En voyant se découper dans l'entrée de Poudlard la figure muette du directeur, Severus se figea. Il envisagea brièvement de tourner les talons et de fuir dans le parc, mais à quoi bon ? De toute façon, l'adulte l'avait sûrement reconnu. À un moment ou à un autre, il devrait rendre des comptes et expliquer pourquoi il se trouvait hors de son dortoir après le couvre-feu.
Dumbledore l'observa un instant, avant de tourner son attention vers le corps inanimé. Il ranima Potter en un instant, sans s'embarrasser d'une incantation. Severus ne l'avait même pas vu sortir sa baguette. Sans un mot, il fit signe aux deux élèves de le suivre et se mit en chemin. Ils lui emboîtèrent le pas, non sans échanger des regards meurtriers.
Le binoclard n'ayant de toute évidence pas apprécié de se retrouver stupéfixé, brûlait visiblement d'envie d'ouvrir les hostilités. Le serpentard n'aurait pas demandé mieux, sûr de sa supériorité en combat singulier et fort de l'énergie qu'il avait récupérée un peu plus tôt. Cependant, ni l'un ni l'autre ne s'y risquèrent, impressionnés malgré eux par la silhouette derrière laquelle ils avançaient.
Severus profita du calme pour rassembler ses esprits et faire le point. Il allait certes devoir expliquer sa transgression des horaires, mais Potter aussi. En fait, il tenait là l'occasion de dénoncer les agissements des Maraudeurs, à commencer par le traquenard nocturne face à un loup-garou ! Cependant, il se remémora également les mises en garde du journal. Le directeur, alors simple enseignant, avait causé pas mal d'ennuis à Tom. Et maintenant qu'il se trouvait à la tête de l'école, son indulgence vis-à-vis des Maraudeurs était notoire. Cette année, ils avaient fini à de multiples reprises dans son bureau, sans pour autant qu'il les punisse. Le serpentard allait devoir se montrer convaincant.
L'idéal aurait consisté à ce qu'il fasse comme en classe, en s'adaptant à son interlocuteur comme il adaptait son attitude en fonction de chaque enseignant. Mais pour cela il aurait fallu bien connaître d'Albus Dumbledore alors qu'en fait, il ne savait pas grand-chose sur lui. Il le voyait surtout lors des repas dans la Grande Salle, trônant au centre de la table des professeurs. Il ne lui avait jamais parlé directement, car il échouait le plus souvent à l'infirmerie, quand il croisait les Maraudeurs. Le reste du temps, il ne voyait pas l'intérêt d'impliquer un adulte. Cette fois, il en irait différemment.
Perdu dans ses pensées, il sursauta quand ils s'arrêtèrent devant une statue de gargouille. Par contre, le passage dans le mur derrière la sculpture ne le surprit pas vraiment. L'escalier en colimaçon lui indiqua qu'ils montaient dans un espace plus restreint. Aussi ne marqua-t-il aucun étonnement quand ils débouchèrent dans une pièce circulaire, munie de nombreuses fenêtres. Elle comptait déjà deux occupants. Assis sur une chaise, Peter Pettigrow, mal à l'aise, ne cessait de jeter des coups d'œil de tous cotés. De toute évidence, il aurait préféré se trouver ailleurs. À côté de lui, Sirius Black dissimulait mieux sa nervosité. Néanmoins, en voyant les étudiants, il ne put retenir un cri de soulagement.
- James ! Et Servilus !
- Mon nom c'est Severus. Tu devrais prendre des cours de diction, Black !
« Jeunes gens, s'il vous plaît, un peu de calme. » Intervint le directeur, prenant pour la pre mière fois la parole. Il leur indiqua les chaises, avant de s'asseoir à son tour. « J'ai en effet découvert messieurs Rogue et Potter à proximité du château. Ils se trouvaient dans une étrange situation, puisque l'un d'entre eux gisait inanimé. Je serais d'ailleurs curieux se savoir comment c'est arrivé ? »
« Il m'a attaqué alors que je venais le sauver ! » s'écria Potter avec indignation.
« Pas du tout » rétorqua Severus scandalisé, « c'est… » Il s'interrompit. En parlant, il avait croisé le regard du directeur. Il connaissait l'impression qu'il ressentait soudain, pour en avoir lu la description. On tentait de connaître ses pensées via la légilimancie. Il dressa ses boucliers d'occlumens et vit le vieux sorcier détourner le regard, visiblement contrarié. On venait d'essayer de pratiquer sur lui, un élève mineur, une forme de magie de l'esprit sans même le prévenir. Si Tom ne l'avait pas mis en garde et poussé à se préparer, il se serait retrouvé sans défense.
