Bonjour à tous !

Désolée pour mes trois longues semaines d'absence mais comme je vous l'avais dit, je souhaitais faire une pause sur cette histoire. Cela m'a fait du bien : j'ai écrit d'autres histoires qui sont aujourd'hui terminées mais pas entièrement publiées, je me suis inscrite sur Wattpad (si vous voulez me suivre, mon pseudo est MinnieMey75, je publierai des choses différentes d'ici) et d'autres sites de publication, j'ai passé un bon Noël (d'ailleurs j'espère que vous aussi avez passé un très bon Noël) et je profite de mes quelques jours de vacances pour écrire un peu et surtout retrouver l'inspiration !

Et je dois avouer, ça y est, c'est reparti ;) !

Je voulais encore attendre avant de publier ce nouveau chapitre (pour avoir au minimum 2-3 chapitres d'avance) mais finalement, étant donné que c'est un interlude entre les deux parties de l'histoire, j'ai préféré le poster maintenant. Vous verrez peu de Severus dans ce chapitre mais ne vous inquiétez pas, nous le reverrons au chapitre prochain pour une toute nouvelle aventure (car ce sera une nouvelle année à Poudlard et j'ai décidé de partir loin, très loin dans l'intrigue XD).

J'espère que vous apprécierez ce moment dans la famille Turner et que vous comprendrez un peu plus les relations entre les deux frères et la soeur.

Très bonne lecture et à très bientôt !

PS : j'essaierai de continuer à poster un nouveau chapitre toutes les deux semaines, voire une fois par semaine si je peux (maintenant, il faut que je me dépêche pour écrire la suite... ^^').

Lexique :

- Pow-wow : rassemblement de tribus indiennes ou danse de guerre ou de chasse indienne

- Regalia : habit traditionnel indien des danseurs de pow-wow


Severus Rogue, un homme si charmant

*INTERLUDE*


Chapitre 17 - Vacances d'été chez les Turner

Sarah avait attendu trois jours supplémentaires avant le retour de Hagrid, de Luna et de Rolf. La mission s'était très bien passée. Au début méfiants, les Centaures avaient consenti à écouter les demandes des deux Magizoologistes, avec l'aide précieuse du garde-chasse qui connaissait très bien l'un d'eux, Firenze. Luna avait expliqué à Sarah que ce dernier avait même été professeur à Poudlard pendant un an et demi, puis, il n'était pas immédiatement retourné parmi les siens car il avait été banni de la horde, puni de s'être mêlé aux humains. Il était resté dans la Forêt Interdite à se cacher des siens et des Mangemorts. Il avait ensuite pu réintégrer sa communauté à la fin de la guerre lorsqu'il avait sauvé plusieurs Centaures lors d'une attaque des partisans de Vous-Savez-Qui.

Grâce à Firenze et au bout de deux jours de négociation, l'équipe avait réussi à convaincre la horde de pouvoir les laisser entrer dans leur partie de la forêt. Pendant toute leur escapade, ils avaient été accompagnés de trois Centaures dont le fameux Firenze.

Sarah écouta avidement tous les détails que lui donna Luna sur la Forêt, ce qu'ils y avaient trouvé, les plantes, les animaux…

- Malheureusement, je n'ai pas vu d'Oiseau-éléphants, lui dit-elle d'un air air navré. J'en ai parlé à Firenze et il m'a dit que ces créatures changeaient continuellement de lieu pour nicher. Malgré leur taille, ils ont la capacité de se fondre facilement dans leur environnement et sont très difficiles à repérer. Je suis vraiment désolée !

- Ne le sois pas, Luna ! Car en fait, j'en ai vu !

Le visage de Sarah s'illumina et elle raconta à sa nouvelle amie comment elle en avait vu avec l'aide du professeur Rogue. Luna fut impressionnée.

- J'aurais bien aimé les voir moi aussi, dit-elle. Maintenant que tu m'as parlé de ces animaux, j'aimerais bien en rencontrer ! As-tu pu trouver des plumes ?

- Oui, j'ai réussi à en trouver trois après leur passage.

Le professeur de Potions avait ensuite déposé ces trouvailles dans une boîte qu'elle gardait précieusement. Elle repensa à ce moment unique qu'elle avait passé avec Severus. Ce dernier avait su de Hagrid qu'elle recherchait activement des Oiseau-éléphants. Cela faisait plus d'un mois qu'il fouillait la Forêt pour trouver ces créatures et finalement, il en avait aperçu après de nombreuses excursions. Sarah avait été extrêmement touchée par le geste du professeur et l'avait mille fois remercié. A la fin, Severus, embarrassé, lui avait demandé d'arrêter d'un ton bourru.

