Hey !

Alors, l'OS d'aujourd'hui est un peu spécial, parce que c'est une cadeau pour une très chouette personne qui mérite amplement qu'on pense à son anniversaire aujourd'hui. Du coup, Lae, j'espère que ça te plaira ! Et j'espère aussi que tu passeras une bonne journée, avec des cadeaux chouettes et un délicieux gâteau !

Merci à Ima pour sa review sous le dernier chapitre !

Bonne lecture !

Pairing : AkuRokuSai


Une vie de pirate

Le soleil de Port Réal cogne sur la baie. Un vol de bestiaux colorés passe au-dessus des toits lointains, une myriade de poissons brulants de couleurs courent joyeusement sous l'eau, la végétation locale ronge la côte et ses habitations, et Axel ne se lasse décidément pas de ce paysage.

« - On s'active, moussaillons ! »

Près de lui, Roxas s'émerveille à l'approche du port. Il regarde, par-dessus bord, l'eau qui roule et s'éclate contre la coque, les vagues naissantes que laisse leur sillon, ce similis nuage que le renard nomme écume et qui s'en va sur la mer avant de mourir sans qu'il n'ait pu la saisir. Ses yeux brillent, un sourire impatient illumine son visage, et son cœur goûte pleinement les joies d'une existence remplie de curiosités nouvelles.

Debout, droit comme un piquet planté près du capitaine autoproclamé, Isa soupire. Pourquoi est-ce qu'il a accepté de les accompagner dans ce monde, déjà ?

xoxoxox

« - Un autre verre, camarade ! »

Le contenant vide serré entre les doigts d'Axel échoue brusquement sur les planches de la table alors qu'il hèle une des jolies demoiselles affairées à servir, sans plus se préoccuper d'elle. A moins qu'il ne s'agisse de ce type, fluet et discret, qui lui a filé sa première chope tout à l'heure. Il ne fait pas vraiment gaffe. L'alcool lui cogne dans la tête et le rire le prend, alors qu'il essaie désespérément d'attraper les dernières gouttes de bière coincées au fond du récipient. Elles refusent de couler. Merde.

Il devrait peut-être imiter Jack et tester le rhum, pour changer ? Dans le doute, il rappelle une des serveuse.

« - Axel. »

La voix d'Isa, dure contre son oreille, le ramène dans la réalité du bar. Le bruit, les rires, les moqueries brusques et les cris au fond de la salle. Les jeux, l'odeur puissante des boissons alcoolisées qui suffisent à lui faire tourner la tête. Près de lui, son chapeau posé. La lourde tenue couverte d'ornements qui pèse sur son corps, et qui fait du bruit au moindre de ses pas. Le banc de bois bien peu confortable sous ses fesses. Les jambes de son ami seront sûrement plus agréables pour son séant. Il devrait y songer, la prochaine fois qu'il se lèvera.

« - Ouais ?

- Tu as déjà beaucoup bu.

- Beaucoup, c'est pas assez.

- Tu vas être malade.

- Plus tard. »

Il attrape le verre qu'on lui apporte sans se soucier des munnies qu'il va devoir dépenser au comptoir – est-ce qu'il peut payer en munnies, ici ? – mais, loin de le porter à ses lèvres, il l'approche au contraire de la bouche de son camarade.

« - Et toi, t'as clairement pas assez bu. »

Isa soupire. Il lui coule un regard désapprobateur puis, pour lui faire plaisir, il avale une gorgée du liquide. Sa bouche se crispe. Apparemment le rhum n'est pas la meilleure boisson qu'il ait avalée aujourd'hui.

« - Allez ! J'veux voir c'verre vide quand j'reviens ! »

L'ancien bras droit de l'organisation n'a pas le temps de protester, ni même de poser de question. Le rouquin s'échappe et se mêlée à la masse de gens qui dansent hasardeusement dans un coin de la taverne. C'est vivant, bruyant, ça fourmille dans tout son corps et, quand il repère enfin la tête blonde qu'il cherchait alors, ses bras se posent sur les épaules frêles de son jeune amour.

« - Alors Rox, ça t'plait ? »

Surpris, Roxas se tourne, l'observe et sourit. Et un sourire … Il ne sait pas si c'est l'alcool qu'ils ont partagé qui lui fait cet air amusé, ou si le gamin s'est seulement enhardi depuis qu'il l'a rencontré, mais il aime quand le jeune homme troque ses airs de chérubin pour lui offrir des sourires plus chafouins.

« - On peut dire ça. »

Axel se demande s'il doit y voir un sous-entendu, mais il préfère s'en moquer. Ses mains se posent sur sa taille. Il se penche pour parler près de lui, couvrant de sa voix enjouée le chant de la taverne.