Cette action le mit sur ses gardes. Il devait peut-être se préparer à un nouveau combat moins brutal, mais tout aussi âpre que celui qu'il venait de livrer. Il lui faudrait peser chaque mot. Il réalisa que personne ne savait qu'on l'avait accompagné. S'il mentionnait Vivane, les Maraudeurs dé couvriraient qu'il disposait d'alliés. Mieux valait biaiser. « C'est sûrement Potter qui a trébuché et réussi à s'envoyer un sort à lui-même. En même temps, il faut le comprendre. D'habitude, il m'attaque en traître et avec des complices. Le fait de se trouver seul face à moi a du le perturber. »
- Boucle-la, sale petit …
« Donc » intervint sereinement Dumbledore « vous ne verrez pas d'inconvénients à ce que j'examine votre baguette, monsieur Rogue ? Je dois vous avertir que pour un sorcier un peu habile, et j'ai la coquetterie de croire que c'est mon cas, il est possible de savoir quels sortilèges vous avez lancé. »
Clairement, le directeur ne le croyait pas et essayait de le pousser à avouer. Il fit appel à son occlumencie et mit ses émotions sous contrôle, avant de répondre.
- Faites donc ainsi, examinez nos baguettes … à moi et à Potter. Après tout, on s'est peut-être juste battus en duel. Comme j'ai gagné, il préfère inventer une histoire.
- Tu vas-te taire, espèce de …
« C'est pour un duel que vous êtes sortis après le couvre-feu ? » reprit le vieux sorcier. Bon, il changeait d'angle d'attaque et soulignait les infractions au règlement, sans se préoccuper du Gryffondor. Il ne faisait aucune allusion au loup-garou. Était-il seulement au courant ?
« En tout cas ma baguette vous prouvera que, ce soir, je n'ai utilisé que des sortilèges classiques. » Comme il bénissait Tom, qui lui avait déconseillé de pratiquer la magie noire. Tous les conseils du journal s'avéraient pertinents. « Je me suis surtout servi de Lumos, et de mes connaissances en métamorphose. Il s'agissait de la seule solution pour faire face à la créature magique que j'ai dû affronter. » En prononçant ces mots, il fixa le directeur qui ne broncha pas. Il savait.
- Une créature magique à laquelle je n'aurais jamais pu accéder si on ne m'avait pas indiqué sa cachette.
- C'était une blague Servilus ! Tu n'avais qu'à rester planqué !
- Une blague, Black ? Pour toi, c'est une blague, quand vous m'attaquez à quatre contre un, avec ta bande ? C'est une blague, quand tu te saoules avant d'entreprendre de traîner une gamine de quatorze ans dans une alcôve, malgré ses protestations? Tu n'es qu'une racaille !
- Calmez-vous mes enfants. Monsieur Rogue, je peux vous assurer que Monsieur Black sera sanctionné comme il convient. Il faut cependant noter qu'il est venu me prévenir. Il se retrouvera en retenue…
- Des retenues ? Il a essayé de me tuer ! Il m'a envoyé dans la gueule d'un monstre !
- Ne dis plus jamais ce mot. PLUS JAMAIS !
Potter s'était levé, furieux. Black également. Même Pettigrow semblait contrarié. C'est à cet instant qu'il comprit.
Il n'y avait que trois membres du gang présent. L'odeur vaguement familière avant d'affronter la bête, il savait d'où elle venait. Il s'était étonné du contraste entre sa senteur sauvage et l'effacement de son propriétaire. Quelqu'un avec une maladie bizarre qui lui donnait des cicatrices et qui l'envoyait régulièrement à l'infirmerie. À chaque pleine lune, en fait.
« Lupin est un loup-garou. » Il se tourna vers Dumbledore.
- Comment est-ce que vous pouvez le laisser aller à l'école avec nous ?
- Monsieur Lupin est un jeune homme remarquable, malheureusement affligé par un terrible malheur. Il mérite qu'on lui donne la chance de recevoir une éducation de qualité, afin de pouvoir…
- Quand ils sauront avec qui leurs enfants vont en classe, il se trouvera des parents pour y mettre bon ordre !
