Ron avait eu raison. Il était passé à deux doigts de se faire tuer par Hermione, et avait dû transplaner pour échapper aux griffes de Ginny. Il s'était alors réfugié au Ministère, là où il savait que ni l'une ni l'autre ne pouvait entrer et venir le chercher. Il s'était rendu au Bureau des Aurors, où il avait apporté la nouvelle à Ospicus – qui devait maintenant prendre de la Pimentine toutes les heures pour soulager ses cordes vocales – puis était retourné à son bureau.
Le jeune Auror avait réglé le niveau de son fauteuil au minimum pour que personne ne puisse le voir sans passer la tête par-dessus les murs de son box. Moore lui avait demandé de se concentrer sur l'enquête de l'attaque de Ste-Mangouste car ils n'avaient aucune idée du lieu où les Vampires détenaient Harry. L'hôpital magique était, pour le moment, leur seule piste pour remonter jusqu'aux ravisseurs.
« Ne t'en fais pas Weasley ! Ils ne lui feront rien, lui avait assuré son chef d'équipe.
— Comment pouvez-vous en être aussi sûr ? avait-il demandé, inquiet
— Pour une très simple raison : il s'agit de Harry Potter ! Les Vampires vont vouloir le garder en bon état car il peut leur servir de monnaie d'échange…
— Que voulez-vous dire ?
— Le Ministre fera tout ce qu'il faudra pour le libérer, y compris relâcher les rares Vampires que nous avons capturés. Il mettra également tout en œuvre pour retrouver le sceptre contre la vie de Potter.
« Si les Vampires l'ont enlevé, c'est parce qu'ils en sont au même point que nous : ils ne savent pas où sont partis les Mangemorts, avait avancé Moore. Ils vont donc essayer de l'interroger également, en partant du principe qu'il est bien informé.
— Mais c'est faux ! avait protesté Ron. Il n'en sait pas plus que nous !
— Je le sais, et ils le découvriront bien assez tôt.
— Et que vont-ils faire en attendant de le découvrir ? Le torturer ? »
Son supérieur l'avait regardé longuement avant de se détourner. Ron était inquiet, plus qu'il ne l'avait jamais été depuis la chasse aux Horcruxes. Il essaya de recouper les témoignages des sorciers présents dans le hall de Ste-Mangouste, pour tenter de savoir comment les Vampires étaient arrivés puis repartis.
Visiblement, ils avaient utilisé le réseau de Cheminette mais étaient repartis par le côté Moldu. Un des sorciers présents – un ancien de la Brigade de Police Magique et né de parents Moldus – avait essayé de les suivre discrètement, mais les avait perdus au « port-en-l'air » d'Heathrow. Vraisemblablement, les créatures magiques étaient parties vers une destination inconnue par « avyon ».
Selon le sorcier, le corps de Harry avait été transporté dans la soute avec les autres valises. Le sorcier s'était renseigné et avait appris que les Vampires étaient partis pour un pays d'Europe centrale. Selon la Moldue qui lui avait gentiment répondu, Harry avait été enregistré comme un corps à rapatrier pour des funérailles.
Le témoignage était assez technique et si Ron ne vivait pas avec Hermione depuis cinq ans, il n'aurait absolument rien compris. Il reposa le lourd dossier, puis se cala dans son fauteuil, regardant le plafond du Bureau des Aurors.
Les Vampires avaient décidé de rentrer chez eux ni par des moyens non magiques, mais moldus, ni par des moyens propres à leur espèce, mais au milieu d'humains. Autrement dit, ils s'étaient fondus dans une masse constituée uniquement de personnes différentes en tous points d'eux… Un éclair se fit dans l'esprit de Ron.
Il venait de réaliser quelque chose, une chose qu'ils avaient tous négligée, car supposée comme aberrante, impossible. Et pourtant, c'était la seule solution qui pouvait tout expliquer. Mais avant de faire part de sa découverte, il devait vérifier son intuition. Ron se leva, attrapa sa cape puis sortit du Ministère.
Harry avait toujours mal. La douleur s'était atténuée, mais son corps était encore tout engourdi. Il réussit à cligner des yeux plusieurs fois. La lumière était encore trop violente et il les garda entrouverts pour s'y habituer. Sa vue était redevenue à peu près normale, juste quelque peu brouillée, il mit cela sur le compte de l'engourdissement.
