Chapitre 17 : Les Potions de Grands Pouvoirs
La discussion pour savoir si Drago Malefoy était l'héritier de Serpentard rappela étrangement à Harry leur dispute à propos de Rogue l'année précédente, et il était difficile de mettre des mots sur son objection alors que Ron était en pleine tirade sur les sorciers maléfiques, et Harry devait reconnaître que Lucius Malefoy était drôlement louche. Ce n'était pas comme si Drago était quelqu'un de bien, après tout.
Et puis Hermione dit, en toute innocence, "Il y a beaucoup de potions puissantes dans Les Potions de Grands Pouvoirs, je suis sûre qu'on pourrait en copier quelques unes avant de rendre le livre à la bibliothèque," et Harry était fichu.
Même si ce n'était pas Malefoy, en toute logique ça devait être un Serpentard, non ? Héritier de Serpentard, après tout. Ça pouvait être Crabbe. Harry se méfiait de Crabbe, et torturer des chats c'était bien son genre, même si Harry n'était pas sûr qu'il soit assez intelligent pour torturer des chats.
Harry faisait les cents pas dans les toilettes de Mimi Geignarde, gardant un œil sur la porte et les fenêtres. Il devrait y avoir assez de courants d'air pour éviter une répétition de l'incident de Rogue Sentant ses Cheveux (grâce au ciel Drago n'avait jamais entendu parler de ça). Si les toilettes étaient moins sales et abîmées, elles seraient vraiment pas mal, pour des toilettes. Les filles avaient toujours les plus beaux trucs. Il y avait même un serpent gravé sur un des robinets. Les serpents, se dit joyeusement Harry, portaient chance.
Le fait qu'Hermione soit celle qui l'encourage à braver le règlement était une expérience très déstabilisante, pensa Harry un peu plus tard. L'idée de voler quelque chose dans les réserves de Rogue provoquait dans sa tête toutes les sirènes d'alarme, mais… bon. C'était Hermione.
Battre Malefoy au Quidditch fut le seul point positif de la semaine, si on pouvait considérer comme positif le fait de se péter le bras.
Le vol fut facile, même si la nuit précédente Harry n'avait pas réussi à dormir. Un feu d'artifice envoyé dans le chaudron de potion d'Enflure de Crabbe produisit une bonne diversion, Hermione accomplit sa tâche, et Harry essaya d'ignorer le regard de Rogue et le ton de sa voix.
"Si je trouve la personne qui a lancé ceci," murmura Rogue, "Je m'assurerai que cette personne soit renvoyée."
Le premier indice fut les gestes frénétiques de Neville le lendemain matin au petit déjeuner, signe universel pour 'Rogue, juste derrière toi !'
Harry et Ron se figèrent sur place, et Hermione eut un sourire faussement à l'aise.
"Bonjour, professeur," dit-elle d'une voix aiguë.
"Potter. Je demande une minute de votre temps après vos cours aujourd'hui."
"… à propos de quoi, professeur ?" demanda Harry, se retournant pour le regarder.
Ignorant totalement la question, Rogue se dirigea vers la table des professeurs.
"Il ne fait aucun bruit quand il bouge," siffla Ron. "Il doit être en partie vampire."
"Je ne pense pas qu'on peut trouver des hybrides de vampire," dit Hermione d'un ton plein de doutes. "Ce n'est dans aucun livre."
"Il n'a rien à te reprocher," dit Ron d'un ton ferme. "Donc ne t'en fais pas."
Harry songea à des professeurs qui pouvaient lire les pensées, à de la peau de serpent d'arbre du Cap dérobée dans un placard, à la tête de Malefoy quand il avait été touché par la potion d'Enflure, et se dit que ce ne serait probablement pas si simple.
"Il a probablement juste envie d'engueuler quelqu'un," dit Harry comme si de rien n'était. "Ou il veut encore me faire gratter des limaces séchées."
"Tu devrais vraiment en parler au professeur McGonagall, Harry," commenta Hermione. "Il est injuste envers toi."
