Bonjour et bienvenue sur le chapitre 15 !
J'espère qu'il vous plaira, j'ai particulièrement aimé l'écrire.
On se voit à la fin. Bonne lecture !
XV – Désavoué
Alors qu'il n'était encore qu'un jeune auror, la presse s'était bien vite éprise de Percival Graves. Après tout, ce dernier n'était autre que le descendant de l'un des douze fondateurs. Une pression incroyable pesait sur ses épaules. Sa famille n'était jamais restée bien loin du milieu de la politique, mais cela faisait bien trois générations qu'aucun sorcier portant le nom de Graves n'avait réussi à attendre le poste respectable d'auror.
Il avait été le favori depuis. Ses exploits multipliaient les articles avantageux à son sujet et lorsque les journalistes n'avaient plus rien à se mettre sous la dent, ils appréciaient très particulièrement se mêler de la vie privée de l'américain. Nommé par trois fois comme le sorcier célibataire le plus convoité de New York, ces titres agaçaient amèrement le concerné mais Graves n'intervenait que très rarement publiquement alors il laissait couler et essuyait les blagues douteuses de ses meilleurs aurors – qui étaient les seuls à avoir le droit implicite de rire de la situation – sans vraiment broncher.
Lorsque Picquery condamna ce dernier pour trahison, elle s'attendit à une déferlante de la part de la presse. Elle s'attendit à ce que la réputation des Graves soit à tout jamais ruinée par les erreurs d'un homme avide de pouvoir. Elle s'attendit à ce que Graves paye de son nom, même après sa mort.
L'effet totalement inverse s'était produit. Et ni Graves, ni Scamander ne furent au courant de la chose avant de se faire coincer à Londres. Alors coupés du monde, il n'y avait pas eu de demi-mesure : Ils avaient dû se faire aussi discrets que possible et cela impliquait de ne pas faire la moindre apparition publique.
Les journalistes avaient trouvé un moyen de retourner la situation. Ils avaient fait de l'ancien directeur la victime d'un mage noir manipulateur et vicieux, ils avaient ravivé la peur des américains envers Grindelwald, en leur rappelant que si même l'implacable Percival Graves était tombé entre les griffes de ce dernier par deux fois, eux n'auraient aucune chance lorsque l'ennemi passerait à l'offensive.
Picquery ne fut cependant pas surprise. Il était vrai qu'elle n'avait pas pensé à cette alternative lorsqu'elle avait mis son plan à exécution, mais la finalité ne la décoiffa pas plus que ça. Et si l'évasion aurait pu faire office d'issue de secours pour cette dernière, la presse ne l'avait pas ébruitée. Les avis de recherche avaient été publiés, mais les journalistes demeurèrent muets. Et la présidente compris alors que la guerre qu'elle livrait contre la presse depuis tout ce temps était déjà perdue d'avance.
Cette intuition se confirma rapidement, lorsque les maisons d'éditions de New York apprirent que Percival Graves avait été retrouvé et que Scamander n'était pas mort. Et le discours de l'anglais avait retourné la société magique. Une tornade médiatique s'était abattue sur le MACUSA et plus précisément sur Picquery qui était cernée par tous. Les sorciers du monde entier attendaient sa décision et elle savait que si Graves n'était pas réhabilité, elle pourrait dire adieu à son prochain mandat. Le directeur était vu comme un martyr, un homme qui s'était sacrifié pour sauver la vie de l'innocent Newt Scamander. Picquery ne sut pas faire face à cela.
Sa carrière était en jeu et elle avait perdu son meilleur élément. Alors à situations désespérées, mesures désespérées…
« Merci d'être venu, Sir Scamander. » Et pour une fois, Newt ne remit pas en cause la sincérité de Picquery. « Cela me tue de l'admettre, mais j'ai besoin de vous. »
La pique évidente que venait de lancer la présidente n'énerva pas l'anglais le moins du monde. Au contraire, ce dernier fut particulièrement surpris qu'elle soit aussi honnête avec lui en ces temps particulièrement difficiles. Deux jours s'étaient écoulés depuis que Newt avait renversé l'opinion de l'assemblée. Quand la session s'était terminée, Graves avait été renvoyé dans sa cellule et le ministre Hector Fawley avait décrété que ce dernier ne recevrait pas de visites tant que le verdict ne serait pas rendu. Alors, une seconde session avait été programmée. La nouvelle avait abattu Newt. Il n'avait pas eu l'occasion de revoir l'américain et ne pourrait probablement pas lui adresser la parole à l'issue de la seconde session, si cette dernière finissait par mal tourner.
Il avait échappé de justesse à la justice. Étant donné que sa version des faits n'était pas encore tout à fait avérée – car Graves avait maintenu être coupable en contestant la version de Newt pour lui éviter d'être condamné –, il ne pouvait être reconnu coupable de haute trahison au même titre que Graves.
Quoi qu'il arrive, l'issue serait mauvaise. Si Graves était reconnu coupable, il abandonnait Newt. Si Newt prouvait son implication dans tout ceci, il abandonnait le directeur. Et la scène se rejoua plusieurs fois dans l'esprit de l'anglais qui chercha une bonne fin à toute cette histoire. Ce ne serait peut-être pas Grindelwald qui aurait raison d'eux au final.
Alors quand il vit la main tendue à contre-cœur de Picquery, il s'en était saisi.
« Que puis-je faire pour vous ? » Souffla-t-il, le regard vide.