Il ouvrit de plus en plus ses yeux, commençant à réaliser qu'il se trouvait toujours au même endroit, dans la même position… Ce fut alors qu'il se rendit compte qu'il n'avait plus aucune blessure, comme si toutes celles que les Vampires lui avaient infligées n'avaient jamais été reçues. Il remarqua également qu'il portait des vêtements, ses vêtements. Il distingua la silhouette de Kontschak face à lui et devina que celui-ci l'observait avec intérêt. Il ne perçut cependant aucune autre silhouette dans la pièce, toujours aussi… rouge.
Harry ouvrit grand les yeux d'un coup et s'en voulut presque immédiatement. Il avait devant lui le spectacle le plus macabre qu'il n'ait jamais vu. Bien au-delà de tout ce qu'il pouvait imaginer. L'autel de marbre était désormais recouvert de sang, une masse informe de chair et d'os reposant en son centre. Higgs avait complètement été réduit en charpie, son corps n'était reconnaissable que par la cape imbibée de sang qui gisait sur le sol.
Les murs de la pièce étaient, eux aussi, recouverts d'éclaboussures de sang par endroit, ainsi que le plafond. Le sol, quant à lui, était couvert d'organes, de fragments d'os, de cervelle et sans doute de fluides gastriques et intestinaux. Il y avait aussi des muscles littéralement déchirés ou écrasés comme s'ils avaient été battus. D'autres avaient même explosé.
Harry détourna le regard de ce spectacle atroce, essayant de se concentrer sur son tortionnaire. Ce dernier tenait dans ses mains un petit objet rond et rouge et Harry vit avec horreur qu'il s'agissait du cœur, qui continuait à battre. Kontschak s'avança vers lui, plaça le cœur juste sous son nez, puis l'écrasa d'une pression de la main. Le cœur vola en éclat, aspergeant Harry de muscles et de ses dernières gouttes de sang. Le Roi des Vampires essuya sa main à l'aide d'une serviette, après s'être débarrassé des derniers morceaux qui étaient restés collés sur sa main. Puis, il se tourna vers le jeune Auror et déclara :
« Voilà ce que votre impertinence aura coûté, réprimanda-t-il. Une vie humaine, encore jeune et pleine de ressources. J'ai réussi à vous faire épargner, mais je n'ai pu aider votre ancien camarade.
— Dites… plutôt… que vous… que vous êtes… un… un assassin ! » haleta Harry.
Kontschak ne répondit pas, se contentant de le regarder. Puis il lança un dernier regard sur les restes de l'ancien Attrapeur. Harry fut surpris de découvrir dans le regard d'ambre, de la peine, voire même de la répugnance. Le Roi des Vampires se détourna du spectacle macabre et fixa Harry droit dans les yeux.
« Je crois, Harry Potter, que nous devons avoir une petite conversation avant d'entamer les choses plus sérieuses, décréta-t-il. De toute évidence, vous ignorez tout de notre Royaume. Je pensais que je n'aurais pas à faire cela, mais si je ne vous informe pas des raisons qui me poussent à agir ainsi, nous allons courir droit à notre perte à tous.
— Je… je suis… toute… ouïe, articula difficilement Harry, d'une voix extrêmement faible.
— Je ne vais pas passer par quatre chemins : le sceptre de Mulcahy garantit la pérennité de notre peuple ainsi que celle de votre espèce, révéla le Roi des Vampires.
— Je… je vous demande pardon ? »
La phrase de Kontschak n'avait absolument aucun sens aux yeux de Harry. En quoi ce sceptre, dont il n'avait presque jamais entendu parler – il se rappelait l'avoir lu dans les notes interminables d'Hermione lorsqu'il révisait l'Histoire de la Magie pour ses BUSE –, mis à part récemment, pouvait avoir une telle importance dans sa vie ?
« Le sceptre est un vieil artefact magique qui garantit une certaine forme de paix entre nos deux mondes, développa le ravisseur.
— Je… je vois mal… en quoi… un vieux… bout de bâton… peut faire ça, confia le jeune sorcier.
— Connaissez-vous seulement l'histoire de ce sceptre ? Son origine ? s'enquit Kontschak.
— N… non, avoua Harry.