- Pourquoi vous êtes-vous donné cette peine ? lui avait-elle demandé alors qu'ils retournaient dans le château.

Severus avait été pensif pendant quelques instants, puis, avait relevé la tête.

- Je me suis rendu compte que je vous avais mal jugé, lui avait-il répondu simplement d'un air tendu.

Voyant sa gêne, Sarah n'avait pas voulu l'embarrasser encore plus avec ses questions mais elle l'avait regardé longuement et s'était délectée de sa gêne.

Depuis, ses relations avec le professeur de DCFM s'étaient grandement améliorées bien qu'il restait toujours peu loquace et ne cherchait pas sa compagnie pour discuter avec elle. Néanmoins, c'était un grand pas en avant.

Luna et Rolf partirent de Poudlard le lendemain de leur retour. Il était temps pour Sarah de partir dans sa famille. Elle dit au revoir à Hagrid et aux professeurs qui étaient encore présents.

- Au revoir, Severus ! lui lança-t-elle alors qu'elle avait sa petite valise sous la main et qu'elle s'apprêtait à partir pour Pré-au-Lard chercher son portoloin.

- Faites bon voyage ! lui dit-il de sa voix nonchalante.

Mais le ton de sa voix n'était pas très avenante mais elle savait désormais que c'était juste sa façon d'être. Il n'était pas aussi expansif qu'elle et faisait des efforts pour sembler sympathique.

- Vous m'écrirez ? demanda-t-elle avec attente.

- Pourquoi donc vous écrirai-je ? s'exclama-t-il d'un air surpris.

- Pour me raconter vos vacances !

Severus renifla.

- J'accepte de vous appeler Sarah ! répliqua-t-il. N'attendez pas plus de moi !

- Vous n'êtes pas drôle, Severus ! sourit-elle. Moi, en tout cas, je vous écrirai !

Il leva les yeux au ciel.

- Si vous aimez perdre votre temps…

- Allez ! Dites que cela vous ferait plaisir de recevoir du courrier de ma part ! le taquina-t-elle avec un sourire en coin.

- Disparaissez de ma vue avant que je ne retire toutes les choses aimables que je vous ai dites dernièrement !

- Aimable ? Vous ? Aimable ? Je n'ai jamais rencontré un homme aussi peu éloquent que vous ! A part me dire "Bonjour !", "Bonsoir" ou "Comment allez-vous ?", je ne vous ai jamais entendu me dire quoi que ce soit d'autre !

- C'est que vous ne savez pas lire entre les lignes !

- Mais je rêve ! Il est grand temps que je parte d'ici ! Je perds mon temps à vous écouter ! lança-t-elle d'un air ironique. Au revoir, Severus !

- Au revoir, Sarah !

Il fit mine de vouloir lever sa main mais se retint. Sarah le regarda d'un air condescendant et leva sa main pour prendre la sienne et la serrer. Elle faillit éclater de rire tellement il se sentait mal à l'aise mais se retint. Severus n'aurait pas apprécié qu'elle se moque de lui.

Elle prit ensuite le chemin de Pré-au-Lard le coeur plus léger. Cela avait été une année riche en rebondissements sentimentales et elle était contente de rentrer dans son pays pour se reposer. Si l'année suivante serait aussi mouvementée, elle ne savait pas si son coeur tiendrait.

Elle arriva une demi-heure plus tard devant le grand manoir des Turner. Elle fut accueillie par Faith et alla directement dans sa chambre ranger ses affaires.


- Attention, Sarah ! la gronda sa grand-mère. Tu dois découper un peu plus soigneusement ces limaces. Elles doivent être parfaitement fendue sur toute la longueur mais il ne faut pas que leurs corps se déchirent. Recommence !

Sarah était dans l'atelier de Benedicte Turner pour un cours de potions avancé. Sa grand-mère, quand sa petite-fille était présente chez elle, en profitait toujours pour l'emmener dans son atelier et lui transmettre son savoir de potionniste. La jeune femme aux longs cheveux bruns levait toujours les yeux au ciel dès que sa grand-mère l'obligeait à étudier mais celle-ci avait été toujours été ferme. Elle devait apprendre à sa petite-fille des recettes de potions qu'elle seule connaissait.

- Je ne suis pas éternelle, lui lançait-elle à chaque fois. Qui prendra le relais si ce n'est pas toi ?

Et Sarah était obligée d'étudier alors qu'elle était en vacances. Mais au fond d'elle, elle était ravie de passer autant de temps avec sa grand-mère. Elle lui manquait et le sentiment était réciproque. Ces quelques heures passées leur permettaient de discuter de chose et d'autre, parfois, de choses un peu plus intimes.