- Monsieur Rogue, personne n'apprendra cette information. Elle est confidentielle et elle le restera. Me suis-je bien fait comprendre ?
Le vieux sorcier n'avait pas élevé la voix, ou même durci le ton, mais ce n'était pas nécessaire. Il se dégageait de toute sa personne une aura de puissance qui semblait envahir la pièce, tandis qu'il contemplait nonchalamment sa baguette. Severus n'arrivait pas à le croire. Le directeur n'allait quand même pas dissimuler une tentative de meurtre pour protéger une créature maudite ? Et en présence du coupable, qui plus est !
Un affreux doute s'insinua dans son esprit. Lui seul pouvait vendre la mèche. Il ne pensait pas que Dumbledore l'agresserait physiquement, mais il suffisait d'un sortilège d'Oubliette pour résoudre le problème. Malgré ses talents d'occlumens, le serpentard sentait bien qu'il ne pourrait pas résister. Au mieux, il réaliserait qu'on avait modifié ses souvenirs. Il fallait qu'il gagne du temps.
Son Tom intérieur lui suggérait essayer au moins d'obtenir une punition plus sévère pour Black, quand la porte extérieure s'ouvrit à la volée, pour révéler Horace Slughorn. Le professeur, vêtu d'un pyjama vert émeraude semblait mal réveillé. Il pénétra cependant rapidement dans la pièce. Il devait sans doute cette célérité aux deux personnes qui l'accompagnaient et paraissaient le propulser devant elles. Severus aperçut d'abord une femme inconnue, mais ressemblant beaucoup à Viviane et Victoire. À ses côtés, un homme que l'étudiant n'avait jamais rencontré, mais dont la photo avait trôné en première page des journaux à de nombreuses reprises.
« Lord Black, madame Arès » les accueillit Dumbledore, sans parvenir à dissimuler sa surprise. « Qu'est-ce qui me vaut l'honneur d'une visite si tardive ? »
Les nouveaux venus se tournèrent vers lui.
« Nous arrivons de l'hôpital » commença la sorcière. « Nous nous sommes rencontrés là-bas, au chevet de nos enfants. Je pensais que ma fille avait eu un sérieux accident, mais une conversation avec Orion et les guérisseurs a montré qu'il s'agissait de quelque chose d'encore plus grave. J'ai contacté Horace par cheminette, pour savoir ce qui se passait à Poudlard. Quand il a fallu que je le réveille, j'ai réalisé que lui, un enseignant, ne se trouvait pas au courant. Nous avons décidé de venir sur place pour être fixés. »
- Un tel sens du devoir parental vous fait honneur, mais je vous assure que notre école est le lieu le plus sûr du pays. Elle présente des garanties de sécurité…
- Une de mes filles est à Sainte-Mangouste, alors qu'elle devrait dormir ici, je ne veux pas que la seconde connaisse le même sort.
- En fait, je réalise que vous n'avez pas mentionné la raison de l'hospitalisation de ces jeunes gens. Si vous pouviez préciser …
« Les loups-garous, Dumbledore ! » tonna Lord Black. Jusqu'ici il n'avait pas dit un mot, mais le manque de coopération du vieux sorcier semblait l'exaspérer.
- Il y a eu une attaque de ces bêtes dans votre établissement soi-disant si bien sécurisé et vous ne le savez même pas ? Vous, le directeur ? Je peux vous garantir que le Conseil des Gouverneurs aura de mes nouvelles !
- Lord Black, il ne sert à rien…
- Je n'ai pas terminé. Regulus est à l'hôpital parce qu'une de ces créatures a pénétré dans l'enceinte du château. Puisque c'est moi qui vous l'apprend, je vais aussi vous dire ce que vous allez faire. Réveillez tous le personnel du château, inspectez les dortoirs puis bloquez en les accès et organisez une battue. Je veux qu'on trouve cette abomination et je veux qu'on l'abatte. On ne s'attaque pas impunément à un membre de la maison des Black. Je ne partirai pas sans la carcasse de ce monstre. Je ferais poser sa tête à côté de celle des …
- Ne touche pas à Rémus !
Tous les élèves étaient restés pétrifiés devant la fureur de l'aristocrate, mais le sort qu'il entendait réserver à Lupin avait fait réagir son fils. À moins que Sirius Black n'ait tout simplement voulu une fois de plus se rebeller.