— Ce qui expliquerait bien des choses », murmura le Roi des Vampires pour lui-même. « Commençons donc par le commencement. Vous devez sans doute avoir entendu parler de la Grande Guerre des Vampires qui sévit entre nos peuples durant les vie et viie siècles ?
— Vaguement, répondit Harry. Je me souviens juste que les conséquences ont failli décimer l'Europe entière.
— Exactement, approuva Kontschak. Nos peuples, pour une raison officiellement inconnue, sont entrés en guerre.
— Vous… vous avez dit « officiellement inconnue » ?
— Oui, car officieusement, la raison est parfaitement connue, assura la créature magique. Du moins, vos archives doivent sûrement la citer, mais aucun de vos dirigeants ne doit la connaître. Vos historiens ont lancé des théories les plus folles à ce sujet, sans savoir que la vérité avait seulement été camouflée.
— Quelle est cette vérité ? interrogea Harry.
— Officiellement, et comme vos historiens l'ont décrit, le sceptre de Mulcahy est une offrande de votre Communauté au Roi des Vampires, Klothar Waltherus Mulcahy.
— Et officieusement ? demanda Harry.
— Il est la raison de la guerre. Le sceptre de Mulcahy, tel qu'il est nommé depuis plus de dix siècles, existait avant sous le nom de Sanguini Cordis. Il s'agit d'une des sept Reliques de l'Ancien Temps, au même titre que le Voile de la Mort, le Miroir du Riséd, la fontaine de Jouvence, le Magatama, le Sangréal et l'épée de Godric Gryffondor…
— Je vous… demande pardon ?
— Les Reliques de l'Ancien Temps. Sept objets aux pouvoirs magiques extraordinaires…
— Et que se passe-t-il si on les réunit ? s'inquiéta Harry qui sentit un mauvais pressentiment monter en lui.
— Que voulez-vous qu'il se passe ? se moqua Kontschak. Encore une des idées préconçues des humains, toujours à vouloir voir une quête là où i n'y en a pas. Il ne se passe rien si vous réunissez ces sept objets, à part que vous pouvez profiter de leur pouvoirs.
— Je croyais que ce n'était qu'une légende ! fit remarquer le jeune Auror.
— Eh bien vous aviez tort, objecta le Roi des Vampires.
« Ces Reliques existent bel et bien, car il me semble que vous en avez côtoyé plusieurs. Le Voile de la Mort, qui permet le passage entre les Royaume des Morts et celui des Vivants, se trouve dans votre Département des Mystères, à Londres, et est jalousement gardé par votre Ministère.
« Le Miroir de Riséd, qui permet d'obtenir le désir le plus cher que nous ayons au fond du cœur, a été caché par Albus Dumbledore dans l'une des innombrables pièces de Poudlard, après avoir été gardé jalousement par des sorciers vaudou d'Australie.
« L'épée de Gryffondor, capable de trancher tout ce qu'elle coupe et réputée indestructible, se trouve elle aussi à Poudlard, ou à Gringotts, selon les périodes.
« Le Sangréal, dont le contenu apporterait une force et intelligence, est caché jalousement dans un lieu inconnu, au Moyen-Orient.
« La fontaine de Jouvence se trouve quelque part en Amérique du Sud et le Magatama est conservé au Japon.
« Et enfin le Sanguini Cordis, qui apporte immortalité et pouvoir absolu, a été donné aux Vampires avant d'être volé par les sorciers. »
Harry écoutait les révélations de Kontschak sans vraiment comprendre… Il n'avait jamais entendu parler de cela, Hermione ne lui en avait jamais touché un mot. Et il était sûr qu'elle aurait volontiers étalé son savoir à propos de l'épée de Gryffondor ou du Miroir.
« Je n'ai jamais entendu dire que l'épée de Gryffondor était une relique…
— Elle est aussi connue sous le nom Caledfwlch. Elle a été forgée il y a des millénaires par les gobelins. Il s'agit de leur meilleur ouvrage jusqu'à maintenant. Elle appartenait habituellement au roi des gobelins, jusqu'à ce qu'elle soit offerte à Godric Gryffondor, qui la plaça dans son célèbre Choixpeau. Sa réelle identité a depuis longtemps été oubliée.
— Et cette histoire du sceptre… Un objet qui donne immortalité et pouvoir absolu… Ça m'étonne que Voldemort n'aie pas essayé de se l'accaparer, pointa le jeune sorcier.