- Alors, raconte-moi ! s'écria sa grand-mère subitement. Décris-moi ce beau jeune homme qui a ravi ton coeur !

- De quoi tu parles, Grand-mère ? demanda Sarah, faussement étonnée.

- Depuis que tu es rentrée, tu es très joyeuse. A Noël dernier, tu étais vraiment déprimée et je me demandais si ce n'était pas à cause du mal du pays. Mais cette fois-ci, tu es bien plus volubile qu'à ton habitude. Tu fredonnes même quand tu te promènes dans les jardins ou que tu tricotes ! Alors, dis-moi, qui est ce chanceux ?

Sarah jeta un regard en coin vers sa grand-mère. Celle-ci était occupée à découper du Sisymbre et ne la regardait pas mais Sarah savait pertinemment qu'elle ne lâcherait pas l'affaire. Benedicte Turner était certes connue pour ses talents de potionniste, mais elle était aussi connue pour sa ténacité et son obstination. Quand elle avait une idée en tête, il était difficile de l'ôter de son esprit.

Sa petite-fille soupira. Avait-elle réellement envie de parler de Severus Rogue ? Finalement, elle capitula.

- Il y a… en effet… un homme qui m'intéresse à Poudlard ! dit-elle d'une voix prudente.

- Ahah, s'écria-t-elle d'un air de conspiratrice. Et ?

- Et… c'est compliqué !

- Pourquoi ? Il est marié ?

Sarah faillit répondre à la négative mais finalement, elle ne connaissait pas la vie privée de Severus. Elle l'avait bien surpris avec une femme il y a six mois. "Surpris" était un bien grand mot. Elle avait juste entendu une femme l'interpeller "Chéri" mais elle ne connaissait pas la nature de leur relation, ni s'ils étaient encore ensemble ou pas. En tout cas, à part la fois où elle les avaient rencontrés à Pré-au-Lard avec George, elle ne les avait jamais revus. Elle espérait profondément que ce n'était qu'une histoire passagère.

- Je ne crois pas… qu'il soit marié… Est-ce qu'il a une petite amie ? Je ne sais pas non plus…

Sa grand-mère releva la tête de sa découpe et plissa les yeux.

- Il va falloir que tu m'en dises un peu plus, ma fille, car je ne comprends rien à ton histoire ! Et tu sais qu'à mon âge, j'aime bien que les choses soient claires ! lui lança-t-elle d'un ton réprobateur.

Sarah souffla à nouveau mais cette fois d'exaspération. Il était déjà difficile de savoir ce qu'elle ressentait, alors si elle devait tout expliquer à sa grand-mère… Mais elle n'eut pas vraiment le choix.

- C'est un professeur de Poudlard, il doit avoir une quarantaine d'année et il enseigne depuis très longtemps là-bas. Il n'a vraisemblablement jamais été marié mais je ne le connais pas assez pour savoir s'il est en couple ou non. Il est actuellement professeur de Défense Contre les Forces du Mal mais a été professeur de Potions pendant très longtemps.

- Oh ! s'écria sa grand-mère d'un air surpris. Tu parles du fameux Severus Rogue ?

- Vous le connaissez, Grand-mère ?

Sarah était interloquée et regarda franchement son interlocutrice.

- Je ne le connais pas directement car je ne l'ai jamais rencontré mais dans le milieu des potions, tout le monde connaît Severus Rogue, le grand potionniste !

- "Le grand potionniste" ? Comment se fait-il que je ne le connaisse pas ?

- Je ne sais pas, ma p'tite ! Mais ce n'est pas très encourageant pour tes élèves.

Benedicte Turner la regarda avec des yeux perçants, voire réprobateurs. Sarah se ratatina sur elle-même. Sa grand-mère faisait peur à voir quand elle agissait ainsi.

- Il a créé de nombreuses potions qui sont connus dans le monde entier, continua-t-elle, comme la potion d'aiguise-méninges ou l'amélioration de la potion de force.

- Oh, vraiment ?

- Il va vraiment falloir que tu révises tes classiques ! C'est bien de savoir faire des potions mais il faut aussi connaître les bases !

Sarah rougit. En tant que professeur de Potions, ce n'était pas très sérieux. Sa grand-mère avait raison.

- Donc, c'est de cet homme dont tu es amoureuse ! s'écria Mrs Turner d'un air entendu.

- Euh… amoureuse… c'est un bien grand mot… euh.. oui je l'apprécie… beaucoup !

