Disclaimer : Les personnages appartiennent bien évidemment à Masami Kurumada, sauf pour ceux qui ne sont pas à lui et qui sont à moi … ^-^

Rappel du rating : M

Note : Salut à toutes et à tous! Et encore une fois, un grand merci à vous de suivre cette histoire, qui, je dois le reconnaître, a pris pas mal de place dans ma vie ces derniers temps, et dont l'écriture empiète dangereusement, et de plus en plus, sur mes heures de sommeil… Mais je n'y peux rien… je crois que je suis accro… Et puis, bien entendu, merci pour vos commentaires. Chacun d'eux me touche et m'encourage à continuer, alors merci encore !

ShaSei : merci pour ta dernière review, qui m'a vraiment fait très plaisir ! J'espère que ce nouveau chapitre répondra à tes attentes …

Anonymous Fan : merci d'avoir commencé à lire ma fic, et d'avoir pris le temps de me dire que tu l'appréciais. Ton commentaire m'a beaucoup touchée, et j'espère que tu aimeras la suite que je propose.

Donc voici un nouveau chapitre. Il s'agit d'un chapitre assez long, dans lequel vous pourrez lire un peu de tout... Il faut croire que j'avais pas mal de choses à dire…

Et puis, pour ceux que cela intéresse, je voudrais à nouveau préciser que certains des évènements que je décris (dans ce chapitre, comme dans les précédents) se sont réellement produits, aux mêmes dates que celles indiquées dans mon récit, et selon à-peu-près les mêmes circonstances. Bon, je me doute bien que vous l'aviez remarqué, notamment pour le 11 septembre… Mais c'est aussi le cas pour d'autres passages, comme l'attentat contre le Commandant Massoud décrit aux chapitres 11 & 12, ou la destruction des Bouddhas de Bâmiyân décrite au chapitre 2. Après, j'ai pris quelques libertés… bien entendu… Mais j'essaie tout de même de respecter le plus possible certains aspects de la réalité, en ce qui concerne les faits, les lieux, les dates, et même, les heures... (oui, j'ai parfois une tendance un peu pathologique à la précision…). Sachant que je ne sais pas si je parviendrai à tenir cette contrainte dans mes prochains chapitres, car cela risque de devenir un peu difficile…

Voilà… pour une petite précision « factuelle » qui me tenait à cœur.

Sur ce, je vous laisse découvrir la suite de cette histoire.

Et comme d'habitude… je vous souhaite une bonne lecture, en espérant que cela vous plaira…


Chapitre 16

7 octobre 2001

Vallée du Pandjchir, Nord-Est de l'Afghanistan

Il lui sourit, et ce sourire le subjugue et l'obsède. Car Seiya le connaît par cœur. Il le connaît si bien. Il voit ce sourire dans ses rêves depuis longtemps. Depuis quatorze ans. Il s'en souvient désormais. Il ne peut plus oublier.

Et il sait que ce sourire n'est pas celui de son ami. Shun ne sourit pas comme cela. Jamais.

Non, il sait que ce sourire est celui de l'Autre. Ce monstre dont il sent le cosmos glacial et vide vouloir s'emparer de son esprit et de son âme.

Il s'approche lentement de lui, et effleure sa poitrine de la main droite.

« Alors, tu comprends maintenant ? Je ne t'ai jamais quitté, et tu ne m'as jamais vaincu. Comment aurais-tu pu ? Aucun humain ne peut vaincre un Dieu tel que moi, pas même toi ! ».

« Et maintenant, tu m'appartiens, et je vais faire de toi mon jouet, ma marionnette. Et tu n'y pourras rien ! Car tu vas devenir moi, et tu verras que tu vas aimer cela. Oh oui, tu aimeras, j'en suis certain ! ».

Seiya ne peut pas parler. Il ne peut pas bouger. Il est paralysé, incapable de la moindre réaction. Tétanisé par l'effroi et la terreur de tout comprendre, et d'avoir l'horrible certitude qu'il lui dit la vérité. Cette vérité qu'il voulait ignorer jusqu'à présent, mais qui lui parait inéluctable désormais.

Hadès est là. Il se dresse devant lui, fier et indestructible, et il comprend qu'il va maintenant diriger sa vie.

Il sait qu'il aura bientôt tout perdu, bientôt tout oublié, et que, bientôt, il haïra tous ceux qu'il a aimés.

Il sait aussi qu'il la perdra elle, qu'il reniera l'amour qu'il a pour elle, et qu'il rejettera l'amour qu'elle a pour lui.

Et, bien sûr, il sait que cela le tuera. Et à cet instant, il n'espère qu'une seule chose : que la mort vienne le plus vite possible. Avant qu'il ne soit trop tard…

...^...

Seiya se réveille en sursaut. Encore un cauchemar, incompréhensible, oppressant et douloureux, dont il garde, cette fois-ci, un souvenir très précis. Un souvenir qui le terrorise et qui le glace.

Il ouvre lentement les yeux. Il se touche la poitrine, et sourit.

...^...

Shiryu respire profondément, et referme la paume de sa main droite. Il ramène son bras contre sa poitrine, resserre ses jambes l'une contre l'autre, et ouvre lentement les yeux. Il remercie intérieurement son vieux maître pour les enseignements qu'il a reçus, qui lui permettent d'appréhender les épreuves de ces dernières semaines avec sérénité.

Il boit une gorgée du thé qu'il s'est préparé en se levant ce matin, et regagne le refuge où ses amis doivent désormais s'être réveillés.

Il marche doucement, pour ne pas glisser sur les rochers instables de ce sentier de montagne, mais aussi pour s'imprégner de la beauté du paysage qui l'entoure. Il entend soudain le cri d'un rapace qui tourne au-dessus de lui. Celui-ci semble perdu, incapable de retrouver son chemin parmi le dédale de roches et de buissons. Oui, ce magnifique oiseau, fort et majestueux, paraît totalement perdu, comme semble l'être son meilleur ami.

Si seulement il pouvait venir en aide à Seiya, l'aider à recouvrer la paix, ou au moins, l'accompagner dans sa colère, pour ne pas la laisser s'emparer de lui. Mais pour l'instant, il n'y arrive pas, et son impuissance l'accable et l'obsède. Il doit faire quelque chose. Il ne doit pas l'abandonner. Il ne l'a jamais fait, et il sait qu'il ne le pourra jamais.

Shiryu atteint la fin du chemin menant à leur abri, et est surpris d'apercevoir Seiya et Shaina debout, et déjà en train de s'entraîner.

« C'est pas trop tôt ! Où étais-tu passé ? Ça fait des plombes que Shaina et moi tentons de combler notre ennui en nous mettant mutuellement en pièces ! s'exclame le Sagittaire.

- Tu exagères ! Je ne suis pas parti depuis plus d'une heure... Et pour ton information, je faisais ma séance de Tai-Chi, comme tous les matins.

- Ah oui, ta fameuse gymnastique de grand-mère ! Tu parles ! Je n'ai jamais compris pourquoi tu t'es toujours acharné à réaliser ces exercices inutiles et ennuyeux. Surtout maintenant que tu viens d'avoir vingt-neuf ans(1) … Tu ferais bien de passer à autre chose, mon vieux !

- Tu ne peux pas critiquer ce que tu ne connais pas ! Et d'ailleurs, tu devrais essayer. Cela te ferait le plus grand bien. Demande à Shaina ce qu'elle en a pensé. Car je crois qu'elle a beaucoup apprécié les séances que nous avons effectuées tous les deux avant ton retour.

- Shaina ? Ne me dis pas que tu as accepté de participer à ces horribles séances d'assouplissements à la noix ? lance l'ancien Pégase sur un air moqueur et étonné.

- Heu … si, et j'ai effectivement trouvé cela très enrichissant, tant physiquement que mentalement. Et, je partage l'opinion de Shiryu : tu aurais tout intérêt à t'y mettre le plus rapidement possible !

- On verra ça quand je serai à l'article de la mort, et pas avant ! Non, mais pour qui me prenez-vous ?

- Pour celui que tu es, justement, rétorque le chevalier de la Balance, d'une voix parfaitement calme. Mais oublie ça pour l'instant, car nous avons d'autres sujets à traiter aujourd'hui.

- Bon, Shaina, je crois que nous allons devoir remettre notre combat au corps à corps à plus tard... Monsieur le maître des arts martiaux veut nous dire quelque chose.

- Seiya ! Arrête avec ces remarques désobligeantes ! s'offusque la femme chevalier. Shiryu ne t'a rien fait après tout, tu n'as pas à être aussi désagréable avec lui !

- Non, ne t'inquiète pas Shaina, la coupe l'ancien dragon. Cela n'a aucune importance, et je suis certain que Seiya n'a aucune animosité envers moi. Il est simplement d'une humeur assez facétieuse ce matin, n'est-ce pas mon ami ?

- Oui, bien entendu ! » répond l'intéressé, en délivrant un clin d'œil à ses deux camarades.

Seiya recule pour s'asseoir sur l'un des rochers situé au bord de la petite carrière où Shaina et lui s'entraînaient encore il y a quelques minutes. Il passe une main dans ses cheveux, et s'adresse ensuite à son homologue doré, sur un ton plus serein :

« Alors Shiryu, maintenant que tu as terminé tes exercices matinaux, pourrais-tu nous indiquer le programme que tu nous as concocté ce matin ?

- Oui, volontiers. Déjà, je dois vous dire que j'ai le pressentiment que le début de l'offensive américaine n'est probablement plus qu'une question d'heures à présent.

- Comment peux-tu en être à ce point convaincu ? l'interrompt Shaina, en se rapprochant de lui pour indiquer qu'il retient toute son attention.

- A cause de deux éléments : l'agitation que j'ai pu noter chez les moudjahidines hier, et le fait que la plupart des soldats américains, qui se trouvaient auprès d'eux depuis des semaines, ont quitté subitement les lieux avant la tombée de la nuit. Il me semble évident que quelque chose d'important se prépare pour aujourd'hui.

- Nous faisons entièrement confiance à ton jugement, approuve le Sagittaire. Donc je t'en prie, continue.

- Merci Seiya. Ce qui me parait par contre plus compliqué à anticiper, ce sont les cibles qui seront choisies pour les premières attaques.

- Pourquoi parles-tu de cibles ? l'interroge la femme chevalier.