— Parce que, contrairement à vous, Harry Potter, Tom Jedusor savait parfaitement que ce n'était qu'une légende, objecta le Roi des Vampires. Comme chacun des objets.
« Le Voile permet en effet le passage d'un monde à l'autre, mais il ne peut s'effectuer qu'une seule fois : un mort ne peut pas revenir à la vie et un vivant qui le franchit ne peut que mourir. Le Miroir de Riséd ne permet pas d'obtenir mais de voir ce que l'on désire le plus au monde. L'épée de Gryffondor n'est pas indestructible, ni ne coupe toutes les matières. Elle absorbe ce qui la renforce, comme toute épée de gobelin.
« Le Sangréal ne donne ni la force, ni l'intelligence. Il contient seulement une des potions les plus dangereuses au monde, surtout depuis qu'un Mage de Lumière, connu sous le nom du Yehoshua, y a versé son sang. La fontaine de Jouvence n'apporte pas jeunesse éternelle, mais ralentit considérablement votre rythme de vie, encore plus que si vous deveniez Vampire. Le Magatama est le seul objet à avoir été utilisé par plusieurs sorciers en tant qu'Horcruxe, lui conférant divers pouvoirs afin d'éviter sa destruction.
« Et enfin, le sceptre a été forgé par les tout premiers Vampires. Il leur confère une vie rallongée, ce qui explique que nous vivions plus longtemps que les humains. Et nous arrivons également au point que je voulais aborder : le Sanguini Cordis permet de contrôler nos pulsions meurtrières. Il dispose également d'une propriété inconnue par les sorciers : il a reçu un Sortilège Protéiforme, lui permettant d'adopter toutes les formes souhaitées par son possesseur. Cette caractéristique est généralement utilisée pour le dissimuler. »
Harry regarda le Roi des Vampires, totalement estomaqué. Que tous ces objets aient existé, il pouvait le concevoir. Qu'ils aient ces pouvoirs légendaires, il pouvait l'admettre. Mais que les Vampires aient créé un objet pour contrôler leurs pulsions meurtrières, ça il ne pouvait pas le comprendre.
N'était-ce pas pour leur soif de sang humain qu'ils étaient réputés ? N'était-ce pas ce liquide rouge, synonyme de vie, qui leur conférait tous les pouvoirs qu'on leur attribuait ? La raison pour laquelle ils étaient craints par tous les humains, sorciers ou Moldus, du monde ? Et puis, Harry avait toujours eu comme idée que les Vampires avaient besoin de ce sang pour vivre… Pourquoi s'empêcher d'en prendre ?
« Vous comprenez… que vos déclarations sont… assez… difficiles à croire ? prévint-il.
— C'est la raison pour laquelle nous avons cette discussion, Harry Potter, expliqua Kontschak. Je me dois de vous éclairer sur certains points. Que ne comprenez-vous pas ?
— Vous… vous me dites que le but du sceptre est… est de contrôler vos pulsions meurtrières ? répéta Harry d'une voix faible. Cela me paraît… Ce n'est pas vraiment… Ça va à l'encontre… de tout ce qu'on m'a dit.
— Cela vous paraît étrange que les Vampires se soient eux-mêmes décidés à tenter de trouver un moyen de contrôler leurs pulsions ? Pourtant c'est la vérité. Et c'était vital, révéla le Roi.
— Vital ? nota le jeune sorcier.
— Oui, confirma son ravisseur, car contrairement à ce que vos connaissances vous font croire, les Vampires n'ont pas besoin du sang humain pour vivre. Au contraire, il est extrêmement toxique et mortel à trop forte dose. Et pourtant, il s'agit sans aucun doute de la substance que nous apprécions le plus.
— Le sang est mortel pour les Vampires ?
— Le sang humain, corrigea Kontschak. C'est comme si votre Bièraubeurre était votre poison le plus fulgurant.
« Mon peuple en a effectivement besoin pour vivre, du moins pour exister. Tous les types de sang peuvent être utilisés, mais ils ont un goût et des propriétés différentes. Et comme tout être vivant, chaque Vampire a des goûts qui lui sont propres.