- J'ai pas mal entendu parler de cet homme, réfléchit-elle. C'était un ancien Mangemort, non ?

- Oui mais c'était un double espion.

- Il a tué Albus Dumbledore.

- Oui mais il y avait été contraint et…

- Il paraît qu'il a failli mourir lors de la guerre contre Vous-Savez-Qui.

- Oui, en effet…

- Et j'ai entendu dire que ce n'était pas un homme… très agréable…

Sarah sourit. Oui, en effet, Severus Rogue était loin d'être agréable. Il était même glacial envers les gens qu'il n'aimait pas. Et les autres, eh bien, il les supportait. Sa grand-mère l'observa longuement.

- Je n'ai pas grand-chose à dire sur tes fréquentations mais ce Severus est-il vraiment un homme bien ? lui demanda-t-elle.

Sarah ne répondit pas immédiatement. Severus était un être méprisant, hautain et exigeant. Mais oui, c'était un homme bien, un homme certes difficile à comprendre mais un homme de valeur.

- Oui, Grand-mère, dit-elle avec un sourire. Severus est un homme de confiance. Il n'est pas commode mais quand on le connait un peu, on arrive à voir ce qu'il est au fond. Oui, c'est un homme bien.

Sa grand-mère inspira profondément.

- Je n'ai rien à rajouter alors !

Et elles continuèrent à travailler sur leurs potions.


Sarah dînait avec son frère, Fiona et sa grand-mère dans la grande salle à manger du manoir. Il était rare que son frère arrive assez tôt pour manger avec elles, terminant tous les soirs très tard de son travail à la banque. Ses trois neveux venaient juste de partir pour deux semaines chez les parents de Fiona et les adultes jouissaient enfin de leur premier soir au calme. Seule une partie de la grande table avait été dressée pour les quatre personnes.

Sarah mangeait silencieusement en lançant de temps en temps des coups d'oeil à sa grand-mère qui mâchait sa feuille de salade sans rien dire. Elle sentait qu'il y avait une certaine tension entre Harold et Fiona. Ils avaient l'air de s'être disputés juste avant le dîner et Sarah n'osait dire un seul mot. Finalement, son frère prit la parole.

- Tu profites bien de tes vacances, Sarah ? demanda-t-il en coupant son morceau de rôti de boeuf.

- Oui ! lui répondit-elle prudemment. J'ai passé toute la semaine avec Grand-mère à travailler sur les potions. J'en ai profité également pour relire un peu de théorie. Il semblerait que j'aie quelques lacunes.

Sarah lança un regard perçant à sa grand-mère qui continuait à manger son plat comme si de rien n'était.

- Honnêtement, j'ai toujours pensé que tu pourrais faire mieux que professeur de potions, s'exclama son frère l'air de rien.

Harold aimait souvent dénigrer le travail de Sarah. Malgré le statut de potionniste de sa propre grand-mère, il ne pouvait s'empêcher de penser que sa soeur aurait pu trouver un meilleur métier.

- Etre professeur de potions me convient parfaitement, répondit-elle d'une voix qui se voulait assurée.

- C'est parce que tu n'as pas conscience de tes capacités ! Si tu t'en donnais la peine, tu pourrais faire beaucoup mieux ! Tu es une personne diplomate et ordonnée quand tu le souhaites. Je suis sûre qu'un métier comme assistante de chef de cabinet au MACUSA te conviendrait mieux !

- Mais je n'ai pas envie de travailler dans un bureau ! Tu me vois, moi, assistante ?

- C'est bien mieux que de travailler au-dessus d'un chaudron toute la journée ?

- Bien sûr que non !

Harold renifla.

- Tu connais le député O'Brien, n'est-ce pas ? lui dit-il.

Sarah pâlit au nom de son ancien amant.

- Oui, je le connais. Et alors ?

- Il recherche une assistante dans son cabinet. Il m'en a parlé la semaine dernière et tu lui as fait grande impression la dernière fois que tu l'as vu.

Elle écarquilla les yeux. La dernière fois qu'elle avait vu le député, c'était dans une salle de bain et elle avait repoussé ses avances. Que lui voulait George O'Brien ?

- Il souhaiterait te proposer le poste ! dit son frère.

- Comment ? s'écria-t-elle d'une voix aiguë, à la limite de l'hystérie.

Sarah était indignée. Comment George avait-il osé faire une telle demande à son frère ? N'avait-il pas oublié leur dernière entrevue ? Et ses deux ans d'absence après leur rupture ?

- Oui, il m'a dit qu'il te sentait parfaitement capable de tenir un tel rôle. Ton caractère lui a plu.

