Chapitre 15 : Un aveu sincère
Point de vue : Oni
J'ai passé toute la nuit éveillé, à chercher chaque détail que j'ai loupé concernant la jeune femme.
'Bon ! Maintenant que je suis sûr de faire une crise existentielle après la découverte que je suis capable de tomber amoureux, qu'est-ce que je fais ?'
Je dois parler à Link, ça c'est certain. Mais comment aborder le sujet ? Je connais ma petite dame elle est très anxieuse, et si elle se souvient de ce qu'elle a fait hier soir, elle va très certainement s'en vouloir et tenter de s'excuser… Mais si elle ne se souvient de rien, ça risque d'être gênant pour moi, je vais devoir lui expliquer et… Et elle va s'en vouloir et tenter de s'excuser.
'Super, ça commence bien !' Pense-je avec sarcasme.
Point de vue : Link :
Je ne me remémore pas bien la soirée d'hier soir. Je sais que j'ai demandé à Oni pour la lettre, que j'ai essayé de noyer mon chagrin dans l'alcool.
Après, c'est assez flou. Je crois me rappeler d'avoir vu Moï et Shadow… Mais je ne suis pas sûre.
Je me suis réveillée il y a une heure ou deux (aux alentours de midi), et j'ai cherché mes souvenirs de la nuit dernière. J'ai découvert que mon cerveau est un vrai gruyère. Honnêtement, avec la gueule de bois que je suis obligée de supporter actuellement, je peine à avoir les idées claires (bon, j'avoue que je l'ai cherché celle-là).
'Aller, ma grande ! Tu dois bien te souvenir de quelque chose, c'est pas possible !'
Mais j'ai beau retourné mon cerveau dans tous les sens, absolument rien ne me vient en tête.
Mes pensées sont arrêtées quand Oni entre dans ma tente.
« Link ? Je ne veux pas te déranger, mais pourrions-nous parler ? J'ai quelque d'important à te dire.
- J'ai un peu mal à la tête, mais je suis à ta disposition. »
Point de vue : Oni :
Si elle n'a pas l'air gênée, c'est qu'elle ne se souvient pas encore de ce qu'elle a fait hier soir. Génial…
Attendez une minute…
« Où est Shadow ? Pas que je ne l'aime pas, mais je préfèrerai que cette discussion reste entre nous.
- J'suis là, face de flocon ! Et t'inquiète : j'reste pas là, d'toute façon. J'dois aller voir Colin. »
Et sans même nous laisser le temps de parler, il se sauve… Peut-être qu'il a compris l'importance de la chose ?
Je me retourne pour voir que Link mâchouille la manche de son vêtement. Elle est nerveuse.
« Avant toute chose… De quoi te rappelles-tu de la fête ?
- Je me souviens de ce que j'ai fait avant d'avoir bu mais…Après c'est le trou noir. Je crois que Moï m'a parlé à un moment mais… Je n'en sais rien, c'était peut-être mon imagination ? »
Donc, je vais devoir lui expliquer ce que je sais… Non ! Pas la peine d'être en colère pour ça.
'Calme toi Oni, elle n'a pas besoin que tu t'énerves.
- Mais c'est de sa faute, c'est elle qui a bu comme un trou !
- Peut-être, mais elle avait sûrement ses raisons.
- Ah oui ?! Et lesquelles ?! Je suis curieux de savoir ce qui pourrait être important à ce point ! Elle aurait pu se mettre en danger !
- Elle a toujours refusé de boire avant, tu ne crois pas qu'elle briserait cette promesse pour rien, quand même ?'
Après cette discussion houleuse avec moi-même, je reporte mon attention sur la personne en face de moi. Certes, je suis assez en colère contre elle pour ne pas avoir su s'arrêter de boire à temps. Mais en même temps, je ne sais pas pourquoi elle s'est mise à boire si subitement.
« Eh, bien… Je ne peux pas tout te dire, puisque je n'étais pas avec toi quand tu t'es rendu ivre… »
Elle se réduit sur elle-même à cette accusation. Je me sens un peu coupable, mais c'est pour son bien. Qui sais ce qu'un autre que moi aurait fait à ma place ! Mes pensées se tournent vers ce 'Connor'.
« … Mais quand je suis arrivé, je peux dire que les événements ont pris une tournure… Intéressante.
- C'est-à-dire ? J'espère que je n'ai rien fait de mal !
- Euhhm. »
Les mots me manquent pour vous dire à quel point je suis foutu.
« Eh bien, tu… Enfin… Tu m'as embrassé ? »
Même moi je me rends compte de mon manque de tact. Mais je devais dire quoi de toute façon ? Elle m'a embrassé, elle m'a embrassé. J'y peux rien, moi !
Je vois immédiatement son teint devenir aussi pâle que mes cheveux, et je m'inquiète d'avoir vraiment dit la chose qu'il ne fallait pas, de la manière qu'il ne fallait pas.