« Tous les types de sang n'ont pas la même efficacité pour nous donner notre force et nos pouvoirs, expliqua le Roi. Chacun d'entre nous se nourrit de celui qui allie meilleur goût et apport d'énergie maximum. Pour ma part, rien ne vaut le Pygargue à queue blanche… un délice à chaque gorgée. Un animal très noble, difficile à trouver et à attraper.
« Mais le sang humain, lui, est tout simplement irrésistible, se délecta-t-il. Son goût est unique dans le monde animal et il s'agit de la proie la plus palpitante à chasser. Sans doute à cause du fait que nous ayons été autrefois humains pour la plupart d'entre nous, il est également celui nous fournissant la plus grande force, boostant nos pouvoirs.
« Après un repas à base de sang humain, un Vampire devient invincible – même face à ses semblables – pendant une journée entière… S'il survit bien entendu.
— S'il survit ? » s'intrigua Harry.
Kontschak se tourna vers lui et le regarda intensément, avant de partir à nouveau dans ses pensées. Harry ne comprenait qu'une infime partie de ce que lui disait le Roi des Vampires, mais il en comprenait suffisamment pour savoir que ce n'était rien de bon.
« Le sang humain a un immense pouvoir, un pouvoir sans commune mesure, s'extasia la créature magique. Tant de haine, tant de violence, à côté desquelles se trouvent tant d'amour et de bonté. Il est, sans aucun doute, le plus maléfique de tous les sangs – avec celui des loups-garous, mais celui-ci n'est-il pas en partie humain ? –, mais également le plus pur.
« Un mélange des plus paradoxal vivant dans une parfaite harmonie. Il est le sang parfait. Du point de vue d'un Vampire bien entendu, ajouta-t-il avec un sourire vers Harry.
— Vous n'avez pas répondu à ma question, s'impatienta celui-ci. Pourquoi un Vampire ne survivrait-il pas s'il venait à prendre du sang humain ?
— Rares sont les choses qui peuvent tuer un Vampire, Harry Potter, confessa Kontschak. La vieillesse, bien sûr, mais celle-ci nous affecte beaucoup moins que vous. Un Vampire vivra l'équivalent de dix vies humaines avant de s'éteindre. C'est ainsi que notre défunt Roi Rosenkranz s'est éteint à un âge honorable de presque huit cent soixante cycles1. Mais certains d'entre nous vivent plus d'un millier de cycles…
— Les Vampires ne sont donc pas immortels ? s'étonna Harry.
— Non, nous vivons très longtemps, confirma le Roi. L'âge auquel nous sommes devenus Vampire est important.
« Un humain qui se transforme en Vampire alors qu'il allait mourir vivra rarement plus d'un cycle supplémentaire. Notre organisme vit simplement au ralenti par rapport au vôtre, il n'est pas exempt de tous vos défauts. C'est ainsi que certaines maladies peuvent aussi tuer un Vampire, généralement les plus graves. Il y a le soleil également, mais aussi la potion présente dans le Sangréal et quelques venins extrêmement puissants.
— Mais on a réussi à en tuer certains d'entre vous en leur enfonçant un pieu dans le corps.
— C'est exact, concéda Kontschak. Une autre façon de nous tuer est de provoquer des dommages à notre organisme. Un pieu peut faire l'affaire, mais c'est une légende Moldue. Il faut seulement nous enfoncer un objet suffisamment résistant pour percer notre peau.
« Les samouraïs japonais, dotés de leurs katanas, sont des ennemis valeureux et redoutables pour notre race. Les crocs des loups-garous, ainsi que ceux des Nundus et les crochets d'Acromentules sont également parmi les rares objets pouvant nous blesser physiquement.
« La magie n'a aucun effet sur nous, ou du moins pour les sortilèges les plus mineurs. Notre puissance magique est tellement plus grande que les plus inusables de vos sorts ne peuvent pas nous atteindre. Seul l'Avada Kedavra peut nous être fatal, dans de rares cas, ou le Feudeymon, correctement exécuté.
— C'est-à-dire ? interrogea Harry.
— C'est-à-dire qu'uniquement nos enfants peuvent être tués par le Sortilège de la Mort, confessa Kontschak. Les adultes sont généralement assommés quelques secondes. Je vous l'ai dit, Harry Potter : peu de choses peuvent nous tuer. Et parmi elles, il y a le sang humain.