La présidente fit glisser un journal dans sa direction et Newt reconnut le dernier numéro du New York Ghost. Ses yeux parcoururent l'intitulé et il sentit son cœur s'emballer. « PERCIVAL GRAVES ET NEWT SCAMANDER : AMANTS DÉCHUS ? ». Il n'eut pas besoin de chercher l'auteur de l'article pour se douter qu'il s'agissait de Miraphorumus et son penchant pour les titres racoleurs. Ses yeux descendirent plus bas.
« Le MACUSA connait un réel déclin depuis l'évasion du directeur de la justice et de la sécurité magique. Alors écrasé par les charges innombrables tenues par la présidente elle-même, Percival Graves réussit tout de même l'exploit de braver la haute sécurité du bâtiment le plus surveillé des États-Unis.
Si certains signent déjà l'arrêt de mort de l'institution et notent le retour de l'anarchie dans la société magique américaine, les objectifs de Percival Graves ne changent pas : Défaire Grindelwald après avoir échappé aux chaînes spirituelles de ce dernier.
Le MACUSA est alors très clair : Le magizoologue Newt Scamander disparu et déclaré mort, et Séraphina Picquery campe sur ses positions, elle ne sacrifiera plus d'aurors en cette période de crise, même si cela implique de définitivement tirer un trait sur l'anglais. Mais son directeur n'est pas de cet avis et profite de sa cavale pour réussir ce qui semblait alors impossible et sauver la vie de l'écrivain anglais.
Malgré les exploits du directeur, Séraphina Picquery reste inflexible : Percival Graves doit payer de sa vie le prix de ses erreurs après avoir passé l'entièreté de sa carrière à essuyer les siennes. Il était facile pour la présidente de se cacher derrière le talent de son bras droit, et alors que l'occasion lui est donnée de racheter ses dettes, Séraphina Picquery préférera cracher dans la soupe.
Ce qui est sûr, c'est que Newt Scamander n'a pas l'intention de se laisser faire. Dans un discours émouvant et comme ultime tentative de sauver la vie de l'homme qui a sacrifié sa liberté et sa carrière pour lui, l'auteur de « Animaux Fantastiques et où les trouver » livre alors les détails de l'alliance entre Grindelwald et le directeur pour avouer que… Tout était simplement faux ! Percival Graves n'a jamais souhaité ni même pensé à collaborer avec le mage noir mais a été victime de chantage. Il a alors préféré la vie de ses aurors dévoués plutôt que ses propres principes.
Encore un message fort du directeur de la justice et de la sécurité magique, mais les instincts protecteurs de Percival Graves sont-ils vraiment ce qu'ils sont ? Les revirements d'opinion du sorcier le plus influent de New York vis-à-vis du célèbre magizoologue nous laissent croire que son cœur n'est plus à prendre aujourd'hui.
Tout porte à croire que leur étroite collaboration n'est pas que purement professionnelle. En tout cas, le monde magique peut être sûr d'une chose : Le dévouement sans faille du directeur Graves et ses talents d'auror expérimenté seront là pour le protéger.
De nombreuses questions restent tout de même sans réponses et la plus récurrente d'entre toutes demeure : Séraphina Picquery prendra-t-elle la bonne décision face à celui à qui elle doit tout ? »
Newt commençait lentement à comprendre la relation de haine qui unissait Picquery et Miraphorumus. Il ne put s'empêcher de penser que si ses remarques étaient toutes aussi cinglantes les unes que les autres, elles n'en demeuraient pas moins vraies.
Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte des raisons qui avaient poussé Picquery à lui montrer cet article. S'il se fichait que les journaux fassent circuler de fausses rumeurs sur sa relation avec Percival Graves, il cerna bien assez vite ce que la présidente voulait de lui.
Hors de question.
« Si vous vous attendez à ce que je me plie aux rumeurs du New York Ghost… » Il fronça les sourcils. « Je vais devoir refuser. »
La présidente arbora son habituel air exaspéré et suffisant. Mais elle ne pouvait pas dire qu'elle ne s'était pas attendue à une telle réaction de la part du magizoologue, bien heureusement pour elle, le pauvre garçon était malléable au possible et s'il pouvait se montrer parfois têtu, elle savait qu'elle pourrait faire pression sur ce dernier en jouant avec ses sentiments. Que les rumeurs s'avèrent fausses ou vraies, il ne pouvait nier que sa relation avec Percival Graves était suffisamment particulière pour que le concerné se soit évadé du MACUSA pour retourner affronter le mage noir et sauver l'anglais. Sans parler de la scène qu'il avait donné au tribunal.
Alors Picquery ignorait ce qu'il y avait entre eux, mais il y avait quelque-chose. Et elle avait bien l'intention de s'en servir.
« Mettez votre égo de côté deux minutes Scamander. » À en croire le regard surpris du magizoologue, elle considéra qu'elle avait touché une corde sensible. Scamander ne vivait pas pour son égo contrairement à d'autres et détestait particulièrement que Picquery l'en accuse à tort à cet instant . « Nous voulons tous deux récupérer Percival Graves. Et j'ai besoin que vous attendrissiez les journalistes pour que le vote tourne en notre faveur. C'est tout ce que je vous demande. Ça, et occupez-vous de votre frère, l'auror. »
« Pourquoi ne faites-vous pas pression sur le ministre ? Je m'avance peut-être mais j'imagine que vous avez sûrement plus d'un tour dans votre sac. » Souffla Newt. Aussi désespéré était-il, il concevait très difficilement cette alliance avec la présidente.