- Parce que je suis persuadé que les Américains vont initier leur offensive par des bombardements. Ils ne sont pas prêts pour une campagne terrestre, et ils voudront très certainement affaiblir les forces Talibanes avant de lancer une intervention au sol. »

Shiryu marque une pause dans ses explications, pour permettre à ses coéquipiers d'intégrer les premiers éléments qu'il vient de leur présenter. Puis il poursuit d'une voix sereine, et qu'il veut la plus pédagogique possible :

« Après, même si je ne peux être sûr de rien, je pense qu'ils vont très probablement viser Kaboul. Cela me semble assez évident. Et peut-être d'autres grandes villes du Sud et de l'Est, comme Kandahar ou Jalalabad.

- Et alors, que préconises-tu en ce qui nous concerne ? s'enquiert le gardien du neuvième temple en fronçant les sourcils.

- Je compte prévenir Aleix, pour que Vjeko et lui se préparent à venir en aide à la population civile de Kaboul et de ses environs. Ensuite, je partirai avec Hyoga pour Kandahar dans le Sud.

- Hyoga n'est plus en Sibérie ?

- Non. Il a justement rejoint nos deux jeunes chevaliers à Kaboul hier. Et, ensuite, il faudrait également alerter Ikki et Jabu dans l'Est.

- OK, pas de problème ! Je m'en charge ! Shaina, tu m'accompagnes ?

- Bien entendu ! acquiesce aussitôt l'Italienne.

- Parfait, alors tout est réglé ! », conclut le Saint de la Balance, visiblement satisfait par la nature de leur discussion.

Les trois chevaliers échangent encore quelques mots avant de se séparer, et de quitter leur refuge.

L'Ophiuchus regarde Shiryu s'éloigner, et jette un dernier coup d'œil au paysage qu'elle a eu la chance de pouvoir contempler depuis son arrivée dans la vallée.

« Shaina, tu viens ? Nous devons partir !

- Oui, j'arrive ! Mais je préfère te laisser un peu d'avance, sinon je risque de devoir ralentir pour ne pas te semer dans les montagnes.

- C'est ce que nous verrons ! » s'exclame le Sagittaire, en partant en courant.

La jeune femme ne peut retenir un sourire face au comportement puéril de son camarade. Seiya ne changera donc jamais, songe-t-elle ! Et elle se met à courir à son tour.

A cet instant, Shaina se sent heureuse, et ce sentiment la surprend. Car, s'il semble évident que son état d'esprit a tout à voir avec la certitude de retrouver Ikki très bientôt, elle sait aussi qu'elle va d'abord devoir gérer son escapade en tête à tête avec luiSon Sagittaire.

Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle ne ressent aucune appréhension. Comme si elle était certaine que tout se passera bien.

Et elle croit savoir d'où provient ce regain subit de confiance en elle. Cela vient du fait qu'elle a maintenant parfaitement conscience d'une chose, qui la rassure et la rend plus forte : elle aime Ikki profondément, et cet amour la protégera. Quoi qu'il arrive.


Sanctuaire, Grèce

June referme doucement la porte de la chambre, et s'aventure avec précaution dans le long couloir. Elle tient ses chaussures entre ses mains pour ne pas faire de bruit, et presse le pas pour regagner ses appartements le plus vite possible.

Elle arrive enfin devant sa porte, et se rue à l'intérieur. Elle jette aussitôt ses talons sur le sol, et se dirige vers la salle de bain. Elle allume la lumière, et ne peut s'empêcher d'observer son reflet dans le miroir.

Par Athéna, quelle sale tête elle a ! Elle a certainement besoin d'une bonne douche et d'un café bien serré, pour se redonner un peu d'allure avant de débuter la journée.

Mais elle ne peut également réfréner un sourire en songeant à l'origine des cernes qu'elle a sous les yeux… Et à cet instant, elle se sent bien. Parfaitement bien même. Pas tout à fait heureuse, il ne faudrait pas exagérer non plus, mais elle est libérée du poids qui oppressait sa poitrine depuis des semaines. Depuis qu'elle avait prononcé cette maudite phrase le jour de l'anniversaire de Shun et de l'attentat contre Massoud.

Et c'est bien à cause de cette humeur morose qu'elle vient une nouvelle fois de s'abandonner à la douceur et à la protection des bras de la Sirène…

A la suite de ses propres conseils, Sorrento est arrivé au Sanctuaire il y a tout juste une semaine. Et elle doit reconnaître que sa présence a immédiatement détendu l'atmosphère au sein du Palais.

Shun avait besoin de parler à quelqu'un d'extérieur, pour étendre ses perspectives, entendre un autre point de vue, et recueillir un avis éclairé. Et le Marina a parfaitement tenu son rôle.

Et quant à elle, elle avait simplement besoin de le voir lui. Car dès qu'elle a pu plonger son regard dans ses grands yeux améthyste, elle s'est sentie beaucoup mieux. Phénomène finalement assez étrange puisqu'elle le connaît assez peu. Quoique…

Et lorsqu'il a eu la gentillesse de jouer pour eux hier soir, toutes les tensions accumulées en elle ces dernières semaines se sont évaporées, absorbées par les sons de la flûte de la Sirène.

Il a joué un long moment, et Shun et elle ont été subjugués par sa musique. Ils n'ont d'ailleurs parlé que de cela au cours du dîner qu'ils ont partagé tous les trois. Le chevalier de la Vierge semblait particulièrement curieux d'en connaître davantage sur l'origine du talent de l'Autrichien, afin de comprendre comment et où il avait pu apprendre à jouer aussi divinement. Mais sans toutefois aborder le sujet de sa Dead End Symphony, car celle-ci, Shun l'avait bien assez écoutée par le passé…

Le dîner a été long, et fort agréable, chacun se laissant aller à la dégustation de plusieurs verres de vin. Même Shun ne s'était pas privé, visiblement encouragé par la musique et la présence de leur invité. Et ils ont parlé longtemps tous les trois, avant de finalement se séparer pour aller se coucher.

Mais June n'avait pas sommeil. Alors, c'est presque naturellement qu'elle est allée frapper à la porte du Général, qui n'a visiblement pas été surpris de la voir. Et il l'a invitée à entrer, bien entendu.

Ils se sont regardés plusieurs minutes, sans parler, comme si chacun d'eux attendait de voir ce que l'autre allait faire. Ou alors, simplement pour se donner le temps de s'imprégner à nouveau du visage de l'autre. Puis, sans se poser de questions, ils se sont embrassés. Et leur baiser a été long, interminable, leurs lèvres semblant insatiables, et incapables de se satisfaire. Comme si elles en demandaient toujours plus. Et de toute façon, ce baiser ne pouvait pas être suffisant, ni pour l'un, ni pour l'autre.

Sorrento l'a alors prise dans ses bras, pour la porter sur le lit. Puis il lui a fait l'amour, comme ça, toujours sans prononcer le moindre mot.

Et June s'est entièrement laissée aller au plaisir que le Marina lui a donné. Elle en a savouré chaque instant, chaque seconde, chaque caresse.

Elle a cru tout oublier, d'elle et des autres, lorsque ses mains ont effleuré ses seins, pour suivre ensuite les courbes de son dos jusqu'au creux de ses reins. Elle a cru perdre la raison quand ses doigts ont caressé ses cuisses, et qu'il les a ensuite lentement insinués en elle. Et elle a dû se mordre les lèvres pour ne pas crier quand il a pris possession d'elle, et qu'elle s'est abandonnée à lui.

Et elle sait qu'à ce moment-là, elle a finalement perdu le contrôle de son cœur et de son esprit. Plus rien n'avait d'importance, et plus aucun sentiment, ni aucune tristesse, ne pesaient sur ses épaules. Elle ne pensait qu'à l'homme qui était en elle, et qui lui offrait du plaisir, comme jamais elle n'avait connu auparavant. Et que cet abandon lui a semblé délicieux, apaisant. Libératoire.

Et après ça, ils ont commencé à parler, et ils ont parlé pendant des heures. Elle lui a tout expliqué, des mots qu'elle avait dits à Shun, de ses regrets de les avoir ainsi laissé échapper, et de sa peine de constater qu'il ne semblait y accorder aucune importance. En tout cas en apparence.

Sorrento l'a écoutée, sans l'interrompre, et l'a réconfortée, en répétant qu'il était persuadé que Shun ne pouvait être indifférent à ses aveux. Il en avait la certitude, car il pouvait percevoir, au moins en partie, le fond des pensées du chevalier d'Andromède. Il avait pu le faire lors de leur combat devant le Pilier de l'Atlantique Sud, et il le pouvait encore aujourd'hui.

Et ils ont ensuite refait l'amour, plusieurs fois, comme s'ils avaient été amants depuis longtemps, depuis toujours. Comme s'ils comprenaient chacun le désir de l'autre, devinaient la caresse qui serait la plus délicieuse, le baiser qui serait le plus exquis, la position qui les mènerait le plus certainement vers la jouissance.

June ne comprend pas ce qui lui arrive, et la nature des sentiments qui l'habitent. Comment peut-elle se sentir aussi bien avec la Sirène, alors qu'elle ne l'aime pas ? Ou alors, elle se trompe…

Oui, en repensant à la nuit qu'elle vient de passer, June doit reconnaître une chose : si elle sait parfaitement que son amour pour Shun est immense et lui sera éternel, elle ne sait pas ce qu'elle ressent pour Sorrento. Elle ne peut pas le définir.

Elle doit cependant accepter l'évidence : elle n'a plus le droit de dire qu'elle ne l'aime pas. Elle l'aime probablement, c'est certain finalement. C'est juste qu'elle l'aime d'une autre manière. Différemment. Et c'est précisément cette différence qui la soulage, et lui redonne envie de vivre, et de se battre pour que Shun soit heureux. Avec elle, ou sans elle. Cela n'a finalement pas une si grande importance.


Kaboul, Afghanistan

Vjeko attend debout les bras croisés, en regardant la ville en-dessous de lui. Tout est tellement silencieux aujourd'hui, et il n'aime pas cela. Il n'a jamais aimé le silence, car il sait ce qu'il signifie.