— Comment le sang humain peut-il vous tuer ? s'interloqua le jeune Auror.
— Nous l'ignorons actuellement, avoua en toute franchise le Roi des Vampires. Il est possible que notre corps reconnaisse ce liquide qui lui donnait vie autrefois. Il est possible que cette reconnaissance soit un choc si violent pour lui, nous donnant tellement de force et de pouvoirs d'un seul coup, que notre organisme – pourtant des centaines de fois plus résistant que le vôtre – ne peut le supporter. Et il craque.
« J'ai vu plusieurs de mes amis se nourrir du sang humain et devenir complètement fous quelques heures plus tard. Les plus fragiles d'entre nous meurent en moins d'une heure. Seul le Roi Mulcahy a réussi à tenir plus d'une journée. En réalité, il a même résisté pendant quelques centaines de cycles. Cependant, à sa mort, la folie engendrée par son pouvoir fut telle qu'il répandit, sans le vouloir, une terrible maladie sur toute l'Europe et faillit la faire disparaître.
— Pourtant, vous m'aviez dit qu'il avait le sceptre, fit remarquer Harry.
— Il a mordu le sorcier qui le possédait à cette époque afin de le récupérer. Nous ne savons pas comment il a survécu si longtemps. »
Kontschak s'arrêta de nouveau quelques instants, son esprit vagabondant dans des souvenirs si lointains que Poudlard ne devait même pas encore être fondé.
« Le Sanguini Cordis sert donc à préserver notre peuple de notre soif de sang humain à l'aide d'un sortilège de l'Imperium perpétuel sur son possesseur, qui ne peut être que le Roi des Vampires. Les sorciers nous l'ont volé à plusieurs reprises, dans l'espoir de réussir à nous contrôler ou à cause de la légende qui l'entourait. Votre soi-disant bienfaiteur, Merlin, l'a ainsi subtilisé lors de la Grande Guerre pour en accentuer les effets sur nous.
« Votre Mage Noir Grindelwald l'a également dérobé, avant de commettre l'affront de le donner aux Moldus. Heureusement, votre Ministère a fait du Sanguini Cordis sa priorité et nous l'avons rapidement récupéré.
« Seul le Roi est affecté par ce sortilège, tant qu'il a le Sanguini Cordis en sa possession. Et nos lois sont très strictes à ce sujet : tous les Vampires doivent suivre le régime de leur Roi.
— Mais comment pouvez-vous le faire respecter ? s'enquit Harry.
— C'est dans la magie de nos morsures, révéla Kontschak. Et dans la composition de notre peuple. Les Vampires ne se reproduisent généralement pas entre eux. En réalité, seule la famille royale a la capacité de se reproduire et de donner naissance à des bébés Vampires.
« Et comme l'enfance d'un Vampire est longue, fastidieuse et douloureuse, les humains transformés en Vampires ne peuvent pas avoir d'enfants. Ils ne sont pas adaptés pour en concevoir. Lorsque nous mordons un humain, nous lui transmettons également l'obéissance à la famille royale. Cette magie reste forte et incontournable tant que le Roi des Vampires possède le sceptre. Mais elle s'affaiblit si la Relique nous est volée.
— Et les membres de la famille royale, comment ils font pour résister à la tentation s'ils ne sont pas mordus ? interrogea le jeune sorcier.
— Par l'éducation, informa la créature magique. Nous seuls savons la dangerosité du sang humain. Son réel pouvoir. Nous apprenons dès le plus jeune âge à ne pas goûter au sang humain. C'est pour cela que je n'essaye pas de vous mordre à l'heure actuelle.
« De plus, l'obéissance absolue à notre Roi est marquée dans nos gènes. Pour le faire passer auprès de la population, nous répandons la rumeur que le sang humain est maudit. C'est ainsi que nous préservons notre peuple, et le vôtre par la même occasion, car il ne fait aucun doute que si nous étions guidés par nos pulsions, nous vous aurions tous exterminés depuis des milliers de cycles.
« Cependant, avec l'absence du Sanguini Cordis, c'est de plus en plus difficile, les Vampires prenant de plus en plus conscience d'eux-mêmes et se laissant plus facilement portés par leurs pulsions, se lamenta le Roi. Et le sang humain étant le sang le plus attrayant, mon peuple va se faire un plaisir de vous chasser et de mordre à pleines dents dans votre corps si fragile.