« Pour la simple et bonne raison que nous ne sommes pas en position de force. » Elle marqua une pause et l'anglais sentit la fébrilité dans sa voix lorsqu'elle reprit. « Je vous rappelle que Grindelwald et Percival Graves ont réussi l'exploit de s'évader du MACUSA. »
Picquery était dans une position plus délicate qu'elle ne voulait bien l'avouer. Et Newt pensa une seconde prendre avantage sur cette dernière avant de se raviser. Profiter des autres n'était pas quelque-chose qu'il faisait, et pourtant l'idée lui avait traversé l'esprit.
L'anglais soupira longuement, ses yeux parcourant encore et encore les lignes maudites du New York Ghost.
« Est-ce que… » Newt sentit ses joues s'embraser et l'atmosphère lui parut particulièrement chaude à cet instant. « Est-ce que le directeur est autorisé à lire les nouvelles ? » Et tandis que les mots passèrent la barrière de ses lèvres, ces dernières le brûlèrent. Si Graves n'apprenait jamais qu'il avait été forcé de confirmer publiquement les rumeurs d'une potentielle romance entre eux... Alors peut-être considérerait-il l'offre.
« Non. » Lui affirma Picquery avec une simplicité affolante, secouant lentement sa tête de droite à gauche. Elle mentait. C'était un premier mauvais point.
Le magizoologue eut besoin de quelques secondes pour reprendre ses esprits et se donner du courage.
« J- Je... » Il manquait quelque-chose d'autre. « Je me pose une autre question. » Il lança un regard à la présidente, s'attendant à ce qu'elle refuse de l'entendre davantage et le renvoie vers ses appartements. À la place, sa mine se fit plus attentive. « Comptez-vous le réhabiliter à son poste d'origine ? »
Touché.
Au-delà des apparences et de ses airs habituellement neutres voire acerbes, Percival Graves avait été dévasté par le fait d'avoir perdu sa place. Son travail était ce qui le définissait, il s'agissait de son essence et Newt s'était bien assez vite rendu compte que sans son poste, l'américain n'était plus le même.
Il se fit la réflexion qu'il aurait probablement voulu de lui dans n'importe quelles circonstances. Qu'il n'aurait jamais osé faire la moindre distinction. Mais il n'était pas nécessaire d'être très perspicace pour comprendre que son métier ne faisait qu'un avec sa personnalité, avec ce qu'il était aujourd'hui. Et l'objectif de tout ceci n'était pas d'arracher à Percival Graves ce qu'il aimait plus que tout.
Et Newt se sentait particulièrement redevable envers le directeur. Pour sa vie, pour son courage et probablement pour d'autres raisons auxquelles il n'avait pas intérêt à penser à cet instant. C'était probablement pour cette raison qu'il avait pris en considération la proposition de Picquery, bien qu'elle ne lui plaise absolument pas.
Enfin, ce n'était pas réellement acté. Pas tant que la présidente ne lui aurait pas répondu.
« Non. » Sa réponse trancha le silence déplaisant qui s'était installé. « J'avais l'intention de lui réattribuer ses fonctions d'auror. Mais rien de plus. »
L'anglais fronça les sourcils.
« Je refuse. »
Picquery sembla outrée un instant mais son regard brilla de malice la seconde qui suivit.
« Il paiera de sa vie. » Avait-elle reprit sur un ton léger, son regard parcourant le bout de ses ongles, comme désintéressée par la discussion.
« Et vous le paierez de votre carrière. » Contre-attaquer. Newt n'était pas spécialement bon lorsqu'il s'agissait de passer à l'offensive, mais il avait toujours quelque-chose en réserve pour se défendre. Et visiblement, son argument déplaisait fortement à la présidente. « Vous refusez peut-être de l'admettre mais Miraphorumus a raison. Sans lui, vous n'êtes rien. »
Et la façon dont le regard de cette dernière s'assombrit ne présagea rien de bon. Il ne lui fallut pas bien longtemps avant de se lever de son immense fauteuil en velours et sortir de la pièce, sans même adresser le moindre mot au magizoologue.
À cet instant, Newt sentit le monde s'effondrer autour de lui. Son honnêteté avait primé sur sa réserve habituelle et avait encore tout fichu en l'air. Picquery lui avait donné une excellente opportunité – bien que détestable –, mais l'anglais avait préféré sauver ce qu'il restait de réputation à Graves plutôt que d'acquiescer sans broncher et de le sauver lui.
C'était une catastrophe.
Mais Newt ne ploierait pas le genou. Et Percival Graves non plus. Il se l'était promis.
Picquery pouvait bien camper sur ses positions, Newt ne renoncerait pas pour autant. Même s'il avait froissé la présidente, il savait cette dernière de son côté. Et malgré leurs nombreux désaccords, il fallait qu'il se rende à l'évidence : Theseus avait beaucoup d'influence sur ce procès et il savait son frère opposé à la réhabilitation de Percival Graves.
Alors une visite de courtoisie s'était imposée dans les quartiers de l'auror.
Et lorsque l'aîné se rendit compte que c'était de son frère que sa secrétaire parlait lorsqu'elle avait mentionné un invité spécial, Newt avait pu lire la surprise sur le visage de ce dernier. S'il y avait bien une personne dont Theseus n'attendait pas la visite à cet instant, il s'agissait bien de son frère. Mais sa présence dans son bureau à cet instant était bien loin de le déranger. En fait, et bien qu'il ait du mal à se l'avouer, il appréciait voir son frère. Il savait ce dernier animé d'une animosité toute particulière à son égard à cause de certains comportements et réticences qu'il avait pu avoir avant que Newt ne publie son livre, mais faisait de son mieux pour se racheter.
