Avant dernier chapitre qui j'espère, vous plaira !

WARNING pour ceux qui sont sensible sur tout ce qui concerne le sang, les possibles hématophobes ...

Le dernier chapitre sera donc publier le 9 Février, bonne lecture !

CHAPITRE 15

Joanne ouvrit les yeux sur un ciel dénué de nuages mais brillant d'une lueur rouge. Elle avait été propulsée quelques mètres dans la forêt, qui n'existait d'ailleurs plus dans un énorme périmètre autour de la source de l'explosion.

Chuuya

Elle ignora la douleur à l'arrière de son crâne, nota que son bras la faisait souffrir et qu'une goutte de sang faisait son chemin de son front à son menton, et se remit sur ses pieds, appuyée aux peu arbres qui avaient survécu.

Elle scrutait le nuage du fumée qui commençait à se dissiper, et souffla de soulagement en voyant une silhouette – trop petite pour être celle de Verlaine – émerger des flammes qui l'entourait.

« Chuuya ! »

Elle tenta de faire quelques pas et fut satisfaite de voir qu'elle ne tombait pas, alors elle continua de s'approcher. Son soulagement tourna au cauchemar lorsque la silhouette fut clairement visible, la fumée s'étant dissipée, et qu'elle vit Arahabaki.

Pendant une seconde elle eut l'impression de voir un vrai monstre, une vraie forme divine, de destruction et d'horreur. Chuuya n'avait plus rien d'humain. Elle l'avait déjà vu lorsqu'il utilisait Arahabaki bien sûr, mais cela dépassait tout ce qu'elle avait déjà vu ! Chuuya n'avait plus de pupilles, mais ses yeux n'étaient pas blancs mais noirs, et son corps entier était couvert de ses familières marques noirs et rouges, qui formaient des spirales. Au centre de ses spirales la peau de Chuuya semblait se creuser, et en y regardant de plus près, cela ressemblait beaucoup à des minuscules trous noirs. Les vêtements du mafieux étaient en miettes, sa chemise n'avait plus de manches, son pantalon ressemblait presque à un short. Miraculeusement, le chapeau avait échappé au massacre, et Joanne le récupéra quand le vent causé par Chuuya l'amena à elle. Le jeune homme semblait en transe, comme si rien ni personne ne pouvait le faire réagir, pas même ses ennemis. Tout autour de lui le chaos continuait, la terre explosait sans même qu'il ne la touche, et même l'air semblait s'alourdir, formant une mini cyclone dont Chuuya était l'œil.

« Chuuya ! » appela-t-elle de nouveau, sa voix s'étrangla vers la fin de son cri.

Le désespoir l'envahit et elle le laissa faire Verlaine avait été blessé mais il était encore bien vivant et se tenait fièrement devant Chuuya, sa création. Joanne laissa les larmes couler et un gémissement de douleur et de peur lui échappa quand elle entendit le français dire :

« J'ai achevé le travail de ma vie ! Rimbaud avait raison, tu en valait la peine ! Ma plus belle œuvre, j'ai fini ce que lui et moi voulions achever ! La destruction du monde entier ! »

Il riait comme un dément, couvert de sang et de poussières.

Le corps de Chuuya ne tiendrait pas, Joanne en était sûr, et c'était déjà un miracle que le mafieux tienne encore debout. La blanche réfléchissait à toute les possibilités, mais seule elle ne s'en sortirait pas. Elle ferma les yeux et ses sens se coupèrent les uns après les autres. Elle n'entendait plus le chaos, elle ne ressentait plus la douleur, ni le sang dans sa bouche, et se laissa tomber. Elle s'effondra dans un bruit sourd et pria … pour qui ou quoi elle n'en savait rien, mais elle pria.

Chuuya quand à lui, continuait de détruire tout ce qui se trouvait à sa portée, excepté Verlaine. C'est comme si Arahabaki était relâché et contrôlé par le français il agissait exactement comme l'autre voulait, ne le blessait pas, mais détruisait tout autour de lui.

« Joanne ! »

La jeune femme se força à ouvrir les yeux, et faillit perdre connaissance de soulagement : Gin courrait vers elle, suivit par les autres de la Mafia et de l'Agence. Quand la brune la remit en position assise pour la prendre dans ses bras, Joanne vit que Dazai se tenait à quelques mètres seulement de Chuuya, et même si elle ne pouvait pas voir le visage du jeune homme elle savait exactement ce qu'il ressentait : un gouffre s'était ouvert à l'intérieur de lui, et la peur coulait en ses veines pour la première fois depuis Odasaku. Il n'avait jamais eu si peur de perdre quelqu'un. Jamais. Pour Odasaku, il avait réussi à s'en sortir, tourner la page même s'il gardait l'homme dans une place spéciale de son cœur. Mais pour Chuuya, Dazai ne s'en remettrait pas.

