Sedara se jeta sur Renji, ses peintures faciales tournoyant autour de ses yeux en un étrange kaléidoscope. Il esquiva, dissipa le genjutsu en se mordant violemment la langue et se rétablit contre un oranger, sur l'esplanade au centre de laquelle trônait le palais du seigneur Toriyama. Zut. Ces médics étaient décidément trop forts en contrôle du chakra pour espérer les piéger avec un Genjutsu de ce niveau.

Au moment où elle s'y attentait, Toru surgit juste dans le dos de Renji, les charges de son majeur et de son index dirigées droit vers la poitrine de leur ex-coéquipier, qui eut juste le temps de se baisser. Ses doigts couverts de bandelettes rencontrèrent l'écorce de l'oranger, et les explosifs décapitèrent littéralement l'arbuste, expédiant des échardes, des feuilles et des éclats d'écorce aux quatre coins, jusque dans la fontaine. Le ciel nocturne s'éclaira une fraction de seconde comme en plein jour, laissant des étoiles danser dans les yeux de Sedara. Une orange s'écrasa aux pieds de la jeune fille, qui la broya dans la foulée, s'élançant pour tenter de repérer la trace de Renji dans le nuage de fumée.

Elle aperçut une ombre, se prépara à se battre comme elle le pouvait, c'est à dire sans trop compter sur ses Genjutsus à cause du manque de visibilité… Et évita de justesse un pouce muni d'une capsule explosive en saisissant le poignet de Toru.

-Espèce d'imbécile ! C'est pas moi qu'il faut viser !

-La ferme ! Qu'est-ce que tu fous ici ?! Il va s'échapper !

-C'est toi qui as tout enfumé ! Et maintenant, il nous a entendus, crétin !

-C'est toi qui as commencé à gueuler, je te signale !

Plongeant rapidement la main dans sa besace, Toru fit coller de nouvelles capsules aux doigts dont il avait éjecté les précédentes, utilisées en faisant sauter l'arbre –une belle addition en perspective pour Suna, ce genre de bibelot-. Sedara saisit dans les interstices de ses doigts huits kunaïs aux parchemins explosifs.

-Qu'est-ce que tu fous ! C'est pas le moment de faire tout sauter !

Trop tard. Elle lança ses charges improvisées à trois cent soixante degrés, sur toute l'esplanade, espérant ne pas blesser dans la manœuvre un de ces civils trop curieux qui se précipitaient pour regarder au premier accident. Le souffle de l'explosion balaya son visage, faisant voler ses dreadlocks et la natte de Toru.

-Ya pas que toi pour faire joujou avec ces trucs, Toru

-T'es folle !

-Ta gueule, fit-elle plus bas. Je sais ce que je fais. Le seul ninjutsu que Renji maîtrise un peu, c'est le vent. Avec la fumée de tous ces parchemins, il n'a plus le choix. Je prends la droite.

Elle se mit à courir, et Toru, comprenant soudainement, prit la direction opposée. Avant même qu'il n'eut le temps de parvenir à la fin de la zone enfumée, un léger vent se leva, dissipant la brume, rendant à tous un champ de vision correct.

Sedara fut sur lui la première. Elle l'attrapa par les jambes, l'immobilisa d'une clé de bras douloureuse, et glissa un kunaï sous son menton.

-Ne le tue pas !

Hors d'haleine, il les rejoint, et dévisagea Renji un instant, avant de laisser un inquiétant rictus s'étaler sur ses lèvres.

-Et maintenant, tu vas parler.


Quand le jour se leva, et que le ciel vira du noir au bleu, Natsuhi contrôlait presque sa claustrophobie. Etrangement, sa jalousie et la petite altercation avec Takamaru l'avaient distraite, et elle en avait presque oublié sa peur. Presque. Il était étonnant de voir combien Gaara, sans dire grand chose, avait réussi à la captiver suffisamment pour qu'elle en fasse abstraction. La prochaine fois, peut-être envisagerait-elle de lui parler, s'il était dans un de ses bons jours…

Le seigneur Toriyama, au fur et à mesure de leur progression, était devenu de plus en plus silencieux. De plus en plus renfrogné. Quelquefois, sa main se glissait dans ses robes, et Natsuhi devinait qu'il cherchait l'œil de Khandar, peut-être pour s'assurer qu'il était toujours là, et peut-être pour converser mentalement avec ce qui restait de son frère. Cet homme souffrait peut-être plus qu'il n'y semblait…

Un croassement retentit dans les airs, avertissant le groupe qu'ils arrivaient à destination. Natsuhi en fit la traduction à Gaara, qui hocha la tête. Toriyama confirma, après un énième regard aux rochers qui lui servaient de repères. Ils firent encore un détour, puis il apparut.