— Vous avez pourtant envoyé vos hommes vous battre contre nous, glissa Harry. C'est prendre un sacré risque si ce que vous me dites est vrai.
— Je suis le Roi des Vampires, Harry Potter. Mon devoir est de préserver mon peuple. Et je considère qu'un petit sacrifice pour sauver le plus grand nombre est un sacrifice acceptable. De plus, cela ne fera que renforcer la malédiction qui porte sur votre sang. »
Kontschak s'arrêta. Il se leva et commença à s'éloigner de son prisonnier, observant le massacre qui avait sévi dans la pièce. Harry se demandait si des Vampires avaient goûté au sang de Higgs, s'ils étaient déjà morts dans d'atroces souffrances. La cape du sorcier était la seule chose qui était restée reconnaissable. Le sang avait commencé à sécher. L'odeur était toujours aussi forte, mais le jeune sorcier commençait à en faire abstraction. La créature magique se retourna subitement vers lui, son regard ambré plus étincelant que jamais.
« Maintenant que vous comprenez l'importance de cet objet pour nos deux peuples, je pense que vous saisissez l'importance de le retrouver au plus vite, convint-il. Je vous repose donc la question une nouvelle fois : où se trouve le Sanguini Cordis ?
— Je l'ignore, assura Harry. Si vous me laissez partir, je ferai tout pour le retrouver. Je ne vous suis d'aucune utilité à rester ici à répondre à des questions dont je ne connais pas la réponse. Laissez-moi partir !
— Harry Potter, votre sang nous est peut-être mortel, mais je vous garantis que nous ne voyons aucun mal à massacrer vos semblables, menaça Kontschak.
— Je ne sais rien, s'entêta le sorcier.
— Peut-être avez-vous besoin d'un nouveau stimulus, proposa la créature. Notre prochain prisonnier devrait vous rendre plus coopératif. Elle aussi une joueuse de premier ordre à ce qu'on dit…
— VOUS NE FEREZ AUCUN MAL À GINNY ! explosa Harry. SI VOUS LA TOUCHEZ, JE VOUS… JE VOUS… VOUS LE…
— Trêve de paroles. Que l'on exécute la prisonnière dans sa cellule ! Vous devriez la connaître, il s'agit de Katie Bell. »
Harry sentit son corps rater un battement. Ginny avait toutes les protections nécessaires chez elle et, si besoin, elle pouvait se rendre rapidement au Terrier. Mais Katie, elle, n'avait aucune protection. Elle était à la merci d'une attaque chez elle.
« ATTENDEZ ! beugla Harry NE FAITES PAS ÇA ! JE VOUS PROMETS ! JE NE SAIS RIEN !
— Nous montrerons son corps – ou ce qu'il en restera – à notre invité.
— Je sais que vous mentez, vous ne pouvez pas l'avoir capturée ! attesta le jeune sorcier. Elle est en sécurité…
— Nous avons pourtant réussi à subtiliser Harry Potter dans un lieu rempli d'Aurors du Ministère, rappela Kontshcak. Alors je pense qu'une jeune femme seule chez elle ne devrait nous poser aucun problème quant à sa capture. »
Et avant que Harry n'ait pu faire quoi que ce soit, un cri terrible, un cri de femme, retentit dans le lieu où il se trouvait. Le cri semblait venir d'un des étages inférieurs et se répercuta sur les murs, produisant des échos plus terribles encore. Harry perçut également des cris de jubilation, qui remplacèrent très vite les cris de terreur. Ces-derniers disparurent au bout de quelques secondes.
La panique l'envahit, l'effroi, la culpabilité… Tout se mêla dans ses entrailles pour former un poids si lourd qu'il s'étonna de ne pas les voir se déverser devant lui. Il était déjà responsable de deux morts, dont Katie… Non, ça ne pouvait pas être Katie, c'était impossible.
Mais n'a-t-il pas lui-même avoué qu'il avait réussi à te capturer sous le nez des Aurors ?
C'était sans doute du bluff, rien ne le prouvait.
Tu es Harry Potter, tu étais gravement blessé. Tu crois qu'on t'aurait laissé seul dans la situation actuelle ?
Ron devait être présent, son meilleur ami n'avait pas pu le laisser seul. Ginny l'y aurait forcé.
