.

.

.

La tristesse de la perte de mes amies teinta toute ma semaine. Je faisais de mon mieux pour garder ma bonne humeur face aux malades. La semaine fut particulièrement éprouvante, de nombreux patient étaient blessés par combat. La guerre semblait tout à coup très réelle. Je voyais des hommes arriver, les uns brulés, les autres entaillés. Mes collègues plus expérimentés prenaient en charge les cas les plus graves. Plus d'une fois, je m'enfermais quelques minutes dans la salle du personnel pour souffler un instant. Le choc que j'avais subit avec mes anciennes amies fut prolongé par celui plus violent des horreurs de la guerre. Mais il n'y avait pas que les blessés ou les mutilés, il y avait aussi ceux qui mourraient et les annonces que nous avions à faire à la famille.

- « Madame, je suis désolée. Nous avons fait tout notre possible, mais nous n'avons pas réussi à le sauver. »

Lors de nos annonces, pas une fois je ne prononçai le mot fatidique. Tout comme le sorcier qui la causait, le nom de ce qui arrivait à ces personnes n'était pas prononcé. Ni par moi, ni par mes collègues. Jamais nous ne disions « mort ». Jamais nous ne parlions non plus de la cause de ces décès. Nous nous sentions tenus de conserver une attitude neutre. Bien entendu cette attitude neutre allait de pair avec la nécessité de soigner tous les blessés. Je voyais jour après jour l'hôpital se remplir. Pourtant au départ, la moitié de la structure était complètement vide. Il fallut recruter de nouveaux médecins. L'insécurité grandissait au fur et à mesure que les hordes de blessés affluaient. Un jour, je me retrouvais seule face à un patient qui hurlait sans fin et ne se laissait pas toucher, il semblait ressentir une grande douleur mais ne me laissait pas l'approcher pour lui administrer le breuvage qui le calmerait. D'un coup, il se tût et tomba la tête en arrière sur le lit d'hôpital, raide mort. Ce n'était pas le premier que je n'arrivais pas à aider, mais c'est la première fois que j'étais moi-même confrontée à la mort brutale d'une personne. Je l'avais vu, de mes yeux, tomber soudainement et la pensée de cet homme me hanta pour tout le reste de la journée. Je me demandais quelle avait été sa vie, s'il avait une femme et des enfants, à quoi ressemblaient ses journées ? Les miennes en tout cas étaient de vrais cauchemars. Je vivais l'horreur de trop près à mon goût et avait du mal à ne pas ressentir une immense empathie pour toutes ces personnes qui arrivaient à l'hôpital dans la douleur. La nuit, mes rêves étaient agités, je me réveillais en sursaut et me chuchotais à moi-même : « C'est donc ça d'avoir peur. ». La peur s'immisçait dans ma vie, elle me collait aux talons à l'hôpital. J'avais peur de voir plus de gens mourir, de recevoir une lettre m'indiquant la mort d'une personne que j'avais connu, voir aimé. J'avais peur de ce qui pouvait arriver à Drago, à mes parents et aux amis que j'avais. Cette inquiétude ne me quittait plus.

Lorsque Drago me proposa que nous allions boire un verre dans un bar à la fin de cette semaine épouvantable, j'acceptais pensant que cela me changerait les idées. Mais rien ne se passa comme je le croyais, à peine avais-je retrouvé Drago que je percevais son angoisse. Ses baisers avaient un goût de peine er de douleur. Il me fixait longuement, comme si c'était la dernière fois que nous nous voyions. Il était si alarmé qu'il me donna l'impression d'être en grand péril. Cependant il ne voulut rien avouer, il avait cette tendance à jouer les hommes forts, n'ayant peur de rien qui parfois m'agaçait. Constater son agitation me glaça encore plus le sang, ce dont il s'aperçu rapidement. Pour me détendre, il me questionna sur ma semaine, ne sachant pas qu'il ravivait ainsi mon inquiétude. Je gardais cependant mon calme et lui racontait ce à quoi j'avais assisté toute la semaine : un défilé de blessés, des écorchés, des brulés, des traumatisés. Je lui confiais tout : l'homme qui était mort face à moi sans cesser de hurler pendant de longues minutes, la femme qui avait eu un coup de folie et avait tenté de se suicider avec l'un de nos outils de travail. L'ambiance à l'hôpital avait changé du tout au tout en seulement une semaine. Il se passait quelque chose de grave, une véritable guerre avait commencé. Quand j'ai eu fini d'exprimer mes sentiments, il me considéra du regard un moment. Il semblait jauger la gravité de la situation.