Il sait que le silence suit toujours les bombes, les tirs de sniper, les cris, la mort. Oui, il sait que c'est lorsque l'on n'entend plus rien, que ceux que l'on aime sont morts, et qu'on comprend alors qu'on ne les reverra jamais. Alors, il n'aime pas ce qu'il entend aujourd'hui sur Kaboul.

Il lève les yeux vers le ciel, et prend une profonde inspiration. Il perçoit les cosmos d'Aleix et de Hyoga approcher, et il part à leur rencontre.

Le Verseau les a rejoints depuis la veille, à la demande du Grand Pope qui pense vraisemblablement que la guerre va bientôt éclater. Et Aleix et lui ne peuvent que lui donner raison, tant la tension qui règne ces derniers jours sur la capitale afghane est palpable et grandissante. Les Talibans sont sur le qui-vive, et se défoulent en resserrant toujours plus l'étau de leur tyrannie sur les habitants.

Depuis qu'ils sont revenus à Kaboul, ils n'ont eu qu'un seul objectif : aider le plus grand nombre de personnes à fuir la ville. Il ne compte plus les allers-retours qu'Aleix et lui ont effectués entre la capitale et le Nord-Est du pays. Les montagnes de l'Hindou Kouch n'ont désormais plus aucun secret pour eux, et ils connaissent parfaitement le moindre de leurs sentiers.

Et ils sont aussi pleinement conscients de la nature des exactions commises par les bourreaux auxquels les habitants cherchent à échapper. Et maintenant qu'ils ont compris la nature des liens qui les unissent à ceux qui ont commis les attentats de New York, Vjeko doit chaque jour se concentrer davantage pour ne pas exterminer chaque combattant Taliban qui croise son chemin. Les flammes du Phoenix ne sont pas faciles à contenir, et il doit reconnaître qu'il n'y parviendrait probablement pas sans la présence du Capricorne.

Aleix est la seule personne qui réussisse à le calmer, d'un simple regard. Un regard qui lui permet de reprendre le contrôle sur sa colère et sur sa rage, même si parfois, il aimerait pouvoir laisser exprimer sa fureur …

A cette pensée, il serre les poings, et ferme les yeux pour tenter de percevoir le cosmos de son meilleur ami. Ce cosmos qui l'apaise, et dont il se sait dépendant.

Mais cette manœuvre n'est finalement pas nécessaire, car des bruits de voix tout proches lui font comprendre qu'il a déjà rejoint ses camarades.

« Salut Vjeko ! s'exclame le Capricorne.

- Salut les gars ! Alors, vous avez appris quelque chose ?

- Non, pas vraiment, répond Hyoga, si ce n'est que les Talibans sont effectivement sur les nerfs. Je crois que Shun a probablement raison : la guerre est imminente, et ces tyrans l'ont compris.

- Alors qu'allons-nous faire ? interroge le Phoenix.

- Nous devons nous préparer à venir en aide aux populations qui seront prises en otage par les combats, lorsque ceux-ci éclateront. Pour les protéger, et les aider à fuir.

- Et pourquoi ne pouvons-nous pas juste éliminer les Talibans nous-mêmes ?

- Parce que notre priorité est de protéger la population civile, et le reste n'a pas d'importance, rétorque le Verseau avec un accent glacé dans la voix.

- Mais Hyoga, je crois que ce que veut dire Vjeko, c'est que nous pourrions peut-être chercher à agir pour affaiblir les Talibans, tout en aidant les habitants par la même occasion, précise Aleix sur un air conciliant.

- Non. Notre seul objectif doit être de protéger les innocents, et rien d'autre. Shun a été catégorique à ce sujet, et je partage son sentiment. Fin de la discussion !

- Oui, bien entendu. Nous comprenons parfaitement, n'est-ce pas Vjeko ?

- Oui, oui, acquiesce le jeune Croate. Les ordres sont les ordres.

- Parfait. Alors, je vous propose de réfléchir à notre plan d'action, afin de nous tenir prêts à intervenir le plus rapidement possible, poursuit le Saint de glace.

- Non Hyoga ! Je crains que vous n'en ayez malheureusement pas le temps ! interrompt soudainement une voix familière.

- Shiryu ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ?!

- Bonjour Hyoga. Bonjour Aleix. Bonjour Vjeko. Je suis venu vous prévenir que l'offensive américaine est imminente, ce n'est plus qu'une question d'heures.

- Comment peux-tu en être aussi sûr ? s'étonne le Verseau.

- Crois-moi, j'ai mes raisons. Et si tu le désires, je te les présenterai en chemin, déclare le chevalier de la Balance.

- En chemin, mais comment ça ? Où comptes-tu nous emmener ?

- Toi et moi devons nous rendre dans le Sud. Et Vjeko et Aleix, vous resterez à Kaboul.

- Mais enfin Shiryu, pourrais-tu nous expliquer ce qui se passe, s'il te plaît ? le coupe le Catalan. J'aimerais comprendre.

- Oui, pardon, bien entendu. Je pense que les Américains vont bombarder Kaboul et plusieurs autres grandes villes du Pays, aujourd'hui ou demain. Et c'est pour cela que je veux que vous restiez ici, et que Hyoga vienne avec moi à Kandahar dans le Sud.

- Et les autres ? Que vont-ils faire ? Et où sont-ils ? Où est Seiya ? interroge Hyoga, en se rapprochant de son ami.

- Seiya et Shaina sont partis dans l'Est tout à l'heure, afin d'avertir Ikki et Jabu. Je pense que Jalalabad sera bombardée également, et les tirs risquent d'être plus soutenus dans cette région, étant donné la proximité des camps d'Al-Qaïda.

- Entendu, je comprends. Alors, mettons-nous en route ! Vjeko, Aleix : nous vous confions Kaboul. Veillez à tout mettre en œuvre pour secourir le plus grand nombre de personnes possibles.

- Nous y veillerons, approuve le Capricorne, en tournant son regard vers le Phoenix.

- Je n'en ai pas le moindre doute, Aleix ! J'ai confiance en toi ! » s'écrie Shiryu, en partant en courant.

Vjeko croise les bras sur sa poitrine, et observe ses ainés s'éloigner. Aleix s'approche de lui et se place à ses côtés.

« Tu crois que tout se passera bien ?

- Je n'en sais rien, Aleix. Je n'en sais rien du tout. »


Yomotsu Hirasaka

Jie-Hu est assis, il observe et il attend. Il fait cela depuis des heures. Il contemple les ombres des âmes mortes qui défilent devant lui, et il attend que l'une d'elle le regarde enfin. Mais elle ne s'intéresse pas à lui. Evidemment. Comment le pourraient-elles ?

Il finit par se lever, et se dirige d'un pas décidé vers le cortège macabre. Il veut s'approcher davantage, plus près, de plus en plus près. Il se fige à deux mètres de la colonne informe et grise, et se met à crier. Il hurle de toutes ses forces, sur ces pantins insignifiants et ridicules, qui avancent sans s'intéresser à lui.

Pourquoi personne ne s'intéresse à lui ? Pourquoi n'intéresse-t-il personne ?

Il se sent tellement seul. Son père est parti pour l'Afghanistan depuis plusieurs jours, et Aleix l'y a suivi à son tour. Dimitri est toujours coincé en Sibérie, et Acrisios est trop appliqué à prendre soin d'Hikari pour se préoccuper de lui. Seul Kiki semble lui prêter un minimum d'attention, mais celui-ci travaille à l'entretien des armures depuis deux jours.

Alors, le jeune Chinois est venu se réfugier dans le seul endroit où il se sent bien. Et cela fait près de vingt-quatre heures qu'il n'a pas vu la lumière du jour. Il n'a rien mangé ni bu depuis encore plus longtemps que cela, et il sent la fatigue l'envahir peu à peu.

Mais il ne veut pas partir. Il veut rester ici. Avec les ombres. Avec les morts.

Il cesse de crier, pour reprendre son souffle, et vérifier s'il est parvenu à provoquer une réaction chez ses compagnons de solitude.

Non. Rien. Pas un seul mouvement de tête. Pas le moindre petit sursaut.

Il s'approche alors davantage de la colonne de corps courbés et engourdis, à seulement quelques centimètres, et il se remet à hurler. Il hurle tellement fort que ses cris blessent ses tympans, et résonnent douloureusement dans sa tête. Il plaque ses mains contre ses oreilles pour se protéger, étouffer la douleur, et lui permettre de continuer à crier.

Et soudain, une réaction. Un corps, qui l'avait dépassé depuis plusieurs secondes déjà, se retourne, et pointe son index décharné dans sa direction. Et le corps qui le suit se retourne à son tour, ainsi que le suivant, et l'autre derrière lui encore. Tous se mettent à le regarder, et à le montrer du doigt. Jie-Hu est subitement pris de panique, avant de comprendre qu'il n'a rien à craindre. Il sait que les ombres ne lui feront aucun mal. Elles en sont incapables.

Il lève calmement son index au-dessus de sa tête, et commence à dessiner les cercles bleutés qu'il maîtrise si bien désormais. Et comme des animaux effrayés, les corps reprennent docilement leur macabre défilé, sans ne plus lui prêter la moindre attention.

Jie-Hu baisse le bras, et s'éloigne de la colonne de cadavres, avec un sourire ravi sur les lèvres.

...^...

Kiki pénètre à contrecœur dans le temple du Cancer. Il a toujours détesté cet endroit, depuis qu'il est gamin, et il sait que cela ne changera jamais. Mais il doit faire un effort, il n'a pas le choix. Car il sait que Jie-Hu se trouve ici, et ce qu'il peut ressentir au travers de son cosmos ne lui plait pas. Mais alors pas du tout.

Le petit a disparu des quartiers des apprentis depuis la veille, et personne ne l'a vu depuis. Le jeune Bélier l'a cherché partout, en vain, jusqu'à ce qu'il perçoive son cosmos au niveau de la quatrième maison. Il a alors tout de suite compris, et il s'en veut terriblement de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Et ce d'autant plus qu'il peut sentir que l'ennui, la solitude et le désarroi ont envahi l'esprit du petit garçon. Des sentiments qu'il sait certainement exacerbés par toutes les heures qu'il a passées seul à Yomotsu.

Kiki commence à explorer les couloirs sombres et froids, lorsqu'il entend des bruits de pas. Des bruits de tout petits pas, qui se rapprochent de lui, avant de s'éloigner subitement dans le sens opposé.

