Un peu de "rouge" en ce dix-huitième jour...


18 décembre

Épuisé par la semaine d'avant vacances qui venait de se dérouler, et stressé par le bal de Noël du Ministère prévu le lendemain soir, Harry s'était couché de bonne heure. Habituellement, il fermait les rideaux rouges de son baldaquin et y jetait un sort de silence aussi puissant que possible pour que ses camarades ne se doutent pas qu'il faisait toujours des cauchemars.

Bien entendu Neville s'en doutait s'il se fiait aux regards qu'il lui lançait parfois. Drago le savait également, puisque Harry le lui avait avoué à demi-mots.

Ce soir-là cependant, la tête pleine, il oublia complètement.

Aussi, après tant de stress, il n'était pas surprenant qu'il ne revive une fois encore les évènements de la dernière bataille. Sauf que dans son esprit, les choses ne se passaient pas si bien qu'en réalité. Cette fois, tout se transformait en une rivière de sang.

Severus Rogue mourrait, la gorge tranchée par les crocs de Nagini, presque dans ses bras. Malgré tout ses efforts, Harry ne pouvait pas le sauver, et il se retrouvait couvert de son sang, les mains rougies jusqu'aux coudes. Il se voyait supplier son professeur de ne pas le laisser, pas après toutes ses années. Il venait juste de prendre conscience que l'homme si sévère avait dédié sa vie à le protéger.

Puis, c'était Ron et Hermione qui tombaient, sous la baguette d'une Bellatrix grimaçante. C'était un douloureux rappel de la perte de son parrain. Il passait près de leurs corps, remarquant que même dans la mort ils se tenaient la main. Comme Remus et Tonks...

Molly, Minerva. Luna et Neville. Tous ses amis, tous ses proches. Tous ceux à qui il tenait. Ils mourraient tous en se battant, s'écroulant à son passage, alors qu'il cherchait le mage noir pour mener le combat décisif pour l'avenir du monde sorcier.

Il pouvait presque sentir l'odeur métallique du sang, et la nausée lui retournait l'estomac alors qu'il marchait entre les corps tombés au sol. Il se battait pourtant avec l'énergie du désespoir, lançant sort sur sort, sans prendre garde aux larmes qui coulaient sur ses joues. Malgré tout, il ne perdait pas espoir, parce qu'il n'avait pas le choix.

Poudlard se sacrifiait, mais il avait encore le monde magique à sauver.

Avant d'arriver à Voldemort cependant, il croisait Drago. Le jeune homme était tel que dans son souvenir de ce jour là. Pâle et tremblant. Indécis.

Ils se dévisageaient un long moment, puis Harry lui tendait la main plein d'espoir, le cœur battant. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait besoin de le sauver.

A l'instant même où Drago levait le bras pour prendre sa main tendue, acceptant enfin son aide, il était frappé de plein fouet par l'Avada dans le dos, alors que Voldemort hurlait d'un rire dément.

Harry se mit à crier, incapable de se calmer. Il perdit pied.

xxx

Drago ne dormait pas, pensant au bal du Ministère auquel il devait assister, somnolant vaguement, lorsqu'il entendit Harry commencer à s'agiter. Il fronça les sourcils, intrigué, et se leva, prenant machinalement sa baguette. C'était un réflexe qu'il avait acquis malgré lui pendant la guerre, dans son propre Manoir, alors qu'il devait vivre entouré de Mangemorts.

Les rideaux autour du lit de son camarade étaient fermés, et il pinça les lèvres, indécis.

A l'instant où Harry commença à crier, il jeta immédiatement un sort de silence pour que leurs camarades ne se réveillent pas - pour vivre la même chose que lui régulièrement, il savait que le brun détesterait se faire remarquer de cette façon - et il se précipita vers son lit.

Il entrouvrit les rideau et tenta de réveiller Harry mais ce dernier était trop perdu dans son cauchemar. Il repoussa involontairement Drago en se débattant contre un ennemi invisible.

Le blond ne se découragea pas. Il grimpa à genoux à côté de Harry et le secoua fermement, en lui parlant, en l'appelant de façon presque désespérée.

Finalement, Harry ouvrit les yeux brusquement, semblant totalement perdu. Ses yeux regardaient dans le vague, humides de larmes.

- Potter ? Hey… tout va bien ! C'est terminé…

Drago se sentait malhabile à réconforter son camarade. Ce n'était pas le genre de choses qu'il faisait habituellement. Il n'avait jamais eu à consoler quiconque. Il n'avait même jamais été consolé de cette façon, même pas par ses propres parents. Il ne venait pas d'une famille où les débordements affectifs étaient légion.

Il se contenta donc de prononcer des paroles vides de sens, juste pour que Harry se concentre sur le son de sa voix. Il avait laissé sa main sur son épaule et attendait qu'il ne revienne dans le monde réel.

Finalement, Harry cligna des yeux, visiblement perdu, encore haletant. Il sembla reprendre pied et se redressa brusquement.

- Malefoy ? Que…

- Tu as fait un cauchemar.

Yeux écarquillés, Harry regarda autour de lui, comme pour comprendre comment Drago en était arrivé à s'occuper de lui. Comprenant la question implicite, le blond haussa les épaules.

- Tu n'as réveillé personne. Je ne dormais pas, et j'ai jeté un sort de silence. Je suppose que tu ne voulais pas être au centre de l'attention.

Harry le fixa longuement, jusqu'à ce que Drago ne se tortille, vaguement gêné. Puis il sourit, et remercia chaleureusement son camarade.

- Tu veux en parler ?

Harry frissonna brusquement et se recroquevilla malgré lui. Il secoua la tête.

- Non. Non je… Tu peux rester à côté de moi ?

Drago hocha la tête et posa sa baguette sous l'oreiller. Il gloussa en se rendant compte que Harry faisait la même chose que lui puisqu'il sentit la baguette du brun sous ses doigts puis il s'installa aussi confortablement que possible.

La situation était étrange. Il n'avait jamais partagé son lit, et sentir un corps chaud à côté de lui était déstabilisant. Il n'osait pas bouger.

Peu à peu, il se laissait aller, se détendant et il glissa dans le sommeil sans s'en rendre compte. Près de lui, Harry s'était aussi apaisé à sa présence et s'endormit également.

Au plus profond de leur sommeil, les deux garçons se rapprochèrent inconsciemment l'un de l'autre pour se blottir dans la chaleur de l'autre, trouvant un réconfort infini à ne plus être seul.

Et du reste de la nuit, ils dormirent d'un sommeil paisible qu'aucun cauchemar ne vint troubler.