Bonjour, bonjour, et surtout bonne année!
J'espère que vous allez tous bien.
Voici le nouveau chapitre! Par contre, ne vous emballez pas tout de suite au niveau du titre.
D'ailleurs, j'ai une petite anecdote marrante là-dessus: Eclipse a justement mentionné ce sujet dans un commentaire qu'elle m'a envoyé alors que j'avais déjà fini d'écrire le chapitre. La coïncidence m'a fait bien rire! Et comme je le lui ai dit dans ma réponse, oui, le sujet est abordé, mais non… ça va pas être ce que vous pensiez. ^^
Et à ce propos, je réalise que peu de personnes partagent la même vue que moi sur ce sujet. Alors, si cela étonne, vous interroge, n'hésitez pas à venir vers moi avec vos questions en mp et nous pourrons en discuter tranquillement. C'est un sujet dont on parle constamment, d'une manière ou d'une autre, mais depuis deux cent ans, voire un peu plus, j'ai l'impression que notre société perd la raison en allant d'un extrême à un autre.
En tout cas, je réclame à nouveau votre indulgence. Ma beta reader n'a pas eu le temps de repasser derrière moi à cause de vilains partiels.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser, donc, pour toute faute qui pourrait subsister, ainsi que pour des lourdeurs dans le style, des incohérences dans le fil rouge, ou quoi que ce soit. Le chapitre n'a pas été facile à écrire et j'ai peur que cela s'en ressente. Je tâcherai de faire mieux la prochaine fois et vos remarques m'aideront beaucoup à m'améliorer, donc, n'hésitez pas!
Et sur ce, bonne lectuuuuure! ^^
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Chapitre 14 – Mariage
On parle sans cesse d'amour, de passion, de sentiment.
Mais on se souvient rarement de l'importance de la volonté et du respect de la parole donnée.
On nous donne des recettes, des méthodes, des « 10 façons de… ». Cependant, les seuls mariages heureux, durables et rayonnants que j'ai pu observer sont ceux basés sur ces fondements :
Confiance, respect de l'autre dans sa différence et sa ressemblance, estime et tendresse, dialogue et franchise, connaissance de l'autre, complémentarité, respect de la parole donnée, sens du devoir et des responsabilités.
Ajoutez à cela, le grain de sel, l'épice qui souligne toute la saveur de cette union : que la femme soit source d'émerveillement chez son époux, et l'homme, source d'admiration pour son épouse.
Et sur ce terreau, on bâtit une promesse inviolable, un engagement pour la vie, la volonté, renouvelée chaque jour, d'œuvrer pour le bien de l'autre, pour celui de la famille ainsi fondée et des enfants qui adviendront, à travers les changements, les circonstances imprévues, les dissensions qui peuvent naître.
Car le mariage implique pour chacune des deux personnes la mort de l'égoïsme.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 18 Novembre –
Byakuya patientait devant l'entrée du cabanon. Il avait demandé à son grand-père de le rejoindre à cet endroit, désirant lui fournir les preuves de ce qu'il allait révéler.
Il essayait de maîtriser son impatience en ressassant les événements et les ordonnant dans sa tête. Peu de choses arrivaient à passer au-delà de son armure. Cependant, les événements de ces derniers mois avaient réussi là où les attaques conjuguées d'un chat démon, d'une fillette folle, de collègues bavards, de familles avides et d'un conseil de clan dissident avaient échoués. Il se sentait… nerveux. Il était presque tenté de commencer à faire les cent pas mais sa fierté le retenait encore pour l'instant.
Avec soulagement, il sentit Ginrei s'approcher silencieusement.
« Grand-père. Comment vous portez-vous ? »
« Byakuya. Je vais bien, merci. Et c'est un plaisir de te revoir. Mais quelque chose me dit que nous ne sommes pas là pour une discussion tranquille autour d'une tasse de thé. »
« Je puis vous offrir du thé à l'intérieur. Quant à la discussion, elle n'aura rien de tranquille en effet. »
Et il l'invita d'un geste à l'intérieur.
Son grand-père regardait avec curiosité ce cabanon qu'il avait cru déserté depuis des siècles. Il remarqua un service à thé complet dans la cuisine, ainsi qu'un sac de riz aux trois quarts vides et plusieurs ustensiles et récipients sans une once de poussière. Mais ce fut la vue de la chambre qui l'intrigua le plus. Une carte géante avait été tracée à l'aide de cordelettes et d'aplats de couleur sur l'un des murs. Au sol, des liasses de papiers étaient méticuleusement disposées comme si elles suivaient une logique bien précise. La fenêtre était close et barricadée de l'intérieur. Des lampes de kido procuraient une lumière douce qui risquait moins d'être aperçue depuis le dehors.
Il commença à lire des noms et des descriptions et le pressentiment qui lui tordait le ventre depuis quelques semaines explosa en une certitude douloureuse et fulgurante.
« Avant que vous ne commenciez à lire tout ce qui trouve ici, il vaut mieux que je vous expose la situation dans ses grandes lignes. Vous pourrez ensuite me poser toutes vos questions. » Lui proposa son petit-fils.
Il soupira, se sentant soudain extrêmement las. « Prépare-nous donc un peu de thé. Je pense que nous aurons le temps d'en déguster quelques théières avant que notre discussion se termine. »
Et il observa avec surprise son successeur préparer avec efficacité le thé demandé. Depuis quand savait-il se débrouiller en cuisine ?
Une fois quelques gorgées savourées en silence, le récit démarra. Et au fur et à mesure que les détails affluaient, les sourcils du membre de la chambre des 46 se fronçaient davantage.
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« Vous voudriez donc que je prenne sur moi la responsabilité des assauts lancés à travers tout le Rukongai et le Seireitei afin de stopper cette révolte ? »
« Si nous n'obtenons pas l'aval d'au moins l'un d'entre vous, les traîtres pourront facilement nous condamner pour avoir agi sans ordre et les accusations contre eux ne pourront pas être entendues devant la cour des 46. »
« Je comprends votre nécessité. Et votre raisonnement est juste. Mais je ne donnerai pas cet accord sans que plusieurs conditions soient respectées. Il nous faudra un dossier imparable pour remporter le combat face aux traîtres. N'oublie pas qu'un 46 est supposé intouchable. C'est lui qui édicte la loi, prononce le jugement et ordonne la sentence. Seul le roi des âmes a autorité sur lui. »
« J'en ai bien conscience, grand-père. C'est pourquoi nous avons pris toutes ces précautions. Nous avons réparti toutes les preuves récoltées entre le monde des vivants, ce cabanon, des souterrains connus du lieutenant Kusajishi seule, et les coffres forts de l'Onmitusukido. »
« C'est une sage décision. Un lieu lointain et sous bonne garde, un déserté et un peu connu, un autre introuvable et l'un des lieux les plus impénétrables qui existe dans la Soul Society. Je reconnais là la saine paranoïa du capitaine Soi Fon. »
« Son lieutenant ne laisse pas à désirer sur ce point-là. » Répliqua Byakuya avec un léger sourire.
« Oui, c'est ce qu'il m'a semblé. » Ginrei observa un instant son petit-fils. « Tu as là l'une des meilleures équipes qu'il m'ait été donné de voir à l'œuvre. Même si la collaboration de certains est plus qu'inattendue. »
« Le mérite en revient au capitaine Soi Fon et à sa lieutenante. Elles ont soigneusement choisi les alliés auxquels elles pouvaient se fier. »
Son grand-père hocha la tête, songeur. Il se tût un instant avant de prendre une inspiration, décision prise.