Son père le regarda surpris, lui prêtant attention pour la première fois. « Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Et tu n'es pas seul » remarqua-t-il. « Le loup-garou vous a aussi attaqués ? Et pourquoi me parles-tu de Rémus ? C'est le seul de ta bande de vauriens qui … » Il se tourna vers Dumbledore livide. « Ce n'est pas une intrusion. Un de vos élèves est un loup-garou. Depuis quand est-ce que vous le savez ? »
- Horace, veux tu bien raccompagner nos jeunes amis à leurs dortoirs, je te prie ? Il se fait tard, et il ne faudrait pas que la fatigue les empêche de se concentrer en classe. Je dois m'entretenir seul-à-seul avec Lord Orion Black et madame Adams-Arès.
Dumbledore ponctua ses paroles d'un profond soupir. À cet instant, il paraissait particulièrement âgé et las, bien éloigné du puissant mage qui effrayait tant Severus un peu plus tôt. Le contraste s'avérait si frappant que, soulagé, le serpentard ne put résister à l'envie d'ironiser.
- Dans ces conditions, je crois que je peux vous promettre que je ne révélerai rien de ce qui s'est passé au bout du tunnel, ce soir.
À ce moment-là, le vieux sorcier leva la tête et l'étudiant vit avec surprise un éclair de satisfaction traverser son regard. Il n'eut guère le temps de s'interroger, car à peine eut-il quitté la pièce, que le bellâtre explosait. « Qu'est-ce qui est arrivé à mon frère ! ? »
- Tu connais beaucoup de duel sans témoin pour t'assister ?
- T'aurais pas dû l'impliquer. Tout ça, c'est ta faute !
- Bien sûr tu aurais préféré que je vienne seul pour me faire agresser par …
- C'était une blague ! Je te préviens si Regulus est à l'hôpital à cause de toi, ou d'un autre de ces sales petits serpentards qui …
- Monsieur Black, je vous prierais de modérer vos propos. Je comprends aisément que le bien-être de votre frère vous tienne à cœur, mais il se trouve qu'il appartient également à ma pauvre maison. De grâce, un peu d'indulgence.
Malgré sa nonchalance, son air débonnaire, et son age Slughorn n'en restait pas moins un adulte, un professeur et un serpentard qui plus est. Même vêtu d'un simple pyjama, Severus ne doutait pas un instant de sa capacité à gérer seul trois Maraudeurs, fussent-ils extrêmement mécontents. Pour une fois qu'il décidait de s'impliquer.
À son grand regret, les membres du gang semblaient l'avoir compris également. Ils cheminèrent tous en silence, le serpentard s'arrangeant pour rester dans le champ de vison de son directeur de maison. Une fois les gryffondors arrivés à bon port, l'enseignant s'entretint quelques instants avec le portrait magique qui dissimulait l'entrée aux quartiers des lions. Alors qu'il regagnait les cachots verts et argents avec son dernier élève, il expliqua :
- J'ai négocié avec le tableau, cette nuit le passage restera fermé. Cependant dès demain, les étudiants pourront aller et venir aux horaires qui leur conviennent. C'est tout ce que j'ai pu obtenir.
En bon Serpentard, Severus prit ces paroles pour une invitation à discuter. L'adulte engageait la conversation car il cherchait à en savoir plus. Ça tombait bien, lui aussi. Une question lui brûlait les lèvres.
- Vous saviez que, parmi les élèves…
- Le directeur n'a jamais mentionné spécifiquement monsieur Lupin auprès du corps enseignant. Mais une personne observatrice pouvait finir par s'apercevoir qu'il s'agissait d'un étudiant qui tombait malade régulièrement. Et toujours à la même période.
Severus se sentit stupide de ne pas l'avoir remarqué. Il se consola en se disant que Tom non plus n'avait pas fait le lien.
- De mon côté, Monsieur Rogue, j'avoue ne pas avoir très bien compris ce que vous faisiez dans le bureau du directeur à cette heure tardive. Je vous ai entendu mentionner un duel ?
- Tout a commencé avec une provocation de Black dans la bibliothèque. Pour le reste, je ne vous apprends pas que ce genre de combat nécessite le plus souvent des témoins. Ni que certains Gryffondors ont un sens de l'humour particulièrement déplacé.
L'enseignant disposait de suffisamment d'informations pour en déduire ce qui s'était passé. Le quatrième année préférait ne pas fournir d'éléments qui risquaient de lui valoir une punition. Bien lui en prit.