Si Chuuya mourrait, il suivrait.

Chuuya était sa raison de vivre, celui pour lequel il avait décidé de tester la vie, et celui pour qui il avait continué de vivre.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » la voix de Gin rompit le contact entre Joanne et Dazai.

La blanche toussa mais réussit à parler :

« Verlaine a injecté un produit à Chuuya, le même qu'à Akutagawa, et Arahabaki est devenu incontrôlable. »

Elle devait crier pour se faire entendre par dessus le vent, mais Dazai entendit clairement chaque mot. Il s'avança vers le roux, sourd aux appels de Kunikida. De loin, Mori l'observa partir, et ce qui chargeait dans son regard alerta encore plus Joanne sur l'état mental de Dazai.

Elle se redressa, aidée par Gin et nota qu'Atsushi était arrivé avec Akutagawa dans les bras, ce dernier inconscient. Elle s'agrippa à la veste de la brune et appela Fukuzawa désespéramment :

« On doit sauver Chuuya, on doit l'aider le plus vite possible, ou on risque de perdre plus que la ville ! »

« De quoi tu parles ? » demanda Tachiahara.

« Bien sûr qu'on va aider Chuuya, on est là pour ça ! » intervint Atsushi.

Yosano sembla la seule à noter la panique :

« Joanne, de quoi tu parles ? »

« Dazai, si on perd Chuuya on perdra Dazai, c'est le seul en possession de la santé mentale de Dazai, si on le perd, Dazai redeviendra le monstre qu'il était lorsqu'il était un Capitaine de la Mafia voir pire. Si Verlaine ne le fait pas ce sera lui qui mettra la ville à feu et à sang, et nous y passerons tous ! »

Tous se tournèrent vers Dazai, qui avait presque atteint Chuuya. Deux, trois fois ils l'appelèrent, mais jamais il ne fit le moindre mouvement pour faire comprendre qu'il les entendait. Remarque, avec le chaos extérieur, il ne les entendait peut-être réellement pas.

« Tu n'es pas en état de faire quoique ce soit ! »

« Je dois quand même le faire ! C'est moi que Verlaine voulait ! »

« Non. »

La voix de Ranpo fit sursauter tout le monde.

« Mais qu'est-ce que tu fais là ?! »

Le détective les ignora et garda son attention portée vers Joanne.

« Il était le partenaire de Rimbaud, un autre espion français envoyé pour récupérer la puissance de Arahabaki. Dazai et Chuuya se sont battus contre lui avant que Chuuya n'entre à Port Mafia. Rimbaud avait dis avoir dû tué son compagnon pour sauver s a vie mais il avait menti. Verlaine a survécu et à commencé ses petits trafics peut après. »

Joanne tourna la tête vers le monstre de son enfance, qui malgré la poussière, la lumière rouge et les pierres qui volaient dans tous les sens, avait son regard bien fixe sur elle.

Tu as perdu, j'ai gagné. La puissance de Arahabaki est mienne, tu peux dire adieu à ton ami, il ne s'en sortira pas cette fois.

Dazai poussa un cri qui déchira l'air tel une lame, mais ne fit pas réagir Chuuya. Le brun avait tenté d'approcher sa main de l'épaule du roux mais la gravité lui avait brisé les doigts avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit. Le cri de Dazai n'était pas de la douleur, mais un appel de désespoir à son amant, qui malheureusement en resta de marbre.

Joanne sécha ses dernières lames et prit le temps de rassembler ses forces. Elle ne savait pas qu'elle en était capable, mais elle utilisa son sang pour se guérir, et cela lui donna une idée. Gin et les autres allaient probablement la détester pour ça, mais c'était la seule chance qu'ils avaient de récupérer Chuuya alors elle n'allait certainement pas la laisser passer.

Elle se redressa, aidée d'un arbre et de Gin, et coula un regard vers la brune. Elle la regardait avec plus d'inquiétude qu'elle n'en avait jamais vu avant, son masque baissée, ses cheveux claquant sous le vent. Elle était magnifique, comme toujours. Joanne repensa à tous les moments qu'elles avaient partagé, et son cœur se rempli d'une douce chaleur. Elle aurait voulu lui donner plus. Tellement plus ! Elle aurait voulu lui donner tout ce que Gin voulait, la faire se sentir enfin comme la personne la plus importante pour elle, la dissocier de son frère et de la Mafia. Voir la vraie Gin, et lui montrer la vraie Joanne. Elle aurait voulu lui dire tant.

