'aies fait venir ici pour discuter œnologie ou médecine, alors ne tourne pas autour du pot.
-Ok, bon alors je voulais te dire que j'avais trouvé un appartement et qu'il serait disponible dans un mois, je voulais voir avec toi si c'était bon, si ce n'était pas trop long, car je peux aussi aller à l'hôtel en attendant, et puis il y a Sofia, il faudrait que l'on se mette d'accord pour la garde et je me demandais si on lui expliquait de suite ou si on attendait, et si tu préfères qu'on le fasse ensemble ou que je le fasse seule ?
Voilà ça c'était fait, elle avait délivré le message qui courait depuis plusieurs jours dans son esprit, bien que cela paraissait moins
confus quand elle l'avait répété dans sa tête.
Callie accuse le coup, elle s'attendait à tout sauf à ça. En réponse à cette succession de questions elle se contente de boire son verre
cul sec, sans prononcer un mot, sans jeter un regard sur Arizona d'un geste vers le serveur elle commande un autre verre. Elle digère
l'information, elle la reformule pour être sûre de l'avoir bien comprise, Arizona venait de lui indiquer clairement, qu'encore une fois elle
fuyait.
Face au mutisme peu habituel de la latine, Arizona n'est plus tout à fait certaine qu'elle ait eu raison, elle craint maintenant d'avoir été
maladroite, durant tous ces jours elle s'était persuadée que c'était la seule chose à faire et maintenant qu'elle l'avait verbalisée elle en
était moins convaincue, et puis Callie avait l'air vraiment, vraiment contrariée et elle déteste la voir ainsi.
- Callie tu ne dis rien ?
Callie cherche sa respiration profondément elle se concentre pour trouver son calme, elle ne veut pas se laisser submerger par
l'émotion qui la conduit systématiquement à la colère puis aux phrases blessantes, puis aux situations inextricables.
-Franchement Arizona, je ne sais plus sur quel pied danser avec toi
-Oh ben pour moi c'est plus facile ! je n'ai pas le choix je n'ai plus que le droit !
-Ce n'est pas drôle Arizona, je n'ai pas vraiment envie de rire
-Ah désolé je croyais …
Elle la coupe fermement
-Moi je croyais qu'on avait avancé ces derniers temps, je croyais qu'on s'était retrouvées, alors qu'en réalité on se retrouve encore une fois à rediscuter de la garde de Sofia. Je ne sais plus quoi te dire, on fera ce que tu voudras et comme tu voudras, parce que je suis fatiguée de me battre contre des moulins à vent, je n'ai plus l'âme de Don Quichotte. La vie ne peut pas être toujours aussi compliquée Arizona!
Sur ces mots elle se lève pour partir en ajoutant
-Je retourne à l'hôpital faire le post op de mon patient, j'appellerai Sofia avant qu'elle ne s'endorme.
Arizona la suit dans la rue et la stoppe en se plaçant face à elle l'empêchant ainsi de poursuivre sa route.
-Hey ne prend pas les choses de haut, Callie Torres, il faudrait penser à être adulte, il n'y a pas que toi et moi dans l'histoire, nous avons une fille et je ne veux plus qu'elle paye nos incessantes séparations. Un jour tu m'aimes, le lendemain tu ne m'aimes plus et tu veux te sentir libre, puis tu cries sur tous les toits que tu as trouvé l'amour, le vrai, l'unique, celui pour toute une vie, puis subitement tu m'aimes à nouveau. Et ton grand amour alors ? Tu te rappelles? celui pour lequel tu m'as séparée de ma fille, ce n'est plus d'actualité ? C 'est quand Callie que tu vas à nouveau cesser de m'aimer pour quelqu'un d'autre ? Dans combien de temps vais- je à nouveau t'étouffer ? Et Il faudrait quoi ! que je me lance à nouveau avec toi les yeux fermés ! Pourquoi ? Parce qu'on a fait l'amour ? Parce que tu crois vraiment que ça suffit pour se retrouver ? Apparemment non ! ça ne t'a pas empêché de me planter dans le bureau du thérapeute le lendemain. Je suis désolée, je ne peux pas, je ne peux plus y croire et je ne veux plus que Sofia souffre.
Callie stoïque, observe Arizona déverser douloureusement sa colère, ses angoisses et ses rancœurs. Elle écoute le marathon verbal de
son ex femme, avec tristesse.
Vaincue, elle hoche la tête acceptant les reproches qu'elle même se fait si souvent. Les entendre dans la bouche d'Arizona la mortifie
même s'ils sont mérités. Elle sait que son comportement n'avait fait qu'alimenter les craintes, les insécurités qu'Arizona avait toujours
eu. Dés le début de leur relation du fait de sa bi-sexualité elle avait toujours eu peur que Callie ne soit pas parfaitement satisfaite avec
elle, et ce n'était pas sa relation avec Marc pendant qu'elle était en Afrique qui avait pu la rassurer, ensuite la perte de la jambe avait
longtemps privé sa femme de la confiance et elle avait toujours peur de ne pas être assez pour elle au point d'avoir tout fait pour
rendre les choses impardonnables et inconsciemment ou pas, pousser Callie à la quitter.
Arizona qui réalise qu'elle avait élevé le ton au point de presque crier sur Callie, déglutit et poursuit plus calmement.
-Callie écoute toi ! Ma femme, mon ex-femme tu ne sais même plus ce que je suis, tu ne sais vraiment pas ce que tu veux, c'est pour ça que je crois que si j'ai un appartement….
Elle ne peut en entendre davantage. N'a-t-elle pas droit à l'erreur elle aussi ? Souhaitant mettre fin à cette discussion elle déclare
désabusée.
-Il faut croire que dans notre relation, le pardon est exclusivement réservé à Arizona Robbins. Je vais à l'hôpital
Sans attendre de réponse elle quitte Arizona un peu sonnée par la véracité du propos.