Comme les bâtiments d'Ishkari, il était creusé à même la pierre, et s'enfonçait dans ses profondeurs, mais l'entrée était beaucoup moins modeste que même le palais du seigneur Toriyama.

La porte d'entrée, haute de cinq fois leur taille environ, s'inclinait vers le haut pour disparaître sous un renfoncement rocheux, si bien qu'on en apercevait pas le sommet. Pas de décoration sur celle-ci, si ce n'était une sorte de trou cylindrique creusé hâtivement à hauteur d'homme, visiblement un rajout récent. De part et d'autre de la porte, et ils étaient les plus visibles, se dressaient deux sphinx ailés, à corps de femme, aussi hauts que ladite porte, dont les pattes avant massives semblaient menacer quiconque franchirait le seuil. Leurs ailes, fièrement dressées vers le ciel, s'étendaient verticalement pour étaler toutes les plumes de pierre, dans une position suggérant le décollage. Les visages féminins, étrangement durs, paraissaient dévisager les trois compagnons, les défiant d'entrer, à leurs risques et périls.

Et on n'avait pas envie d'entrer.

-C'est… C'est un tombeau, murmura Gaara.

Et il avait raison. Sans doute le tombeau d'un grand seigneur ou d'un personnage historique. Renji aurait peut-être pu les renseigner.

Sandâr Toriyama sortit de sa bure le cylindre contenant l'œil de Khandar, et, sans un mot, l'introduit dans l'anfractuosité au centre de la porte. Cette dernière ne semblait pas prévue pour le cylindre, paraissait un peu grande, et Sandâr dut tourner plusieurs fois le bocal scellé avant qu'un grondement ne retentisse dans les tréfonds.

Le sol se mit à trembler, et la porte à monter, avalée par la roche, dans un bruit assourdissant. La pénombre du tombeau les avala tous sans préavis, et trois paires d'yeux s'écarquillèrent pour s'habituer au noir. Natsuhi déglutit. Les parois étaient plutôt espacées, et le plafond haut, mais elle allait quand même sous terre, ce qui n'arrangerait pas la boule qui grouillait au fond de son estomac.

Ce fut en franchissant la porte que Gaara commença à sentir la présence. Il tourna la tête à gauche et à droite, scrutant les ténèbres, s'efforçant d'élargir son champ de vision, tous ses sens en alerte, mais sans parvenir à localiser quelque chose de particulier.

-Je vais refermer la porte, marmonna Toriyama, une lueur de peur dans le regard, au cas où on nous aurait suivis.

Le Jinchuuriki hocha distraitement la tête, absorbé. Quelque chose le frôla. Un murmure, presque inaudible, incompréhensible. Des fantômes ? Gaara ne croyait pas vraiment aux fantômes, encore que certaines techniques de ninjutsu… Natsuhi ne paraissait pas plus à l'aise que lui, mais impossible de faire la différence entre ce genre de perturbation et sa claustrophobie qui continuait à se manifester. Le dernier rai de lumière disparut quand la porte se referma dans un grondement, les plongeant dans le noir le plus total. Sandâr surgit soudain aux côtés de Gaara, une torche dans une main, vraisemblablement arrachée du mur et enflammée avec le briquet en amadou qu'il tenait de l'autre. Il entreprit d'allumer les quelques torches restantes.

-A partir de maintenant, je ne connais plus la route. Il va falloir que nous explorions.