« Voici mes conditions. Tout d'abord, vous devrez faire comprendre à Kisuke Urahara qu'il doit restituer tous les éléments qu'il pourra rassembler au cours de son assaut. Il pourra en faire des copies mais doit nous confier l'intégralité des originaux. »
« Le cha… » Byakuya se racla la gorge et se corrigea rapidement. « Yoruichi comprendra notre point de vue et nous aidera à le convaincre, si besoin. »
Ginrei laissa échapper un sourire, mais au grand soulagement de son petit-fils, il ne fit aucun commentaire, préférant continuer à dicter ses conditions.
« De même, le capitaine Zaraki devra se rappeler qu'il doit interroger et fouiller et pas seulement éliminer. Le capitaine Unohana pourra t'aider à lui faire entendre raison. » Ajouta-t-il malicieusement.
Byakuya le dévisagea avec incrédulité.
« Etais-je donc le seul à ne pas être au courant ? »
« Non, non, nous devons être seulement une petite dizaine dans la confidence. A vrai dire, tu l'as confirmé pour moi à l'instant. »
Son grand-père se réjouissait de la mine vexée de son petit-fils. Il avait beau être ravi que celui-ci ait enfin appris à réfréner son caractère passionné, il savourait ces quelques moments où il arrivait à le surprendre et à le sortir de son impassibilité.
« Troisièmement, je veux être prévenu dès que vous lancerez l'attaque. Et il me faudra la majorité des éléments douze heures après. Je ne veux pas que les traîtres aient le temps de préparer leur défense. »
« Ce sera difficile. Nous allons être éparpillés dans tout le Rukongai. Et même avec le Shunpo, tous n'arriveront pas à remplir leur mission puis revenir en seulement douze heures. »
« C'est pourquoi je ne demande pas l'intégralité. Mais vous devrez tous vous tenir à ma disposition, preuves à l'appui, vingt-quatre heures après l'assaut et jusqu'à ce que je vous dise le contraire. J'aurais sûrement besoin de faire intervenir certains d'entre vous devant le tribunal. »
« Le capitaine Zaraki doit s'occuper de tous les noyaux de mercenaires. Avec son sens de l'orientation, je doute qu'il soit là dans les temps. »
« Hmm, je ne pensais pas faire intervenir ce personnage-là. Tant que j'ai toutes les informations qu'il aura pu rassembler, cela me suffit. »
« Je suggérerai au lieutenant Mumei d'envoyer quelqu'un à sa suite pour récupérer ce dont nous pourrions avoir besoin. »
« Ce serait plus sage en effet. Enfin, je vous donne mon accord oral et cela devra vous suffire. Je ne fais pas confiance à l'écrit. »
« La seule question qui importe à Soi Fon, c'est si nous pouvons compter sur votre aide même si tout ne se déroule pas comme prévu. »
« Je vous fais la promesse de prendre la responsabilité des assauts devant la chambre des 46. Mais je suis l'un des leurs et je dois rester impartial, y compris concernant certaines de vos méthodes. De plus, et c'est un ordre, aucun innocent, aucune personne étrangère à ce complot ne devra souffrir de vos interventions. Je veux que vous privilégier la capture à l'élimination. Mis à part le Chef à qui on ne doit laisser aucune chance de s'échapper. Est-ce bien clair. »
« Je le leur rappellerai. »
« Bien. Dans ce cas, je te laisse transmettre ma réponse au capitaine Soi Fon. Et si tu n'as rien à ajouter, je vais essayer de prendre quelques heures de repos avant le lever du jour. Je ne suis plus un jeune homme et les nuits blanches n'ont jamais rajeuni personne. »
« Merci pour votre confiance, grand-père. Nous ferons de notre mieux pour l'honorer. »
« J'y compte bien. Ha, et Byakuya ? Une fois que toute cette histoire sera débrouillée, j'aimerais partager une discussion avec mon petit-fils qui ne mentionnera aucun complot, révolte, attaque de la Soul Society ou autre. Ça nous changera. »
« Avec plaisir, grand-père. »
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 20 Novembre
La pluie tombait à verse, se transformant en torrents dans les rues, puis en cascades dans les pentes, rebondissant contre les murs et les roues de chariot, alourdissant les vêtements, nourrissant la terre qui, de poussière légère devenait boue traître et avide, engloutissant les sandales et les pieds qui y étaient rattachés pour entraver leur avancée.
C'était un temps à ne pas mettre un chat dehors, mais dehors, de chat, il y en avait un.
Un matou au poil noir, que l'on aurait pu qualifier de luisant et de soyeux si la pluie ne l'avait pas depuis longtemps plaqué à la peau du malheureux propriétaire. Un matou fort mécontent de voir sa fourrure aussi malmenée et de sentir sur son échine la bise glacée des larmes d'hiver.
Un matou qui, en définitive, n'avait rien à faire ici. Car quel chat sensé restait planté dehors à surveiller les rues sombres et embourbées au lieu de se réfugier à l'intérieur d'un grenier sec ou près de l'âtre craquant et pétillant d'une maisonnée attendrie par son triste sort ?
Toutefois, les passants prenant une minute de leur temps pour s'apitoyer de la mine désabusée et ronchonne du drôle d'animal se trompaient complètement sur les causes de celle-ci.
« Perdu. » Marmonna imperceptiblement le chat. « C'est à croire qu'il arrive à se téléporter. C'est raté pour ce soir, mais tu ne m'échapperas pas toujours aussi facilement mon mignon. »
Et le chat ne parlait pas d'un rat.
Poussant un sifflement de déception, il fit volte-face avec le peu de dignité qui lui restait afin de regagner un lieu plus hospitalier.
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« Il m'a complètement filé entre les pattes. » Expliquait-il une heure plus tard, près du feu réconfortant d'une petite cuisine, alors qu'une jeune femme le frictionnait vigoureusement avec une serviette et qu'un homme le dévisageait d'un air peu amène.
A vrai dire, ce dernier avait du mal à contrôler son expression à ce moment précis, son cerveau étant tiraillé entre les nouvelles peu réjouissantes qu'il venait d'apprendre et l'apparence du chat lorsqu'il s'était présenté à la porte du cabanon. Il réalisait maintenant tout l'intérêt de cet engin qui prenait des photos.
Le matou en question ronronnait allégrement maintenant qu'il se sentait à peu près sec et au chaud, et recevant un combo séchage-massage-caresses du tonnerre.
« Dois-je t'apporter une souris ? » Lança ironiquement Byakuya en le voyant prendre ses aises dans les bras de Kohana.
« Hmm, je pencherais plutôt pour un bol de lait chaud. Continue ça, petite. »
« Vous êtes complètement séchée, Yoruichi-sama. » Répliqua d'un ton amusé la lieutenante.
« Et alors ? Je me suis tapée cinq heures sous ce déluge, j'ai bien droit de me faire dorloter un peu. »
« Un jour, tu oublieras que tu n'es pas un chat. » Commenta le capitaine en la regardant avec désapprobation.
« Bof, pas sûre de perdre au change. » Répondit la noble d'un ton narquois.
« Comment expliquez-vous sa disparition ? » L'interrogea l'espionne en tentant de revenir sur le sujet qui les préoccupait tous. Elle n'avait aucune envie de se retrouver coincée dans un petit cabanon avec une pluie battante dehors alors que le capitaine Kuchiki et Yoruichi-sama se chamaillaient.
« Hm, il a appris quelques trucs et il n'est pas né de la dernière pluie. Il se méfie de tout ce qui l'entoure, même s'il ne repère aucun danger apparent. Aucune chance qu'il arrive à me détecter mais par contre, il sait se fondre dans la foule et devenir un anonyme parmi les autres. Si ce n'était que ça, je l'aurai filé jusque chez lui sans trop de problème mais il y a un troisième élément, et il de taille. »
« Quel est-il ? » La questionna Byakuya, attentif.