Jie-Hu a dû sentir sa présence, et il essaie de prendre la poudre d'escampette. Le jeune Tibétain se fige et ferme les yeux, pour se retrouver instantanément à la sortie du quatrième temple. Le petit Chinois lui rentre alors dedans, visiblement surpris de retrouver ainsi son ainé sur son chemin.

« Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ? Et surtout, d'où viens-tu ? interroge Kiki, d'une voix qu'il parvient à garder parfaitement calme et douce.

- Nulle part ! Je me promène, c'est tout, rétorque l'apprenti du Cancer.

- Enfin Jie-Hu, n'oublie pas à qui tu parles… Je sais très bien que tu ne me dis pas la vérité. Et je sais aussi parfaitement où tu te caches depuis près d'une journée.

- Je ne me cache pas !

- Alors, peux-tu me dire ce que tu fabriquais tout seul à Yomotsu ? »

Jie-Hu ne répond pas immédiatement, et lance un regard étonné à son inquisiteur.

« Comment sais-tu que j'étais à Yomotsu ?

- Parce cela me semble évident, Jie-Hu… »

Le jeune garçon fronce les sourcils, et laisse le silence s'installer, car il sait que celui-ci est le meilleur de ses alliés.

« Il n'y a que là-bas que tu te sens bien, c'est ça ? poursuit Kiki presque en chuchotant. Il n'y a que là-bas que tu te sens chez toi ? ».

Jie-Hu reste toujours silencieux, et baisse la tête, pour laisser ses longs cheveux noirs recouvrir son visage. Kiki s'accroupit alors pour se mettre à sa hauteur.

« Tu n'as pas à avoir peur. Tu peux me dire la vérité, je suis capable de comprendre. Tu sais, je connais la douleur de la solitude. Moi aussi quand j'étais petit, j'étais souvent livré à moi-même lorsque mon maître s'absentait.

- Vraiment ? répond le petit garçon en relevant la tête. Mais moi, je me sens tellement seul, toujours, même quand je ne le suis pas !

- Je sais.

- Sauf lorsque je suis à Yomotsu. Car je m'y sens bien.

- Je sais.

- Et personne ne me juge là-bas, car il n'y a que les ombres. Et les ombres ne me jugent pas.

- Mais enfin, pourquoi as-tu peur d'être jugé ? Personne ne veut te juger, Jie-Hu.

- Si…

- Mais pourquoi crois-tu cela ?

- Parce que je suis une mauvaise personne.

- Mais bien sûr que non !

- Si ! Je sais que c'est la vérité ! s'écrie le jeune Chinois. Car je suis le futur chevalier du Cancer, et je sais très bien ce que tout le monde pense de cela ! »

Kiki fronce ses points de vie, et plonge ses grands yeux bleus dans les yeux noirs du jeune apprenti.

« Ecoute-moi, Jie-Hu, murmure-t-il d'une voix douce et rassurante. Je peux te jurer que tu te trompes. Et tu sais pourquoi je suis tellement sûr de moi ?

- Non… hésite l'intéressé en sanglotant.

- Parce que c'est moi qui ai compris que tu étais destiné à la constellation du Cancer, et j'ai aussi pu percevoir combien tu étais bon et juste. Jie-Hu, tu m'entends ? Tu seras un très grand chevalier d'Or, et tu feras le bien autour de toi. Je t'en donne ma parole.

- Vraiment ?

- Oui, vraiment. Tu te sens mieux ?

- Je crois que oui.

- Alors, allons manger un morceau, veux-tu ? Tu dois être affamé.

- Oui, j'ai une faim de loup ! » s'exclame Jie-Hu en partant en courant, pour traverser à nouveau la maison du Cancer, mais sans s'y arrêter cette fois-ci.

Kiki regarde le jeune apprenti s'éloigner, avant de pénétrer à son tour dans le quatrième temple. Et tandis qu'il marche le long des couloirs de cette sinistre maison, il se sent envahi par un sentiment bizarre. La sensation d'être observé. De percevoir un souffle chaud et oppressant dans sa nuque. Un souffle malveillant et pressé de se rapprocher davantage. Le jeune Bélier intensifie son cosmos dans un réflexe de protection, et le souffle disparait.

Il presse alors le pas, pour sortir d'ici. Le plus vite possible.


Sud des montagnes de l'Hindou Kouch, Afghanistan

Shaina court en fixant les cailloux sur le chemin devant elle. Des pierres, des rochers, de toutes tailles, il n'y a que ça, à perte de vue, et ils ne voient rien d'autre depuis leur départ. Et pas le moindre buisson, pas le moindre arbuste, pas la moindre petite fougère, pour leur apporter un peu d'ombre. Elle sent le soleil cogner sur le haut de son crâne, et malgré les faibles températures régnant à cette altitude, elle commence à avoir chaud. De plus en plus chaud.

Ils atteignent assez rapidement le point le plus haut du sentier qu'ils arpentent, et débutent ensuite leur descente en direction du Sud. Ils devraient arriver à destination d'ici une trentaine de minutes, et elle sourit à l'idée de bientôt pouvoir retrouver Ikki.

Elle aperçoit alors le lit d'une rivière à une centaine de mètres plus bas, dont le bruit et la fraicheur finissent par arriver jusqu'à eux. Seiya s'arrête subitement devant elle, et elle doit initier une manœuvre de dernière minute pour ne pas lui foncer dessus.

« Qu'y-a-t-il ? Pourquoi t'arrêtes-tu comme ça tout à coup ?

- Tu n'as pas chaud ? Moi, je meurs de chaud !

- Si, et alors ? Nous aurons rejoint Ikki et Jabu d'ici une petite demi-heure, et je suis certaine qu'ils auront de quoi nous rafraîchir.

- Je n'attendrai pas jusque-là. Ecoute, toi, tu fais comme tu veux, mais moi, je fais une pause.

- Nous n'avons pas le temps, Seiya ! Nous devons prévenir les autres le plus vite possible. As-tu oublié ce que Shiryu nous a dit ?

- Non, mais nous ne sommes pas à dix minutes près. Et cette rivière me paraît idéale pour une petite baignade.

- Enfin, tu n'y penses pas ! Ce n'est pas le moment de faire trempette ! »

Mais le Sagittaire n'a visiblement que faire des injonctions de sa camarade, et descend déjà la petite pente qui mène au bord de la rivière. Il dépose la caisse de son armure à ses pieds, avant de commencer à retirer ses chaussures.

« Allez Shaina ! Détends-toi cinq minutes, et viens donc me rejoindre ! », lui crie-t-il en enlevant son T-shirt.

Cette dernière ne bouge pas, et regarde fixement devant elle, sans pouvoir détourner ses yeux de l'homme qui se déshabille quelques mètres plus bas. Elle ne sait plus quoi faire. Sa raison lui crie de continuer la route seule, pour aller retrouver Ikki, et surtout, pour ne plus être avec lui. Mais voilà, sa raison, elle doit admettre qu'elle ne semble plus tout à fait apte à l'écouter…

« Et tu n'as rien à craindre ! Je ne vais pas me mettre à poil devant toi ! Je vais me baigner en pantalon. »

Shaina sait qu'elle doit réagir. Elle ne peut pas rester comme ça, paralysée et muette, à le regarder comme une idiote. Et puis, c'est vrai qu'elle apprécierait certainement un peu de fraicheur…

« Bon, d'accord. Je t'accorde cinq minutes, et pas une de plus !

- Pas de problème ! Mais je dois t'avouer que je n'ai pas de montre ! » lance le Japonais en plongeant dans l'eau.

Il fait quelques mouvements de crawl, avant de se retourner vers elle, avec un grand sourire sur le visage.

« J'en étais sûr ! L'eau est super bonne ! Viens, tu ne le regretteras pas ! »

Shaina descend à son tour jusqu'à la rivière, et pose la caisse de son armure à côté de celle du Sagittaire. Elle défait les sangles de ses talons, retire ses jambières, et rentre dans l'eau sans retirer davantage de vêtements. Mieux vaut ne pas tenter le diable malgré tout…

Le contact de l'eau froide sur sa peau lui fait immédiatement un bien fou, et elle ne peut retenir un frisson de plaisir. Elle nage sur plusieurs mètres, en s'efforçant de ne pas le regarder. Car à cet instant, elle sait qu'elle en est incapable. Elle n'est donc que plus surprise lorsqu'elle reçoit une trombe d'eau en plein visage.

« Seiya ! Tu n'es vraiment qu'un sale gamin ! proteste la jeune femme, en tournant la tête sur le côté pour éviter les jets d'eau glacée que le Sagittaire continue de lui expédier à la figure.

- Allez, défends-toi ! Je t'ai connue plus agressive !

- Oh, attends, tu vas voir ! », rétorque-t-elle avant de disparaître sous l'eau.

Elle ressort à peine trois secondes plus tard, juste derrière son adversaire, et le coule d'un coup sec en appuyant sur ses épaules. Ce dernier finit par remonter à la surface, en toussant bruyamment pour éjecter l'eau qu'il vient d'avaler contre sa volonté.

« C'est bon. Je retire ce que je viens de dire ! Tu n'as rien perdu de ton agressivité ! ».

Shaina ne lui répond pas, et nage déjà vers la rive. Elle sort de l'eau, et s'assied sur un rocher pour se sécher au soleil.

« Voilà, maintenant il va falloir attendre de sécher avant de repartir !

- Ne t'inquiète pas, avec ce soleil de plomb, nous serons vite secs ! affirme l'ancien Pégase, en sortant de la rivière à son tour. Et au pire, nous repartirons encore un peu humides. Cela nous permettra de rester au frais sur la fin du parcours », ajoute-t-il avec un clin d'œil.

Il s'assied par terre juste en face d'elle, en appuyant ses bras en arrière, et lève le visage vers le ciel. Et juste avant de fermer les yeux, il sourit, d'un sourire éclatant et sincère, comme il ne l'avait plus fait depuis trop longtemps.