- Harold, tu aurais dû immédiatement refusé une telle proposition, s'écria Sarah d'une voix colérique. Tu sais très bien que j'ai déjà un travail qui me plait. Et professeur de potions n'a rien à voir avec assistante d'un chef de cabinet. Comment peux-tu penser que je puisse accepter un tel poste ?

Son frère soupira d'exaspération.

- On ne peut vraiment rien te dire à toi, Miss "je-fais-ce-que-je-veux-depuis-que-je-suis-née" ! s'exclama-t-il d'une voix dure. Quand est-ce que tu vas mûrir un peu ? Tu ne vas quand même pas rester professeur de potions toute ta vie ? As-tu pensé à ta vie privée ? A construire une vie de famille ? Comment pourras-tu en créer une en vivant 100% de ta vie dans une école ?

- Il y a des professeurs qui ont une vie de famille à Poudlard et ça ne les dérange pas du tout dans leur travail ! Et qui te dit que j'aie envie d'une vie de famille ? Toi et Chesmu avez largement rempli le quota des Turner pour la prochaine génération !

- Tu dis n'importe quoi, la railla-t-il. De toute façon, tu as toujours été comme ça. Tu ne penses qu'à toi, à ne faire que ce qui te plait. Tu ne penses pas à ta famille, tu as toujours été égoïste !

- Non, ce n'est pas vrai ! répliqua-t-elle en jetant sa serviette sur la table.

La discussion prenait une direction qui ne l'enchantait guère et elle commençait à perdre patience.

- Les Turner ont des obligations, Sarah ! Malheureusement, j'ai l'impression que je suis le seul à être responsable dans cette famille ! Tu crois que c'est facile de gérer cette propriété seul. Non, pour toi, c'est simple ! Tu vis à des milliers de kilomètres d'ici !

- Si tu n'as pas le temps de t'en occuper, tu n'as qu'à engager un second contremaître ! Tu sais très bien que je n'ai jamais voulu m'occuper des terres de papa et maman.

- Oui, ça, j'avais bien compris !

- Tu veux quoi exactement, Harold ? lança Sarah, furieuse.

Son frère se tourna vers elle et la regarda dans les yeux.

- Que tu arrêtes de fuir tes responsabilités ! lui balança-t-il. Arrête d'être professeur dans une quelconque école, reviens ici aux Etats-Unis, travaille dans un boulot plus confortable, trouve-toi un mari qui pourra t'aider à gérer la propriété avec moi. Et si tu aimes tellement les potions, tu pourras en faire ici !

- Oh alors, c'est ça, la vraie raison ! Tu veux encore me marier avec l'un de tes banquiers bedonnants ! Il en est hors de question, Harold, tu m'entends ? Je ne reviendrai jamais ici pour… faire ce que tu as envie que je fasse. Je ne suis pas ta fille ! Je suis ta soeur et j'ai l'âge de faire ce que je veux ! Maintenant, si tu trouves que le travail de propriétaire terrien est au-delà de tes forces, je n'ai rien contre le fait de vendre des terres !

- Sarah ! s'écria sa grand-mère d'une voix outrée prenant pour la première fois la parole.

- Grand-mère, je n'ai pas peur de le dire ! Ce n'est pas de ma faute si papa et maman ont disparu. Si vraiment Harold ne peut pas tout gérer, il existe d'autres solutions mais qu'il ne me demande pas de revenir vivre ici pour s'occuper de cette propriété, je ne reviendrai jamais, en tout cas, pas pour ça !

Sarah, de rage, se leva de table et quitta sa famille. Harold ne la retint pas mais il serrait les poings sur la table ce qui en disait long sur son mécontentement.


Sarah décida de ne plus manger avec son frère, les semaines qui suivirent leur altercation. Si Fiona et sa grand-mère n'avaient rien dit pendant leur dispute, c'était parce qu'elles étaient au courant de ce que Harold comptait lui dire et elle avait dû mal à leur pardonner également.

Au bout de dix jours, la tension était devenue tellement forte entre les Turner qu'elle décida de partir plus tôt voir son frère Chesmu dans sa réserve dans le Mississippi. Dès qu'il avait consenti à l'accueillir plus rapidement que prévu, Sarah en avertit sa belle-soeur et sa grand-mère et partit le lendemain.

En l'embrassant, sa grand-mère lui glissa quelques mots.

- Tu reviendras ici avant de repartir en Grande-Bretagne ? lui demanda-t-elle, légèrement inquiète.

- Je pense oui, répondit-elle dans un souffle. Mais si je viens, il n'est pas question que l'on reparle de ce qu'a évoqué Harold. Tu connais très bien ma position.