« Il a des gens postés sur toute sa route pour brouiller les pistes et surveiller les quartiers. Des gens qui lui ouvrent des passages insoupçonnés à travers les ruelles. Je l'ai vu entrer dans une maison pour ressortir d'une échoppe cent mètres plus loin dans une autre allée. Si je n'avais pas été sur les toits, je l'aurais complètement perdu de vue. »
« Il faudrait arriver à tracer son reiatsu mais il en a très peu. » Commenta Kohana. « Nous n'avons aucun plan des quartiers, de leurs tunnels et passages, donc nous opérons à l'aveugle sur ce coup-là. Ça va être un jeu de patience pour trouver où il loge. »
« Comment comptez-vous procéder ? » S'enquit Byakuya.
« Dans ce genre de situation, alors qu'on a aucune idée du point d'atterrissage et que le filage est particulièrement complexe, la méthode la plus efficace est de procéder à un quadrillage mobile des quartiers. » Commença Kohana.
« En gros, » reprit Yoruichi, « On poste des agents un peu partout dans le quartier de départ et dans le périmètre des trajets les plus probables. On reste en communication comme on peut et au fur-et-à-mesure que la cible avance, on rameute les points les plus éloignés du quadrillage pour qu'ils aillent se poster en avant de la cible. Ainsi de suite, à déplacer le quadrillage entier, de sorte que même si on la perd à un moment, à cause d'une bousculade, d'un passage dissimulé ou je ne sais quoi d'autres, l'un des agents arrive toujours à reprendre la piste. Le tout dans la discrétion absolue. »
« Et lorsque personne n'arrive à retrouver la cible, on considère que la zone de quadrillage est la zone d'atterrissage de la cible. On peut procéder à de nouveaux filages les jours qui suivent pour affiner la zone, si on a le temps et qu'on doit vraiment ne faire aucune erreur. Une fois qu'on a une zone suffisamment précise, on procède à une fouille méthodique et discrète pour trouver où la cible se terre. » Continua Kohana.
« Le problème, c'est que ça demande entre 10 à 50 personnes expérimentées et invisibles. » Expliqua Yoruichi. A tout instant, on risque de se faire repérer et de faire fuir définitivement la cible qui va alors changer tous les lieux qu'elle fréquente, son apparence, parfois même ses associés, etc,… »
« On ne va donc pas pouvoir utiliser un tel moyen pour Le Chef, surtout avec le risque qu'un de mes subordonnés soit un traître. Ce que Yoruichi-sama peut faire, c'est le filer à plusieurs reprises, dix fois, vingt fois, pour apprendre ses trajets, ses habitudes, ses raccourcis. Elle va ainsi pouvoir le suivre de plus en plus loin jusqu'à trouver sa zone d'atterrissage. Mais si jamais il rejoint un tunnel qui parcourt de longues distances, nous n'aurons aucun moyen de le retrouver à moins d'avoir une veine de cocue. »
Kohana se rappela soudain qu'elle s'adressait à un collègue, certes, mais aussi et surtout à un chef de clan et capitaine.
« Je vous prie de m'excuser pour l'expression, capitaine. » Bafouilla-t-elle un peu gênée.
Byakuya fit un léger signe de tête pour montrer qu'il ne s'en offusquait pas. Et Yoruichi aurait juré que la commissure de ses lèvres s'était relevée en un sourire, l'espace d'une seconde.
« Il faut donc compter plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant d'obtenir des résultats. » Observa-t-il.
« En espérant qu'il ne change pas de résidence. » Remarqua Yoruichi.
« Et qu'il va continuer à organiser des soirées fréquentes où je serai invitée, même une fois la Saison achevée. Ce qui permettra à Yoruichi-sama de trouver facilement ses points de départ. »
Malgré tous leurs progrès, ils n'étaient pas près de lancer l'assaut final. C'est songeurs qu'ils se quittèrent tous les trois afin de rejoindre leurs pénates.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 27 Novembre
Unohana déposa avec un soupir sa sacoche sur le canapé du salon. Elle devait rapidement se changer avant de partir enquêter sur les labos clandestins, et cela, après avoir passé la journée à soigner ses malades, gérer son hôpital et sa division.
Elle tenait ce rythme infernal depuis plusieurs semaines. En fait, elle ne se souvenait pas d'une seule nuit de six heures depuis cet instant où Byakuya lui avait appris qu'une blessée gisait dans ses bois. Mais la cadence de ce dernier mois avait été particulièrement rude pour la médecin qui refusait de négliger ses patients, ses apprentis ou ses subordonnés.
Yachiru et elle avaient réussi à remonter la piste d'un centre de recherche une semaine auparavant. Elles avaient soigneusement évité de donner l'alerte, tout en communiquant son emplacement à Soi Fon qui avait immédiatement établi une surveillance dans le coin. Yoruichi se chargerait de l'explorer dès qu'elle en aurait l'opportunité. Malgré cette réussite, elles n'avaient pas encore vu un seul champ de silâme, et encore moins un bout de l'ombre de l'Abeille. Et aucun d'entre eux ne savaient combien de lieux de culture et de laboratoires existaient au total.
Il y allait avoir un grand ménage dans le Rukongai d'ici les prochains mois.
Une fois dans sa chambre, elle enfila rapidement le haori poussiéreux et aux fils usés ainsi que l'écharpe sombre qui constituaient son camouflage. Elle s'apprêtait à partir en quête de Yachiru, le nez et l'instinct de la fillette se révélant précieux pour leurs recherches, lorsqu'elle s'arrêta net à la sortie de la pièce.
Kenpachi était adossé contre la porte d'entrée, l'air impassible, et sans aucune intention visible de quitter sa position. Yachiru venait de rentrer par la fenêtre avec des cartons de pâtisserie apparemment pleins, puisqu'elle se déplaçait avec un minimum de précautions.
« Qu'y-a-t-il ? » Les interrogea-t-elle, légèrement inquiète.
« Re-chan ! J'ai trouvé plein de super gâteaux ! On va pouvoir prendre le thé. Mais pour moi, avec beaucoup de lait et plein d'miel. Et j'te f'rai goûter les pâtisseries qu'j'ai trouvées. »
« Je ne comprends pas. Yachiru, nous devons repartir dans le Rukongai ce soir. Il y a encore beaucoup de districts à explorer. »
« Hmm-hmm. » Fit l'enfant en secouant négativement la tête. « Ce soir, on prend l'thé ! »
« Kenpachi ? » Unohana s'était retournée vers son mari. Il semblait au courant de cette nouvelle lubie de Yachiru, vu son attitude.
« Tu l'as entendue. T'es trop grande pour passer par les f'nêtres et j'compte pas bouger d'ici de toute la soirée. Soit tu t'reposes tranquillement ce soir, tu prends l'thé avec Yachiru et tu vas t'coucher tôt, soit, on s'bat. » Répondit-il. Et c'était la première fois qu'une telle perspective n'amenait pas un grand sourire féroce sur son visage.
Elle avait toujours refusé de le combattre sérieusement. Lorsque, exaspéré, il lui avait demandé pourquoi, elle avait simplement expliqué qu'elle s'était engagée à ne se battre que lorsqu'il n'y avait pas d'autres moyens de protéger les personnes sous sa responsabilité.
A cette époque, Kenpachi savait déjà le prix qu'elle attachait à ses promesses et il la respectait suffisamment pour ne pas attaquer ses subordonnés dans le seul but de la faire réagir. Ça et son sens de l'honneur, oui, il en avait un, qui lui interdisait de se battre contre les faibles à moins qu'ils ne l'aient bien cherché. Il se contentait donc de lui proposer un combat à la moindre opportunité.
Mais elle lui avait menti. Elle redoutait et désirait ce combat avec lui. Car elle savait pertinemment que jamais elle n'avait affronté un tel adversaire et que ce duel finirait par la mort de l'un d'entre eux. Face à la puissance de l'autre, ils ne pourraient plus réfréner leur violence et engageraient toutes leurs ressources pour vaincre. Un engagement entre deux titans tels qu'eux ne pouvait avoir qu'un survivant.