Shaina le regarde. Elle ne peut pas s'en empêcher. Son Sagittaire est là, tout près, à quelques centimètres, juste devant elle. Si proche qu'elle peut distinguer les goûtes d'eau qui ruissellent sur son torse et sur ses bras, et qui suivent lentement les contours de ses muscles si parfaitement dessinés. Si proche qu'elle peut voir sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration, toujours lente et régulière malgré l'effort qu'il vient de fournir. Si proche qu'elle est certaine de pouvoir deviner les mouvements imperceptibles de sa peau en écho aux battements de son cœur, et contre lesquels elle aimerait pouvoir se blottir… Même si elle sait qu'elle n'en a pas le droit. Aucunement. Certainement pas. Et qu'une partie d'elle-même, ne le veut pas.

Elle remarque alors la présence d'une cicatrice juste là, au-dessus de son cœur. Une cicatrice dont elle ne connaissait pas l'existence, et dont elle comprend aussitôt l'origine. L'épée d'Hadès. Il ne peut s'agir que de cela…

Perdue dans ses pensées, elle sursaute lorsque Seiya s'adresse à elle d'une voix claire et calme. Une voix dont la soudaine sérénité l'étonne, lorsqu'elle songe à l'extrême tension qui l'habite depuis près d'un mois.

« Shaina, je ne t'ai jamais remerciée d'avoir risqué ta vie pour moi dans le temple de Poséidon. »

Cette dernière sent son cœur se serrer dans sa poitrine. Comment peut-il lui dire une chose pareille, après tant d'années, et surtout, pourquoi maintenant ?

« Alors, poursuit-il en plongeant ses yeux dans ceux de la jeune femme, avant qu'il ne soit trop tard : Merci ! Merci d'avoir reçu l'une des flèches du Sagittaire à ma place, pour me protéger. »

Shaina sourit, mais ne lui répond pas. Elle n'en a pas la force.


Sanctuaire

Marine est assise sur un rocher, le coude appuyé sur son genou, et elle regarde son fils qui s'entraîne à une centaine de mètres d'elle.

Hikari est maintenant complètement remis de ses blessures, et il ne présente plus aucune trace physique de l'explosion, à l'exception de la cicatrice sur sa joue droite. Et elle se sent immensément heureuse de l'avoir retrouvé, et de pouvoir être à ses côtés, presque chaque jour.

A son grand soulagement, Shun n'a pas jugé nécessaire de la renvoyer à Kaboul avec Aleix et Vjeko, et de toute façon, elle a cru comprendre que Hyoga les avait rejoints là-bas hier. Il semblerait que la guerre soit sur le point d'éclater entre les Talibans et les Américains, et cette pensée l'inquiète, bien évidemment. Pour ce que cela implique, à l'égard de la population afghane et de ses frères d'armes qui se trouvent là-bas. Mais aussi parce qu'elle sait qu'il sera difficile pour son fils d'accepter de rester au Sanctuaire quand il aura compris la situation, et qu'il voudra sans aucun doute rejoindre Seiya le plus vite possible.

Des bruits de pas énergiques la tirent de ses réflexions. Camille vient d'arriver devant elle, et la salue avec un grand sourire sur les lèvres, en se tenant droite comme un i.

« Bonjour maître ! Je suis prête. Qu'attendez-vous de moi aujourd'hui ?

- Bonjour Camille. Aujourd'hui, j'aimerais que nous travaillions sur la maîtrise du cosmos. Je voudrais que tu cherches à l'intensifier au maximum, pour le percevoir au fond de toi, mais aussi dans chaque chose autour de toi. Et pour cela, il va falloir que tu te bandes les yeux.

- Pourquoi donc ?

- Parce qu'à ce stade de ton apprentissage, tes yeux sont encore un obstacle. Ils t'empêchent de voir l'essentiel, la source de vie de chaque être, l'explosion d'énergie de chaque vie, la vie qui anime chaque élément autour de nous.

- Entendu maître. Je crois que je comprends.

- Je n'en ai pas le moindre doute, Camille. Pas le moindre », répond la jeune femme sur un air convaincu.

...^...

Hikari ne peut s'empêcher de détourner les yeux dans la direction de sa mère. Celle-ci vient d'accueillir son élève, et elle semble lui expliquer le but des exercices de la journée.

A cet instant, il se sent parfaitement heureux, et fier. Fier que cette femme chevalier, forte et dévouée aux autres, cette femme qui n'a eu de cesse de former de nouveaux chevaliers, et de défendre leur Déesse, depuis de si nombreuses années, soit sa mère. Même s'il sait que les sacrifices qu'elle a dû commettre pour satisfaire à sa mission et à ses devoirs l'ont rendu profondément malheureux, lui, pendant si longtemps. Car aujourd'hui, il n'éprouve plus aucune peine, il n'a plus aucun doute, parce qu'il sait. Il sait qu'elle l'a toujours aimé, et qu'elle ne le quittera plus jamais.

Hikari sourit, et ne voit pas arriver le coup de pied de son ami, qui l'atteint en plein visage.

« Oh, pardon Hikari ! Mais, qu'est-ce que tu fabriques ? Je croyais que tu allais contrer mon attaque ! »

Le jeune Pégase se frotte le menton, et lance un regard amusé à son camarade.

« Tu m'as pris en traitre, Acri ! Je n'étais pas prêt ! rétorque le jeune homme, avec une mauvaise foi des plus flagrantes.

- Non, mais tu exagères ! Nous étions en pleine séquence d'attaques-défenses. Comment pouvais-tu ne pas être prêt ?

- Ça va, ça va… Je l'avoue, j'étais dans la lune, voilà !

- C'est ta tête. Tu as encore mal à la tête, c'est ça ?! s'inquiète l'apprenti des Gémeaux.

- Mais pas du tout ! Acri, arrête de me materner comme ça ! Je t'ai déjà dit que je n'avais plus mal à la tête. Alors il faut que tu cesses de m'emmerder avec ça !

- OK, c'est bon. Ne le prends pas sur ce ton ! Je me fais du souci pour toi, c'est tout.

- Eh bien, je t'ai déjà dit que ce n'était pas nécessaire ! »

Hikari plonge ses yeux dans ceux de son ami, et comprend qu'il vient de lui faire de la peine. Il poursuit alors sur un ton beaucoup plus conciliant et amical :

« Excuse-moi, Acri ! Je sais que tu t'inquiètes pour moi, et je t'en suis très reconnaissant. C'est bon ? On oublie ?

- Oui, on oublie ! Mais à une seule condition…

- Laquelle ?

- Que tu sois capable d'arrêter cette attaque-là ! » s'exclame le jeune Grec, en décochant une série de coups de poing à la vitesse du son.

...^...

Camille ne bouge pas, et tend les bras devant elle, les paumes tournées vers le ciel. Une aura dorée prend forme autour d'elle, et l'énergie qui s'en dégage enveloppe d'une chaleur bienfaitrice tout ce qui l'entoure.

« C'est bien Camille, c'est très bien », murmure le chevalier de l'Aigle à l'égard de son disciple.

« Essaie d'intensifier encore davantage ton cosmos. Je voudrais qu'il vienne à la rencontre du mien. »

Marine s'exprime lentement, les yeux fermés, et d'une voix extrêmement calme et douce.

Elle tend alors à son tour les bras devant elle, et perçoit très clairement le cosmos de son élève se rapprocher du sien. A cet instant, elle se sent envahie par une vague d'énergie bienveillante, une chaleur imprégnée d'amour et de bonté, qui ne semble rechercher qu'une seule chose : propager sa puissance et sa vie, pour rendre ceux qui l'entourent meilleurs et plus forts.

Marine ouvre alors les yeux et est émerveillée par ce qu'elle voit. Camille est enveloppée d'un halo de lumières multicolores et éclatantes, et son visage semble éclairé par un incroyable sentiment de joie et de bien-être. Et une petite rose rouge, éblouissante et magnifique, vient tout juste d'éclore sur le sol devant elle.

...^...

...^...

Sorrento avance entre les massifs de roses, qu'il touche du bout des doigts. Il sait que Shun se trouve dans le jardin de la maison des Poissons ce matin, et il a besoin de lui parler.

Car il a senti la détresse de June la nuit dernière, et il ne comprend pas pourquoi la jeune femme devrait endurer cette souffrance inutile. Cette douleur qui n'a aucune raison d'être, puisqu'il est convaincu que le chevalier de la Vierge partage les sentiments de la jeune femme. Il en a la certitude. Il l'a perçu dans son cosmos, et il l'a lu dans son cœur.

Et il ne supporte plus de la voir souffrir de la sorte. Alors, il veut comprendre. Comprendre pourquoi Shun ne lui avoue pas ce qu'il ressent pour elle et combien elle est importante pour lui. Et surtout, il voudrait pouvoir le convaincre de changer d'attitude, même s'il sait qu'il n'a rien à y gagner.

Mais cela n'a pas d'importance pour la Sirène. Il veut juste pouvoir lire sur le visage de June le bonheur qu'il parvient parfois à insuffler dans ses yeux. Lorsqu'il lui fait l'amour.

Il sent qu'il s'est attaché à elle, et qu'elle s'est attachée à lui. Il a conscience qu'elle le rend heureux, qu'elle le rend vivant, et qu'elle lui redonne envie de croire à l'idée du bonheur. Alors que c'est une idée qui l'avait quitté depuis longtemps…

Et puis aussi, bien évidemment, et c'est une évidence qu'il ne peut pas nier, il sait qu'ils se donnent du plaisir. Beaucoup de plaisir. Un plaisir immense, et qui grandit encore davantage à chaque fois qu'ils font l'amour. Il n'a jamais ressenti une chose pareille avec personne, avec aucun homme, ni aucune autre femme. C'est comme si leurs deux corps se connaissaient parfaitement, comme s'ils avaient toujours attendu de fusionner l'un avec l'autre. L'osmose entre eux est parfaite, et il aimerait pouvoir ne pas avoir à la briser.

Pourtant, il sait aussi qu'ils partagent tous les deux la plus belle des choses, un élément si précieux qu'aucun d'eux ne supporterait de perdre. Le plus pur des sentiments, pour la plus belle des personnes. Et cela aussi, il aimerait pouvoir ne pas avoir à le briser…

Il perçoit le cosmos doux et bienveillant de Shun à quelques mètres de lui, et celui-ci lui sourit dès qu'il croise son regard :

« Bonjour Sorrento ! Tu as passé une bonne nuit ?

- Oui, très bonne, merci. Et toi ?

- Oui. Je dois même t'avouer que je n'avais pas aussi bien dormi depuis des mois. Et je sais que c'est à ta musique que je le dois. Alors merci infiniment.