Gin sentit la connerie arriver, car elle resserra sa prise autour de Joanne et l'appela doucement, inquiète.

« Joanne ? Tout va bien ? »

« Je suis désolée, je sais qu'on devait parler. »

Joanne s'approcha de l'oreille de la brune et lui murmura trois mots qui la déstabilisèrent suffisamment pour qu'elle subtilise une de ses lames, avant de la pousser violemment. La brune réussit à rester sur ses pieds mais la blanche la tacla, ainsi que Tachihara, les deux plus proches d'elle, et parti en courant vers Dazai et Chuuya.

« Joanne ! »

Le cri de l'assassin était déchirant, et elle fit appel à toute sa volonté pour ne pas se retourner et se précipiter dans ses bras.

Elle arrêta sa course pour se trancher les poignets mais attendit d'être le plus proche possible de Chuuya pour finir le rituel. Elle arriva proche de Dazai, et le jeune homme à terre, la regarda plein d'espoir. Mais en voyant l'état de la jeune femme, l'horreur le prit de nouveau.

« Joanne attend- »

Elle l'ignora et commença :

« It does not do well ... »

« Non ! » il tenta de tendre la main vers elle, La déchéance d'un homme activée, en vain.

« … to dwell on dreams and forget to live »

Et elle se trancha la gorge.

Et de la même manière que la première fois, ses mains se couvrir de noir, ses veines devinrent violettes, et ses yeux entièrement rouge. Le sang qui coulait de ses plaies serpentaient déjà sur le sol pour former des grosses flaques, lesquelles formaient des silhouettes de sang.

Le corps de Joanne se redressa, mais le démon était celui qu'ils virent tous. La dizaine de clones qu'elle avait réveillé se divisa encore en deux, et tous attaquèrent Verlaine au moment où elle leva la main.

Sa voix avait toujours cette aspect voilée, avec celle de quelqu'un d'autre par dessus la sienne, quand elle parla :

« Arahabaki, mon vieil ami, depuis combien de temps j'attends ce moment ? »

Et pour la première fois depuis sa transformation, Chuuya réagit à la voix et tourna la tête vers Joanne. L'instant d'après, la jeune femme voyait le sol s'ouvrir sous elle et se refermer, l'enterrant vivante.

« Joanne ! » appela Dazai.

Arahabaki et le démon de Joanne semblaient se connaître, c'était fou, insensé. Mais il n'avait pas le temps d'y penser. Le sol trembla et Chuuya fut pulvérisé dans le ciel. Dazai sentit son cœur s'arrêter, mais souffla en voyant que Joanne en était la responsable.

Chuuya et elle échangèrent une série de coups qui les blessa autant l'un l'autre, avant que le roux n'attrape Joanne par le bras et ne la propulse au sol. Elle s'écrasa en formant un grand cratère, non loin de Dazai, qui décida qu'il était temps qu'il rejoigne les autres.

Chuuya utilisa ses gravitons sur Joanne, mais elle se leva et les évita juste au bon moment. Pendant ce temps, Verlaine – qui avait eu le dessus sur les clones de sang – commençait à être en position de faiblesse. Chaque clone détruit en reformait deux. Le démon de la jeune femme était plus puissant que jamais, et le français regretta de ne pas lui avoir administré le vaccin à elle.

Joanne tentait de s'approcher de Chuuya qui la fuyait comme la peste si une goutte de son sang touchait le corps du jeune homme, elle pourrait réussir à contenir Arahabaki.

« C'est fascinant, » commenta Verlaine. « C'est le démon qui a le contrôle, mais il semble agir comme elle le veut. »

Les deux créatures étaient maintenant poings à poings, campés sur leurs jambes si solidement que la terre s'était creusée sous eux.

« Tu es bien faible pour t'être laissé berner si facilement, Dieu ! » la voix de Joanne transpirait la moquerie.

Celle de Chuuya la haine, quand il répondit, avec lui aussi une voix qui ne sonnait pas exactement comme la sienne :

« Je pourrai te retourner le compliment, Démon, » le dernier mot fut craché avec toute la méprise possible. « Que comptes-tu obtenir de cette humaine ? Tu ne seras jamais utilisé autant que moi, elle te gardera prisonnière à l'intérieur d'elle ! »

Joanne rit.