Alors, elle réfrénait sa soif d'un défi à sa hauteur et lui mentait. Au départ, pour ne pas priver la Soul Society d'un de ses capitaines les plus essentiels stratégiquement. Ensuite, parce qu'à force de le croiser, elle avait commencé à percevoir son intelligence, le soin qu'il prenait de la fillette qu'il avait adopté, les responsabilités de capitaine qu'il avait fini par endosser, bon gré, mal gré. Leurs joutes verbales s'étaient transformées en conversation, leurs rencontres en méditation partagée. Ils en étaient arrivés là, sans bien comprendre comment, pourquoi ou quand cela avait commencé. Et elle se refusait à ce qu'il ait la mort de sa femme sur la conscience.
Ce qui n'avait pas empêché Kenpachi, ignorant de ses raisons, de continuer à proposer fréquemment des duels.
Mais ce soir, cette opportunité-là n'avait pas l'air de lui plaire. Comme s'il préférait qu'elle choisisse la première option : rester tranquillement à la maison.
Et c'était là une deuxième source d'étonnement pour Retsu.
Durant toutes leurs années de vie conjugale, ils n'avaient jamais empiété pour des raisons personnelles dans les affaires professionnelles de l'autre. En tant que capitaines respectifs de la 4ème et de la 11ème, ils avaient nombre de mots à échanger sur la façon de voir de l'autre. En tant qu'époux, ils avaient également eu des discussions à n'en plus finir sur la vie en commun et certaines habitudes à prendre ou à perdre. Mais ce soir, c'était le mari qui ordonnait à la capitaine d'abandonner ses responsabilités.
Il se retrouva bien vite face à l'un de ces regards glacials dont elle avait le secret. Elle était révoltée qu'il ose lui suggérer de se reposer alors qu'il y avait tant à faire et si peu de personnes pour. Cependant, cet homme-là ressemblait par moment au mur énorme qui séparait le Seireitei du Rukongai : gigantesque et infranchissable.
Elle croisa les bras et le dévisagea, indignée par son interférence. Son sens du devoir, et, elle ne se le cachait pas, son orgueil se rebellaient contre cet emprisonnement forcé. Oh, elle pouvait facilement détruire la maison et filer en shunpo si elle le souhaitait et il le savait pertinemment.
C'est d'ailleurs ce qui la fit réfléchir davantage. Elle se souvint alors de cet épisode, deux jours auparavant, où elle avait laissé tomber une soucoupe. Ses yeux s'étaient brièvement fermés, ses mains avaient tremblé l'espace d'une seconde, et la soucoupe s'était fracassée contre le carrelage de la cuisine.
Elle ne faisait jamais rien tomber. Kenpachi était à deux pas d'elle à ce moment-là et l'avait observée avec surprise et colère. Elle n'avait pas compris pourquoi et il était parti à la recherche de Yachiru avant qu'elle n'arrive à le questionner.
Cet indice et plusieurs autres commencèrent à prendre sens et une lueur se fit dans son esprit. Il s'inquiétait pour elle ! Il avait dû remarquer son état d'épuisement, et puisqu'elle n'avait pas jugé bon de s'arrêter d'elle-même, il avait décidé de prendre les choses en mains, mettant leur fille dans le coup.
Mais elle ne pouvait pas se permettre une soirée de repos, non ? Il y avait encore plus des deux tiers du Rukongai à parcourir. Et encore, elles ne passaient pas les quartiers au peigne fin. La tâche aurait été irréalisable dans ce cas.
Elle fit l'état des lieux. Et cela, conjugué à l'inquiétude de sa famille, lui fit comprendre que ce repos n'était pas un luxe mais une nécessité. Elle serait incapable de continuer très longtemps comme ça, et viendrait le jour où sa main tremblerait lors d'une opération délicate.
Cette perspective finit de la décider. Ravalant son orgueil, elle apaisa son regard et décroisa les bras. Elle n'était pas encore capable de le remercier, une certaine amertume demeurant dans son cœur mais elle hocha la tête dans sa direction et se dirigea vers la table de cuisine où Yachiru, confiante, avait commencé à sortir tout le nécessaire pour un thé digne d'un empereur.
Kenpachi n'aimant pas le sucre, il n'y en aurait que pour elles deux, ce qui lui convenait parfaitement. Ce serait déjà assez difficile comme ça de chaparder quelques bouchées à sa fille.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 1er Décembre
Kyoko observa l'entrée de la villa avec curiosité. C'était la huitième fois qu'elle était invitée par le Chef à l'une de ses réceptions, chaque fois dans un lieu différent. Mais il y avait toujours eu entre vingt à quarante personnes. Ce soir, ils n'étaient que trois dans le hall et les maîtres de maison n'étaient pas là pour les accueillir en attendant l'arrivée de leur meneur.
Plusieurs questions et des ébauches de réponses commencèrent à se former dans sa tête, essayant de trouver une issue aux scénarios les moins favorables. Un serviteur s'approcha d'elle, la saluant, avant de prendre son manteau et de lui proposer un rafraîchissement. Elle accepta l'un, refusa l'autre et se dirigea tranquillement vers la pièce qu'il indiquait.
Après trois quarts d'heure d'attente et le départ des deux autres personnes, le serviteur vint la quérir pour la conduire dans un bureau modérément éclairé et parfaitement ordonné.
Une table basse hébergeant tout un matériel d'écriture trônait au milieu de la pièce, quelques bibliothèques bordaient les murs et des coussins plats erraient dans l'espace, de part et d'autre de la table de travail.
Il se tenait debout, près de la fenêtre, à observer la cour et, sans doute, le départ du visiteur qui l'avait précédée. Il ne prononça pas un mot et garda son dos tourné pendant un moment. L'espionne remarqua cependant qu'il restait détendu, ne craignant pas une attaque de sa part puisqu'il pouvait de toute façon l'observer tranquillement à travers le reflet de la vitre.. Au bout de plusieurs instants de silence où elle resta sereine et patiente, par un mystérieux effort de volonté et l'aide bienvenue de son zanpakuto, il daigna enfin se retourner.
Elle savoura cette petite victoire sur lui d'être restée silencieuse jusqu'au bout, l'obligeant à prendre le premier la parole.
« Asseyez-vous donc, ma chère. » L'invita courtoisement Asahi-dono.
Elle obéit à son injonction et attendit calmement qu'il ouvre la conversation.
« Voyons, cela fait quelques semaines que vous nous avez rejoint. Que pensez-vous de la situation actuelle ? »
« J'ai trop peu d'informations sur tous les tenants et aboutissants pour donner un jugement éclairé, Asahi-dono. »
« Mais je suis curieux de le connaître, qu'il soit éclairé ou non. Vous me faites l'effet d'une jeune femme intelligente et surtout, observatrice, Shiba-san. Et s'il est bon de ne pas laisser les autres découvrir ce qui se passe dans votre tête, j'aimerais que nous soyons suffisamment en confiance pour que vous abaissiez un peu vos murs avec moi, ma chère. »
La jeune femme sourit. « J'ai l'habitude d'un prêté pour un rendu, Asahi-dono. Et vous-même prenez bien soin de ne rien révéler. » Elle garda son sourire tandis qu'une petite voix à l'intérieur d'elle la traitait d'idiote avant de se replier dans un coin en tremblant.
Le Chef se mit à sourire. Il s'approcha doucement.
Et le sang se glaça dans les veines de Kohana. Il y avait comme un double personnage en face d'elle.
Un pas, et c'était un sourire aimable et amusé, indulgent et gentiment réprobateur.
Un autre pas, et c'est la cruauté d'un prédateur qui savoure la peur et les souffrances qu'il compte provoquer.