- Mais de rien ! J'ai moi-même éprouvé un immense plaisir à jouer pour June et toi. Et moi-aussi, je n'avais plus connu cela depuis longtemps.

- Alors, nous voici tous deux satisfaits, déclare le Japonais, en posant les mains à plat contre le banc où il est assis. Mais dis-moi, que me vaut la joie de pouvoir apprécier ta visite ?

- Je voudrais te parler, répond la Sirène. Je peux m'asseoir à tes côtés ?

- Oui, je t'en prie. Je t'écoute. Tu sais que tu as toute mon attention, comme toujours. »

Le Marina prend place sur le banc, et plonge son regard dans les grands yeux verts de son hôte. Il prend une profonde inspiration, et poursuit sans se laisser le temps de changer d'avis.

« Tu aimes June, n'est-ce pas ?

- Pardon ? balbutie le chevalier de la Vierge, en manquant de s'étrangler.

- Tu sais qu'elle t'aime. Elle m'a dit qu'elle te l'avait avoué le jour de ton anniversaire. Même si je suis persuadé que tu le savais déjà. Que tu l'avais toujours su. Alors, pourquoi ne lui dis-tu pas que tu partages ses sentiments ?

- Qu'est-ce qui te fait penser que c'est le cas ? murmure Shun, d'une voix redevenue impassible.

- C'est une question légitime que tu me poses, concède l'Autrichien. Et pour y répondre, je dois te faire un aveu. »

Sorrento cligne lentement des yeux, et s'accorde quelques secondes, pour réfléchir aux mots qu'il compte employer, et s'assurer du sens qu'il veut leur donner.

« Lors de notre combat devant le Pilier de l'Atlantique Sud, j'ai eu accès à tes pensées, grâce aux pouvoirs de ma flûte et de sa Symphonie Mortelle. J'ai alors pu lire dans le fond de ton esprit, et ce que j'y ai vu m'a ébloui, Shun. Car j'ai pu percevoir l'extrême bonté de ton âme, et la pureté de ton cœur, et cela m'a permis de comprendre combien je m'étais trompé. Avec Poséidon, comme avec le reste. Et depuis ce jour, je n'ai jamais voulu refermer cette porte que j'avais ouverte… »

Shun écoute son invité avec attention et stupéfaction, mais il ne répond pas. Il n'en a pas envie, et n'en est pas capable. Il laisse donc le Marina poursuivre, sans l'interrompre une seule seconde, mais en lui faisant comprendre, au travers de son regard, qu'il veut en savoir plus.

« … Parce que cela m'était impossible. Je ne voulais pas rompre ce lien qui m'unissait à toi. Jamais. Et au fil du temps, j'ai appris à le maîtriser, un peu plus chaque jour. Tant et si bien que j'ai tout de suite su qu'Hadès avait pris possession de ton esprit. Et j'ai cru mourir de douleur en percevant la souffrance dans laquelle cet état t'avait plongé. Et je sais que cela te hante toujours aujourd'hui… »

Sorrento peut voir des larmes apparaître sur les joues de Shun. Ce dernier ne cherche pas à les faire disparaître, et continue à l'écouter, en restant toujours silencieux.

« Et je sais aussi que, même si tu essaies de te convaincre que tu n'en as pas le droit, tu aimes June. Du plus profond de ton âme. Oh, elle n'a pas le monopole de ton amour, bien entendu. Car celui-ci est bien trop grand. Mais tu l'aimes, et je pense qu'il est temps que tu le comprennes, et que tu l'acceptes. »

Shun finit par essuyer les larmes sur ses joues, et parvient à articuler quelques mots pour répondre à ce qu'il vient d'entendre.

« Mais pourquoi me dis-tu tout cela ?

- Parce que je tiens à vous. A June, et à toi. Et je veux que vous soyez heureux », murmure la Sirène.

Shun cligne lentement des paupières, et ses longs cils balaient les dernières traces de larmes qui faisaient encore briller ses yeux. Sorrento sent la profondeur de ce regard vert le pénétrer, et il perçoit le début d'un sentiment de panique s'insinuer en lui. Il a peur de perdre le contrôle, lui qui dirige pourtant toujours tout, dans sa vie et dans sa tête. Et ce qui l'effraie encore davantage, c'est qu'il sent qu'il a envie de lâcher prise. Infiniment.

« Oui, je ne cherche que votre bonheur. Parce que je vous aime. Je t'aime toi, et je l'aime elle. Et j'en suis sincèrement désolé, car je sais que moi, je n'en ai pas le droit ».

Il avance alors doucement son visage vers celui de Shun, et dépose un baiser sur ses lèvres entre-ouvertes. Ce dernier ne réagit pas, ne fait pas le moindre geste, et garde ses grands yeux verts rivés dans les siens.

« A plus tard, mon ami. Et n'oublie pas de penser à ce que je viens de te dire. Tu dois avouer tes sentiments à June. Elle en a besoin. Beaucoup plus que tu ne crois. »

Et il part, sans se retourner. Et Shun le laisse partir, sans prononcer le moindre mot.

Il sait que Sorrento a raison. Il parlera à June. Il a compris qu'il le devait. Pour elle, et pour l'amour qu'il lui porte.

Mais il sent aussi que le chant de la Sirène l'a touché, encore une fois. Et cette fois-ci, il ne sait pas sur quels rivages cela le mènera…


Est de l'Afghanistan

Ikki relève subitement la tête. Il vient de sentir quelque chose. Quelque chose de sombre qui s'approche. Vite, très vite. Il se prépare à réagir, lorsqu'il a la surprise de percevoir le cosmos de Shaina.

La jeune femme est elle-aussi en train de se diriger vers eux, et il est pris de panique à l'idée qu'elle puisse rencontrer l'entité inconnue qu'il sent approcher. Puis soudain, la chose disparait, tandis que le cosmos bienveillant du Sagittaire surgit à son tour. Seiya apparaît sur la crête montagneuse juste en face, avec Shaina derrière lui. Il ne comprend pas ce qu'ils font là tous les deux, ni pourquoi il n'a pas ressenti le cosmos de son ami plus tôt. Mais il réfléchira à cela plus tard…

Il se tourne dans la direction de Jabu, qui s'entraîne quelques mètres plus bas, et lui crie :

« Eh, l'arachnide ! Ramène tes sales pâtes par-là, on a de la visite ! »

Jabu interrompt immédiatement ses exercices, et rejoint son camarade en courant.

« Qu'est-ce qu'il y a, encore, Ikki ?! Et, arrête de m'appeler l'arachnide, tu sais que cela m'insupporte !

- Regarde qui nous fait l'immense honneur d'une petite visite ! s'exclame l'ancien Phoenix, en hochant le menton dans la direction des deux nouveaux venus.

- Mais qu'est-ce qu'ils fabriquent ici ? Et où est Shiryu, je ne le vois pas avec eux ?

- Viens, suis-moi, on va vite en avoir le cœur net… »

...^...

Shaina aperçoit Ikki sur l'autre versant de la montagne, à une centaine de mètres d'elle. Il se dirige vers eux en courant, avec Jabu sur les talons. Elle sent son cœur s'emballer dans sa poitrine, et elle se concentre pour parvenir à réfréner l'envie qu'elle sent grandir en elle de se jeter dans ses bras.

Seiya accélère l'allure de sa course devant elle, et rejoint rapidement ses deux homologues dorés.

« Salut les gars ! Alors, vous êtes heureux de nous voir, j'espère ?!

- Mais qu'est-ce que vous fichez là ? réplique Ikki. Et pourquoi êtes-vous tout mouillés ?

- Alors ça, c'est clairement de ma faute, je dois l'avouer… J'ai voulu nous faire traverser une rivière pour arriver plus vite jusqu'à vous.

- Ah oui ? Pourquoi n'avez-vous pas simplement sauté par-dessus ? Mais peu importe ! Et qu'avez-vous fait de Shiryu ?

- On l'a laissé tout seul avec son sale caractère ! plaisante le Sagittaire.

- Je n'en doute pas… Mais tu permets que j'écoute la réponse de quelqu'un que je sais plus raisonnable et sensé ? poursuit le chevalier du Lion, sur un ton un peu irrité. Bonjour Shaina ! Peux-tu me dire ce que vous êtes réellement venus faire ici, s'il te plaît ?

- Bonjour Ikki ! Bonjour Jabu ! Oui, bien entendu. Nous sommes venus vous prévenir que les Américains allaient probablement bombarder les environs d'ici quelques heures. En tout cas, c'est ce dont Shiryu est convaincu, et je pense personnellement qu'il n'a probablement pas tort.

- Comment ça, bombarder ? s'étonne le Scorpion.

- Ben oui, Jabu, c'est la guerre quoi ! Avec des avions, des bombes, et tout ce qui va avec…

- Seiya, arrête avec tes remarques sarcastiques ! s'agace Shaina, en lançant un regard contrarié à son camarade. Cela n'a absolument aucun intérêt, et n'est en rien constructif !

- Oh là… On dirait que vous n'avez pas fait un très bon voyage tous les deux ! souligne Ikki, avec un sourire perspicace à l'encontre de son Italienne préférée.

- Si si, cela a été tout à fait supportable, précise la jeune femme. Enfin, si je fais abstraction de l'humour parfois douteux de ton ami…

- Bon, vous avez fini à la fin ! les coupe Jabu. J'aimerais comprendre un peu mieux ce qu'il se passe. Shaina, peux-tu nous en dire davantage, je t'en prie ?

- Oui, pardon… Evidemment… Donc, je disais : Shiryu pense que les Américains vont lancer leur offensive contre les Talibans d'ici ce soir, ou demain au plus tard. Et il est persuadé qu'ils vont commencer en bombardant plusieurs grandes villes du Pays. Kaboul, bien entendu, mais aussi Kandahar au Sud, et Jalalabad ici. Il nous a donc demandé de venir vous prévenir.

- Et lui, où se trouve-t-il ?

- Il s'est rendu à Kaboul pour avertir Vjeko et Aleix, et récupérer Hyoga pour partir vers le Sud avec lui. Et avant que vous ne me posiez la question : non, Hyoga n'est plus en Sibérie. Il est arrivé à Kaboul hier, à la demande de Shun.

- Et justement, quels sont les ordres de mon cher frère ?