Point de vue : Link :
J'ai… Quoi ? Oh mes déesses. Oh, non.
Je vomis par terre sans aucun avertissement.
Les souvenirs remontent d'un coup à ma mémoire, comme un barrage qui vient de céder.
'Oh mes déesses, j'ai fait n'importe quoi !'
Les larmes viennent d'un coup. Parce que là, je suis allée trop loin. Il a déjà quelqu'un, et moi je viens avec mes gros sabots et je… Je… !
J'essaye de m'excuser à travers des signes tremblants, mais je n'arrive pas à former une sentence correctement. Je ne suis même pas capable de le regarder dans les yeux tellement j'ai honte.
Je me lève, prête à fuir. Au diable, mes principes ! Si j'ai brisé mon principe de ne jamais boire, je peux bien briser celui-là aussi !
Mais une main puissante me retient. Et l'instant d'après, je suis tirée dans deux bras puissants.
« Chhh, chhh. Là. Calme-toi, Link. Tout va bien. »
Nous restons un moment comme ça, entre mes pleurs et ses tentatives pour m'apaiser.
Point de vue : Oni :
Quand je sens qu'elle va mieux et qu'elle ne va pas fuir, je la prends comme une princesse et l'allonge sur le lit. Je nettoie ce que Link a 'jeté' par terre avec une serpillière, que je jette dehors une fois fini. Je m'assois sur la chaise juste à côté de la table à manger.
« Je ne suis pas en colère parce que tu m'as embrassé, Link. Je… Enfin… Rahh ! »
Je lutte avec mes mots et mes pensées. Je ne suis pas doué pour dire ce que je ressens.
« J'étais en colère parce que tu as bu !
- Je… Je suis désolée. Je ne voulais pas que les choses dérapent.
- Non, attends, ce n'est pas ce que je voulais dire. Enfin, ce n'est pas comme ça que je voulais le dire. »
Nom de- ! Je n'avais jamais réalisé à quel point s'exprimer était compliqué. Je n'ai pas envie qu'elle le prenne mal, mais elle doit comprendre que je me suis fait du souci pour elle.
« J'étais en colère quand j'ai vu que tu étais bourrée et que ta seule défense était ton frère, parce que j'ai eu peur, okay ?
- Oni ? Qu'est-ce que- ?
- Je tiens à toi, Link. Plus que tu ne l'imagine. J'ai cru que quelqu'un t'avait forcé à boire et je… »
'Je t'aime, et j'ai peur pour toi.'
Mais je n'arrive pas à le dire. Pourquoi ? Je sais qu'elle m'aime en retour, et ça serait du gâchis de ne rien faire !
Point de vue : Link :
Il tient à moi ?
Je- je ne sais pas comment le prendre. Je veux dire, ça me fait chaud au cœur, mais en même temps, il n'est pas amoureux de moi.
« Je suis désolée de t'avoir inquiété, Oni. Je ferais attention que ça ne se reproduise plus. »
Je ne savais pas quoi dire de plus.
Je vois qu'il essaye de parler, lui aussi. Mais rien ne sort de sa bouche. J'attends tranquillement mais avec une certaine impatience.
Finalement, il se décide :
« Quand tu m'as demandé… Pour ta lettre. Tu… Voulais savoir ma réponse, n'est-ce pas ? »
Nayru, je vous en prie, guidez mes paroles pour qu'elles soient remplies de sagesse. Je vous en supplie, ne me laissez pas faire un faux pas !
Pourquoi a-t-il fallu qu'il remette ça sur le tapis ? Il m'a déjà donné sa réponse !
« Oui, mais je ne vois pas-
- Je pensais que tu voulais juste savoir si je l'avais reçu. Je n'avais pas encore eu le temps de la lire. »
… C'est une blague ?
« Et… Je me suis demandé si… Enfin, tu vois ?
- J'ai bien peur de ne pas voir, non. »
Farore, s'il te plait, donne-moi du courage. Je ne suis pas prête !
Point de vue : Oni :
Je vois bien qu'elle commence à paniquer, mais je dois lui faire comprendre que je l'aime.
« Je me suis demandé si la raison pour laquelle tu as voulu boire, c'était parce que j'ai mal répondu… Alors j'ai décidé de la lire et… »
Et l'expression sur le visage de Link me perce en plein cœur. Elle a peur. Elle est triste. Tout ça parce que je n'ai pas lu une lettre quand il le fallait.
J'essaye à nouveau de lui dire que je l'aime, mais encore une fois, ma bouche se défile.
Je regarde à nouveau ma petite dame. Son teint est plus pâle que jamais, et plus que de la tristesse, c'est du désespoir que je peux lire en elle.
Il faut que je lui dise quelque chose, et vite !