Et ses yeux tels deux pans de glace, ne laissant rien filtrer, monstrueux par leur impassibilité. Ses yeux qui ne la quittaient pas, qui la fouillaient, la torturaient déjà, cherchaient la craquelure où il pourrait insérer le pied de biche qui ferait écrouler tout l'édifice avec la plus simple des pressions.
Il n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle, envahissant tout son espace, la dominant de sa taille, lorsqu'une voix de venin aux apparences de miel résonna, déposant chaque mot, lentement, inexorablement au creux de son cerveau.
« Vous avez un toupet qui m'amuse et une intelligence qui excuse votre impertinence. Cependant, veillez à ne pas en abuser. Vous ne voudriez pas me décevoir après tout. Je croyais pouvoir compter pleinement sur vous… »
Il s'approcha davantage jusqu'à chuchoter dans son oreille. « Quel dommage, quel gâchis si cela s'avérait inexact. Mais je suis à la tête de cette organisation, Shiba-san, tandis que vous êtes la nouvelle venue. Votre loyauté, votre motivation, votre utilité même sont encore en question. Ne m'obligez pas à prendre une décision regrettable pour nous deux. »
Il s'éloigna enfin de quelques pas, donnant à sa proie l'impression qu'elle pouvait respirer. Ses yeux et son sourire n'avaient pas changé un seul instant.
Il lui laissa trois temps de silence avant de lui donner son ordre. « Alors, ma chère, votre point de vue. »
Kohana engagea toute sa volonté pour maîtriser le fins tremblement qui menaçait de la parcourir. Puis, Kyoko parvint à répondre, avec moins de superbe qu'à l'accoutumée.
« Vous avez plusieurs alliés solides au sein des nobles mais aucun d'entre eux n'est le chef ou l'héritier en titre de l'un des grands clans. Ils font tous partie de clans subalternes ou de branches cadettes depuis longtemps ignorées. Si vous souhaitez établir un nouvel ordre politique au sein de l'aristocratie, vous n'avez pas encore les cartes en mains pour cela. Surtout si vous persistez dans cette idée de bâtir trois partis au sein de la chambre des 46 que vous manipuleriez par derrière. »
Il la dévisagea d'un air méfiant, se demandant comment elle pouvait être au courant. Sa main droite se replia dans la manche évasée de son vêtement pour agripper la dague qui y était dissimulée. « Même si vous n'en parlez pas, j'ai bien vu ce que vous essayez de créer sur le long terme. Je comprends l'ingéniosité de votre stratagème et le pouvoir que cela vous permettra d'obtenir. Mais il vous faudra beaucoup d'efforts, beaucoup de temps et surtout beaucoup de chance. »
« Fascinant. » Rétorqua d'une voix sarcastique et soupçonneuse le Chef. « Et que pensez-vous avoir deviné exactement, Shiba-san ? Expliquez-moi … précisément. » Indiqua-t-il en insistant sur le dernier mot.
« Je pense … » Sa voix s'altéra et elle dû se racler la gorge avant de reprendre. « Je pense que vous souhaitez laisser en place la chambre des 46 tout en la rendant aisément manipulable par vous, et vous seul. Conserver les apparences, leur faire croire que rien n'a changé, qu'ils sont les décideurs et les maîtres, alors que vous serez le véritable tisseur de toile. »
« Intéressante comparaison. Continuez, ma chère. »
Kohana prit une inspiration et se lança dans l'explication de la théorie que ses alliés et elles avaient formée.
« J'ai remarqué que nous ne sommes que six personnes à assister à chacune de vos soirées. Les autres sont là toujours avec le même groupe, à peu de choses près. Il y a trois groupes et un quatrième qui regroupe les indécis et les nouveaux venus ; ceux que vous devez encore convaincre ou décider du rôle. Mais nous sommes six à être là à chaque fois. Je ne sais pas combien de soirées vous organisez sans m'inviter, aussi, je ne suis pas sûre de mes estimations.
Voici mon interprétation. Au-delà du renversement des jeux de pouvoir que vous comptez opérer sur le court-terme, vous prévoyez également un fonctionnement sur le long-terme. Pour cela, vous essayez de créer trois partis au sein de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie. Et ces groupes, vous les avez formés en fonction des affinités de chacun et surtout, en fonction des liens que certains d'entre eux peuvent avoir avec des 46. Et vous avez un noyau d'indépendants, ces six que nous sommes. Soit, vous comptez nous mettre dans la confidence et nous utiliser comme cartes folles pour faire pencher la balance de manière inattendue lorsque le besoin s'en fera sentir, soit, vous avez un autre rôle pour nous que je n'ai pas encore réussi à définir. »
Le chef applaudit trois fois puis se mit à rire. « Splendide ! Tout simplement splendide ! Continuez donc ! »
« Lorsque ces groupes seront suffisamment établis parmi les nobles et les bourgeois, vous allez essayer de les faire déteindre sur les 46, grâce aux connections qu'ont certains de vos alliés et grâce aussi à la course encore plus enragée que vous aurez lancé pour le pouvoir et le prestige. Pour certains des 46, ce sera une question d'honneur. Pour d'autres, d'argent. Pour d'autres encore, de devoir ou de dette à rembourser. Pour certains enfin, ce sera simplement une splendide opportunité. Et de cette manière, vous allez les forcer à sortir de leur isolement et à se retrouver emmêler dans toutes ces intrigues.
Mais voilà. Notre société fonctionne suivant une logique familiale. Nous sommes membres d'un clan et nous servons ce clan jusqu'à notre mort. Pour que le système des trois partis fonctionne, il faudrait briser le système des clans, ce qui est non seulement quasi impossible mais risquerait également de détruire la Soul Society. Ou alors, il faut répartir les clans dans chaque parti de telle manière qu'on obtienne un équilibre instable entre les trois. De cette manière, un parti seul ne pourra jamais gagner. Il faudra constamment l'alliance entre deux d'entre eux pour qu'une véritable majorité se dessine chez les 46. A partir de là, vous demanderez à vos alliés des différents partis de dresser tel accord, proposer telle solution, révéler telle information, pour favoriser un jour une alliance, et une autre le lendemain, gardant ainsi toutes les cartes en main.
Pour arriver à former ces partis et avoir suffisamment d'influence sur chacun d'entre eux, vous n'avez pas le choix que d'avoir l'oreille des personnes les plus influentes au sein des quatre grands clans. Et vous êtes loin du compte. Tous vos alliés font partis de petits clans vassaux ou de branches cadettes. Il vous faudrait des décennies pour arriver à un tel résultat, et des décennies encore pour arriver à toucher les 46, alors que vous nous promettez un dénouement proche dans le temps. A ce propos, une autre chose m'intrigue. Comment comptez-vous faire pour que les 46 se laissent happés dans ces partis, plutôt que de nous obliger à tout arrêter, par la force s'il le faut ? Bref, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur les moyens que vous allez employer. »
Le Chef resta silencieux un long moment avec un large sourire approbateur sur son visage. Mais une lueur inquiétante brillait dans ses yeux et Kyoko se demandait si elle n'en avait pas trop deviné. Allait-il la considérer comme un élément dangereux maintenant qu'elle savait tout cela ?
A vrai dire, elle n'aurait jamais réussi à mener ces déductions par elle-même. C'était suite à plusieurs conversations avec Yoruichi-sama, Kuukaku-sama et les capitaines Kuchiki et Soi Fon qu'ils avaient réussi à déchiffrer peu à peu les étranges mouvements politiques qui s'opéraient en ce moment dans les salles de réception de la Saison.