« La réponse, Harry Potter, ou c'est votre ami rouquin qui y passe ensuite, avertit son tortionnaire. Puis ce sera au tour du Ministre de la Magie en personne. Et si vous persistez dans cette voie, je me ferai un plaisir de vous dépecer moi-même.
— Je… je ne sais pas, insista Harry, la panique le submergeant totalement.
— Très bien… Que l'on…
— ATTENDEZ ! NE FAITES PAS CA ! supplia le jeune homme.
— La réponse, exigea Kontschak imperturbable.
— Je… Ce sont les Mangemorts qui ont le Sceptre.
— Nous avons déjà éclairé ce point. Où sont-ils ?
— Nous ne le savons pas, certifia le sorcier. Nous… nous avons essayé de les capturer dans un village, mais ils ont réussi à franchir nos barrières de protection », expliqua Harry, soudain assailli par l'adrénaline.
« Nous savons qu'ils sont arrivés en Irlande, mais nous avons perdu leur trace. Nous essayons depuis de les retrouver ! Je vous jure ! » assura-t-il avec toute la conviction dont il disposait. « Nous savons qu'ils sont partis, mais nous ne savons pas où ! S'il vous plait… Ne leur faites rien… Je vous ai dit la vérité. »
Le Roi des Vampires s'approcha de lui, se pencha devant lui et plongea son regard ambre dans l'émeraude profond de son prisonnier. Harry ne sut pas ce qu'il avait vu, mais lui était sûr d'y avoir vu de la satisfaction.
« Comme je vous l'ai déjà dit, Harry Potter, je sais quand on me ment, argua la créature magique. Et heureusement pour vous, vous venez de me dire ce que j'attendais de savoir, la vérité. Ce n'était en somme toute pas si difficile que cela n'est-ce pas ? Dommage que cela ait dû coûter une vie humaine…
— Une vie humaine ? s'éberlua Harry.
— Oui. Il n'y a jamais eu de prisonnière, c'était du bluff, révéla Kontschak. Quant à Terrence Higgs, ce ne sont pas ses restes que vous voyez là. Votre ancien camarade repose dans sa cellule, essayant de guérir de ses blessures. Ce que je ne garantis pas. Non, cela appartient à un Moldu qui a eu le malheur de s'approcher de notre domaine. Un certain Dracula si j'ai bien compris. »
Kontschak se retourna, s'apprêtant à sortir. Mais avant que Harry n'ait pu lui dire ce qu'il pensait de ses méthodes, il sombra dans l'obscurité la plus totale.
Ron exultait. Il avait eu raison sur toute la ligne. Son intuition avait été la bonne et, cette fois-ci, il avait été le seul à l'avoir eue. Il venait d'envoyer un hibou express à Ospicus pour l'informer de sa découverte et un autre pour prévenir Hermione qu'il rentrerait plus tard que prévu. Lorsqu'il arriva au Bureau des Aurors, le Directeur l'attendait de pied ferme à l'entrée. Il tapait du pied d'un air impatient en voyant la silhouette allongée du jeune Auror.
« Alors Weasley, qu'avez-vous découvert ?
— Je sais où sont partis les Mangemorts ! exulta-t-il. J'ai pu retracer leur voyage de Little Hangleton jusqu'à leur destination, où ils se trouvent actuellement.
— Comment ?
— C'est l'enlèvement de Harry qui m'a donné l'idée, confia Ron. Les Vampires ont utilisé des moyens Moldus pour repartir chez eux. Comme nous n'avons aucune trace magique des déplacements des Mangemorts depuis l'Irlande, j'ai supposé qu'ils avaient fait pareil.
— Les Mangemorts, se fondre dans les Moldus ? s'intrigua Ospicus, sceptique.
— Les Vampires l'ont bien fait, rétorqua le jeune rouquin, pourquoi pas eux ? De toute façon, ma théorie est la bonne, car en suivant la piste moldue, j'ai pu retrouver des traces magiques de leurs déplacements de façon très précise.
— Et où sont-ils allés ?
— Aux États-Unis d'Amérique », dévoila Ron en tendant une liasse de parchemin.
1 Un cycle chez les Vampires est à la période durant laquelle un Vampire peut ne pas se nourrir sans éprouver la sensation de manque. Cela correspond à une année terrestre.