Si le concerné pouvait lire dans les pensées de l'auror à cet instant, il crierait probablement à la mauvaise foi de son frère, au fait qu'il n'était certainement pas celui qui faisait des efforts pour améliorer leur relation. Et la discussion n'en finirait probablement pas.
Newt se contentait alors de regarder ses pieds, à la recherche d'un point fixe rassurant qui ne soit pas le regard culpabilisant de son frère aîné lorsqu'il aurait formulé sa demande. Toute la confiance qui s'était emparée de son corps face à la présidente s'était effondrée. Cela faisait des mois que les astres s'étaient alignés pour mettre l'anglais dans des situations inconfortables qui impliquaient de le faire sortir de ses gonds. Les retombées demeuraient particulièrement difficiles, lorsque toute l'assurance qu'il emmagasinait s'évaporait pour laisser place à sa réserve et sa timidité naturelle.
S'il n'avait pas été aveuglé par les sentiments soudains qui l'avaient submergé, alors probablement aurait-il abandonné, incapable de faire face à Theseus alors qu'il savait ce dernier presque aussi têtu que lui.
« Newt. » L'auror brisa le silence qui régnait depuis que le magizoologue était entré dans la pièce. « Qu'est-ce qui t'amène ici ? » Son timbre de voix fut confus. Theseus semblait à la fois ravi de le voir ici mais savait que sa venue cachait un plus gros poisson. Le plus jeune ferma hermétiquement les yeux.
Il prit une grande inspiration avant de rouvrir ses paupières et son regard se planta dans celui de son frère.
« Il faut que tu m'aides, Theseus. » Et le rire de ce dernier retentit dans la pièce, venant perturber Newt plus qu'il n'aurait pu s'y attendre. « Qu'est-ce qui te f-… » Reprit l'anglais, avant de se faire interrompre.
« Décidément, vous avez tous besoin de moi aujourd'hui. » Il s'assit sur son bureau et se mit à jouer avec un stylo. Newt comprit avec amertume que Picquery l'avait devancé et qu'il arrivait trop tard. Ses espoirs s'envolèrent. « Mais je t'en prie, Newt. Dis-moi ce que je peux faire pour toi. »
Les choses ne cessaient de se compliquer. Pour une raison obscure et injuste, le sort s'acharnait sur l'anglais. Avec une volonté de fer qu'il s'était découvert depuis quelques jours, il en faudrait bien plus pour venir à bout de ce dernier. Il soupçonna cette dernière liée à sa récente et soudaine affection pour Graves – Ou devait-il l'appeler Percival ? L'idée le mit mal à l'aise. C'était peut-être trop familier.
Et quand il se rendit compte que Theseus l'observait depuis quelques secondes déjà, il se fit la réflexion qu'il était déjà trop tard. L'auror connaissait ce regard.
« C'est à propos de l'ancien directeur, je me trompe ? » Il soupira longuement, avant de se pincer l'arête du nez. « Tu recommences. Nous en avons déjà discuté, Newt. Tu ne peux pas éternellement défendre l'indéfendable. Et je vais finir par penser que toutes ces rumeurs sont vraies. »
Trop loin. Theseus allait trop loin.
« Cela remettrait en question la véracité de mes propos ? » Souffla le magizoologue. Et Theseus sembla chercher ses mots, soudainement conscient de l'atrocité qu'il venait d'adresser à son frère.
Newt y vit un archétype, un schéma qui ne cessait de se répéter. Quand se laisseraient-ils souffler l'un et l'autre ? Il ne pouvait pas dire. Mais c'était un jeu dont les règles n'avaient été consenties par aucun des deux frères. Un jeu qui consistait à se renvoyer la balle, avec chaque fois plus de force, plus de mépris, plus d'amertume et aussi cinglante que jamais. Et Newt ne pouvait définitivement pas dire qu'il n'y était pas pour quelque-chose : C'était lui qui l'avait chassé lorsqu'il était venu le visiter après la scène du Val d'Or.
Pas que l'auror n'ait pas ses torts non plus. Mais Newt ne put s'empêcher de trouver la situation incroyablement ridicule. Combien de temps continueraient-ils ainsi ? Jusqu'à ce que la guerre n'enlève l'un à l'autre et que le temps soit définitivement perdu entre eux, sans possibilité de le rattraper ?
La réalité le frappa en pleine face. Et à cet instant, il avait envie d'ouvrir les yeux à son frère. Il voulait lui crier qu'ils devaient mettre un terme à leur escarmouche qui n'avait aucun sens. Mais les mots résonnaient dans sa tête.
Il n'y arrivait pas. À cet instant, il ne ressentait rien de plus que du dégoût à l'égard de son frère.