« - Eh, tu m'accordes c'te danse ?

- Un capitaine qui fait la cour à son moussaillon ?

- Tu sais, les longues nuits en solitaire sur la mer, au bout d'un moment … »

L'allumé mime un geste faussement dépité, s'attire les rires du garçon, puis glisse soudainement son bras autour de sa taille pour le ramener près de lui.

« - Alors je te serre juste de bouche trou quand tu t'ennuies la nuit ?

- Le mot est étrangement bien choisi. »

Roxas hausse un sourcil, secoue la tête et décide de suivre les mouvements de son capitaine. Leurs regards se croisent, s'échappent et reviennent pour mieux se trouver, ne plus se lâcher. Dans les yeux enivrés du plus jeune, Axel trouve l'espièglerie et l'amour nouveau, naissant, la fragilité d'une émotion tout juste découverte. Sur sa bouche, il cherche le goût du liquide qu'il a bu et qui a embrasé son ventre pour mieux brouiller ses sens. Ses jambes tanguent parfois, et il ne sait plus bien quand ils se retrouvent dans un coin de la taverne, pressés l'un contre l'autre, à s'embrasser pour mieux se séparer, pour mieux respirer et mieux se retrouver.

Le bruit tape autour d'eux. Roxas est entre ses bras. Il le serre. Rit contre ses lèvres. Cherche de l'air et empoigne sa taille, heureux de sentir deux mains fourrager dans la masse rousse qui lui couvre la tête pour appuyer sur sa nuque.

Ça rit, ça cogne, ça se bat dans un coin et ça jure comme ça respire, ça crache, les pièces tintent, les verres trinquent et se brisent, les voix grondent, ils se noient tous les deux là-dedans.

xoxoxox

« - Eh ! »

La nuit sur eux comme un long manteau qui tient froid. Mais dans le corps d'Axel, ça brûle. L'alcool lui fait croire à l'été, même si minuit est passé et qu'il tremble. Devant, Roxas court rejoindre leur bateau, impatient de découvrir le confortable lit du capitaine. Il pourra comparer avec sa chambre, celle au crépuscule, petite mais si familière. Tout près, deux bras plus puissants que les siens forcent le pirate improvisé à remettre l'habit lourd qu'il essaie d'enlever, prétextant la chaleur qu'il est seul à sentir. Il pose ses mains sur celles d'Isa, essaie de le repousser, finit par se laisser faire.

« - T'sais, j'vais pas choper mal. Tu t'inquiètes trop.

- Toi, tu ne t'inquiètes pas assez. Couvre-toi. Tu as trop bu.

- J't'ai dit, on boit jamais assez. »

Il dit ça, et il sent déjà la nausée qui galope au fond de son ventre. Il va pouvoir donner à manger aux poissons, cette nuit.

« - Arrête de dire des idioties et viens plutôt te reposer. »

Elles sont fortes, ces mains. Fortes et larges, puissantes, et tellement douces. Leur peau est abîmée, mais leurs gestes restent tendre. Quand Axel les attrape pour les serrer dans les siennes, c'est comme une révélation. Il devrait les tenir pour le reste de sa vie. Sa place est là.

« - Axel.

- Attend. »

Il ne veut pas monter, pas tout de suite. Ici le sol ne tangue pas, la terre est dure, fiable. Il y a ces doigts qu'il caresse en souriant, et ce visage qu'il voit en redressant le sien. Cet air contrarié. Il l'aime, cette trogne, il l'aime tellement. Juste à la voir, il a envie de rire. Alors il le fait. Il éclate. Contre lui.

« - Axel ….

- Arrête. Pas Axel. » il rit encore. « Lea. »

Isa sourire, malgré lui.

« - Roxas t'attend, Lea. »

Ce nom le fait frissonner. Dans la bouche de son plus vieil ami, c'est comme un bonbon qui roule sur la langue et qu'il voudrait bien lui voler avec la sienne. C'est un souvenir. C'est une promesse.

« - Laisse-le s'amuser. L'est ravi d'avoir la chambre pour lui tout seul. »

Il se redresse, tangue un peu. Erreur, le sol bouge autant que le bateau, ça vacille, le monde entier tient sur un échafaudage branlant. C'est tout fragile, comme ses pensées qui s'effondrent dans sa tête, du sable entre ses doigts, il n'arrive plus à les attraper. Son cœur cogne fort. Isa a peut-être raison. Peut-être. Une idée le frappe.

« - T'es pas jaloux, hein ? »

Isa doit savoir, forcément, puisque c'est évident. Mais il ne l'a jamais dit, alors il ne sait peut-être pas, Isa.