Mais Kyoko Shiba était une femme attentive à la moindre variation, quelqu'un qui connaissait sur le bout des ongles l'environnement dans lequel elle évoluait et les histoires de clans. De plus, pour que le Chef l'estime et la mette dans ses confidences, il fallait qu'il puisse compter non seulement sur son engagement et sa discrétion mais également sur son intelligence. Elle avait donc pris le parti de déballer toutes ces observations. Et elle allait vite savoir si elle avait fait une erreur stratégique ou non.
« Ah, excusez ce long silence. » Dit-il au bout d'un moment. « J'étais songeur, voilà tout. En lisant les comptes rendus de votre activité de ces dernières années, je savais que j'avais trouvé là une alliée digne de ce nom. Mais vous avez dépassé toutes mes espérances. J'avais parié que vous mettriez au moins six mois pour deviner tout cela. A défaut de me répéter, c'est un réel plaisir que de vous avoir parmi nous.
Comment je compte m'y prendre ? Oh, j'ai des plans tout tracés. Mais mes plans ne sont jamais gravés dans la pierre et je m'adapte au fil des événements et des circonstances pour obtenir les meilleurs résultats possibles sur le long terme.
Voyez-vous, ma chère, il y a quelques mois, j'avais face à moi quatre grands clans, et, comme vous l'avez souligné, personne d'assez haut dans les rangs qui pourrait les travailler pour moi et me permettre de les mener à la baguette. Pas d'héritier en titre, pas de famille directe, pas de conseiller de clan, pas même des intimes et des confidents de ces personnages et encore moins de chef de clan parmi mes alliés.
Si je n'arrivais pas à toucher ces personnes, il fallait alors que j'introduise mes propres émissaires auprès d'eux. Après tout, on peut manipuler quelqu'un soit en ayant directement emprise sur lui, soit en étudiant sa personnalité et en posant devant ses yeux l'exact déclic qui provoquera chez lui la réaction voulue.
J'avais donc quatre grands clans et deux d'entre eux n'allaient pas me poser de problème. Mais les Kuchiki sont redoutables à cause de leur chef de clan qui a fermement repris les rênes du pouvoir il y a cinquante ans et qui se montre imperméable à toute forme d'interférence. D'autre part, les Shihoin sont difficiles à infiltrer en raison de leur paranoïa légendaire et de leurs liens étroits avec l'Onmitsukido et la deuxième division. Et voici qu'à ces deux adversaires s'est ajouté une carte imprévue, un mistigri dont je ne savais que faire. »
« Nous. »
« Eh oui, vous, le clan Shiba qui renaît soudain de ses cendres sans prévenir personne et qui noue immédiatement des liens étroits avec les Kuchiki. Oh, n'esquissez pas ce geste. En dépit de votre discrétion à tous, je n'ignore rien des projets de noces entre Kurosaki Ichigo et la sœur du chef Kuchiki. »
« Kuchiki-sama a posé plusieurs conditions au mariage. Je doute qu'Ichigo, malgré toute son énergie, arrive à les remplir rapidement. Il lui a fallu plusieurs décennies ne serait-ce que pour convaincre Kuukaku-sama. Cette union reste encore incertaine. »
« Mais Kuchiki-sama a promis à sa sœur de ne pas la contraindre à un mariage d'obligation. Il y aura donc bien alliance entre les Kuchiki et les Shiba, tôt ou tard. Et vos deux clans oeuvrent déjà de concert. »
« C'est vrai. » Reconnut Kyoko. « Mais comment savez-vous pour Kuchiki-sama et sa sœur. »
« Oh, les conseillers Kuchiki n'ont pas réussi à changer la décision de leur chef, mais ils n'ont pas manqué d'exprimer leur mécontentement à qui voulait les entendre. Quoiqu'il en soit, je me retrouvais soudain face à cinq grandes familles et non les quatre du départ. Et cette nouvelle carte était d'autant plus terrible que votre chef, Kuukaku Shiba-sama est l'une des personnes les plus imprévisibles et les moins sensibles aux jeux de l'aristocratie. Pouvoir, renommée, argent, cela ne semble avoir aucune emprise sur elle. C'était … désarçonnant.
C'est alors qu'une autre carte est arrivée dans mon jeu. Face au mistigri, j'avais un joker. Et quel joker ! Au départ, je pensais simplement que vous seriez mon contact auprès des Shiba. Confidente de votre chef, cousine proche, vous auriez pu agir pour moi auprès d'elle. J'avais un point d'accroche ! Et avec l'arrivée de la petite Shihoin dans nos rangs en même temps que vous, il ne me restait plus qu'une famille. »
« Les Kuchiki. »
« C'est exact. Et c'est là que vous prenez double valeur à mes yeux, ma chère. Je vous ai observé, demandé des rapports constants de la part des Goto et de quelques autres que vous ne connaissez pas encore. J'ai suivi votre évolution tout au long de la Saison, la manière dont vous approchez chacun comme si vous saviez exactement quels sont les centres d'intérêts. »
« C'est parce que je les connais réellement. » Songea Kohana en repensant aux longues heures passées à épier les nobles ou lire des rapports sur eux, pour juger de leur niveau de dangerosité. Elle en avait des frissons d'ennui et d'horreur rien que d'y repenser.
« Notre conversation de ce soir me persuade à vous donner un rôle encore plus important auprès de moi. A vrai dire, je n'ai trouvé personne d'autre à qui confier cette mission. Je veux que vous, Kyoko Shiba, deveniez mon relai auprès de Byakuya Kuchiki. »
Elle eut un instant de panique irraisonnée en se demandant s'il l'avait surprise à discuter avec le capitaine sur son domaine. Mais elle n'allait là-bas qu'après avoir enlevé son masque de Kyoko et elle utilisait tout son talent pour ne pas se faire remarquer, ayant bien remarqué les personnes qui surveillaient les moindres faits et gestes de la Shiba.
« Je remarque bien votre lueur de panique dans vos yeux, ma chère. Vous vous demandez sans doute comment cela serait possible. Mais n'avez-vous pas déjà réussi à converser à deux reprises avec lui au cours de la Saison ? Et mes informateurs me disent qu'il participait à la discussion et écoutait attentivement vos interventions. Vous devez vous rapprocher de lui, former une entente, une amitié, devenir une alliée ou même sa confidente. Et si cela peut aller plus loin, le mieux. Après tout, il doit fournir un successeur à son clan et ses conseillers ne le laisseront pas tranquille tant qu'il n'aura pas convoler en justes noces. Il a bien montré qu'il ne voulait pas d'une jeune fille sans cervelle. Et vous sortez si évidemment du lot que vous avez toutes les chances de réussir là où les autres ont échouées. »
Kyoko le regardait éberluée et abasourdie. Son cerveau s'était arrêté au mot « convoler ».
« Vous… vous voulez que j'épouse Byakuya Kuchiki ? »
« Si possible, oui. Je ne vous tiendrai pas rigueur d'un échec mais une épouse serait bien plus efficace auprès de lui qu'une confidente. En tout cas, je veux que vous soyez en mesure d'influer sur son jugement le moment venu. »
Devant l'absurdité de la situation, Kohana fut incapable de réagir pendant un moment. Le Chef s'en aperçut et l'observa avec curiosité. « Eh bien, on dirait que j'ai réussi à vous surprendre. C'est vrai que l'entreprise est plus que complexe et c'est bien la raison pour laquelle je pardonnerai un résultat moins qu'optimal pour une fois. Mais de là à vous faire perdre votre langue ! »
« Si vous me permettez, Asahi-dono ? »
Il lui fit signe de parler, curieux.
« De ce que je comprends de Byakuya Kuchiki, celui-ci ne lie pas facilement des amitiés, encore moins des liens plus étroits. Il se méfie de son propre clan et cela fait des décennies qu'il déjoue avec adresse les tentatives de son conseil et des marieuses. Devenir une confidente va déjà me demander plusieurs années et une habileté constante. Si je cherche à atteindre plus haut, il est très probable qu'il devinera mon ambition et me repoussera comme il a repoussé toutes les autres. Mieux vaut miser moins gros peut-être, mais avec plus de chance de remporter le jeu. De plus… »
« De plus, Shiba-san ? » L'interrogea le Chef avec les yeux plissés, songeur.