« Tu as dit que tu étais jalouse de ma femme, c'est bien ça ? »
Point de vue : Link :
Incapable de dire quoique ce soit, la gorge nouée, j'hoche timidement de la tête sans croiser ses yeux. Où veut-il en venir à la fin ?! Il est juste en train de retourner le couteau dans la plaie. Je ne le pensais pas si cruel…
« Sauf que tu n'as pas besoin d'être jalouse, Link. »
…
…
Hein ?
Je lève précipitamment la tête. Ce n'est pas une arnaque ?! Un piège pour me faire tomber plus bas que terre ?!
'Non.'
Il garde son expression le plus neutre possible, mais je vois bien les formidables rougeurs qui peignent ses joues. Il a même du mal à ne pas détourner la tête de gêne.
Se pourrait-il que- ?
Point de vue : Oni :
Bordel, je suis presque incapable de maintenir mon visage habituel.
Je n'ose même pas la regarder en face.
Je la vois agiter ses mains dans tous les sens, essayant de construire une phrase, mais échouant sans arrêt. Elle est tellement mignonne.
Cette fois, je le sens : je peux lui dire !
Point de vue : Link :
Je suis coupée dans mon cafouillis :
« Voici ma réponse à ta lettre Link : je t'aime aussi. »
Avant que je saisisse ce qu'il a dit, mon corps se propulse avec force pour lui faire un câlin.
Et là, la chose à laquelle je ne me suis plus attendue depuis longtemps :
« Jhe… Th'aime. »
J'ai parlé.
Après plusieurs essais infructueux, j'ai compris que ma voix a exceptionnellement choisi de se faire entendre une seule et unique fois.
Peut-être que je me sentais tellement bien, que c'est sorti tout seul ? Et que maintenant que je m'en suis rendu compte, ça ne fonctionne plus ?
Oni m'a laissé le temps de tester, tout aussi étonné que moi par cette nouvelle surprenante. Malgré un effort de sa part, il n'a pas pu s'empêcher de faire son imperceptible sourire qui me fait craquer !
Puis, il a décidé de revenir sur ma lettre.
« Je suis désolé de t'avoir caché mes véritables intentions quand je suis parti, même si je ne comprends pas comment tu t'es mis en tête que je partais chercher ma femme. »
Oui, ça… Même moi je trouve ça stupide maintenant que j'y pense. Je rougis de gêne, mais continu la conversation. Il dit :
« En fait je… La personne que je cherche n'est pas quelqu'un que j'aime… »
Point de vue : Oni :
Comment va-t-elle le prendre ? Est-ce que ce n'est pas un peu tôt pour lui avouer qui je suis ?
… Je ne suis pas obligé de tout lui dire… N'est-ce pas ?
« J'ai fait quelque chose d'horrible dans ma jeunesse et… J'ai été puni pour ça. Je devais retrouver quelqu'un, une criminelle. Et l'affronter à mort. »
Je sens la tension monter dans l'espace clos.
J'attends les yeux fermés le jugement que Link va faire sur moi. Je suis prêt à accepter n'importe quel châtiment qu'elle me donnera, du moment qu'elle me laisse une chance de revenir à ses côtés un jour ou l'autre. Et si elle ne veut plus de moi… Je dois accepter son choix.
J'ai le cœur lourd à cette pensée. Qui aurait cru que j'allais perdre son amour le jour où elle me l'a donné ?
Mais je ne veux pas lui mentir, ce n'est pas la base que je veux dans cette relation. Je dois être honnête, au moins envers elle.
Elle me prend le visage que j'avais baissé avec ses deux mains. En croisant son regard, j'y vois sans peine l'incertitude, mais j'y décèle aussi l'amour qu'elle me porte encore.
« Je ne peux pas te juger, Oni. Je ne sais pas ce que tu as fait, et je ne sais pas pourquoi tu l'as fait. »
Je ne dis rien, incertain du message qu'elle tente de me faire passer. Elle me regarde, un sourire peiné dessiné sur son visage. J'aimerai lui enlever cette peine, mais je suis celui qui en est la cause.
« Je suis la raison pour laquelle une guerre a éclaté chez moi !
- Et pourquoi as-tu voulu d'une guerre ? »
Mais où veut-elle en venir ? Peu importe la raison, des innocents ont été tués par ma faute ! J'ai du sang sur les mains, et j'aurais beau faire tous les efforts du monde, il ne partira jamais !
« J'ai voulu d'une guerre parce que je ne pouvais plus supporter ce que ma sœur avait fait à mon peuple ! »
Voilà, maintenant, elle va comprendre et me laisser seul…
Sauf que non, elle ne veut pas partir avant d'avoir entendu toute l'histoire.
Et bien soit, ma princesse. Je vais te raconter l'histoire d'un monstre. Le plus cruel que tu n'es jamais rencontré.
Je vais te raconter mon histoire.