« Ce n'est pas ce que je dis. » Contrairement à ce que Newt avait pu lire sur le visage de l'auror plus tôt, Theseus était sérieux et assuré. « Mais tu es beaucoup trop naïf. Et Je… Je te croyais mort, je te croyais perdu. » Il sembla entendre quelque-chose se briser dans la voix de son frère, mais toute hésitation disparut la seconde d'après. « Je ne serais pas surpris qu'il ait profité de ta sensibilité pour… Manipuler tes sentiments. »
Newt sentit le sol se dérober sous ses pieds. Il y avait déjà pensé. Avant de mettre chacune de ses peurs sur le compte de la paranoïa. Rien n'aurait empêché Grindelwald de mettre en scène toute cette histoire de sauvetage, de commander à Graves de se rapprocher de l'anglais pour se frayer un nouveau chemin au cœur du MACUSA. Mais Newt refusa d'y croire. Ce qu'il avait vécu, ce qu'il avait vu dans les yeux de l'américain dans sa valise. C'était réel. Et aussi naïf son frère le croyait-il, il restait celui qui avait fait tomber le masque de Grindelwald.
C'était épuisant d'avoir à se battre pour être entendu. Bientôt trente ans que Newt faisait face à la même rengaine, aux mêmes refus dédaigneux et aux regards condescendants. L'anglais ne se considérait pas comme quelqu'un de naïf. Peut-être, et probablement, se trompait-il à ce sujet, mais il se savait observateur et connaissait son sens du détail.
« Je… Je crois savoir pourquoi est-ce que tu me dis ça. » Et Theseus releva le regard vers son frère, intrigué par ce qu'il avait encore bien pu déduire. « Parce que je n'ai pas été capable de me rendre compte que Graves avait déjà été en contact avec Grindelwald. » Newt n'eut pas besoin que l'auror lui réponde, ce qu'il vit dans son regard lui suffit amplement. Il avait visé dans le mille.
Ses épaules s'affaissèrent.
« Je ne veux pas de ta protection Theseus. » Il soupira et son regard se planta dans celui de son frère. Il y avait un mélange de désespoir et de colère qui baignait dans ses iris vertes. « J'ai besoin que tu me fasses confiance. Juste une fois. Je te promets que tu ne le regretteras pas, j- je… »
Sa voix mourut lentement au fil de ses mots. Il ne fallait pas être très attentif pour se rendre compte que Theseus ne le suivait pas comme il le souhaitait. Newt lisait bien trop de compassion sur le visage de son frère. Ce n'était pas de ça qu'il voulait. Quand l'auror tenta de poser une main réconfortante sur son épaule, le magizoologue chassa cette dernière d'un geste brutal et tourna les talons.
Au diable Theseus. Au diable Picquery.
« Je n'ai pas besoin de ta pitié. » Feula-t-il avant de sortir en catastrophe du bureau de l'aîné.
Theseus laissa tomber sa tête en arrière et croisa ses bras, visiblement tout aussi épuisé que son frère.
« Excusez mon retard. » Souffla une petite voix.
Tous les regards se posèrent sur Newt qui poussait lentement l'immense porte d'ébène. Au centre de la pièce, Percival Graves était agenouillé, les mains liées par deux chaînes de fer. Le cœur de l'anglais se serra lorsqu'il vit l'américain dans cette position et ne tarda pas à se briser lorsqu'il ne se retourna pas pour le regarder. Était-ce de la honte ? Il devait probablement se sentir humilié. Même si la sensation était particulièrement désagréable, il se fit la réflexion que Graves devait souffrir bien plus que lui à cet instant.
Lorsqu'il passa à côté de ce dernier, il fit l'effort incommensurable de ne pas lui adresser le moindre regard et sa manche effleura délicatement la sienne. Et Newt sentit toute force le quitter lorsqu'il en vint à la sombre conclusion qu'il s'agirait peut-être là de leur dernier contact si jamais son plan ne fonctionnait pas.
Car il ne le laisserait pas tomber. Quitte à revivre tout ce qu'ils avaient traversé une seconde fois. Il l'aiderait à s'échapper. Il se débrouillerait pour ne pas le laisser tomber. Sa baguette était glissée dans sa manche et il se tenait prêt à tenter le diable si jamais c'était nécessaire.
« Je disais. » La présidente racla sa gorge et son attention se porta de nouveau sur l'accusé. « Les jurés n'ayant pu parvenir à un arrangement lors de la précédente session, il a été décidé que le verdict serait rendu par un vote à main levée dans l'audience, comme convenu. »
Newt détestait cette tradition. Lorsqu'un procès se retrouvait bloqué, le ministère faisait appel à un vote dans l'assemblée et reportait la session. Ce qui, comme l'anglais avait pu le constater, laissait certaines parties s'arranger entre elle pour faire tomber le vote en leur faveur.
Tandis que Picquery énonçait les charges une par une – que Newt connaissait déjà sur le bout des doigts –, les yeux de l'anglais firent le tour de la salle. Un sorcier aussi modeste que lui ne pourrait jamais affronter une telle foule d'auror expérimentés. Il se demanda ce qu'il ressentirait lorsque son propre frère l'arrêterait pour entrave à la justice et trahison.
Un frisson désagréable lui parcourut l'échine, et il tenta de penser à autre chose. La présidente énonça alors la première partie votante et Newt pensa distraitement que le ministre Fawley s'était royalement fait écarté de sa propre séance.
« Contre la réhabilitation de Percival Graves et l'abandon des charges l'accablant. »
L'anglais écarquilla les yeux lorsqu'il vit Picquery lever sa main et entraîner une bonne partie des aurors et sorciers liés au MACUSA avec elle. Le ministre ne perdit pas beaucoup de temps avant d'imiter la présidente et une grosse partie de l'audience penchait désormais du mauvais côté de la balance. Picquery tapa trois fois sur le bois de la table devant elle et les mains levées retournèrent dans l'ombre.