- Oui, nous ne reviendrons pas sur le sujet, ne t'inquiète pas, accepta-t-elle.

Sarah transplana ensuite et atterrit aux abords d'une forêt qui se trouvait à l'entrée de la réserve.

Elle venait chaque été voir son frère Chesmu. Elle y restait en général une à deux semaines et profitait de ce moment pour célébrer un grand pow-wow qui rassemblait plusieurs tribus indiennes. La réserve dans laquelle vivait son frère ressemblait à une petite ville américaine tout à fait normale avec ses maisons, ses jardins, son petit centre-ville, ses petites boutiques. Malheureusement, la ville était loin d'être prospère et Sarah savait que beaucoup d'indiens de la réserve trouvaient difficilement du travail dans le coin. Ils partaient souvent pour plusieurs mois travailler sur des chantiers à l'autre bout du pays. Mais généralement, ils revenaient tous pour le grand pow-wow du 07 août car c'était une grande tradition pour eux.

Et malgré l'aspect de pauvreté que présentait la ville, Sarah aimait y aller : les habitants l'accueillaient toujours avec chaleur et elle avait l'impression de se sentir utile.

Étant venue avec une semaine d'avance, elle aida la communauté à organiser le pow-wow.

Chesmu, son frère chamane sorcier, était un membre important de la réserve. Il avait le rôle de guérisseur mais officiait également pour les mariages, les enterrements et les pow-wows. Sa femme, Nala, du même âge que Sarah, était étonnement belle avec ses traits fins, ses yeux marrons-verts en amande, ses longs cheveux noirs, sa peau légèrement foncée et sa grande taille. Malgré le fait qu'elle ait eu cinq enfants, cela ne se voyait pas sur son corps et Sarah l'observait souvent avec jalousie. Après avoir rangé ses affaires dans la chambre aménagée dans le grenier à son attention, elle redescendit dans la cuisine où cinq femmes, dont sa belle-soeur, s'affairaient devant les fourneaux.

Nala lui remit automatiquement un tablier blanc et Sarah fut de corvée d'épluchures de pommes de terre. La réserve allait accueillir près de 3000 personnes, soit deux fois plus que leur nombre habituel et ils devaient préparer la nourriture à l'avance, quitte à la congeler pour la ressortir le jour J.

- Alors, Sarah, lui lança une des amies de Nala qui découpait des carottes, t'es-tu trouvée un petit ami anglais ?

Depuis des années, tout le monde s'inquiétait de sa situation amoureuse. Cette question n'étonna pas la concernée bien qu'elle en fut irritée. Ces femmes n'avaient vraiment rien d'autre à lui demander…

- Non, pas encore ! répondit-elle en faisant attention à ne pas se couper les doigts.

- Il serait temps que tu te mettes en couple quand même ! s'écria une autre femme.

- Et pourquoi ? demanda-t-elle distraitement.

- Tu as presque 30 ans, ce serait bien d'y penser !

- Je suis très bien toute seule, répliqua-t-elle.

- Pourtant, il y a tellement de jeunes hommes intéressants ! s'exclama encore une autre femme.

- Josiah s'est marié il y a deux mois, dit la première femme qui avait parlé.

- Ah, je me rappelle qu'il te tournait un peu autour il y a quelques années, lança la deuxième.

Sarah se renfrogna. Elle se souvenait très bien des demandes insistantes de Josiah, un ami de son frère. Deux ans auparavant, elle était encore déprimée par sa rupture avec le député O'Brien et avait refusé toutes les avances de ses prétendants, dont celles de Josiah. Alors, donc, il allait se marier ? Cela ne lui fit pas de peine car elle n'avait jamais aimé le jeune homme. Certes, il était sympathique mais elle n'avait jamais été attirée par lui.

- En tout cas, je n'ai pas de petit ami anglais et je suis très heureuse sans ! dit-elle d'une voix implacable, fermant la discussion.

Les femmes échangèrent des regards et haussèrent les épaules. Elles changèrent finalement de sujet pour parler de leur sujet favori, les derniers ragots du village : untel qui avait dû quitter le village car il avait trompé sa femme, le bébé sans père d'une jeune indienne, la perte du travail d'un homme, la dernière altercation entre deux autres hommes…

Même si Sarah n'était pas portée sur ce genre de discussions, elle aimait l'ambiance frivole de ces moments : ça riait, s'esclaffait, se chuchotait des choses dans l'oreille, parlait de choses plus sérieuses… Cela lui changeait de sa vie monotone d'enseignante.