« Ce qui t'as été injecté a dû te retourner le cerveau, ce n'est pas le discours que tu tenais juste avant d'être enfermé dans ce garçon. Tu sais ce que nous sommes, vois notre puissance ! Toi comme moi étions d'accord ! Notre liberté n'est plus possible dans ce monde ! Nous avons besoin d'hôtes ! »

Chuuya profita de l'ouverture et colla une droite à Joanne, qui cracha du sang. Dès que le liquide rouge fut à terre, il prit une forme qui alla rejoindre ses camarades contre Verlaine.

« Tu es naïf d'y croire encore ! »

Joanne se décida à frapper à son tour, et la façon dont elle enchaînait les coups donnait l'impression que c'était bien elle qui se battait.

Chuuya répondit avec autant de force, et Dazai se dit qu'il ne resterait rien de l'île une fois le combat fini. Le roux avait réussi à plaquer la blanche sur le sol et lui assénait coups sur coups, jusqu'à ce qu'elle arrive à bloquer ses poings.

« Arahabaki, tu n'es pas toi même ! Sors de ce contrôle ! Ce n'est pas ton esprit qui parle, tu es influencé par ce produit ! »

« Je n'ai jamais eu l'esprit aussi clair ! »

« C'est faux ! Nous sommes immortels, nous avons eu des milliers d'hôtes ! Pourquoi changer d'avis en quinze ans ?! Ce n'est pas logique ! »

Joanne les retourna et réussi à bloquer Chuuya grâce à une clé de bras. Aussitôt, son sang se mit à couler de ses blessures et vint recouvrir le roux comme une seconde peau, qui semblait le paralyser. Arahabaki commença à paniquer :

« Non ! Arrête ! Tu vas perdre ton hôte ! »

« Joanne ! »

Gin pleurait sans retenue et sans s'en soucier. Les trois mots chuchotés à son oreille par la blanche, elle avait désespéré de les entendre, pendant des jours. Mais pas comme ça. Pas s'ils étaient les derniers mots qu'elle devrait lui dire !

« Joanne ! »

Sa voix se brisa, et son frère – réveillé mais encore faible – l'emporta avec lui sur le sol, les mettant tout deux à genoux. Elle ignorait les mots d'Akutagawa, ne pouvait se résoudre à l'écouter. Elle désespérait.

« Yosano fait quelque chose ! » supplia Dazai au loin.

« Je ne peux rien faire ! » répondit la médecin elle aussi en panique.

Tous se sentaient impuissants, minuscules, voir même terrifiés face à cette bataille de géant qui avaient lieu sous leurs yeux.

Plus le sang de Joanne recouvrait Chuuya, plus les effets de la gravité s'estompaient sur les roches et arbres, le vent se calmait, et l'air s'allégeait.

Jusqu'à ce que le jeune homme soit complètement couvert de sang, de la tête au pied, en passant par les yeux. Le sang s'infiltrait partout, son nez, ses paupières, ses oreilles. Concentrés sur Chuuya, aucun ne vit que Joanne s'affaissait, ses mains perdaient le noir, ses yeux le rouge, mais avec tout ça, sa peau perdait le peu de couleur qu'elle avait et de son corps fuyait sa vitalité.

Elle transmettait tout à Chuuya. Pour le soigner, le calmer, chasser Arahabaki, évacuer le vaccin. Ça ne lui demanda pas qu'une goutte comme pour soigner Atsushi. Cela lui demanda toutes ses réserves. Et bientôt, elle s'effondra, les yeux encore ouverts mais le souffla manquant, au côté de Chuuya. L'une rendit son dernier souffle quand l'autre retrouva le sien. Leur visage était tourné l'un vers l'autre, et tel un tableau d'artiste, les couleurs qu'ils portait de complétait.

Le blanc et le rouge.

Le roux et le noir.

Tout s'était calmé autour d'eux. Ils n'étaient plus paralysés par la tempête, la peur ne tenait plus leurs entrailles. Sauf une.

Une peur, qui les maintint encore figer. Celle de la mort.

Dazai se releva et s'approcha des deux corps, à pas de velours, comme si ils pouvaient se réveiller à n'importe quel instant. Il prit place près de Chuuya, et passa ses doigts intacts sur sa nuque. Il sentit un, puis deux, puis des dizaines de battements, et le choc le fit presque s'évanouir. Il se laissa tomber assis près du mafieux, ne réalisant même pas les larmes qui coulaient sur son visage sale.