"Alors le professeur Rogue lui dirait que Harry a ouvert la Chambre des Secrets, lancé des feux d'artifice et je sais pas quoi," protesta Ron. "Je ne pense pas que ça finira bien, si ?"
La discussion continua de façon habituelle, et Harry se détendit un peu.
Rogue se tenait à l'avant de la classe de Potions, et tenait un énorme livre bleu. Il désigna un tabouret. Harry s'assit en évitant de croiser son regard, l'esprit vide comme s'il attendait qu'un vif d'or apparaisse dans son champ de vision.
"Assis. Lisez."
Le livre que Rogue lui tendit était un vieux volume épais, relié en cuir de dragon, presque plus grand que Harry lui-même. Harry le cala contre la table et regarda le parchemin, déchiffrant l'écriture manuscrite.
Et lorsqu'arriva le temps où le Voleur fut Découvert, il fut découvert qu'il avait été un Maître, et tous furent fort Marris qu'une telle chose pût avoir été commise par un des Leurs. Lors donc il fut agréé que Personne ne lui achèterait et que Personne ne lui vendrait. Il n'était Personne, et sa maîtrise n'était rien. Car fort bien, n'est-il pas le Plus Noir des péchés que de prendre le travail d'un autre, préparé par leurs mains et pour leurs besoins ? Ne sommes-nous pas une Confrérie ?
À quel point Harry arrêta de lire et resta là à regarder le texte, se sentant assommé et épouvantable et comme la plus abjecte des raclures d'égouts. Ce n'était pas comme s'il faisait une habitude de voler, quand il n'avait pas de bonne raison. De la nourriture, parfois, mais c'était différent, il ne pensait pas que le professeur Rogue soit contre ça-
Il jeta un œil au professeur et décida que si, le professeur Rogue serait probablement contre ça.
"Essayez-vous de vous faire renvoyer, Potter ?" demanda doucement son professeur. "Il y a des méthodes plus faciles."
"Non, monsieur."
"J'attends une excuse, alors. Je m'attends à quelque chose d'exceptionnel."
Harry se mit à penser à des excuses, et à des raisons, et à Hermione. Il pensa à ses rêves de futur, qui s'il survivait jusqu'à l'âge adulte, impliquaient souvent le professeur Rogue lui présentant ses excuses à un moment ou à un autre pour s'être comporté comme un cafard graisseux, et reconnaissant qu'il était vraiment doué en Potions, et pourraient-ils… faire quelque chose de vague et d'indéfini ensemble. Créer une nouvelle potion, peut-être. Sans que Rogue le traite d'idiot, de préférence, mais les rêves de Harry n'étaient pas à ce point séparés de la réalité.
"Je n'ai rien fait," articula Harry. "Mais si j'avais fait quelque chose, ça serait seulement pour une raison importante."
"Importante. Les enfants de douze ans ne font pas de choses importantes, Monsieur Potter. C'est à ça que servent les adultes."
Harry ne trouva rien à répondre à ça.
"Vous avez bien conscience qu'en cas de choses importantes – d'urgences – la réaction adéquate consiste à aller voir un adulte ?"
Harry tourna ça dans sa tête. Rogue parlait toujours dans cette voix effrayante, douce, presque un murmure.
"Le professeur McGonagall ne m'a pas cru l'année dernière, à propos de Voldemort," dit Harry, fixant le livre des yeux.
"Alors choisissez un autre adulte, Potter," dit Rogue d'une voix sèche.
Harry sursauta et croisa le regard de son professeur avec stupéfaction.
"Professeur Rogue," dit Harry très, très lentement, "Est-ce que vous me demandez de vous faire confiance ?"
Ils s'observèrent un long moment.
"Ne parlez plus jamais de ça," dit Rogue.
"D'accord," acquiesça vivement Harry avant de sauter du tabouret. Ce n'était pas sensé, ou gentil, de parler du moment où un professeur avait sombré dans la folie.