« Pour la réhabilitation de Percival Graves et l'abandon des charges l'accablant. »
Newt retint son souffle et son regard parut plus déterminé que jamais. Il leva son bras avec assurance et sans la moindre hésitation. Quelques mains le suivirent timidement et l'anglais adressa un regard gratifiant à chaque personne qui lui fit confiance. Si Picquery n'avait néanmoins pas réussi à réunir l'écrasante majorité, il était clair que Newt rassemblait beaucoup moins de personnes qu'elle. Une bonne partie des aurors anglais s'étaient abstenus de voter. Dont Theseus. Le magizoologue se fit la réflexion qu'il s'agissait probablement des contacts dont Picquery lui avait parlé.
Un premier coup contre le bois retentit dans la pièce et Newt ferma hermétiquement les yeux. Le temps semblait ralentir autour de lui.
Il avait l'étrange impression que les battements de son cœur suivaient parfaitement le rythme du maillet qui cognait contre le bois. Ses pensées défilaient à la vitesse de la lumière. Devrait-il lui adresser un dernier regard ? Avant de devoir définitivement faire une croix sur lui ? Il n'y parvint pas. Il avait échoué. Il était le seul responsable, il avait été incapable de mettre ses valeurs de côté.
Un deuxième coup contre le bois sembla l'assourdir.
Pickett avait probablement eu le temps de crocheter les serrures des chaînes de l'américain depuis le moment où leurs manches s'étaient effleurées. Il devait se tenir prêt, car cette fois-ci, il n'y aurait pas de seconde chance et il risquait à la fois sa vie et celle du directeur.
Un troisième coup contre le bois venait de clôturer le vote et Newt ouvrit instinctivement les yeux, presque écarquillés.
Il n'avait toujours pas baissé sa main. Et tout alla beaucoup trop vite. Sa vue se troubla alors que ses yeux passèrent de sorcier en sorcier. Il y avait beaucoup plus de mains levées qu'au moment où il avait décidé de fermer les yeux. Picquery était furieuse. Son visage se tordit d'incompréhension et dans un moment d'inattention, il rencontra le regard de Graves et ce qu'il croyait être un sourire dissimulé. L'américain tourna la tête dans la direction opposée et Newt ne put s'empêcher de suivre son regard avant de tomber sur Theseus. Le bras levé.
« Le pour l'emporte. » Railla Picquery, sans manquer de laisser transparaître sa déception.
Newt s'effondra sur la rambarde en face de lui. Il ne réalisait pas tout à fait ce qu'il venait de se passer. Et il n'en avait pas envie. Son cœur se fit plus léger, rempli d'un sentiment de satisfaction et de joie qui ne l'avait pas traversé depuis des mois, tant le stress et l'anxiété avaient écrasé toute autre émotion positive dans sa poitrine.
Et il n'était définitivement pas prêt à faire face à ce retournement de situation. Il ne savait pas comment il pourrait remercier son frère, il ne savait même pas comment il pourrait de nouveau le regarder dans les yeux après lui avoir parlé aussi sèchement, pour qu'au final ce dernier se range de son côté.
La première chose qui lui traversa l'esprit fut que l'auror lui demanderait probablement quelque-chose en retour. L'idée ne le surprenait pas plus que ça et ne fut pas aussi douloureuse qu'elle aurait dû. Après tout, à cet instant, il aurait fait n'importe quoi pour que le verdict penche à son avantage et Theseus venait de réaliser son souhait. Et il lui avait suffi de trois secondes d'inattention pour que le geste de ce dernier lui échappe. Il s'en voulait mais fut également cependant soulagé de ne pas avoir à affronter son regard à cet instant. Il aurait eu peur d'y trouver quelque-chose qui ressemblerait à une dette.
Il n'y pensa plus. Parce qu'il n'avait pas échoué. Et il avait au moins ce mérite-là désormais.
« Signez ici. Et ici. Votre baguette est à récupérer au service des Permis. La présidente souhaite s'entretenir avec vous dans une heure. Et je crois que c'est à peu près tout. »
Graves avait été relâché. Ses chaînes avaient été retirées avec une facilité déconcertante et l'américain avait joué la carte de la surprise. Mais les aurors préférèrent ne rien faire remarquer à leurs supérieurs, de peur qu'ils ne soient tenus pour responsable d'une mauvaise tenue d'un potentiel criminel.
Il avait alors été s'enfermer dans une pièce avec le ministre, dont la grosse voix résonnait même à l'extérieur. Et Newt attendait, assis sur l'un des innombrables bancs qui entouraient la porte derrière laquelle se trouvait Graves. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pourrait lui dire lorsqu'il le verrait. Il se demanda s'il fallait être direct ou s'il se devait d'attendre. La seconde option lui sembla évidente mais la première paraissait infiniment plus simple. Ces derniers jours avaient été particulièrement difficiles pour lui et un millier de questions demeuraient sans réponses dans son esprit.
La plus douloureuse d'entre elle revenait toujours en tête de liste.
Et lui ?
Elle était si simple qu'elle en devenait compliquée.
Alors quand l'objet de ses pensées passa le pas de la porte, sans préavis aucun, son souffle se fit subitement court. Parce qu'il n'arriva plus à réfléchir.
« Scamander. » Fit-il en guise de salutations. Graves arbora son air neutre habituel, une esquisse de sourire dessinée au coin de ses lèvres. Il parut à la fois sûr de lui et perdu. « Vous n'auriez jamais dû… Je… » Et ce fut probablement la première fois que Newt vit le directeur perdre le fil de ses paroles. « Merci. » Avait-il fini par souffler.