Nous rentrâmes chez lui car il avait peur d'être écouté par des oreilles indiscrètes. Une fois installés dans l'immense canapé aux tons vert impérial, il osa enfin s'exprimer. Il semblait chercher une solution sans la trouver, hésitant sur les mots. Quelque chose semblait l'empêcher de parler en totale sincérité. Il m'expliqua que la situation était critique pour lui et sa famille qui avaient pris parti dans cette guerre, et qu'il n'avait qu'un désir : fuir. Il me dit que son père exigeait qu'il prenne parti d'agir et comment il tentait de résister à ses requêtes. Je pris sa main et lui apportais mon soutient.

Le week-end, je me rendis chez mes parents pour trouver du réconfort. Mon père était dans son bureau, à s'occuper de papiers tandis que ma mère s'occupe des fleurs dans le jardin. Je prends les ustensiles adéquats et me joint à elle. Nous en profitons pour discuter, pour une fois j'ose me livrer et lui fait part de mes inquiétudes par rapport à la guerre. Le fait de planter des bulbes de fleurs dans le massif me calme et m'apaise. Plus tard, à l'heure du repas, je suis surprise de voir mes parents aborder la question du mariage. Ils savent que je suis fiancée et apprécient Drago, mais semblent beaucoup se méfier de la famille de celui-ci. La personne qui leur semble la plus inquiétante est la tante de mon futur époux, qu'ils n'ont pourtant jamais rencontré.

- « J'ai entendu des choses… » Dit mon père (Herbert) d'un air glacé.

- « Mais Drago, lui, est très attentionné. » Défendis-je.

- « Quand tu seras sa femme, tu feras partie de sa famille. Ce n'est pas à prendre à la légère ma chérie. » Répliqua Anceline.

Je ne réponds rien à ma mère. Ils changent de sujet pour aborder la question de la cérémonie, autant de choses sur lesquelles je n'ai aucune envie de m'exprimer : la robe, le lieu, les invités.

- « Adélaïde, tu es notre fille mais tu es adulte maintenant. Alors c'est à toi de décider. C'est toi qui a les rênes de ta vie. »

Cette parole d'Anceline me donna matière à réflexion pendant tout le week-end. J'appréciais cette coupure lorsque je dû retourner à l'hôpital lundi matin. Le flux des patients semblait s'être stabilisé pendant le week-end. Moi et mes collègues pûmes respirer pendant deux jours. Puis tout recommença, soudainement une dizaine de blessés arrivèrent dans le service des urgences. L'un avait l'œil arraché, l'autre souffrait d'une morsure de loup-garou, il y avait de tout. Je n'eus même pas le temps de me rendre aux toilettes tant j'avais à faire. Nous devions tous faire vite, parer au plus pressé et surtout éviter aux patients la souffrance. Le vendredi, je rentrais chez moi exténuée, je me sentais mal : j'avais un très mauvais pressentiment.

Le lendemain matin dès neuf heures, je me rendais chez mes parents, au comble de l'angoisse. A mon arrivée dans la demeure, je fus surprise que personne ne m'accueille. Je fis le tour du salon, du boudoir, de la salle à manger, puis montai à la hâte les escaliers menant à l'étage. Dans le bureau au fond du couloir, j'aperçu quelqu'un s'affairer, en m'approchant je vis un homme aux cheveux blond si clairs qu'ils semblent blanc, jeter des papiers dans une poubelle enflammée.

- « Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? »

L'homme leva des yeux gris vers moi tandis que je m'approchais, je le reconnu. Quand je décryptais l'émotion de celui qui laissa encore tomber un dossier dans les flammes, un poids me tomba dans l'estomac tandis que l'angoisse me serrait la gorge avec une violence redoublée.

- « Tes parents sont retournés en France. Ils ont fui. Et moi je fais le ménage ! » Expliqua-t-il rapidement tout en continuant à bruler des papiers.