Il regarda Joanne, et sa respiration se bloqua. Les yeux ouverts, vide de toute lueur, elle regardait Chuuya, comme si avant de partir, elle s'était assurée une dernière fois de l'avoir sauver.

Les autres s'étaient eux aussi rapprocher, et c'est avec le même choc que Gin s'approcha de Joanne. Mais son choc à elle venait de la constatation qu'elle ne voulait pas faire.

Elle se mit à genoux à côté de la jeune femme, ignora la tête de Dazai qui se secoua de gauche à droite pour les autres derrière elle, suivit par un sanglot étouffé de Yosano et Atsushi, et posa sa main sur l'épaule froide.

« Joanne, » appela-t-elle.

Elle secoua l'épaule légèrement.

« Joanne, » appela-t-elle plus fort.

Elle finit par faire rouler la jeune femme sur son dos, et ferma les yeux de douleur en voyant ceux de la blanche.

Ils étaient si vide. De tout. Ce n'était pas les yeux de Joanne qu'elle regardait, c'était ceux de quelqu'un d'autre. Le rouge rubis si vif avait été remplacé par une pâle copie qui ressemblait à un voile rosé.

Elle refusait ce qu'elle voyait. Elle mit ses paumes contre ses yeux et appuya jusqu'à en avoir mal.

Akutagawa se saisit de ses bras pour la faire cesser, en vain. Toujours dans cette position elle appela Yosano.

« Soigne-la. »

« Je ne peux pas- »

« Soigne-la ! »

« Elle n'est pas au bord de la mort Gin je- »

« SOIGNE-LA ! »

Le cri de la mafieuse était hystérique. Ni son frère, ni Dazai, ni Mori, ni personne de la mafia ne l'avait déjà entendu pousser un cri pareil. Elle éclata en sanglots entrecoupés de hoquets d'une violence rare.

« C'était si beau. »

La haine les saisit en voyant Verlaine, sortit des décombres, se tenir quelques mètres derrière Gin. Il applaudissait, un grand sourire aux lèvres.

« Je suis si fière de mes créations. Vous ne pouvez le nier, leur combat était … spectaculaire ! »

Le sang de Gin ne fit qu'un tour, et Rashômon n'eut pas le temps de s'entourer autour de sa taille qu'elle s'était déjà élancée vers le français, toutes lames dehors :

« ESPECE DE MONSTRE ! »

« Gin non ! »

Verlaine la laissa attaquer en utilisant comme défense l'esquive, les mains croisées dans le dos, un air amusé au visage, comble de l'insolence.

La jeune femme d'habitude précise, rapide et nette dans ses coups et ses assassinats était si emportée par ses émotions qu'elle ne toucha par Verlaine une seule fois. Elle n'y arrivait pas. D'une nature calme, être si bouleversée noyait complètement ses capacités.

L'espion finit par s'agacer et la neutralisa : il tapa dans ses poignets pour la faire lâcher ses couteaux et lui donna un coup de pied frontal qui l'envoya par terre, proche de Joanne. Akuatagawa répondit immédiatement à l'affront fait à sa sœur en envoyant Rashômon drapé autour d'Atsushi, mais les deux furent maîtrisés par Verlaine également.

« S'en est assez Verlaine, » intervint finalement Mori.

« Nous ne vous laisserons pas vous attaquer à nos enfants sans rien dire, » appuya Fukuzawa.

« Vous pensez vraiment réussir à me battre ? » se moqua Verlaine.

Mori avait peut-être un bras cassé et Fukuzawa les côtes fissurées, mais l'adrénaline tuait la douleur.

Les trois hommes se lancèrent dans un combat à mort, et les membres des organisations ne pouvaient que les regarder faire, le cœur battant, inquiet, guettant la moindre faiblesse de l'ennemi, le moindre coup porté à leur supérieur.

Gin elle, reprit sa place aux côtés de Joanne. Elle prit la main gantée de la blanche, enleva le gant qu'elle balança plus loin et la prit dans la sienne. Elle laissa ses larmes couler silencieusement sur ses joues, et posa son front sur la poitrine de Joanne, guettant sans espoir un battement qui ne viendrait pas.

Elle voulait les lui dire aussi ses trois mots, elle devait lui dire, à la fin de cet arc.

Elle se laissa sombrer dans la tristesse, repassant sans cesse la voix de la jeune femme dans sa tête. Si elle se concentrait, elle pouvait encore sentir son souffle contre son oreille, et l'entendre dire :

Je t'aime Gin

« Moi aussi Joanne, moi aussi. »