- Ils sont très clairs et fort simples : protéger les populations civiles, et uniquement cela. Le reste n'a pour l'instant aucune importance, répond l'Ophiuchus, en jetant un regard déterminé à ses camarades.

- Donc, j'imagine que cela veut dire que nous n'aurons pas le droit de briser quelques bras et quelques jambes, rétorque Ikki, avec un haussement d'épaule résigné.

- Evidemment que non, Ikki ! Tu connais ton frère… renchérit le Sagittaire. Il ne faut pas interférer avec l'Histoire… ni avec le libre arbitre… blablabla…

- Bon, ça suffit, Seiya ! s'offusque le Scorpion. Ma pauvre Shaina, je te plains sincèrement d'avoir dû supporter cet énergumène pendant tout votre trajet jusqu'ici !

- Non, vraiment, cela n'a pas été si terrible… Il s'est même tenu parfaitement tranquille à vrai dire.

- Ok, ok, j'ai compris… interrompt celui qui fait l'objet de toutes ces critiques. Je vous promets d'arrêter avec mes allusions déplacées. Nous savons tous que les décisions de Shun sont toujours justes et légitimes, et qu'elles reflètent parfaitement les volontés de notre Déesse. Et il a bien entendu raison de nous demander de nous concentrer sur la protection des habitants. Rassurez-vous, j'en ai parfaitement conscience, et il est hors de question que je remette en cause quoi que ce soit.

- Alors, nous sommes d'accord. Et les choses me paraissent tout à fait claires à présent, se réjouit Jabu. Tu n'es pas d'accord avec moi, Ikki ?

- Si, je le suis, bien entendu, approuve l'intéressé. Allez, suivez-nous. Maintenant que vous êtes ici, venez-donc jeter un œil au petit nid douillet dans lequel nous avons trouvé refuge.

- Si tu parles de ce trou à rats dans lequel je dois me battre avec les cafards et les araignées, alors vous n'allez pas être déçus ! s'exclame le Scorpion.

- Tiens donc ! Un arachnide qui a peur des petites bêtes ! On aura vraiment tout vu !… », se moque le Sagittaire, en marchant à la suite de ses camarades.

...^...

Shaina sort de l'abri de fortune dans lequel Jabu et Ikki ont élu domicile depuis plusieurs semaines. C'est vrai que cet endroit est terriblement crasseux et lugubre. Mais rien d'étonnant quand on connaît le manque d'attrait du chevalier du Lion pour le ménage et le rangement. Il parait donc assez évident que la cohabitation avec le Scorpion doit être extrêmement difficile, étant donné la maniaquerie de ce dernier en ce qui concerne l'ordre et la propreté… La jeune femme ne peut retenir un sourire amusé à cette pensée.

Le soleil de cette fin d'après-midi est doux et agréable, et Shaina laisse ses rayons réchauffer la peau de son visage. Elle ferme les yeux, et se concentre sur ce que Jabu et Ikki viennent de leur apprendre, au sujet des camps d'Al-Qaïda qu'ils observent depuis leur arrivée ici.

Elle sent alors deux bras l'enlacer, et elle soupire au contact de ce corps qu'elle n'en pouvait plus d'attendre.

« Alors ma belle, comment vas-tu ? Tu sais que tu m'as terriblement manqué ? murmure Ikki à l'oreille de l'Italienne.

- Tu m'as manqué toi aussi », répond cette dernière en se retournant pour l'embrasser.

Ikki sent une décharge parcourir son échine, et sourit avec bonheur en réaction à cette étreinte électrique.

Il prend le visage de Shaina entre ses mains, et l'embrasse à son tour. Il caresse ses lèvres lentement du bout de sa langue, puis part à la rencontre de son homologue, qui la frôle déjà délicatement. Il poursuit ainsi son baiser pendant de longues secondes, avant de reculer sa bouche, non sans déclencher un râle de mécontentement chez sa tentatrice.

Il descend alors sa main pour saisir celle de Shaina, et enlace ses doigts entre les siens. Il penche la tête pour approcher ses lèvres de son oreille, et lui murmure avec une excitation notable dans la voix :

« J'ai envie de toi. Viens avec moi, s'il te plaît ».

La jeune femme accepte la proposition de son amant en esquissant un sourire, et le suit, sans prononcer un mot.

Ikki l'entraine dans un coin, à l'abri des regards derrière un amas de rochers. Il la plaque contre l'un deux, et reprend ses baisers.

« J'ai pensé à toi nuit et jour, poursuit-il. Et je rêve de cet instant depuis des semaines. »

Shaina ne répond pas, elle n'en a pas la force. Elle laisse son amant prendre possession d'elle peu à peu, et se laisse envahir par la douceur de ses caresses. Elle sent ses mains parcourir son corps, comme si elles le touchaient pour la première fois. Elle sent ses doigts effleurer sa peau, et chacun de ces contacts la brûle et la dévore.

Ikki passe alors une main entre ses cuisses, et écarte le tissu qui le gêne. Il frôle l'intimité qu'il sait n'attendre que lui, et la caresse doucement. Il prend son temps, pour savourer chaque instant, et s'assurer du plaisir qu'il veut donner à la femme qu'il aime.

Celle-ci soupire à chacun des mouvements des doigts qu'elle sent en elle, et avance son bassin pour accentuer encore davantage ce délice qui la noie. A son tour, elle plaque sa main entre les jambes de son compagnon, et commence à masser le membre qu'elle sent gorgé de désir. Elle fait glisser ses doigts dans le pantalon, et poursuit ses caresses sur la peau durcie, lentement, délicatement.

Les deux chevaliers savent qu'ils ne pourront pas s'arrêter là, et ils n'en ont de toute façon pas envie. Et peu importe qu'ils ne soient pas seuls. Peu importe qu'ils soient en mission. A cet instant, aucun d'eux ne se préoccupe de cela, et ils comptent bien profiter du peu de temps qu'il leur reste. Pour s'aimer. Encore, et encore.


Kaboul

Aleix ne peut détacher son regard de la ville qui disparaît peu à peu dans la nuit. Il commence à la connaître, et presque à l'apprécier. Car malgré la souffrance et la terreur qui habitent chacune de ses rues, beaucoup des personnes qui vivent ici sont remplies d'amour, et n'aspirent qu'à une seule chose, simple mais essentielle : retrouver la paix.

Vjeko arrive derrière lui, et place ses bras autour de sa taille.

« Tu as l'air bien inquiet.

- Evidemment que je le suis. Tu ne l'es pas, toi ?

- Si, enfin non. Je sais que nous allons vivre des moments difficiles, Aleix, mais je ne suis pas inquiet.

- Comment fais-tu ?...

- C'est parce que tu es auprès de moi. Et je sais donc que, quoi qu'il arrive, tout ira bien. Parce que nous sommes ensemble.

- J'aimerais avoir les mêmes certitudes.

- Tu les aurais si je t'avais sauvé comme tu m'as sauvé. »

A ces mots, le Phoenix dépose un baiser dans le cou du Capricorne, avant de se séparer brusquement de lui.

« Viens avec moi, veux-tu ?

- Où ça ?

- Je voudrais te montrer quelque chose ».


Est de l'Afghanistan

Jabu s'impatiente devant le semblant de cabane qui leur sert d'abri. Seiya est parti faire un tour depuis une bonne trentaine de minutes, et Shaina et Ikki ont disparu depuis deux heures. Il ne se fait pas de souci pour ces deux-là. Il a une idée très précise de ce qu'ils peuvent bien fabriquer… Par contre, il se demande où est passé le Sagittaire, et surtout, ce qu'il peut être en train de faire…

Ce dernier finit par le rejoindre, et il a l'air contrarié.

« Ikki n'avait pas tort tout à l'heure…

- De quoi parles-tu ? s'enquiert aussitôt le Scorpion.

- J'aurais moi-aussi bien volontiers brisé quelques bras et quelques jambes …

- Mais, où étais-tu ? Ne me dis pas que tu reviens du camp d'Al-Qaïda?

- Bien évidement que je suis allé y jeter un œil ! Et ce que j'ai vu m'a profondément mis sur les nerfs…

- Comme si tu avais besoin de cela, Seiya !

- Qu'est-ce que tu veux dire par là, Jabu ?

- Non rien, laisse tomber !

- Non, je t'en prie, s'il te plait, approfondis ta pensée ! insiste le gardien du neuvième temple.

- Eh bien, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que tu n'es pas vraiment dans ton état normal en ce moment.

- Vas te faire foutre, Jabu !

- Ah tu vois ! C'est précisément ce que je voulais dire…

- Et alors ? Je n'ai pas le droit d'être en colère contre cette bande de lâches qui s'attaquent à des innocents ? Tu crois que ce n'est pas légitime ?

- Si, bien entendu. Mais comme Shun et Saori ne cessent de te le répéter, il faut que tu canalises ta rage, et que tu parviennes à la contenir à l'intérieur de toi. C'est ton devoir de chevalier !

- Ah, laisse-les où ils sont ces deux-là, s'il te plaît !

- Non, tu dépasses les bornes, Seiya ! Tu es mon ami, et je te respecte, mais là, je ne peux pas t'écouter sans rien dire ! C'est de notre Pope et de notre Déesse que tu parles ! L'aurais-tu oublié ?

- Non, je n'ai pas oublié… Evidemment, excuse-moi, poursuit le Sagittaire, en reprenant son calme. Tu as raison. Je sais que vous avez tous raison. Et ne t'en fais pas, je vais tout arranger.

- Oui, je l'espère. Je l'espère sincèrement », conclut le Scorpion, en plongeant son regard dans celui de son ami.

A cet instant, des bruits de voix se font entendre à quelques mètres en direction de la montagne, et Ikki et Shaina apparaissent devant eux. Seiya les regarde avec un sourire espiègle sur le visage, et s'adresse à eux sur un ton amusé :

« Ah ben quand même ! Qu'est-ce que vous fabriquiez, vous deux ?

- Ce ne sont pas tes affaires, rétorque le chevalier du Lion.

- Effectivement, ce ne sont pas mes affaires. Mais ce qui me concerne, en revanche, c'est que Shun nous a confié une mission, et qu'il serait bon de l'honorer…

- Seiya n'a pas tort, acquiesce le gardien de la huitième maison. Mais, ce qui compte, c'est que vous soyez là désormais. Allez, venez manger un morceau, je viens justement de terminer la préparation du dîner.