« - Pourquoi je le serais. »

Même pas une question, mais ça n'est pas un non non plus. Ça n'est pas un non, parce qu'il ne peut pas dire non. Parce qu'il est jaloux. Et ça, c'est encore plus drôle. Ou pas, mais Lea rit quand même sur l'épaule de l'autre. Il manque de tomber, mais des bras imposants le retiennent. Il est sauvé de justesse.

« - Il faut sais bien que toi aussi … »

Il cherche. Dans sa tête, il doit bien rester des mots. Ou alors s'il le pense, s'il le penche assez fort, l'autre va l'entendre. S'il se concentre de toutes ses forces. C'est tellement évident.

« - Que toi aussi, hein ?

- Que moi aussi quoi ?

- Toi. »

Il appuie sa main sur son torse en le fixant très sérieusement, mais son regard trouble empeste autant l'alcool que son haleine.

« - Moi ?

- Bah toi aussi ?

- Je comprends rien, Lea. Viens te coucher.

- Avec toi ? »

Isa plisse les yeux. Les rides que le geste creuse rejoignent la cicatrice au milieu de son front, celle qui se fend au-dessus de son nez pour exagérer le sérieux déjà trop présent sur son visage. Lea lève la main, la pose dessus, appuie la pulpe de son index contre ces lignes gravées pour redescendre le long de sa face et gagner le coin de ses lèvres qu'il caresse aussi. C'est beau. Ce visage, tous ces traits, et cette bouche qui ne sent sûrement pas le rhum.

« - Tu es complètement ivre.

- De toi. »

Pas que, mais ça fait tellement de sens dans sa tête quand il le dit. Il est ivre de lui, ivre d'Isa, ivre du temps qu'ils ont passé ensemble, de leurs années, de leurs blessures et de l'espoir enfin retrouvé.

« - Lea …

- Tu le sais hein ? Que toi aussi tu comptes ? »

Il sourit, sourit grand. Il voudrait l'embrasser. Pourquoi est-ce qu'il ne l'a pas encore fait ? Cette bouche l'appelle. Elle lui dit de venir. Il en est sûr.

« - Toi aussi je t'aime. »

Le corps qui le soutient se crispe. Il a piqué les nerfs. C'est un bloc de glace.

« - Ça n'est pas drôle. »

Ça n'est pas drôle, non. Tellement pas. Et pourtant il y a quelque chose qui chatouille dans le ventre de Lea, ça remonte et il rit, il rit, il rit contre son épaule, la tête au creux de son cou, il rit à gorge déployée, à s'en faire tomber les amygdales, il rit, ses propres bras repliés contre son ventre, comme jamais. Ça n'est pas drôle. Evidemment que ça n'est pas drôle. Qu'est-ce qu'il lui sort ça maintenant, l'autre.

« - Bah bien sûr, puisque c'est pas une blague. »

Il se calme peu à peu, douloureux de son rire, heureux de la présence tout près, ivre et prêt à tomber à l'eau si on ne l'aide pas à monter sur le bateau. La vie de pirate l'enivre, mais il doit avouer qu'elle n'est pas de tout repos, surtout s'il doit passer la nuit à vomir sur le pont.

« - Viens te coucher. » la voix grave lui dit, tout doucement.

Mais il ne l'écoute pas. Il préfère se redresser, approcher sa bouche de la sienne et chercher un baiser qu'on lui refuse. Il grogne doucement, frustré. Une main se pose sur sa joue. On l'embrasse, tout doucement. C'est délicat. Un oiseau qui s'envole. Il voudrait le saisir, l'oiseau, à pleine main et le retenir pour toujours, mais le baiser se termine déjà. Encore. Un autre. Et tout le reste, tout ce qu'il peut prendre.

« - Monte, maintenant. »

Ça balance dans tous les sens quand il avance et que le bras l'aide à grimper sur le bateau, sur le pont, puis dans la seule chambre digne de ce nom. Celle du capitaine. Il sent cette masse mole sous lui, le matelas. C'est tendre. La fatigue s'abat d'un coup. Tout près, deux voix. Il s'allonge. Entend qu'on pose un objet près du lit. Ça parle de bassine et de faire attention.

« - Eh, Isa. »

Il le veut encore près de lui. Bientôt, une main presque aussi large que la sienne se pose sur son épaule. Une autre, qu'il devine toute fine, joue dans ses cheveux. Il ne sait pas pourquoi il sourit, mais ses lèvres s'étirent toutes seules. Ça lui fait du bien.

« - Toi aussi. Tous les deux. »

Ça a du sens, sûrement. Au moins pour lui.


Et voilà ! Bon, pas de scène olé-olé pour cette année, Axel a beaucoup trop bu. Il se rattrapera un autre jour.

Encore joyeux anniversaire, Lae !