Elle passait chacune de ses soirées en compagnie de son frère, parfois sa belle-soeur se joignait à eux, pour discuter de sa vie en Ecosse ou de leur famille.

- Harold a été exécrable avec moi, lui avait-elle dit un soir avec véhémence. Il veut à tout prix me faire revenir aux Etats-Unis, pour travailler dans un bureau, me marier et l'aider sur le domaine.

- Harold est très inquiet pour ton avenir ! dit Chesmu d'une voix calme.

- Mais je m'en sors très bien ! Je n'ai pas besoin qu'il s'inquiète pour moi, répliqua-t-elle.

- Tu ne peux pas lui en vouloir Sarah. Il joue son rôle de grand frère. Depuis que nos parents ont disparu, il a de lourdes responsabilités. C'est difficile à gérer pour lui. Il s'est mal exprimé, il ne veut pas que tu reviennes l'aider dans le domaine, il veut surtout que tu ailles bien. Ne lui en veux pas trop !

Sarah se renfrogna mais ne trouva rien à dire. Elle détestait qu'on lui dise ce qu'elle devait faire. Harold s'inquiétait certainement pour elle mais ce n'est pas en lui imposant des choses qu'elle se montrerait plus conciliante. Si déjà il ne dénigrait plus son métier, peut-être s'ouvrirait-elle un peu plus à lui et discuteraient-ils. Mais pour l'instant, c'était trop lui demander.


Le grand pow-wow dura tout le week-end du 07 août. Des indiens muscogee vinrent de plusieurs états dans la petite ville du Mississippi. Sarah, tout comme son frère et sa belle-soeur, ne sut où donner de la tête. Elle était demandée à tous les stands. Étant la soeur du chamane sorcier du village, elle était sollicitée pour aider, parler, échanger. Pour la fête, elle avait revêtu un habit traditionnel. On lui demanda même de participer à un pow-wow, qu'elle refusa poliment. Elle n'avait pas dansé depuis des années et n'avait pas envie de se ridiculiser devant des milliers de personnes.

Pendant que Sarah déballait des tartes sous aluminium sur un stand, sa belle-soeur Nala vint la voir.

- Laisse ça ici, Sarah ! lui dit-elle.

- Mais pourquoi ? s'écria la jeune femme. Je dois mettre ces gâteaux sur la table et les proposer à la vente.

- Il faut que je te présente quelqu'un !

Sarah la regarda d'un air suspicieux. Depuis le début du week-end, les femmes mariées de la réserve lui avaient présenté des hommes célibataires, jeunes ou âgés. Elle en avait vu tellement que désormais, elle refusait toute nouvelle demande sans même jeter un oeil sur le prétendant.

- Ce n'est pas encore un homme, s'il te plait, Nala ! Je suis très bien toute seule !

- Mais cet homme est vraiment spécial, je suis sûre qu'il te conviendrait !

- Non, cela ne m'intéresse pas !

Elle s'était exclamée de façon véhémente. Cette fois, sa belle-soeur ne la lâcha pas, ce qui était différent de ses habitudes. Elle plissa les yeux quand elle la regarda.

- Comment ça ? Les hommes ne t'intéressent pas, c'est ça ? lui demanda-t-elle avec un air de connivence.

Sarah écarquilla les yeux. Et voilà qu'on la pensait gay ! Elle réfléchit un instant et se dit qu'on l'aurait certainement laissé tranquille si elle avait prétendu ne pas aimer les hommes. Elle était bête de ne pas y avoir pensé.

- Hum… oui… dit-elle en bredouillant.

- N'importe quoi ! balaya sa belle-soeur d'un revers de main. Tu ne pourras pas te défiler ! De plus, c'est un homme important, il est chef de son village, il est veuf et a une très belle position.

- Je ne veux pas y aller, Nala, répondit-elle d'une voix forte.

Mais la belle indienne lui prit carrément le bras et l'entraîna avec une poigne d'acier derrière elle. Des têtes se levèrent à leur passage. Afin de ne pas paraître ridicule, Sarah s'inclina et demanda à Nala de la lâcher.

- Tu verras, c'est un homme sympathique. Je te vois bien avec lui ! continua sa belle-soeur sans tenir compte du regard noir que Sarah lui lança.

Elles arrivèrent à l'entrée d'un des grands tipis qui avait été monté pour l'occasion et se retrouvèrent parmi un groupe d'hommes qui conversaient entre eux. Sarah vit son frère Chesmu discuter avec un homme brun aux cheveux courts d'une trentaine d'années. Il était habillé d'un regalia et s'était tracé une ligne rouge de peinture en plein milieu de son visage, de haut en bas. Malgré son aspect solennel, elle ne put s'empêcher de le trouver séduisant.