Le Jinchuuriki hocha la tête, et piocha dans sa besace une craie qu'il tendit à Natsuhi. Takamaru occupait à nouveau son épaule, et tentait de la rassurer par sa présence. L'occuper l'aiderait peut-être…

-Tiens. C'est toi, l'éclaireuse. Marque notre route.

Elle déglutit, hocha la tête. Elle ne semblait pas paniquer. Bien.

Khandar…

-Vous entendez ?

-Quoi ? Bredouilla Natsuhi. Il n'y a aucun bruit…

Le fait d'être sous terre la paniquait, mais sûrement pas au point de trahir son ouïe surdéveloppée. Et Gaara voulait bien imaginer certaines choses, mais il venait bien d'entendre clairement le mot « Khandar », comme soufflé au creux de son oreille…

Ils se mirent en route. Dans les narines de Natsuhi, l'air avait une odeur de renfermé, de moisi, d'ossements, et de sang, diffuse, mais aisément reconnaissable. Une ambiance des plus déplaisantes, sans compter le plafond beaucoup trop bas à son goût. Ils parcoururent quelques centaines de mètres, Toriyama allumant au fur et à mesure de leur progression des vasques pleines d'une pâte inflammable. Et la lueur des brasiers nimbait le tombeau d'une lueur mouvante, déformant et agrandissant les ombres.

Ils arrivèrent alors à un croisement, formé de deux chemins perpendiculaires, et d'une porte fermée, en face d'eux, qu'on atteignait après un petit bout de couloir. Après ce qui sembla être un moment d'indécision, Toriyama se dirigea vers la porte qui leur faisait face, et introduisit à nouveau l'œil de Khandar dans l'ouverture creusée à cette intention.

La porte d'entrée produisait un grondement infernal, mais celle-ci s'ouvrit dans un chuintement à peine audible, glissant vers le haut.

-Toriyama, fermez la porte derrière nous. Natsuhi, tu la piège.

Ils effectuèrent la manœuvre dans un parfait silence. La fermeture de la porte les plongea à nouveau dans le noir. Mais Gaara avait eu beau demander à son éclaireuse de piéger la porte, la… Non, les présences ne s'éloignaient pas. Elles semblaient toujours le frôler insidieusement, juste sous son nez, mais impossible de les repérer… Et le Jinchuuriki n'aimais pas avoir à se l'avouer, mais une panique grandissante s'insinuait en lui, comme de l'eau pouvait s'infiltrer à travers le sable.

-Toriyama, faites-nous de la lumière et mettez-vous au fond. Natsuhi, entre nous deux.

Glissant sa torche dans les bassins ouvragés, Toriyama éclaira la pièce, qui s'illumina progressivement d'une lueur orangée.

Un plafond haut, un peu abîmé, couvrait un espace parfaitement carré, au centre duquel se trouvait une sorte d'esplanade circulaire légèrement en hauteur, large de plusieurs mètres.

Mais ce qui frappait le plus, c'étaient les sceaux. Les murs, le plancher, étaient couverts de sceaux ninjas, complexes, indéchiffrables, totalement inconnus de Gaara. Ils ne ressemblaient pas à des sceaux de protection, ni à quoi que ce soit d'identifiable. Leurs kanjis, à l'écriture légère, aérienne, semblait s'envoler vers le plafond comme milles petites mouches bourdonnantes. Les cercles noirs, mauves, bleus, s'enchevêtraient en un kaléidoscope de couleurs. Les deux ninjas s'avancèrent, franchissant le petit rebord de l'esplanade, pour se diriger vers Toriyama, occupé à enflammer les deux dernières vasques.

Détestes…

Encore un murmure. Une voix de femme, cette fois, qui semblait tempêter quelque chose. Le son éveilla en Gaara quelque chose d'instinctif, et ce fut lui, cette fois, qui déglutit péniblement. Toriyama ni Natsuhi ne semblaient nullement affectés par ces voix, même s'ils ne semblaient pas très à l'aise. Takamaru, en revanche, piailla et frémit. Peut-être percevait quelque chose, lui aussi, mais quoi ?

Ils avancèrent tous deux, de concert, tournant la tête de gauche et de droite pour détailler les pentacles parfaitement dessinés, presque brillants, puis la lumière illumina le fond du tombeau.