« De mon coté, je ne vous apprendrai pas que Poudlard interdit formellement les duels. À fortiori en pleine nuit. » L'adulte se tut un instant avant de reprendre. « Les choses auraient pu très mal tourner mon garçon. »
Sur ce point, il avait raison, mais il ne semblait pas vouloir le sanctionner. Peut-être jugeait-il que ça lui servirait de leçon ? Autant abonder dans son sens.
- Je n'ai pas de blessures, j'en suis quitte pour la peur, et je peux vous assurer qu'on ne m'y reprendra pas. De toute façon, le véritable responsable de toute cette histoire rend des comptes en ce moment même.
L'idée du vieux sorcier affrontant la colère de deux parents furieux s'avéra particulièrement réjouissante, mais Slughorn ne semblait pas du même avis.
- Ne sous-estimez pas notre directeur, il a de la ressource. De plus son poste lui confère certaines attributions, qui peuvent s'avérer redoutables. Surtout utilisées par un sorcier aussi remarquable qu'Albus. Votre promesse au moment de partir, ne constituait pas une très bonne idée.
Il s'agissait clairement d'une mise en garde, mais Severus ne la comprenait pas. Le directeur allait le prendre en grippe ? Il avait déjà fait pression pour qu'il passe sous silence une tentative de meurtre, il pouvait difficilement faire pire. Pour l'heure, ils arrivait aux quartiers de Serpentard, et il avait hâte de tout raconter au carnet.
Il fila vers le dortoir et attrapa le journal.
- Je suis de retour, Tom.
- Ça s'est bien passé ? Tu n'est pas blessé ?
- Juste quelques égratignures. J'ai eu de la chance, parce que…
Il s'interrompit, les mots se refusaient à lui et il ne comprenait pas pourquoi. Comme si une forme de pression magique le bloquait.
« Il y a un souci. On dirait qu'une espèce de tabou m'empêche de révéler quoi que ce soit. » Le verbe utilisé lui rappela la phrase prononcée dans le bureau du directeur. « Tout-à-l'heure, je me suis retrouvé face à Dumbledore et je lui ai fait une promesse. Ça a peut-être un rapport, mais ce serait bizarre, je me suis contenté de parler. » Au moins, constata-t-il avec soulagement, il pouvait évoquer ce dernier événement.
- Tu as utilisé le verbe promettre ?
- Oui.
- Je me souviens avoir lu quelque chose à ce sujet, il y a longtemps… Une rumeur comme quoi le magicien dirigeant Poudlard posséderait des prérogatives sortant de l'ordinaire. Pour discipliner les élèves les plus récalcitrants, il pourrait leur faire passer des contrats magiques.
- Quoi ? Mais ce n'est pas possible, je n'ai rien signé, il n'y a aucun document écrit.
- Tu as déjà entendu parler du Tournoi des trois sorciers ?
- Cette vieille compétition stupide où des étudiants sans cervelle risquaient leur vie pour un titre futile ?
- Ne soit pas si négatif, je suis sûr qu'on pourrait trouver une utilité à cet événement en cherchant bien.. Quoi qu'il en soit, ceux qui voulaient y participer devaient déposer un papier avec leur nom dans un objet magique, la Coupe de feu. Sauf qu'on pouvait y inscrire un autre nom que le sien. Et si la Coupe le décidait, une personne qui n'avait rien demandé devait participer au tournoi, car elle se retrouvait engagée par un contrat magique.
- Mais c'est injuste !
- Notre monde conjugue juridisme et sorcellerie, mais on y trouve aussi des gens qui n'hésitent pas à abuser de ces pouvoirs. Ils ne valent pas mieux que les moldus. Malheureusement, il y en a un à la tête de Poudlard. Mais tu ne manques pas totalement de ressources toi non plus puisque tu es un serpentard ! Rappelle-toi les paroles de ton contrat, et cherche la faille.
Le quatrième année se creusa la cervelle et finit par écrire.
- En ce moment, je pense à mon futur maître des potions, et aussi à ce que tu peux voir sur le calendrier des cycles naturels que je t'ai fait passer.
- D'un côté, cette nuit, c'est la pleine lune. De l'autre, tu as Damocles Belby. Tu n'as pas fait allusion à mon projet de recherche, donc il ne s'agit pas d'ingrédients pour les philtres. Peut-être plutôt des créatures magiques ? Il n'y en a pas beaucoup qui se trouvent liées à la pleine lune… Oh. Tu es sûr que tu n'es pas blessé ?