L'anglais se fit violence pour se retenir de réduire la distance entre l'américain et lui. Il n'osa même pas regarder ce dernier dans les yeux.
« Je suppose que… C'est… Normal. » Réussit-il à articuler avec beaucoup de difficultés.
Graves se tourna pour longer le couloir et fit signe au magizoologue de le suivre. Newt s'exécuta sans broncher et le silence qui s'installa entre eux fut étrangement pesant. Il était incapable d'expliquer pourquoi, mais il détestait cet instant alors qu'il l'avait attendu depuis des jours. Tout ce qu'il réussissait à ressentir était de la gêne, de l'angoisse et… Beaucoup, beaucoup de frustration.
Plus les secondes défilaient, plus il tentait de se convaincre qu'être honnête dans l'immédiat ne lui apporterait rien de bon. Que ça ne ferait que brusquer l'américain qui sortait tout juste d'une cellule d'isolement. Mais il en crevait d'envie.
Newt Scamander n'était pas du genre à écouter sa raison mais plutôt à accorder toute l'attention à son cœur. Alors il prit une grande inspiration et ouvrit la bouche.
« Il faut que vous sachiez. » Graves l'interrompit avant même qu'il ne commence sa phrase. « Picquery n'a pas l'intention de me rendre mes fonctions complètes. Et… Le ministre m'a proposé de l'aider pour quelques temps. Le temps que la présidente se remette de ses émotions, j'imagine. » Il se coupa et se tourna vers l'anglais, qu'il remarqua alors sur le point de parler. « Vous aviez l'intention de dire quelque-chose Scamander ? »
« N- Non. » Souffla instinctivement le magizoologue dont les joues s'étaient empourprées.
Graves ne sembla pas convaincu le moins du monde, mais décida de mettre le comportement de l'anglais sur le compte de la fatigue. Ces derniers jours avaient été éprouvants pour tout le monde.
Si Scamander fuyait habilement le contact visuel et avait déjà tourné la tête, lui ne parvint pas à décrocher son regard de l'anglais. Les derniers mots qu'ils avaient échangé dans cette cellule n'avaient cessé de résonner dans cette pièce froide.
Plus de mensonges entre nous. Je ne veux plus de mensonges entre nous.
Scamander était-il en train de lui mentir à cet instant, en lui avouant n'avoir rien à lui dire ? Il n'arriva pas à conclure. Il imaginait mal le magizoologue rompre une telle promesse. L'état dans lequel l'anglais s'était retrouvé à l'instant où il avait décidé de lui dire la vérité, d'ouvrir une dernière fois ses blessures avant de réellement commencer à guérir, l'avait littéralement bouleversé. Sur le moment, il avait été incapable de savoir si le magizoologue était en colère, s'il était déçu, s'il accepterait un jour de lui adresser la parole de nouveau.
Tout s'était très vite accéléré. Le geste de Scamander l'avait cloué sur place. Il avait réussi à semer le doute dans l'audience. Il avait risqué sa propre liberté pour le tirer des griffes des lourds secrets qu'il avait décidé de porter le jour où Grindelwald avait commencé à lui faire du chantage.
Et Graves le détesta pour ça. Parce qu'il se savait bien loin de mériter l'inquiétude de Scamander. La pure, sincère, innocente inquiétude de Newt Scamander.
Il s'était fait la promesse de ne plus jamais regarder le magizoologue comme il avait pu le faire dans la valise. D'un œil empli de désirs interdits et de sentiments refoulés dont il ne mériterait jamais – jamais – la réciprocité. Il aurait l'impression de lui voler quelque-chose. De lui dérober une part de lumière pour la remplacer par son ombre ignoble et insensible.
Scamander ne pouvait pas devenir comme lui. Il devait rester ce qu'il était, et lui n'avait pas le droit d'entrer dans sa vie pour tout gâcher. Il ne se le pardonnerait jamais.
« En fait, si. » La voix de l'anglais le tira de ses pensées. « Il y a quelque-chose que je voulais vous dire. » Et elle fut si tremblante et hésitante que l'américain faillit lui faire remarquer.
Mais il ne l'interrompit pas. À la place, Graves se contenta de lui adresser un regard plus adouci qu'à son habitude.
« Avez-vous… Lu les journaux ? »
L'américain déglutit. Il avait un mauvais pressentiment.
« Je les ai lus. » Se contenta-t-il de répondre, laissant pleinement à Scamander le choix de s'exprimer ou non avant lui. Picquery avait donc bel et bien menti.
« Et qu'avez-vous pensé de ce que… De ce qui se disait sur vous et moi ? » L'emploi du « Nous » sembla comme interdit pour l'anglais à cet instant. Ce serait comme forcer le directeur à s'engager dans quelque-chose dont il ignorait encore les tenants et aboutissants.
La seule chose qui avait été accordée à l'américain derrière les barreaux était de lire les nouvelles. Puisqu'il ne savait pas quand serait reportée la session de son procès, le ministre lui avait au moins laissé le droit de se tenir au courant de ce qu'il se passait hors des murs du ministère.
Les mots de Miraphorumus avaient fait leur effet. Il s'était douté que la journaliste finirait par trouver en Newt Scamander une âme-sœur à son cœur esseulé. S'il y avait bien quelque-chose que cette dernière adorait faire, c'était de le caser avec la première personne qui respirait le même air que lui.