- Oh, merci, monsieur le cordon bleu ! ajoute Ikki, sur un ton ironique.

- Oui, merci Jabu, je suis affamée ! reconnaît l'Ophiuchus, avec une réelle gratitude.

- Heu, Shaina, ne te réjouis pas trop vite… Car je dois dire que la cuisine de notre cher arachnide laisse franchement à désirer ces temps-ci…

- Eh bien Ikki, si tu n'es pas satisfait, je te laisserai volontiers t'en occuper la prochaine fois !

- Non, non. Tes petits plats me conviennent parfaitement… Et je ne suis pas difficile, ajoute-t-il, en faisant un clin d'œil.

- Bon, assez bavardé. Allons manger, s'il vous plaît, car j'ai vraiment une faim de loup ! » conclut le Sagittaire.


Environs de Kaboul, 21h00

Le Capricorne est profondément touché par la beauté de ce qu'il a la chance de contempler. Comment un tel endroit peut-il se trouver ici, au milieu de la peur et de la tyrannie ?

Il a suivi son compagnon le long d'un chemin escarpé, qui les a menés dans un petit village à quelques kilomètres à l'Est de Kaboul. Ils l'ont traversé, sans rencontrer personne, à l'exception d'une fillette qui jouait avec une poupée sur le palier de sa maison. A la sortie du village, ils ont emprunté un autre sentier remontant vers la montagne. Ils l'ont suivi sur un peu moins de cinq cents mètres, jusqu'à atteindre une petite cascade.

Et le spectacle qui s'est alors offert à lui l'a ébloui, et l'éblouit encore.

Les eaux de la cascade captent parfaitement le reflet de la lune, dont le dernier quartier éclaire la nuit d'un halo légèrement bleuté. Cette faible lumière illumine la surface de l'eau, pour la recouvrir d'une multitude de petits diamants, que le courant semble vouloir disperser et faire disparaître.

« C'est magnifique, Vjeko. Comment as-tu trouvé cet endroit ?

- Lors de l'une de mes patrouilles. Je savais que cela te plairait. J'ai passé de longs moments ici ces derniers mois. Et à chaque fois, je n'avais qu'une seule chose qui occupait mon esprit. Une seule pensée qui m'obsédait, chaque jour davantage.

- Laquelle ?

- Toi, évidemment… »

Le Phoenix s'approche de la cascade, et regarde droit devant lui, les yeux rivés sur le reflet de la lune à la surface de l'eau.

« Aleix, je crois que tu n'as pas encore réellement compris ce que tu représentes pour moi…

- Vjeko, je…

- Non, laisse-moi continuer, s'il te plaît. »

« Tu es mon univers, Aleix. Mon Soleil. Tout tourne autour de toi. Je l'ai compris depuis le premier jour où tu es entré dans ma vie, il y a presque dix ans. Au début, j'ai essayé de croire que je souhaitais seulement être ton ami, puis j'ai vite su que ce n'était pas de cela que j'avais envie. Mais j'ai voulu faire semblant. Faire comme si tout ce que je ressentais pour toi n'était que de l'amitié. Une amitié un peu exclusive, je te l'accorde, mais qui semblait te convenir. Et pour moi, c'était cela le plus important. »

« Et puis, il y avait notre apprentissage, nos maîtres respectifs qui nous menaient la vie dure, enfin surtout en ce qui me concerne… Et nos armures, pour lesquelles nous avons dû traverser tant d'épreuves. Jusqu'au jour où nous avons pu enfin les revêtir. Oh, Aleix, si tu savais ce que j'ai ressenti le jour où je t'ai vu revenir avec ton armure ! … J'ai voulu tout te dire ce jour-là, mais je n'en ai pas eu le courage. J'avais trop peur de tout gâcher, de perdre ton amitié. »

« Et ensuite, il y a eu tout ce temps où nous avons fait équipe, tous les deux. Seuls le plus souvent. Et j'ai cru devenir fou de ne pas pouvoir te parler, et de devoir garder mes sentiments à l'intérieur de moi. Alors j'ai essayé de tout effacer, de t'oublier, et c'est pour cela que j'ai couché avec cette fille, chez moi, en Croatie. Mais cela n'a pas marché. Bien au contraire. J'ai même compris à ce moment-là que je ne pourrais jamais ressentir pour quelqu'un d'autre ce que je ressentais pour toi. »

Le Phoenix se retourne, pour faire à nouveau face à son compagnon. A son meilleur ami, qu'il aime de toute son âme.

« Aleix, est-ce que tu comprends ce que j'essaie de te dire ?

- Je crois que oui.

- Je t'aime Aleix. Je t'ai toujours aimé, et j'ai la certitude qu'il en sera ainsi pour toujours ».

A cet instant, un bruit assourdissant se fait entendre dans le ciel au-dessus d'eux, suivi d'un sifflement strident, insupportable. Et une terrible explosion, à moins de cinq cents mètres.

« Par Athéna, le village ! » s'écrient les deux chevaliers, en partant en courant.


Sanctuaire, Grèce

Shun avance dans le long couloir du Palais, perdu dans ses pensées, comme toujours. Il marche d'un pas convaincu et déterminé, car il sait enfin ce qu'il doit faire. Sorrento l'a aidé à comprendre, comme souvent.

Il va parler à June. Il le doit. Il le veut. Vite. Avant qu'il ne change d'avis…

Soudain, encore cette impression froide et vide, identique à celle qu'il a ressentie de si nombreuses fois ces dernières semaines. Encore cette douleur insoutenable qui lui martèle le crâne. Il s'arrête, et plaque ses mains contre le mur de pierres, froid et gris. Il appuie sa tête contre la paroi, et ferme les yeux.

La guerre en Afghanistan vient de commencer, et les premières bombes ont déjà tué. Des innocents. Des enfants.

Il déploie son cosmos au maximum, bien au-delà des limites du Domaine Sacré et de la Grèce, pour atteindre celui de ses frères d'arme qui se trouvent là-bas. Il veut leur faire comprendre qu'ils doivent agir, vite. Pour protéger l'Humanité, comme toujours. Mais cette fois-ci, c'est contre elle-même qu'ils devront la protéger. Et de cela, il ne sait pas s'ils en seront tous réellement capables.


Sud de l'Afghanistan

Hyoga cesse de courir subitement, et se tourne vers son camarade.

« Tu l'as senti, toi aussi ?

- Oui ! Les premières bombes viennent de tomber sur Kaboul.

- Et Shun, tu as perçu ce qu'il a cherché à nous dire au travers de son cosmos ?

- Oui. Et nous devons y répondre ! Vite, dépêchons-nous, avant que les avions n'atteignent Kandahar ! »

Shiryu repart et accélère sa course, pour essayer d'intervenir sur ce qu'il sait être déjà inévitable.


Est de l'Afghanistan

Seiya s'excuse auprès de ses amis, et quitte le refuge où ils viennent de terminer de dîner. Il a besoin de prendre l'air.

Il lève les yeux vers le ciel, et cherche du regard sa constellation. La constellation de Pégase. Il n'a pas encore rompu les liens qui l'unissent à son ancienne armure, et il sait qu'il ne le pourra jamais. Même si c'est son propre disciple qui la porte aujourd'hui… Le fils de son propre maître…

Parce qu'il éprouve le besoin de se sentir sous sa protection, encore, et malgré tout. Et il sait aussi que c'est au travers de cette armure que subsiste le lien qui l'unit toujours à lui. Car, depuis les temps mythologiques, seul le chevalier Pégase a été capable de le toucher, de le blesser. Lui et aucun autre être humain …

Ainsi plongé dans ses réflexions, Seiya ne se rend pas compte qu'il glisse une main sous son T-shirt. Il ne sent pas qu'il la touche du bout des doigts. Il ne prête pas attention au fait qu'elle ne le fait plus souffrir. Et il ne voit pas que le contact de sa cicatrice sous son index fait apparaitre un sourire imperceptible sur ses lèvres.

« Alors Seiya, qu'est-ce que tu fais ? Tu admires les étoiles ?

- Salut Shaina, je ne t'ai pas entendu arriver. Oui, comme tu peux le voir, dit-il, en replaçant sa main le long de son buste.

- Et que cherches-tu à y voir ?

- Je n'en sais rien, Shaina. Rien du tout. »

A ce moment, un éclair lumineux, rouge comme le feu, traverse le ciel légèrement à l'Est de leur position. Il s'abat sur le sol, et une explosion retentit sur les parois des montagnes qui les entourent. D'autres éclairs, strictement identiques, suivent ce premier assaut, conduisant aux mêmes effets dévastateurs.

Ikki et Jabu se précipitent à l'extérieur de leur refuge, et lèvent les yeux vers le ciel.

« Cette fois, on y est ! Les Américains ont lancé les hostilités, s'exclame l'ancien Phoenix.

- On dirait bien, rétorque Seiya, d'une voix presque glaciale.

- Alors vite, dépêchons-nous ! s'écrie le Scorpion, en partant en courant. Nous devons nous assurer qu'aucun civil n'a été touché par cette attaque ! »

Ikki part aussitôt à la suite de son homologue doré, sans vérifier si les autres le suivent à leur tour.

Avant de se mettre à courir, Shaina se retourne vers son Sagittaire.

« Alors, qu'est-ce que tu attends ? Tu n'as pas l'air très pressé de vérifier que personne n'a été blessé ?

- A vrai dire, non, je ne le suis pas. Car j'ai la conviction que ces sales lâches n'ont que ce qu'ils méritent !

- Peut-être que tu as raison, Seiya. Probablement même. Mais comment peux-tu être certain qu'aucun innocent n'a été touché par erreur ?

- Je n'en sais rien, Shaina. Rien du tout », répond-il, en commençant à courir.

Et tandis qu'il rattrape ses camarades, pour mener à bien la mission que Shun leur a confiée, Seiya prononce une phrase entre ses lèvres. Des mots qu'il sait destinés à lui-seul.

« Oui, je n'en sais rien, Shaina. Mais cela a-t-il vraiment de l'importance ?... »


A suivre…


Merci de m'avoir lue… J'espère que cela vous a plu…


(1) Shiryu est né le 4 octobre.