« Les Shiba n'ont pas l'habitude de se marier par ambition. Kuukaku-sama sera la première à se défier de moi si elle s'aperçoit de mon manège. »
Il resta silencieux un moment, à réfléchir tout en l'observant avant d'arborer un fin sourire. « Est-ce réellement par souci de l'opinion de Kuukaku-sama ? »
« Je vous demande pardon ? »
« Je vous jugeais calculatrice et âpre au gain. Je me demande si, en définitive, vous n'êtes pas plus Shiba que vous ne souhaitez le faire paraître. Seriez-vous dotée d'un esprit romanesque, ma chère ? A souhaiter autre chose qu'un simple gain pécuniaire ou un surcroît d'influence lorsque vous passerez la bague au doigt ? »
« Mais n'est-ce pas plutôt du bon sens ? Lorsque notre vie, notre honneur et notre sécurité sont étroitement liés à ceux d'un autre, il vaut mieux ne pas craindre une dague dans l'ombre ou un thé expéditif, sans parler des décisions regrettables qu'il pourrait prendre. »
Elle s'interrompit un instant, indécise, pesant le pour et le contre, jaugeant la situation et préparant la suite de son discours, avant de se lancer. « Cela vous dérangerait-il tant que je souhaite garder un peu de sentiment avec mes ambitions ? Vos discours en sont remplis pourtant. Vous réveillez les peurs et suscitez les passions, parlez de récompenses appropriées, de justice rétablie, vengeance accomplie. Du début à la fin, vous vous adressez à nos émotions parce que vous avez bien compris que ce sont elles qui vont nous pousser à agir. Oh, vous n'avez pas à craindre que je me laisse aveuglée par elles, comme il arrive à certains de mes cousins. Mais bien guidées et contrôlées par ma raison et ma volonté, ces émotions deviennent mes motivations. Et il en va de moi-même comme des autres, que ce soit l'indignation face à une injustice, l'aspiration à une vie confortable ou le désir de protéger les siens. »
« Intéressant. » Se contenta de répondre le Chef. Puis, avec un brin d'ironie, il reprit. « Disons que vos premiers arguments me semblent pour l'instant suffisamment raisonnables. Je n'insisterai donc pas sur ce sujet. Mais vous devez gagner sa confiance et son estime d'ici les prochaines années. »
« Je ferai de mon mieux. » Promit Kyoko.
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- 53 ans après la défaite d'Aizen – 2 Décembre
Un grand silence régnait dans le cabanon. Trois paires d'yeux qui n'en croyaient pas leurs oreilles dévisageaient l'espionne. La voix de Yoruichi fut un parfait exemple d'incrédulité stupéfaite. « Il voulait que tu le séduises et l'épouse ? »
Évitant soigneusement de regarder le sujet de la conversation, Kohana hocha la tête. « Je ne dirai pas tant séduire plutôt que trouver et proposer un intérêt commun. Il a suffisamment entendu parler du caractère du capitaine pour ne pas se faire d'illusions là-dessus. »
« HAHAHAHAHAHAHAHAHAHA ! »
Ils avaient perdu Yoruichi. Celle-ci était secouée par d'énormes saccades de rire qui se faisaient de plus en plus aigües. Elle essayait vainement de reprendre son souffle entre deux, avant de repartir de plus belle, yeux larmoyants et corps plié en deux.
Soi Fon leva les yeux au ciel, mais elle avait cette impression bizarre que l'un des coins de ses lèvres essayait de se relever discrètement.
Byakuya demeurait stoïque, attendant avec flegme que son amie d'enfance se calme un peu. Il avait le désagréable pressentiment qu'il allait en entendre parler pendant quelques siècles. Elle était pire qu'un bull-dog lorsqu'il s'agissait de le titiller.
Kohana, quant à elle, avait prévu cette réaction depuis le moment où le Chef avait émis cette idée. Elle aurait préféré éviter de donner son rapport avec Yoruichi dans la pièce, justement pour cette raison. Mais l'aristocrate hantait de plus en plus fréquemment la cabane. Et ne disait-on pas 'curieux comme un chat' ?
A vrai dire, la situation avait de quoi amuser. Alors qu'ils redoutaient tous la mission qui pourrait lui incomber et la difficulté à l'accomplir sans nuire à des innocents, elle se retrouvait à devoir former une amitié avec l'un de ses alliés. De plus, le Chef, si clairvoyant dès qu'il s'agissait de manipuler les gens, venait de faire une sérieuse erreur de jugement, que ce soit vis-à-vis de Byakuya ou de la personnalité de Kyoko Shiba. Il avait sous-estimé non seulement leur fierté mais également ce qui motivait chacune de leurs actions.
Envahie par le soulagement face à la facilité de sa tâche, la satisfaction et l'espoir engendrés par cette erreur, la fuite de la tension accumulée auprès d'Asahi-dono, et contaminée par l'hilarité incontrôlable de Yoruichi, Kohana fut à son tour frappée par l'absurdité de la situation.
Ce qui commença par un simple tressaillement d'épaules se transforma rapidement en rire audible et abondant.
Soi Fon et Byakuya la regardèrent comme une bête curieuse, la voyant pour la première fois perdre ainsi son contrôle. Son visage, d'habitude si grave et fermé, s'en trouvait transformé. On oubliait que c'était l'une des meilleures espionnes de l'Onmitsukido, et un shinigami s'étant battu bec et ongles pour en arriver là, pour ne plus voir qu'une jeune femme hilare.
Quoique, la légère note d'hystérie dans sa voix rappelait qu'elle n'était pas tout-à-fait normale.
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- 8 ans après la défaite d'Aizen -
L'encens se consumait grain après grain, se transformant en fines volutes odorantes qui dansaient autour de l'image de la défunte avant de s'envoler pour d'autres cieux.
Presque chaque jour, et encore des décennies après son décès, son époux était venu passer au moins quelques minutes, lorsque ce n'étaient pas quelques heures, face à son portrait.
Au début, la tristesse, la colère, le remord qu'il ressentait l'empêchaient d'aligner une seule pensée à peu près claire face à elle. Puis, il s'était enfermé dans ses regrets, ravivés par des souvenirs qui revenaient en écho dans sa tête. Ces moments avec elle étaient les seuls où il se permettait de ne pas être complètement apathique.
Les évènements s'étaient chargés de le réveiller de sa transe. Le choc avait été rude. Et, lorsqu'il s'était enfin réveillé, il avait constaté à quel point son clan et sa division avaient pâti de sa fuite intérieure.
Depuis quelques années, c'est avec un regard net et songeur qu'il contemplait la jeune femme. Il avait commencé à tenir un dialogue à cœur ouvert avec elle, bien qu'elle ne puisse plus lui répondre. Ils n'avaient vécu que cinq ans ensemble, cinq ans où il avait été occupé par ses doubles responsabilités, cinq ans où il n'avait pas eu le temps d'apprendre à communiquer avec sa femme. Ils avaient eu de nombreuses discussions, mais il n'avait jamais réussi à formuler ses doutes et ses inquiétudes, à se reposer sur elle. Et en retour, elle avait gardé bon nombre de faits pour elle. Sa brève vie en tant que Dame Kuchiki avait dû être un enfer mais elle n'avait jamais prononcé une seule plainte.
Alors, il parlait, maintenant qu'elle ne pouvait plus l'entendre. Il apprenait à formuler tout ce qui l'avait traversé durant ces cinq années de bonheur et ces cinquante autres de deuil. Il lui avait demandé pardon autant pour elle que pour lui. Pardon de tout ce qu'il avait échoué à comprendre et à faire, tout ce qu'il n'avait pas su écouter et deviner, et pour tout ce qu'il aurait dû éviter.