Mais le fait qu'elle ait jeté son dévolu sur la seule personne qu'il essayait de protéger de lui-même et de ses erreurs l'avait particulièrement énervé. Et si l'idée commençait à déranger le magizoologue, alors il en ferait son affaire.
« Si les articles de Miraphorumus vous ont mis mal à l'aise Scamander, vous m'en voyez profondément désolé. Je ne peux rien faire pour les numéros déjà publiés, mais je peux m'occuper de ça très rapidement et… »
Il secoua doucement la tête.
« Ce n'est pas ce que je veux dire. » Et Graves s'apprêta à protester, pour essayer de comprendre mais il fut devancé. « J'ai lu ses articles et… » Sa voix se brisa et pendant un instant, l'américain pensa avoir froissé ce dernier. Mais lorsqu'il tourna finalement la tête pour le regarder, ce qu'il vit dans les yeux de l'anglais accéléra le rythme des battements de son cœur. « Je l'avais déjà réalisé avant mais c'était encore très récent et… Enfin… Je suppose que je vous considère comme… Plus qu'un simple partenaire. »
« Un ami ? » Avait-il instantanément rétorqué, sans prendre la peine de réfléchir. Son cerveau sembla occulter ce que Scamander essayait de lui dire et Graves le laissait faire. Il avait beaucoup trop peur d'avoir raison.
Un ami. Ça Graves pourrait le lui accorder.
« Non. » Le regard de l'anglais se fit plus intense. Et la distance qui les séparaient se réduisait alors qu'il se noyait dans les iris vertes de l'anglais. Mais ce n'était pas le directeur qui était en train de bouger.
Scamander s'était arrêté là. Et il fallait être stupide pour ne pas comprendre les insinuations de ce dernier. Graves tenta vainement de reprendre contenance mais son cœur rata un battement quand son regard se figea sur la bouche de l'anglais qui venait de se mordre la lèvre inférieure.
Il finirait par le tuer.
Dans une prise de conscience désespérée, Graves s'éloigna du magizoologue tant qu'il le pouvait encore et prit une grande inspiration.
« Scamander, je… » Il ne voulait pas le froisser. Il ne voulait pas lui faire de mal. « Je suis flatté, je suis vraiment… Mais… »
« Est-ce que c'est parce que je suis… Vous aviez dit que vous ne saviez pas grand-chose des femmes et je… » L'anglais était presque essoufflé par ses propres mots, qu'il peinait à trouver.
« Non, Mercy Lewis, non. Ce n'est pas pour ça c'est… » Et Graves se fit la réflexion que tout aurait été plus simple s'il avait simplement avoué qu'il n'était intéressé que par la gente féminine. Mais il avait fait une promesse à Scamander et il essayait de la tenir du mieux qu'il pouvait. « Vous êtes parfaitement… » Parfait. Les mots ne vinrent jamais. « Je ne peux pas vous donner ce que vous attendez de moi. Vous pourrez éternellement compter sur moi, Scamander. Je vous le promets. Et je ne vous serai jamais assez reconnaissant pour ce que vous avez fait pour moi. Mais cela n'ira jamais plus loin. »
Graves sentit quelque-chose se déchirer en lui. Il n'arrivait plus à supporter le regard triste qui s'abattait sur lui à cet instant. Et ce qu'il s'apprêtait à faire bravait chacun de ses principes, allait à l'encontre de toutes les valeurs qu'il s'appliquait à respecter chaque jour.
Il s'apprêtait à fuir.
« J- Je… » Balbutia l'anglais, mais l'américain l'interrompit sans vraiment s'en rendre compte.
« Je ne peux pas rester, Scamander. Mais nous nous reverrons plus tard. » Son excuse, aussi réelle était-elle, lui fit l'effet d'un coup de couteau dans la poitrine.
Et avant même qu'il ne laisse l'anglais s'exprimer, il s'éclipsa dans les couloirs d'un pas rapide. Picquery ne l'avait peut-être pas réhabilité à ses fonctions de directeur, mais il savait mieux que personne que lorsqu'il aurait de nouveau prouvé sa valeur au sein des forces anglaises, elle le supplierait de revenir. Et son quotidien n'était pas compatible avec celui de Newt. Il ne pouvait décemment pas lui donner ce qu'il voulait – et bien qu'il en crevait d'envie à cet instant – parce qu'il ne serait pas toujours là pour le protéger et tout comme Warren, Grindelwald trouverait un moyen de lui enlever Scamander à la seconde où il aurait le dos tourné.
Il ne se permettrait jamais d'apporter tant de noirceur à la vie de l'anglais. Il ne le mettrait pas en danger plus que ce n'était déjà le cas. Le mage noir semblait pris d'une passion pour faire souffrir le directeur et il ne le laisserait pas l'atteindre par le biais de Scamander. Il garderait ses distances, pour ne pas que l'anglais soit pris pour cible.
Newt, quant à lui, resta planté au milieu du couloir les bras ballants. Son cœur battait si fort qu'il était prêt à s'échapper de sa poitrine. Il venait d'être rejeté par Percival Graves lui-même. Le temps d'un instant, il lui sembla pourtant évident qu'il ne pourrait jamais atteindre un homme comme lui. Qu'il s'était bordé d'illusions tout ce temps.
Percival Graves l'avait désavoué. Et probablement l'avait-il mérité.
Et voilà pour le chapitre 15. Comme si les choses n'étaient pas assez difficiles... On va les compliquer un peu plus ahah. Je suis désoléééée.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! On se voit Samedi prochain.