- Ah, voici ma soeur, Sarah ! s'écria Chesmu, elle s'assit à côté des deux hommes. Sarah, je te présente Keo, le chef de la réserve de Checotah.

- Enchanté ! lui lança l'homme en lui faisant un grand sourire.

- Enchantée ! ne put-elle que répondre en le dévisageant.

Elle remarqua immédiatement que ses yeux n'étaient pas totalement marrons, ils avaient une teinte plus claire, peut-être verte ou bleue foncée. Sans dire un seul mol, Chesmu les laissa seuls. Sarah commença à paniquer : quoi ? comment ? pourquoi ? Elle se sentit embarrassée.

- Est-ce la première fois que vous venez à ce pow-wow ? lui demanda-t-elle au bout de quelques instants, trouvant le silence trop lourd.

- Non, ce n'est pas la première fois, j'étais déjà venu il y a trois ans, lui répondit-il.

- Ah… j'ai dû vous rater car il me semble ne vous avoir jamais vu ici.

- C'est possible. Je n'étais pas encore le chef de la réserve à cette époque et n'avais pas un statut important, donc, vous n'avez pas dû me voir.

- Oui, désolée !

- Ne vous excusez pas !

Il lui sourit.

- Et… moi aussi… je suis comme vous… lui chuchota-t-il.

Sarah le regarda avec surprise. Qu'entendait-il par là ? Pour souligner ses mots, il bougea légèrement son bras et lui montra une baguette qui était cachée dans son pantalon.

- Oh ! s'écria-t-elle. C'est rare de voir des sorciers chez les indiens. Vous avez étudié à Ilvermorny ?

- Oui, mais c'était il y a bien longtemps. Je ne suis pas sûre de vous y avoir vu mais c'est normal, vous avez quelques années de moins que moi, je suis plutôt de la génération de votre frère, Chesmu.

- Je vois… et… veuillez excuser par avance ma curiosité mais ma belle-soeur… m'a dit que vous étiez veuf…

Son visage s'assombrit.

- J'ai perdu ma femme il y a presque deux ans maintenant.

- Oh, je suis vraiment désolée !

- Ne le soyez pas, ce n'est pas votre faute !

- Vous avez des enfants ?

- Non, malheureusement.

Un lourd silence s'installa entre l'homme et la femme. Sarah ne savait pas quoi dire de plus. Elle n'était pas franchement intéressée par Keo. C'est vrai qu'il était plutôt charmant, avec ses yeux magnifiques. Mais voilà… il y avait quelqu'un d'autre dans son coeur… Elle soupira. Etait-elle en train de passer à côté de quelque chose ? Elle était amoureuse de Severus mais que ressentait-il pour elle ? Certainement rien ! Alors pourquoi espérer ? Certes, il ne la méprisait plus aujourd'hui mais c'était tout...

- J'ai plombé l'ambiance, j'ai l'impression, dit Keo avec un petit rire nerveux.

- Non, pas du tout… mentit Sarah.

- Et je vois que vous êtes aussi mauvaise menteuse que moi !

Elle pouffa de rire.

- Je ne sais pas mentir…

- Moi non plus ! Cela nous fait au moins un point en commun !

Il lui fit un clin d'oeil. Sarah lui sourit. Ils se détendirent enfin et passèrent un moment à discuter ensemble, de tout et de rien. Puis, vint le moment où Keo devait participer à un pow-wow.

- Vous m'encouragerez, n'est-ce pas ? lui demanda-t-il.

- Oui, si vous le souhaitez.

Sarah ne put s'empêcher de ressentir son coeur palpiter quand elle vit l'homme se positionner en rond avec d'autres indiens en regalia et débuter sa danse. Cela faisait depuis longtemps qu'elle n'était pas sortie avec quelqu'un et elle ressentit un grand manque en le regardant danser. Si Keo tentait une approche, serait-elle seulement capable de le repousser ? Six mois auparavant, cela lui avait paru clair avec George car il l'avait trop fait souffrir mais et maintenant ? Pourquoi repousserait-elle cet homme alors qu'il n'y avait rien entre elle et Severus et qu'elle lui était totalement indifférente ?

Deux heures plus tard, l'homme qui avait terminé sa danse et avait pris le temps de se doucher, revint vers elle sans sa regalia, avec des vêtements simples d'indien. Il lui fit un grand sourire qui le rendit encore plus séduisant. Sarah avança vers lui en se disant qu'elle pouvait bien profiter de la vie de temps en temps...


*FIN DE L'INTERLUDE*