- Il n'y a pas à s'inquiéter. Par contre Viviane et Régulus sont à l'hopital.
Il ne savait pas si le journal avait compris pour Rémus, et il ne comptait pas vérifier. Il sentait déjà qu'il se trouvait à la limite de ce que le contrat lui permettait. Cette pensée le ramena à Dumbledore. Tom avait eu raison de le mettre en garde. Heureusement, le vieux sorcier ne s'en sortirait pas cette fois. Il fallait qu'il essaye de le mentionner.
- Il y a deux parents extrêmement mécontents dans le bureau du directeur. Ça va mal se passer pour lui.
- N'en soit pas si sûr, Merlin seul sait ce qu'il peut inventer. Quand j'étais étudiant, outre la légilimancie, il ne rechignait pas à utiliser une variante encore moins connue, la magie de compulsion. Je ne t'en ai pas parlé, parce qu'on ne peut pas forcer les gens, juste les inciter et que je pensais que l'occlumencie te protégerait. Je n'aurais jamais imaginé qu'il combinerait cette technique avec un contrat magique. Il ne dirigeait pas l'école à mon époque, excuse-moi.
- Ce n'est pas de ta faute, c'est lui qui n'a aucun scrupule.
- C'est vrai, mais quand même. Si ça peut te consoler, pour passer un contrat de ce type il faut utiliser une magie très ancienne, rarement pratiquée, que tu ne retrouveras pas souvent. Malheureusement pour toi, on a créé Poudlard, voici plus de mille ans. Normalement, les obligations liées à un contrat passé par un sorcier mineur disparaissent à sa majorité. Et si tu te retrouves encore face à Dumbledore dans ce genre d'affaire tu peux demander l'assistance d'une personne majeure, tant que tu n'as pas dix-sept ans. Mais ça prouve bien que même face à des magiciens adultes, Dumbledore, malgré ses fautes peut encore s'en sortir.
Severus se jura bien de redoubler de vigilance. Il ferait le maximum pour éviter de se retrouver à nouveau face au directeur. Il se demanda brièvement si le contrat passé à son insu l'avait influencé sa conversation avec Slughorn. En tout cas, il allait se pencher sur les bases juridiques du monde magique. Il avait lu quelques articles liés aux potions, suite aux recommandations des sœurs Arès, mais il devrait aller plus loin. Cette pensée le ramena à Viviane. Sans elle et Régulus, il aurait dû se débrouiller seul dans le bureau du directeur.
Même si ça lui coûtait de l'admettre, cette nuit, la présence d'alliés à ses côtés s'était avérée un atout précieux. Il faudrait qu'il cultive leurs relations. Après tout il avait bien écrit à un moldu comme monsieur Evans, durant l'année, il pouvait bien faire de même avec des étudiants de Poudlard pendant les vacances.
Comme il ne parvenait pas à s'endormir, il commença à dresser mentalement une liste de sujets à aborder dans des courriers. Après réflexion, parler des professeurs lui sembla une idée pertinente. Il succomba au sommeil alors qu'il essayait d'établir un parallèle entre l'enseignant en charge de la défense contre les forces du mal et Hagrid, le garde-chasse de l'école.
NDA : dans les romans de JK, les contrats magiques m'ont toujours posé problème. Je comprends qu'il fallait une raison pour pousser Harry à participer au tournoi des 3 sorciers, dans le volume 4, mais il s'agit d'un outil bien trop puissant. Il suffit de voir comment Hermione s'en sert dans le volume 5 pour châtier la traîtresse qui a livré l'Armée de Dumbledore.
Il y a d'autres exemples du même genre : Felix Felicis utilisée +/- une fois dans le volume 6 et plus jamais après car "trop difficile à brasser" (c'est clair qu'un espion / professeur de potion n'aurait eu aucun intérêt à disposer de cet atout ...) On pourrait aussi parler de la carte des Maraudeurs : si le volume 4, on ne démasque pas le faux Maugrey, c'est uniquement parce qu'il s'appelle Barty Crouch comme son père. Quelle heureuse coïncidence ...
Tous ces outils me mettent mal à l'aise de par leur potentiel quasi illimité. C'est pour ça que j'ai introduit dans ce chapitre quelques limites aux contrats magiques.
Sinon, merci à celle qui a pris le temps de m'écrire une review pour mon chapitre précédent. Elle se reconnaîtra même si elle est anonyme. ;-)