- « Qu'est-ce que vous faites ? »

Il ne répondit pas à ma seconde question et continuait à s'affairer. En regardant dans la direction de ce qui fut la chambre de mes parents, je m'aperçu que l'armoire était grande ouverte et que toutes leurs affaires avaient disparues. Les murs étaient vides des tableaux qui les habitaient encore peu de temps auparavant. Je m'approchais de Lucius Malfoy et saisis une feuille vierge sur laquelle je griffonnais en hâte une lettre à l'attention de mes parents. Je voulais obtenir des réponses. Ceci fait, je me dirigeais vers la sortie. Au moment où je me trouvais en haut des escaliers, une voix dans l'entrée appela :

- « Père ! »

Je me précipitais dans les marches tandis que la voix s'approchait de moi, en bas je heurtais un corps brutalement. Je mis quelques secondes à recouvrer mes esprits. Lorsque je relevais le regard vers le visage qui me supplantait, je fus surprise de reconnaitre Drago. Je lui demandais ce qu'il faisait chez mes parents. Il me prit par le bras et m'entrainais vers la porte d'entrée déclarant d'une voix décidée : « Rentre vite chez toi et prépare tes affaires pour rejoindre ta famille. Ne reste pas là ! ». Je m'inquiétais alors de ce qui nous attendait. Face à mon regard interrogatif, Drago se voulu rassurant : « Je t'y retrouve et nous partons ensemble ! ».

Sans plus attendre, il montait les marches deux à deux tandis que je sortais de la maison pour retrouver mon appartement. Une fois arrivée, je me questionnais : quelle est cette urgence qui devait me faire rentrer en France ? Je préparais une valise sans y croire, ne comprenant pas ce qui me poussait à le faire. Les questions se mélangèrent dans ma tête, je ne vis plus clair à travers mes pensées. Partir, pourquoi ? J'eu l'impression d'avoir rêvé, que ce que j'ai vu et entendu était une illusion.

Après un temps qui me semblait une éternité, agitée par mes pensées troubles, je me retrouvais assise sur le canapé, deux valises attendant dans l'entrée. Je regardais pensivement l'un des tableaux affichés dans le salon. J'attendais. Je regardais les aiguilles avancer lentement sur l'horloge. Cela faisait cinq heures. Je priais que rien de mal ne lui soit arrivé tandis que les pensées m'avaient mené vers mes parents : où étaient-ils ? Etaient-ils en bonne santé ? Puis le flux des idées s'arrêta quand on toqua à la porte. Je me précipitais pour regarder par l'œil de bœuf. Je sentis une bouffée de joie me traverser quand je vis la stature, les cheveux blonds et les yeux clairs de Drago. J'ouvrais, nous nous sautâmes dans les bras, il entra rapidement, regarda les valises tout en me félicitant. Ensuite il me remercia de la confiance que je lui accordai et me demanda de continuer en le suivant.

Nous partîmes sur-le-champ. Nous rejoignîmes un port et nous installâmes sans bruit à bord d'un navire. Nous nous étions cachés dans la cale et entendions les vagues frapper contre le navire et l'équipage se démener au-dessus de nos têtes. Je tremblais, j'avais froid. Nous étions deux clandestins au milieu des flots tandis que la tempête se déchainait autour de nous. Drago me tenait fermement contre lui, pendant des heures nous restâmes ainsi enlacés si bien que je finis par m'endormir. Lorsque je me réveillai, plusieurs heures plus tard, tout était calme. Drago semblait s'être endormi lui aussi, mais lorsqu'il me senti bouger contre lui, il se réveilla en sursaut. « Tout va bien ? » Me questionna-t-il inquiet. Au même moment, nous entendions un choc contre la coque du navire puis des hommes qui se déplacèrent en tous sens sur le pont. Puis, après un long moment à écouter les bruits qui nous surplombaient, la trappe s'ouvrit et un homme appela le nom de Drago. Celui-ci se releva et je le suivis. Nous étions dans un port, sous un ciel gris et j'humais l'air iodé avec plaisir. Le capitaine du bateau nous emmena à une passerelle, elle donnait sur le quai où nous attendaient nos valises. Une fois le pied à terre, Drago donna la mallette qu'il avait tenue dans les mains pendant tout le trajet au capitaine qui nous gratifia d'un sourire entendu. Puis il fit un salut marin avant de remonter à bord du navire sans rien ajouter. Nous étions à Amsterdam et nous prîmes le train pour rejoindre la France. Nous passâmes par l'Alsace, puis Lyon où nous attendait une correspondance. Nous nous dirigeâmes vers le massif central, pour atterrir dans le Lot. Une fois arrivés à un village perdu, nous fûmes emmenés à un château au toit en ardoise et aux murs de pierres. Ce n'était pas un endroit que je connaissais mais mon amant semblait sûr de lui quand il s'annonça à la porte de la bâtisse. C'est alors qu'apparut une figure oubliée dans l'embrasure de la porte. Je me jetais sur elle en m'exclamant « Maman ! ». Dans la cours, deux chiens de taille massive couraient en jappant. Anceline nous fit entrer et nous installa dans un salon aux fauteuils confortables.

.

.

.