Byakuya avait enfin abandonné toute l'amertume qui avait pesé sur lui comme un lourd manteau gorgé d'eau glaciale. Et peu à peu, il retrouvait une certaine paix.
Aujourd'hui, il songeait à une mésaventure de sa sœur. Seul avec lui-même, il pouvait se permettre un sourire face aux bévues qu'elle commettait à intervalles réguliers. Elle s'améliorait avec le temps et assumait avec honneur ses responsabilités de lieutenante et d'héritière présomptive. Mais il lui arrivait encore d'esquisser un faux-pas. Autrefois, elle redoutait le regard froid de ce frère qu'elle connaissait si peu. Maintenant, précautionneusement, une complicité commençait à s'établir entre eux. Elle savait pouvoir compter sur son indulgence, voire même une aide invisible face aux autres membres de leur famille. Ils s'apprivoisaient peu à peu, apprenant ensemble ce qu'une fratrie peut avoir de réconfortant lorsqu'on doit constamment affronter le jugement impitoyable du monde et porter la responsabilité de la vie de ses subordonnées.
Un pas interrompit sa réflexion. Son grand-père salua respectueusement le portrait d'Hisana avant d'observer du coin de l'œil son petit-fils.
« Je suis heureux pour toi, Byakuya. »
L'interpellé le regarda, légèrement surpris.
« Tu redeviens toi-même. Ton regard est plus clair. Tu avais le cerveau embrumé par toute cette histoire, au point de faire de sérieuses erreurs de jugement. Mais tu n'es plus aveuglé par un sens distordu du devoir et tu as repris en main le clan. Voir le conseil se battre sur des décisions comme des chiens errants sur un os me faisait craindre le pire pour l'avenir de notre famille. Tu restais constamment silencieux, attendant leur décision.
N'oublie plus jamais que tu es le chef de ce clan. Le conseil est là pour t'épauler, t'apporter de nouvelles perspectives et agir en ton nom. Mais les décisions relèvent de ta responsabilité. C'est à toi de les prendre et de les assumer. »
« Je vous demande pardon, grand-père. Vous me l'avez enseigné alors que j'étais encore jeune, mais j'ai oublié cette leçon en même temps que mon bon sens. »
Ginrei lui adressa un regard approbateur.
« Je dois te parler aujourd'hui d'un sujet qui nous tient tous à cœur. »
Byakuya se raidit, devinant de quoi il s'agissait.
« Cela fait bientôt soixante ans, Byakuya. Il va te falloir songer à un remariage. »
« Assurer la succession. » Énonça son petit-fils d'un ton froid.
« Pour certains peut-être. Cependant, même pour un noble, le mariage n'est pas une simple affaire d'héritiers. Hisana ne connaissait rien à notre monde. Non seulement, elle n'apportait ni fortune, ni terres, ni renommée, ce qui a dû en dégouter plus d'un, mais elle ne savait pas non plus évoluer dans notre société et était incapable d'assumer les responsabilités qui lui incombaient. »
Byakuya eut un geste impatient de la main.
Ginrei le rabroua non sans compassion. « Ecoute-moi jusqu'au bout, Byakuya. Nous devons avoir cette conversation et les opportunités se font de plus en plus rares. Elle ne pouvait pas tenir son rang, mais elle t'a apporté au moins une chose très précieuse. Une certaine forme d'insouciance et une personne à laquelle tu pouvais te fier, auprès de laquelle tu pouvais te reposer. Avec elle, tu pouvais être heureux. C'est pourquoi je n'ai pas formellement interdit votre union. Elle était une personne honnête, droite, enjouée et pleine d'empathie. Un véritable vent frais dans notre monde. Grâce à elle, tu étais plus attentif à tes devoirs, tu avais un réel intérêt dans l'avenir. S'il y a une responsabilité qu'elle a su assumer, c'est de te soutenir moralement dans les moments difficiles. Quant aux fonctions de dame du clan, c'est également de notre faute à tous. Nous n'avons jamais pris la peine de lui apprendre son rôle, l'accueillant avec indifférence pour les meilleurs, avec malveillance et une volonté de la faire tomber pour les pires. Nous avons été cruels envers elle, sans même lui laisser une chance de gagner notre respect et notre estime.
Je me sens responsable pour cet échec, Byakuya. Tu es loin d'être le seul coupable dans toute cette histoire. Nous le sommes tous à part plus ou moins grande. »
Le capitaine le dévisagea, étonné.
« Crois-tu sincèrement que j'étais incapable de deviner la masse de regrets qui t'encombrait ? N'oublie pas que je t'aie élevé. Mais ce n'est pas le seul sujet de cette conversation. Ce que je voulais te dire, c'est que la force et le succès d'un mariage ne se mesurent pas par rapport au contrat signé. Quant aux enfants, oui, les devoirs et responsabilités face aux enfants qui pourront advenir sont l'un des deux fondements principaux d'une union. Nous devons être leurs éducateurs, leurs protecteurs et leurs pourvoyeurs et ne jamais oublier que notre famille, notre clan, notre société dépendront un jour de la façon dont nous les avons élevé et des principes que nous leurs avons inculqués.
Mais le mariage est constitué d'une deuxième base. Une que beaucoup d'entre nous ont tendance à ignorer. Les deux époux se promettent soutien, respect et fidélité, ils s'engagent l'un envers l'autre, totalement. Pour que ces deux fondements soient solides et ne s'écroulent pas, ils doivent apprendre et persévérer à travailler ensemble vers un même but.
Vous n'avez pas eu le temps de trouver vos marques avec Hisana, et peut-être votre mariage se serait-il avéré fructueux et bénéfique pour le clan. Nous ne le saurons jamais et s'attarder sur le passé n'a jamais servi à rien. Je ne compte pas non plus t'imposer une épouse, Byakuya. De toute façon, je n'ai plus ce pouvoir. Et tu as un caractère bien trop enflammé pour te contenter de ce genre d'alliance.
Ce que je veux, c'est que tu trouves une personne avec laquelle tu pourras travailler vers ce but commun.
Tout d'abord, une personne avec laquelle vous pourrez remplir vos devoirs envers vos enfants comme envers votre famille. Une personne qui pourra prendre sa place en tant que dame du clan, saura faire taire les insoumis, diriger ses subordonnés, tisser des liens avec ses pairs, être ton partenaire, ton adjoint à plus d'un titre. Si possible, une personne qui sache provoquer l'admiration et le respect, écouter, partager, inspirer, faire de ce manoir un lieu de vie, de transmission du savoir, d'apprentissage de la sagesse. Car le rôle de dame du clan est primordial pour celui-ci. C'est elle qui régit les liens sociaux, ceux qui font de nous une famille et ceux qui nous rattachent à l'extérieur, avec nos pairs, nos supérieurs et nos subordonnés. Ce sont de lourdes responsabilités et qui demandent toute une vie à apprendre et endosser. Mais qu'elle en aie conscience dès le début, et qu'en retour, toi, tu n'oublies pas tes propres devoirs."
Byakuya baissa la tête, se remémorant tous ses échecs et ses erreurs, vis-à-vis d'Hisana et du clan. Ils étaient nombreux. Son grand-père ne le laissa pas s'attarder sur ces souvenirs mais posa une main sur son épaule et continua d'une voix plus douce.
" Mais aussi et avant tout, Byakuya, je souhaite que tu trouves une femme que tu puisses profondément respecter et estimer. Nous vivons des siècles, aussi payons-nous très cher une erreur de jugement. Trouve une femme avec laquelle vous pourrez dire à chaque nouvelle aurore : je veux et m'engage aujourd'hui à faire un peu plus notre bonheur. "
